‹ Des aberrations du sens génésiqueChapitre 10 sur 25 · CAUSES MORALES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CAUSES MORALES GÉNÉRALES

a, Hérédité directe ou transformée ; — b, Instincts dépravés, édu-

cation vicieuse, etc ; — c, Imitation contagieuse, culte des

jouissances, etc.

Hérédité. — Comme la nature physique, la nature morale a ses anomalies, et tel individu est incomplet au moral comme il peut l'être au physique. C'est à l'hérédité qu'il faut, le plus ordinairement, demander l'explication de ces bizarreries.

L'hérédité de la nature morale est un fait reconnu de toute l'antiquité, consacré par les institutions religieuses, politiques et civiles de tous les peuples. Qu'on se reporte aux plus anciens monuments de la civilisation, aux livres sacrés des Hindous, et Ton y trouvera l'affirmation de la transmission morale héréditaire dans toute son énergie :

(( Une femme, dit le code sacré, met toujours au monde un fils doué des mêmes qualités que celui qui l'a engendré ; c'est pourquoi, afin d'assurer la pureté de sa lignée, le mari doit garder sa femme avec attention (1). ')

« Le manque de sentiments nobles, la rudesse des paroles, la cruauté et l'oubli des devoirs dénotent,

(1) Manava-Dharma-Sastra,\. I, st. 31, cité par Prosper Lucas in Hérédité naturelle. Voy. aussi L. Jacolliot, la Bible dans l'Inde.

ici-bas, Thomme qui doit le jour à une mère digne du mépris (1). »

« Un homme d'une naissance abjecte prend le mauvais naturel de son père ou celui de sa mère, ou celui de tous les deux à la fois ; jamais il ne peut cacher son origine (2). »

L'hérédité de la nature morale est constatée chaque jour par de nombreuses observations.

Si l'on interroge les circonstances qui donnent lieu à la folie génésique, on arrive à reconnaître un état congénial : une sœur, un frère, un oncle, une tante. . . . , ont été aliénés, et souvent à un âge avancé.

Les parents directs, genitores^ aliénés ou simplement bizarres, excentriques, extravagants, portés d'inclination vers ce que les arts, les sciences ont de plus relevé, ou bien entraînés vers les penchants vils, crapuleux, engendrent généralement des enfants prédisposés aux mêmes genres de passion. La passion sexuelle est peut-être une de celles qui offre le plus d'exemples de ces sortes de transmission. « L'érotisme appartient aussi fréquemment au côté paternel qu'au côté maternel; l'expérience et l'histoire l'attestent l'une et l'autre; la lubricité d'Octave César était passée aux deux Julie ; Léonie, célèbre courtisane, était mère de Danaë, courtisane elle-même ; Julie était mère d'une fille du même nom et de la même impudicité qu'elle ; Charlemagne fermait les yeux sur les désordres de ses filles, parce que leurs fautes

(1) Manava-Dharma-Sastra, 1. X, st. 38.

(2) Ibîd., h X, st. 59.

étaient les mêmes que les siennes ; Marguerite de Valois rappela par ses galanteries celles de l'amant de Diane de Poitiers ; Alexandre VI avait inoculé le goût de la débauche à tous ses enfants ; les mœurs dissolues de la duchesse de Berry réfléchissaient les mœurs dissolues du régent (1) » Que de faits analogues à citer de nos jours et dans toutes les classes de la société !

A côté de cette hérédité directe, il y a une autre hérédité dont le rôle n'est pas moins important, bien qu'elle ne s'impose pas au premier abord avec autant d'énergie ; nous voulons parler de l'hérédité transformée.

L'affection dont étaient atteints les ascendants peut, en passant à une autre génération, revêtir une forme nouvelle. Ainsi les ascendants peuvent très bien ne pas avoir été aliénés et avoir transmis une simple prédisposition héréditaire qui s'accroît, s'accumule de génération en génération et finit par revêtir la véritable forme de l'aliénation. Les enfants des phtisiques, pour prendre un exemple, ne deviennent pas fatalement et forcément phtisiques ; seulement ils ont hérité d'un système nerveux plus impressionnable, d'un appareil pulmonaire plus apte à contracter la maladie ; les causes les plus variées peuvent agir sur eux et produire des effets qu'elles ne produiraient pas chez ceux qui n'ont pas reçu ce fatal héritage. Ce n'est pas une idée nouvelle que celle de la transformation des maladies par voie d'hérédité, et

(1)' Prosper Lucas, ouv. cit., p. Ib et 478.

l'un des plus brillants professeurs de l'école de Paris, le Piorry, dans sa thèse de concours, résume en peu de mots les idées émises par ses devanciers. « On admet généralement que certaines affections dont les parents étaient atteints peuvent se transporter des pères aux enfants, en prenant une forme nouvelle, en se modifiant de telle sorte qu'elles offrent chez les seconds un aspect tout différent de celui qu'elles avaient chez les premiers. »

Pour nous, nous croyons devoir faire la part la plus large à l'hérédité, et, fort de l'appui des auteurs les plus compétents en pareille matière, nous affirmons que des altérations organiques diverses peuvent donner lieu chez les descendants à des maladies nerveuses, amener une véritable défectuosité morale. Grâce à l'hérédité ainsi entendue, des faits qui par leur nature, leur mobile^, paraissaient incompréhensibles, recevront une explication aussi naturelle que satisfaisante.

Instincts dépravés, éducation vicieuse... etc. — La dépravation des esprits et des mœurs, soit qu'elle naisse spontanément, soit qu'elle résulte de circonstances particulières, soit enfin qu'en vertu de la loi d'hérédité elle se perpétue dans certaines familles, exerce une influence marquée sur toutes les classes de la société. Dans les rangs élevés comme dans les rangs inférieurs, au sommet comme au bas de l'échelle sociale, les vices sont les mêmes malgré la différence plus apparente que réelle malgré le vernis, si l'on veut, que donne l'éducation chez les premiers.

Dans les deux on trouve comme agissant de la même façon, une éducation vicieuse, des goûts bas et crapuleux, des instincts grossiers, des passions mal dirigées et sans frein, la fréquentation habituelle d'un milieu social dangereux, où l'infortuné puise à longs traits, dans la conduite de ses pareils, l'exemple et les leçons du vice et de la débauche. C'est ainsi que les actions aussi abominables que criminelles dont se rendent coupables quelques individus, ne reconnaissent d'autre cause que la satisfaction de certains intérêts, le rassasiement des passions, la recherche des possessions charnelles et égoïstes.

En voici deux exemples bien remarquables (1): — Le père du mari d'une dame X*** femme simple et de mœurs fort paisibles, était un très bel homme^ d'une riche santé, mais d'une passion sans frein pour le vin et les femmes. A peine adolescent, son fils poussait déjà à l'extrême ces deux vices. Son début fut d'enlever une maîtresse à son père, qui ne lui pardonna pas, même à la mort. Il donna ensuite dans tous les genres d'orgies, but son bien, ruina l'établissement de sa femme, qu'il dépouillait jusque de ses matelas, pour boire et payer des filles, et végète aujourd'hui dans le dernier degré de crapule et de misère. Le fils de ce même homme vient de mourir jeune, mais incorrigible des mêmes vices que son père et que son aïeul.

Le deuxième fait est encore plus instructif, peutêtre :

(1) Prospor Lucas, ouvr. cit., p. 479.

Un cuisinier, d'un rare talent dans son métier, a été toute sa vie, et aujourd'hui même, à plus de 60 ans, entraîné vers les femmes avec frénésie. A cette passion s'est jointe une dépravation infâme de l'instinct sexuel, le goût de la sodomie. Un de ses fils naturels, qui vit séparé de lui, qui ne le connaît pas et qui n'a pas encore 19 ans révolus, a, presque dès l'enfance, donné tous les signes d'un lubrique érotisme : et, chose bien digne de remarque, il a, comme son père, le goût de s'attaquer indifféremment à l'un ou à l'autre sexe. Il y a peu de temps encore, qu'une tentative de ce genre lui a mérité de son maître d'apprentissage la plus énergique correction manuelle.

Sans vouloir nous étendre plus longuement sur ces causes morales générales, il nous faut encore signaler l'action fâcheuse et irrécusable que chez certains sujets exerçent l'abus des parfums (1), la séduction des lieux, la lecture des romans, la fréquentation des bals et des spectacles, les conversations érotiques, l'étude de la musique, la vue des statues et des tableaux oii la volupté est pour ainsi dire personnifiée, ne peut manquer d'exciter aux plaisirs dont elle paraît elle-même épuiser les délices.

Imitation. — A l'imitation, qui de sa nature même est essentiellement contagieuse, n'est pas réservé un

(1) Le doux parfum d'un cabinet de toilette, dit Rousseau dans son Emile, n'est pas un piège aussi faible que l'on pense; et je ne sais s'il faut féliciter ou plaindre l'homme sage et peu sensible que l'odeur des fleurs que sa maîtresse a sur le sein ne fit jamais palpiter.

rôle moins important. Sans revenir sur cette question qu'a développée si excellemment notre savant confrère, le D' Prosper Lucas (1), rappelons seulement ce qui se passait à Rome du temps des empereurs, la démonomanie au moyen âge, les orgies de la régence, les bacchanales des fêtes religieuses indoues, où le culte des jouissances est poussé à un degré dont on a peine à se faire idée.

(t) Prosper Lucas, De rimitation contagieuse, thèse de Paris, 1849.

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