‹ Des abcès chauds de la prostate et du phlegmon périprostatiqueChapitre 57 sur 74 · OBSERVATION XXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVIII

Pierre dans la vessie chez un homme de soixante-treize ans. — Hypertrophie de la prostate. — Séances de lithotritie. — Abcès pénprostatique. — Ouverture spontanée dans le rectum. — Mort.

(Observation personnelle.)

Le nommé Lefebvre (Paul), âgé de 73 ans, entré à l'hôpital Necker le 20 mars 1879 (salle Saint- Vincent, lit n° 27, service de M. Guyon).

Ce malade s’est toujours bien porté et ne présente aucun antécédent personnel ou héréditaire qui mérite d’être relevé.

Les symptômes vésicaux qui l’amènent à l’hôpital remontent à deux ans. A cette époque, il a éprouvé des douleurs vésicales très vives; il était obligé d’uriner à tout instant et ne pouvait émettre que quelques gouttes d’urine à chaque miction. Jamais d’hématurie. Les premiers symptômes ont perdu leur acuité au bout de deux ou trois mois; mais, depuis cette époque, une sorte de cuisson a persisté tout le long du canal. Il n’y a pas de phénomènes vraiment douloureux au niveau du bas-ventre, mais les besoins d’uriner sont fréquents, surtout après la marche ou quelque autre fatigue. La voiture est surtout mal supportée. Les mictions ne sont pas plus fréquentes le jour que la nuit et le malade est obligé de se lever à peu près toutes les heures pour uriner. Il n’éprouve pas la sensation d’un corps étranger intra-vésical. Parfois le jet de l’urine s’arrête brusquement. Les urines sont un peu troubles, mais ne laissent pas de dépôt. Le malade dit avoir vu des graviers dans son urine il y a quatre ou cinq ans.

L’exploration de la vessie démontre l’existence d’une seule pierre peu volumineuse.

Le 29 mars, première séance de litbotritie avec le lithotriteur de Bigelow. La pierre est saisie, mais elle résiste à l’instrument. M. Guyon

OBSERVATIONS

remet à une autre séance l’introduction du lithotriteur t'enêtré.

Le 2 avril, deuxième séance de lithotritie. 14 prises en 5 minutes, à l’aide du lithotriteur à mors dentelés.

Le îi avril, la miction est difficile. Malaise général, élévation de la température. On retire quelques graviers engagés dans le canal.

Le 7 avril, la fièvre a disparu ; mais il y a de la cystite; les urines sont très sales. (Potion à l’acide borique.)

Le 9 avril, nouvelle séance de lithotritie sous le chloroforme (lithotriteur à mors plats; 23 prises en 2 minutes). Un lithotriteur plus petit est aussi réintroduit et permet de faire, en 3 minutes, 27 prises. Lavage de la vessie.

Le 9 avril, au soir , température axillaire 39°4.

Le 10 avril, au matin, 37°, et pas de symptômes douloureux.

Le 20 avril, épididymite depuis quatre jours. 11 y a de la fièvre, de l’anorexie, et la langue est un peu sèche.

Depuis cette époque jusqu’au 5 mai, l’état général reste mauvais. La température oscille entre 37°a et 38° tous les matins. Le soir, elle varie entre 38°o et 39°. La langue est sèche.

Le 6 mai, le malade rend par l’anus une assez grande quantité de pus. Un abcès périprostatique s’est développé lentement, sourdement, sans éveiller de douleur. Toute la région prostatique est phlegmoneuse. L’empâtement dépasse nettement les limites de la prostate et s’étend surtout du côté de la vésicule séminale droite. Cette induration périprostatique présente vers la ligne médiane un point ramolli, une dépression, dans laquelle on peut loger la pulpe de l’indicateur.

Les jours suivants, l’état général devient de plus en plus mauvais. Prostration extrême. Un abcès se forme au niveau du talon.

Le malade meurt le 10 juin.

Autopsie. — Le cerveau est sain.

Bronchite généralisée. Congestion à la base des deux poumons.

La vessie contient seulement deux fragments de calculs, dont l’un présente les dimensions d’un haricot, et l’autre celles d’une petite noisette. La muqueuse vésicale est injectée, épaissie, tomenteuse, et offre des taches ecchymotiques au niveau du col. Sur la partie latérale gauche et inférieure de la vessie, il existe cinq vacuoles, dont l’une contient un troisième petit fragment de pierre. A la partie postérieure et latérale droite, immédiatement au-dessus de la

OBSERVATIONS

base de la prostate, on trouve une vaste cavité, large et haute de quatre travers de doigt, pleine de pus. Des fausses membranes grisâtres et feuilletées limitent cette poche. Le péritoine susjacent est sain. La vésicule séminale droite, située immédiatement en avant de la poche purulente, est englobée au milieu d’un tissu cellulaire engorgé et phlegmoncux, mais elle est saine. Vers la partie inférieure et postérieure, la poche purulente communique avec le rectum par un étroit orifice; en avant elle envoie un prolongement qui contourne la partie latérale gauche de la prostate, gagne l’extrémité externe du bord supérieur de sa face antérieure et se termine en cul-de-sac contre la partie correspondante de la paroi vésicale. Sur les côtés, elle est bridée par les attaches rectales des aponévroses latérales de la prostate.

Sur la partie inférieure de l’urèthre, à l’entrée de la portion prostatique, se voit un étroit pertuis, vesLige d’une perforation ancienne. Ce petit orifice conduit dans un étroit cul-de-sac qui remonte un peu vers le lobe gauche de la prostate, mais qui n’affecte pas de communication avec le diverticulum de la poche purulente décrite plus haut. La prostate est très volumineuse, les deux lobes latéraux sont également développés. Le lobe moyen fait une légère saillie au niveau du col. Le parenchyme de la glande ne contient pas de pus. Au niveau du lobe gauche les glandules sont un peu dilatées et laissent sourdre à la pression des gouttelettes visqueuses et blanchâtres, mais non du pus. Les veines périprostatiques sont très volumineuses. Elles contiennent dix à douze phlébolithes, mais ne renferment pas de caillots.

Les autres viscères sont sains.

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