SOS
Telles sont les bases qui ont permis à l'Anglais Stewart de découvrir, en 4916, des migrations analogues chez la larve de l’Ascaris : On le concoit, cette migration ne donnant pas lieu à un syndrome clinique actuellement appréciable, ce n’était que d'après les données de la biologie comparée que l’on pouvait en venir à cette découverte.
Stewart expérimenta sur la souris et le rat, ce qui eût pu paraître irrationnel, à priori, étant donné que l’Ascaris ne peut se développer à l’état adulte chez ces animaux, mais 1l pensait que des œufs mûrs d’Ascaris ingérés par ces animaux, pourraient éclore dans leur tube digestif et y acquérir l’état larvaire ; leur petite taille lui permettait de débiter ensuite les hôtes infestés en coupes histologiques, permettant de rechercher les larves dans tous les organes. Ses recherches furent couronnées de succès. Il mit en évidence des larves d’Ascaris dans le foie, les séreuses et surtout les poumons et la trachée.
Ces expériences n'eurent pas, d'emblée, tout le retentissement qu’elles méritaient, sans doute du fait de la guerre, et ce n’est que trois ans après que Ransom en Amérique, Yoshida au Japon, publièrent les résultats de leurs recherches personnelles, confirmatives de celles de Stewart et plus complètes. En même temps étaient émises plusieurs hypothèses pathologiques dont l’une admettant la nécessité d’un hôte intermédiaire, le rat, fut rapidement abandonnée.
Tandis que Ransom admettait la migration par voie sanguine, Yoshida exposait, sur la foi de ses constatations histo-pathologiques, la doctrine de la « Migration active » (1919).
Yoshida ayant constaté sur des cobayes infestés par
l'injection « per os » d'œufs mürs d’Ascaris, la présence de larves dans les cavités abdominales et pleurales, pensa que la migration des larves ayant traversé l'intestin, se faisait régulièrement par cette voie. Les larves. traversaient, par leurs propres moyens, les séreuses péritonéales, le diaphragme, et les feuillets pleuraux, de la même facon qu’elles traversent la muqueuse intestinale. Une sorte de éactisme dirigerait les larves vers le poumon mais elles peuvent s'affranchir de la nécessité de suivre des voies anatomiques, pouvant perforer les tissus par leurs propres moyens.
Chez 10 cobayes infestés par ingestions, il trouva des larves d’Ascaris, en petit nombre, il est vrai, dans la cavité pleurale de 8 d’entre eux ; la plus grande quantité de larves était de 11 chez l’un d’eux.
Pour réaliser expérimentalement la migration pleuropéritonéale, il injecta à des cobayes, dans le péritoine, des larves prises dans le foie d’autres cobayes (infestés par ingestion et tués de 48 à 75 heures après leur contamination). Or, quand ces animaux moururent, ou après les avoir tués (de 20 à 66 heures après l'ingestion), il trouva quelques larves dans leur cavité pleurale ; il est vrai qu'il constatait, en même temps, la présence d'un grand nombre de ces larves dans les poumons.
Il retrouva également quelques larves dans les poumons, dans deux cas où les cobayes avaient recu pie injection, des larves dans la cavité pleurale ; ces cobayes avaient été examinés après leur mort qui survint moins de 20 heures après l’irjection.
Pour Yoshida, l’apparifion de larves dans la cavité pleurale, prouvait clairement leur migration directe
RG SREES
de l’une à l’autre de ces cavités, tout en admettant que « quelques larves trouvées dans la cavité pleurale pouvarient avoir atteint les poumons, en passant à travers le foie et le cœur, par le système circulatoire sanguin » il émit l'opinion que c'était là une voie exceptionnelle ef énonca les conclusions suivantes :
« Les larves écloses dans l'intestin parviennent immédiatement dans la cavité abdominale » traversant la paroi intestinale. Dans la cavité péritonéale, les larves peuvent errer partout librement, c’est-à-dire que quelques-unes se rendent au foie, à la rate, au pancréas ou aux reins et les autres, traversant le diaphragme, pénètrent dans la cavité pleurale ; finaiement elles atteignent toutes les poumons, par leur superficie. I] est ainsi à présumer que les larves émigrent dans chacune de ces directions, en s’enfonçant à travers les différents organes ou tissus, par leur propre pouvoir de pénétration et non par la voie des vaisseaux sanguins...
Un certain nombre de larves, une fois parvenues dans ces organes (foie, rate, etc...) peuvent retourner dans la cavité abdominale et parvenir à la cavité pleurale pour envahir les poumons — la place importante pour leur développement ultérieur: — et celles qui demeurent dans ces organes, y périssent probablement.
Cette interprétation de Yoshida, basée sur l’observation des faits, paraît se présenter avec un caractère d’objectivité qui écarte les doutes, quelque difficulté que l’on ait à admettre, que le tactisme chargé de faire progresser les larves vers le poumon en disposant pour cela de n'importe quelle voie, se trouve si souvent en défaut en donnant lieu à de nombreuses fausses routes.
PTE
Une objection sérieuse à faire aussi, à Yoshida, c'est qu'il avait négligé de faire des examens du sang, et avait, d'autre part, examiné ses cobayes le plus souvent après la mort (survenue du fait d'infections expérimentales) et non de suite après avoir {ué lui-même ses animaux en expérience. Ce sont ces arguments qui déterminèrent B. H. Ransom et E. B. Cram à reprendre cette étude sur de nouvelles bases. Comme ces travaux les plus récemment entrepris-et parus (Mai 1921),-nous paraissent également les plus concluants, nous en ferons une analyse assez détaillée. |
1° Méthode d'études.
Ramson et Cram ont expérimenté sur une centaine d'animaux ; pour la plupart des cobayes, mais aussi quelques lapins et des souris.
Pour infester ces animaux, ils se sont servis exclusivement d'œufs provenant de l'utérus de femelles d’Ascaris du porc (recueillis directement dans l'intestin de leur hôte).
Pour permettre à ces œufs d'atteindre leur maturité — qui, on le sait, ne s’acquiert que dans le milieu extérieur et sous certaines conditions d'humidité et de température — les expérimentateurs les mirent en incubation, à la température du laboratoire, pendant plusieurs semaines, dans des boîtes de Petri remplies d’une solution de formaline à 2 pour 100. Les cobayes et les lapins furent infestés en faisant couler dans leur pharynx, avec un comptegoutte, quelques gouttes de la solution riche en œufs embryonnés et en les forçant à les avaler. Quant aux
LEE Lo ES
souris, on leur fit manger de la mie de pain chargée d'œufs.
Les animaux en expérience furent tués par chloroformisation, après un temps plus ou moins long, à moins qu'ils ne meurent du fait de l'infestation ou pour une autre cause ; de toute façon on procédait toujours ensuite à la recherche des larves dans les divers organes et tissus.
Pour les souris, Ransom et Cram faisaient des préparations intéressant une section du corps tout entier ; les souris étaient écorchées, décalcifiées, incluses en bloc dans là celloïdine et débitées en coupes microscopiques.
L'examen des cobayes était fait le plus minutieusement possible et nécessitait des manipulations plus compliquées. PRES ir
Les cavités pleurale et abdominale étaient ouvertes avec le plus grand soin, en évitant de léser les viscères pour éviter toute contamination par leur intermédiaire aies séreuses étaient lavées avec une solution de sérum physiologique et le liquide de lavage centrifugé, le sédiment examiné au microscope. Le sang était prélevé par ponction des veines, porte, cave, et du cœur droit avec les mêmes précautions, citraté, centrifugé, et le culot examiné.
Pour les organes (foie, poumons, ganglions Iymphaliques, thyroïdes) les expérimentateurs ont employé deux méthodes
a) Expression entre deux lames de fragments de tissus frais et examen au microscope binoculaire de Greenough.
b) Fixation, inclusion et préparation de coupes microscopiques, suivant les techniques histologiques ordinaires.
Avant d'exposer les résultats de leurs expériences, les