QUATRIEME SECTION
OBSERVATIONS d'éPILEPSIES A DÉBUTS VISCÉBAUX.
Neuvième Observation.
Jeune fille de dix-huit ails, sans profession, nulle cause héréditaire connue* Plusieurs courts accès convulsifs dans
88 DÉBUTS VISCÉRAUX.
la première semaine de sa vie. A l'âge de huit à dix mois, retour des convulsions à plusieurs reprises. Récidive à vingt mois par un paroxysme de quinze heures. Retour à trente mois. Dès ce moment, se sont manifestés des attaques et de très-légers accès, les uns et les autres évidemment de nature comitiale ; ils n'ont pas cessé de se montrer <fès lors. Les accès légers ou spasmes se produisent journellement, et reviennent plusieurs fois dans la journée; la plus long intervalle observé a été de quelques semaines. Les attaques reviennent le plus souvent par paroxysmes, et alors les spasmes sont plus fréquents; le nombre mensuel des accès complets est de 10 à 15, le plus long intervalle a été de deux mois. Les accidents des deux ordres n^arrivant presque jamais que de jour, ils ne se montrent guère au lit que dans la soirée, quand la patiente s'est couchée après une atteinte.
L'attaque commence par une douleur plus ou moins forte à répigastre ; quand elle est vive^ elle s'accompagne d'une dyspnée intense ; l'obstacle à la respiration semble à la patiente siéger au bas du sternum. Il y a en même temps un sentiment pénible de frayeur dont elle ne sait pas dire le sujet; la jeune personne lutte pour éviter l'accès, elle fait dans ce but de violents efforts de respiration ; puis elle pousse cinq à ^ix grands cris, très-aigus, très-perçants, effrayants, nullement gutturaux, paraissant exprimer soit la frayeur, soit une douleur vive et subite. La suffocation arrive, et la malade perd connaissance. Alors la tête se renverse un peu en arrière ou se tourne momentanément d'un côté; les poings fortement serrés sont appliqués sur l'épigastre ou la poitrine ; les jambes sont étendues et écartées; les lèvres çt les joues deviennent violettes ou bleues pendant les fortes
attaques. Des mouvements convulsirs se bornent à la face et souvent au bras gauche.ll y a émission de salive non mous* seuse, etc. Dans la période de retour, il se produit parfois des vomissements. Après le rétablissement des sens, la patiente se rappelle très-nettement tous les détails du commencement de l'attaque.
A la suite des forts paroxysmes, la langue se charge, Thaleine devient mauvaise, tous les symptômes d'un embarras gastrique quelquefois fébrile se manifestent et peuvent durer quelques jours.
Dans les intervalles des séries la santé générale est parfaite.
Nous avons parlé de très-légers accès, bien plus fréquents que des attaques. Ce sont exactement (nous dit la malade, sans que nous Fy provoquions), des commencements d'attaques qui n'arrivent pas. Elle les appelle ses spasmes et les distingue, suivant l'intensité de la douleur gastrique et de la dyspnée, en bruissements (ce sont les cas légers) et en agacements, ce sont les plus forts. Elle ne sait pas bien caractériser la douleur gastrique ; à la dyspnée il se joint quelquefois des palpitations et toujours de la frayeur. Après une ou deux minutes, le malaise (borné au symptôme ci-dessus) se dissipe entièrement.
U s'est montré récemment, au milieu d*un paroxysme d'attaques et de spasmes, des accès d'un degré intermédiaire : violente douleur à Testomac, dyspnée, crises prolongées, flexion des mains sur la poitrine, perte de connaissance ; yeux ouverts et fixes; la malade est restée debout, il n'y a pas eu de mouvements cloniques. Après quelques secondes, relâchement des bras et des mains, retour de l'ex-
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pression des yeux ; puis la patiente s'est mise à parler avec l'air riant et une grande volubilité^ mais sans suite ni sens. Cette sorte de délire s'est montré plusieurs fois à la suite de séries d'attaques, et même à un léger degré, après des attaques isoléeî^^ quand, par quelque circonstance accidentelle, la jeune personne ne pouvait pas dormir immédiatement après.
Elle a eu une fois un état vertigineux dans lequel, pâle et les yeux hagards, elle marchait, montait les escaliers et parlait sans savoir ce qu'elle disait ; elle fut ainsi déshabillée, mise au lit ; elle ne se rappela plus, après un sommeil de deux heures, ce qui lui était arrivé.
En général, la maladç, à l'apparition d'un spasme, s'aperçoit bientôt s'il aboutira ou non ;. dans le premier cas, la marche des symptômes est beaucoup plus rapide, et ils sont plus intenses.
La mère assure que l'alimentation a une grande influence sur le retour du paroxysme, elle redoute pour la patiente les fruits, les légumes, et tous les aliments qui ne sont pas d'une digestion facile. Elle a remarqué que le relâchement des selles pronostique toujours des attaques ; la fatigue intellectuelle est aussi une cause d'accidents.
Gomme moyen abortif immédiat, la jeune fille fait de grands efforts de respiration. La mère presse vivement de ses mains les régions épigastrique et précordiale. Dans le paroxysme, elle applique sur l'estomac un cataplasme de lin. Nous avons conseillé des perles d'éther que la malade porte habituellement sur elle ; elle croit leur avoir dû plusieurs fois l'avortement des attaques.
Dixième Observation.
Madame ^.^, âgée de vingt-huit anis, femrne d*ua médecin, tante paternelle épileptique, aucune autre cause connue. Début à vingt-deux ans, quelques mois avant son mariage, par une attaque, nous a dit le mari ; mais nous ne nous sommes pas «nquis spécialement s'il n'y avait pas ^u auparavant de simples spasmes.
Quatre ans et demi ont séparé la première attaque de la seconde ; puis les intervalles ont été de six, quatre et deux mois. Depuis longtemps elles reviennent isolément tous les quinze à vingt jours environ; si l'espace est plus long, il y a deux attaques rapprochées ; ce qui en donne toujours, en moyenne, près de deux par mois. Elles ont lieu presque constamment*de jour vers dix heures du matin.
Les attaques offrent toujours un prélude dont la durée permet à la malade, quand elle est chez elle, de gagner sa chambre à coucher. Elle éprouve pendant quelques minutes, cinq ou plus, avant de perdre connaissance, les symptômes suivants : d'abord une sorte de coup à Tépigastre, suivi de tension, de constriction de Testomac; elle est effrayée et appelle ; le cœur bat avec force et précipitation ; elle fuit alors dans sa chambre pour échapper aux regards ; ses idées commencent à se troubler, ses paroles sont incohérentes ; elle s'assied. La pupille est déjà dilatée et fixe, la vue se perd, ensuite l'ouie; la connaissance disparait avec le début des convulsions toniques. La tète tourne à droite, la bouche est tirée du même côté, les yeux dirigés en haut. La patiente pousse lin ciri et tombe. Les mâchoires se serrent, sa tète se
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renverse en sirrière ; la convulsion se généralise avec opistbotonos ; les pouces sont plies dans les mains fermées. La période tétanique dure de quinze à vingt secondes. Les secousses qui surviennent sont générales, mais plus vives aux jambes qu'ailleurs. La respiration a été d'abord suspendue, plus tard elle est lente. La face, vers la fm de Tattaque, est turgescente et violette; la salive émise est parfois liquide, l'écume çst peu abondante, la langue n'est que très-rarement et légèrement mordue. 11 n'y a jamais d'évacuations involontaires. La période clonique dure uue à deux minutes, le coma trois à dix minutes ; il y a, dans cette dernière période, relâchement musculaire^ respiration rare, profonde, sterloreuse ; le pouls qui était fréquent se ralentit graduellen)ent et offre de la plénitude. Au retour des sens, il y a quelquefois un peu de toux. La malade sort de l'état comateux en regardant tout ce qui l'entoure d'un air étonné, hébété; elle cherche à interroger les assistants, mais ne peut être comprise, car elle articule à peine et dit un mot pour un autre. L'œil est brillant, les pupilles sont encore dilatées. 11 survient de l'agitation, du babil, puis madame ^** reconnaît les personnes présentes. Le retour des sens et de l'intelligence est complet vingt-cinq à trente minutes après la fin de l'attaque proprement dite. Alors il y a quelquefois une crise de pleurs et toujours de la gastralgie, du froid des extrémités, rarement des frissons et enfin une céphalalgie intense qui a pu se prolonger pendant vingt-quatre heures et même davantage. Les membres sont brisés, et parfois les paupières offrent, pendant quelques jours, un piqueté ecchy** motique.
Outre ses attaques, madame ^^^est sujette à des spasmes
OU demi-vapeurs dont le retour est fort irrégulier ; pendant que nous lui avons donné nos conseils, il lui est arrivé d'en être atteinte presque tous les jours pendant 1 mois, puis de ne pas les voir reparaître pendant 3 à 4 semaines. Ces accès fort incomplets sont semblables au début des attaques, même sensation épigastrique, même émotion, mêmes palpitations suivies de quelques troubles des sens et de Tintelligence, mais sans perte absolue du sentiment. Souvent, après ses attaques, la patiente appelle : maman! maman! (quoiqu'elle ait perdu sa mère depuis 15 ans); elle prononce des paroles incohérentes, et cependant, après la cessation du vertige, elle se rappelle, dit-elle, tout ce qui s'est passé. Les vertiges sont ordinairement fort courts ; toutefois, au dire de la malade, elle en aurait eu d'une durée de 10 niinutes, son mari étant absent.
Madame *** n'a jamais eu d'autres manifestations épileptiques.
Les attaques sont arrivées assez souvent après les époques menstruelles. Une violente fatigue musculaire les a quelquefois provoquées. Les spasmes reviennent parfois sous l'influence de l'émotion la plus insignifiante.
On n'a jamais tenté, que nous sachions, de moyens abortifs des attaques.
Onzième Observation.
Jeune personne de 18 ans; deux cousines germaines du côté paternel, aliénées, aucune autre cause connue. Début par un spasme gastrique à li ans et demi. D abord au nom* bre de 2 à 3 par mois isolés, ces spasmes sont revenus de plus en plus fréquemment et par séries.
94 DÉBUTS VISCÉRAUX.
Le premier, paroxysme d'attaques est survenu à l'âg'e de 13 ans et demi; la malade est restée 7 heures sans connaissance ; les suivants ont paru à 3 où 4 mois d'intervalle^ ils reviennent maintenant tous les mois. Chaque paroxysme se compose de 2 à 11 attaques pu accès en i jour, les spasmes sont plus fréquents à cette époque. Les attaques se montrent surtout la nuit.
L'attaque débute par une sensation douloureuse à Testomac, qui remonte de la poitrine au cou ; celui-ci se resserre et la face rougit. Le spasme arrête la déglutition et provoque un sentiment de strangulation et de suffocation; la tête tourne à droite, le bras droit s'allonge, la main étant en pronation forcée ; la convulsion se généralise et la malade perd connaissance;, à la période tétanique succède rapidement la période clonique. La face, rouge d'abord, est devenue violette, le cou est tuméfié. Il y a le plus souvent morsure de la langue, rarement des urines involontaires, toujours une salive mousseuse s'échappe des lèvres ; du râle muqueux est entendu à distance. Enfin, il y ^ affaissement et coma, quelquefois stertoreux ; fréquemment, à la suite, on observe autour des yeux du piqueté ecchymotique.
L'accès est souvent incomplet ; alors, le début est le même et la marche identique jusqu'à la contraction du bras droit, il faut soutenir la patiente dont les membres droits n'obéissent plus à sa volonté. Elle décrit très-bien la crampe du bras et imite le mouvement de pronation exagérée. Elle conserve toute sa connaissance, et ses sens ne sont pas troublés, cependant une salive liquide plus ou moins abondante s'échappe de ses lèvres.
L'accès peut s'arrêter à la rotation de la tète, et le bras
n'être pas allcint, il y a des cas où se montrent quelques mouvements convulsifs des yeux.
Enfin la manifestation épileptique peut se borner au spasme; sensation douloureuse de l'estomac, montant au cou, obstacle à la déglutition qui provoque des efforts bruyants pour avaler la salive, mais aucune convulsion extérieure^ de telle sorte que les assistants ne s*en aperçoivent pas, elle marche et dit parfois : que je suis malheureuse/ Le spasme peut aller cependant jusqu'à une sorte de strangulation, avec forte congestion à la face et émission salivaire, la connaissance restant toujours intacte.
En dehors des accidents que nous venons de décrire, il n'y a jamais eu d^autre manifestation épileptique.
Le seul moyen abortif qu'on ait tenté, jusqu'au moment de recourir à nos conseils, a été une forte pression que la mère exerçait des deux mains sur l'estomac et la région précordiale ; l'Instinct seul avait dicté ce moyen ; comme il ne réussissait pas toujours, il est impossible de savoir si les accès bornés au spasme avortaient ou naturellement ou par l'effet de la médication indiquée. Le même jugement doit être porté sur l'emploidesperlesd'éther que nous conseillâmes dans le même but.
Boazième Observation.
Jeune fille de neuf. ans, aucune cause connue : 1 accès de convulsions éclamptiques à l'âge de 8 mois, début à 4 ans par de légers préludes ou spasmes intestinaux graduellement convertis en attaques toniques ; dès l'âge de 8 ans seulement, il y a eu, et encore rarement, des attaques clooiques. Maintenant il y a en moyenne 2 attaques par jour ; les préludes
06 DÉBUTS VISCÉRAUX.
sont moins fréquents. Les accès de divers degrés arrivent beaucoup plus souvent de jour que de nuit.
Les attaques complètes commencent ainsi : la patiente dit : J'ai mal au ventre^ et croise ses avant-bras sur cette région ; la face rougit, bientôt la connaissance se perd, les yeux se renversent en haut, ou tournent de côté, ordinairement à gauche ; les traits de la figure sont entraînés du même côté; les deux bras se roidissent, les poignets étant fortement appliqués contre la poitrine. Le corps s'infléchit en avant et les jambes se contractent; la malade tomberait si on ne la retenait pas; la face rougit plus fortement, les convulsions cloniqnes arrivent et Técume se montre sur les lèvres. Quand Taltaque n'est pas intense, à peine les convulsions ont-elles cessé (elles durent une minute environ), que l'en* faut parle, mais en divaguant comme dans un rêve ; après une nouvelle minute, l'intelligence est revenue et la patiente reprend sa marche, son jeu ou son repas. Le début abdominal se prolonge quelquefois et l'enfant souffre beaucoup; elle dit : Ah ! que cela me fait mal! Il lui est arrivé de traverser deux chambres contiguës depuisFinvasiondeladouleur jusqu'à la perte de la connaissance : plus le prélude est long, plus l'attaque est courte; quand elle est forte, elle est suivie d'un sommeil qui dure un quart d'heure à 2 heures, ou bien le délire se prolonge plus longtemps qu'à l'ordinaire.
Les attaques toniques ne diffèrent des cloniques t[ue par l'absence de tremblement ou de secousses, et par le fait que la salive n'est pas mousseuse, quoique parfois très-abondante.
Les accès incomplets offrent des nuances assez nombreux ses ; nous en donnerons quelques descriptions en commençant par les plus forts.
Dans le degré le plus intense» après le début ordinaire, les traits de la face se contractent, les avant-bras toniquement convulsés sont appliqués sur le ventre ou Tépigastre ; les doigts seuls s'agitent comme si Fenfaqt grattait sa cein* ture ou pinçait de la guitare.
Il n'y a ni chute, ni secousses doniques, ni salivation, mais après l'accès l'enfant parle d'une manière incohérente.
L'accès peut se borner au vertige épileptique : spasme ordinaire du ventre, fixité du regard ; après quelques instants d'immobilité; la patiente dit qu'elle a éprouvé quelque chose dans la tête, que tout lui semblait drôle, que ses cheveux lui paraissaient extraordinaires, que la tète lui tournait, qu'elle avait une peau devant les yeux.
Enfin tout peut se réduire au spasme initial ; la petite s'écrie : Ah/ f ai mon petit mal au ventre ce n'est rien,
c'est passé I la figure ne change pas, il n'y a aucun symptôme convulsif extérieur. Cela ne dure guère plus que le temps nécessaire pour prononcer la première des deux phrases
citées.
Nous devons ajouter toutefois, pour compléter le tableau des accidents nerveux auxquels Tenfant est sujette, qu'il survient plusieurs fois par année des états convulsifs qui se prolongent pendant 1 à 3 heures avec des rémissions, mais sans intermittence, et qui ressemblent exactement aux accès éclamptiques des enfants. Cette assimilation nous dispense de les décrire.
Le début des attaques ou des vertiges n'a jamais varié, et, à part quelques nuances intermédiaires, il n'y a jamais eu d'autres manirestations épileptiques que celles que nous venons de décrire.
Hbbpin. — AccèSé T
^ DÉBUTS VISCÉRAUX.
Les causes excitantes des crises ont été surtout : le service divin à Téglise, les bains tièdes, les repas.
On n'a jamais tenté de moyens abortifs des attaques, on à vu Tenfant instinctivement presser son ventre de ses mains et de ses avant-bras, en fléchissant le corps en avant.
A la suite d'un traitement par le lactate de zinc, la jeune malade est restée quinze mois sans avoir d'attaque (au début de ce traitement elle en avait eu en moyenne deux par jour) ; mais les vertiges et spasmes n'ont cessé que pendant six semaines. Les spasmes ont reparu après ce temps, se sont gra-* duellement aggravés, puis convertis en accès incomplets, et enfin en attaques, du moins par intervalles.
Treizième Observation.
Madame ***, âgée de quarante-deux ans, femme d'un médecin; aïeule atteinte d^épilepsie après cinquante ans. Mariée à vingt-deux ans, elle n*a jamais eu d'enfant; début à vingt-six ans, par 2 attaques le même jour sans cause occasionnelle connue. Les attaques suivantes, séparées d'abord par des intervalles de quatre et trois ans, se sont graduellement rapprochées. Depuis trois ou quatre années il y en a eu trois ou quatre par an. Elles surviennent presque toujours au milieu de la journée. Il y a, en outre, une ou deux fois par mois, des états nerveux identiques aux préludes des attaques, mais n'aboutissant pas.
Voici d'après le mari la description des attaques. Pendant plusieurs heures on observe d'abord les symptômes suivants : coliques rectales suivies d'un peu de diarrhée, ténesme violent et ardeur vers le col de la vessie, envies fré-
quentes d'uriner, tranchées utérines, douleurs aux aines et aux lombes, dureté et sensibilité des seins. En outre apathie dans les idées, les paroles, les actions, puis pandiculations, constriction à Tépigastre , dyspnée , efforts de respiration , surexcitation de Touïe. Pour faire croire qu'elle n'est pas trop malade, la patiente répète ce qu'elle entend, même les bruits de la basse«cour. Enfin la connaissance se perd graduellement, elle ne répond plus qu'à des questions répétées et par monosyllabes ou par signes. La face est pâle à cette époque; si la malade peut s*endormir d'un sommeil calme, l'attaque avorte, sinon madame^^* est prise d'une sorte de coma vigil avec délire, pendant lequel les paupières, aupara^ vant fermées, laissent voir les globes oculaires agités convulsivement , surtout à l'approche d'une lumière un peu vive« L'attaque survient, rotation de la tête à gauche, yeux fixes ^ distorsion à gauche de la bouche qui s'ouvre, deux ou trois cris, arrêt de la respiration, contracture générale, le bras droit relevé, le poignet serré sur le pouce, couleur violacée delà face, convulsions cloniques de la figure et des mem< bres, émission de salive qui est lancée à une petite distance, râle guttural, puis coUapsus et respiration fortement stertoreuse. Plusieurs fois la langue a été mordue, il y a toujours des urines involontaires. Les convulsions durent de 2 1/2 à 3 minutes. Quand la malade reprend ses sens qui ont été complètement abolis, elle est d'abord dans la stupeur, bien* tôt elle demande ce qui s'est passé ; quand elle comprend son état, elle pleure, embrasse son mari avec effusion et se livre au désespoir. Pendant le reste du jour la malade souffre de céphalalgie occipitale^ de brisement des membres, quelque* fois de gastralgie.
100 DEBUTS VISCÉRAUX.
Quant aux préludes ou états nerveux non suivis d^attaques, ce sont les mêmes symptômes que ceux qu'on observe avant celles-ci, mais ils «sont plus légers : diarrhée, douleurs aux sphincters, urines fréquentes, pesanteur aux aines, aux lom« beSy à la région utérine, clignement des paupières, suffocation, etc. La nuit il s'y joint des rêves lascifs^ des secousses dans les jambes et les fesses, et au réveil un peu de nymphomanie, tandis que à l'ordinaire cette dame est peu portée aux rapports sexuels.
Jamais les attaques n'ont eu d'autres préludes, et il n'y a jamais eu dans leurs intervalles d'autres manifestations nerveuses que celles que nous venons de décrire.
Les attaques reviennent souvent dans la semaine qui précède les menstrues. Les causes morales les provoquent quel* quefois. Dans plusieurs cas elles ont commencé sur le vase de nuit.
A l'époque où pour la première fois nous fûmes appelé adonner des conseils à madame^^^ et pendant les quatre années suivantes, nuls symptômes indiquant un état morbide des organes intrapelviens ne se montrent dans l'intervalle des états nerveux ou des attaques. Les époques peu abondantes et peu colorées avançaient parfois de quelques jours. Mais, au commencement de la cinquième année, de la pesanteur utérine habituelle, des coliques hypogastriques, des envies fréquentes d'uriner, des tiraillements aux aines, des douleurs lombaires indiquant une affection permanente de l'utérus, engagèrent à appliquer le spéculum ; on reconnut que le col était légèrement tuméfié et présentait une ulcération superficielle saignante. On pratiqua deux cautérisations au fer rouge et un grand nombre au nitrate d'argent. Les confrères
du mari (qui habite la province) ne doutaient pas que le mal local ne fût la cause de la névrose^ et qu'elle ne cédftt avec Taffection du col. Yain espoir, le col reprit son aspect normal, les symptômes que nous venons d*indiqu^ disparurent, mais la maladie comitiale, qui ne s'était point aggravée pendant cette affection intercurrente, ne s'améliora pas quand elle eut cessé, l0s attaques et états nerveux continue^ rent à suivre le même cours qu'auparavant.
Quatorzième Observation.
Etudiant en médecine, âgé de vingt*cinq ans, aucune cause prédisposante connue héréditaire ou autre. Preniière attaque survenue dix minutes après un bain dans le Rhône à Lyon, bain de quatre heures, et pendant lequel le jeune homme avait sauté dix-sept fois du haut du pont dans le fleuve, c'était en juillet. Une autre attaque est encore arrivée en sortant d'un bain froid, une en courant après un lièvre, une en dansant dans un bal.
La maladie a débuté à vingt et un ans, par une attaque, à ce que nous a dit le patient; toutefois nous ne nous sommes pasenquis suffisamment s'il n'y avait pas eu antérieurement des vertiges. Les attaques se sont montrées d'abord à deux, six, quatre, trois mois d'intervalle, elles sont devenues ensuite graduellement plus fréquentes. Depuis deux ans, elles reviennent deux à quatre fois par mois, les vertiges sont moins rapprochés.
Les attaques, qui dans les premières années survenaient surtout de jour, ont lieu maintenant presque exclusivement de nuit.
102 DÉBUTS VISCÉRAUX.
Le premier symptôme de ces crises est un spasme des organes respiratoires accompagné d'un choc ou bien d'un sentiment de chaleur ou de pression à l'épigastre. Un moment après, survient une constriclion du cou, la respiration se précipite, la langue s'embarrasse, l'esprit du patient est assiégé par le besoin d'exprimer un fait^ simultanément, dans toutes les langues qu'il a étudiées. Cette impulsion délirante le fait bredouiller un instant et il perd connaissance... Yoilà ce qu'il nous raconte lui-même. Un de ses camarades, témoin oculaire de plusieurs attaques de jour ou de nuit, complète ainsi la description. Après une minute environ d'efforts respiratoires et de bredouillement : ba^ ba, bo, bo^ la figure s'altère, la bouche s'allonge, les yeux deviennent fixes, le malade pousse une sorte de hurlement et tombe. Tout le corps est en proie à une grande rigidité ; le teint devient violacé, le cou se tuméfie, les veines de cette région sont fortement dilatées, il survient des secousses et une salive mousseuse s'échappe des lèvres. Le collapsus n'est pas suivi de coma, le patient reprend incomplètement ses sens, mais ne parle pas, il pâlit et s'endort quelques minutes après les convulsions. Ce sommeil ne dure guère qu'un qua4 d*heure dans les crises diurnes. La langue est toujours plus ou moins fortement mordue dans les attaques nocturnes, et constamment à droite ; elle ne l'est jamais de jour.
Les premières attaques étaient beaucoup plus intenses ; elles ont diminué de force et de durée en augmentant de fréquence, l'état convulsif était plus prolongé, les signes d'asphyxie étaient effrayants, et il en résultait un piqueté ecchymotique qui s'étendait, dit le malade, à presque toute la peau, ainsi que des ecchymoses de la conjonctive et même
de la cornée. Il y avail coma prolongé» la céphalalgie sur* tout bi- temporale était atroce à la reprise des sens, la fatigue musculaire extrême et le patient était deux et même trois jours à se remettre.
Le piqueté est maintenant assez exceptionnel, le mal de tête et la courbature sont beaucoup moindres, le rétablisse* ment est beaucoup plus prompt.
A la suite d'un traitement par le sélin des marais, les attaques s'étant éloignées jusqu'à né revenir qu'à 30, 35, 50 et même 73 jours d'intervalle, les vertiges devinrent trèsfréquents^ et il s'en manifesta de divers degrés. Nous allons en décrire les deux principales variétés en commençant par la plus légère*
Le spasme ou vertige léger commence comme l'attaque par un spasme du larynx ou plutôt, dit le patient^ des voies respiratoires. 11 peut marcher, il comprend et répond^ mais il est préoccupé, il se passe en lui des choses inconnues ; il en est effrayé, il lui semble qu'il est perdu, qu'on l'empoi-* sonne^ mais ces idées sont très-fugitives. Quelques instants après, sa respiration se précipite, il craint de ne pas parler intelligiblement et a assez de force de volonté pour s'en abstenir. Il a une fois^ pendant le spasme, regardé sa langue dans la glacci elle ne change pas de couleur, elle ne se tuméfie pas, il n'y a pas de signes d'asphyxie. Une autre fois, à table^ il a essayé de boire et de manger, la boisson a passé .assez bi.en, mais le bol alimentaire très-difficilement. 11 peut quelquefois alors, en se bornant à des mots courts, parler sans bredouiller. Le spasme cesse au bout d'une minute environ, comme par enchantement, sans qu'il y ait eu un moment de perte de connaissance. Il n'y a ni céphalalgie ni fatigue
104 DEBUTS VISCERilUX.
consécutive. Nous avons été témoin de deux de ces spasmes. Le patienit n*a pas cessé de voir, d'entendre, de comprendre et de répondre à nos questions. La pupille était dilatée, mais elle s'est contractée à l'approche d'une bougie allumée. La figure n'a offert aucune altération, peut-être a-t-elle pâli. Le malade faisait des inspirations assez profondes mais forcées (cela le soulage, dit-il) ; le pouls est resté à 72, tout à fait normal.
Dans un degré plus élevé, après les symptômes initiaux déjà décrits, notre étudiant est assiégé par son idée polyglottique et bredouille comme au début dé ses attaques : be\ de, bOy bo. 11 a alors la vue trouble et son cœur bat fortement. Tout en bredouillant, il entend ce qu'on dit autour de lui. Ainsi un jour, au théâtre, il continua à suivre l'air qu'on chantait^ il entendit ses voisins qui lui disaient Mt/^..., et son ami qui répondait : ne faites pas attention I 11 rougit au milieu de ce genre de vertige qui ne dura guère plus d'une minute:
Le patient n'a jamais éprouvé d'autres espèces de manifesiations épileptiques, et le début, pour chaque degré, a toujours été semblable. 11 jouit en dehors dé ses accidents nerveux d'une excellente santé.
Il a essayé, à plusieurs reprises, de faire avorter ses attaques par l'inspiration de Téther pendant la durée de la période spasmodique et vertigineuse ; mais toujours sans succès , dit-il.