DES CAUSES QUI TENDENT A RALENTIR LE COURS DU SANG
Toutes les causes qui tendent à ralentir le cours du sang tendent à restreindre l'hématose ; elles ne laissent qu'une quantité moindre qu'à l'état normal du liquide nourricier se présenter au filtre pulmonaire pour y subir l'influence de l'air, et c'est à ce titre que nous allons les signaler ici.
Une des plus importantes pour le sujet particulier qui nous occupe se tire des modifications de l'utérus.
L'utérus comprend trois couches musculaires qui sont, d'ailleurs, bien loin d'être indépendantes l'une de l'autre, et denombreusesfibresviennentles réunir en se portant del'une à l'autre. Une séreuse en dehors, une muqueuse en dedans complètent la loge que les fibres musculaires ont à remplir.
Les artères viennent de six sources diff'érentes ; deux de l'hypogastrique, deux de l'aorte, deux de l'épigastrique. Elles arrivent de chaque côté de l'organe, trois parle bord droit, trois par le bord gauche, et décrivent un trajet assez long, trèsflexueux,en s'anastomosantfréquemment entre elles. Lorsque l'état de gravité vient agir sur l'utérus, elles en suivent le développement, mais, chose remarquable, bien que la Ion-
gueur de leur trajet augmente, les fïexuosités décrites sur l'organe ne tendent nullement à disparaître. Autre point de majeure importance, et facile à prévoir : 'c'est surtout sur des artères intrinsèques que porte l'augmentation de calibre et de longueur. Les artères afférentes à l'organe, jusqu'à leur arrivée dans le tissu musculaire, n'éprouvent qu'un changement relativement très-minime, de telle sorte que le sang arrivant de ses sources aux plexus intra-utérins, tombe dans des canaux bien plus grands que ceux qui l'ont amené.
Du côté des veines, la disposition n'est plus la même. Surtout nombreuses dans le plan moyen des fibres utérines, où elles forment une masse considérable, elles arrivent pendant la grossesse à donner d'énormes plexus dont certaines branches prennent le nom particulier de sinus et offrent un diamètre suffisant pour recevoir l'extrémité du doigt annulaire. Elles sont réduites à leur tunique interne, adhérant par leur face externe au tissu musculaire. Nulle valvule n'aide àrégulariserle cours du sang. Tous ces troncs viennent converger autour des six artères, et forment six paquets veineux qui les enveloppent. Dans la grossesse, l'augmentation des troncs extra-utérins, dit Jacquemier, est assez considérable, et se fait en même temps que celle des troncs intra-utérins.
On comprend maintenant ce fait que, dans l'hystérotomie, c'est en nappe et non en jet que le sang s'échappe de l'organe gravide. Une quantité de sang qui dépasse de bien peu celle de l'état normal arrive à l'utérus. Elle tombe dans des canaux flexueux dont le diamètre l'emporte considérablement sur celui des canaux afférents : première cause de ralentissement, à laquelle viennent s'adjoindre, comme causes adjuvantes, leur longueur, leurs fïexuosités, et la multiplication des divisions artérielles. Avant de parvenir aux faisceaux convergents des parois latérales, il doit encore parcourir des canaux veineux dont le diamètre total est réellement for
considérable, et le ralenlissement se prolonge de telle sorte qu'il devient presque de la stase. Le cœur serait très-gôné pour mouvoir cette énorme masse de sang utérin, si l'inspiration n'agissait pas un peu en aspirant le sang vers le cœur par les veines caves. Mais souvent la stase se prolonge en dépit de cette cause adjuvante, et c'est alors que, par un mécanisme que nous verrons plus tard, l'utérus est forcé de réagir. Heureusement, dit Jacquemier, que ce sang est un excitant naturel des contractions péristaltiques qui renouvellent ou laissent stagner le sang, suivant les propres besoins de la nutrition du fœtus.
Le développement de l'utérus agit encore sur le ralentissement de la circulation et sur la stagnation du sang dans les capillaires par la gêne qu'il produit en comprimant les organes qui l'environnent. La compression du rectum et des vaisseaux afférents peut aller jusqu'à produire des hémorrhoïdes, qui passent avec la cause dont elles dérivent. Le même mécanisme nous donne la clef de la formation de ces varices formant quelquefois de volumineux paquets, occupant le plus souvent les jambes, quelquefois la partie supérieure de la cuisse, la vulve et la paroi abdominale. J'ai vu à l'hôpital des Cliniques un cas très-remarquable de ces dilatations veineuses. Naturellement, la stagnation du sang dans ces divers organes ne se fait pas sans gêner considérablement le renouvellement des éléments viciés.
A la dernière période de la grossesse, avant et pendant la parturition, la circulation générale est affectée de telle sorte que le pouls se ralentit, et, tout en restant suffisamment plein et bien frappé, donne au sphygmographe une ligne dont l'ascension inclinée et peu élevée , les angles arrondis n'avaient pas échappé tà l'attention de Blot et de Marey. Lorain a fait sur le môme sujet d'intéressantes études; mais, en dehors môme des derniers moments, il y a dans tous les organes, par suite de la surcharge sanguine, une tendance à la
congestion passive, surtout marquée dans celui qui est le siège, du travail physiologique et dans ceux que gêne son développement.
Cette tendance à la congestion, comme nous le verrons, produit le plus souvent ses effets sur le poumon. Lorsqu'elle provoque dans cet organe des phénomènes, de stase, à plus forte raison des phénomènes d'oedème, elle agit d'une façon puissante pourentraver l'hématose, et nous verrons plusloin la gravité des accidents qu'elle peut provoquer. En fait de diminution directe de l'étendue du champ respiratoire par suite du développement de l'utérus qui, en agissant sur le diaphragme, le repoussant, pourrait paraître comprimer ainsi les organes thoraciques, elle n'existe pas. Kuchemeister et Wintrich ont signalé ce fait, confirmé par les expériences de Dohrn, que la capacité du thorax ne diminue pas. Le jeu du diaphragme est gêné, c'est vrai, mais, la mobilité des côtes, est là pour compenser cette perte. Ce que le thorax perd en hauteur, il le gagne par l'agrandissement de lu dimension horizontales, et le phénomène contraire se produit a la suite de l'accouchement.
A ces causes de ralentissement, ajoutons l'influence de la pesanteur. La respiration n'a point une action suffisante pour les compenser. Tout le sang qui revient des membres inférieurs et de l'utérus doit parcourir un chemin qui lui impose une lutte continuelle dont nous devons rappeler la réalité.
Par conséquent, la question peut se résumer en ces termes : Production surabondante d'acide carbonique en face d'un sang prédisposé à le recevoir et à le conserver, le champ de l'hématose restant le même. D'après les recherches de Gavarretetd'Andral, chez la femme enceinte, la quantité d'acide carbonique augmente dans l'air expiré. Mais cette compensation est faible. Si la femme nevoit s'ajouter aucune influence morbide à l'état de gravité, elle peut suffire à maintenir équilibre, mais qu'une cause agisse soit en augmentant la
production outre mesure, soit en restreignant l'élimination, • et nous comprenons que cette cause puisse tenir sous sa dépendance certains accidents dont nous déterminerons plus tard la nature. Les phénomènes de dyspnée si fréquente chez la femme enceinte nous paraissent souvent devoir être rapportés à cette cause.