‹ Des aberrations du sens génésiqueChapitre 11 sur 25 · CAUSES MORALES INDIVIDUELLES · texte numérisé non relu

CAUSES MORALES INDIVIDUELLES

a, Impressions reçues dans le jeuneâge.— Amour froissé. —6, Certains états physiques. — Caractère névropathique, imbécillité. — c, Préoccupation sexuelle prolongée. — Interprétation erronée des sensations.

Impressions reçues dans le jeune âge. — Parmi les causes morales individuelles, une des plus importantes est sans contredit le résultat des impressions reçues dans le jeune âge.

L'organisation cérébrale des enfants les rend aptes à subir l'influence de certaines impressions morales, à être vivement saisis de certains mots, de certains faits de mauvaise nature, qui volontairement ou involontairement frappent leurs yeux ou leurs oreilles. Qui de nous n'a été témoin et péniblement affligé des paroles obscènes que proféraient dans leur délire des jeunes filles élevées dans les plus sévères principes de la religion et de la morale, des femmes du monde dont l'éducation avait été l'objet des soins les plus vigilants ? « Comment pourrait-on comprendre, dit Morel, que les paroles les plus immondes, au point de vue de la technique ordurière, sont prononcées par des jeunes filles innocentes et pures, si l'on n'admettait pas que des choses involontairement entendues, que des actes dont elles ont été les té-

moins non moins involontaires, ont laissé dans le cerveau de l'enfant une impression particulière et déterminé une certaine association d'idées dont la maladie nerveuse intercurrente ravive le souvenir que l'on pourrait croire effacé. » C'est là en elfet qu'il faut chercher le secret de ces délires érotiques qui frappent de stupéfaction ceux qui, peu au courant des maladies mentales, les entendent pour la première fois.

Amour froissé. — De nos jours, et disons même de tout temps ( car, malgré une opinion qui ne repose sur aucun examen sérieux, notre génération n'est ni meilleure ni pire que ses aînées ), certains individus n'ont jamais recherché dans l'amour que la satisfaction des sens, qui, poussée à ses extrêmes limites, conduit fatalement à Tabrutissement, à l'immoralité, en laissant le plus souvent aux femmes et aux filles trompées, déçues, avilies, d'autre alternative que la misère ou la prostitution. De là ces unions précoces, mal assorties, dans lesquelles on sacrifie l'aspiration légitime et pure de la jeune fille à des raisons de couver nance et d'intérêt. Signalons encore comme cause fréquente d'un délire particulier entrevu par Morel(l) « l'amour non satisfait ou froissé dans ses appétences les plus légitimes et les plus délicates » , cause déjà indiquée par Esquirol, ce consciencieux observateur à qui rien n'échappait : « l'amour, dit-il, est une cause fréquente d'érotomanie et de nymphomanie »

(1) Morel, Etudes cliniques.

Certains états physiques. — Parmi les causes morales individuelles, nous devons encore faire rentrer certains états physiques qui réagissant sur l'intelligence, peuvent amener des troubles profonds de la sensibilité générale et être ainsi la cause d'un délire tout particulier ayant le sens génésique pour objectif, comme nous avons pu l'observer chez une malade :

Mademoiselle M .,23 ans, a louj ours j oui d'une bonne santé, n'a jamais eu d'attaques de nerfs. Elle est très religieuse, pratique scrupuleusement ses devoirs, de mœurs irréprochables. Réglée à 16 ans, la menstruation ne fut bien établie que vers 20 ans. Depuis quelques années, elle éprouve des sensations singulières dans les organes génitaux. Elle les a éprouvées pour la première fois il y a cinq ans, à la campagne. Un matin, elle se réveille avec une souffrance analogue aux légères coliques qui précèdent les règles. (Ses règles venaient de cesser). Elle avait passé la nuit dans une chambre avec deux autres femmes. Un homme qui était venu un instant dans sa chambre, lui dit le lendemain qu'il l'avait vue dormir. Elle en conclut aussitôt que cet homme avait abusé d'elle pendant son sommeil. Sous l'empire de cette idée, elle s'est fait visiter par une-sage femme qui lui a dit qu'elle était encore vierge : plus tard, elle s'est confessée d'avoir montré « sa nudité » et a demandé à son confesseur de se faire visiter une seconde fois par une religieuse de la Maternité, afin de faire taire par un certificat de virginité de prétendues diffamations,

Elle a adressé à ce sujet des plaintes au commissaire de police. A la suite de sensations analogues aux précédentes, elle s'est fait examiner successivement par deux autres sages- femmes : l'une lui a dit qu'elle était encore vierge, l'autre qu'elle ne pouvait l'affirmer.

Elle sent fréquemment « un léger frissonnement avec sensation voluptueuse : le matin elle éprouve une douleur vers les organes génitaux, ce qui lui fait supposer qu'elle a été violée pendant son sommeil. De hautes notabilités se seraient introduites dans sa chambre et auraient abusé d'elle. C'est pourquoi, chaque soir, elle prenait le soin de s'envelopper solidement. Depuis son entrée à la Salpêtrière, elle a déjà éprouvé plusieurs fois sa douleur du bas-ventre, et il pourrait bien se faire, dit-elle, qu'un homme se soit introduit près d'elle. »

Comme hérédité, on ne trouve que la mère sourde, d'un caractère très vif, et une tante maternelle devenue malade à la suite d'une peur survenue pendant ses règles.

En résumé, convictions délirantes provoquées ou plutôt nées à l'occasion de souffrances intra-vaginales, excessive pudeur alarmée déterminant la crainte puis la conviction qu'elle a subi, étant endormie, les derniers outrages.

A cette genèse morbide il faut une prédisposition au délire que les antécédents n'expliquent pas suffisamment ; pas de convulsions ni d'état nerveux par hérédité ou par constitution.

• C'est un véritable délire sympathique génital : et pourtant on l'a confondu et on le confond encore tous les jours avec la folie hystérique ! La plupart des délires partiels ont leur source dans une sensation : là, elle est dans une sensation des organes génitaux.

C'est bien là une hypocliondrie génitale, d'origine névropathique, mais ce n'est pas une folie hystérique. — Nous reviendrons du reste sur cette question.

D'une manière générale, on peut dire que les caractères désignés d'une façon générique sous le nom de Jiévropathiques ^ possèdent une aptitude toute spéciale à commettre des excès en tous genres, parmi lesquels les rapports sexuels désordonnés, tiennent le premier rang. Chez eux on remarque souvent des anomalies des fonctions de la génération; chez eux encore on trouve des gens qui semblent se faire une gloire de la dépravation de leurs instincts (1). A côté de ces caractères franchement accusés, nous trouvons toute une autre classe d'individus que leur organisation incomplète met hors d'état de résister au penchant qui les entraîne vers les plaisirs de l'amour. Sans respect pour les mœurs, ils font de ces plaisirs leur principale affaire, concentrent toute l'attention et l'esprit dont ils sont

(1) C'est peut-être en forçant cette donnée que M. Descuret a dit : « On a remarqué que l'extase, et tous les cas d'exaltation intellectuelle caractérisée par une éloquence au-dessus des moyens habituels d'un individu, tiennent presque toujours à un spasme des organes génitaux dont l'irritation influence vivement l'encéphale. » Ouvr. cit.

capables pour arriver à leur but, et trop souvent, hélas ! compromettent le bonheur et la tranquillité des familles. Qui ne connaît ces êtres incomplets que la science a qualifié d'wibéciles ?

Leurs désirs et leurs passions sont proportionnés à leur intelligence. A côté d'une faiblesse de caractère inouïe qui les met à la merci du premier venu, à côté d'un goût étrange pour les parures, les ajustements féminins, les parfums..., etc., ils ont des penchants impérieux qu'ils ne savent, ou pour mieux dire, qu^ils sont incapables de réprimer. « A l'époque de la puberté, dit Esquirol, l'instinct de la reproduction se développe ; les imbéciles deviennent amoureux, se livrent à l'onanisme d'une manière d'autant plus effrénée, qu'ils ignorent les maux auxquels les expose cette horrible habitude. Les hommes recherchent les femmes, les filles sont coquettes, et l'on conduit souvent dans les hospices des filles âgées de 14 à 18 ans qui, devenues pubères, courent après les hommes. »

On en a vu (et récemment encore (1), la Cour d'assises des Côtes-du-Nord a eu à juger un cas semblable), qui, méconnaissant les liens du sang et de la parenté, s'attaquent indistinctement pour assouvir leurs brutales passions, à leur mère, à leurs propres sœurs ! Calmeil dit avoir soigné un imbécile qui, au moment de la puberté, chercha comme instinctivement, à soumettre les animaux domestiques aux jouissances de ses sens ! Enfin, il suffira de nommer les

(1) Avril 1877.

idiots et les crétins, pour faire souvenir immédiatement que ces infortunés dont les sens sont à peine ébauchés, possèdent néanmoins un penchant tel pour l'onanisme et les plaisirs vénériens, qu'ils semblent ne vivre que pour la masturbation qu'ils pratiquent avec excès, sans pudeur, sans honte.

Fixité dans les idées. — Imagination (1). — Il est une modification psychologique que nous désignons sous le nom de fixité qui se montre dans les cas où le système nerveux ressent les effets d'une longue préoccupation ; cette modification pèse alors exclusivement sur un ordre déterminé d'idées et d'affections.

Chacun sait avec quel entraînement, quelle invincible ténacité l'esprit s'attache aux pensées qui ont trait à l'union des sexes ; c'est en vain qu'une austère raison s'épuise à les combattre, elles n'en deviennent que plus absolues. Elles sont là, toujours là comme un feu caché sous la cendre et d'oii s'échappent à chaque instant des étincelles qui embrasent et consument. Quoique l'on fasse, il est impossible de s'en débarrasser. Le sentiment intime ne nous avertit-il pas que nous sommes sous l'influence d'idées auxquelles il faut bien reconnaître une autorité indépendante de notre volonté, de notre moi'î Ces idées se reproduisent sous toutes les formes et souvent dominent l'esprit même à son insu. Quelle part immense n'ontelles pas dans ces amours mystiques auxquels se vouent, séparément, dans la retraite et le silence du

(I) Voir le curieux chapitre de Montaigne sur ce] sujet, t. I, chap. XI, p. 117 et suiv.

cloître, des hommes et des femmes dans un âge où les passions fermentent et bouillonnent? N'y a-l-il rien de charnel dans leurs saints et amoureux transsports, dans ces avides désirs, ces extases que fait naître la pensée de la Vierge, sœur des Anges, et du divin Sauveur, du doux Jésus, fiancés à leur inaltérable fidélité? Ne dirait-on pas que comme résultats naturels d'une abstinence trop prolongée des plaisirs vénériens, les autres centres nerveux, organes de l'amour physique, éprouvent une sorte d'éréthisme, ou si l'on veut subissent des mouvements moléculaires, de nature spéciale^ propres à faire dominer, dans l'esprit, un certain ordre d'idées et d'affections? Veut-on s'assurer jusqu'à quel point l'apparition, l'énergie, la presque fixité de ces idées sont indépendantes de notre volonté, quelle puissante analogie tend à les assimiler aux mouvements invariables et nécessaires à la matière ? Que l'on se rappelle l'état du moral lorsque le vœu de la nature est rempli, et que l'on compare : combien les idées, les désirs analogues semblent dépourvus d'énergie et d'entraînement ? De l'une de ces situations à l'autre, l'homme est presque méconnaissable à ses propres yeux : dans la première ce ii'est qu'avec une peine infinie, qu'il maintient dans ses facultés morales un équilibre prêt à se rompre par la révolte toujours renaissante de certaines idées auxquelles, en toute autre circonstance, il commande d'une manière absolue.

Parfois cependant cet équilibre est rompu : l'idée fixe domine l'être : la matière commande.

Préoccupation sexuelle prolongée. — La prolongation extrême d'une même sensation amène des hallucinations dont la nature répond à la cause qui les a engendrées. Tout le monde sait qu'après une traversée en mer, pendant les quelques jours qui suivent, il semble que la terre se dérobe sous vos , pas, et vous marchez avec autant de précautions que sur le pont du navire; le phénomène d'origine purement physique se produit également avec la même intensité pour le moral. La préoccupation sexuelle prolongée est une des causes les plus actives et les plus puissantes de ces hallucinations et illusions erotiques. Michéa (1) rapporte le fait d'un jeune homme qui venant de passer plusieurs heures consécutives entre les bras de sa maîtresse, eut, la nuit du même jour, une insomnie au sein de laquelle, quoique seul, il lui semblait sentir encore sur ses lèvres le contact amoureux de la bouche de cette personne.

D'autres fois une passion exagérée, eoncentrée sur un objet dont la possession est impossible, peut devenir cause de la maladie. Tel est, entre mille, le cas cité par Esquirol, d'une dame de soixante-quatre ans devenue érotique, ne pouvant satisfaire l'amour qu'elle éprouvait pour un jeune homme de dixsept ans.

Enfin, nous devons signaler les illusions et les hallucinations dues à des causes variables portant spécialement sur les organes génitaux, et fournissant la matière d'illusions intenses tantôt voluptueuses, [i) Michéa, Du délire des sensations.

tantôt douloureuses et pénibles. M. Blanche avait un malade qui, assis dans son fauteuil, se prétendait entouré d'un essa,im de génies, dont les caresses déterminaient chez lui la plus vive excitation érotique et les plus complètes jouissances. La surveillance continue dont il était l'objet ne lui eût pas permis de dissimuler des attouchements moins immatériels, et l'on ne pouvait douter que l'hallucination seule fût l'origine des sensations qu'il éprouvait. « Il est facile de comprendre, ajoute M. Tardieu, que livré à luimême, cet aliéné, ou aurait abusé de lui^ ou se serait livré à quelque attentat sur les femmes qu'il aurait trouvées à sa portée. »

D'ailleurs les illusions les plus extraordinaires fournies par les organes génitaux, se retrouvent chez tous les fous génésiques; nous n'insisterons pas plus longuement sur ces phénomènes si curieux que nous' retrouverons et dont nous parlerons avec plus de détails dansTétude des différentes formes de folie (hystérie, érotomanie, nymphomanie, satyriasis..., etc.).

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