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Un abcès chaud, qu’il soit ou non microbien, doit être traité par la méthode antiseptique, car sil ne contient pas de microbes avant son ouverture, il est toujours susceptible de s'infecter secondairement,
La méthode antiseptique appréciée surtout au point de vue de la réunion des plaies opératoires, ne l’a pas été toujours, autant qu'elle le mérite, au point de vue du traitement des collections purulentes aiguës. Toutes les réflexions que l’on pourrait faire à ce sujet ne vaudraient pas un regard jeté sur le passé pour prendre une idée précise des progrès accomplis. C’est ici surtout que l’on peut voir combien la chirurgie de la première moitié de notre siècle est inférieure à celle des siècles précédents où les onguents et les baumes réalisaient dans le traitement des plaies une antisepsie inconsciente.
Nous lisons l’article de Roux et Bérard dans le Dictionnaire en 30 volumes :
« Après l’incision on facilite la sortie du pus par pres- « sions lentes, sans qu'il soit toutefois besoin de vider le « foyer complètement; on interpose un peu de charpie « mollette entre les lèvres de la plaie; on applique un cata- « plasme émollient dont l'usage doit être continué jusqu’à « cequ'iln’yaitplus detracesd'inflammation dans les par- « ties qui ont été le siège de l’abcès. Dès le second panse- « ment on supprimera la mèche; la plaie est simplement
couverte avec un plumasseau enduit de cérat ou d’un digestif doux qu'on remplace bientôt par de la charpie sèche. À cela se réduit l'office de l’art dans un tres grand nombre d’abcès phlegmoneux. »
« Malgré cela on est encore fort souvent dans la nécessité de faire succéder d’autres soins ou même quelque opération nouvelle à la première ouverture d’un abcès par une ou plusieurs incisions. Soit qu'on n'ait pas fait de prime abord tout ce qu’il était indiqué de faire, soit queles ouvertures déjà pratiquéesne soient pas disposées delamanière la plus favorable pour l’écoulementdu pus, soit enfin qu’il y ait un nouveau travail de suppuration et que l’abcès se soit étendu au delà deses premières limites, il se forme des sinus d’où le pus ne s'écoule qu'incomplètement et dans lesquels une partie de ce fluide séjourne et se déprave. Il y a lieu de soupçonner qu'ilen existe, quand, dans l'intervalle d’un pansement à un autre, la suppuration est plus abondante que ne le comporte l'étendue primitive de l’abcès, et que cela ne devrait être relativement au temps qui s’est écoulé depuis que cet abcès à été ouvert. »
Un peu plus loin :
€ Il est des ‘cas dans lesquels on tire quelque parti d'injections détersives ou stimulantes; les anciens y avaient plus souvent recours qu'on ne le fait de nos jours et peut-être avons-nous trop négligé ce genre de médication. »
Ces injections furent remises en honneur un peu plus
tard, et en particulier les injections d'alcool et de vin aromatique ; mais elles étaient plutôt usitées dans le traite-
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ment des abcès froids dont nous n'avons pas à nous occuper.
Marc-Antoine Petit(de Lyonk avait essayé d'obtenir l’accolement immédiat des parois d'abcès phlegmoneux, afin d'éviter les inconvénients de la suppuration qui suivait toujours l’incision de ces abcès. Il enfonçait dans le foyer purulent une aiguille incandescente et aspirait le ‘pus à l’aide d’une ventouse; il se servit ensuite d’un appareil à faire le vide. Il obtint souvent l’accolement immédiat qu’il recherchait; ses succès, mis en doute par ses contemporains, ne nous étonnent plus aujourd’hui, car il se mettait inconsciemment dans des conditions d’asepsie fort remarquables pour son temps.
Cette pratique était trop contraire aux idées admises sur la suppuration et la marche des abcès chauds, pour fixer l'attention des chirurgiens d'alors; elle prit rang parmi les curiosités bibliographiques, et il faut arriver jusqu’à Chassaignac pour rencontrer de nouveau cette tentative.
Petit avait appliqué cette méthode à des abcès de toutes dimensions ; Chassaignac la réserva aux abcès de petit et de moyen volume. Il les ponctionnait au bistouri le plus tôt possible, vidait à la ventouse, faisait une injection détersive soigneuse, aspirait de nouveau à la ventouse, jusqu’à la dernière goutte, le liquide injecté et appliquait un pansement occlusif.
Il obtenait quelquefois une guérison parfaite par accolement des parois, et souvent la reproduction d'un peu de liquide dont la résorption se faisait rapidement. Une fois, trouvant une fluctuation manifeste qui lui faisait
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craindre que l’abcès ne se fût reproduit, il ouvrit de nouveau et ne trouva qu'un peu de liquide huileux, transparent qui ne ressemblaif, en rien à du séro-pus, encore moins à du pus. Dans quelques cas rares, le pus se reproduisit. Ces résultats soulevaient une objection sérieuse : comment reconnaître, en cas de reproduction de l’épanchement, si l’on était en présence de pus ou de sérosité ?
Quoi qu'il en soit, les tentatives de Petit et de Chassaignac démontraient ce fait très intéressant que le pus ne se reproduit pas nécessairement dans un foyer purulent soigneusement évacué et maintenu à l'abri de l'air et des objets extérieurs; qu’au contraire la formation du pus peut cesser aussitôt après la première évacuation faite dans ces conditions, et que les paroïs peuvent se réunir par accolement immédiat.
Nous voici déjà bien loin de l’article cité plus haut, et cependant ces résultats si importants étaient condamnés à demeurer inféconds jusqu'à ce que la pathogénie mieux connue de la suppuration vint leur prêter appui.
Aux abcès profonds et volumineux Chassaignac appliqua sa méthode de drainage, traversant l'abcès de par en part avec son trocart courbe, et ramenant à la suite de l'instrument, quand il le retirait, un drain de caoutchouc qui assurait l'écoulement du pus. Cette pratique constituait un progrès considérable dans le traitement des grands abcès chauds, en supprimant la cause la plus fréquente des accidents infectieux consécutifs à leur ouverture : la stagnation du pus et sa décomposition putride.
La méthode antiseptique conserva le principe du drainage, tout en Jui donnant une autre application.
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Avant d'entrer dans le détail de la méthode de Lister appliquée au traitement des abcès phlegmoneux il nous paraît indispensable de rappeler combien les travaux faits dans notre siècle sur le système lymphatique, tant en France qu’à l'étranger, contribuèrent à éclairer les chirurgiens sur la marche des suppurations aiguës; ces travaux joints à ceux de Tyndall et de Pasteur sur les germes, sont l’origine des derniers progrès accomplis dans le traitement de ces suppurations.
M. le professeur Sappey, dont les travaux sur le système lymphatique sont justement admirés, appela, l’un des premiers, l'attention des pathologistes sur le rôle des vaisseaux blancs dans les processus inflammatoires : « Aucun fait, dit-il, ne démontre que le tissu cellulaire est « irritable; ce qui s’enflamme dans ce tissu, ce sont les « veines et les lymphatiques qui le traversent; là oùilen « est dépourvu on ne le voit pas s’enflammer. »
Nélaton s'attacha à cette idée, la développa et montra que dans la grande majorité des cas, des abcès sans cause locale apparente rrenaïient leur point de départ dans une écorchure, dans une plaie quelconque, en général superficielle, plus ou moins éloignée du siège de l'abcès ; des iraînées de lymphangite reliaient la plaie au foyer purulent.
Dolbeau reprit ces idées et les exposa en particulier. dans ses leçons sur les inflammations du membre supérieur, et dans la thèse de son élève Chevalet (1875).
De son côté M. le D' Lucas-Championnière avait publié en 1870 un mémoire sur les lymphatiques de lutérus et leurs lymphangites ; il reprit cette étude en 1875
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et montra le rôle capital joué par les Iymphatiques dans: la pathologie utérine :
« On a trouvé des lymphatiques partout, dit-il, on a retrouvé leurs éléments caractéristiques au milieu de tous les tissus, on leur découvre une physiologie pathologique d’une importance immense.
« En décrivant leur origine, leurs connexions avec les séreuses, avec le tissu cellulaire, avec les glandes, on a ouvert une voie nouvelle aux recherches des anatomistes et des pathologistes.
« On à fait laborieusement toutes ces découvertes sur des vaisseaux mal visibles à l'œil nu, de petit calibre, qu’on n’étudiait que par des artifices spéciaux ou à Paide du microscope.
« Un organe présentait pourtant de ces vaisseaux à un état de développement monstrueux, dans une abondance à peine croyable. Sur l'utérus, un système lymphatique immense s’offrait à l'observateur, de cette étude on pouvait tirer des conséquences très importantes pour l'étude des lymphatiques en général, et on devaittirer aussi les notions les plus précises pour l’anatomie et la pathologie de l'utérus. »
Nous avons vu dans notre étude pathogénique que les
abcès chauds de l’homme sont toujours de nature micro-
bienne, exception faite de certains cas très spéciaux qui
démontrent la possibilité d’une suppuration aseptique dans l'espèce humaine.
Les abcès chauds peuvent être divisés en trois groupes : Abcès locaux, se formant au point d'entrée d'un corps
étranger septique et ne dépassant pas cette limite ;