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CHAPITRE IX

La Castration est-elle une opération grave?

Nous touchons ici à une des questions les plus sérieuses que soulève la castration? Pour pouvoir l’apprécier, force est de s’en rapporter aux statistiques qui ont été publiées. Howard (81), président de la Société de gynécologie américaine, insistait avec juste raison sur l'importance de publier les cas heureux et les cas malheureux de castration. Magnin (227) dit qu’il existe certainement de nombreuses opérations suivies de mort qui n’ont pas été publiées, et Porak (100) accuse Magnin de n'avoir pas su établir une statistique sérieuse sur la gravité de l’'oophorectomie. Comme l'ont écrit Bigelow (453), Porak (100) et bien d’autres chirurgiens, si l’on s’empresse de publier les castrations qui ont réussi, on est moins pressé de faire connaître les opérations qui se sont terminées d'une façon tragique.

On ne voit que de bonnes statistiques, car seuls les opérateurs heureux donnent leurs résultats. Le chirurgien même très honnête ne croit pas nécessaire de publier les cas qui ont eu une terminaison funeste. Il en est de même pour toutes les opérations. La vanité aidant, les insuccès sont soisneusement cachés. On ne peut accorder qu’une valeur relative à la mortalité, telle qu'elle apparaît d’après l’ensemble des documents publiés.

Dans la statistique déjà ancienne de Budin{170), cet auteur a rassemblé 32 opérations pratiquées par Battey, Marion, Sims, Trenholme, Hegar, Gaillard, Thomas, ete. Il y a eu 6 morts, soit 18 p. 100 de mortalité.

Chiara (183) affirme que la mortalité maximum est de 10 p. 100.

Goodell (162), dans la statistique d'une année, à une mortalité de 11 p. 100.

Viedow (100) donne un pourcentage de 19 p. 100. Spiegelberg (400) reconnait un décès par 4 opérations. Battey admettait, au congrès de Londres, une mortalité de 22 p. 100. Freund a fait 6 castrations avec un décès. Menzel (100) a exécuté {1 fois l'opération et a eu ? morts; enfin Lawson Tait (336) a fait l’ablation des annexes 413 fois. La mortalité de ses opérations est inférieure à 3 p. 100.

Comme nous l'avons déjà dit, il est impossible d'accepter sans réserve la façon de dresser certaines statistiques. Rassembler les faits de quelques chirurgiens heureux et en tirer un pourcentage de mortalité, c'est un leurre.

Une statistique bâtie dans ces conditions est absolument faussée. Est-il possible d'englober sous le même chef et dans la même statistique des opérations pratiquées dans des conditions absolument différentes?

Parfois les organes contenus dansle petit bassin sont sains ou à peu près, et il est facile de trouver les ovaires. Dans d'autres cas, les ovaires sont perdus dans des masses qui les rendent inaccessibles à la vue et mème à l'exploration manuelle. Comment dresser une statistique générale comprenant tous ces faits?

Dans les cas favorables, alors qu'il s'agit d'ovaires sains et d'organes sains, Porak (100) pense qu'on peut abaisser la mortalité à 10 p. 100 et même au-dessous. « Néanmoins, ditil, cela sera toujours une opération grave. On ne devra jamais l'oublier lorsqu'on sera sollicité à la pratiquer.

Et plus loin, cet auteur apprécie ainsi la castration : « Opé-

ration grave, succès douteux. » Polaillon (100) ajoute : « Il n'est pas douteux, quel que soit le secours apporté par la méthode antiseptique qu'il s’agit d’une opération grave. » Just Championnière (358) avance que la castration est plus grave que l’ovariotomie et il n’est pas le seul à penser ainsi. Ne vaut-il pas mieux s’en rapporter à ces appréciations qu'aux statistiques données par L. Tait?

Sérieuse au point de vue de la mortalité, la castration a d’autres inconvénients. Il faut en effet signaler les complications qui surgissent au cours de l’opération.

Hunter (161) rapporte l'accident arrivé à une de ses malades qui eut, pendant l'opération, une poussée d’œdème pulmonaire dont la terminaison faillit être funeste.

La blessure de la vessie est mentionnée dans plusieurs cas. J. Bœckel (3) et James Murphy (93) en citent chacun un exemple.

Sans vouloir nous arrêter à ces faits qui prouvent cependant que des opérateurs de talent ont pu se trouver en face de complications graves et inattendues, au cours même de lPopération, nous devons rapporter les complications survenues quelques jours après l'opération.

On a noté des hémorrhagies graves dans le petit bassin, hémorrhagies assez souvent suivies de mort. L’occlusion intestinale après la castration est signalée aussi (Tissier, p. 145, et Estrada, CXX VI).

Parfois c’est l'intestin qui sort du ventre par rupture de la cicatrice comme dans l'observation de Segond (Estrada) (22), de Widmer (185).

Segond (Estrada, CXVIT)(24)a constaté de ladyspepsie, une tendance syncopale, dans la nuit qui suivit une castration.

D’autres auteurs (31) ont rapporté des accidents cardiaques et respiratoires dans les mêmes conditions.

Goodell (257) a attiré l'attention sur les parotidites conséculives.

Enfin plusieurs chirurgiens, comme Terrier (232), Chadwick

ur 00e

(124), Gill Wylie, Martin (p. 631) ont signalé les éventrations qui sont dues à la laparotomie.

Dans un cas de Chadwick (319), l’opérée, quoique entièrement remise des suites de la laparotomie, «était privée de tout confort de l'existence et vivait sous la menace continuelle d'étranglement ». Et cet auteur ajoute que la fréquence de la hernie ventrale après la laparotomie est plus grande qu'on ne croit.

Tissier, A. Martin (p. 631) relèvent les exemples d’inflammation péritonéale de gravité variable.

Enfin, fait qu'il sera bon de rappeler quand nous parlerons du traitement des affections mentales par la castration, l’ablation des ovaires produit des désordres mentaux (133). Gaillard Thomas à vu 3 fois des troubles de la raison après la castration. Spencer Wells a constaté des faits du même genre et L. Tait professe que les opérations sur l'abdomen exaspèrent les troubles mentaux. J. Thomas et d’autres auteurs ont publié des cas de folie et de manie subite qui se sont produites après la castration. Emmet (110) cite deux exemples de mélancolie persistante.

Terrier (237) a raconté l'histoire d’une femme qui n'a jamais eu d'accidents nerveux et qui présenta après la castration une série de crises hystériques subintrantes et très sérieuses. £

Werth (252) a entrepris une intéressante étude sur les psychoses survenues à la suite des opérations sur les organes génitaux de la femme. Il a trouvé ces psychoses 6 fois sur 128 opérations.

Cet auteur a remarqué que des troubles psychiques s'étaient développés 2 fois sur 86 castrations doubles. Quelle est l’explication de ces faits ? Landau pense que les accidents du côté du cerveau sont dus au retentissement qu’exerce sur les centres nerveux la suppression des fonctions génitales. Saenger et Martin estiment que l'affection mentale existe déjà à l’état latent avant l'opération et que la castration joue simplement

le rôle d'un excitant qui détermine l’éclosion des phénomènes morbides.

Si rares que puissent être toutes ces complications, il était utile de les signaler pour mettre en relief les inconvénients d'une opération dont la bénignité et la simplicité ont été exagérées.

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