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CAUSES PHYSIQUES INDIVIDUELLES

Vices de conformations, congénitaux ou acquis.

Hermaphrodisme, phimosis, hypospadias, épispadias, aiiorchidie,

eunuques, etc.

Les causes physiques individuelles sont bien plus nombreuses que les précédentes: tant de circonstances peuvent agir sur des individus isolés ! Tant de maladies congénitales ou acquises peuvent frapper l'enfant dans le sein de sa mère, l'homme dans son passage éphémère sur cette terre ! Or chacune de ces causes ne peut-elle pas entraîner, par suite des lésions et des désordres de l'organisme, un trouble dui-able dans l'exercice des facultés intellectuelles ? Lorry n'a-t-il pas dit: « Ssepè ipsa laborat imaginatio (1). »

Tout d'abord nous trouvons les vices de conformation des organes de la génération. Ici l'hérédité, l'hérédité dans la nature physique, joue un grand rôle. Les rapports de conformation, de ressemblance avec les auteurs de la vie, ont été de tout temps observés et signalés ; aussi cette forme d'hérédité se fondant sur des faits matériels, visibles, est-elle la moins

(I) Lorry, De 'prxci'puis morborum mutationibus et conversionibus, tentamen medicum. Parisiis, 178i, p. 230.

•contestée et la moins contestable. L'hérédité physique peut porter simplement sur la config-uration extérieure, l'habitus des individus, comme aussi, allant plus loin, porter sur la conformation et la structure interne des organes. Tout le monde connaît Tanomalie de l'hypospadias, qui peu prononcée et permettant les rapports conjugaux, est transmissible des parents aux produits (1), les anomalies héréditaires de la glande mammaire, etc.

Les vices de conformation doivent être rangés dans deux grandes classes, suivant qu'ils sont congénitaux, tels que l'hermaphrodisme, le phimosis, l'hypospadias, l'atrophie ou arrêt de développement, ou acquis, tels qu'on les trouve chez les eunuques par exemple.

Nous n'avons pas à rechercher ou à discuter ici la question de savoir si les individus atteints congénitalement de vices de conformation des organes de la génération, bien que parfaitement conformés sous les autres rapports peuvent ressentir de Tamour. Il est hors de doute que le sentiment amoureux, l'amour ■charnel peut exister chez ces disgraciés de la nature aussi bien que chez les hommes... complets ; il y a •chez eux réciprocité de l'instinct sur l'intellect et de l'intellect sur l'instinct, ou en d'autres termes, des organes sur le cerveau et du cerveau sur les organes. Mais l'imperfection dans la réalisation de leurs désirs, les déboires, les affronts auxquels ils sont fatalement exposés, l'impuissance enfin qui est le résultat

l\) Prosper Lucas, De l'hcrcditc nalicrelle, t. I, p. 324.

MOIIEAU. 6

obligé de, leur vice de conformation réagissent sur les facultés intellectuelles. L'homme frappé dans son orgueil se trouve dégradé ; il ne peut plus supporter la pensée de son infirmité : l'intelligence et le moral s'altèrent, l'équilibre est rompu : un délire, le plus souvent de nature mélancolique, parfois un accès de manie, s'emparent de ces malheureux et de là les conséquences funestes que l'on a trop fréquemment à déplorer. Rappelons aussi la remarque faite parJM. Legrand du Saullc, dans une communication à la Société médico-psychologique (1) sur la fréquence des anomalies des organes génitaux et des perversions génésiaques de l'ordre le plus inattendu chez les raisonnants. ))

Hermaphrodisme. — Hermaphrodite n'était-il qu'une figure emblématique, divinisant sous les apparences les plus séduisantes les deux vices honteux que nous ont légué les civilisations antiques, la pédérastie et l'amour Lesbien, qui dus à une perversion génésique font jouer à l'homnle et à la femme un rôle contre nature? Cela est possible, mais n'ayant pas à entrer dans une pareille discussion, constatons que ce n'est pas sans peine que rejetant toutes ces fables que nous a laissées l'antiquité sur l'origine d'Hermaphrodite, Tanatomie et la physiologie sont venues démontrer qu'il ne s'agissait là que d'une de ces anomalies si bizarres des lois encore inconnues de la formation des êtres.

Passant sous silence les détails bien connus sur la

(1) Annales méd.-psijch. Mai, 187G, p. 433 et suiv.

nature, sur l'aspect de ce vice, disons seulement que l'hermaphrodisme peut être, chez l'homme ou chez la femme, apparent ou vrai.

« Les facultés affectives et les dispositions morales des hermaphrodites subissent le plus ordinairement le contre-coup de la conformation vicieuse des organes sexuels. Toutefois il est juste de faire une large part à l'influence des habitudes et des occupations qu'impose à ces individus l'erreur commise sur leur sexe réel.

Élevés dès l'origine, vêtus, placés, parfois même mariés comme des femmes, ils conservent les pensées, les habitudes, les manières d'agir féminines, et ce n'est ni sans difficultés, ni sans trouble, ni sans péril, qu'ils rentrent dans leur sexe véritable, quand l'état civil vient à être rectifié... (1) »

« Il y a parmi ces hermaphrodites des différences notables au point de vue des penchants et des impressions sensuelles. La plupart n'en montrent ni n'en éprouvent d'aucun genre. C'est ainsi que quelques-uns d'entre eux ont pu usurper, dans les rapprochements sexuels, le rôle de la femme, quelquefois en subissant les conséquences de leur état civil erroné et sans en avoir conscience, mais sans entraînement et sans aucune satisfaction des sens. Ceux qui sont dans les dispositions contraires et chez lesquels la malformation des organes sexuels est la moins complète, ne sont pas éloignés du commerce

{\) Tardicu, Observations d'Alexinœ B. . ., d'après les mémoires laissés par cet infortuné.

(les femmes et peuvent ressentir des désirs, des excitations et des jouissances complètes, en même temps qu'un orgasme vénérien qui peut aller jusqu'à l'émission du sperme (1). »

Enfin, il peut se présenter des cas, ainsi qu'on l'a vu chez Marie Gœtlich (2), oii l'hermaphrodite, après avoir manifesté un goût très vif pour le commerce des hommes, est ramené par la descente des testicules à des instincts tout opposés et en rapport avec son véritable sexe.

Le fait cité par Moreau, de Tours, n'est pas moins probant :

« Chez les hermaphrodites, chez ces êtres dont les organes sexuels portent les traces d'une sorte d'hésitation et de tâtonnement de la force créatrice, le moral est toujours plus ou moins à l'unisson du physique, participant également des deux sexes. Ce fait psychologique, si curieux quoique si naturel, nous avons eu la bonne fortune de le constater par nousmêmeet de Tétudier à fond, il y a deux ans environ. Le moral avait particulièrement fixé notre attention, les goûts féminins prédominaient peut-être : ce que l'on était du reste porté à supposer de prime abord à l'inspection des formes générales du corps. Mais les goûts masculins n''étaient pas moins extrêmement énergiques. X... partageait avec le même plaisir et presque le même entraînement les jeux violents des

(1) Tardieu, De l'identité dans ses rapports avec les vices de conf. des or g. génit., 1872.

(2) Landouzy, Dict. de niéd. usuelle, de Beaude, 1842, art. Hermaphrodisme.

garçons et ceux plus calmes des jeunes filles. Elle, (nous disons elle plutôt que lid, parce que le sujet avait été inscrit sur les registres municipaux comme fille, et en avait toujours porté les vêtements) s'attachait indifféremment à un sexe ou à un autre ; ses jouissances étaient les mêmes, soit qu'elle prodiguât soit qu'elle reçût des caresses : nous avons obtenu, sur ce point délicat, les aveux les plus formels et les plus précis (1). »

Quant aux hermaphrodites vrais^ ils présentent une indifférence sexuelle que l'on ne rencontre pas chez les hermaphrodites apparents, et nécessairement l'infécondité, Tabsence de tout désir, de tout plaisir, est chez eux la règle absolue.

Phimosis. — Le phimosis, congénital ou acquis, peut, par suite de l'irritation causée par la matière sébacée accumulée entre le gland et le prépuce, porter malgré lui l'individu à des attouchements répréhensibles et être, chez les enfants surtout, le point de départ de troubles intellectuels les plus graves et chez les adultes causer une surexcitation pouvant amener une véritable perversion du sens génital.

Hypospadias. — Ce vice peut simuler l'hermaphrodisme. Si parfois l'hypospadias est assez prononcé pour amener l'impuissance, rappelons, ainsi que nous l'avons vu plus haut, que parfois aussi l'hypos-

(l)Moreaude Tours, la Psijchologie morbide dans ses rajoports avec la philosophie de l'histoire ou de Vinfluence des névropathies sur le dynamisme intellectuel. Paris, 1839, p. 228.

pade peut procréer et engendrer des enfants qui seront atteints du même vice :

Un individu atteint d'hypospadias avait communiqué à son fils ce môme vice de conformation ; le fils s'était marié, et il était même déjà devenu père de deux filles bien constituées, quand, dans la quatrième année de son mariage, il engendra un fils chez qui le vice paternel s'était reproduit l {\).

Meckel a rapporté un cas d'iiérédité de la môme difformité dont la transmission avait un caractère bien plus extraordinaire : une femme, née d'une famille dans laquelle on comptait plusieurs hypospadias, mit au monde deux garçons affectés de ce vice de conformation (2).

Épispadias. — Anorciiidie. — L'épispadias, l'anorcliidie, l'atrophie, l'absence d'utérus ou d'ovaires... entraînent fatalement l'impuissance et avec elle tout le cortège des troubles psychiques qui en sont la conséquence naturelle. Enfin la perméabilité de l'ouraque, établissant vers le nombril un orifice fîstuleux, a été signalée par Calmei), comme ayant donné lieu chez une femme à des hallucinations érotiques.

Les vices de conformation que nous appellerons artificiels ou acquis ont un retentissement non moins important sur les fonctions intellectuelles. Personne n'ignore que les appétits sexuels, que les sensations et les idées qui y sont associées peuvent parfaitement

(1) Medecinisches Con^espondenz, Blatt; Gazette médicale, 3« série, 1846, 1. 1, p. 350.

(2) Meckel, Handbuch dei' pathologicshen anatomie, t. I, p, 28.

se reproduire sur les centres nerveux, alors môme qu'une opération, qu'une cause quelconque a supprimé les organes.

Qui ne connaît l'histoire d'Abeilard ? Mutilé à la fleur de ses ans, vivant dans la solitude la plus sauvage, [au milieu des exercices d'une austère piété, Héloïse est constamment présente à sa pensée. Lisez ses lettres : elles ne sont point d'un maître, d'un confesseur, d'un homme froid et insensible : elles sont, dit, Zimmermann, d'un homme qui a aimé, qui aime encore, qui l'avoue, et qui ne sait consoler sa maîtresse qu'en lui racontant tout ce qu'il souffre, tout ce qui lui en coûte d'être séparé d'elle.

Eunuques. — Tels sont de nos jours encore les eunuques dits incomplets. Entourés d'occasions, assaillis de désirs, les sens de ces infortunés sont dans un élat perpétuel d'éréthisme. Malgré leur mutilation, ils sont toujours hommes. Pendant quelques années encore, chez eux, les appétits vénériens persistent; l'érection est possible et ils peuvent accomplir l'acte du coït. « Le malheureux, dit Roussel, survivant à sa nullité, voit encore dans la femme, sinon le bonheur, du moins une imag-e du bonheur; il tourne en frémissant autour de ce fantôme, s'attache à lui ; il ne peut s'en séparer et jouit au moins de ses tentatives à défaut de la véritable jouissance. »

Autrefois les dames romaines connaissaient cette particularité, et de nos jours, enfermées dans leurs harems, les femmes de l'Orient savent la mettre à profit. Aussi, dans certains harems appartenant à

un maître jaloux et soucieux de ses prérogatives, les eunuques préposés à la garde des femmes sont-ils choisis parmi ceux qui ont subi une amputation complète des organes de la génération.

Mais bientôt, leur constitution se flétrit; leursfacultés intellectuelles et morales s'émoussent, s'affaissent, et toute l'économie porte le cachet d'une vieillesse anticipée, d'une véritable démence.

Skoptzy (1). — Nous devons dire un mot d'une secte religieuse qui, condamnant l'œuvre delà chair et regardant la continence absolue comme la vertu suprême, ne trouve d'autre garantie contre les tentations que l'ablation ou la mutilation des organes de la g-énération. Les individus composant la secte russe des skoptzy, qui peut être prise comme type^ ne sont pas, à proprement parler, des aliénés, mais sont des candidats volontaires à l'aliénation. Victimes de l'ignorance et du fanatisme religieux, ils se laissent entraîner par les brillantes promesses et les images trompeuses d'un bonheur assuré dans une autre vie. Que dans le nombre il se trouve de véritables aliénés, que chez certaines femmes on observe des phénomènes convulsifs de nature purement névropathique, phénomènes qui ne manquent guère de se produire dans leurs réunions d'illuminés, cela est possible, mais ce sont des exceptions dont il ne faut pas se hâter de tirer des conclusions défavorables à

(1) Progrés médical, les Skoptzy, n»^ 51, 52, 53 (1876) et i~, iS (1877) ; — A,-L. de Beaulieu, VEminre des tsars et les Russes, Revue des Deux Mondes, 1" juin 1875.

toute la secte. De plus, les skoptzy opérés dans l'âge adulte conservent pendant un temps assez long-, comme les eunuques incomplets, la possibilité d'entrer en érection sous l'influence d'excitations mécaniques et même psychologiques. Aussi, certains d'entre eux ne se font pas faute, en dépit de leurs doctrines, d'user et d'abuser de la faculté qu'ils ont conservée. Mais ce sur quoi nous attirons l'attention, et ce qui nous permet de faire rentrer ces fanatiques et leurs congénères dans le cadre de notre travail, c'est que psychiquement ils subissent l'influence ordinaire des affections des organes génitaux, et que leur mutilation les entraîne insensiblement et fatalement à riiypochondrie, à la lypémanie... etc.

Maladies des organes génitaux.

a, affections vulvaires, scrofules, arthritis, herpétis ; — b, affections utérines, cancer, ulcération du col, métrite ; — c, corps étrangers accidentels ou voulus ; — d, maladie des Scythes.

Personne ne fait de difficulté à rattacher les appétits, les instincts à des dispositions particulières de l'organisme, en raison des sensations spéciales qui en sont inséparables.

Le retentissement des affections de l'utérus ou de ses annexes, sur le moral, est un fait acquis à la science, mis hors de doute par de nombreux travaux, et l'on sait que les maladies organiques sont souvent le point de départ d'hallucinations, qui déterminent chez certaines malades la plus vive excitation érotique; ayant à revenir sur ces phénomènes d'une

haute importance au point de vue médico-légal, nous n'insisteronspas davantage pourle moment et nous passerons en revue les plus fréquentes de ces affections.

Affections vulvaires. — La folie génésique reconnaît volontiers pour cause les affections de la peau. Morel avait constaté chez des femmes atteintes de maladies cutanées plusieurs cas de folie érotique dont la manifestation allait jusqu'à la nymphomanie. Des deux observations qu'il donne, une femme avait une acné, l'autre un icthyose. Les rémissions et les exacerbations de cette affreuse vésanie, étaient pareillement en rapport chez l'une et l'autre de ces nymphomanes avec la marche de la maladie cutanée.

La scrofule, l'arthritisme, l'herpétisme, sont les maladies constitutionnelles qui engendrent le plus fréquemment des affections des organes génitaux et sexuels, aussi bien chez l'homme que chez la femme. Sous leur influence, il y a une altération des liquides normaux de sécrétion, amenant ces démangeaisons rebelles, intolérables, ressenties constamment, jour et nuit, empêchant tout repos, toute occupation, constituant pour certains malheureux une lutte perpétuelle, dont leur intelligence ne sort pas toujours victorieuse.

Le prurit des parties génitales peut aussi exister sans qu'aucune manifestation extérieure puisse le révéler, et on ne le soupçonnerait pas si les malades eux-mêmes ne vous indiquaient le siège de leurs souffrances. Le prurit peut affecter les parties extérieures comme les parties profondes de l'appareil

génital. La démangeaison qu'il produit est assez vive pour avoir un retentissement notable sur les centres nerveux, et sans parler de l'onanisme qu'elle provoque fatalement, elle peut déterminer des hallucinations et même une véritable manie érotique, comme cela eut Heu chez la jeune personne citée par le

Ménard de Lunel (1), qui ressentait vers les parties génitales un prurit continuel et plein de volupté. Les caresses de son mari ne pouvant la satisfaire, elle éprouvait le plus vif désir de se livrer à la prostitution. Cet état dura deux ou trois mois et disparut à tout jamais par le fait d'une grossesse. Tel est aussi le fait rapporté par Alibert, d'un malheureux homme devenu fou par suite d'un prurit génital (2).

Affections utérines. — Parmi les affections utérines, celles qui le plus fréquemment entraînent à leur suite des troubles intellectuels, nous devons citer plus particulièrement les cancers, les ulcérations du col et les végétations. Les infortunées atteintes de ces différentes affections éprouvent parfois au début de la maladie, parfois au moment de la cicatrisation, de violents désirs érotiques, auxquels elles ne peuvent pas toujours résister : satisfaction donnée, tout rentre dans l'ordre, mais pour un temps dont la durée variera; de nouvelles sensations irrésistibles comme les premières se font de nouveau sentir, et de rechef, les entraînent à de coupables complaisances. Dans le cancer, c'est à ses progrès, à l'enva-

{i) Ménard de Lunel, Joiirn. de Méd. et Chir. prat., 1834. (2) Bulletin de Thérapeutique, \ 8oi.

hissemenfc des tissus d'une vitalité plus grande, des nerfs en particulier, qu'il faut rapporter ces sensations le plus souvent pénibles, mais pouvant aussi affecter une tout autre forme^ ainsi que Téallier en adonné une observation : 'i Chez une dame italienne, elles se traduisaient par une sensation de prurit voluptueux vers les parties génitales, qui portait la malade à compléter artificiellement la sensation commencée. »

Mais bientôt ces malades tombent dans un ennui profond, dans une tristesse que rien ne peut vaincre ; elles exagèrent leurs douleurs, en parlent sans cesse,^ et un désordre plus ou moins considérable dans l'intelligence n'est que trop souvent l'apanage de ce& infortunées.

Les abaissements, les déviations de l'utérus, les métrites et en général toutes les maladies propres aux organes générateurs, peuvent également devenir le point de départ de troubles psychiques et être la cause d'illusions, d'hallucinations dénature érotique. Une femme que nous voyons en ce moment, est atteinte d'un squirrhe volumineux de l'utérus. Elle se plaint chaque jour que la nuit on lui enfonce des fers rouges, des pinces, des morceaux de bois, dans les parties, dans un but qu'elle n'ose avouer. Elle va même jusqu'à attacher soigneusement sa chemise avec des épingles, se garnit les parties d'une quantité de linges, borde son lit avec la plus grande précaution, pour empêcher les tentatives de viol dont elle est constamment la victime.

Ces exemples ne sont pas rares, et chacun a pu en observer.

Chez l'homme, nous devons signaler les tubercules du testicule, le testicule syphilitique, les irritations locales de la vessie, de la prostate, de Turèthre, les affections prurigineuses de ces mêmes parties, et d'une manière générale toutes les affections graves de ces organes, comme cause fréquente de perversion g'énésique, et de plus toujours causes de l'impuissance entraînant à sa suite tous les troubles intellectuels dont nous avons déjà parlé.

Corps étrangers des organes génitaux. — Les corps étrangers des organes de la génération peuvent être naturels, c'est-à-dire, consister en productions

organiques (hydatides, môles, polypes, calculs ),

ou avoir été introduits accidentellement (éponges, pessaires, débris de sonde...), ou enfin volontairement, soit pour remédier à un obstacle au libre cours de l'urine, soit, le cas n'est pas sans exemple, pour se procurer de nouvelles jouissances^ créant de la sorte une véritable masturbation interne. C'est ainsi que s'explique la présence de porte-plumes, d'étuis, de tuyaux de pipes... etc., dans les voies génito-urinaires. Quels qu'ils soient, leur présence peut donner lieu à des désordres physiques graves, ayant un retentissement profond sur les facultés intellectuelles. Nous n'avons qu''à signaler ces faits si connus de tous, sans avoir besoin d'y insister plus longuement.

Maladie des scythes. — On désigne sous ce nom une affection qui remonte à la plus haute antiquité

et dont la nature étiologique a exercé plus d'une fois la sagacité des auteurs les plus compétents. Les explications les plus ingénieuses ont été successivement passées en revue, et nous devons à M. Marandon de Montyel, médecin à l'asile d'Évreux, un travail complet (J), sur cette curieuse affection, dont voici les caractères les plus saillants : on trouve dans le Caucase, des individus qui après avoir joui quelques temps de tous les attributs de la virilité, les perdent avant l'âge, voient leur barbe tomber, leurs traits se flétrir, leurs désirs amoureux s'éteindre, leur voix faiblir, leur corps perdre la force et l'énergie propres à leur sexe, et qui arrivent enfin à fuir la société de ceux dont ils partageaient jadis les travaux et les plaisirs, revêtir le costume féminin comme ils en ont revêtu la faiblesse, mettant tout leur bonheur à s'assimiler aux femmes et à partager leurs occupations. Pour Hérodote, pour Hippocrate, l'impuissance des Scythes était due à une vengeance de Vénus en punition d'un commerce infâme et pour avoir, au retour d'une expédition, pillé un de ses temples. Patin l'a rattachée à des écoulements gonnorrhéiques, Bogard, au climat et au genre de vie, Sprengel à la masturbation, Lallemand enfin, et c'est l'interprétation la plusvraiC;, à laquelle on se rallie aujourd'hui, à des pertes séminales dues à une équitalion forcée. Ce fait démontré par les nombreux travaux du savant chirurgien de Montpellier, est maintenent hors de doute. Cependant il y a d'autres causes dont la con-

(l)AnnaZes médico-psych., mars 1877.

naissance précise nous échappe : on peut néanmoins par analogie, accuser les affections variées des organes delà génération, car en général, ce sont les-seules pour ainsi dire, qui amènent les aberrations et les perversions du sens génésique. De nos jours oii l'équitation n'est plus exercée que par un nombre restreint d'individus, et dans des conditions raisonnables, on observe encore de temps à autre cette forme de vésanie. Il n'est pas excessivement rare de trouver des malades présentant une aberration de personnalité qui leur fait croire qu'ils ont passé d'un sexe à l'autre. Aux observations bien connues d'Esquirol, on peut ajouter les faits cités par MM. Morel, Moreau de Tours, Luys, Azam etc.

Troutl3 des fonctions physiologiques.

a, maladies accidentelles (Iraumalismes, empoisonnements)... ou spontanées, ataxie, myélite; — b, troubles dus à la menstruation ; — c, troubles tenant en partie déjà à une tendance maladive d'ordre physique et moral (masturbation, incontinence).

Les fonctions physiologiques peuvent être entravées dans leur fonctionnement régulier par une foule d'influences de l'ordre physique ou de l'ordre moral, par action réflexe, réagir sur le cerveau, et amener ces anomalies extraordinaires désignées d'habitude sous les noms de troubles sensoriaiix^ désordres de llntelligenco et du sentiment ^ actes irrésistibles etc.

Ces troubles peuvent être accidentels, c'est-à-dire dus à une cause tout à fait imprévue, comme les traumatismcs, les empoisonnements (qui volontaires ou

non surprennent l'homme au milieu de la santé et en pleine connaissance de cause) ou être spontanés, faire partie en quelque sorte de l'existence de l'être. Tel est, par exemple, le phénomène de la menstruation, dont l'accomplissement n'a pas lieu sans qu'il en résulte quelques modifications dans le caractère et les habitudes de la femme. Si les modifications amènent avec elles certaines bizarreries de caractère, certaines tendances à l'abattement moral, à la tristesse, certaines perversions dans les appétits et dans les instincts, toutes choses qu'on doit considérer comme normales, il est des cas où ces troubles peuvent se présenter à l'observation avec des formes bien plus graves. Quoiqu'il en soit, ces phénomènes appartiennent à la physiologie et à la psychologie : il y a un rapport indéniable entre les troubles cérébraux et les fonctions physiologiques naturelles.

Quelles sont donc les causes qui peuvent amener ces modifications?

Traumatismes. — Tout le monde sait que les légions de la moelle cervicale ou dorsale entraînent fréquemment l'érection du pénis chez l'homme, et des organes érectiles chez la femme. D'autres fois, ces mêmes lésions et surtout celles de la région lombaire (fait important à noter dès à présent) peuvent déterminer l'impuissance par défaut d'érection, tout en laissant persister les sensations morales, souvent même les exagérant. Ces individus reçoivent avec plaisir la visite des personnes de Tautre sexe, se complaisent dans la lecture de romans érotiques,

dans la vue des images obscènes, faits qui n'étaient nullement dans leurs habitudes antérieures. D'autres fois on a vu un traumatisme reçu directement sur la partie postérieure et inférieure du crâne, au niveau du cervelet, déterminer chez les malades un délire éro tique.

Empoisonnements. — Que les empoisonnements soient accidentels ou volontaires, les effets qu'ils produisent sont toujours les mêmes. L'action produite par certaines substances sur les facultés cérébrales est telle qu'il n'en résulte pas seulement de l'exaltation, mais souvent une véritable folie, une aberration complète de l'esprit, des hallucinations de toute espèce.

Dans l'empoisonnement lent par le sulfure de carbone, par exemple, on constate au début une surexcitation de toutes les facultés^ des plus remarquables : le caractère est gai, la vue, l'ouïe, acquièrent plus d'acuité, le sens génésique surtout, est le siège d'une activité effrayante... Mais bientôt la dépression survient, les forces tant organiques qu'intellectuelles s'affaissent en raison directe de leur excitation première.

Les fondateurs et les chefs des sectes religieuses, les prêtres de l'antiquité^ les sorciers au moyen âge, connaissaient et usaient de ces drogues ou breuvages mystérieux, propres à remplir l'imagination des initiés des illusions les plus délirantes, à leur faire goûter des plaisirs inexprimables, à développer chez eux les passions les plus vives. Jamais la volupté n'a exercé un empire plus absolu !

MonEAu. 7

Cantiiarides. — Les cantharides tiennent le premier rang parmi les poisons de cette nature : On sait que ces excitants des reins et du col de la vessie ont la propriété de porter vivement à l'acte génital et à tous les phénomènes qui le provoquent et l'accompagnent ; une dose modérée de cantharides manque rarement son effet; mais si la dose est trop forte, au lieu d'un simple désir vénérien, c'est une véritable fureur qui s'empare du malheureux, qui surpasse dans ses orgies les satyres ou les nymphomanes. Que le lecteur veuille bien se reporter à l'épisode que nous avons cité du marquis de Sade (p. 58) et qu'il nous permette de citer encore un exemple :

«En 1572, dit Cabrol (1), nous fusmes visiter un pauvre homme d'Orgon en Provence, atteint du plus horrible et du plus épouvantable satyriasis qu'on saurait voir et penser: le faict est tel: il avait les quartes : pour en guérir prend conseil d'une sorcière laquelle lui fît une potion d'une once de semences d'orties, de deux drachmes de cantharides, d'un drachme et demi de ciboules et autres ; ce qui le rendit si furieux à l'acte vénérien que sa femme nous jurasonDieu qu'il l'avait chevauchée dans deux nuits, 87 fois, sans y comprendre plus de 20 fois qu'il s'était corrompu, et mesme dans le temps que nous consultâmes, le pauvre homme spermatisa trois fois en notre présence, embrassant le pied du lit^ et agitant contre icelluy comme si c'eustétésa femme. Ce spectacle nous étonna et nous hasta à lui faire tous

(1) CaDrol, Observât, anatom.

les remèdes pour abattre cette furieuse chaleur ; mais quel remède qu'on lui sceust faire, si passa-t-il le pas. »

Le même auteur rapporte que Chauvel, médecin d'Orange, fut appelé en 1570 à Caderousse, petite ville proche sa résidence pourvoir un homme atteint de la même maladie : « A l'entrée de la maison, trouve la femme dudict malade ; laquelle se plaig-nit à lui de la furieuse lubricité de son mary, qui l'avait chevauchée 40 fois pour une nuit et avait toutes les parties gastées, étant contraincte de les luy montrer afin qu'il lui ordonnast les remèdes pour abattre l'inflammation et l'extrême douleur qui la tourmentait. Le mal du mary était venu de breuvage semblable à l'autre qui lui fut donné par une femme qui gardait l'hôpital pour guérir la fièvre tierce qui l'affligeait, de laquelle il tomba en telle fièvre qu'il fallut l'attacher comme s'il fut possédé du diable : le vicaire du lieu fut présent pour l'exorter à la présence même dudict sieur Chauvel, lesquels il priait le laisser mourir avec le plaisir. Les femmes le plièrent dans un linsseul mouillé en eau et vinaigre, oii il fut laissé jusqu'au lendemain qu'elles aloyent le visiter, mais sa furieuse chaleur fut bien abattue et éteinte, car elles le trouvèrent rède mort, la bouche riante monstrant les dents et son membre gangrené. »

SoLÂNÉEs viREusEs. — Sous le nom de Satyno7i^ les anciens comprenaient diverses espèces d'Orchis et autres plantes, dont les préparations étaient regardées comme jouissant à un haut degré de la pro-

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priété qu'on leur accordait sans doute par signature^ c'est-à-dire, à cause de la disposition de leurs tubercules en scrotum.

11 ne faut pas traiter aussi légèrement les solanées vireuses et en particulier l'opium, la belladone, la jusquiame, le datura-stramonium, enfm l'extrait du cannabis indica, le haschich, qui jouissent d'une action des plus énergiques sur les centres nerveux.

Tout le monde sait qu'au moyen âge, pour aller au sabbat, il fallait se soumettre à l'onction magique : mais même au temps de la sorcellerie, ces substances n'étaient pas toujours employées dans des vues diaboliques : « C'était surtout l'amour trahi qui employait leurs secours. En proie à sa passion, qu'une femme en fit usage ; préoccupée de ses désirs et de l'espoir de les satisfaire, elle s'endormait : il était naturel que leur unique objet occupât ses songes, et que bientôt elle attribua aux caresses de l'être adoré, les sensations voluptueuses que lui prodiguait le sommeil magique. A son réveil, pouvait-elle douter qu'un charme aussi puissant que délicieux ne l'eût transportée dans les bras de son amant ou n'eût rendu à ses vœux un infidèle (1) ? »

On sait encore le but que se proposent les Persans, les Turcs, les Égyptiens, les Indiens, en faisant usage de ces dilFérentes préparations.

« Ceux qui prennent le haschich (2), en Orient, lorsqu'ils veulent s'abandonner à l'ivresse de la

(1) E. Salverte, Des sciences occultes.

(2) Moreau de Tours, Du haschich et de l'aliénation mentale, 1843.

fantasia, ont un soin extrême d'écarter d'eux tout ce qui pourrait tourner leur délire vers la mélancolie, exciter en eux autre chose que des sentiments doux et affectueux. Ils profitent de tous les moyens que les mœurs dissolues de l'Orient mettent à leur disposition. C'est au fond de leur harem, entourés de leurs femmes, sous le charme de la musique et des danses lascives exécutées par des aimées, qu'ils savourent l'énivrant daivamesce, et, la superstition aidant, en voilà assez pour qu'ils soient transportés au sein des merveilles sans nombre que le Prophète a rassemblées dans son paradis. »'

Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter quelque peu sur un sujet aussi curieux, mais la facilité que l'on possède actuellement de répéter personnellement toutes les expériences décrites par les auteurs qui ont étudié d'une manière spéciale tous ces phénomènes, et d'éprouver par soi-même ces sensations à la fois si remarquables et si étranges, fera excuser notre brièveté.

Liqueurs alcooliques. — Les liqueurs alcooliques ont une influence non moins marquée sur le cerveau : il n'est pas rare d'entendre des personnes se plaindre d'avoir été victimes d'un viol ou d'un attentat à la pudeur pendant qu'elles étaient sous l'influence de l'alcool. Tel est le cas d'un individu qui, lorsque les liqueurs lui avaient fait perdre la raison, se mettait nu et, dans cet état, poursuivait les hommes et les femmes. Cet homme finit par être renfermé à Bicêtre.

Les personnes que l'on soumet aux inhalations de chloroforme, pendantune opération, sont également exposées aux hallucinations de ce genre. Témoin le fait suivant (1) : « Une dame se rend chez un dentiste pour y subir une opération douloureuse. Soumise à l'action du chloroforme, elle s'endort facilement et demeure insensible en apparence, jusqu'au moment du réveil. Mais, à peine sortie du sommeil anesthésique, elle adresse les plus vifs reproches à son mari, qu'elle accuse d'avoir eu des rapports intimes avec elle, en présence de témoins. En vain s'efforce-t-on de la convaincre de son erreur, elle a tout senti, tout entendu, dit-elle, on a voulu se livrer sur elle à une expérience des plus coupables. Plusieurs mois après, cette dame, d'ailleurs très raisonnable, était parfaitement convaincue de la réalité de cet outrage imaginaire, dont le souvenir l'impressionnait au point de lui faire tomber des larmes abondantes, » il y avait donc bien, dans ce cas, une véritable hallucination génitale sous l'influence d'un agent toxique.

Affections médullaires. — Les aberrations du sens génital sont encore observées comme symptômes précurseurs de certaines affections, et en particulier des affections médullaires. Dans la première phase de la maladie, alors qu'il n'y a qu'un simple phénomène d'excitation de la substance grise, on observe des phénomènes connus de tous, du côté des organes génitaux. Le futur malade sent sa vigueur accrue : ses

(1) Journal des Connais, médic. prat., 1875.

facultés génésiaques sont portées à un degré qui lui était inconnu, et lorsque, plus tard, on interroge ces individus, on les entend vanter et raconter avec complaisance, avec une certaine gloriole même, les hauts faits qu'ils accomplissaient. Souvent, n'arrivant pas par des moyens avouables à éteindre le feu qui les dévoraient, ils n'avaient pas honte de recourir à des moyens tout manuels. Ils atteignaient ainsi assez rapidement à l'apogée de l'excitation génésique, au priapisme. Mais ce brillant état était de courte durée : petit à petit la désorganisation médullaire suivant sa marche, lente mais sûre, l'érection n'avait plus lieu, les idées sexuelles ne faisaient plus d'impression sur leurs sens épuisés, et semblables au fier Sicambre, ils brûlaient ce qu'ils avaient adoré !

Ces phénomènes, que l'on retrouve dans toutes les lésions médullaires, les myéhtes. et spécialement l'alaxie locomotrice, se montrent encore dans certaines affections ayant une action plus ou moins directe sur les centres nerveux. Sans parler ici des paralytiques généraux chez qui es perversions des facultés morales et affectives amènent plusieurs mois avant l'invasion de la maladie, des actes de débauche, de salacité que nul antécédent ne faisait prévoir et sur lesquels M. Brierre de Boismont a justement appelé l'attention des médecins (1), nous citerons néanmoins un exemple bien remarquable : <( M. R... , homme de lettres, âgé de cinquante-deux ans, appartient à une famille honorable dans laquelle il n'a

(i) Académie des sciences, septembre 1860.

jamais existé d'aliénés. D'une intelligence remarquable et d'un goût prononcé pour les lettres, il s'est livré de bonne heure à des travaux intellectuels excessifs, qui ont surmené ses facultés, et peuvent avoir eu quelqu'influence sur le développement de sa maladie. La mort de sa femme survenue il y a quelques années, l'a profondément affecté, et à dater de cette époque, il est tombé dans un état de mélancolie qui ne l'a pas quitté depuis. Petit à petit, il a perdu son goût pour l'étude et a fini par prendre tout travail en aversion. Il y a plusieurs mois, il a commencé de manifester des idées érotiques, et bientôt, sous l'influence d'un besoin de satisfactions sexuelles immodérées, il a perdu toute pudeur et a mené la vie la plus licencieuse, tenant des propos grossiers et fréquentant au su de tous, les maisons de prostitution ; cette excitation génésique, devenant de plus en plus violente, M. R... a tenté de violer deux petites filles, ce qui a amené sa séquestration.

A son arrivée à l'asile, le malade paraît déprimé; il conserve toujours des idées de persécution, et manifeste les mêmes tendances érotiques. Les signes physiques de la paralysie générâle , Jusçii alors peu. apparente, ne tardent pas à s'accentuer : en même temps survient une excitation des plus vives, si bien que peu de temps après, R... meurt des suites d'une syncope (1). »

Sans parler non plus de certains monomaniaques

(i) Négris, De la dynamie ou exaltation fonctionnelle au début de la paralysie générale, mémoire couronné pour le prixEsquirol, 1878.

chez qui on voit surgir des tendances erotiques avec intensité spéciale et devenir le phénomène saillant de la maladie, nous rappellerons que les irritations pulmonaires amènent assez fréquemment une activité anormale dans les organes génitaux. Tout le monde connaît ces fougues génésiques qui s'emparent de temps à autre des phthisiques.

Chez eux, toutes les fonctions sont surexcitées : l'intelligence brille souvent d'un éclat inusité. Les plans, les projets, se succèdent à l'infini, ils ne doutent de rien, ce sont des oseurs. Cette suractivité des organes intellectuels se retrouve dans l'exercice des fonctions génésiques : ils montrent autant d'ardeur aux plaisirs des sens, autant d'emportement, de fougue, de raffinement à les satisfaire qu'ils en mettent dans l'entreprise d'une affaire, dans l'invention d'une machine.

Puis, à cette période qu'on peut appeler d'excitation, succède une période d'affaissement moral et physique. Cet état cependant dure peu, si peu même parfois, qu'il passe inaperçu. Le phthisique redevient promptement ce qu'il était avant jusqu'au jour où, terrassé par la maladie, il tombe pour ne plus se relever.

Chlorose. — La chlorose, portée à un haut degré, peut également déterminer, chez certaines jeunes filles, un délire érotique des plus violents : telle est l'observation citée par M. Baillarger, dont nous donnons ici un abrégé (1) :

[l) Annales médic. jjsych., \8't'à, p. 147.

« MademoiseUe C..., âgée de vingt-quatre ans, née d'une mère qui est actuellement aliénée, offre tous les symptômes d'une chlorose bien caractérisée : la face est pâle, et légèrement bouffie, la faiblesse générale assez grande pour que le moindre exercice soit suivi d'une fatigue générale : en outre, suppression des règles, gastralgies, bruit de souffle dans la région du cœur et dans les carotides... etc. A ces symptômes se joint un désordre remarquable de l'intelligence. L'imagination de la malade est sans cesse occupée de pensées érotiques. Mademoiselle C. . . se comptait à rapporter, dans les moindres détails, les sensations qu'elle prétend éprouver très souvent, malgré elle, dans les organes génitaux. Plusieurs femmes qui habitaient la même maison qu'elle et qui venaient la visiter, ont dû cesser de la voir, à cause de l'obscénité de ses discours, et du dégoût qu'elle leur inspirait.

La malade passe sa journée couchée sur le dos, les jambes écartées et fléchies sur les cuisses. En vain lui a-t-on fait des représentations à ce sujet : n c'est, dit-elle, la seule position qu'elle puisse supporter, parce que, dès que ses cuisses sont rapprochées, elle sent, dans les parties génitales, une chaleur brûlante, bientôt suivie de sensations très vives et du spasme vénérien. Elle ajoute que son imagination contribue beaucoup à augmenter ces accidents, et prétend avoir sans cesse à l'esprit des lieux enchantés et des images voluptueuses^ qu'elle s'efforce en vain de chasser. »

C'est vers l'âge de quatre ans que mademoiselle C. . prétend avoir commencé à ressentir des douleurs dans les organes génitaux, et c'est vers cet âge qu'elle a été conduite à se livrer à l'onanisme. Les accidents augmentèrent à l'époque de l'apparition des règles...

Après avoir décrit les moyens qu'elle employait pour déterminer les idées qui l'obsédaient, mademoiselle C... indique les causes qui ramenaient ordinairement les mêmes idées :

« La solitude, le silence, la pureté du ciel, le chant des oiseaux, la beauté de la campagne, m'étaient ou m'ont toujours été depuis et me seraient encore pernicieux. Des carafes de bouquets même dans ma chambre, suffisaient pour ramener dans mon imagination la peinture des lieux enchantés »

Ces sensations génitales si fortes que la malade éprouvait à chaque, instant par suite des impressions les plus légères, et qui augmentaient parfois *d'une manière excessive au moment du sommeil la poursuivaient encore quand elle était endormie. Des rêves érotiques la réveillaient en sursaut : «J'ai eu bien des fois en dormant, disait-elle, des sensations si violentes, que la seule persuasion que j'étais au dernier moment, me faisait rouler par terre et perdre connaissance ; je me réveillais, et j'avais de violents spasmes et des maux de cœur fréquents qui ne m'ont jamais quitté depuis. Ces sensations dans les parties sont devenues parfois des souffrances physiques si violentes, que j'en éprouvais d'horribles tiraillements dans les seins, dans la poitrine et dans l'estomac,

au point d'être forcée de manger toutes les deux ou trois heures. »

Les symptômes d'une affection si singulière devaient encore s'aggraver. Les désirs d'esprit maîtrisaient tout à fait l'imagination et il y avait en même temps, des pleurs^ des oppressions d'estomac^ de poitrine et des seins, des spasmes, des étouffements, des maux de tête on ne peut plus violents^ Alors survinrent ce que mademoiselle C... appelle les derniers symptômes,

ceux qu'elle n'ose décrire dans ses lettres Elle

déclarait alors que non seulement elle éprouvait spontanément, et malgré elle, des sensations voluptueuses, mais que parfois elle sentait distinctement que ces sensations étaient provoquées par un corps qui s'introduisait dans ses organes, c'est-à-dire, qu'il y avait alors reproduction complète de l'acte vénérien »

A la suite d'un traitement, dont M. Baillarger ignore la nature, mademoiselle C... après quelques mois est sortie parfaitement guérie de sa chlorose, et de ses hallucinations érotiques.

Affections convulsives. — Certaines affections convulsives (hystérie, hystéro-épilepsie, que nous ne notons ici que pour mémoire, devant faire l'objet d'un chapitre spécial) entraînent souvent, mais non toujours, à leur suite des troubles intellectuels se rattachant à l'exercice des fonctions génésiques.

Rage. — La rage, par les troubles profonds de l'innervation attaquant tout à la fois la sensibilité, le mouvement et l'intelligence, par les perversions de

— \Gd —

toutes sortes qu'elle amène, peut jusqu'à un certain point être assimilée à une névrose reconnaissant pour origine l'introduction d'un virus particulier dans l'économie. Ainsi envisagée et comprise, on ne devra pas s'étonner de Tavoir citée comme pouvant avoir une action sur le sens génital. A. Paré raconte l'histoire d'un homme pris d'un commencement de rage, qui exerça Tacte vénérien plus de soixante fois dans les vingt-quatre heures.

Deux cas de rage authentique, observés par MM. Constantin- Paul et Josias, viennent confirmer la justesse de l'observation d'A. Paré. Dans l'un il s'agit d'un homme de cinquante ans, garde au bois de Vincennes, mordu par un chien enragé, reconnu comme tel à l'École vétérinaire d'Alfort. Ce malade à la fin du deuxième jour de la période convulsive, eut des pollutions précédées d'une vive démangeaison dans les organes sexuels et demanda à plusieurs reprises que sa femme vînt partager son lit.

Le deuxième fait se rapporte à un enfant de neuf ans, également mordu par un chien enragé, tué à Alfort; cet enfant vers la fin du sixième jour présenta jusqu'à sa mort de la dysurie et un véritable satyriasis (1).

Troubles dus a là menstruation. — Qui ne connaît les fâcheux effets que chez les femmes, la raison éprouve si souvent des difficultés de la menstruation ?

« La menstruation qui joue un si grand rôle dans

(1) Ces deux observations ont été publiées m extenso dans la France médicale, n"^ des 18 et 20 décembre 1875.

— no —

la santé des femmes, dit Esquirol, ne peut rester étrangère à la production de l'aliénation mentale. Aussi entre-t-elle pour un sixième dans les causes physiques. Les efï'orts de la première menstruation déterminent la folie. Cette observation n'avait pas échappé à Hippocrate. Les désordres des menstrues provoquées par des accidents physiques ou moraux ou par les progrès de l'âge, multiplient les conditions favorables à l'aliénation mentale. Tantôt elles offrent de grandes anomalies soit pour l'époque de leur retour, soit pour la quantité etla qualité de l'écoulement, avant que la folie se déclare. Quelquefois les menstrues sont très abondantes, elles coulent à des époques très rapprochées, peu de temps avant l'invasion de la folie. Enfin, il est des cas ou la folie se manifeste sans le moindre désordre menstruel. L'époque des retours menstruels est toujours un temps orageux pour les femmes aliénées, même pour celles dont les menstrues ne sont point dérangées. La leucorrhée, qui est souvent supplémentaire des menstrues à laquelle sont si sujettes les femmes des villes et celles qui mènent une existence trop sédentaire, en se supprimant, cause aussi la folie : j'ajoute çue cette cause est plus fréquente qu'on ne le pense communément..... (■!). »

L'influence de l'écoulement menstruel sur le jeu normal des fonctions intellectuelles, a été étudié à différentes reprises par les auteurs les plus recommandables, entre autres par notre regretté confrère,

(1) Esquirol, Mal. ment., 1. 1, p 35.

le D' Berthier (1), trop tôt enlevé à la science et à ses amis.

Au chapitre des diverses variétés de folie génésique , nous examinerons les formes nombreuses auxquelles le trouble de la fonction menstruelle peut donner lieu.

Troubles tenant en partie déjà a une tendance

MALADIVE d'ordre PHYSIQUE ET MORAL. LcS rapports

sexuels pratiqués d'une manière abusive, les manœuvres illicites et les différentes formes de débauche solitaires ou en commun, telles que la masturbation^ la inanuélisation^ le tribadisme ou le saphisme, suivant l'expression par laquelle Marion S ims a caractérisé les habitudes des femmes Lesbiennes, contemporaines de Sapho..., etc., en émoussant la sensibilité cérébrale en même temps que la sensibilité sexuelle, amènent dans l'exercice des fonctions intellectuelles des désordres graves souvent même incurables. Ces manœuvres sont en général la conséquence naturelle et forcée de trop de réserves dans l'accomplissement des fonctions génitales, et plus souvent encore sont Veff'et et non la cause d'une maladie qui n'attendait qu'une occasion pour éclater; quoiqu'il en soit, leur résultat fatal est d'abolir progressivement l'impression sexuelle. Les appétits perdent leur énergie et lorsqu'ils se présentent, moralement et physiquement, il faut, pour les satisfaire, avoir recours à des sensations extraordinaires, inouïes, impossibles, dont l'idée ne se fût certes pas présentée à une époque

(d) Berthier, Des névroses menstruelles ou la menstruation dans ses rapports avec les maladies mentales et nerveuses. Paris, 1874. ■ '

antérieure à un esprit sain. Ce n'est plus alors le sens moral de l'amour qui est en jeu, c'est l'intelligence elle-même qui, regrettant les plaisirs dont elle a gardé le souvenir, s'ingénie à les faire renaître sous quelque forme que ce soit. L'esprit se trouve alors dans un état anormal, bizarre, mélange de folie et de raison, comprenant toute l'horreur de l'action qu'il commet ou va commettre, mais entraîné par une puissance supérieure, irrésistible, à l'accomplissement de l'acte qu'il déplore et qu'il blâme.

Incontinence. — L'excitation des organes génitaux avec la main, d'autant plus dangereuse que l'on a sans cesse la possibilité de s'y livrer, les flagellations réitérées sur le bassin, les attouchements voluptueux, les baisers lascifs, les caresses analogues en exaltant la sensibilité du système nerveux, ont des' effets trop connus sur la production et l'entretien de la folie et des perversions génitales pour qu'il soit nécessaire de nous y appesantir.

L'observation transmise par Manget, résume assez bien d'ailleurs les phénomènes auxquels peuvent aboutir ces manœuvres : elle est relative à une dame qui, depuis six ans était mariée à un homme impuissant. Celui-ci se bornait près d'elle, à exalter par des attouchements réitérés la sensibilité des organes de la génération. Bientôt cette dame fut atteinte d'une nymphomanie accompagnée de mouvements convulsifs, Manget lui conseilla de faire lit à part et prévint ainsi les progrès ultérieurs de cette vésanie, qui dès lors se dissipa.

Esquirol n'avait-il pas signalé les tristes efTets de l'onanisme lorsqu'il dit: «La masturbation en exaltant la sensibilité du système nerveux, prédispose au délire erotique. »

Continence. — Si l'incontinence produit des lésions de l'entendement, il en est de même d'une .continence excessive, absolue. L'homme, à moins de conditions physiques particulières, ne résiste pas impunément aux lois de la nature. L'abstension (1)

(1) Nous ne pouvons résister à l'envie de citer le passage si remarquable où Marc, dans l'article Célibat, du Dictionnaire des sciences médicales, trace avec une autorité indiscutable la puissance du besoin qui rapproche les sexes :

<c Pour peu qu'on étudie les ressorts qui , dans l'économie vitale, concourent à la reproduction des espèces; pour peu qu'on observe d'un œil attentif, ce qui se passe chez les animaux aux époques de leur accouplement, on se convaincra bientôt que l'instinct impérieux, qui porte les sexes à se rapprocher, brave toute puissance qui tendrait à l'anéantir. Diverses circonstances, telles que l'exercice du corps, la contention d'esprit, les opinions religieuses, etc., peuvent, il est vrai, l'affaiblir pendant plus ou moins de temps ; mais c'est à tort qu'on a voulu en conclure que, soutenues par une ferme résolution, elles pouvaient le faire cesser entièrement. Est-il, en effet, d'abstraction morale, est-il de diversion physique qui puisse un instant arrêter la sécrétion de la liqueur prolifique dont le transport dans le torrent de la circulation devient un aiguillon si énergique ? On nous cite, il est vrai, l'abstinence des anciens athlètes et des anciens chanteurs; on nous oppose celle de pieux cénobites ; mais que peut-on inférer de pareils faits? Prouvent-ils que ces malheureux n'aient pas eu à soutenir des combats continuels entre la chair et l'esprit? Et comment décider avec certitude lequel des deux aura remporté la victoire ?

« Si une disposition particulière des organes de la génération ou de la sensibilité individuelle, permet, parfois, aux causes dont il vient d'être question, de diminuer la force de l'instinct producteur, la réplétion des canaux spermatiques n'en finit pas moins

MOREAD. 8

du rapprochement des sexes peut et doit être considéré comme un abus capable de produire dans

par décider une irritation qui, à son tour, ne peut ôtre calmée que par l'accomplissement du désir qui la fit naître. Cette irritation ne se borne pas, en premier lieu, aux organes de la génération, ainsi que l'ont prétendu quelques physiologistes; elle est générale, puisqu'elle dépend de l'action, sur toute l'habitude nerveuse, de la liqueur séminale répandue dans tout le système vasculaire. Cette circonstance a été saisie par un grand nombre d'observateurs. Galien assure que toutes les parties de l'animal qui n'exerce pas l'acte vénérien, regorgent de sperme. Les anciens disaient de ces hommes, auxquels l'abstinence faisait contracter une odeur particulière, qu'ils sentaient le bouc : lUos hirquitallire, vel hircum odere. En effet, ne remarquons-nous pas de semblables phénomènes chez les animaux captifs, et qui ne peuvent se livrer aux jouissances qu'ils appètent? Si les causes qui, chez l'homme, décident et entretiennent l'instinct particuher, sont assez puissantes pour résister à toute impulsion inverse qu'on chercherait à leur donner, elles ne le sont pas moins chez la femme. Le désir du congrès n'a pas, il est vrai, chez elles ces dehors fougueux qu'on remarque chez l'homme, mais il n'en est pas moins vif. C'est un feu concentré qui couve sous les cendres, et n'en porte que des atteintes plus sérieuses à la sensibilité nerveuse. Si, parmi les animaux mômes, nous voyons presque toujours la femeUe ne se livrer aux transports du mâle qu'après avoir éludé ses caresses, loin d'en conclure chez elle à une passion peu ardente, nous devons plutôt regarder cette coquetterie naturelle comme un moyen puissant de rendre le rapprochement fécond, en exaltant l'éréthisme des organes du mâle destinés à l'excrétion spermatique. Certains phénomènes que l'on observe chez les femelles, achèvent d'ailleurs de ne laisser aucun doute sur la vivacité de leurs désirs. Ainsi, les animaux domestiques éprouvent, dans la saison de leurs amours, un commencement de phlogose du vagin, un écoulement abondant, muqueux, blanchâtre, que l'abstinence rend âcre, sanguinolent, et qui alors est suivi de tristesse, d'anorexie, de dépérissement. Les signes, qui chez la femme trahissent la force de ses désirs, sont tout aussi distincts et influent d'autant plus sur son physique, qu'elle n'est pas sujette à ces intermittences, à ces périodes de calme que la nature accorde aux animaux. Dès le moment de la puberté, elle éprouve une inquiétude.

l'organisme des perturbations les plus graves et avoir sur la santé morale une déplorable influence : qui ne sait par expérience l'effet d'un repos prolongé des organes ? Qui ne connaît ce stimulus qui s'empare du svstème nerveux central ? Qui n'a comparé le désordre momentané mais réel qui en est la conséquence, au bien-être vivifiant et entraînant que produisent certains excitants pris à doses un peu fortes? « L'homme alors éprouve toutes les expansions, toutes les joies intimes, tous les secrets tourments bien connus des amoureux. « Chivive piu castamente , a dit Maffei, è piu sottoposto aïï amore. » L'objet manquet-il à la passion? si par un motif quelconque, par timidité de conscience, par des scrupules religieux ou autres, soit enfin par des obstacles matériels, nul objet ne vient concentrer ces élans de l'âme : oh ! alors on s'en prend à tout, on devient véritablement l'amoureux des onze mille vierges, on déverse son amour sur tout ce qui nous environne, sur les objets inanimés, sur des êtres fantastiques dont les romanun trouble dont elle n'ose s'avouer la source : la présence de l'homme lui plaît ; les humeurs semblent se presser vers les organes de la génération, dont la vitalité s'exalte; il s'y manifeste un sentiment de pesanteur, et souvent des écoulements semblables à ceux dont il a été question. C'est encore à cette époque que la femme civilisée commence à gémir sous le poids de sa position sociale, et nous ne croyons pas exagérer en attribuant un tiers des maladies du sexe à une vaine répression des désirs tumultueux qui l'agitent. »

Comment s'étonner, après ce qui vient d'être dit, de la fréquence chez les hommes, plus encore chez les femmes, des affections mentales qui naissent de l'abstinence, ou sur lesquelles cette cause exerce une influence plus ou moins directe ?

— IIG —

ciei's (dirai-je aussi. les ascétiques) peuplent leurs livres (1). »

Tous les auteurs ont cilé les curieux effets de la continence poussée à l'extrême. Le plus connu est certainement l'observation du curé de Cours, près la Réole, en Guyenne, qui rédigea lui-même dans un mémoire adressé à Buffon, en 1774, le récit des accidents nerveux auxquels il fut en proie.

Doué d'un tempérament des plus ardents, et après avoir fait les efforts les plus pénibles pour écarter de son imagination tous les objets lascifs capables d'y laisser une impression trop vive, il ne succomba pas moins, à l'âge de 32 ans, à un véritable accès de délire.

«L'attention avec laquelle je veillais sur moi pendant le jour empêchait les images obscènes de faire sur mon imagination une impression assez vive et assez longue pour émouvoir les organes de la génération au point de procurer l'évacuation de l'humeur séminale ; mais pendant le sommeil, la moindre disposition qui tendait à ce désordre m'éveillait sur-lechamp et je l'évitais en me levant en sursaut. Il y avait un mois que je vivais dans ce redoublement d'attention, et j'étais dans la trente- deuxième année de mon âge lorsque tout à coup cette continence forcée porta dans tous mes sens une sensibilité ou plutôt une irritation que je n'avais jamais éprouvée. Étant allé dans une maison, je portai mes regards sur deux personnes du sexe, qui firent sur mes yeux,

(1) Moreau de Tours, Psych. morb.

et de là sur mon imagination, une si forte impression, qu'elles me parurent vivement enluminées et resplendissantes d'un feu semblable à des étincelles électriques Dans le reste de la journée, mes regards ayant rencontré quelques autres personnes du sexe, j'eus les mêmes illusions. Le lendemain, je vis dans la campagne des femmes

qui me causèrent les mêmes impressions Les

bains froids, les saignées ne me calmèrent que pour un instant : dès que la chaleur fut revenue, mon imagination fut assaillie par une foule d'images obscènes que lui suggérait le besoin de la nature... Le gouverneur de la province venait m'offrir toutes les femmes de la cour pour me faire renoncer à la continence (1) »

Dans cette sing'ulière névrose, tous les organes des sens furent portés à un tel degré de sensibilité, qu'ils lui firent éprouver les tourments les plus affreux et les plaisirs les plus doux. La lumière affectait quelquefois la rétine avec tant de vivacité, qu'il ne pouvait en supporter la présence ; d'autres fois, les perspectives les plus variées s'offraient à sa, vue et ravissaient son âme. L'ouïe lui procurait de même les sensations les plus délicieuses ; il lui semblait que l'univers était un orchestre immense dont les sons harmonieux jetaient son âme dans une extase complète !

Qui ne connaît les hallucinations de saint Antoine? Le jeûne, les macérations, les privations de toutes

(1) Buffon, Hist. nat. de Vhomme, addition à l'article de la Puberté.

sortes, loin de prévenir les appétits charnels, ne firent au contraire que les favoriser. « Le démon, voyant ses attaques échouer et Antoine lui opposer une foi inébranlable, eut recours aux premières embûches qu'il emploie d'ordinaire contre les jeunes gens. Il s'en servit pour l'attaquer, le troublant la nuit, et le tourmentant le jour, de telle sorte que ceux qui se trouvaient présents, voyaient le combat qui se passait entre eux. Le démon présentait à son esprit des pensées d'impureté ; mais Antoine le repoussait par ses prières: le démon chatouillait ses sens; mais Antoine, rougissant de honte, comme s'il y eût eu de sa faute, fortifiait son corps par la foi, par l'oraison et par les veilles. Le démon, se voyant ainsi surmonté, prit de nuit la figure d'une femme, et en imita toutes les actions, afin de le tromper ; mais Antoine éteignit les charbons dont il voulait par cette tromperie embraser son cœur. Le démon lui remit encore devant les yeux les douceurs delà volupté ; mais Antoine, comme entrant en colère et s'en affligeant, se représente les géhennes éternelles dont les impudiques sont menacés (1). »

A un degré encore plus élevé, on a vu le meurtre être le résultat de la continence. Léger, condamné à mort en 1834 pour avoir enlevé, violé une jeune fille et s'être repu du sang de sa victime, n'aurait peut être pas commis ce crime atroce, s'il eût osé satisfaire le besoin impérieux auquel il avait longtemps résisté. Marc, qui a suivi cette affaire dans tous ses horribles

(1) Vie des saints Pérès des déserts, trad. d'Arnauld d'Andilly.

détails^ est convaincu que « la crainte excessive que son curé lui inspirait, avait, seule, empêché Léger d'approcher des personnes du sexe (1). »

Nous voici arrivés à la fin des causes physiques; bien que nous ayons dû nous borner considérablement et n'envisager que les faits les plus saillants, nous croyons cependant être parvenus à donner une idée exacte des différents états, des différentes conditions organiques et physiologiques qui peuvent avoir du retentissement sur le sens génital et engendrer un délire de nature particulière, un délire érotique pour tout dire. Les causes morales qui restent à passer en revue, tout en complétant le tableau étiologique de ce que nous appelons la folie génésique, viendront, elles aussi, jeter un jour nouveau sur certains faits de nature bizarre qui jusqu'à présent n'avaient reçu qu'une explication insuffisante.

(I) Marc, De Za Fohe.

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