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mieux étudiées ; nous passerons en revue les principales.
L'espèce de l’animal en expérience paraît jouer un rôle des plus importants.
Grawitz et de Bary ont démontré qu’il est très difficile de déterminer chez le lapin la suppuration, à l'aide de substances irritantes aseptiques ; que rien au contraire n'est plus facile chez le chien. Aussi la critique a-t-elle surtout relevé dans le travail de M. Straus ce fait qu'il n'a jamais opéré sur le chien.
Certaines espèces étant réfractaires à ce genre de suppuration, il est intéressant de se demander dans quelle catégorie doit être placée l'espèce humaine.
Tout d'abord le pus non microbien a-t-il été cliniquement rencontré ? Rosenbach a cité deux cas de kystes hydatiques du foie suppurés, dans lesquels il lui aurait été impossible de rencontrer des micro-organismes. Watson Cheyne, d'autre part, a longuement recherché des faits analogues et il n'a réussi à rencontrer du pus aseptique que dans des pustules apparues aux alentours d’une plaie sous un pansement au sel Alembroth. Ce fait montre du moins la possibilité d'obtenir chez l’homme une suppuration par des irritants aseptiques.
Les injections hypodermiques nous fournissent un moyen d'étudier cette question chez l'homme. Il est d'expérience journalière que, faites soigneusement, avec quelques précautions antiseptiques elles ne déterminent pas d'abcès.
Balzer et Klumpke ont fait des injections de chloroforme, d’antipyrine, de calomel et d'oxyde jaune, à la
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suite desquelles ils n’ont observé que de l’inflammation sans suppuration.
Balzer et Reblaud firent ensuite des injections de mercure métallique sous forme d'huile grise et ils obtinrent du vrai pus sanguinolent sans microcoques ; ils donnerent à ces collections le nom d’abcès nécrosiques.
Lang opérant avec la même substance n’obtint pas de suppuration ; peut-être l’émulsion mercurielle qu'il employait était-elle plus parfaite, peut-être le siège et la profondeur des injections étaient-ils différents.
Chez le chien on obtint des résultats semblables, le mercure métallique donnait des abcès, ce que ne faisaient pas les sels mercuriels.
Des faits connus jusqu'ici nous pouvons conclure que chez l’homme la suppuration non microbienne spontanée n’est pas démontrée ; mais qu’elle est possible expérimentalement.
Grawitz et de Bary ayant fait des expériences au sujet de la quantité des substances injectées trouvèrent que Pinjection d'une petite quantité d’eau non stérilisée ne donnait rien la plupart du temps, tandis qu'une grande quantité d'eau stérilisée donnait parfois de la suppuration Orthman qui fit des expériences analogues n’est cependant pas arrivé au même résultat.
Les substances dont on s’est servi dans les expériences sont très variées, solides ou liquides.
Les corps solides aseptiques introduits dans les tissus sont tolérés sans réaction : la chirurgie actuelle en fournit chaque jour la preuve en abandonnant dans les tissus des fils d'argent ou de soie.
Tuflier dans ses études sur la chirurgie du rein a abandonné des cristaux de spath fluor dans le bassinet sans provoquer aucune réaction.
Les liquides indifférents stérilisés, comme le lait et l'huile, donnent des résultats négatifs à moins qu’on ne les injecte en grande quantité.
Il n’en est pas de même des liquides qui exercent sur les tissus une action chimique plus ou moins prononcée : ils déterminent l'apparition de troubles divers, depuis le gonflement œdémateux jusqu’à la suppuration vraie.
Dans ses expériences sur le chien, Uskoff a toujours obtenu de la suppuration sans microcoques avec l’essence de térébenthine.
Orthmann reprit ces expériences sous la direction de Rosenbach, confirma ces résultats et en obtint de semblables avec le mercure.
Conheim et Councilman, s’entourant des précautions les plus minutieuses, firent chez le lapin des injections d'huile de croton mélangée d'huile d’olive, et obtinrent du pus sans micro-organismes.
Mêmes résultats avec le pétrole, l’ammoniaque et le nitrate d'argent. |
Ces différentes expériences furent reprises et leurs conclusions confirmées par de Christmas-Dirking-Hohlmfeldt dans le laboratoire de M. le professeur Cornil.
En faisant varier la concentration de ces diverses substances, on obtient des effets différents ; soit un gonflement inflammatoire passager, soit une sérosité louche contenant peu de leucocytes, soit du pus véritable.
Les effets varient aussi avec le siège de l'injection, puis-
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qu'il est démontré que le tissu cellulaire suppure plus facilement que le muscle.
Mode d’action des microbes et des agents chimiques.
La suppuration par les microbes et la suppuration par les agents physico-chimiques étant établies, il devenait intéressant de pousser plus à fond ces études et de rechercher le mode d'action de ces deux sortes d'agents sur les tissus. Peut-être allait-on trouver un moyen de concilier ces deux ordres de faits.
Comment agissent les micro-organismes du pus en présence des tissus? Jouent-ils simplement le rôle de corps étrangers, comme le pensait tout d’abord Pasteur.
Leur présence constitue-t-elle uneirritation suffisante, en dehors de toute autre action, pour déterminer du côté des tissus des phénomènes réactionnels aboutissant à la formation de pus? Or, nous savons que les tissus tolèrent parfaitement un corps étranger s’il est inerte et aseptique, ce qui n'a pas lieu si ce corps étranger possède une action chimique ou apporte avec lui des microorganismes. \
I] ne reste que l'hypothèse d’une action chimique exercée par le microbe, hypothèse justifiée depuis que l’on connaît les alcaloïdes toxiques et les ferments solubles qui accompagnent les microbes dans leurs différents milieux de culture.
Scheurlen ayant injecté sous la peau d'un animal, de l'extrait stérilisé de viande pourrie obtint du vrai pus sans micro-organismes.
Grawitz isola de cet extrait la cadavérine de Brieger, expérimenta avec elle et obtint les mêmes résultats que Scheurlen.
Enfin, de Christmas démontra que l’on pouvait isoler des cultures et des corps de staphylococcus pyogenes aureus, plusieurs substances chimiques possédant un effet pyogène très prononcé. Le pus obtenu par ces substances se résorbait facilement si on l’injectait à d'autres
. animaux et ne contenait pas trace de micro-organismes.
Nous avons vu, en étudiant la suppuration microbienne, que des substances chimiques injectées dans les tissus prédisposaient ceux-ci à l'invasion microbienne, au même titre qu'un traumatisme mécanique.
Reprises avec les substances chimiques produites par les microbes, ces expériences fournirent des résultats très intéressants. Grawitz et de Bary démontrèrent qu’il suffisait de traces de staphylococcus pyogenes aureus pour produire un abcès, si l’on injectait en même temps une certaine quantité de culture de prodigiosus.
G. H. Roger prouva même qu'à l’aide de cette culture on pouvait infecter le lapin avec des micro-organismes auxquels il est réfractaire : avec ceux du charbon symp- tomatique et d’une variété de gangrène gazeuse.
Les substances chimiques produites par une espèce de microbes préparant les tissus à en recevoir une autre espèce, on s'explique les suppurations faciles et abondantes qui surviennent fréquemment chez les typhiques convalescents : l’aptitude de ces malades à contracter la tuberculose est une autre preuve à l'appui de ces faits.
Enfin, les microbes n’agissent pas seulement par l’in-
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termédiaire de leurs alcaloïdes et de leurs ferments, ils empruntent encore aux tissus les éléments dont ils ont besoin pour se développer, en particulier l'oxygène.
Le problème se réduit donc à savoir comment agissent les substances chimiques, quelle que soit leur origine pour produire la suppuration.
On sait, d’après Cornil et Ranvier, que la prolifération des cellules conjonctives et l’exagération de la diapédèse normale en un point de l’organisme sont les antécédents obligés de la suppuration ; mais qu'il n’y a de suppuration véritable que si un trouble ou un arrêt de nutrition viennent entraver le développement de ces cellules.
Dans ce cas, on observe des cellules à noyaux multiples montrant que la prolifération s’est arrêtée après la division des noyaux, sans que la division du protoplasma ait pu s'effectuer, faute d’apports nutritifs suffisants. Ces cellules à noyaux multiples sont les globules du pus. |
Ces troubles de nutrition, les microbes peuvent les provoquer de deux manières ; par l'oxygène qu'ils empruntent aux cellules pour se développer et par les substances chimiques qu'ils excrètent ; ces substances tuent les cellules en les intoxiquant ; d'autre part, et Watson Cheyne insiste beaucoup sur ce point, les ferments solubles que produisent les microbes transformeraient en peptones l'exsudat fibrineux qui résulte de l'union du fibrinogène issu des vaisseaux avec la substance fibrinoplastique fournie par les cellules. tee
Quant aux substances purement chimiques indépendantes de celles que produisent les microbes, on peut
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leur accorder sans peine une action d'arrêt sur la nutrition cellulaire; en dehors de ce pouvoir toxique, certaines d'entre elles posséderaient par leur affinité pour l'oxygène un pouvoir asphyxiant qui rappelle celui des microbes : l'essence de térébenthine, par exemple, et le mercure métallique qui agit peut-être en s’oxydant (Lemière).
Seul le pouvoir peptonisant manquerait à ces substances.
Il est temps de nous arrêter dans cette voie où nous rencontrerions plus d’hypothèses que de faits bien établis. |
Quelle que soit la manière dont agissent sur les tissus
. les substances chimiques capables d'entraîner la suppu-
ration, il n'en paraît pas moins démontré qu’elles sont la cause prochaine de cette suppuration, et nous répéterons avec de Christmas : « La suppuration aiguë doit « être considérée comme l'effet d’une réaction de l'or- « ganisme contre certaines substances chimiques, qu'el- « les soient de nature purement chimique ou qu'elles « soient produites par des êtres vivants ».
Il faut cependant établir une importante distinction entre la suppuration produite par des substances chimiques stériliséeset celle qui résulte de l’action de substances chimiques importées par des êtres vivants qui, en se multipliant, renouvellent ces substances et en augmentent incessamment la quantité.
Dans le premier cas, on a une suppuration bien localisée, sans nulle tendance à infecter les tissus voisins ou l'organisme entier.
Dans le deuxième cas, au contraire, le foyer purulent
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tend à s’accroitre en raison directe de la dépression de l'organisme récepteur et du peu de résistance qu’opposent les tissus au développement des microcoques.
Lister qui a beaucoup insisté sur l’action irritante des antiseptiques et sur l'intérêt qu'il y à à ne pas prolonger jeur contact avec les plaies, sous peine d'amener ou d’entretenir la suppuration, a dit, en comparant leurs effets sur les plaies avec ceux des substances putrides :
« Les antiseptiques en contact prolongé avec les « plaies récentes peuvent en amener la suppuration, « mais ils n’agissent que sur les points qu'ils touchent, «et chaque goutte d’exsudat les affaiblit en les diluant; ‘« les corps putréfiants, au contraire, étendent au loin. « leur action, chaque goutte d’exsudat est un milieu « favorable à leur développement. »
Relevons, en terminant, l’ingénieuse hypothèse du phagocytisme de Metchnikoff pour expliquer le mode de résistance de l'organisme à l'invasion microbienne : Pour cet auteur, lesleucocytes versés en si grand nombre par les vaisseaux dans le point envahi par les microbes, sont les ennemis naturels de ces microbes : ils les englobent dans leur protoplasma et les détruisent. M. le professeur Cornil, se basant sur cette théorie, explique de la façon suivante la formation de l’abcès et l'infection dont cet abcès peut-être l’origine :
« Si l'on a injecté sous la peau à un animal une culture « pure de staphylocoques, les vaisseaux capillaires se « dilatent, la circulation se ralentit, des globules blancs, « des globules rouges sortent des vaisseaux et infiltrent ‘les mailles du tissu cellulaire en donnant lieu à un
ædème inflammatoire. Bientôt les fibres du tissu conjonctif se ramollissent sous l'influence des microbes, et se fluidifient en se transformant en peptones.
€ Un foyer liquide, dans lequel sont en suspension globules et microcoques, ne tarde pas à se former ; la couleur laiteuse du pus est due aux cellules libres tenues en suspension dans le liquide. Les leucocytes s'emparent des micro-organismes. Si les globules blancs sont nombreux, les microbes rares et le sujet résistant, une accumulation, une muraille de leucocytes se forme autour de l’abcès et l’isole, empêchant les microbes de se diffuser et limitant le tout à un petit foyer de suppuration bien localisé.
« Si dans cette lutte des cellules contre les parasites, ces derniers restent les plus forts, ils pénétreront par effraction dansles voies lymphatiques et arriveront aux ganglions lymphatiques.
« Ils peuvent encore s’y arrêter définitivement, mais il est possible aussi qu'ils franchissent les ganglions et pénètrent avec la lymphe dans le sang. Ils ont d’ailleurs pu déjà, soit dans le foyer purulent, soit à son pourtour, passer dans les capillaires et les petites veines, qui les ont transportés dans la circulation sanguine. « Alors éclateront les phénomènes de pyohémie et de septicémie. »
Pour de Christmas et Ribbert, ce sont les cellules
conjonctives proliférées à la périphérie du foyer qui contribuent le plus à sa limitation.
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