‹ Des accidents toxiques post-anesthésiquesChapitre 7 sur 28 · ICTÈRE GRAVE POST-CH LOROFORMIQUE · texte numérisé non relu

ICTÈRE GRAVE POST-CH LOROFORMIQUE

Symptômes. — L'opération terminée, le malade se réveille bien et sa première journée est bonne, la température et le pouls sont normaux et en rapport l’un avec l’autre. Ce n’est que le lendemain, ou plus tard parfois, que vont survenir les accidents. Ceux-ci consistent essentiellement en phénomènes nerveux, en vomissements, puis apparaissent : la teinte ictérique, les modifications des urines, du pouls, de la température, de la respiration.

Les phénomènes nerveux ouvrent la scène et restent au premier plan. Tout d’abord, le malade qui semblait bien jusqu'alors, marque une agitation croissante, et bientôt, accompagnant ces phénomènes d’excitation, apparait un délire parfois très accentué. À ces périodes d’excitation font place des périodes durant lesquelles le malade semble assoupi, dans un demi-sommeil, entrecoupé de mouvements désordonnés et de plaintes mal articulées.

Après quelques jours, parfois même au bout de trentesix heures, le malade tombe dans le coma.

L’ictère apparait dans la plupart des cas.

Un subictère conjonctival est pour ainsi dire constant, Par contre la coloration jaune intense des téguments

n'est pas fréquente.

Besançon 3

Les vomissements sont de règle. Après l’anesthésie se produisent quelques vomissements sans caractère ; bientôt après, ces vomissements se renouvellent. Ils deviennent violents et répétés, et prennent la teinte caractéristique « marc de café » (vomito négro).

Par l’épreuve de Weber on peut déceler une quantité considérable d’hématine.

La, respiration,normale au début, devient irrégulière par la suite, et au cours des dernières heures elle affecte le rythme de Cheyne-Stokes. L’haleine est parfois chloroformique.

Le pouls devient fréquent (110) dès que les accidents apparaissent, et par la suite, de rapide il devient encore irrégulier, inégal, petit et finalement imperceptible.

La température, à part quelques exceptions, reste voisine de la normale. Rarement elle dépasse 37°. Au moment de la mort l’hypothermie est fréquente.

Les selles sont fortement colorées et contiennent beaucoup d’urobiline.

Les urines, de quantité normale au début, diminuent rapidement (500 gr.). Vers le troisième jour survient l'anurie que est de règle à l’approche de la mort. De couleur foncée, les urines renferment de l’albumine. Très pauvres en urée, elles sont riches en pigments biliaires, en urobiline et en acétone.

Le sang ne présente pas de modifications appréciables, pas de leucocytose.

Très exceptionnellement on observe des hémorragies de la peau (pétéchies, purpura), ou de l’hématurie. Ces hémorragies peuvent être rapportées à l’action exercée

sur le sang par le chloroforme (1), qui même très dilué, ou en solution isotonique, détruit rapidement les chromocytes.

La guérison peut se produire quelquefois au bout d’un temps variable, la mort survient habituellement, dans le coma, du troisième au septième jour (2).

L'étude des symptômes, comme nous le faisions prévoir, nous permet d'établir quelques différences entre ceux de l’intoxication chloroformique et ceux de l’ic-

ière grave infectieux post-opératoire.

: : ; Ictère grave Etat infectieux post-chloroformique

Température....... .| Généralement élevée| Pas de température.

HTISSONS PAS .:.|Bxistent. Pas de frissons,

Pouls et respiration.|Accélérés en harmo-|Pouls rapide et respir.nor-

nie, male, harmonie rompue.

Hémorragies .......|De règle. Manquent.

Pürpura.....1....1Très fréquent. Très rare.

Hémorragies réti-

niennes...........|{rès fréquentes. Pas signalées. Vomissements,..... Peu fréquents. De règle.

Prarrhée ere Tendance. Manque. Abcès métaslatiques| Fréquents. Manquent.

Anatomie pathologique.— Les lésions que les expé-

rimentateurs ont décrites et que nous avons rapportées

1. Expériences de Nothnagel, Ostertag, Crube, etc. 2. Heintz signale un cas de mort survenu après quatorze heures,et Roth après vingt-sept jours.

plus haut, se rapprochent beaucoup des lésions découvertes à l'autopsie des malades. Tandis qu’on peut suivre par la méthode expérimentale les altérations cellulaires dans leur forme, dans leur degré, dans leurs lieux d'élection, il est impossible, à l’autopsie, dese livrer à de semblables recherches; nous savons en effet que vingtquatre heures de cadavérisation suffisent à modifier dans une très large mesure l’état anatomique des cellules.

L'on peut résumer cependant les lésions les plus fréquemment observées.

Ces lésions siègent dans le foie; les reins sont relativement moins frappés. Les autres organes sont normaux dans la plupart des cas.

Foie. — Le foie est généralement gros, hypertrophié, jaunâtre, mou et friable. Dans quelques observations

cependant le foie a été trouvé atrophié (800 gr.). A la coupe on constate uneinfiltration graisseuse uniformément distribuée à travers tout l'organe.

Au microscope tous les auteurs s'accordent à signaler d’abord et surtout des lésions de dégénérescence graisseuse. À côté de ces lésions ils notent des lésions de nécrose qui parfois sont teiles que la cellule hépatique est réduite à quelques débris granuleux, mélangés de graisse. La majorité des auteurs décrivent, comme lieu d'élection à ces lésions, la région centro-lobulaire c'est-à-dire péri-sus-hépatique. En somme ce qui a été vu le plus fréquemment peut se définir ainsi : autour de la veine centrale du lobule les cellules ne se présentent plus en travées régulières ; pêle-mèle, au milieu de capillaires dilatées, ces cellules apparaissent à l’état va-

cuolaire ; certaines conservent encore un noyau en voie de multiplication, refoulé à la périphérie de la cellule.

En s’éloignant du centre, les vacuoles deviennent plus petits, le protoplasme plus apparent. Sur les coupes fixées au fléming, la graisse apparait, remplissant les vacuoles, et c’est sous la forme de fines gouttelettes que les cellules de la périphérie lobulaire en renferment. On peut déceler des pigments biliaires surtout visibles au centre du lobule. Les canalicules biliaires paraissent normaux.

Ces lésions en somme passent par une sorte de gamme el vont de la simple intiltration graisseuse, avec noyau conservé et ordination trabéculaire intacte des cellules, jusqu’à la nécrobiose cellulaire absolue et dislocation trabéculaire complète.

Reins. — Les reins, ont attiré l’attention des auteurs, au même titre que le foie. Les lésions qui ont été rapportées sont relativement peu importantes.

L'aspect macroscopique est toujours le même : de volume normal ou légèrement augmenté, ils sont pàles ; la capsule se détache facilement en laissant une surface lisse. À la coupe, la substance corticale est pâle, les pyramides sont rouges, parfois violacées.

Au microscope l'on note une dégénérescence graisseuse plus ou moins marquée. Ceite dégénérescence est presque constamment localisée aux cellules des tubuli contorti. Les anses de Henle et les tubes collecteurs sont généralement indemnes. Quant au glomérule il est toujours intact.

La disproportion entre les lésions observées dans le

ne

foie et dans les reins est frappante. Ce fait n’est pas spécial à l’intoxication chloroformique. Quénu et Folbrain ont publié des observations d’ictère grave infectieux (streptocoques-pueumocoques) avec gros foie, et lésions rénales minimes. Les fonctions de sécrétions urinaires peuvént être sidérées sans que, histologiquement, des lésions nettes apparaissent. D’autre part, il existe des observations de mort rapide après chloroformisation, où le foie ne présentait aucune altération visible (Guthrie). »

Cœur. — Pour certains auteurs le cœur présenterait de la dégénérescence graisseuse. Pour d’autres cette dégénérescence ne serait qu’une infiltration granuleuse des cellules musculaires. En tous cas la majorité des observateurs notent l'intégrité des fibres avec noyaux bien colorés et par endroits seulement une disparition de la striation transversale. Dans les expériences sur lesanimaux, on a reproduit ces lésions, c’est-à-dire la disparition de la striation transversale jointe parfois à celle de la fibrillation longitudinale. Très rarement la disparition des noyaux et l’infiltration granuleuse ont pu être

observées (Stiles, Macdonald, Heintz, Auburtin).

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