CHAPITRE II
DES ADÉNITES GÉNIENNES
Après avoir tracé l’esquisse des vaisseaux lymphatiques de la joue, et ébauché l'anatomie de leurs ganglions, abordons leur côté pathologique.
Si on ne les considérait qu'au point de vue de la fréquence, les adénites de la joue seraient d’une importance bien secondaire, car leur nombre comparé à celui des adénites cervicales par exemple est insignifiant. Leur situation cachée, leur petit nombre, le silence gardé sur elles par les auteurs qui ont traité des affections des lymphatiques, tels sont à nos yeux les motifs pour lesquels cette lésion offre un certain intérêt. Cette rareté d’ailleurs relative expose
oue le praticien à de fréquentes méprises, et rend facile la confusion avec d’autres tumeurs des joues. En mettant en relief les caractères propres aux adénites buccales, en déterminant la nature des productions pathologiques qui peuvent envahir lès ganglions de la joue, notre préoccupation constante sera de mettre en garde contre les erreurs de diagnostic le clinicien et plus encore l’opérateur.
Les adénites de la joue au début ne provoquent pas ordinairement de traînées de lymphangite ou d'inflammation du tissu cellulaire voisin. Pendanttoute leur évolution, parfois le cortège des symptômes qui les accompagnent est si peu bruyant, que leur présence peut échapper au praticien ou ne pas attirer l'attention du malade.
Variables d'habitude avec la nature et la durée de la maladie qui détermine leur apparition, les caractères de ces adénites sont aussi quelquefois communs aux diverses variétés. C’est ainsi que les ganglions atteints ont de faibles dimensions, et n’acquièrent que rarement un volume supérieur à celui d’une noisette. La fusion de plusieurs ganglions voisins doit être exceptionnelle, et dans la joue on ne rencontre pas ces paquets ganglionnaires que présentent si fréquemment les régions axillaires ou cervicales. Ces adénites offrent de plus de nombreux traits de ressemblance avec les autres engorgements ganglionnaires.
Tantôt la marche de cette affection est rapide, tantôt elle reste longtemps stationnaire, et l’accroissement (les ganglions lymphatiques est lentement pro-
Pro
gressif. Dans le premier cas, elle aboutit à la suppuration presque d'emblée, dans le second, la période d'induration est fort longue ou permanente.
Au point de vue de la durée, nous distinguerons des adénites aiguës et des adénites chroniques. Les adénites aiguës sont symptomatiques et consécutives à des lésions inflammatoires du voisinage, ou bien idiopathiques, et dans ce cas, elles ne sont précédées d'aucune manifestation morbide.
Quant aux adénites chroniques de la joue, celles se développent chez des sujets tuberculeux ; la simple hyperplasie ganglionnaire doit être d’une extrême rareté. Sans aucune altération d'organes voisins, la tuberculose pourra frapper d'emblée les ganglions lymphatiques de la joue; sa présence dans les ganglions n'implique nullement l'infection bacillaire des muqueuses ou des téguments les plus proches.
Bien différentes sont les adénites cancéreuses ou syphilitiques qui succèdent constamment à des lésions spécifiques des lèvres ou des muqueuses nasale ou buccale par exemple. L'éclosion ici ne se fait pas sur place; nous avons toujours affaire à un retentissement sur les ganglions par l'intermédiaire des lymphatiques, à une propagation des principes néoplasiques, qui aboutit à la dégénérescence du ganglion.
A côté de ces adénites dont nous avons pu observer des exemples, nous réserverons une place pour certaines affections où l'invasion des lymphatiques des joues nous a semblé possible.
Adéno-phlegmons de la joue.
Dans l’intérieur de la joue, les ganglions lÿmphatiques peuvent être atteints de lymphadénite aiguë. Cette inflammation ganglionnaire s'accompagne de phénomènes phlegmoneux plus ou moins intenses, capables de donner le change au point de vue du siège primitif de la lésion, de soñ point de départ. M. le professeur Poncet a observé trois fois cet adéno-phlegmon aigu de la joue. Chez une première malade, qui était une femme de 34 ans, il se trouva en présence d'un phlegmon aigu de la joue gauche survenu spontanément en dehors de toute cause appréciable du côté de la muqueuse buccale, de toute lésion soit du côté des dents, soit du côté du maxillaire inférieur.
L'inflammation était du reste maximum au niveau de la partie moyenne de la joue; la peau était rouge,
Létagre tendue, luisante, la moindre pression exaspérait la douleur, qui du reste était très vive. Une incision sur le point culminant donna issue à un pus phlegmoneux en notable quantité. Sous l'influence de lavages et de pansements antiseptiques, la guérison était complète après quelques semaines. L'’exploration de la cavité purulente avec le doigt ou avec un stylet n’avait révélé aucune altération soit du côté du maxillaire, soit du côté des dents. L’abcès se comporta du reste comme un abcès chaud, et il ne subsista aucune fistule. M. Poncet ne savait à quoi attribuer ce phlegmon buccal dont la pathogénie lui échappait, lorsque quelque temps après il fut témoin d’une adénite chronique de la joue, diagnostic confirmé par l’ablation des ganglions. Il ne douta pas dès lors s'être trouvé en présence d’un adéno-phlegmon, comparable aux adéno-phelgmons si communs du cou, des régions sous-maxillaires.
Dans une autre observation, que nous publions in extenso, ce diagnostic fut également porté par M. Poncet chez une fillette de 10 ans et demi, atteinte d’un abcès aigu de la joue, siégeant un peu plus bas que chez notre dernière malade, et pouvant à première vue simuler à s’y méprendre un abcès d’origine dentaire. L'erreur n’est du reste possible qu'avec un abcès de ce genre, mais nous pensons que l’attention étant éveillée sur la possibilité d'adénophlegmons simples de la joue, le diagnostic en sera facile.
LENORES
Étiologie et pathogénie..
L’adénite aiguë de la joue reconnaît comme cause une lésion inflammatoire voisine, ou bien son développement est pour ainsi dire spontané et ne dépend d'aucune cause appréciab'e.
Dans la première catégorie, nous devons ranger des causes aussi nombreuses que variées, des traumatismes ou des inflammations portant sur des départements lymphatiques bien différents. La direction assignée par les auteurs aux vaisseaux lymphatiques de la face, les quelques notions que nous avons acquises sur le trajet des lymphatiques des joues nous ont permis de reconnaître les diverses parties du visage dont les réseaux lymphatiques aboutissent aux ganglions buccaux. Parmi les tributaires des ganglions de la joue, nous avons trouvé les paupières, les téguments du nez, des lèvres et des joues, les muqueuses nasale, buccale et gingivale. Tout agent septique agissant sur une plaie de ces territoires, toute affection inflammatoire qui aura atteint les affluents lymphatiques de la joue pourra manifester sa présence par un retentissement ganglionnaire. Les ganglions sous-hyoïdiens, sous-maxillaires, parotidiens et préauriculaires pourront se développer seuls ou concurremment avec les ganglions buccaux.
Néanmoins, pour que l'infection lymphatique se produise, il faut que la lésion ne soit pas trop superficielle. Pour ne prendre qu'un exemple, nous voyons que parmi les affections inflammatoires des lèvres, l’herpès labial ou la présence du demodex folliculorum ne sont jamais suivis d'engorgement ganglionnaire, tandis que le furoncle, l’anthrax, la pustule maligne, le psoriasis fissuraire qui se fixe sur les commissures entraînent presque aussitôt des adénites. L'adénite buccale d’origine dentaire étant la plus importante des adénites symptomatiques, elle sera l’objet d’une description spéciale.
La seconde catégorie d'adénites aiguës de la joue comprend celles dont la formation ne peut être rattachée à aucune cause certaine. Les adénites idiopathiques, dont nous ignorons l’origine et qui semblent quelquefois provoquées par le froid, présentent des caractères spéciaux sur lesquels il sera opportun de s'appesantir.