OBSERVATION Î
(Recueillie dans le service de M. le professeur agrégé M. Pollosson.)
Adéno-phlegmon d'origine dentaire.
Claude G....., 25 ans, cultivateur. Entré le 5 mai 1892 dans la salle Saint-Joseph, à l’'Hôtel-Dieu de Lyon.
Père, 65 ans, arthritique.Mère bien portante; un frère mort en bas âge de maladie inconnue; neuf frères ou sœurs bien portants. Rien de particulier du côté des collatéraux.
À l’âge de 9 ans, accès de fièvre intermittente. Angine simple pendant le service militaire. En janvier 1892, le malade contracte l’influenza et garde la chambre pendant dix . jours environ. Stomatites et gingivites fréquentes; odontalgies. Pas de maladies vénériennes. Pas d’antécédents strumeux.
Au milieu du mois de mars 1892, le malade s'aperçoit en mangeant de la présence d’une petite tumeur, grosse, dit-il, comme l’extrémité du petit doigt, siégeant dans la joue, juste en avant du masséter, sur la ligne commissurale des lèvres.
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Avant l’apparition de cette tumeur, pas de piqûre ou d’autres lésions de voisinage.
Cette tumeur reste seule et grossit progressivement en perdant la consistance dure qu’elle offrait tout d’abord. Gêne fonctionnelle, mais indolence parfaite. Le malade applique sur sa joue un onguent que lui donne un pharmacien.
Vers le 25 mars, la tumeur devient douloureuse, elle prend un développement considérable, et le ganglion se confond avec les tissus indurés qui l'entourent. Un large abcès se constitue : il s’éten:l d’abord du côté de l’œ1il, en provoquant une légère douleur au niveau de l’os malaire, avec irradiations jusqu’au rocher. Il a peu de tendance à gagner le bord inférieur du maxillaire inférieur.
À ce moment, le malade était porteur d’une plaque inflammatoire de la largeur de trois doigts et d'une épaisseur de quelques millimètres. Cette tumeur rénitente paraît s'être accompagnée de traînées lymphangitiques. Pas d'adénite sous-maxillaire concomitante.
3 avril.— Le malade consulte un médecin, qui pouctionne la tumeur par la cavité buccale au point où elle avait d‘huté. Écoulement d’un liquide sanguinolent, faiblement purulent, sans odeur appréciable. Une quinzaine de jours après, la tumeur continuant à s’accroitre et s’accompagnant de souffrances plus vives, nouvelle ponction, et écoulement d'une faihle quantité de pus.
Depuis le commencement d'avril, le malade a été forcé de suspendre son travail, parce que ses douleurs s’exacerbent quand le « sang lui monte à la tête ».
Enfin, son état ne s’améliorant pas, son médecin l'envoie à l’hôpital, où il entre le 5 mai.
État actuel (5 mai 1892). — La joue droite présente un empâtement considérable avec rougeur intense et généralisée. On constate la présence de quatre petits abcès échelonnés de l'angle du maxillaire inférieur an rebord juférieur de l'orbite. Ces abcès sont fluctuants, et la peau a pris à leur niveau une coloration jaupâtre.
Le plus volumineux d’entre eux, gros comme une nOIX, occupe l'emplacement du ganglion mentionné par le malade.
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L'œil droit est fermé par le gonflement de la région; la bouche s’entr'ouvre difficilement et la mastication est considérablement gènée.
Dentition mauvaise des deux côtés, surtout à droite, où gingivite intense.
L'ouverture de ces abcès donne issue à une faible quantité de pus bien lié.
État général médiocre. Perte d’appétit. 38°5 le matin; 3995 le soir.
9 mai.— Malgré des pansements journaliers, de nouveaux abcès se reforment à la place des précédents ; la température s’abaisse à 37°5.
11 mai. — On ponctionne les abcès suppurés. Un petit abcès est en voie de formation au niveau de l’angle externe de l’œil. Le malade est apyrétique.
14 mai. — Les phénomènes inflammatoires se sont sensiblement atténués. Presque plus d’empâtement ; les téguments ont à peu près pris leur coloration normale. Ouverture de petits abcès de l’angle de l'œil.
19 mai. — Le malade sort guéri.