OBSERVATIONS
Nous avons choisi parmi les nombreuses observations d’ictère grave post-chloroformique celles qui nous sem blaient être typiques. On remarquera à propos de chacunes d'elles, la bénignité de l’acte opératoire, opposée à la gravité des accidents post-anesthésiques. Nous avons eu l’occasion, précédemment, de discuter l’étiologie de ces accidents. Rappelons les quelques facteurs étiologiques énoncés plus haut : age jeune, durée excessive de l’anesthésie, emploi d’une quantité excessive d’anesthésique, anesthésies répétées, état défectueux des organes. Nous verrons dans les observations suivantes, l’un au moins de ces facteurs étiologiques jouer un rôle prédominant. Nous avons rapporté tout d’abord le cas de
Marfan, qui à la valeur d’une expérience.
Observation I
Manrran. — Empoisonnement par ingestion de 60 grammes de chloroforme. (Gastro-entérite ulcéreuse. Symptômes d’ictère grave. Guérison.
8 heures et demie du matin, 60 grammes de chloroforme pur, Il
, âgé de 49 ans, caissier, avale le 7 janvier 1891, à
ressent aussitôt après une douleur très vive à l’épigastre, puis,
Re de
s'endort d’un sommeil profond et ne se réveille qu’à 9 heures du soir, Au réveil, la douleur est beaucoup plus vive, dans la nuit il est pris de vomissements de sang pur.
Le 8 janvier. — Le malade éprouve toujours une douleur atroce au creux épigastrique. [l essaye de manger, les aliments sont vomis mélangés à du sang.
Le Ÿ janvier. — Aux vomissements alimentaires et sanglants se joint de la diarrhée aqueuse, blanchâtre, acholique, sanglante. Les urines se suppriment.
Cette situation se prolonge jusqu’au 11 janvier, avec une tendance invincible au sommeil; chaque fois le malade est réveillé par la douleur épigastrique.
Le 12 janvier. — Le malade entre à l'hôpital Necker dans le service du professeur Peter. Ce qui frappe c’est la feinte subictérique des téguments. Le malade n’éprouve nullement le besoin de manger. Le ventre est ballonné et douloureux, surtout à l’épigastre et à l’hypocondre droit. Le foie est énorme, son bord tranchant descend au voisinage de l’ombilic ; sur la peau de l’abdomen on distingue un réseau veineux très marqué surtout à droite. La rate est augmentée de volume. Les selles sont décolorêes, blanchâtres, demi-molles et mêlées de sang noir. Le pouls est petit à 68, la température est normale. Le malade est soumis au régime lacté.
Le 13 janvier. — La malade a plusieurs vomissements de lait caillé, mélangé à du sang noir. Les matières fécales sont décolorées et mêlées de sang rouge. L’ictère est plus prononcé, la douleur épigastrique est moins vive. ù
Le malade, qui n'a pas uriné depuis trois ours, excrète 500 grammes d’urines contenant 60 centigrammes d’albumine et
des pigments biliaires,
Le 14 janvier. — Deux épistaxis. Le foie a encore augmenté de volume. 400 grammes d’urines ictériques et albumineuses. Le 15 janvier. — Mêmes symptômes, Aspect typhique. 300 grammes d’urines.
Le 16 janvier. — Les vomissements réapparaissent, mêlés de sang. Deux épistaxis. Matières fécales acholiques, langue sèche, ventre ballonné, malade très abattu mais gardant sa pleine cons-
cience. 300 grammes d’urines.
Le 17 janvier. — Même état. Le foie diminue. 200 grammes d’urines.
Le 18 janvier. — L'état général est meilleur. L’ictère dimi-
nue. Le malade ne vomit plus. Un litre d'urines sans albumine. Le 19 janvier, — Le foie diminue. Le malade rend 800 grammes d’urines. Il a une selle consistante et légèrement colorée. Les jours suivants l’ictère disparaît, le foie diminue encore, le 27 janvier il est redevenu normal. Les urines augmentent progressivement jusqu’à 1.300 grammes. /{ n’y à pas eu de polyurie critique. L’appétit est revenu. La gastralgie a disparu. Le malade quitte le service au début de février, Il à été revu plus tard, son état général est bon. A noter qu’a aucun moment de Ja maladie le sujet n’a présenté de troubles des voies respira-
toires.
Observation II
Quénu. — Bulletin médical.
Jeune homme de 20 ans, portant au bras gauche un ostéomeé * du brachial antérieur. Opération le 31 mars 1909. Conditions parfaites d’asepsie.
Durée de la chloroformisation : une heure et demie av c l’ap-
NY, pre
pareil de Ricard. Quantité de chloroforme employé : 60 gram-
mes (échantillon analysé par M. Lantenois et reconnu absolu-.
ment pur).
Premier jour. — Bon, le soir température de 36°9.
Deuxième jour. — Aucune douleur dans le bras. État local parfait, néanmoins teinte subictérique des conjonctives, température 375, le soir 38°4. Lavement suivi de selle normale.
Troisième jour. — Ictère net, température 37°5. État local parfait. Le soir 38°2, Lavement suivi de selle normale.
Quatrième jour. — Température 36°6. Aucune douleur locale, température 36°6, Traits tirés, ictère persistant, le malade vomit son lait.
La quantité des urines en vingt-quatre heuresest de 500 grammes, elles renferment des pigments biliaires de l’urobiline, 1 gr. 20 d’albumine par litre, et 22 grammes d’urée pour les vingt-quatre heures.
Le soir, température à 374. Vomissements répétés.
Cinquième jour: — La scène a changé : pendant la nuit, jusqu’à 1 heure, agitation extrême. État comateux le matin. Le malade nine sous lui. Pupilles dilatées. L’agitation reparaît. Température 393 à 9 heures du matin. Pouls petit, à 150. Hoquet. Nystagmus, respiration rapide. Le pansement défait, on n’observe rien d’anormal. Le diagnostic d’ictère grave est porté. Le foie garde ses dimensions, la rate est perceptible. A2 heures, coma complet. À 3 heures, Cheyne Stokes, mort à 11 heu-
res du soir. L’autopsie n’a pas été possible.
Observation III
AUBURTIN-TUFFIER. — Guérison,
Femme de 35 ans, opérée une première fois le 27 octobre 1904 par M. Tuffier pour une double salpingite (Procédé conservateur)* Les ovaires sont respectés ainsi que l’utérus. Extirpation de l’appendice, Pas de drainage. Suites opératoires normales. La malade sort guérie le 20 novembre,
Le 12 mai, la même malade entre de nouveau à l’hôpital souffrant du ventre. Le 18 mai, nouvelle laparotomie, nouvelle chloroformisation. Le grand et le petit bassin sont libres d’adhérences. L'ovaire gauche est plus gros que le droit, il est atteint d’ovarite scléro-kystique. On fait une hystérectomie totale. Pas de drainage,
Le deuxième Jour de l'opération, l’état est satisfaisant. Le pouls est à 96, iln’y a pas de température.
Le troisième jour, la journée est bonne jusqu’au soir : à ce moment la malade est prise de vomissements bilieux, fréquents. Le pouls est à 100, la température à 37°.
Le quatrième jour, vomissements très fréquents, marc de café. Le soir ces vomissements deviennent incessants. La ma-
lade est agitée, anxieuse, avec un pouls à 130, et une température à 37°, Le ventre est souplé et non douloureux. Haleine chloroformique.
Le cinquième jour, mêmes vomissements. Subictère conjonctival. Foie débordant les fausses côtes et douloureux. Langue sèche, pouls à 136. Température à 37°. Les urines des vingtquatre beures sont rares, 600 grammes, sans albumine. L’ense-
mencement du sang reste stérile.
Le