TEMPS MODERNES
REPRÉSENTÉS EN FRANCE PAR LES SATURNALES DE LA RÉGENCE ET DU RÈGNE DE LOUIS XV
Le grand roi venait de mourir: si Louis XIV avait par de tristes exemples porté de graves atteintes à la morale, s'il avait affiché Tadultère, brisé toutes les lois du mariage, il avait su du moins conserver dans ses passions les plus effrénées une certaine décence publique, et cacher ses débordements. On ne se faisait pas alors honneur de la débauche.
Le dix-huitième siècle commençait : Philippe d'Orléans apparaît avec cette nouvelle époque dont il est en quelque sorte la personnification. La société ressemblait alors à ces vieillards épuisés de vices qui ont besoin d'images obscènes pour émouvoir le . imagination hébétée. Dans de pareilles conditions, les liens qui unissaient le règne précédent au nouveau, sont bien vite rompus : les mœurs s'affranchissent de toutes les bienséances, les chansons, les noëls, les «pigrammes (1), respirent une odeur de passion honteuse, la galanterie est poussée jusqu'au dernier degré de libertinage, c'est la licence sans voile.
(I) Voy. le manuscrit original unique des chansons recueillies par M. de Maurepas. Biblioth. nation.
Le duc d'Orléans se délectait dans la dépravation : sans respect pour sa famille, il avait souvent dirigé lui-même et fait diriger contre le prince de Lamballe, son beau-frère et cousin, toutes les tentatives de corruption les plus perversives. Dieu sait s'il réussit à souhait ! L'inceste même n'était qu'un jeu pour ce prince. En effet, si son amour pour l'abbesse de Chelles, sa fille, à qui tant de jeunes religieuses accordaient des témoignages de la plus infâme complaisance, n'est pas bien constaté, il est difîcile de lui refuser de croire qu'il était épris des charmes de la duchesse de Berri, dont il pleura la mort moins en père affligé qu'en amant désolé (1).
La haute société suivit l'exemple contagieux donné
(1) Cette corruption de mœurs que le régent affectait avec une sorte d'ostentation et dont les descriptions, malheureusement trop vraies, quoiqu'embellies de toutes les richesses de la poésie, se trouvent dans les fameuses Philippiques de Lagrange-Chancel, satire moins délicate, mais plus énergique que celles de Pétrone, tableau rapide et fidèle des mœurs de la cour du régent, d'autant plus précieux pour la postérité , qu'aucun voile allégorique ne cache les personnages.
Voici un passage où le régent est comparé à Cynire, roi de Chypre, qui, de Myrrha, sa propre fille, eut Adonis :
Infâmes Héliogabales Votre temps revient parmi nous.
Voluptueux Sardanapales ; •• Philippe va plus loin que vous!
Vos excès n'ont rien qui le tente ;.
Son âme serait peu contente De les avoir tous réunis S'il n'effaçait votre mémoire
En faisant revivre l'histoire " De la naissance d'Adonis.
Philippiqu'.)
par le régent, et bientôt la cour fut pleine de prostitution : quand un prince du sang marque la voie, tout s'y jette et s'y précipite. Les courtisans abandonnèrent bien vite le masque d'bypocrisie dont ils se couvraient dans les dernières années du règne de Louis XÎV, et tel qu'on voyait avec un livre d'heures, se montre avec les Roués Qi les danseuses de l'Opéra. Les mêmes femmes qu'on rencontrait dans l'oratoire de madame de Maintenon parlant bulle Unigenitus^ sermons, reliques, sollicitent avec ardeur une place aux saturnales du Palais-Royal, à ces fêtes intimes qui exaltent leur ambition voluptueuse. 11 fut ridicule d'être sage, chacun dut afficher et se glorifier des allures de l'orgie.
Louis-Philippe d'Orléans mourut à 59 ans d'une attaque d'apoplexie foudroyante entre les bras de la duchesse de Phalaris, sa maîtresse.
La vie de ce prince avait été un mélange de grandes et de petites choses, de devoirs et d'infamies. Doué d 'un esprit ardent, actif, favorisé d'une grande aptitude, il passa à juste titre pour un des hommes les plus universels de son temps.
Que dire de Louis XV, ce prince dont la vie ne fut qu'une perpétuelle débauche, qui était indifférent à tout ce qui ne se présentait pas à lui sous l'aspect du plaisir? Les principes les plus sévères que l'abbé Fleury avait inculqués à son élève ne tardèrent pas à être battus en brèche par quelques jeunes gens élevés à l'école du régent, que leurs charges retenaient auprès du roi. Louis XV, doué d'un naturel iŒd hoc »
fit de rapides progrès dans l'art du libertinage et sut continuer « dignement» les traditions de la régence.
Les maîtresses du roi furent innombrables; prises d'abord parmi les dames de la cour, elles ne tardèrent pas à sortir des plus bas rangs de la société. 11 n'y avait pas de raffinements que ces favorites n'imaginassent pour garder le cœur du roi, ou plutôt, pour rester au pouvoir. C'est ainsi que fut créé le trop célèbre Parc-aux-Cerfs.
En lisant dans les mémoires du temps cette foule d'anecdotes dont Paris égayait ses soupers, on croirait vraiment, sous un costume différent^ voir revivre les débauches des empereurs romains... On comprendra que nous ne puissions nous étendre sur l'histoire de ce règne, et que nous renvoyions aux ouvrages historiques les lecteurs curieux d'en connaître les détails.
Rappelons seulement que, semblable à Henri III, Louis XV avait vécu dans des alternatives perpétuelles de libertinage et de dévotion tout italienne (1). Nous devrions terminer ici le résumé de
(1) Un exemple entre mille : « Chaque fois que Louis XV va passer la nuit au Parc-aux-Cerfs, non seulement il remplit avec ferveur ses devoirs de religion, mais il ne soufirepas que les jeunes prétresses d'un autre culte manquent aux exigences de la foi clirétienne. Renfermé dans la chambrelle d'une de ses odalisques, Louis prescrit à, sa jeune compagne de se déshabiller derrière ses rideaux, tandis que lui-même se dépouille de ses vêtements. Se mettant à deux genoux sur le tapis, le roi ordonne à sa gentille écoliers d'en faire autant; et tous deux débarrassés des pompes de ce monde se prennent à psalmodier les prières du jour en s'humectant le front d'eau bénite, puisée dans un bénitier en cristal attaché à la tête du lit. L'oraison achevée, et le signe des fidèles
la troisième période historique telle que nous l'avons conçue ; mais, malgré nous, il y a parmi les acteurs de ces débauches d'autres personnages d'une notoriété telle que nous ne pouvons nous dispenser d'en dire quelques mots. Sans parler du duc de Vendôme, de Monsieur frère de Louis XIV, de Frédéric le Grand, à qui l'histoire reproche de s'être livré presque exclusivement à l'amour grec, nous appellerons l'attention sur :
La Czarine Elisabeth, fille de Pierre le Grand, qui mena une vie des plus licencieuses, et qui, pour se livrer plus librement à ses passions, ne voulut jamais faire choix d'un époux.
La fille du Régent, reine d'Espagne, après avoir, du vivant de Philippe V, contenu ses penchants, une fois sur le trône donna essor à sa nature ardente. A peine âgée de seize ans, la jeune princesse attaquait toutes celles de ses caméristes qu'elle jugeait passionnées. Le roi, prévenu, chassa toutes les beautés Lesbiennes qui s'étaient prêtées au goût de la reine et pardonna. Mais bientôt après le pardon conjugal la princesse reprit ses divertissements (1).
ayant fait bondir le sein nu de la petite sous son doigt dévotieux, le couple se lève, se glisse entre deux draps, les rideaux sont tirés el les noms du Seigneur, de la Vierge Marie et des saints ne cessent de partir de la couche que lorsque le rite des amours y a fait adopter un autre vocabulaire... »
{Mémoires du temps, Journal de Barbier, Sisraondi ; Hist. des ¥ranc. , de Lacretelle, Henri Martin, etc.).
(1) Correspondance de Voltaire, Lettre à la présidente de Bernières, du 20 juillet t724 ; — Lesmontey, les Filles du Régent, revue rétrospective, série, t. I, p. 200, 209.
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Le Comte de Charolais, de lugubre mémoire, joignait le cynisme le plus révoltant à une férocité dont on a peine à se faire idée. 11 aimait à ensanglanter ses débauches, et exerçait des barbaries de toutes sortes sur les courtisanes qui lui étaient amenées ; au milieu de ses orgies avec ses maîtresses, rien ne lui était plus agréable que d'abattre à coups de fusil ou des couvreurs sur les toits, ou des passants (1).
Le marquis de Sade, homme fameux dans les annales psychologiques et qui appartient aussi bien au dix-huitième qu'au dix-neuvième siècle (de 1740 à 1814), se livra au libertinage le plus effréné, qu'à l'imitation du comte de Charolais, il accompagnait d'atroces violences. Il fut arrêté à Paris en 1768, et condamné à mort à Marseille en 1772, pour un crime commis dans une scène de débauche. Enfermé par commutation gracieuse à Vincennes, il fut transféré à la Bastille, puis à Charenton, et ne recouvra sa liberté qu'en 1790. Il se mit alors à publier des livres horribles, des romans infâmes, 'quelques pièces de théâtre restées manuscrites. Bonaparte, devenu consul, le fit conduire à Charenton (1803), oîi il mourut en 1814.
Qu'on nous permette de citer deux exemples de ces débauches :
« M. de Sade donnait un bal auquel il avait invité beaucoup de monde : un splendide souper fut servi à minuit : or le marquis avait fait mêler avec profusion au dessert, des pastilles de chocolat à la vanille qui
(1) Journal de Barbier.
furent trouvées délicieuses, et dont tout le monde mang-ea.Toutàcouples convives, hommes et femmes, se sentent brûlés d'une ardeur impudique : les cavaliers attaquent ouvertement les dames. Les cantb arides, dont l'essence circule dans les veines de ces infortunés, ne leur permettent ni pudeur, ni réserve dans les voluptés impérieuses : les excès sont portés jusqu'à la plus funeste extrémité : le plaisir devient meurtrier : le sang coule sur le parquet, et les femmes ne font que sourire à cet horrible effet de leur rage utérine. Prévoyant l'éclat que cette scène, comparable aux orgies de Néron, aurait quand le délire cesserait, M. de Sade s'était sauvé avant le retour du soleil avec sa belle-sœur toute sanglante encore de ses embrassements brutaux. Plusieurs dames titrées sont mortes des suites de cette nuit de dégoûtantes horreurs... etc. (1).
« Peu d'années avant la révolution, plusieurs personnes, qui passaient dans une rue isolée de Paris, entendirent de faibles gémissements qui partaient d'un pièce sise au rez-de-chaussée. Elles s'approchèrent et, après avoir fait le tour de la maison, elles découvrirent une petite porte qui céda à leurs efforts. Elles traversèrent plusieurs pièces et arrivèrent à une pièce au fond : là, sur une table, qui occupait le milieu de la pièce, était étendue une jeune femme entièrement nue, blanche comme de la cire, pouvant à peine se faire entendre ; ses membres et son corps étaient fixés par des liens : le sang lui coulait de
. (1) Mémoires du temps, 1778.
■deux saignées faites aux bras; les seins, lég-èrement tailladés, laissaient échapper ce liquide ; enfin les parties sexuelles, également incisées, étaient baignées de sang. Lorsque les premiers secours lui eurent été prodigués, et qu'elle fut revenue de l'espèce d'anéantissement dans lequel elle se trouvait, elle raconta à ses libérateurs qu'elle avait été attirée dans •cette maison par le fameux marquis de Sade; le souper terminé, il l'avait fait saisir par ses gens, dépouiller de ses vêtements, coucher sur la table et attacher. Sur ses ordres, un homme lui avait ouvert les veines avec une lancette et pratiqué un grand nombre d'incisions sur le corps. Immédiatement, tout le monde s'était retiré, et le marquis, se déshabillant, s'était livré sur elle à ses débauches habituelles : « Son intention, disait-il, n'était point de lui « faire du mal, » mais comme elle ne cessait de crier, et qu'on entendit du bruit dans les environs de la maison^ le marquis se leva brusquement et disparut avec ses gens (1803) (1). »
Arrivés à la fin de la partie historique, nous n'aurons que peu de choses à ajouter aux appréciations dont nous avons fait suivre chaque période. Nous rappellerons seulement que si parmi les personnages que nous avons cités, il y avait de véritables fous, dans le sens le plus strict du mot, il faut avouer qu'un grand nombre ne présentait d'autre anomalie qu'une perversion étrange des fonctions génésiques. Chez les uns et chez les autres, il faut bien se le rappeler,
(1) Brière de Boismont, Gazette médicale de Paris, 21 juillet 1849.
une intelligence excessive, un caractère ferme, résolu, leur permet d'accomplir de grandes choses et de porter au plus haut point la gloire de leur patrie. Si nous insistons sur ce fait, c'est que nous tenons à prouver que l'aberration pathologique des sentiments génésiques doit être assimilée complètement à une névrose et, comme telle, son existence est compatible avec les plus hautes intelligences. Semblable et de même nature que l'hystérie, l'épilepsie, elle peut obnubiler momentanément l'intelligence, faire perdre à l'homme son libre arbitre, le porter irrésistiblement aux actes les plus monstrueux, mais la crise passée, tout rentre dans l'ordre, l'intelligence reprend ses droits et nous oserons le dire, brille souvent d'un éclat d'autant plus vif que le fonctionnement cérébral est ou a été en proie à une légère surexcitation morbide.
Pour compléter la ressemblance et affirmer que l'aberration génésique est, à n'en pas douter, une véritable névrose, qu'on se reporte à la généalogie des personnes citées, et on verra dans toute son intégrité, l'existence de l'hérédité. Hérédité directe, hérédité indirecte, hérédité transformée, se trouve chez les génésiaques.
Comme nous le démontrerons au chapitre de l'étiologie, ainsi qu'on le rencontre dans ce qu'on est convenu d'appeler les névroses essentielles, sine materiay les descendants d'un génésiaque sans être précisément aliénés, peuvent offrir, sous le rapport moral, une ressemblance plus ou moins complète avec leur
auteur et vice versa; un état de demi-folie ou desimpie excentricité chez les ascendants a pu devenir pour les descendants la source d'un véritable délire. Mais n'anticipons pas.
Il ne nous reste plus maintenant pour compléter notre tableau historique, qu'à signaler rapidement quelques-unes des principales religions qui ont élevé la folie génésique à la hauteur d'un hommage rendu à la divinité. Impuissants à modérer l'ardeur qui porte un sexe vers Tautre, les premiers législateurs, parmi lesquels il faut surtout citer Lycurgue et Solon, plusieurs philosophes, Zénon, Aristippe, etc.(I), ont dû chercher à la maintenir dans de justes bornes. Or, pour arriver à un pareil résultat, quel moyen plus sûr que d'en faire un article de foi ?
La grave antiquité attachait donc une idée religieuse aux signes qui nous semblent aujourd'hui obscènes ou ridicules. Les types brillants de la fécondité étaient quelque chose de sacré. A Babylone, dans la Phénicie, à Hiéropolis, en Arménie,., etc — toutes les femmes devaient accomplir le sacrifice amoureux sur un autel spécial.;... Le même usage existe encore de nos jours dans une foule de provinces de l'Hindoustan, de Geylan, dans les îles de la Polynésie, de Taïti^ en particulier. Les Égyptiens, les
(I) Montaigne, Essais, III, p. 415.
Grecs, les Romains, avaient un grand nombre de fêtes dans lesquelles régnait la débauche la plus efl'rénée, et c'était toujours au printemps qu'avaient lieu ces saturnales (c'est encore à la même époque qu'ont lieu de nos jours les fêtes de Skaty-Poudja dans l'Inde).
«Toutes les fois, dit le savant Dupuis (1), que les fêtes ou les images de divinités retraceront quelque chose d'obscène, c'est au printemps qu'il faut se reporter : C'est au printemps qu'Osiris, selon les Égyptiens, fécondait la nature, c'est au printemps que la terre s'unit au soleil... » « La terre amoureuse, dit Virgile, demande au ciel le principe vivifiant qui doit féconder son sein. » Telle est l'origine du culte de Priape et des divinités qui portent ses attributs. VoiJà pourquoi nous voyons le soleil ou ses images, à l'époque du printemps, offrir les caractères de la plus énergique virilité. De même aussi voyons-nous Pan ou le dieu qui empruntait les attributs de la chèvre et du chevreau déployer les organes de la fécondité la plus mâle et recevoir les hommages des femmes à Mendès, comme la chèvre céleste les recevait en Grèce, chez les Phliassiens, à Rome, dans les temples de la bonne déesse, au V mai, au lever même de cette constellation. On sait l'éloge que Montaigne a fait de ces fêtes (2). Lisez la description des Dyonisiaques, des Branconies, des Omophagies, des Bacchanales...., tout y respire le plus effrayant libertinage.
(1; Dupuis, De Vorigine des cultes.
(2) Montaigne, Essais, III, 115.
Tite-Live (1) nous a laissé le récit de la licence de ces saturnales éhontées, que nous transcrivons en abrégeant :
«... D'abord ces mystères avaient été confiés à des femmes sans qu'on y admît d'hommes. On consacrait alors trois jours dans l'année à l'initiation de celles qui se présentaient pour être admises aux orgies. Les matrones parvenaient à la prêtrise chacune à leur tour : mais Paculla Minia, de Capoue, élevée à cette dignité, avait introduit dans ces cérémonies, des nouveautés qu'elle prétendait lui avoir été inspirées des dieux. C'était elle qui y avait admis les premiers hommes, savoir ses deux fils; Minius et Herennius. Elle avait voulu que ces sacrifices se célébrassent la nuit et non le jour, et au lieu de trois jours consacrés chaque année auxinitiations, elle avait établi cinq par mois. Depuis que les hommes y avaient été confondus avec les femmes et que les ténèbres de la nuit avaient amené une licence inconnue à la lumière du jour, il n'y avait sorte de crimes, d'infamies et d'abominations auxquelles on ne se fût abandonné sans scrupule ; la débauche hideuse des hommes entre eux dépassait encore celle des femmes.
Ceux qui témoignaient de la répugnance à subir ou à proposer ces indignités, étaient immolés en victimes. Le caractère de leur religion était de se croire tout permis. Agités de mouvements convulsifs, fanatiques en délire, les hommes prédisaient l'avenir, les femmes travesties en bacchantes précipitaient au
(1) Tite-Live, 1. XXXIX, c. xv, xvi.
fond des abîmes ceux dont on voulait se défaire, et publiaient que les dieux les avaient enlevés. Ils traitaient ainsi ceux qui refusaient d'entrer dans la conspiration, de participer à leurs forfaits ou de souffrir leurs prostitutions. La secte était déjà si nombreuse qu'elle composait à Rome un second peuple dont plusieurs personnages illustres de l'un et de l'autre sexe faisaient partie. Depuis deux ans, on avait arrêté de ne recevoir personne au-dessus de vingt ans, parce qu'on recherchait l'âge le plus convenable à l'erreur et à la prostitution. Le sénat craignant pour la république les suites d'un si épouvantable rassemblement, rendit un arrêt qui défendait de célébrer à l'avenir des bacchanales, ni à Rome, ni en Italie. »
Ainsi qu'on l'a vu, ce culte se releva dans la suite sous le règne des empereurs.
Les fêtes de la bonne déesse célébrées en secret par les femmes, en l'absence des hommes et même des animaux mâles, n'étaient pas moins horribles. Une lubricité effrénée régnait au fond du sanctuaire.
« Nous savons, dit Juvénal (1), ce qui se passe au fond de ces sanctuaires quand la trompette agite ces Ménades, et lorsqu'étourdies par les sons et enivrées de vin, elles font voler leurs cheveux épars et hurlent à l'envi le nom de Priape. Quelle fureur ! Sanfilla tenant en main une couronne, provoque les plus viles courtisanes et remporte le prix de la lubricité ; mais à son tour elle rend hommage aux ardeurs fou- Ci) Juvénal, sat. VI, v. 314.
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gueuses de Médulline. Celle qui triomphe dans ces assauts lubriques passe pour la plus noble athlète. Rien n'est feint : les altitudes y sont d'une telle énergie, qu'elles auraient enflammé le vieux Priam et Nestor aflfaibli par les années. Déjà les désirs veulent être assouvis : déjà chaque femme reconnaît qu'elle ne tient dans ses bras qu'une femme, et le sanctuaire retentit de ces cris unanimes: «Il est temps d'introduire les hommes ; mon amant dormirait-il? Qu'on l'éveille. — Point d'amant? — Je me livre aux esclaves. — Point d'esclave ? — Qu'on appelle un manœuvre. — A son défaut, l'approche d'une brute ne l'effraierait pas. »
Toutes ces cérémonies anciennes instituées en l'honneur du principe actif de la génération, passèrent des Indes, berceau de toutes les religions, en Grèce, en Italie, en Égypte, et nulle part les hommes ne crurent blesser les mœurs en rendant des hommages à l'emblème le plus simple, le plus expressif de la divinité.
De nos jours, dans les Indes où les traditions religieuses se sont maintenues dans toute leur pureté, les fêtes que l'on nomme « fêtes de Sakty-poudjà, ou mystères de la fécondation universelle, » reproduisent tout ce que l'on peut rêver d'horreurs et d'infamies contre nature, entourées de toute la pompe des cérémonies indoues.
« Le Sakty-poudjà (1) a été institué en l'honneur
{{) Ne pouvant reproduire ici la description de ces fêtes, nous engageons vivement à lire le récit qu'en a tracé de main de maître,
de la fécondation de la natare par la trinité Brahma- Wichnou-Siva, pour arriver à la création. La nature dans son union avec les trois dieux, est représentée dans le panthéon vulgaire des Indous par les trois déesses Bahvany, Lakmy, Sakty; et ce sont ces trois déesses qui sont invoquées et célébrées dans les fêtes obscènes qui nous occupent, et pendant lesquelles les assistants se croient tout permis sous le voile religieux, sans contracter aucune souillure, et sans commettre de crimes. »
D'après cette rapide esquisse historique (1) nous croyons que l'existence du sens génésique ne fera un doute pour personne. C'est une individualité distincte, ayant son fonctionnement propre, et pouvant comme les autres sens être lésé psychiquement aussi bien que physiquement. L'histoire en attachant au pilori de la postérité ces débauches effrénées, ces orgies infâmes qui révoltent la nature^ n'a vu là que des effets de la juste colère des dieux, de la rébellion de Satan contre l'Etre suprême.
Il est temps de faire justice de ces fables : il faut
un de nos plus savants ethnographes, M. L. JacoUiot, ancien président de cour à Pondichéry, dans le Voyage aux pays des perles, p. 184 et suiv. Voir également les remarquables ouvrages de cet auteur sur l'Inde : Études indianistes. 13 vol, in-8°. A. Lacroix et G'e, édit.
(1) Le lecteur comprendra que, dans ces données très superficielles, nous n'ayons pu môme énumérer toutes les sectes religieuses qui se sont montrées et dont quelques-unes subsistent encore : qu'on ne nous reproche pas d'avoir omis, par exemple, les Turlupins, les Guillemettes, les condormants ou multipliants, etc.
ramener les faits à leur juste valeur, les envisager sous un point de vue plus scientifique, plus conforme aux idées modernes. L'étude encore récente de la psychologie morbide qui a jeté un jour nouveau sur la nature des affections mentales, nous permet de rattacher tous ces phénomènes à la grande famille des névroses. L'examen des différentes formes de lésions qui peuvent frapper le sens génésique, prouvera que nous ne nous sommes pas laissé entraînera de pures conceptions fantaisistes.
C'est ce qui fera l'objet de la seconde partie de notre travail.