ANTIQUITÉ
Obligé de nous limiter, nous laisserons de côté les récits mythologiques, fabuleux et souvent apocryphes que nous rapporte la tradition sur les personnages et les héros de l'antiquité proprement dite, sur Sodome, Gomorrhe..., etc.
Mais aussi bien pour les faits anciens que pour les faits récents, nous ne prendrons que ceux dont on ne saurait révoquer en doute l'authenticité.
Le tableau que nous a laissé Suétone (1) de la
(I) « C'est avec raison, dit M. Egger, que l'antiquité refuse à Suétone une place à côté des Tite-Live et des Salluste. Ce n'est plus là l'histoire comme la comprenait Cicéron, comme ces grands génies la réalisèrent, avec un certain mépris, je l'avoue, pour les rigoureux procédés de la critique, mais avec cette force d'imagination savante qui rend la vie aux hommes et aux peuples. Suétone n'a pas une seule de ces hautes qualités. Le sentiment de l'honnête et du vrai, quelquefois le cri de l'indignation contre les infamies du vice, plus souvent une certaine complaisance à retracer des horreurs qu'aucune langue moderne n'osera jamais traduire : voilà, pour le cœur. Une minutieuse attention à recueillir dans les meilleures sources les petits détails de la vie publique ou privée, les anecdotes les plus inattendues, un style ferme et précis, qui rappelle même parfois l'expression de Tacite: voilà pour l'esprit et la science de l'écrivain. Si Appien et Plutarque sont des rhéteurs historiens, Suétone n'est guère plus qu'un grammairien
vie des douze Césars nous permet d'apprécier à quel degré inouï le libertinage, la débauche physique et morale poussée jusqu'à ses dernières limites et devenue un véritable phénomène morbide, avait envahi la capitale de l'univers.
L'exemple parti de haut, avait facilement trouvé des imitateurs dans les classes inférieures. Ces maîtres de l'empire du monde, persuadés que la pudeur n'était pas même une loi de convention humaine, se livrèrent avec emportement aux plus monstrueux excès et cherchèrent de nouveaux plaisirs non pour les goûter, mais pour en déshonorer les instruments.
N'est-ce pas le cas de s'écrier : <( Mais il fallait être fou pour commettre de pareilles monstruosités !... » et ce cri de la conscience indignée, nous le trouvons justifié par l'étude morbide. En effet, les princes sur lesquels nous avons pu recueillir des renseignements précis, héréditaires pour la plupart, ont été frappés soit d'aliénation, soit de névrose convulsive.
Dès lors, il nous est bien permis d'en inférer que les autres ne faisaient pas exception à laloi commune et que tous avaient également, plus ou moins, « un grain de folie » .
biographe. » Pour nous, au point de vue où nous nous plaçons, sans contredire en quoi que ce soit l'opinion de M. Egger, nous apprécions bien plus Suétone, narrateur fidèle des faits observés par lui, que Cicéron avec son éloquence si brillante et si imagée.
Empereurs romains (i)
C. J. César. — Véritablement empereur par le fait, était connu comme usant d'un amour trop peu proscrit chez les Grecs. Dolabella et Curion nous le font connaître sous des noms qui désignent le plus infâme libertinage. Ils l'appellent « pellicem reginœ^ spondam interiorem regiœ lecticœ... etc. » Ses débauches s'étendirent dans Rome et dans les provinces. Chacun a présent à la mémoire le chœur des soldats chantant autour de son char de triomphe : « Urbam servate uxores, rnsechum calviim addiicimiis . »
N'est-ce pas lui qui, investi de la plus haute charge de Rome, ne craignit pas de dresser le modèle d'une loi qui lui permettait de jouir de toutes les dames romaines qui pourraient lui plaire ! (sous le prétexte de multiplier les rejetons illustres de sa race). Enfin, Curion le père a, dans une de ses harangues, dépeint l'homme dans une phrase, l'appelant : « Omnium virorummulieremet omnium mulierum virum. »
César était épileptique : son oncle, C. Marius, le célèbre vainqueur des Cimbres et des Teutons, était alcoolique et mourut d'un excès de vin.
(1) Qu'on ne s'attende pas à trouver ici une énumération complète des princes qui ont régné à Rome. Notre intention n'étant pas de faire un cours d'iiistoire, nous nous sommes borné aux noms les plus connus et méritant le plus d'intérêt. C'est donc bien avec intention que nous avons passé sous silence des hommes qui, au point de vue où nous nous plaçons, mériteraient également une mention spéciale.
Auguste. — Il est avéré, dit Voltaire, que cet homme si immodérément loué d'avoir été le restaurateur des mœurs et des lois, fut un des plus infâmes débauchés de la république romaine. Il n'avait été adopté par César, son grand oncle par sa mère, que parce qu'il avait servi à ses plaisirs : « Adoptionem avuncidi stupro meritum^^. Son impudence, son cynisme, allèrent jusqu'à arracher une femme consulaire à son mari au milieu d'un souper; il passa quelque temps avec elle dans un cabinet voisin, et la ramena ensuite à table. Rien n'est plus connu que ce scandaleux festin de cinq compagnons de ses débauches, avec six des principales femmes de Rome. Ils étaient habillés en dieux et en déesses, et ils en imitaient toutes les impudici tés inventées dans les fables.
Enfin, il ne craignit pas de commettre un inceste avec sa propre fille Julie, inceste d'où naquit la mère de Caligula.
Il était cruel à l'excès, sanguinaire, mais d'une manière calme et réfléchie.
Tibère. — Ce prince, qui faisait des règlements pour les mœurs publiques, est un de ceux dont les débordements font rougir l'histoire. Éloigné des regards des Romains, et tranquille dans l'asile licencieux qu'il s'était formé, Tibère laissa bien vite déborder le torrent des vices dont il avait longtemps arrêté le cours.
Il était libidineux jusque dans les supplices qu'il inventait. Un des plus cruels était de faire boire à une personne beaucoup de vin, et de lui faire lier
ensuite avec des petites cordes les parties de la génération. Parce moyen, ce malheureux souffrait également de la rétention d'urine et de la force de la ligature. L. III, LXI etXLV.
Il était alcoolique, et c'est pendant qu'on s'occupait de la réforme des mœurs qu'il passa deux jours et deux nuits sans interruption à table, dans l'ivresse la plus profonde.
Caligula. — Cet empereur, dont personne ne met en doute la folie (dans le sens le plus strict du mot), joignait à son amour pour le sang, un amour non moins grand pour les plaisirs des sens.
C'est ainsi qu'après avoir assisté aux supplices des criminels « il se déguisait avec une robe longue et des cheveux empruntés, et allait la nuit dans les lieux de débauche ou chez les femmes prostituées. »
D'autres fois, lorsque la nuit était au milieu de sa carrière, il invitait la lune à venir partager son litetses embrassements et disait en avoir joui.
Au sein même de ses plaisirs, sa cruauté perçait : il ne caressait jamais sa femme ou sa maîtresse qu'il ne dit en même temps : « Une si belle tête sera abattue quand je le voudrai. » Étonné lui-même de sa constance pour Césonia, il répétait de temps à autre « qu'il voulait appliquer cette femme à la question pour savoir d'elle ce qui la rendait si aimable. »
Ce prince, pour réunir toutes les espèces de désordres, prostitua sa pudeur et celle de tous ceux qui l'approchèrent. On l'accuse d'un commerce infâme avec Lepidus, le pantomime Mnester, et quelques
jeunes étrangers qu'on lui avait donné en otages. On entendit môme un jour dans le palais les cris de Catullus, jeune homme de famille consulaire, dont le tempérament n'était pas assez vigoureux pour répondre a la violence de Caligula. Outre les incestes de ce prince avec ses sœurs, et son amour effréné pour la courtisane Pyrallis, il y eut peu de femmes distinguées à l'abri de ses attentats. Il les priait à souper avec leurs maris, et, quand elles passaient près de lui, il examinait leurs traits scrupuleusement et avec lenteur, comme s'il achetait des esclaves : quelquefois même il leur relevait le menton avec la main quand la modestie leur faisait baisser la tête. Lorsqu'il s'en trouvait une dont la beauté enjflammait ses désirs, il la faisait sortir du salon, l'emmenait avec lui et, rentrant quelque temps après avec les marques récentes de son crime et de l'opprobre de cette infortunée, il avait le cynisme de faire le détail de ses défauts cachés ou de se vanter du bonheur de sa jouissance. Enfin, pour n'oublier aucune espèce de corruption, il établit dans son palais un lieu de prostitution : il y fît bâtir de petits cabinets isolés : il les meubla avec une magnificence qui répondît à ses appartements, et les destina aux rendez-vous des citoyens et des courtisanes. 11 avait soin d'envoyer, dans les places publiques et dans les salles d'audience, des esclaves affidés qui invitaient aux parties de débauche les jeunes gens et les vieillards. L. IV.
Il aima tendrement une fille qu'il eut de Césonie, et reconnut en elle son sang à cette marque, qu'elle
égratignait le visage des enfants avec qui elle jouait.
Bornons ici cette citation plus que suffisante pour faire juger ce qu'était le fils de Germanicus et d'Agrippine, le neveu de l'imbécile Claude, son successeur sur le trône, et le petit neveu de Tibère !
Claude. — Malgré quelques pensées ingénieuses, plusieurs mots remarquables (1), ce prince avait, en montant sur le trône, une faiblesse d'esprit qui approchait de l'imbécillité. Les infirmités corporelles et ses excès dans tous les genres de débauche, l'abrutirent complètement; ses genoux étaient tremblants, sa démarche incertaine. Sa vie privée fut honteuse ; les femmes surtout régnaient sans partage sur cette âme faible qui ne connaissait que le plaisir. Il était le neveu de Tibère.
Néron. — Élevé dans une cour corrompue, ayant sans cesse sous les yeux les pernicieux exemples de sa mère, ce prince ne trouva personne pour combattre son penchant à la débauche. De plus, Burrhus et Sénèque, ses précepteurs, malgré l'austérité de leur vie et de leurs maximes (qu'il ne mettaient pas toujours en action), ne trouvèrent d'autre moyen, pour combattre l'influence d'Agrippine, que de favoriser les passions de leur élève, et laissèrent se former autour de lui une cour de femmes et de débauchés.
{{) Claude représente véritablement le type de ceux qui, sous le nom de Bouffon, amusaient les rois et les grands seigneurs du moyen âge. C'étaient des imbéciles, qui, par leurs mots piquants et hardis, par leurs allures bizarres, savaient, tout en étant le jouet de leurs maîtres et de la cour, égayer et souvent confondre leurs interlocuteurs.
Néron est le type de la cruauté et de l'infamie. Sans parler du libertinage de ce prince avec les femmes mariées et des jeunes gens de distinction, il viola la vestale Rubria. Il fît mutiler un jeune homme nommé Sporus, comme s'il avait voulu le faire changer de sexe, lui donna un douaire, le couvrit du voile nuptial, et l'épousa solennellement avec les cérémonies ordinaires. Sporus^ habillé àla façon des impératrices, se promenait en litière avec son nouvel époux et eut même l'impudence de l'embrasser publiquement... Il ne craignit pas de mettre sur la scène les obscénités de la mythologie : c'est ainsi qu'il fît jouer un ballet représentant les amours de Pasiphaë, oii, recouvert d'une peau de taureau blanc, il remplissait le rôle principal^ coràm populo. L. IV, IX.
Son corps était flétri par toutes sortes de prostitutions. Il imagina même une nouvelle sorte de férocité voluptueuse dont on n'avait point eu d'idée avant lui : il faisait lier tout nus à des poteaux des personnes des deux sexes et, revêtu lui-même d'une peau de bête sauvage, il feignait sortir de sa tanière et, s'élançant sur ses victimes, il cherchait sur leurs corps d'affreuses jouissances. Lorsque ses emportements étaient assouvis, il terminait la scène en s'abandonnant à son affranchi Doryphore, car il l'avait épousé aussi bien que Sporus.
Enfin, Néron termina ses cyniques amours en épousant comme femme un pantomime et comme homme un eunuque. L. VI.
Néron était le fîls d'Agrippine, femme qui à une
grande beauté joig-nait les mœurs les plus dissolues et la plus froide cruauté.
Galba. — Etait atteint du vice contre nature et il avait des jeunes gens dans la force de l'âge aussi bien que des vieillards pour ministres de son libertinage.
C'était un homme bizarre, inconséquent, d'une méchanceté naturelle, faible sans activité. L. VII.
Otiion. — Compagnon de débauche de Néron. Il était halluciné et voyait l'ombre de Galba l'accabler de reproches et l'arrachant de son lit. Il termina sa vie par un suicide.
ViTELLius. — Passa son enfance à Caprée dans le sérail de Tibère et servit aux infâmes plaisirs de ce prince. Il se lia dans sa jeunesse avec l'affranchi Asiaticus par un commerce affreux de libertinage. Il se faisait gloire d'imiter les vices de Néron. On connaît la voracité et la cruauté épouvantable de cet empereur que Texcès de ses débauches jeta dans l'abrutissement le plus complet. L. IX.
Titus. — Rome redoutait non seulement sa cruauté, mais son libertinage. Il nourrissait dans son palais un grand nombre d'eunuques et de jeunes esclaves qui servaient à ses plaisirs. Il s'avilit aussi par sa passion effrénée pour Bérénice, reine de Judée. L. XI.
Il était sujet à des actes de violence et d'emportements épouvantables. Titus était le fils de Vespasien, dont les hautes qualités furent souillées par un caractère cruel et une excessive parcimonie.
DoMiTiEN. — Dès sa jeunesse ses mœurs furent
odieuses. Pollion, ancien préteur, montra plusieurs fois un billet de sa main oti il lui proposait la dernière prostitution. Ce prince était adonné au libertinage et faisait même une sorte d'exercice qu'il appelait « la lutte du lit, clinopalem vocabat » . Il se baignait quelquefois avec les femmes les plus prostituées et se plaisait à arracher le poil à ses concubines. Luxurieux jusque dans ses cruautés, il inventa un nouveau supplice : il faisait mettre le feu aux parties de la génération, distorsit immisso per obscena igni. L. XII.
11 était d'un caractère stupide et d'une férocité raffinée; ainsi, tous les jours, pendant une heure, il se renfermait dans sa chambre et ne s'occupait qu'à prendre des mouches et à les percer d'un stylet fort délié. C'est lui aussi qui convoqua le sénat pour savoir dans quel vase on devait cuire un turbot.
Enfin, le frère de Titus séduisit sa mère Julia!
Héliogabale. — Mystique et débauché tout à la fois, peut être considéré comme un exemple du délire vénérien monté au paroxysme.
Proclamé empereur, « il entre dans la ville éternelle, vêtu d'une robe de soie traînante, le visage fardé, les sourcils peints, semblable à une idole, le front surmonté d'une tiare orientale, conduisant dans une attitude extatique le char oti repose son dieu favori. C'était une pierre noire, probablement un aérolithe, taillé en cône ou phallus et enchâssée de pierreries. De jeunes Syriennes se livrent autour du char à des danses lascives... II crée, pour le gou-
vernement de l'empire, un sénat de femmes vouées à Vénus... Comme dans les romans du marquis de Sade, le sang et la volupté, la Vénus physique et la Vénus Uranie, se réunissent dans la religion d'Héliogabale. Au dieu de l'amour et de la génération il offre des victimes humaines, il viole une vestale et ^lime platoniquement une courtisane, tient académie
de prostitution masculine et féminine Il s'habille
en femme, prend le nom d'impératrice, confère les dignités de l'État à ses nombreux amants recrutés du cirque, de l'armée, de la marine et de tous les lupanars, pour leurs facultés priapiques Il joue la
Vénus, tantôt l'Anadyomène, tantôt la Callipyge, et dans son hermaphrodisme, épuise toutes les inventions de la volupté. Il se fit un devoir de figurer nu dans la procession des prêtres de Cybèle, imitant de son mieux la castration, et se faisant traîner sur un
char attelé de femmes nues A ses mignons, qu'il
rasait et épilait lui-même, à la mode des femmes d'Orient, il baisait avec respect les parties honteuses, comme nous faisons des reliques (1). »
Ce prince, qu'on a surnommé le Sardanapale de Rome, était le fils illégitime de Caracalla et de sa nièce J. Sœmis.
Trajan. — A été accusé avec fondement d'avoir été adonné à un amour honteux et brutal. C'est de lui que Julien dit ingénieusement dans son « Festin » que, lorsque ce prince parut, on cria à Jupiter de garder près de lui Ganymède.
(i) Moreau de Tours, Psychol. morb.
Il était d'une intempérance outrée.
Adrien. — Non content de se livrer à des plaisirs étrangers et de porter par les attentats de ses feux le déshonneur dans les familles de distinction, sans épargner celles de ses amis, il devint follement amoureux d'un jeune homme de Bythinie appelé Antinoiis, dont il abusa avec une effroyable brutalité et porta à des excès incroyables sa honteuse faiblesse pour cet infâme objet de sa passion, pour lequel il eut toujours les plus aveugles complaisances.
« Ce prince, cousin de Trajan, méritait^ dit de Ségur, tout le bien et tout le mal qu'on a dit de lui, parce qu'il existait un contraste perpétuel entre les lumières de son esprit et les vices de son cœur : aussi tour à tour on le vit doux et violent, juste et arbitraire, orgueilleux et modeste, clément et vindicatif, philosophe et débauché, superstitieux, quelquefois impie... »
Commode. — Environné d'affranchis et de courtisanes, livré à ses passions fougueuses, Rome vit renaître en lui le cruel Domitien et l'insensé Caligula. Il entretenait dans son palais trois cents concubines, parcourait le jour et la nuit les lieux de prostitution... déshonorait par séduction ou par violence les femmes les plus distinguées, profanait les temples même
et les souillait d'adultères et de meurtres Il
enregistrait avec un soin tout particulier les détails de ses frivoles occupations et même de ses plaisirs les plus honteux... Les excès, les débauches, affaiblissaient chaque jour l'esprit de Commode, ses décrets
semblaient dictés parla folie... » (De Ség-ur, Histoire romaine).
Il était le fils de Faustine ]a jeune et de Marc- Aurèlc.
A la lecture des faits biographiques que nous venons de rapporter, il est difficile de se défendre d'un vif étonnement. Comment s'expliquer ce mélange incroyable de vices monstrueux, véritablement insensés, extra-humains et les rares qualités intellectuelles dont sont doués généralement tous ou presque tous les personnages en question? car enfin, n'est-ce pas sous leurs règnes que la gloire du peuple romain a été portée à son apogée ? Gloire militaire, g-loire artistique, gloire littéraire , rien n'a
manqué. L'histoire d'ailleurs n'a-t-elle pas confirmé l'éclat inouï jeté surtout par l'un d'eux, en inscrivant sur ses tablettes: Règne d'Auguste?
Mais à tout tableau il y a des ombres, à toute médaille il y a un revers. Que penser de cette corruption épouvantable, terrifiante, maladive, pour tout dire en un mot, qui tenait sous sa domination absolue chacun de ces princes? Qui reconnaîtrait en ces hommes luxurieux jusque dans les supplices qu'ils inventaient^ ces maîtres du monde qui répandaient au loin l'éclat du peuple romain ?
L'histoire livre bien à l'exécration de la postérité les noms de princes cruels, barbares, se réjouissant à la vue des souffrances des malheureux qu'ils faisaient déchirer par les bêtes, crucifier, torturer, mais
on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'aucun n'eût, à l'exemple des Tibère, des Néron, etc., l'idée d'adresser leurs supplices aux parties de la génération.
Que ces faits, qui paraissent si extraordinaires, n'étonnent pas : ils ne sont que la conséquence naturelle de cet éréthisme génésique qui, pendant près de deux siècles, régna à l'état épidémique dans Rome.
Ces aberrations psychiques que nous avons signalées chez ces princes, et qui chez certains d'entre eux se sont élevées jusqu'aux perturbations morales les plus graves (Néron, Caligula, Héliogabale..., etc.), loin d'être un accident, sont des effets naturels, nécessaires de leur organisation .
Des travaux récents n'ont-ils pas démontré surabondamment que l'alliage intime des facultés mentales les plus éclatantes et des aberrations affectives de toute nature, est un fait physiologique et pathologique tout à la fois, émergeant des lois qui président à l'évolution de nos organes?
Après les empereurs^ comme complément utile, nous dirons quelques mots de la vie des principales impératrices romaines. Leur débauche a parfois laissé bien loin en arrière les actes les plus monstrueux des empereurs : ce sont de véritables nymphomanes : leur titre, leur rang, loin de les porter au respect d'elles-mêmes et de la pourpre, ne leur servit au contraire qu'à assouvir plus facilement leurs sens égarés. L'impératrice ordonnait et de la sorte se procurait ce que la femme avait été impuissante à obtenir.
Impératrices romaines (1)
Julie. — Mariée en troisièmes noces à Tibère ; était si peu ménagère de sa réputation et si portée aux plaisirs qu'elle prêtait l'oreille aux déclarations passionnées de tous ceux qui voulurent s'introduire chez elle, et paya des dernières faveurs la peine de ses amants. Il n'y avait pas de Romain de si basse naissance qui n'osât former quelque dessein sur l'honneur de cette princesse.
A la mort de son premier mari, Agrippa, elle se laissa aller au penchant de son inclination et se fit une loi de ne rien refuser aux impétueuses saillies de son âge bouillant, aux vivacités de son cœur embrasé de désirs, que cette malheureuse liberté oiî elle se trouvait lui donnait la facilité de satisfaire. Son penchant l'emporta sur tout ce que pouvait lui dicter son devoir et ni l'opprobre dont elle se couvrait, ni sa naissance qu'elle déshonorait, ni la colère d'Auguste dont ses désordres la menaçaient, ne purent la délivrer de l'embrasement des plaisirs. La raison, les lois de la pudeur, la bienséance, ne purent jamais se faire entendre de cette princesse. Elle n'écoutait que les leçons de libertinage que lui donnaient ses
amants, tous gens dépravés Elle n'était pas de
ces débauchées secrètes qui savent voiler leurs crimes et cacher leurs impudicités sous un dehors hon-
(1) Pour plus amples détails, voyez les Femmes des douze Césars, leurs vies et intrigues secrètes, par Serviez. 3 vol. in-12, 1728.
nête. Elle recevait ses amants par troupes, courait follement avec eux durant la nuit toutes les rues de Rome, ensuite, elle allait faire des repas chez eux, d'où elle ne sortait que pour aller déshonorer tous les endroits de la ville de ses prostitutions; elle osa même les porter jusque sur la tribune aux harangues, oîî son père avait fait publier de si sévères lois contre les adultères, ne gardant dans ses horribles débordements d'autre mesure que celle de sa furieuse passion.
Un excès si outré ne fut pas encore le dernier terme de sa lubricité, car, étouffant en elle tout sentiment de pudeur, en voulant se faire honneur de ses abominations scandaleuses, elle aCTecta de faire mettre chaque jour sur la statue de Marsyas, autant de couronnes qu'elle avait la nuit commis de crimes. « Ce serait s'exposer à l'incrédulité, dit Serviez, que de rapporter ces désordres si criants et si publics de la fille d'Auguste, si on n'avait, pour garants, les au- '^eurs les plus dignes de foi. »
Dieu sait si Auguste eut soin de l'éducation de cette princesse ! Mais peut-on résister aux exemples et aux leçons d'un père? Peut-on lutter contre un état morbide héréditaire (1) ?
Agrippine. — Il est peu d'impératrices romaines dont le nom ait fait autant de bruit que celui d'Agrippine, qui à une grande beauté joignait l'esprit le plus artificieux et les mœurs les plus dissolues. Entrée dans le monde par un inceste (fille d'Auguste et de sa fille Julie), elle ne promettait pas une vie fort (1) Se rapporter à ce que nous avons dit plus haut d'Auguste.
chaste: aussi ne démentit-elle pas la mauvaise opinion qu'on avait conçue d'elle, car elle vécut avec son frère Caligula dans une incestueuse familiarité,
Tigillius fut banni pour avoir violé son honneur, €t Lépidus, cousin germain de cette princesse, fut puni de mort pour avoir reçu d'elle des faveurs criminelles.
On connaît son amour infâme pour son fils Néron. Elle n'hésitait pas à faire parade de sa beauté en sa présence et avec aussi peu de retenue que devant un galant dont elle aurait été amoureuse. Si elle allait en litière avec lui, elle lui faisait des caresses les plus criminelles afm de le porter à des choses honteuses, et l'on eut bien souvent de trop clairs témoignages que ces feux incestueux d'Agrippine avaient trouvé du retour dans Néron.
Messaline- Valérie. — « Il y a des vices, dit Serviez (en 1 728);, comme des verlus qui semblent héréditaires dans les familles. Les mauvais exemples des pères ont quelquefois une espèce de contagion qui se communique jusqu'à leurs descendants, et une femme dit fort élégamment « qu'une mère coquette laisse rarement des filles sévères » .
Valérie-Messaline est un exemple malheureux qui justifie cette maxime. Née d'une mère peu sage, elle l'imita et même la surpassa dans ses débauches. Elle remplit sa vie de crimes, se souilla des désordres les plus honteux et les plus criants. Ses prostitutions furent des plus infâmes, ses débordements outrés, ses dissolutions publiques et sans retenue. Les plaisirs les plus brutaux furent ceux qui eurent pour elle les
attraits les plus vifs, les dérèg-lements les plus horribles ne se montrèrent à elle que sous des images ag-réables, la vertu fut le seul objet qu'elle regarda avec des yeux d'horreur, et sa réputation fut la chose de laquelle elle se soucia le moins. Elle oublia sa dignité, sa naissance, la modestie naturelle à son sexe, la fidélité qu'elle devait à son époux et à son empereur, pour s'abandonner brutalement à sa passion, sans avoir égard aux bienséances, sans craindre le sort de ses semblables. Jamais on ne vit un pareil débordement.
Elle était fille de V. Messala Barbatus et de Lepida qui fut accusée de prostitution et de magie, et d'avoir eu un commerce incestueux avec Domitius yEnobarbus, son frère. Ce fut de cette source impure que sortit ce ruisseau encore plus impur. Elle fut mariée à Claude, son cousin.
Messaline avait reçu de la nature un penchant si violent pour la galanterie, qu'il lui était bien difficile de se contenir dans les légitimes bornes du mariage, trop étroites pour un cœur embrasé de mille convoitises.
Elle avait assez de beauté et de crédit pour s'attirer les galants et trop peu de vertu pour les laisser longtemps souffrir. La corruption de son tempérament réveillait sa lubricité ; Tamour des richesses et des grands héritages sollicitait sa cruauté contre ceux qui en étaient possesseurs, de manière que la débauche et l'avarice furent les deux funestes choses sur lesquelles roulèrent tous les désirs et toutes les actions de cette infâme princesse. ;
Messaline ne songeait qu'à satisfaire ses passions ; elle fit éprouver sa cruauté à tous ceux qui eurent assez de vertu pour ne pas céder à ses honteuses poursuites. Elle fit des crimes d'État à ceux qui ne voulaient pas se commettre avec elle et la mort fut le prix de leur résistance. C'est ainsi qu'elle fit périr son beau-frère Silanus qui avait repoussé avec horreur toutes ses avances et tant d'autres !
Une lubricité aussi outrée ne mit pas de bornes aux crimes de cette princesse. Toujours altérée de plaisirs, elle ne se contenta pas de se plonger brutalement dans les plus grossiers et les plus infâmes, de s'abandonner à tout venant, et de tout accorder à ses brûlants désirs, sans pouvoir jamais les satisfaire jusqu'à la satiété. Elle voulut encore avoir des compagnes et des imitatrices de ses prostitutions ; et parce que l'autorité est un grand poids, elle crut diminuer l'horreur de ses turpitudes en associant à ses crimes les dames des premières familles de Rome, qu'elle obligea à vivre avec elle dans un honteux libertinage.
De plus, pour porter la brutalité au dernier point, elle les força à se prostituer à des gens perdus de débauches en présence de leurs maris qu'elle rendait spectateurs de leurs infamies et souvent complices et approbateurs de leurs crimes.
Juvénal a fait un tableau affreux mais sublime du libertinage de Messaline.
Qu'on nous permette d'en citer la traduction (1).
(1) Juvénal, Sat. xvi.
« Voici quel fut le sort d'un empereur : écoute ce que Claude eut à souffrir. Dès que son épouse le croyait endormi, préférant un grabat au lit impérial, cette auguste courtisane s'évadait de son palais suivie d'une seule confidente; elle se glissait à la faveur des ténèbres et d'un déguisement dans une loge qui conservait encore la chaleur fétide de la prostitution.
« Le titre imposteur de ce bouge annonçait Lysica qui venait d'en sortir : c'est là que, le sein découvert, Messaline, brillante d'or, dévouait à la brutalité publique les flancs qui te portèrent, généreux Britannicus ! Cependant elle flatte quiconque se présente, et demande le salaire accoutumé. Le chef du lieu congédie ses courtisanes, elle en frémit : brûlant de jouir encore, elle ne veut partir que la dernière et profiter du temps au gré de sa fureur : elle sort enfin, plus fatiguée qu'assouvie; enfumée par la lampe, les joues livides, toute souillée, elle rapporte l'odeur de cet antre sur l'oreiller de l'empereur (1). »
Il est inutile d'insister plus longuement sur cette femme qui porta l'impudicité à un tel point qu'on ne pourrait sans honte écrire l'histoire entière de ses désordres. Les quelques extraits que nous avons donnés suffisent amplement pour juger du caractère véritablement morbide de ses débauches.
PoppÉE. — Épousa en premières noces Othon, et en secondes, Néron ; elle était la fille de cette Poppée dont la beauté et les galanteries firent tant de bruit sous le règne de Claude.
(1) Traduction de H.-O. de la Pause (Juvénal, Sat. xvi).
Poppée avait reçu de la nature toutes sortes d'avantag'es, excepté la pudeur, et si elle avait eu autant de sagesse que de beauté, elle eût été une personne accomplie. Mais, soit que les mauvais exemples de sa mère eussent répandu dans son cœur une malheureuse influence et qu'ils lui eussent frayé cette voie de libertinage et de dissolution où. elle s'abandonna, soit que son penchant la portât naturellement à la débauche, il est certain qu'elle se livra au désordre et qu'elle fit un usage si honteux de sa beauté, qu'elle ne mit, comme dit Tacite (1), aucune différence entre ses maris et ses adultères. Elle passa sa jeunesse dans la maison de sa mère qui fut pour elle une école de libertinage et de prostitution.
DoMiTiA. — Femme de Domitien : cette princesse, célèbre par sa beauté, le fut également par ses débauches sans nom. Elle se prostitua sans honte et sans ménagement aux hommes les plus méprisables, et le comédien Paris, dont elle était devenue éperdûment amoureuse, fut l'amant favori auquel elle se livra sans aucune retenue.
Après la mort de Domitien, libre de toute entrave, elle se jeta dans le libertinage le plus effréné, et passa de la sorte le reste de sa vie.
Sœmis. — Fille de J. Mœsa, fut séduite par son oncle Caracalla et de ce commerce incestueux naquit Héliogabale. Elle vivait publiquement en courtisane, encourageant par son exemple les dérèglements de son fils. Un môme rapport de goûts a renouvelé
(1) Ann. XIV.
— sala tendresse d'Héliogabale pour elle. C'est pour elle qu'il créa ce sénat de femmes, dont on ne peut sans roug-ir dévoiler les secrets. Laissez courir votre imagination, elle n'inventera rien qui ne s'y réalisât.
Faustine la mère. — Femme d'Antonin le Pieux. Le nom de Faustine est aussi fameux dans l'histoire que celui de Messaline et connu par d'aussi honteux excès. Elle avait une humeur enjouée, une complexion amoureuse, et aimait avec ardeur les plaisirs (1).
Si Vérus et son épouse prirent soin d'inspirer la vertu à leur fille, il faut avouer qu'ils travaillèrent sur un fond fort ingrat, et l'on ne peut attribuer qu'à la dépravation de son naturel, les impudicités dont elle se souilla. Peu jalouse de sa réputation, elle ne se souciait même pas de sauver les apparences. Sa passion triompha toujours de sa raison. Au lieu d'inspirer par son exemple la vertu à ses enfants, elle leur fraya cette voie de dissolution dans laquelle nous verrons marcher Faustine, la seule fille' qui lui survécût, laquelle formée sur un si infâme modèle, devint un monstre d'impudicité.
Elle eut pour frère ^lius Verus, dont la vie fut des plus licencieuses et des plus débauchées. Non content des plaisirs ordinaires, il en inventait de nouveaux et raffinait sur ceux qu'avaient recherché les princes les plus efféminés (2).
Faustine la jeune. — Fille et mère des précédents. Rassasiée des sénateurs, des chevahers..., etc., ce
(1) Capitolin, in TU. Anton.
(2) Spartian, in ^.-Ver.
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furent des hommes de vile condition, qui devinrent l'objet de son imagination dépravée. Elle ne garda aucun ménagement, et mit son honneur à l'encan. On la vit dans les amphithéâtres et sur le port, faire passer comme en revue devant elle les matelots et les gladiateurs tous nus, et choisir ceux qui lui paraissaient les plus propres à satisfaire sa lubricité, donnant à tout l'empire le honteux témoignage du plus horrible débordement, sans que l'obscénité de ce spectacle, sans que nulle réflexion pût arrêter la fureur de ses feux impudiques et la détourner d'un goût si bizarre et si dépravé. Jamais on ne vit un libertinage si prodigieux (1).
Ce fut durant ces débauches que Faustine devint enceinte. On ne devait attendre qu'un fruit corrompu d'une grossesse survenue dans ces conditions. Elle accoucha de deux jumeaux dont l'un fut Commode, l'un des plus grands fléaux du genre humain; l'autre mourut subitement à un âge fort jeune.
Crispine (2). — Femme de Commode se déshonora par un libertinage scandaleux. Elle était née avec une complexion tendre et un cœur susceptible de l'amoureuse passion. Quelque retenue, quelque gravité qu'exigeât sa position, son tempérament fut plus puissant que la raison.
{{) Capitolin, in Marc-Anton. ; — Aiir. Victor.
(2) En suivant un ordre chronologique rigoureux, nous devrions placer ici Lucili.e, lille de Marc Aurèle et de Faustine, mais la nature particulière de son délire nous engage à rejeter à la fin l'observation de cette princesse, qui nous servira de transition avec la période du moyen âge.
TiTiANA. — Femme de Pertinax. Comme les précédentes, mena une vie de débauches sans souci de son rang.
Julie. — Femme de Sévère, mena une vie déréglée. Elle était aussi savante en galanterie qu'elle était apte aux études sérieuses. Se laissant entraîner par ses passions, elle se permit des libertés qui la déshonoraient. Minée par un cancer,. elle se laissa mourir de faim.
NoNA Celsia. — Femme de Macrin, d'une complexion amoureuse et tendre, malgré sa haute position, elle s'abandonna à son tempérament, ne gardant ni mesure ni précaution dans ses débauches. Ce fut une des femmes qui eut le moins de honte de ses impudicités. Elle eut un fils qui se fit remarquer par sa cruauté.
LuciLLE. — Cette princesse fut remarquable par son hbertinage : Elle avait été mariée à L. Vérus, fils adoptif d'Antoine, comme Marc-Aurèle. C'était un prince débauché : son palais était un sérail rempli des femmes les plus corrompues avec lesquelles il vivait dans les plus odieuses dissolutions, et non content de se souiller dans ces affreux désordres, il entretenait encore de jeunes garçons dont il abusait brutalement (1). Il vivait également avec sa sœur et Faustine, sa belle-mère, dans un horrible et honteux commerce.
Lucille, au moment de partir épouser Verus, se trouva possédée du démon, et ce malheur affligea
(1) Capitolin, in Ver.
sensiblement Marc-Aurolc, On fit venir à Rome tout ce qu'on put découvrir d'habiles médecins, d'aruspices et de devins, pour chercher dans leur science la guérison de cette princesse. Mais ce fut inutilement qu'ils mirent en œuvre leurs sacrilèges secrets, le démon indocile à la voix de ses suppôts, protesta qu'il n'y avait que l'évêque d'Hiérople-Aberce qui
pût lui faire quitter sa proie L'autorité de cet
évêque fut telle, que le démon quitta sur-le-champ le corps de Lucille qui se trouva ainsi délivrée de cette dangereuse possession.
Mariée, elle se livra à tous les genres de débauche possible et imaginable, mais nulle part nous n'avons retrouvé l'indice de nouvelle possession.
Lucille, fille de Faustine la jeune et de Marc-Aurèle, eut pour son frère Commode un amour incestueux.
Nous terminons ici notre premier chapitre historique. On pourrait peut-être nous reprocher de nous être étendu avec trop de complaisance sur ces récits
un peu scabreux. Mais qu'on veuille bien se
rappeler que nous traitons ici un sujet purement médical et que nous donnons les observatwns qui nous ont paru le plus propres à étayer notre opinion^ Tout reproche cesse donc de lui-même.
La vie des impératrices romaines est à la hauteur de la vie des empereurs romains. Les uns et les autres subissent à leur insu l'entraînement général et sont impuissants à mettre un frein à leurs cyniques débordements.
Ainsi que nous l'avons fait remarquer, plusieurs de ces princesses jouissaient véritablement d'un esprit supérieur et tout en se livrant à la débauche la plus effrénée, savaient cependant atteindre le but qu'elles poursuivaient. Nul doute n'est possible, pour nous du moins, sur la nature morbide de ces désordres épouvantables dont les impératrices ont donné le spectacle au monde entier. Mais y a-t-il vraiment lieu de s'étonner? Ne retrouvons-nous pas chez tous ces personnages le cachet caractéristique, pathognomonique de l'aliénation ou de la prédisposition à l'aliénation mentale? Ne sont-ils pas, pour tout dire en un mot, des héréditaires?
Sans vouloir anticiper sur les pages suivantes, disons dès maintenant, que parmi les causes les plus fréquentes des aberrations du sens génital, l'hérédité tient la première place. Les auteurs les plus anciens avaient déjà signalé cette influence que les travaux plus récents de Prosper Lucas, Morel, Moreau de Tours..., etc., ont mis hors de doute.