CAUSES PHYSIQUES GÉNÉRALES
Misère. — Age. — Constitution. — Tempérament. — Saisons. — Climats. — Nourriture.
Misère. — Bien que la misère ne soit pas une cause directe de folie, elle n'en constitue pas moins par ses conséquences un des éléments qu'on pourrait appeler naturel. En effet, dans cette accumulation forcée des membres d'une famille dans une même pièce oiî manque souvent le strict nécessaire, la promiscuité des sexes est fatale. Père, mère, garçons, filles, vivent dans un déplorable rapprochement. Aucune gêne, aucune contrainte, ne règne dans ces intérieurs. Les parents n'ont nul respect, nul souci de la présence de leurs entants ; la plus révoltante immoralité est chose habituelle dans ces ménages. Nés dans ce milieu, ayant sans cesse en grandissant de semblables tableaux sous les yeux, les enfants trouvent presque naturelles les tentatives dont ils sont fréquemment l'objet, s'y prêtent même parfois, et se livrent à toutes les manœuvres qui révoltent le plus la nature. Ces êtres dont la constitution physique est déplorable, vieux avant l'âge, entrent dans la société, dépravés, corrompus, enclins à tous les vices, et ne reconnaissant d'autres lois que
leurs ignobles et tyranniques passions. Les exemples de ces tristes faits ne sont pas rares, et chacun, nous en sommes certain, en a de présents à la mémoire... Mais passons.
Age. — Les changements organiques qui coïncident avec chaque période de l'âge, constituent pour l'homme une sorte d'état morbide et pourtant habituel. C'est surtout aux deux extrêmes de la vie, dans l'enfance, principalement à l'époque de la puberté, et dans la vieillesse, que l'action se fait le plus sentir, et on se tromperait étrangement en supposant qu'en raison de son âge l'enfant échappe à l'influence de certaines causes. Consultez l'histoire, lisez les compterendus des épidémies intellectuelles ou de névropathies^ et vous verrez que l'enfance paie un large tribut à ces phénomènes nerveux anormaux produits par l'exaltation des sentiments et surtout par l'imitation.
Puberté. — L'époque de la puberté est révélée par d'assez nombreux phénomènes physiques, pour que l'action de cette fonction sur la manière d'être morale de l'individu ne puisse être récusée.
« Les principaux phénomènes qui caractérisent l'âge de la puberté s'observent du côté des organes génitaux. Dans l'un et l'autre sexe, le travail qui s'opère vers ces parties est annoncé par une sécrétion abondante des follicules sébacés, par l'apparition des poils et par une turgescence générale. Chez l'homme, les testicules deviennent plus gros et commencent à sécréter du sperme ; les vésicules séminales, la pros-
tate, la verge, participent à cet accroissement et acquièrent le volume qu'elles doivent conserver. Chez les femmes, les ovaires deviennent plus volumineux et prennent leur forme bosselée ; la matrice s'élargit, surtout vers son fond, la menstruation s'établit. Comme phénomène sympathique, chez l'homme, le visage se couvre de barbe, la voix prend son timbre viril, pendant que le larynx se développe rapidement. Chez la femme, les seins s'arrondissent, et le mamelon devient saillant, sur l'aréole qui a pris une teinte rosée.
Chez l'homme, les transformations sont toutes extérieures : elles sont plus internes chez la femme, dont le corps conserve davantage la finesse et la blancheur de la peau, la rondeur des formes, cette apparence moelleuse due à l'infiltration du tissu cellulaire par la graisse, qui caractérisent l'enfance.
Pour l'homme comme pour la femme, des idées nouvelles naissent, à mesure que des organes nouveaux se développent, que des fonctions nouvelles s établissent : les songes précèdent presque toujours la réalité ; les rêves voluptueux sont fréquents, longtemps avant qu'un rapprochement sexuel se soit opéré. Chez le premier, le besoin d'aimer se manifeste par une ardeur expansive qui rend le cœur meilleur ; chez la seconde par une tristesse concentrée qui souvent lui fait verser de douces larmes. A l'un, les provocations passionnées, les démonstrations extérieures, les amours ardentes ; à l'autre, la langueur et la décence du maintien, le calme du visage, l'impassibi-
lité apparente, voiles épais que jcUe la pudeur jusqu'au moment oh. le bonheur viendra les soulever. Aussi l'homme met plus de généralité dans son amour que la femme ; il aime d'abord sans savoir qui il aime, il aime les femmes avant d'en aimer une.
La jeune fille, au contraire, se crée un être idéal, qu'elle aime de tous les charmes que son imagination peut inventer; c'est celui sur qui elle concentre tout son amour, celui qu'elle cherche le jour autour d'elle, qu'elle voit la nuit dans ses rêves de bonheur ; douce illusion qui souvent fait place à une triste réalité. Aussi pour elle, la solitude est un besoin, elle veut être seule avec ses pensées, tandis que pour le jeune homme la société des femmes est un besoin; il les désire, il les cherche, les poursuit et les enveloppe de ses regards ; il les embrasse à travers l'espace, aspire leurs parfums et frissonne au moindre contact.
Tous ses sens dirigés vers l'amour lui procurent de nombreuses jouissances, qu'il ne cherche ni à diminuer ni à dissimuler. Pour lui, il comprend que l'amour est un but; pour la femme c'est un moyen d'être mère, et la jeune mère existe déjà dans le cœur de la jeune fille. A ses yeux, l'union sexuelle est moins peut-être la satisfaction d'un désir, que l'origine d'une espérance, car la femme aime longtemps avant qu'il existe, l'enfant qu'elle doit porter dans son sein, et que l'homme aimera seulement plus tard, quand il l'aura reçu dans sa famille (1). »
(1) Longet, Physiologie, t. II, p. 932.
Vieillesse. — Au déclin de sa vie, l'homme se rapproche à plus d'un titre de l'enfant. Ses sens n^étant plus dans leur intégrité première, ses déterminations rappellent celles de l'enfance. Ses manies remplacent les caprices du jeune âge, il est changeant, inconstant. Parfois, ses sens émoussés se réveillent ; mais l'obscurcissement du sens moral ne lui permet pas de résister et partout oii il se trouve, en public même, sans comprendre la portée de son action, le vieillard satisfait un désir né tout à coup. 11 en est même qui paraissent se complaire à ces obscénités. C'est cette classe d'individus qui fournit le plus grand nombre d'inculpés d'outrages publics à la pudeur, ou d'attentats sur des petites filles. Dans cette classe aussi, il faut faire rentrer la plus grande partie de ces gens dont M, le professeur Lasègue (1) a fait un si curieux tableau sous le nom à' exhibilionnistes.
Cependant il peut arriver que chez certains vieillards subsiste une énergie intellectuelle et physique considérables. 11 n'est pas rare de voir éclater alors une folie aiguë, en tout semblable à celle des adultes. Dans l'ordre d'idées de ce travail, on peut citer des exemples de nymphomanie, de satyriasis, chez des septuagénaires, et même chez des octogénaires.
A cette classe de vieillards que les progrès de l'âge ont rendu inconscients de leurs actes, il faut ajouter une autre série d'individus tombés par leurs excès mêmes dans une vieillesse anticipée. Chez ces der-
(1) Lasègue, Union médicale, 1" mai 1877.
niers l'impuissance a été de bonne heure le résultat fatal d'une vie de débauches. Le moral bien qu'ayant le plus souvent suivi une marche parallèle à la dégradation physique, peut néanmoins se réveiller à l'occasion. C'est alors que, se piquant d'honneur, ne voulant pas vis-à-vis d'hommes de leur âge pleins de vigueur et de santé, ou en toute autre' circonstance, avouer leur nullité, ils cherchent par tous les moyens connus et inconnus à stimuler leurs organes froids et glacés. Pour arriver à leur but, ils ne reculent devant rien, et c'est généralement dans ces cas qu'on les voit, obéissant à un préjugé populaire, ne pas craindre de commettre un viol, convaincus que le contact d'une vierge aura le pouvoir de ranimer leurs forces absentes, et leur permettra d'affronter sans honte le combat.
Constitution, tempérament. — Les tempéraments étant la principale source physique de nos passions, on conçoit l'influence souvent considérable qu'ils peuvent exercer sur les facultés intellectuelles.
Tout en variant à l'infini, on peut cependant les ranger dans deux grands groupes, suivant qu'ils sont naturels ou acquis.
Les tempéraments naturels sont ceux que nous apportons en naissant : ils forment nos complexions ; de là notre caractère, nos inclinations, nos penchants. On peut les changer, les modifier jusqu'à un certain point, mais non en détruire entièrement le germe. C'est en ce sens que le poète satirique a pu dire : (( Chassez le naturel, il revient au galop. »
Les tempéraments acquis sont ceux qui ont été modifiés en partie par les aliments, par les mœurs, par les maladies.
Les personnes douées d'un tempérament sanguin, sang-uin-bilieux, nerveux, sont celles qui présentent le plus ordinairement les passions génésiques portées à leur plus haut développement. Les désirs erotiques les poursuivent sans cesse pendant la veille comme pendant le sommeil : elles ont une ardeur étrange pour les plaisirs des sens, plaisirs qui satisfaits une première fois, ne tardent pas à devenir des maîtres exigeants, de véritables tyrans. Plus que l'homme, la femme (et surtout celle à forme dite hommâsse) est très exposée à ces sensations d'origine sexuelle ou utérine qui pendant le sommeil lui rappellent ce qui se passe pendant l'union des sexes. Aux yeux des anciens, la femme semble n'avoir été créée que pour ses organes de la génération, et c'est ainsi qu'on a pu dire d'elle, non sans quelque raison : « Millier propter uterum condita est. »
C'est sur ces différentes prédispositions qu'on a voulu décrire un tempérament génital, qui aurait pour caractères spéciaux : la prédominance du système nerveux, les muscles charnus et développés, l'embonpoint médiocre, les poils noirs et très abondants, une physionomie expressive, mobile, la bouche grande, les lèvres épaisses et d'un rouge vif, les dents blanches, quelquefois les formes très accusées, surtout dans les parties oii le sexe se révèle
CuMATS-SAisoiss. — Dcs milliers d'observations
ont constaté l'influence des saisons et des climats sur les passions. Les habitants des pays chauds sont d'un tempérament plus vif, plus ardent, plus enclin aux plaisirs des sens que les habitants des pays froids. Montaigne n'a-t-il pas dit « qu'il fallait écorcher un Russe pour lui arracher quelque signe de sensibilité? » Que l'on examine les mœurs, le caractère des penchants des diverses populations qui peuplent le globe : c'est sous le ciel brûlant de l'Orient, de l'Inde, de l'Afrique que l'on trouve les passions les plus brutales, les systèmes les plus absurdes, la poésie la plus nourrie d'images parfois ridicules à force d'exagération. C'est là aussi, comme nous l'avons vu, que sont nées les religions qui adorent le principe actif de la génération.
Hérodote et Strabon assurent qu'en Égypte les femmes sont entraînées vers les plaisirs vénériens par un penchant presque irrésistible. « yEgyptiacas feminas veneris in tantum famelicas esse narrât Herodotiis^ lit cum hircisrem habeant. » Le témoignage d'Améric Vespuce, relatif aux femmes de l'Amérique, vient à l'appui de ce dire. « Ad quondam nomorhis oram appulit^ ubi mulieres libidini adeà eraiit devinctœ^ ut^ baccliantum more, in nautas fuerint. »
Remarquons également que, d'après les documents de la justice criminelle en France, c'est à l'époque du maximum des conceptions, avril, mai, juin, juillet, que l'on compte le plus de viols et d'attentats à la pudeur.
Semblables aux animaux qui subissent l'influence
des premiers beaux jours, lorsque tout renaît à la vie après les rigueurs du sombre hiver et que le soleil a ramené en nos climats la saison des amours, il est des hommes dénués de sens moral, vivant dans la plus abjecte dégradation, qui obéissent à la loi du rut : c'est alors qu'on voit ces attentats inouis presque toujours suivis ou précédés de meurtre. Dans ces moments l'homme n'obéit plus qu'aux facultés d'un ordre infime, il se rapproche du reste de l'animalité, il n'est plus véritablement qu'une brute !
Nourriture. — L'usage habituel de certaines substances prises en alimentation, peut exercer sur les fonctions du système nerveux une influence remarquable^ accroître ou diminuer leur énergie, les pervertir même.
On sait qu'autrefois dans certaines communautés religieuses les aliments étaient choisis parmi les plus débilitants. Il était d'usage que les moines fussent saignés plusieurs fois par mois, dans le but d'amortir le feu des passions, d'autant plus ardent que la réclusion était plus sévère, ce qui s'appelait « affaiblir le moine, minuere monacum. »
Nous retrouverons plus loin et nous étudierons plus en détail l'influence des liqueurs alcooliques, que nous ne faisons que signaler ici.