‹ Des abcès chauds de la prostate et du phlegmon périprostatiqueChapitre 51 sur 74 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

Excès de boissons au cours d’une blennorrhagie. — Abcès de la prostate. — Ouverture dans l’urèthre pendant le cathétérisme. — Suppuration prolongée. — Taille bilatérale. — Guérison.

(Lallemand, Clin, méd.-chir., 1845. — Obs. résumée.)

Edg. Dominique, fusilier au 38° de ligne, Agé de 20 ans, contracte une chaudepisse dans les premiers jours de janvier 1844.

Le Vô janvier, rétention d’urine à la suite de copieuses libations. Le 18, la rétention est complète, le malade entre à l’hôpital. L’interne de garde pratique le cathétérisme avec beaucoup de difficulté et les urines évacuées laissent déposer une grande quantité de pus. Le lendemain, symptômes de péritonite : six jours après, la'périto-

OBSERVATIONS

nite était hors de cause, mais l’état général du malade allait s’aggravant; écoulement purulent par l’urèthre, fièvre continuelle avec exacerbation le soir. Le toucher rectal montre que la prostate est réduite à une coque fibreuse.

Le 14 février, M. Lallemand, pour vider à coup sûr le foyer prostatique , pratique la taille bilatérale. Du pus fétide s’écoule en grande abondance par la plaie et le doigt introduit dans la prostate constate une excavation de l’étendue de la moitié d’un œuf, plus prononcée à gauche qu’à droite.

Dès le lendemain, amélioration notable et, le 2 mai, guérison complète.

OBSERVATION XIX

Abcès de la prostate chez un sujet atteint de cystite cantharidienne. —

Ouverture dans l’urèthre pendant le cathétérisme. — Guérison.

(Olive, Union médicale, 1866. — Obs. résumée.)

Après des coui’ses forcées à pied et à cheval, le 20 mai, un homme, déjà grippé depuis un mois, est pris de frisson en rentrant chez lui, et, à peine au lit, d’une douleur au côté gauche du thorax avec céphalalgie, fièvre, soif, toux, expectoration jaunâtre et vomissements.

Malgré l’application de quarante sangsues loco dolenti, les crachats se rouillent et une dyspnée intense se manifeste. Le lendemain matin, on est obligé d’appliquer à nouveau quarante sangsues ; la suffocation est extrême. A quatre heures de l’après-midi, la respiration redevient normale et le malade cause sans effort. Après une nuit passable, la suffocation reparaît le lendemain 22, à la mémo heure, avec tout le cortège des autres symptômes. Le docteur Olive, qui avait vu le malade les deux jours précédents, étant absent, un autre médecin, appelé à la hâte, fait appliquer un large vésicatoire de 2ü centimètres de diamètre. On pratique une saignée de 800 grammes; la suffocation persiste néanmoins et cesse comme la veille, vers quatre ou cinq heures du soir.

M. Olive prescrit 1 gramme de sulfate de quinine en solution, à prendre en deux fois, et autant en lavements.

La soirée et la nuit sont satisfaisantes, mais de fréquentes envies d’uriner surviennent avec tension douloureuse au bas-ventre et cha-

OBSERVATIONS

leur du canal en urinant. Le vésicatoire est enlevé. Pas d’accès le 23 mai. Les symptômes de cystite augmentent. Un bain de siège, un bain entier, n’arrêtent pas ces accidents. La fièvre s’allume, l’agitation augmente. L’urine ne sort que goutte à goutte et on pratique le cathétérisme, mais le soulagement n’est que momentané. Le ténesme vésical et anal reparaît avec sensation de brûlure au périnée, où le toucher éveille des douleurs très-vives. Un deuxième cathétérisme provoque de violentes douleurs dans la région prostatique; l’urine est louche, le toucher rectal monLre que la prostate est volumineuse, très douloureuse et non lluctuante.

Du 23 au 27 mai, tous les accidents thoraciques ayant cessé « comme par enchantement », la rétention d’urine et tous les phénomènes qui en sont la conséquence s’accusent davantage, malgré les bains, les cataplasmes et les onctions belladonées.

Le cathétérisme rencontre un obstacle de plus en plus invincible qui bientôt ne peut plus être franchi par la sonde. Elle butte contre une sorte de bourrelet saillant au niveau du col, et provoque des douleurs excessives.

Le 27 mai, on fait un effort pour pénétrer dans la vessie. L’obstacle est franchi tout à coup et un jet de pus sort par la sonde qui pénètre peu à peu dans la vessie. La cessation des souffrances est immédiate, tous les accidents s’apaisent et bientôt tout danger est conjuré. La guérison fut rapide.

OBSERVATION XX

Abcès de lu prostate avec fusée mter-vésico-rectale chez un jeune homme de vingt-quatre ans qui s’était livré à des excès alcooliques et dont le périnée avait été le siège d’une sorte de contusion chronique professionnelle.— Ouverture spontanée dans l’urèthre. — Mort quinze jours après, par infection purulente.

(Laforgue, Archiv. gén. de méd., f842. — Observ. résumée.)

Ordonneau, vingt-quatre ans, coutelier, entre le 17 novembre 1839 à l’hôtel-Dieu de Toulouse avec une rétention complète d’urine qui dure depuis douze heures et dont il ignore complètement la cause.

OBSERVATIONS

Bonne constitution ; jamais d’affections vénériennes, aucune lésion du côté des organes génito-urinaires.

Dans ces derniers temps, avant l’apparition des premiers symptômes, le malade s’est plusieurs fois livré à des excès de boissons alcooliques. Il n’a pas reçu de contusion sur le périnée; cependant il fait observer qu’il est principalement occupé au repassage des instruments et, qu’à cet effet, il est assis à califourchon sur un banc, le corps penché en avant et appuyé contre le support de la meule. Dès lors, le périnée porto sur un corps dur, une grande partie de la journée.

Douzejours environ avant son entrée àl’hôtel-Dieu, ce jeune homme éprouva pour la première fois une légère difficulté d’uriner. Le jet de l’urine n’était pas aussi libre qu’à l’ordinaire et ne s’effectuait qu’après quelques efforts de la part de la vessie. Il apporta d’abord peu d’attention à ce dérangement fonctionnel et continua son travail. Mais bientôt, à cette difficulté persistante, se joignit un fréquent besoin d'uriner. Le malade ne rendait, chaque fois, que quelques gouttes d’urine dont la sortie était accompagnée de douleurs dans la partie postérieure de l’urèthre. Dès ce moment, il lui devint impossible dé continuer son travail de repasseur, la position assise qu’il était obligé de prendre donnait lieu à des douleurs continues. Pour toute médication, il prit quelques bains et il se mit à l’usage des boissons émollientes. Ces moyens n’apportèrent aucun soulagement. Le 16 novembre, les douleurs étaient plus fortes et le malade fut vivement tourmenté par le besoin d’uriner. Pendant la nuit, la rétention fut complète.

Le 17 novembre, à son entrée à Dhôtel-Dieu, ce jeune homme accuse de vives douleurs dans le bas-ventre. La région hypogastrique est tuméfiée et douloureuse à la pression. La vessie est distendue par l’urine. On pratique le cathétérisme, mais l’introduction de la sonde détermine un spasme si violent du canal, qu’on est obligé de la retirer (elle avait à peine dépassé la fosse claviculaire). On prescrit un grand bain et vingt sangsues sur la région périnéale. Le cathétérisme fut ensuite essayé de nouveau, et, cette fois, une sonde en argent parvient dans la vessie sans trop de difficulté.

Après le cathétérisme, les douleurs cessent et le calme s’établit.

Le 18. Le malade n’a pas uriné depuis la veille. La vessie est distendue et les douleurs très vives. Le cathétérisme est pratiqué par le chef de service qui constate un obstacle dans la région prosta-

OBSERVATIONS

18îi

tique de l’urèthre. Une grande quantité d'urine limpide s’écoule par la sonde, le soulagement est immédiat. Le cathétérisme fut pratiqué plusieurs fois dans la journée.

Le 19, Ordonneau est plus souffrant; la rétention d’urine est toujours complète. Lorsque la vessie est vide, il est calme; mais, aussitôt que l’urine est accumulée dans cet organe, les douleurs reparaissent et prennent de l'acuité. ( Prescription : Diète, vingt sangsues au périnée, frictions mercurielles sur l’hypogastre. On essaie de placer une sonde à demeure dans la vessie; mais sa présence détermine de vives douleurs dans l’urèthre et de l’agitation; on est obligé de la retirer.)

Le lendemain et les jours suivants, l’état général reste stationnaire, sans amélioration notable ; cependant les douleurs sont moindres, la lièvre a diminué, la rétention est toujours complète. Plusieurs fois par jour, on pratique le cathétérisme. L’obstacle qui occupe la région prostatique de l’ urèthre est moins résistant.

Le 23, l’état du malade est assez satisfaisant. Pendant la nuit il a rendu quelques gouttes d’urine, leur sortie a déterminé une vive douleur dans l’urèthre; c’est la première fois, depuis huit jours, que l’urine s’écoule par le canal sans le secours de la sonde.

L’état général devient cependant mauvais ; pouls fréquent, chaleur à la peau, et, dans la soirée, frisson suivi de chaleur et de fièvre.

Le 2o, au matin, nouveau frisson suivi de sueurs et d’un paroxysme fébrile. L’état, général s’est encore aggravé. Les urines sortent librement. A huit heures du soir, nouveau frisson et sueur abondantes pendant la nuit.

Le 20, abattement profond. Fièvre continue, soif vive, langue sèche; nouveau frisson dans la matinée. On prescrit I gramme de quinine. Les jours suivants, l’état général ne fait que s’aggraver. Les frissons se multiplient, et le malade meurt le 30, avec tous les signes classiques de l’infection purulente.

Nécropsie. — Organes urinaires. La vessie contient une petite quantité d’urine trouble. Dans le bas-fond, la muqueuse présente quelques taches grisâtres limitées, ayant de 8 à 10 millimètres d’étendue, ressemblant assez bien à celles qui résulteraient d’une légère cautérisation par le nitrate d'argent. Ces plaques sont superficielles et n’intéressent pas toute l’épaisseur de la muqueuse.

Dans toute la portion prostatique du canal, la muqueuse uréthrale est mobile, lluctuante et ramollie. Elle est percée de plusieurs ou-

OBSERVATIONS

vertures situées sur les parties latérales du verumontanum. Ces ouvertures sont petites, allongées, au nombre de cinq; la plus grande peut avoir 8 millimètres de longueur; elles communiquent avec l’intérieur de la prostate. Au delà de la région prostatique la muqueuse uréthrale ne présente pas d’altération.

Au-dessous des ouvertures dont je viens de parler, existe un vaste foyer purulent qui occupe l’intérieur de la prostate et qui se prolonge en arrière, entre la vessie et le rectum. Cette dernière région est convertie en un clapier limité en avant par la paroi inférieure de la vessie, en arrière par le rectum, et en haut par le péritoine. 11 communique en avant avec l’ahcès de la prostate. Les parois de la vessie et du rectum sont baignées par le liquide purulent qui remplit ce large foyer; elles ne sont ni ulcérées ni perforées, mais elles sont recouvertes par des détritus provenant de la mortification du tissu cellulaire. La prostate n’est pas complètement détruite par la suppuration. La cavité centrale, remplie de pus, est circonscrite en avant et latéralement par une couche mince de tissu glanduleux et par la membrane fibreuse ; mais, en arrière, la hase de la glande étant détruite, cette cavité se confond avec le clapier vésico-rectal. Ce vaste foyer est rempli par un liquide purulent grisâtre, fétide, ayant une odeur ammoniacale; c'est un mélange de pus et d’urine contenant les débris des tissus gangrénés. Les veines du bassin n’ont pas été examinées.

Abdomen. Sur la face supérieure du foie, existent deux abcès métastatiques sous la forme de deux bosselures, qui, étant incisées, donnent issue à un pus jaunâtre caractéristique.

La muqueuse de l’estomac présente des traces d’inflammation. Deux larges plaques livides occupent sa face postérieure qui est l'amollie.

Les intestins ne présentent pas d’altération.

Thorax. La cavité pleurale droite est remplie, par de la sérosité mêlée à des fausses membranes et à des exsudations plastiques qui recouvrent le poumon. Cet organe, comprimé par le liquide, est refoulé contre la colonne vertébrale. Dans son lobe supérieur sont deux abcès métastatiques. Le poumon gauche est volumineux, crépitant. Sur sa surface sont plusieurs bosselures qui contiennent du pus; dans le lobe supérieur est un abcès beaucoup plus grand contenant un pus grisâtre ayant les caractères qui sont propres à ces collections purulentes.

Tête. Injection des méninges. Point d’altération dans le cerveau.

OBSERVATIONS

OBSERVATION XXI

Rétrécissement (le l’urèthre. — Urêthrotomie externe scms conducteur.— Abcès de la prostate. — Incision par le rectum avec V ongle. — Ouverture spontanée dans le péritoine. *

(Diunsart, Progrès médic., 1873. — Obs. résumée.)

Le nommé Bellon (Robert), âgé de 35 ans, entre le 21 juillet 1872 à l’hôpital Cochin, baraque n° 2, n° 89 (service de M. Desprès), pour une rétention d’urine presque absolue.

On constate un rétrécissement de l’urèthre (impossibilité de passer une bougie) et en même temps un abcès urineux au périnée, au niveau du bulbe. Le début des accidents remonte à six mois. Blennorrhagie ancienne.

Le 22 juillet , incision de l’abcès. Les jours suivants, apparition sur le dos de la verge, au niveau du ligament suspenseur d’une tumeur indurée qui semble être intimement unie au corps caverneux au point de simuler une pénitis.

Le 30 juillet, la petite tumeur ramollie donne issue à du pus à travers la peau perforée; il ne sort pas d’urine par l’ouverture de ce petit abcès.

31 juillet. Cathétérisme avec bougie fine en haleine. La bougie franchit un premier rétrécissement et est arrêtée par un second à la partie antérieure de la partie membraneuse. Frisson dans la journée et fièvre. L’urine ne coule que goutte à goutte par l’ouverture de l’abcès urineux.

1er août. M. Desprès fait l’uréthrotomie externe sans conducteur. L’opération fut rapidement conduite à terme. Une sonde fut introduite dans la vessie et laissée à demeure. Comme particularité, on constata une douleur très vive au toucher rectal, ce qui inspira des craintes au sujet de la prostate. '

2 août. On fait une injection d’eau tiède dans la vessie. Pas de fièvre.

3 août. M. Desprès ouvre l’abcès de la prostate avec son ongle. Mort le soir.

Autopsie. Péritonite généralisée. Fausses membranes. Dans le cul-

OBSERVATIONS

de -sac péritonéal recto-vésical, on constate une ouverture ropde, large de 2 millimètres, par laquelle on fait sourdre du pus venant de la prostate. L’examen du rectum ne laisse apercevoir, chose étrange, aucune ouverture communiquant avec l’abcès.

La prostate n’existe plus, il n’y a plus qu’une vaste poche purulente.

Hypertrophie considérable de la vessie. Muqueuse injectée. Plaques rouges et noires.

Page 1