SECTION PREMIERE
La loi'd'identité des accès incomplets et des 'commencements d'attaques a été si nettement établie dans les deux chapitres précédents, et elle ressortira si clairement des faits contenus dans celui-ci, qu'il nous a paru inutile de séparer désormais dans leur description les débuts des attaques et les débuts dés vertiges.
Des 300 épileptiques qui ont fourni les éléments de ce travail, 183, 8oi| 61 par 100, ont offert de» attaques ou des accès incomplets commençant par le trouble ou l'abolition des sens, certaines perturbations intellectuelles, la perte de la conscience.
Chez 49 de ces 183 malades les symptômes des débuts avaient pour siège les organes des sens.
54 avaient des attaques ou vertiges commençant par un trouble de l'intelligence ou quelque malaise cérébral.
Chez 54 il y avait immédiatement perte absolue du sentiment de l'existence , de telle manière que les patients ne conservaient aucun souvenir d'un symptôme initial quelconque.
106 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
Dans 26 autres cas, l'accident commençait par une commotion. Nous étudierons cette dernière catégorie dans une section à part^ parce que le sujet est à peu près entièrement neuf et qu'il ne nous semble devoir être bien compris qu'après l'examen de toutes les questions relatives aux accès complets ou incomplets des trois premières catégories à débuts encéphaliques.
Nous allons décrire successivement toutes, les variétés de début qu'ont présentées les trois premières catégories.
Il pourra paraître, au premier abord, singulier que nous rangions les symptômes cutanés parmi les débuts encéphaliquesi tandis que nous avons placé les convulsions des muscles de la cavité buccale parmi les débuts périphériques. Mais la contradiction est ici dans les termes et non pas dans les choses. Nous nous sommes servi du mot périphérique, parce que l'expression était consacrée^ commode par sa brièveté et vraie dans l'immense majorité des cas ; en réalité il faudrait dire : débuts par la convulsion des muscles soumis à la volonté. Une remarque semblable s'applique à la dénomination de débuts encéphaliques dont le vrai sens, pour nous, est celui de début par le trouble ou l'abolition des sens et de l'in* telligence.
Chez 3 de nos épileptiques les accès commençaient par la 'peau. Une demoiselle éprouvait dans les mains une sensation subite de froid qui se généralisait, en s'accompagnant de frissons; ces malaises étaient très-caractérisés. Une jeune fille ressentait tout à coup du froid dans les fesses. Ce froid suivi de chaleur s'étendait graduellement. Enfin chez un troisième le sentiment de froid comnoiençait par la figure. Dans aucun cas, on le voit, les attaques ou veïtiges n'ont commencé, par
une hallucination du tact ; mais comme symptôme secondaire et au milieu d'un étourdissement initial, une jeune dame croyait sentir que l'objet qu'elle tenait dans sa main augmentait peu à peu de volume ; un jour, au moment où elle était prise d'un vertige, elle étendait la main sur une table pour y prendre une lettre qu'elle voulait jeter au feu, elle y jeta une bouteille.
En ce qui concerne la bouche^ considérée comme organe de sensation^ nous n'avons rencontré, comn^e début, aucune perturbation du sens du goût ; nous avons dû nous borner à ranger dans cette catégorie le cas d^un petit garçon chez qui les attaques commençaient toujours par une très-vive dou« leur sur une petite molaire supérieure gauche. On observe fréquemment, il est vrai, dans le cours de vertiges, des mouvements de gustation, de mâchonnement, de dégluti* lion; mais comme alors les malades sont privés de con* naissance, il est difficile de savoir si ces mouvements instinc« tifs sont dus à une hallucination du goût ou s'ils ne sont pas plutôt l'effet de Taccumulation de la salive dans la bouche, par le fait du spasme pharyngien. Nous reviendrons sur ces symptômes.
Trois malades sentaient toujours leurs accès complets ou incomplets commencer par une perturbation ou plutôt une hallucination de Y odorat; deux d'entre eux percevaient une odeur agréable, toujours la même ; c'était pour l'une un parfum très-odorant , qu'elle ne savait comparer à aucun antre connu; pour l'autre, l'odeur ressemblait à celle de Tangélique ; le troisième éprouvait l'impression désagréable des tourteaux de noix. Enfin un petite fille à débuts gastriques^t qui, par conséquent, ne figure pas dans la statistique de ce chapi-
i08 DEBUTS ENCÉPHALIQUES.
tre, signalait parfois, comme premier symptôme, une mauvaise odeur.
Chez quatre patients^ les accès commençaient par des perturbations de Vtmie : bourdonnements dans les deux oreilles ou dans une seule; bruit semblable à celui d^un traih sur un chemin de fer; la quatrième signalait une brusque occlusion des oreilles.
Les épileptiques à débuts par des troubles de la vision sont beaucoup plus nombreux que tous les cas réunis appartenant aux quatre autres sens : nous en avons eu 38. Chez f 0, le prélude consistait en apparitions lumineuses^ étoiles, lumières^ chandelles, ou en étincelles, bluettes^ suivant que le phénomène était fixe ou mobile. Une jeune personne voyait une étoile, tantôt fixe, tantôt tournant en cercle avec rapidité ; d'autres fois c'étaient plusieurs tourbillons lumineux; «es diverses sensations étaient pour elle horriblement pénibles. Aussi se comprimait-elle fortement les yeux pour y échapper, mais sans succès ; elle n'était soustraite à cette obsession qu'en perdant connaissance. Une malade ne percevait cette apparence que dans Tobscurité. Chez un enfant de 5 ans, le phénomène se trahissait par l'acte de couvrir de ses mains ses yeux qui se remplissaient de larmes. Enfin, un épiieptique, peu intelligent, se bornait à signaler des éblouis* sements comme étant le signe des débuts de Tépilepsie; c'est prendre l'exception pour la règle; car cette espèce de prélude ne s'est montrée que dans la trentième partie de nos cas.
Quatre patients ofTraient au début de leurs attaques non plus des apparences lumineuses, mais de véritables perturbations de la vue. L'un d'eux voyait les objets multiples ;
pour un autre ils se coloraient d'une manière étrange ; un petit garçon de huit ans appelait ses éblouissements bleus ; enfin une femme ne savait que nous dire : Gela méfait drôle aux yeux.
Le tournoiement des objets, comme premier symptôme, s'est présenté chez 10 épilep tiques. Le plus grand nombre exprimait cette sensation de la même manière ; tout à coup les objets leur paraissaient tourner autour d'eux. Un enfant s'écriait : Ahl maman I tout tourne ^ tout tourne... les chaises... je vais tomber. Un autre fermait les yeux pour échap* per à cette sensation. Enfin un patient voyait les objets disparaître en tournant.
Dix épileptiques encore percevaient, comme première sensation, un obscurcissement de la vue ; c^était, pour nous servir de leurs expressions, un nuage ou un sombre brouillard qui passait devant leurs yeux, un voile qui tombait, un trouble: subit ou un obscurcissement.
Enfin dans les quatre derniers cas de cette catégorie la vue se perdait brusquement sans trouble préalable, Touïe et l'intelligence étant encore intactes.
Dans le langage ordinaire, on confond habituellement sous le nom de vertige le tournoiement des objets, le toi^rnoiement de tète et Tétourdissement. Au point de vue physiolo-* gique, ces phénomènes doivent être distingués : le premier appartient aux perturbations visuelles ; dans le second qm s'accompagne, à un certain degré, de titubation, il y a évl'^ demment défaut de coordination des mouvements, enfin dans le troisième, outre le voile sur les sens, il y a trouble de la perception générale^ Ces trois espèces de malaises ne doivent don&pas être confondus, mais il faut les rapprocher^ parce
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qu'ils se combinent ou se succèdent assez souvent. Nous éviterons soigneusement de nous servir du mot de vertige pour exprimer les phénomènes que nous allons décrire^ réservant cette dénomination pour les accès incomplets qu'on a appelés de tout temps vertiges épileptiques. - Onze malades sentaient leurs accès commencer par le tournoiement de tête; la plupart ne décrivaient pas autrement la sensation qu'ils éprouvaient. Quelques-uns étaient plus explicites ; l'un d'entre eux disait, en outre, être pris subitement comme d'un état d'ivresse; il chancelait, saisis^
sait un meuble pour se retenir^ etc. Un autre parlait d'une sorte d'étourdissement pendant lequel il fléchissait sur ses jambes et cherchait un point d'appui. Enfin une jeune personne signalait, outre le tournoiement de tête, de l'étourdis • sèment ; elle avait, disait-elle, la fête vide et restait involon^ tairement clouée à sa place.
Dans dix-neuf cas le symptôme initial était l'eVot/rc^ts^ément. Les plus intelligents se définissaient ainsi : trouble léger des sens et de l'intelligence, comme dans l'éminence d'un évanouissement ; ou bien : vague dansla tête avec menace de syncope; plus explicite encore^ un autre signalait, comme se manifestant à la fois des bourdonnements dans les oreilles, l'obscurcissement de la vue et le trouble de l'intelligence. L'étourdissement est donc une transition naturelle entre les troubles des sens que nous avons examinés et les phénomènes de perception générale ou de la pensée dont nous allons aborder l'examen.
Pour dix patients le début consistait en Aqs perturbations de r intelligence, avec ousans hallucinations. Des exemples peuvent scu^s donner une idée juste de ces aberrations ; une
ATTAQUES ET VERTIGES. Ul
malade d'un esprit très-distingué nous disait. « Il s'agit d'un trouble purement intellectuel ; je n'ai ni éblouissements, ni vertiges, je puis lire encore les mots, mais je n'en comprends plus le sens. C'est un état des plus pénibles; il me semblé qu'une partie de mon intelligence assiste à l'égarement de l'autre. » On ne saurait définir avec plus de netteté le délire partiel. Un jeune prêtre de grande espérance s'exprimait ainsi : « Ce sont des idées sans suite et cependant contradic^ toires; si j'entends une conversation, elle me suscite deux idées qui se combattent; je perds la tète et non pas la connaissance : j'entends, je comprends, mais mon esprit est ailleurs. » Autre version d'un autre patient : « Il y a en moi deux personnes dont l'une jouit de la raison et l'autre déraisonne. » Un épileptique parlait d'une idée fixée, toujours la même^ mais qu'il n'a jamais pu se rappeler. Un autre mentionnait seulement un égarement de la raison. Une jeune personne d'un esprit très-observateur racontait ainsi le début de ses attaques : « Je suis prise^ sans cause, d'une tristesse subite» et à Tinstant même mes yeux restent fixes sur un objet et ma pensée sur une idée qui me rappelle l'image très-nette d'un ancien rêve; l'idée fixe m'absorbe tellement que, quoique je regarde toujours vers le même p'oint, je ne vois plus l'objet. y>
Les hallucinations sont très-variables et le plus souvent d'une nature pénible. La femme d'un médecin nous décrivait ainsi les siennes. Le plus souvent elles sont horribles ou effrayantes, quelquefois seulement tristes^ exemples : la vue d'une femme décapitée; le spectacle d'une mère qui martelle la tète de son enfant; la vue, dans une rue, d'un écriteau qui lui ordonne de se jeter sous les pieds des chevaux ; une corde
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suspendue pour la pendre, son mari en criminal conversa-tion. a C'est, me disait un patient , un rêve dans lequel se reproduit d'une manière saisissante une scène quelquefois sanglante, i» Un malade disait qu'alors^ au milieu d'un bienêtre remarquable, il était* en proie à une ballucioation variable, le plus couvent liée à des souvenirs d'enfance. Dans un autre cas, c'étaient des apparences bizarres, ou bien les yeux étaient forcément attirés vers un objet qui devait subir une transformation.
Avant d'arriver aux cas qui débutent par la perte immédiate de là connaissance, nous mentionnerons certains ma* laises qui la précèdent immédiatement chez quelques épileptiques, malaises qu'ils rapportent au cerveau ou à ses enveloppes.
Chez six d'entre eux, ce prélude était une vive céphalalgie, l'un accusait une douleur subite, rapidement croissante et très-courte au synciput ou dans les tempes, accompagnée d'un sentiment pénible de constriction de la tête, un autre indiquait une vive douleur à la nuque, se propageant par la ligne médiane au front et amenant aussi une constriction douloureuse de la tête. Trois enfants disaient alor^ : Àh I que fai mal à la tête! ou simplement : ma têtel Cinq patients signalaient un sentiment de congestion à. la tête, un, flux de sang montant au cerveau, une bouffée àfi chaleur vers cet organe. Les assistants signalaient à ce moment laxcoloration rôuge, quelquefois foncée, de la face, mais non la teinte de l'asphyxie^
C'est par lli perte brusque de toute connaissance que com^ mençaientles accès des cinquante-quatre épileptiques for-* mant la troisième catégorie de notre troisième genre. Quoi-
qu'ils se rappelassent, très-bien les circonstances extérieures au milieu desquelles ils avaient été frappés, ils ne conservaient aucun souvenir d'un avertissement quelconque. Nous avons dû rechercher, pour les débuts encéphaliques, comme pour les deux autres genres, si la règle de l'identité des débuts chez le même patient subissait quelques exceptions. Elles ont été proportionnellement aussi rares que dans les deux premiers chapitres.
Le cas le plus fréquent a été celui de malades dont les attaques commençaient habituellement par un trouble de la vue, le tournoiement de la tète, Tétourdissement, une perturbation de l'esprit, la céphalalgie ou la congestion, et qui parfois ne conservaient aucun souvenir du début de l'attaqué. Le prélude avait-il manqué ou avait-il été trop rapide pour se graver dans le souvenir ? Chez un très-petit nombre de patients et très- rarement pour chacun l'attaque^ au lieu de préluder par la perte de la vue, le tournoiement de la tête ou l'étourdissement, a commencé par une hallucination ou du délire.
Du reste chez deux de nos malades le temps a amené, dans les symptômes du début, des changements durables ; chez l'un, à une hallucination de l'odorat a succédé, après plusieurs années comme prélude, la perte immédiate de la conscience ; chez l'autre la commotion a été remplacée par le trouble de la vue et la polyopîe.
Nous avons maintenant à étudier la marche des symptômes dans les attaques ou vertiges à débuts encéphaliques.
L'étude que nous allons faire de cette marche pourra, au premier coup d'œil, paraître minutieuse ; mais elle est de la plus haute importance pour le sujet qui nous occupe. C'est le
Herpin. — Accès* 8
H4 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
fil qui nous conduit jusqu'ici et qui nous conduira encore dans le labyrinthe, de plus en plus inextricable, sans ce guide, des accès incomplets d'épilepsie.
Dans toutes les catégories de débuts autres que ceux caractérisés par la perle immédiate de la connaissance, nous ne suivrons pas les symptômes jusqu'à la fin de Tattaque, parce que nous aurons plus loin l'occasion de compléter Tétude de celte marche.
Parmi les trois malades à début cutané, était une jeune fille chez qui les vertiges commençaient par les fesses ; une sensation de froid suivi bientôt de chaleur descendait d'abord dans les cuisses, puis remontait au dos, gagnait de là Testemac, s'élevait au cou, à la face et au front. La figure rougissait; la tête devenait douloureuse ; survenaient alors souvent des idées tristes, des hallucinations ou plutôt des rêves effrayants ; un jour elle crut voir la mort qui venait, sa faux à la main, pour lui trancher la tête; elle se souvenait de l'avoir baissée, pensant mourir, et d'avoir fait un acte de contrition en disant : Mon DieUy ayez pitié de moi^ mais tous ces phénomènes marchaient très-rapidement, et la connaissauce se perdait bientôt. Chez une demoiselle plus âgée, le froid partant des mains remontait aussi à la tête en s'accompagoant de pénibles frissons; alors survenait le tournoiement de tête, du trouble des sens et deTintelligence et une hallucination ou rêve qu'elle se rappelait toujours et dont le sujet était très- variable ; après un temps très-court la connaissance se perdait, les yeux devenaient fixes, les traits du visage se contractaient ; un ou deux cris rauques s'échappaient et les
convulsions se généralisaient Dans le troisième cas, au
froid de la figure succédaient immédiatement le tournoie-
ilTTAQUES ET VERTIGES. H 5
ment de tête, la perte de la connaissance, les convulsions des yeux, la rotation du malade sur lui-même de droite à gauche et la chute.
Ainsi dans les 3 cas, le froid, comme la crampe dans les débuts périphériques, montait jusqu'à la tête; puis, dans ces trois faits encore, arrivait le tournoiement de tête, suivi ou non d'hallucinations, et précédant immédiatement la perte de connaissance. Ces trois épileptiques sont les seuls que nous ayons rencontrés, dont la première période de l'accès rappelât le malade à aura frigida de Galien ; le fait ne s'est présenté que dans la proportion de 1 sur 100 dans notre série; et cependant toile était la foi dans la parole du maître, que, pendant tout le seizième et le dix-septième siècle» ce genre de début a été regardé comme le type des épilepsies sympathiques externes et a eu, par une vicieuse interprétation du phénomène, une influence des plus fâcheuses sur le traitement de ce genre du mal caduc.
L'enfant dont les attaques commençaient par une vive douleur dentaire portait la main sur sa joue, poussait quel-* ques cris de souffrance, tordait ses membres, enfln poussait un soupir et perdait le sentiment; alors rotation des yeux et de la (ête du même côté, contraction des traits, etc.
L*un des trois malades à début par de fausses perceptions d*odeurs perdait si vite connaissance qu'il ne pouvait que rarement avertir. Un autre sentait l'odeur descendre dans la gorge ; alors toute perception se perdait. La troisième éprouvait une sensation qui de la gorge descendait dans l'estomac où elle se convertissait en inquiétude et en tortillements ; pendant ce spasme, de tristes souvenirs assiégeaient la patiente; il lui semblait qu'elle allait mourir ; aussi, quoique l'odeur
116 DÉBUTS ÉiNCÉPHALIQUES.
fût agréable^ Timpression qu'elle en éprouTait était des plus pénibles, mais bientôt elle perdait ses sens.
Dans les débuts par lorgane olfactif, l'abolition de la conscience suivait donc le plus souvent le prélude; dans un cas, celui-ci était suivi d'un spasme gastrique précédant un trouble intellectuel pendant lequel la connaissance se perdait.
Sur les six épileptiques dont les attaques commençaient par les oreilles, deux perdaient la conscience, sans symptôme intermédiaire; deux éprouvaient auparavant du trouble des sens et de l'intelligence : tournoiement de tête^ bégayement, hallucinations. Des deux derniers l'un ressentait^ mais exceptionnellement, avant l'abolition de toute perception, une forte douleur dans l'estomac ; chez l'autre c'était du fourmillement ou du bouillonnement avec chaleur et engourdissements dans la main gauche, puis dans tout le membre thoracique; à cette sensation succédaient la crampe et les convulsions cloniques de cette partie ; la marche du reste de l'attaque était semblable à celle que nous avons décrite dans les débuts périphériques.
Ainsi le plus souvent, dans les débuts par les oreilles, le trouble ou l'abolition des sens et de l'intelligence succède sans transition aux bourdonnements, mais aussi, quoique rarement, le système musculaire viscéral ou volontaire peut être envahi, le malade ayant encore sa connaissance.
Chez les dix malades dont les attaques ou vertiges commençaient par des apparences lumineuses, les symptômes se succédaientpresque toujours dans l'ordre suivant : tournoiements des objets ou de la tête, étourdissements, perte de la vue, puis de l'ouïe avec ou sans bourdonnements, puis abolition de la conscience. Dans un seul cas, de légers symptômes d'asphyxie,
ATTAQUES ET VERTIGES. il7
et la main portée sur le cou semblaient indiquer que le spasme de la glotte précédait la perte de la connaissance. Dans les quatre débuts par des perturbations de la vue, celle-ci se perdait avant Touïe ; le trouble de l'intelligence, suivi de Tabsence de toute perception, s'est rencontré ensuite dans tous les cas.
Même marche^ en général, chez les dix épileptiques dont les accès commençaient par le tournoiement des objets : un seul, avant de perdre la vue, éprouvait une sorte de bouillonnement dans la tête. Dans cette catégorie encore nous avons constaté que la vue se perdait avant l'ouïe.
Enfin, pour terminer ce qui concerne les débuts par les troubles visuels, nous dirons que les cas qui offraient pour préludes l'obscurcissement ou la perte de la vue, ne différaient en rien, quant à la marche ultérieure, des symptômes des autres cas où le début se caractérisait par des troubles de la vision.
Dans les 1 1 cas de débuts par le tournoiement de tête, la succession des phénomènes était à peu près la même chez tous; le patient chancelait, ses jambes fléchissaient ; il saisissait un meuble ou s'asseyait et perdait connaissance. Cependant, chez quelques-uns, la marche est un peu moins rapide; un patient cherchait un point d'appui et s'écriait : Ah! je suis étourdi, perdait la vue, avait des bourdonnements, tout en continuant à entendre et à comprendre, s'asseyait, puis perdait toute conscience. Un autre encore, après avoir senti ses jambes fléchir, perdait la vue et avait de la peine à gagner son lit en tâtonnant. Chez un troisième, une hallucination très-courte précédait la perte de F intelligence. Enfin une épileptique, pendant le tournoiement de tète, était clouée sur place et sentait ses yeux fixés malgré elle sur un objet quel-
H 8 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
conque. Malgré ces variations, il y avait toujours, après les tournoiements de lête, tilubation, puis perte immédiate delà connaissance; ou bien, trouble des sens et de Tintelligence avant l'abolition de tout sentiment.
Des dix-neuf malades chez qui les accès commençaient par un étourdissement^ huit perdaient toute conscience immédiatement après^ c'est-à-dire sans symptômes intermédiaires. Entre Tétourdissement et l'anéantissement de la connaissance, un épileptique sentait que son intelligence se couvrait d'un voile avant d'être anéantie ; un autre délirait légèrement; deux éprouvaient des hallucinations; l'un entendait des voix, l'autre rêvait, disait-il; une malade dont nous avons déjà parlé éprouvait l'hallucination du toucher que nous avons décrite, puis elle sentait la tête tourner d'un côté et s'apercevait du commencement de la chute; un épileptique délirait fortement; un autre prononçait des paroles incohérentes ; un patient se sentait enlever dans les airs ; deux chancelaient ou tombaient, mais en se retenant; un autre perdait la vue et appelait ; un épileptique n'entendait plus, chose rare, quand il voyait encore, et il se rappelait quelquefois la rotation de la tête. Chez trois malades, des symptômes appartenant aux débuts périphériques se montraient entre l'étourdissement initial et la perte de toute perception. La première était la femme d'un médecin ; sa narration, plusieurs fois répétée et confirmée par le témoignage de son mari, donne toute authenticité à la succession des phénomènes. Dans ce cas, que je cite malgré son anomalie, la patiente éprouvait d'abord un trouble des sens el de riotelligence, ou un élourdissement, comme si elle eût e'té suspendue par lespieds^ disait-elle. Après un court instant, elle sentait descendre dans le
bras, le côté du tronc et la jambe, toujours du côté droit comme un fluide qui marcbait de procheen proche en engourdissant les parties, mais en provoquant, quand il atteignait les articulations, surtout celle du pied, une sensation très-douloureuse de dislocation. L'engourdissement ou fourmillement était semblable à celui que cause la compression du nei f principal d'un membre, c'éiaW une pseudo-^hémiplégie droite; d'après le mari, les membres de ce côté n^obéissaient plus à la volonté; bientôt les deux membres droits étaient agités de légers mouvements convulsifs; la face y participait ensuite, et la malade perdait connaissance. Un vale f Je chambre éprouvait quelque chose d*analogue ; après Tétourdissement il sentait un brouillard qui descendait dans le bras droit, et, à moins d'une forte volonté, lui faisait abandonner ce qu'il tenait dans cette main ; le brouillard gagnait la tête, et le patient perdait ses sens. Enfin à ces deux cas il faut ajouter celui d'une jeune fille qui, en même temps que Tétourdissement (carac« térisé à la fois par des bourdonnements d'oreille, le trouble de la vue et de rintelligence), éprouvait une crampe de la main droite, qui s'étendaitau bras, et était suivie de rabolition de la conscience.
Parmi les onze malades à débuts par des perturbations de l'intelligence, des hallucinations ou rêves, cinq perdaient la connaissance au milieu de cet état. Chez quatre autres, entre le symptôme initial et l'abolilion delà conscience, on observait les phénomènes suivants: trouble de la vue, non de l'ouïe; dans 1 cas, obscurcissement de la vue, bourdonnements et terreur vague ; dans un autre, trouble des sens ; engourdisse^ ment du cerveau, dans un troisième; enfin, chez le dernier malade, trouble de la vue, exagération extrême des bruits en-
m DÉBUTS ENCÉPHALIQUES,
viroonants; en voulant appeler, il sentait que sa voix était étranglée. Unépileptique, pendant l'hallucination, sentait une douleur au bas de la région précordiale, éprouvait des nausées et des envies d'aller à la selle auxquelles il résistait, et perdait alors seulement la connaissance; les spasmes du canal digestif venaient donc se mêler aux symptômes cérébraux. Ces cas participaient ainsi de ceux du second genre, comme le suivant de ceux du premier genre ; ce dernier malade subissait, dans le cours de la perturbation intellectuelle, un éblouissement ou sentait sa vue s'obscurcir, il percevait de petites secousses dans les muscles sous-maxillaires ; sa bouche s^ouvrait malgré lui et il assurait se rappeler le cri d'étranglement pendant lequel il perdait connaissance.
Dans cinq des 11 cas débutant par la céphalalgie, la congestion cérébrale ou une forte chaleur à la tête^ Tabolition de la conscience succédait immédiatement. Dans quatre, il y avait dans l'intervalle, tournoiement de la tête ou étourdissemcnt. Dans un autre c'était un bruit de rivière voilant les autres sensations. Dans le dernier, outre le prélude et la perte de la connaissance, il y avait embarras subit de la parole, trouble de Touïe et de l'intelligence, la vue était encore conservée.
En résumé, dans l'ensemble des faits appartenant à la catégorie des débuts par des troubles de l'intelligence ou par des sensations à la tête, la perte de toute conscience suivait immédiatement ces préludes dans le plus grand nombre des cas. Quelquefois elle en était séparée à court intervalle par quelque altération des sens, très-rarement par un spasme viscéral ou par des convulsions externes.
Nous sommes arrivés maintenant à la marche des cas à
ATTAQUES ET VERTIGES. iti
débuts par la perte de toute conscience. Ici^ nous serons privés de la ressource précieuse des renseignements. Les malades ne peuvent pas raconter leurs impressions. Ce n'est pas comme on pourrait le croire, au moins pour quelques-uns, que leur mémoire ait pu être, après l'accident, altérée par la violente perturbation qu'ils viennent d'éprouver, non, c'est par défaut complet de perception dès l'origine de l'attaque ; nous insistons sur ce fait, parce qu'il a de l'intérêt aux points de vue physiologique et psychologique. En effet, nous avons vu jusqu'ici les épileptiques nous raconter, et quelque&-uns avec beaucoup de sagacité, les phénomènes qui précédaient la perte de connaissance, phénomènes qu'ils distinguaient même au milieu du trouble des sens et de l'intelligence. Ici, rien de pareil, ils se rappellent très-distinctement les circonstances dans lesquelles ils ont été frappés; quelques-uns même se souviennent de la phrase commencée au moment où, comme par sidération, le moi leur a été enlevé ; mais ils ne savent absolument rien du début de l'attaque. C'est donc bien par le fait de Tabolition subite de toute perception, et non par défaut de souvenance, qu'ils ne s'aperçoivent^ qu'après l'accès, de l'accident qu'ils ont subi.
Toutefois, à défaut de renseignements donnés par le malade, il nous reste les signes extérieurs observés par les assistants ; ces signes nous fourniront des résultats dignes d'intérêt.
Ouest disposé à croire que, dans leurs attaques, les épileptiques, une fois privés de connaissance, sont incapables de toute manifestation intellectuelle et de tout acte exigeant des mouvements coordonnés. Il n'en est point ainsi, comme les faits vont le démontrer.
122 DÉBUTS ENCÉPHALIQUES.
Six malades, qui ne conservaient jamais aucun souvenir de leurs attaques, offraient immédiatement tous les signes d'un délire, loquace chez trois d'entre eux, muet chez les trois autres. Une couturière, qui essayait une robe à une dame, répète à plusieurs reprises la courte phrase qu'elle prononçait au moment de perdre connaissance; elle s'assied FœH hagard, elle baise le verre d'eau qu*on lui présente, se raidit de tous les membres, et Taltaque se complète; un jeune homme déraisonnait un moment avant la fixité des yeux, la rigidité générale, le cri, la chute, les convulsions cloniques. Un employé s'arrêtait brusquement dans son travail : Oirriy oim^ nCy ne, ne^ na^ na, na^ les yeux et la tête tournaient à gauche^ il tombait, etc., etc. Le fils d*un médecin, pris à table un jour devant son père, jette au loin le verre dont il buvait le contenu au moment de perdre connaissance; une autre fois, saisi au milieu d'un jeu dans la cour d*un lycée, il entre sans tunique dans une classe qui n'était pas la sienne, insulte un maître d'étude, puis se roidit et tombe. Le neveu d'un autre médecin étant à table et mangeant, en présence de son oncle, se lève brusquement et par des mouvements désordonnés, mais non convulsifs, renverse les objets qui étaient devant lui ; bientôt flexion de la tête en avant, lèvres avancées, aucun cri, on le retient dans sa chute, contraction générale, figure pourpre, etc. Enfin un jeune homme était, pendant un temps très-court, dans un état apparent de délire durant lequel il repoussait tout secours ; et cela avant la fixité des yeux et la série des symptômes qui constituent une attaque complète.
Après ces actes d'intelligence et de volonté perverties, il est vrai, mais survivant à la perte de connaissance, il con-
vient de parler de certaines manifestations instinctives que présentent un certain, nombre d'épileptiques à cette période do leurs attaques; ces manifestations, celles du moins que nous avons observées, sont de deux genres : les unes paraissent ee lier au spasme du pharynx, les autres semblent avoir pour but de prévenir ou d'amortir les chutes ; nous étudierons plus loin ces dernières en parlant de la chute.
On n*a peut-être pas oublié que dans les cas à débuts vis* céraux, quand le spasme ascendant était arrivé à sa limite supérieure, c'est-à-dire au pharynx, on observait deux marches différentes : le trouble ou la perte des sensations et de Tintetligence succédaient immédiatement aux convulsions internes, ou bien les convulsions externes prenaient le devant. Dans les débuts encéphaliques, après Taboliliou de la conscience ou des actes intellectuels, tantôt apparaissent d'abord des signes des spasmes viscéraux, tantôt les convulsions des muscles volontaires ouvrent la marche.
Dans les 13 cas que nous allons examiner, le spasme pharyngé paraissait être le second symptôme; il appartient donc à la première des deux espèces de marches que nous venons d'indiquer. Un médecin, au moment où il venait de perdre connaissance, au milieu d'un court état de stupeur, de fixité des yeux et de rougeur de la face, faisait, pendant quelques instants, dfs mouvements des lèvres et de la bouche, comme pour recueillir sa salive ou se rincer la bouche ; il s'y mêlait une sorte de mâchonnement, bientôt, rotation des yeux et
delà tête/ cri strident, chute Plu^eurs autres patients, à
la même période, faisaient entendre les bruits de gustation, de mastication et de déglutition, Tun deux chantonnait un peu. Chez quelques épileptiques ces symptômes se rédui-
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saient à deux ou à un seul des trois phénomènes de gustation^de mastication et de déglutition. Un malade, touten mastiquant , avait les lèvres contractées. Les mouvements de déglutition' sont les plus, fréquents de tous ceux que nous venons d'indiquer.
On comprend que dans ce chapitre il q'est pas possible de suivre la marche des spasmes viscéraux, comme nous avons pu le faire pour les malades qui, ayant encore leur connaissance pendant le cours de ces convulsions internes, pouvaient rendre compte de ces sensations. L'émission involontaire des urines, qui ne se montre que dans le plus petit nombre des attaques, est un signe certain du spasme viscéral, mais il n'est pas facile de savoir le moment précis où il a eu lieu ; ce doit être le plus souvent pendant les convulsions générales, car la miction est bien plus rare dans les accès incomplets que dans les attaques : nous en avons pourtant rencontré dans le premier, ainsi qu'on le verra quand nous parlerons des vertiges. Les selles involontaires s'observent bien moins souvent encore dans les attaques que la perte des uripes^ mais elles peuvent aussi avoir lieu dans les accès incomplets. Nous n'avons observé qu'une fois Féjaculation spermatique dans le cours d'une attaque; c'était une attaque nocturne.
Nous aurons achevé ce qui concerne les spasmes viscéraux, dans les accès complets à débuts encéphaliques, «[uand nous aurons dit que^ dans 3 cas, la contraction de la glotte paraissait succéder immédiatement à la perle de connaissance. Nous devons la description de l'un de ces cas à un témoin oculaire très-intelligent, très-bon observateur, et^ sur notre demande, très-attentif : perte subite de connaissance, le patient étant debout, yeux fixes s'ouvrant grandement, figure très-
rouge, attitude et expression de quelqu'un qui suffoque, affreux cri guttural, inclinaison du corps, et chute en ayant... Un autre fait concerne un enfant : en pleurant ou en criant, il perdait la connaissance et la respiration qui restait suspen* due, yeux fixes et renversés, rougeur violacée de la face,
rigidité générale, on prévenait la chute
La série des convulsions externes dans les attaques à débuts encéphaliques s'ouvre par les muscles des yeux ; ceux de la face, du cou^ des membres thoraciques, en commençant par les mains, du tronc et enfin des membres abdominaux, en partant des pieds, sont successivement envahis par la contracture. Telle est du moins la marche générale ; dans le plus grand nombre des cas, les globes oculaires sont entraînés d'un côté, surtout à gauche ; les traits de la figure sont tirés du même côté, la tête tourne dans le même sens ; le tronc s'infléchit du même côté, ou tourne dans cette direction. Cependant les yeux peuvent se diriger en avant, et la tête s'incline vers le sol, les globes se renversent en haut^ et l'extrémité céphalique en arrière. Les directions intermédiaires se rencontrent aussi. A l'ordinaire, le tronc et les membres prennent une attitude en rapport avec les mouvements de la tète ; les membres sont en flexion dans l'emprosthotonos, en extension dans Topisthotonos. Toutefois cet ordre général subit de nombreuses exceptions : ainsi on voit les jambes étendues pendant que les avant-bras sont fléchis, les doigts allongés avec les poignets en flexion, les deux membres semblables dans des attitudes différentes. En outre, au mouvement de la tête dans un sens peut succéder la rotation du côté opposé ou l'inclinaison en avant, à la flexion d'un membre son extension ; à la rectitude du tronc son inflexion, etc«
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La contracture, la dureté des muscles n^alteignent pas d'emblée leur maximum d'intensité, on voit la rigidité s'accroître comme dans un effort très-violent et soutenu. Alors, quand déjà quelques mouvements partiels légèrement saccadés ne se sont pas manifestés pendant la période tonique, les muscles commencent à être agités d'un léger frémissementy d'une trépidation dont les battements deviennent de plus en plus accentués, tout en s'espaçant davantage. En général, les secousses alternent d'un côté à l'autre; ainsi les mouvements des avant-bras à demi fléchis ressemblent parfois à ceux d'un tambour qui bat un roulement. Enfin, les convulsions se terminent par quelques soubresauts plus vifs encore et plus éloignés que les secousses anlécédentes.
La période exclusivement tonique dure, en général, d'un quart de minute à deux minutes, et les convulsions cloniques, d'une demi-minute à deux minutes. La durée totale des convulsions est comprise entre les limites d'une et trois minutes.
La rigidité cesse à l'ordinaire presqu'en même temps que les soubresauts; cependant, on observe quelquefois pendant quelques instants de la contracture dans les membres ou dans un membre, après que tout le mouvement a cessé.
Au milieu des variétés et des nuances que nous venons d*indiqu«r, il est évident qu'il ne pouvait être question des proportions exprimées en chiffres; nous devons également nous borner à de simples rapports, en plus ou en nioin<7, dans l'étude que nous allons faire de plusieurs autres circonstances.
Dans l'esquisse rapide que nous venons de tracer de ia série des convulsions externes, nous n'avons pas voulu, pour
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plus de clarté et de concision, mêler leurs effets immédiats. Ces phénomènes importent trop au diagnostic de l'épilepsie et à i*étudedes accès incomplets pour que nous ne les examinions pas successivement avec quelques détails. Ce sont : le cri 9 la chute, Tasphyxie, les morsures, l'émission salivaire.
Le cri se fait entendre dans la grande majorité des attaques complètes; un très-pelit nombre de patients n'en poussent jamais; il manque parfois chez quelques épileptiques qui y sont habituellement sujets. Nous avons déjà eu Toccasion de le dire dans le cours de ce iravail, le vrai cri cotnitial est un acte automatique résultant de la contraction des muscles expiraleurs qui poussent lair en travers de la glotte spasmodiquement resserrée; il est probable que l'absence du cri tient à ce que l'air contenu dans les poumons en a été en partie expulsé avant le spasme laryngé. Quoi qu'il en soit, ce cri varie de rhythme, de ton, de timbre. Au point de vue du rhythme, il est soutenu, tremblant, saccadé ou entrecoupé, c'est-à-dire multiple. Le ton en est le plus souvent grave et même rauque. Le timbre en est bien plus fréquemment bestial qu'humain. Les assistants comparent le cri à un mugissement, à un rugissement, à un hennissement, au cri d'un animal qu'on égorge ou d'une personne qu'on étrangle; il est, disent-ils, horrible, effrayant, déchirant, etc. Mais aussi on l'assimile parfois à un gémissement court ou prolongé, à un cri d'angoisse ou d'appel saccadé. S'il est d'une tonalité un peu élevée, il peut ressembler au rire; nous nous y sommes mépris nous-mêmes.
La chute n'offre pas moins de variétés que le cri, elle peut être lente. Les malades, comme dans le tournoiement
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de iéle, perdent la faculté de coordonner les mouvements ; dans des cas qui sont exceptionnels, les épileptiques, quoique sans connaissance, cherchent parfois instinctivement à se retenir aux meubles, ou aux parois à leur portée. Presque toujours la chute est au contraire brusque. Aussi la direction en est-elle variable ; Tépileptique tombe en avant, dans Temprosthotonos, en arrière dans l'opisthotonos, de côté dans les cas de rotation, c'est-à-dire à prédominance ou antériorité des convulsions d'un côté. Certains phénomènes qui précèdent immédiatement la chute semblent au premier abord très-singuliers; nous voulons parler de ces cas oii le patient, avant de tomber^ court ou saute en avant, où recule de quelques pas ou bien encore fait un ou plusieurs tours sur lui-même; nous croyons ces actes purement instinctifs, car le sujet n'en a jamais la conscience et ces mouvements ne sont pas convulsifs, car ils sont coordonnés. On sait que, lorsqu'on descend d'un omnibus, la figure étant dirigée du côté de la voiture, si le véhicule est lancé avec une grande vitesse, on fait quelques pas en avant, pour éviter, au moment où l'on touche le sol, la chute dans le sens de l'impulsion acquise ; un individu qui reçoit en avant un choc très-vif recule pour ne pas tomber en arrière. De même, lorsqu'une vive contraction comitiale entraine son corps en avant , le patient court pour maintenir l'équilibre; il marche en arrière dans le cas inverse; enfin la rotation du malade sur lui-même a un but identique dans les cas où la tête et le corps se tournent d'un côté* La lenteur ou la rapidité de la propagation de la contracture permettent ou non ces mouvements instinctifs ; la contraction se généralise quelquefois si bien^ que quelques épileptiques se précipitent en
avant comme s'ils plongeaient dans une rivière. Dans le plus grand norhbre des cas^ les actes d'inutile préservation que nous venons d'indiquer n'ont pas le temps de se produire.
Les résultats des chutes sont des plaies contuses, quelquefois plus profondes, du cuir chevelu ou de la face, la fracture d'une ou plusieurs incisives, surtout des supérieures, la perforation d'une lèvre par une dent. Le plus souvent il s'agit de simples meurtrissures qu'il ne faut pas confoildre avec des excoriations du menton, d'un coude> d'une main y qui résultent du frottement de ces parties sur le sol pendant les convulsions cloniques. Il faut ajouter à cette énumération des brûlures plus ou moins graves, quelque-* fois mortelles, résultant des chutes devant ou dans un foyer. Nous avons vu la face dorsale d'un pied littéralement rôtie par une exposition à distance à un feu ardent de houille.
Après la chute la contracture est générale, et c'est alors qu'on observe (assez rarement, il est vrai, à peine che2 un épileptiqué sur 100)^ des luxations de l'épaule qui ne sont pas dues à une chute (car elles se manifestent aussi bien au lit que dans le cas de chute), mais à la violence de la contraction musculaire dans une situation du bras, qui favorise l'issue de la tête de Thumérus hors de sa csLvité. Ces luxa^ tiofls qui se montrent, du moins d'après notre expérience, aussi souvent chez les femmes que chez les hommes, mais non chez les enfants et les vieillards, se reproduisent presque à chaque attaque pendant certaines périodes, puis d&* viennent rares et unissent par ne plus s^ effectuer.
La contracture des muscles respiratoires et le spasme glot<tique, en suspendant la respiration qui ne se rétablit que
« Herpin. — Accès. 9
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qu'en petite quantité, rester en grande partie dans la bouehe et être avalée d'une manière bruyante par le patient à plusieurs reprises, dans les premiers moments de la période de retour. La salivation accumulée ne manque presque jamais ; cependant, aux premières questions, les parents sont disposés à la nier ou à l'atténuer, parce qu'elle passe dans le monde, et avec raison, comme l'un des signes les plus caractéristiques de Tépilepsie.
L'émission de la salive (nous l'avons déjà dit) marque la fin de la phase con vulsive de Tattaque, qui dure de une à trois minutes. 11 nous reste à étudier les deux dernières périodes, comateuse et de retour.
La période comateuse, qui succède immédiatement aux convulsions, ressemble tout à fait à la commotion cérébrale, quand l'attaque a été intense. Si l'on n'avait aucun renseignement sur ce qui vient de se passer, la confusion serait possible ; cependant l'état de la circulation ne permet pas l'erreur. La connaissance continue à être abolie d'une manière absolue. Les perceptions des sens sont nulles» la pupille est grandement dilatée et insensible à la lumière. Après quelques moments où la contracture subsiste encore dans les membres, entière ou partielle, la résolution musculaire est complète, il n^y a aucun mouvement, même instinctif, la respiration exceptée. Les joues se laissent souvent distendre dans l'expiration ; les lèvres laissent échapper une pluie de salive , le stertor trahit le relâchement du voile du palais, La respiration est lente et profonde, accompagnée de ronchus ou de râle muqueux trachéal. Le pouls, contrairement à ce qui se passe dans la commotion cérébrale et dans l'asphyxie récente, est fréquent. Ses pulsations dépassent le
nombre de 100 par minute, elles peuyent aller au premier moment jusqu'à 140 ou 150 chez les adultes, plus haut che2 les jaunes sujets. La peau est couverte de sueur ; la colora^ tion rouge intense ou violente diminue plus ou moins rapi-dément; elle est remplacée par de la lividité et de la pâ* leur.
Cet état va en décroissant dès la fin des convulsions, où il était à son maximum. La respiration reprend peu à peu son rhylhme et son timbre normal, le pouls devient de moins en moins fréquent et prend de la plénitude et même de la dureté, nous Tavons retrouvé encore à 120 un quart d'heure après la fin des convulsions.
Cette période est à peine caractérisée dans les attaques très-légères, elle ne dure que quelques minutes lé pli^s sou* vent ; mais elle peut se prolonger davantage sans aller jusqu'à une durée d'un quart d'heure, à moins d'attaques répétées coup sur coup ou d'états convulsifs prolongés. Quelque rap« proche que soit un médecin appelé en hâte au moment d'une attaque, il n'arrive pas avant la période du coma ; et si, comme cela advient souvent, les proches se taisent sur la période convulsive ou^ tout au moins, en atténuent notablement les symptômes, plus d'un praticien ne voit là qu'un coup de sang, ou une apoplexie transitoire (1). Ce faux diagnostic, qui peut
(1) Nous évitons soigneusement de nous servir de réimpression de cangeflion cérébrale, qui n'est propre qu'à jeter la confusion dana l'étude de ce sujets parce que le mot est ^ris dans les sei^s les plus divers et qu'on trouve ajnsi le moyen de confondre la congestioa veineuse passive résultant de l'asphyxie avec les congestions active^ sans autre syniptôme morbide, avec de prétendues hypért^mies cé^ rébrales, accompagnées de perte absolue de connaissance, euGo avec les degrés les plus légers de l'apoplexie céré))rale^ ne donnant
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se répéter plusieurs fois, retarde, au grand détriment des malades, le moment où l'on se décide à combattre le mal par des moyens réellement appropriés. Que d'incurables a produits cette fatale erreur!
La période de retour s'étend depuis la fin du coma jusqu'au rétablissement complet des facultés intellectuelles. Les premiers mouyements purement automatiques expriment l'angoisse ou ressemblent à la carphologie des fièvres typhoïdes. Ensuite les yeux s'ouvrent; mais ils n'ont aucune expression. Puis arrivent quelques actions instinctives; le patient passe sa main sur sa bouche humectée de salive, quelquefois il tousse et expectore ; les sens se sont réveillés. Si Ton excite le malade à parler, il répond par des sons inarticulés ou 'inintelligibles, par des mots incohérents ; tout ou moins il divague. Assez souvent, mais presque seulement de jour, certains épileptiques sont en proie à un véritable délire le plus souvent taciturne et tout à fait semblable au somnambulisme naturel, mais quelquefois accompagné d'actes de violence, surtout si l'on veut forcer le patient à boire, à se coucher, etc. D'autres reprennent, sans avoir la conscience, irrégulièrement ou même sans les instruments nécessaires, l'occupation à laquelle ils se livraient au moment où'ils ont été frappés, ou se livrent à des actes hors de propos; exemples : Une lingere coud son tablier à points
lieu qu*à une hémiplégie très-limitée et peu durable. Nous persistons à croire^ ainsi que nous Tavons avancé il y a plus de douze ans dans notre ouvrage sur le pronostic et le traitement de l'épilepsie, que l'hypërémie cérébrale avec abolition momentanée de la connaissance, sans paralysie quelconque, est très-probablement une maladie purement imaginaire^ une prétendue espèce morbide née d'une erreur de diagnostic.
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inégaux, comme si elle continuait son ouvrage. Une dame se lève de la chaise où l'on a réussi à la maintenir pendant l'attaque et fait tous les mouvements d'une femme qui se vêtit et est à sa toilette.
11 est des patients qui, ayant été atteints de jour et seuls, dans leur chambre à coucher, sont fort surpris de se trouver au retour de la connaissance déshabillés dans leur lit. Une ancienne cantatrice de théâtre prend une attaque dans neutre cabinet de consultation ; nous pouvons la retenir sur le fauteuil; mais, les convulsions terminées et après un court coma, elle se lève et se met à se déshabiller ; nous devons appeler une femme de chambre pour nous aider à l'en empêcher. Nous nous bornons pour le moment à ces exemples, devant revenir, à Toccasion des vertiges, sur ces actes singuliers de somnambulisme.
Mais ce délire n'est pas toujours muet. Certains malades parlent une langue étrangère ou en patois à des personnes qu'ils savent ne pas l'entendre. Us ne reconnaissent pas leurs proches, leur parlent comme à des étrangers et ne savent pas dans quels lieux ils sont.
Le plus souvent le sommeil succède à ces perturbations mentales et arrive avant le retour complet de la connaissance. D'autres fois le patient, avant de s'endormir, recouvre en apparence toutes ses facultés intellectuelles, répond nettement et prodigue même à ses proches des témoignages de tendresse, et cependant au réveil il ne conserve aucun souvenir de tout ce qui s'est passé.
A la suite des atteintes légères, la divagation peut manquer et être remplacée par de la stupeur qui, en se dissipant peu à peu, laisse reparaître l'intégrité des sens et de la connaissance.
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Dans les attaques nocturnes il n'est pas i^re, si Ton n'exciie pas le malade) qu'au coma succède, sans intermédiaire, un somiBeil plus ou moins calme; la période de retour se passe alors dans ce dernier état.
Nous avona parlé de diverses excrétions qui ont lieu pendant la période convulsive; si la vessie ne s'est point vidée dans l'attaque, l'un des premiers désirs qu'exprime le ma^lade revenu à lui-même avant de s'endormir est celui d'urrner. Ici se place une observation qui a un intérêt pratique et que nous croyons neuv^. Les urines rendues après une attaque sont colorées et deviennent sédimenteuses, tandis que souvent la veille elles étaient^ au contraire, d'une teinte trèsclaire et restaient transparentes* Nous devons cette remarque au valet de chambre d'un officier supérieur auquel nous donnons des soins; les attaques étaient le plus souvent no^cturnes, et le patient couchait seul ; son domestique en entrant dans sa chambre le matin regardait le vase de nuit; s'iiirouvait l'urine chargée, il en concluait qu'il avait eu une attaque dans la nuit; des taches sur l'oreiller, des traces de morsures, delà céphalalgie et de la courbature confirmaient toujours ce jugement. Bien des fois, nous avons questionné sur ce sujet des épileptiques ou des personnes de leur entourage ; les réponses ont toujours été conformes à la remarque du serviteur de l^ofûcier. L'envie d'aller à la selle, après l'attaque, s?observe plus rarement que le be$oin d'uriner. Mais des vomissements alimentaires, muqueuxou bilieux, plus ou moins répétés, ont lieu assez souvent après ou avant le sommeil consécutif.
Quand le malade se réveille définitivement, il est presque toujours triste et démoralisé ; les plus sensé^ sont £^ l'ordinaire très^îu^iheureux.
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Une céphalalgie qui S6 prolonge à l'ordinaife pendant un jour et une courbature qui dure davantage encore sont (à part le piqueté et les morsures) les dernières traces de l'attaque. Elle peut laisser toutefois à sa suite une légère hémiplégie/ surtout d'une main, qui se prolonge pendant quelques heures ; mais cela est rare.
Cette longue étude de la marche des attaques dans les déhuts encéphaliques demande à être résumée.
La sensation de froid qui marque les débuts cutanés suit une marche analogue à celle des débuts périphériques ; elle monte à Textrémité encéphalique ; alors survient le tournoiement de tète, suivi ou non d'hallucinations et de la perte de rintelligence. Dans les autres débuts par le trouble ou la perte d'un sens, on voit chez les neuf dixièmes des malades les autres sens s'allier et l'intelligence se troubler, puis se perdre, ou bien la conscience être immédiatement abolie. 11 est rare qu^un spasme viscéral succède à la première perturbation sensoriale, et ce n'est que dans un quarantième des cas que des convulsions périphériques précèdent la perle de connaiiisaoce.
Quand l'attaque commence par le tournoiement de tête ou l'étourdissement, la perte successive de la vue et Tabolin tion de la conscience arrivent après la titubation, lorsque celle-ci ne survient pas sur-le-champ après le prélude. Un dixième des cas seulement nous a offert des convulsions externes avant Tabolition de tout sentiment.
Chez les patients à débuts par des perturbations intellectuelles ou des sensations cérébrales, nous n'avons rencontré que dans un vingtième des faits un spasme viscéral, et dans un autre vingtième des convulsions ^es muscles volontaires.
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avant la perte de la connaissance* Dans tous les autres cas Tabolitiou de la conscience a suivi immédiatement le pré* lude ou en a été séparée parle trouble et l'abolition successive de3 sens.
Lorsque l'attaque a débuté par la perte de la connaissance, nous avons observé dans un douzième des faits un délire qui ne se trahissait que par des actes extérieurs. Dans plus d'un quart des cas, le spasme du pharynx et de la glotte précédait les convulsions externes. Chez tous les autres épilepUques de cette catégorie > les convulsions externes succédaient immédiatement au prélude. Ces convulsions, qui commen* cent par les yeux, se prolongent à la face, au cou, aux membres supérieurs, au torse, aux membres inférieurs, sont toniques, puis cloniques ; elles s'accompagnent de spasmes viscéraux, qui se trahissent surtout par des urines, rarement par des selles involontaires. Elles donnent lieu au cri, à la chute, à l'asphyxie, aux morsures et à l'émission d'une salive spumeuse. Le patient sort de cet état pour tomber dans le coma, suivi de divagation, de stupeur, puis le plus souvent d'un sommeil réparateur. Du mal de tête et de la courbature terminent la scène. Outre les morsures, un piqueté ecchymotique remarquable, surtout autour des yeux, reste quelquefois comme témoignage de l'hypérémie veineuse.