‹ Des Abus de la Castration Chez la FemmeChapitre 18 sur 37 · SL ES · texte numérisé non relu

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Pour Astruc (359), le foyer du mal, dans la passion hystérique, c’est la matrice. Cullen (364) écrit : « Il me paraît évident en premier lieu que ses paroxysmes (hystéricisme) commencent par une affection spasmodique et convulsive du canal alimentaire. » Négrier (372), faisant jouer à l'ovaire le rôle Jusque-là réservé à l'utérus, admet que c'est l’irritation ovarique qui détermine les phénomènes d’hystérie.

La doctrine antique voulait que la cause conjointe (Briquet, p.150) de l'hystérie ne portàt que sur les forces de la vie et point sur la matérialité des tissus; mais c’est surtout de Pujol etde la doctrine de Broussais que datent Les efforts pour matérialiser l’hystérie.

L'observation clinique et les constatations microscopiques ont vidé la question, de l'avis de tous les neuro-pathologistes.

A l'heure actuelle, on ne peut donc pas admettre que la cause de l’hystérie réside dans les ovaires, les trompes ou l'utérus, que ces organes soient sains ou malades. Rattacher l’hystérie à l'ovaire, ce n’est en réalité (368) qu'une nouvelle édition de la théorie hippocratique, une application à cette théorie des connaissances modernes, ce qui ne modifie que très superficiellement l’ancienne doctrine.

Comme Brodie l’écrivait déjà dans ses admirables leçons (384) : Ce n’est pas de l'utérus, mais du système nerveux qu'il s’agit. Tous les travaux de l’école moderne établissent définitivement (338) que la conception d'Hippocrate est fausse.

Entre autres faits démonstratifs, ne sait-on pas que l'hystérie existe chez l'homme.

C'est ce qui faisait dire à Gallard (402) que l’hystérie et les altérations ovariennes constituent deux états pathologiques absolument indépendants l’un de l’autre et qu'il n'y avait entre eux aucune corrélation de cause à effet.

Affection essentiellement protéiforme, l'hystérie ne peut dépendre ni d'une lésion du côté des organes génitaux ni

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d’une altération de l'estomac ni d’une affection laryngée (378). Roussel avait dit qu'il eût été à désirer (404) que les médecins se fussent arrêtés un peu plus qu'ils ne l'ont fait sur la constitution particulière à la femme, et que ses fonctions génitales n’eussent pas autant absorbé leur attention.

Depuis que la gynécologie a pris un grand essor, un certain nombre d’observateurs sont retombés dans la même erreur. C’est parce qu’ils ont l'esprit constamment fixé du côté des organes génitaux que certains gynécologues ont attribué aux organes génitaux des symptômes qui étaient dus soit à l’altération d’autres tissus, soit au système nerveux.

Parmi les causes qui ont puissamment contribué à répandre la croyance que l'ovaire était le siège de l’hystérie, il faut signaler la fréquence de l’ovaralgie, dans le cours de cette affection nerveuse.

Il ne peut être question de faire ici l'histoire de l’ovaralgie 330,402, 488). Quand on presse sur l'ovaire et qu'ilse produit des sensations pénibles, s'agit-il d'une douleur siégeant dans les muscles? Charcot (489) a écrit qu’il croyait que c'était à l’ovaire seul qu’il fallait rapporter la douleur iliaque fixe des hystériques. Il à insisté sur la valeur de la compression de cet organe pour arrêter les attaques d’hystérie. On en à pris texte pour attribuer à ce savant maître des opinions qu'il n’a pas et qu'il n’a jamais eues sur le rôle des ovaires dans l’hystérie (459).

Dumontpallier (100) admet que très souvent il s’agit d’une hyperesthésie cutanée et les travaux récents ont démontré qu'il existait une zone hystérogène, au niveau de la peau, sur la région qui correspondait à l'ovaire.

Mais qu'il s'agisse d’une sensibilité cutanée, musculaire, ovarique ou utérine, le fait de déterminer de la douleur ou même la douleur spontanée au-dessus de l'arcade de Fallope ne signifient rien, au point de vue de la localisation de l'hystérie à l'ovaire.

L'arrêt des altaques d’hystérie par la compression des

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ovaires n’est pas plus significatif. Enserrantlelarynx entre les doigts, ne jugule-t-on pas un certain nombre de crises hystériques? Personne n'a songé jusqu'ici à s'appuyer sur cette observation clinique pour prouver que le siège de l’hystérie était le larynx.

Gallard (402), dans ses remarquables leçons sur les maladies des ovaires, a combattu la localisation de l'hystérie dans les ovaires. L’ovaralgie, disait-il, se combine assez souvent avec les troubles hystériques, mais il n’est pas permis de faire de lhystérie une des formes ou une des manifestations de l’ovaralgie.

Si nous avons insisté sur l’ovarie, c’est que son existence a permis à certains esprits superficiels de conclure qu'on pouvait enlever l'ovaire, puisqu'il était le siège des douleurs et que la pression exercée sur lui déterminait la cessation des attaques.

Mais (338) la conséquence toute naturelle de la doctrine utéro-ovarienne, écrivait Gresnier, est que l’hystérie doit disparaître avec la suppression de l'organe malade : « sublatä causà, tollitur effectus. » C’est ce qui a conduit les partisans de cette doctrine à songer à l’oophorectomie, c'est-à-dire à la castration chez la femme.

L'erreur a été de s’en prendre à un organe qui n'était nullement la cause des accidents. Aussi Gresnier, après avoir attaqué la pratique de la castration ajoute avec quelque ironie : « On n’a pas rendu à la théorie de Cullen les mêmes honneurs qu’à la théorie hippocratique cependant il paraît tout aussi juste de regarder l’hystérie comme le résultat d’une maladie de l'estomac que comme celui d’une affection de la matrice. »

Le grand malheur dans cette question de la castration appliquée aux affections nerveuses, c’est qu'elle a été traitée par des chirurgienshabiles, mais peu au courant des maladies du système nerveux. La spécialisation, excellente à certains points de vue, peut être la cause de graves erreurs, quand

celui qui se livre exclusivement à une branche de l'art de guérir ignore ce qui existe en dehors de ses études favorites. Aussi Engelmanninsiste-t-il sur la nécessité des connaissances générales en médecine (374) pour faire un bon spécialiste. Les chirurgiens, quand ils ont voulu traiter l'hystérie, ont été vite amenés à employer des moyens radicaux. Une connaissance plus approfondie de la maladie les aurait arrètés dans une voie dangereuse et fausse qui a conduit à des abus à peine croyables.

On s'est laissé guider par une indication essentiellement abusive, la douleur. Mais toute l'histoire de l'hystérie proteste contre cette Lendance à attacher une importance considéra Le à la douleur chez l'hystérique. Nèmium ne crede dolori, pourrait-on répéter aux chirurgiens car, comme le disait Sydenham, il y a dans la femme hystérique une disposition générale à la souffrance (324). Vouloir faire disparaître la douleur en enlevant le siège des sensations douloureuses, c’est poursuivre une chimère. -

Brodie, qu'il faut toujours citer (384), raconte l'histoire de plusieurs amputations qui furentinutilement tentées. Dans un cas, un chirurgien fit successivement deux amputations de cuisse, réséqua les nerfs sciatiques et n’empêcha pas néanmoins la réapparition de la douleur. D'autres faits du même genre pourraient être facilement cités.

Une étude incomplète de l'hystérie peut seule expliquer des opérations invraisemblables pratiquées sur des nerveuses. Nous avons vu, dans un service, une femme à qui un jeune chirurgien avait ouvert le ventre, croyant y trouver quelque chose d’anormal. L'abdomen dut être refermé après constatalion de l'intégrité de tous les organes pelviens. Cette nerveuse est toujours couchée dans le même lit avec des accidents divers, mais de même nature. Un de nos maitres dans le service duquel elle était, avait refusé de l’opérer, et pour cause. Dans les observations XIE et XV de la Thèse de Bentéjac, la

laparotomie ful pratiquée fort inutilement sur des hvysté-

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riques : on dut se borner à suturer l'incision abdominale.

Attaquerla douleur d’origine hystérique dansun point quelconque, c'est attaquer une manifestation d’une maladie qui ne demande qu’à avoir une localisation différente. Ces faits sont absolument connus des médecins. Comme l’avait déjà écrit Brodie,iln'y a paslieu de faire des opérations sanglantes pour des symptômes qui disparaissent souvent d’une manière subite, sous l'influence d’un traitement insignifiant ou d’une émotion qui agit fortement sur le système nerveux.

Dans une diseussion à la Société de chirurgie, on a dil : Lorsqu'une malade, atteinte d’hystérie, souffre d'un mal de dents et que ses accidents ne se manifestent ouvertement qu'au moment de l’odontalgie, personne n’hésitera à détruire le foyer d'irritation qui est, sans contredit, le point de départ des accidents.

Ceux qui s'occupent d’hystérie savent que l’odontalgie ne doit pas être traitée par l’avulsion d’une dent saine.

Les opérations sanglantes sont inutiles. La douleur d’origine hystérique guérit de mille manières. L'ouvrage de Bouchut (366) est rempli de guérisons pseudo-miraculeuses obtenues par les moyens les plus simples et la littérature médicale fourmille de faits semblables. Sans parler de la suggestion, ne voit-on pas la flagellation(601)guérir une hystérique. Dans un autre cas (600),c'est une nerveuse atteinte d’agitation maniaque et qui s’arrache la langue. Cette mutilation amène immédiatement la guérison de l’état mental. Il faut citer aussi le fait rapporté par Brodie(384). Une jeune fille, ayant soulfert pendant longtemps d’une affection hystérique grave, se fait enlever une molaire. Cette avulsion amène la disparition de tous les symptômes nerveux.

Il faudrait un volume pour énumérer toutes les guérisons de ce genre.

On ne peut admettre qu’il soit loisible d'enlever un organe atteint de névralgie. Il y a autant de motifs de tenter Pablation de l'estomac, pour une névralgie de cetorgane, que de pratiquer

la castration chez une nerveuse dont les ovaires sont normaux.

Au reste, si on enlève l'ovaire douloureux, on ne voit pas pourquoi on n'enlèverait pas le testicule douloureux des hystériques màles. Or, ceux-là même qui sont partisans de l’opération de Battey pour l'hystérie repoussent la castration dans le cas de névralgie testiculaire. Terrillon et Monod (245), se conformant à l'opinion générale, écrivent: «Pour ce qui est de la castration, c’est un moyen radical qu'on peut appliquer quand le testicule est atrophié où malade. Doit-on suivre l'exemple de Cooper qui a enlevé les testicules sur la demande du malade? Nous ne le pensons pas. »

Un chirurgien se met-il à la poursuite des douleurs chez les hystériques, il risque de faire inutilement des séries d'opérations. Iei (192), c'est la douleur au niveau du coccyx qui survient chez une hystérique après la castration, et le chirurgien à de nouveau recours à une intervention sanglante pour combattre ce symptôme, La douleur ne disparaît que l'année suivante après une saison d'hydrothérapie. L

Aïlleurs, c’est une femme, qui subit des opérations successives sur le col, et est soumise à des traitements variés; elle est enfin castrée sans grand succès. Dans le fait de Velponer 11), une femme affligée d'hystéro-épilepsie menstruelle subit pendant quinze ans tout ee qu’il était possible d’imaginer en fait de traitement interne et externe (cathétérisme, dilatation, scarification, douches) et se fit arracher quatorze dents. La castration, estl dit, l’a guérie. Mais combien de temps après a-t-on vu la malade ? Cette femme était et a dû rester une hystérique. Pour notre part, nous avons observé

deux femmes qui avaient été châtrées. Elles sont restées des

hystériques, comme par le passé, et se plaignent toujours de douleurs dans l'abdomen.

I faut lire la description qu'a faite Huchard de l'hystérique pour bien se pénétrer de l’état d'esprit des nerveuses. Legrand du Saulle en a tracé aussi un saisissant tableau.

(375) « … Elles veulent à tout prix attirer l’attention sur

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elles ; il leur faut la pose en scène, des poses théâtrales, elles ont besoin de dramatiser leur vie à chaque minute... » Et plus loin «l’hystérique est avant tout et par-dessus tout une excentrique. Plus on remarque ses singularités et plus elle se sent entraînée à accomplir les étrangetés nouvelles. Pour elle, l'attention publique est une prime d'encouragement. » «.. Je répète une fois pour toutes que ces malades, par leurs audaces malsaines, conduisent les médecins à de lourdes fautes de diagnostic. Elles simuleront des maladies, la grossesse, des blessures reçues, des tentatives de viol exercées sur elles par des inconnus; elles iront jusqu'à se faire des mutilations réelles. Il se pourra qu'on rencontre certaines hystériques sincères dans leur tromperie, victimes alors de leur propre imagination qui s’exalte et les abuse ellesmêmes par une sorte de mirage».Legrand du Saulle cite l’histoire d’une hystérique qui se carbonisa un bras. D’autres se font des plaies, quelques-unes accomplissent des tentatives de suicide et parfois même ne craignent pas de se donner la mort. Le désir de faire parler d’elles les imprègne à un si haut degré qu'elles sont capables de réclamer l'opération la plus grave pour le plaisir de la subir ou pour qu'on parle d'elles. I] y a quelques années, une malade des hôpitaux avait des ulcérations qui résistaient à tous les traitements. Une sorte de phagédénisme avait envahi les plaies situées sur ses jambes et un chirurgien des plus distingués et des plus prudents, ne pouvant s'en rendre maître, résolut l'amputation qui fut exécutée. Mais la réunion de la plaie opératoire ne se faisait pas : la même ulcération existait sur le moignon. La malade réclamait une deuxième amputation. Une surveillance habile permit de découvrir la fraude. Cette malheureuse femme défaisait son pansement et applhquait pendant la nuit. sur son moignon, une préparation quelconque qui, vérification faite, était la cause de ses ulcérations.

Toutes ces raisons ont imposé à ceux qui connaissent les hystériques la plus sage réserve.

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