Puson, Des ovaires, etc. Paris, 1873, p
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Gendrin et de Négrier. Mais il est juste de dire que, dans ces dernières années, des savants assez nombreux ont élevé des doutes sur l’exactitude de la théorie de Négrier et ont apporté des faits qui semblent l’infirmer. Quoi qu'il en soit, on peut avec Auvard (339) et avec Porak (100) rassembler en trois catégories les opinions qui ont été émises sur la menstruation et l'ovulation.
1° La menstruation dépend de l’ovulation. Théorie classique : Gendrin, Négrier. Lœvenhardt (251), Lœventhal.
2° La menstruation serait la cause de l’ovulation (Aveling).
3° La menstruation et l'ovulation seraient deux phénomènes indépendants l’un de l’autre : Beigel, Christofer (320). Leopold (249), Lawson Tait (cité par Charpentier, p. 82).
A la fin d'une revue intéressante sur cette question, Auvard tire la conclusion suivante (339) : La menstruation se compose essentiellement de deux phénomènes : la ponte ovulaire et l’hémorrhagie génitale. Ces deux phénomènes sont indépendants l'un de l'autre, mais obéissent à la même cause (cette cause était d’ailleurs indéterminée et résultant de la constitution même de l’organisme); à l’état physiologique, ils sont simultanés et se dissocient au contraire fréquemment à l’état pathologique. Porak (100), dans un remarquable rapport auquel nous ferons de nombreux emprunts, ineline à
penser que l'ovulation et la menstruation peuvent, au moins dans certains cas, être indépendantes. Les deux phénomènes sont placés sous l'influence des centres nerveux qui président à la ponte et à l'écoulement menstruel. Emmet ! et de Sinéty sont du même avis.
Que conclure? Il nous semble que s’il n’est pas opportun de jeter par-dessus bord l’ancienne théorie de Négrier, il faut néanmoins tenir grand compte des travaux qui ont été publiés est à peine besoin de le dire — renferme toujours quelque
par des hommes d'une valeur indiscutable. Une théorie
1. La Pratique des maladies des femmes, t'ad. OLiviER, 1887, p. 114.
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chose d’hypothétique. Si solides que soient en apparence des vues théoriques, il est donc prudent de ne pas opposer une simple dénégation aux faits qui les contredisent. C’est en se basant sur des recherches microscopiques, et en dehors de toute idée préconçue, que l’ancienne doctrine de la menstruation a été battue en brèche. Aussi est-il sage de dire avec de Sinéty : Toute théorie générale (324) relative à la menstruation est encore prématurée dans l’état de nos connaissances.
En résumé, il n’est pas scientifiquement démontré que la menstruation soit sous la dépendance absolue et exclusive de la ponte ovulaire et qu’en empêchant l'ovulation de se produire on soit certain de supprimer du même coup l’écoulement menstruel.
De l'influence de la ménopause.
On a forcé les analogies, interprété abusivement Les faits pour en tirer des conclusions favorables à la pratique de la castration. Qu'on en juge.
Lorsqu'une femme approche de l’âge critique, elle n’est plus apte à concevoir ; done, disent les partisans de l’oophorectomie, la fonction ovarienne disparait avant la cessation des règles; donc la régression de l'ovaire détermine l’établissement de la ménopause. Il s'ensuit que si on enlève les ovaires, on détermine l'apparition prématurée de l’âge de retour.
À ce raisonnement dont on découvre facilement les côtés faibles, on peut opposer une série d'arguments. En premier lieu, la femme peut concevoir à l’âge critique et même après la ménopause. L'hypothèse de la cessation de l'ovulation avant l'établissement de la ménopause va à l'encontre de la théorie de Négrier que soutiennent les partisans de l'opération.
En outre, si l'ovaire s’atrophie en même temps que l'utérus, n'a-t-on pas le droit de dire qu'il s’agit de deux phénomènes qui marchent de pair, mais qui n’ont pas entre eux les rela-
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tions de cause à effet. Est-ce l'utérus ou l'ovaire qui détermine les modifications de structure dans les organes génitaux internes ? Est-ce l'utérus ou l'ovaire qui produit les phénomènes observés à l’âge critique ? La vérité est que l'organisme traverse, au moment de la ménopause, une période pendant laquelle apparaissent des modifications multiples, parallèles et qui ne dépendent pas du système utéro-ovarien.
On voit donc que le raisonnement précédent est entaché de sophisme.
La ménopause, a-t-on dit, n’est pas constituée par la cessation du flux menstruel, mais par un ensemble de phénomènes locaux et généraux qu'il faut souhaiter à certaines femmes. N'est-ce pas l'ovulation qui estla cause des maux sinombreux que ressentent les femmes au moment de leurs règles ? L’ablation des ovaires doit provoquer, à bref délai, la ménopause dans le sens le plus étendu du mot, c’est-à-dire la diminution, la disparition des désordres utérins, l’apaisement des phénomènes nerveux, ete.
La ménopause — si on la procure artificiellement — amènera la cessation de tous les malaises de la femme, lui donnera une santé admirable et la débarrassera de toutes les incommodités inhérentes à la période génitale.
Mais en supposant même que l’âge de retour puisse assurer de tels bienfaits, est-on sûr que les phénomènes cycliques qui se produisent normalement dans l’économie, à des époques déterminées de la vie, soient susceptibles d’être avancés ou reculés par l’ablation des ovaires ? L’atrophie et les autres modifications anatomiques que l’âge imprime aux tissus, ne sont pas, croyons-nous, sous la dépendance d’un organe quelconque.
Quoi qu'il en soit, l'espoir des partisans de la castration est de déterminer l'apparition prématurée de la ménopause. Celle-ci doit, en théorie, bouleverser la vie de la femme et amener comme par enchantement la cessation des maux dont elle est atteinte.
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Il n’est pas nécessaire d'ébaucher à cette place un chapitre sur la ménopause pour montrer combien est hypothétique ce changement si désiré, et en même temps si vaguement formulé qu’entrainerait l'âge de retour.
Laménopause n'avait-elle pas été toujoursregardée comme une période difficile à traverser et peu avantageuse pour la santé? L'âge critique n’amène-t-il pas des troubles nombreux dans l'organisme ? Que les désordres dus à la ménopause ne soient pas aussi fréquents, aussi graves que le professaient les anciens, c’est probable, c’est même certain ; mais ceux-là qui ont démontré l’exagération dans laquelle nos devanciers étaient tomhés n’en reconnaissent pas moins la réelle influence de l’âge critique sur l’économie. Les congestions céphaliques, pulmonaires et hépatiques se produisent. L'appareil gastrointestinal est assez souvent atteint. On a observé des hémorrhagies par différentes voies. La peau devient le siège d’eczéma, de prurit et d’intertrigo. Enfin le système nerveux est particulièrement atteint.
« Quelle n’est pas dans ces divers états (aménorrhée, âge critique), écrit Marcé, la variété des symptômes nerveux que chaque jour on peut observer, des douleurs lombaires, des névralgies, dela céphalalgie, puisun étatmoral bizarre ! Le caractère s’altère et devient irascible. Elles (les femmes) ont cette mobilité nerveuse qui ne leur permet pas de rester en place. »
Pinel considère la ménopause comme tenant un des premiers rangs dans la production de l’aliénation mentale.
Griesenger et Morel sont du même avis.
Luys écrit, dans son Traité pratique et clinique des maladies mentales : « La cessation de la période menstruelle donne le signal de l’explosion de certaines prédispositions morbides qui jusqu'à ce moment élaient demeurées latentes. »
Foville, dans l’article DériRE du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, déclare que: «la ménopause, au point de vue intellectuel non moins qu'au point de vue organique, constitue un véritable âge critique. » Enfin Ball dit nettement :
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« La ménopause est une des causes les plus importantes de la folie chez la femme. »
Et l’on écrit qu'il faut provoquer artificiellement la ménopause pour faire disparaître les troubles variés qu’une femme jeune encore éprouve parce que ses organes génitaux sont en activité! L’âge critique que crée le chirurgien doit modifier le caractère, arrêter les phénomènes nerveux et déterminer la guérison de la folie! La ménopause naturelle amène des désordres de ce genre et la ménopause artificielle aurait le pouvoir de débarrasser la femme des inconvénients et des troubles qu'entraine justement l’âge critique!
Sans vouloir assombrir le tableau de la ménopause, on est forcé de reconnaître qu'elle ne détermine pas des phénomènes qui soient favorables à la santé et au bien-être. La suppression des règles, envisagée d’une façon générale, n’est pas un bienfait.
Il y a donc lieu de conclure que les idées théoriques qui ont servi à appliquer la castration à la femme reposent, en réalité, sur des bases fragiles. Discutable est, en théorie, le rapport de l'ovulation à la menstruation, discutable est la subordination de tout le système génital à l’ovaire, très contestable est l'effet bienfaisant de la ménopause. Rien de fixe, rien de solide, rien de certain n’a présidé à l'application de la castration dans le domaine de la chirurgie humaine. Ce qui est incontestable, d’après la doctrine et d’après la pratique, c’est que l’ablation des ovaires a pour conséquence forcée la stérilité irrémédiable.
C'est aussi, au nom de la période expérimentale, que l’on a appliqué la castration à la femme. On a transporté dans le domaine de la chirurgie les pratiques qui étaient jusque-là confinées dans l’art vétérinaire.
Quels sont les résultats que donne l’ablation des ovaires de certaines femelles (truies, vaches, etc.) ?
Les vétérinaires savent par expérience que la castration amène la stérilité. Le rut qui coïncide avec la période de
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chaleur est supprimé, Les femelles châtrées deviennent plus douces, plus aptes à la domesticité, en même temps que leurs appétits sexuels disparaissent. À ces avantages il faut en ajouter d’autres qui ne sont pas à dédaigner : les femelles privées de leurs ovaires subissent un engraissement d'autant plus recherché qu'il coïncide avec une amélioration dans la qualité de leur chair. En outre, on constate l’augmentation de la sécrétion lactée.
Baillet (472), dans un article récent, fait des réserves sur les avantages de la castration pratiquée sur différentes femelles. L'opération n’est plus appliquée que très exceptionnellement à la jument. Chez la vache, le seul effet utile est la teudance à l’engraissement, mais ce bon résultat n’est pas suffisant pour compenser les pertes résultant de la stérilité de la bête. D'après le même auteur, on ne châtre plus ni les brebis ni les chèvres, mais en revanche l'opération a un plein succès quand elle est dirigée sur les ovaires des truies. « Après avoir été châtrée, elle (la truie) ne vit plus que pour manger, dormir et faire du lard. »
Donc, de tous les effets produits par l'opération sur les femelles, un seul était à désirer chez la femme : la suppression de l'écoulement menstruel. La stérilité et l'abolition des désirs vénériens ne pouvaient avoir que des inconvénients sérieux. L’engraissement et l’augmentation de la sécrétion lactée étaient de trop peu d'importance pour que l’on püût les faire entrer en ligne de compte dans les indications de la castration chez la femme.
Les règles devaient-elles disparaître pour toujours chez toutes les femmes châtrées? Oui, a-t-on répondu, en se basant sur la physiologie expérimentale.
Mais n'était-il pas imprudent de passer des données fournies par l'expérimentation sur les femeiles à ce qui se produirait chez la femme privée de ses glandes ovariennes? Mutatis mutandis. Dans la période de rut, l'écoulement menstruel coïncide avec la période de chaleur. Quand l'hémorrhagie a
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cessé, Les désirs sexuels disparaissent. En est-il de même chez la femme ? Évidemment non. Les conditions ne sont pas exactement les mêmes, au point de vuephysiologique. La castration de la femme pouvait donc ne pas donner des résultats parfaitement identiques àl’opération pratiquéesur la vache ou la truie.
Mais ceux qui ont appliqué la castration à la femme ont toujours déclaré que ce qui se produisait chez les animaux devait se produire fatalementchezla femme.Or,commelasuppression du rut étaittoujours la conséquence de l'opération, onadécrété que la femme privée d’ovaires n'aurait jamais plus ses règles. Seulement, par une inconséquence qu'il est bon de relever, ceux-là qui proclamaient l’infaillibilité de la méthode expérimentale n'ont pas tardé à affirmer que la femme châtrée conservait ses appétits vénériens. Comme l'abolition des désirs génitaux pouvait gèner l’essor de la castration, on a non seulement déclaré que le sens génésique ne subissait aucune diminution (111), mais aussiqu'il était augmenté d'intensité par l’ablation des ovaires (153, 121 et 417).
Voilà donc quel usage on fait de la méthode expérimentale. Quand elle donne des résultats confirmatifs, on les enregistre, sauf à nier ou à passer sous silence les faits qui génent la démonstration désirée.
A moins d'entrer dans la catégorie de ceux qui, suivant l'expression de Claude Bernard (360), expérimentent non pour chercher, mais pour prouver, on n’est pas en droit de dire, en se basant exclusivement sur la pratique des vétérinaires : La castration de la femme doit fatalement amener la ménopause. La seule déduction légitime que l'analogie permet est la suivante : Il est possible, probable même que l'ablation des ovaires de la femme sera suivie de la disparition de l’appétit sexuel et de la suppression définitive des règles.
La pratique seule de l'opération sur les annexes de l'utérus de la femme pouvait résoudre le problème expérimental. On verra plus loin quels sont les résultats obtenus par les chirur-
giens,
CH XPEÉDR EAN
Rien n’est plus facile, d'habitude, que de définir une opération. La nature et l'étendue des lésions, la localisation des altérations à un organe déterminé, le but à atteindre, sont des éléments qui, au besoin, permettent, de qualifier une intervention chirurgicale. Mais, comme l’a écrit Battey, la castration est une opération qui a quelque chose de spécial. Aussi les chirurgiens ont-ils été singulièrement embarrassés pour caractériser cet acte opératoire?
Quelles sont les lésions qui indiquent la nécessité de l'intervention? Quels sont les organes qu'il faut exclusivement enlever? Pour pratiquer une véritable castration, c’est-à-dire une opération efficace, doit-on faire l’ablation d’un ou des deux ovaires? N'est-1l pas nécessaire de sacrifier les trompes en même temps? Enfin quel est le but que poursuit le chirurgien en portant la main sur les annexes de l'utérus?
À toutes ces questions, il est impossible de donner une réponse définitive. Chaque fois qu'on a essayé de définir l'opération, on s’est appuyé sur des considérations qui toutes étaient attaquables. Aussi a-t-on tenté de la baptiser du nom des différents auteurs qui ont contribué à faire ranger la castration dans les opérations réglées de la chirurgie.
Battey, dont les opinions successives sont curieuses à enregistrer (240), avait commencé par appeler l'opération qu'il avait pratiquée « ovariotomie normale ». Ce nom n'eut aucun succès, Car, avait-on dit, les ovaires sont malades, du moins dans certains cas.
Le terme « oophorectomie » (200), introduit par Peasle, avait l'inconvénient de ne rappeler à l'esprit que l’ablation des ovaires et pas du tout le but que l'opération poursuivait. Le mot de castration fut prononcé, mais il sonnait désagréablement aux oreilles. Chez l’homme, la castration est une opération qui se pratique en désespoir de cause sur des testicules altérés. D'un autre côté, la castration de la femme, comme l’a dit Battey au Congrès de Londres (200), ne répond pas ordinairement à la castration des animaux.
Goodell (111), sans s'arrêter à des considérations sentimentales, proposa le terme de « spaying », mot populaire désignant la castration dans la race porcine. C'était risquer de discréditer d'emblée une opération de cette nature. De plus Lawson Tait(99) a protesté contre la qualification de spaying, parce que l’on désigne sous ce nom l’ablation des ovaires, avant l'apparition de leur activité fonctionnelle. Or la castration ne porte que sur des femmes en pleine vie génitale.
Tous les mots proposés ont donc été attaqués avec plus ou moins de raison, parce qu'aucun d'eux ne donnait une idée claire, nette et suffisante de l'opération.
La castration, dit Bouley (346), est une opération qui consiste soit dans la destruction complète des organes essentiels de la reproduction soit dans l'annulation des aptitudes fonctionnelles de ces organes. La castration des femelles consiste dans l’extirpation des ovaires. Spencer Wells (240) entend par castration toute mutilation qui cause la fin de la fécondité ou de la virilité de la victime.
Comprise dans un sens aussi large, l’ablation des ovaires méritait bien le nom de castration.
Mais on a voulu serrer de plus près cette définition.
Les uns n'ont désigné sous le nom de castration que l'ablation des ovaires sans. Schrœder (604) est de ce nombre”.
Martin précise davantage : La castration, c'est l'extirpation des ovaires sains, dans le but de supprimer l'ovulation et la menstruation. Si l'ovaire enlevé est malade, l'opération n’est qu'une ovariotomie. Pour d'autres, c’est l’ablation des ovaires malades, pourvu que les lésions ne soient appréciables qu'au microscope. Pour Prochownick (1) (604), c’est l’ablation des ovaires, dans le but de provoquer la ménopause anticipée, peu importe d'ailleurs que les ovaires soient sains ou malades.
En 1885, à la Société obstétricale et gynécologique, Lobhlein et Martin déclarent (144) partager la mème opinion. On ne doit réserver le nom de castration qu'aux opérations ayant pour but de supprimer l'ovulation et la menstruation, en enlevant les ovaires malades où sains. Telle est aussi une des définitions données par Battey.
Mais pour Hegar (604), la castration ne doit pas être comprise ainsi. Le but à atteindre ne doit pas entrer en ligne & compte. La castration est l'enlèvement des organes sans ou malades, quel que soit d'ailleurs le but, pourvu que ces organes n'aient pas atteint un gros volume, auquel cas la castration devient une ovariotomie.
On voit donc que l’accord n'existe pas sur la définition de l'opération. Le résultat qu’on espérait obtenir, tel a été pour certains chirurgiens le critérium qui devait servir à caractériser la castralion.
Battey, après avoir déclaré que la castration consistait dans l’ablation des ovaires normaux, ne put résister au déchainement que son opération avait soulevée. On l’accusa d'enlever des organes normaux! Il fit une concession à l’opinion publique, en usant d’un subterfuge. Tantôt, dit-il, les ovaires enlevés sont normaux, tantôt ils sont pathologiques. Que ces organes soient sains ou malades, peu importe; la castra-
1. Traité clinique des maladies des femmes, trad. franc., 1889, p. 627.
tion doit être définie par le but que poursuit l'opérateur, c’est-à-dire l'établissement d’une ménopause anticipée. Mais Battey se trouva bientôt acculé à d’autres difficultés “ qu'il n'avait pas prévues.
CE 2 L'état des ovaires ne l’inquiétait pas. Le sacrifice de deux E organes même normaux ne Jui coûtait pas trop; la castration ne pouvait se comprendre que par l'importance du résultat cherché. Du moment où la suppression des règles était obtenue, la justification de l'intervention était suffisante. * Battey ne tarda pas à constater que la ménopause n’était pas | la conséquence forcée de la castration. Dès lors, comment pouvait-on pratiquer Pablation de deux organes sains ? D'une facon très simple. L'objectif poursuivi n’étant pas atteint, on en chercha un autre plus commode et plus accessible.
Le chirurgien de Rome (Georgie), changeant encore une fois d'opinion, écrivit (236) que la castration consistait à enlever les ovaires, qu'ils fussent sains ou malades, mais dans le but de réaliser « le changement artificiel de vie ».
Le changement artificiel de vie, telle est la modification
qu'il faut imprimer à l'organisme féminin. Pour y parvenir, on supprime les ovaires et tous les maux disparaissent ! Mais qu'entend-on par cette expression « changement de vie » ? Est-ce la ménopause? Mais non, répond Battey (236). Les termes de changement de vie et de ménopause, commeil les comprend, ne sont pas synonymes. On peut avoir l’un sans l'autre. C’est ainsi qu’on signale parfois la guérison de certaines femmes châtrées, alors même que les règles n’ont pas disparu. Aussi, répondant à Polk, Battey insiste sur le peu d'importance qu'il faut altacher à l’état des ovaires, quand on pratique la castration. Ce qu'il cherche, en enlevant les ovaires, c’est la cessation de l'ovulation, c’est le changement artificiel de vie. Ce qui justifie l'intervention, ce n’est pas tant l’altération des ovaires que la nécessité urgente de faire quelque chose, quand tous les moyens usités ont été inutilement
essayés.
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Ainsi donc Battey opère pour arrêter les fonctions de l'ovulation. L'ovulation supprimée, c’est la ménopause probable, c'est la stérilité à coup sûr. Mais il est impossible de savoir en quoi consiste le changement de vie, conséquence mystérieuse de l'arrêt de l'ovulation. La nécessité urgente de faire quelque chose w’entraine-t-elle pas quelquefois les chirurgiens au delà des limites permises ?
En résumé, la castration consiste :
1° Pour les uns, dans l’ablation des ovaires normaux;
2° Pour les autres, dans l’ablation des ovaires pathologiques, pourvu que les lésions ne soient appréciables qu'au microscope ;
3° Pour quelques-uns, dans l’ablation des ovaires sains ou pathologiques, mais dans le but d’amener une ménopause anlicipée ;
4° Pour Hegar, dans l’ablation des ovaires sains ou malades, quel que soit d’ailleurs le but, pourvu que ces organes n'aient pas atteint un gros volume;
5° Enfin, dans la suppression des ovaires, pour produire quelque chose de plus vague : le changement de vie.
Si donc la castration ne produit aueun résultat appréciable, on peut toujours avancer qu'elle a déterminé ou qu’elle déterminera le changement de vie.
On avait pensé tourner la difficulté d’une définition, en donnant à l'intervention chirurgicale dont il s’agit les noms d'opération de Battey, d'opération de Hegar et d'opération de Tait. Mais la confusion n'a pas tardé à se produire.
L. Tait, pour mettre fin à toute erreur d'interprétation, déclare que l’ablation des ovaires sains, c'est l'opération de Battey (180). On devrait donner le nom d'opération de Hegar à l’extirpation des ovaires dans les cas de myôme utérin. Tait, après avoir fait le procès de Battey, met une certaine insistance à déclarer qu'il n’enlève que des annexes malades. Il désire qu'on désigne l'ablation des annexes altérées sous le nom d'opération de Fait.
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Le chirurgien de Birmingham triomphe trop facilement et est sans pitié pour Battey qui a eu la naïveté d'écrire qu'on enlevait les ovaires, sans se préoccuper de l’état anatomique de ces organes. Rien n’est cependant plus exact. Dans la plupart des cas, les opérateurs font la castration sans avoir aucun renseignement certain sur les ovaires. Mais n'est-il pas plus simple de déclarer — comme Battey l’a fait, mais un peu tard — que les ovaires enlevés sont toujours altérés ? Grâce à cette affirmation gratuite, une grosse objection est immédiatement supprimée.
Mais, malgré les efforts de Lawson Tait pour différencier son opéralon de celle de son rival, certains chirurgiens persistent à les mettre l’une à côté de l’autre et si près qu'on peut les confondre. Cartens (417) dit en effet : « Dans l'opération de Battey, on enlève l'ovaire malade ou non et accessoirement on excise la trompe; dans l'opération de Tail, on enlève la {trompe malade ou non et accessoirement l'ovaire. » Mundé (142) a essayé de porter quelques éclaircissements dans toute celle nomenclature. L'opération de Battey, dit-il, c'est l’ovariotomie normale, dans le but de produire la ménopause. On doit comprendre sous le nom d'opération de Iegar, de spaying, d'oophorectomie, l’ablation des ovaires malades quand les lésions ne sont appréciables qu’au microscope. L'opération de Trenholme est l’ablation des trompes et des ovaires normaux pour arrêter l’évolution des tumeurs fibreuses. L'opération de Tait ou salpingotomie ou salpingo-oophorectomie est l’ablation des trompes et des ovaires malades, mais quand l'acte chirurgical a été surtout entrepris pour combattre l'affection tubaire.
Toutes ces distinctions disparaissent devant ce seul fait que très fréquemment on a opéré sans savoir si c'était l'ovaire ou la trompe qui était altéré. Avant l'opération, il était souvent impossible d'affirmer dans quel état se trouvaient les annexes de l'utérus. Au cours de la laparotomie, le chirurgien tombait parfois sur des ovaires qu'il eroyait normaux, quand ils étaient
altérés et vice versa. Comme on le verra, l’histologie des annexes est peu connue et rien n’est plus facile que de déclarer pathologique ce qui est parfaitement sain. Quelques opérateurs n'ont même pas besoin d’avoir recours au microscope pour affirmer, sans autre forme de procès, que dans tous les cas l'ovaire est malade.
Ces fluctuations et ces contradictions ne prouvent-elles pas que tout est confus dans l’histoire de cette opération. Les idées qui ont présidé à sa conceplion sont vagues, les indications livrées au hasard n’ont aucune précision et si l’on est d'accord pour enlever quelque chose, on n’est pas fixé sur l'étendue des sacrifices qu'il faut exiger.
Que l'ovaire soit enlevé accessoirement ou qu’au contraire ce soit la victime de choix et la trompe immolée par surcroît, cela a-t-il une grande importance”? L’extirpation des ovaires ou des trompes aboutit au même résultat, à la stérilité.
Car il est un point sur lequel presque tous les opérateurs s'entendent, c'est sur la nécessité d'enlever complètement les deux ovaires pour produire la ménopause ou mieux le changement de vie. Cependant on a trouvé une exception à cette règle. L’ablation d’un seul ovaire réussit, dit Estrada (2), à la condition que l’autre soit sclérosé.
Mais ne serait-il pas plus que bizarre d'ouvrir le ventre pour faire la castration, de n’enlever qu'un seul ovaire, celui qui est normal et de laisser à sa place celui qui est altéré, sous prétexte qu'il est déjà supprimé, au point de vue physiologique. Un tel raisonnement cache une défaite. En réalité, il arrive parfois que le chirurgien, ne pouvant venir à bout d’un ovaire, se console de son insuccès, en disant que l'organe laissé en place est altéré, sclérosé, désorganisé et qu'il n’empêchera pas la ménopause de s'établir, ce qui d’ailleurs est une pure hypothèse.
Comme nous le disions plus haut, il y a presque unanimité pour proclamer la nécessité de la bilatéralité de la castration.
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Mays Robson, dans un cas, regrette de n'avoir enlevé qu’un ovaire. L. Tait (417 et 94) pense qu'il faut que l’opération porte sur les annexes des deux côtés, même si l'altération ne siège qu'à droite ou à gauche.
Vallin rapporte, dans sa Thèse, des observations de Menzel et de Tauffer qui démontrent l’inefficacité de l'ablation d’un seul ovaire. Il suffit de parcourir la littérature médicale pour trouver cent exemples probants du même genre (Thèse Tissier et Thèse Estrada, etc.).