IG
DE LA B L E N N 0 K Tl i ! A G I F. CHEZ l’hOîUME.
sortes, tous les excès possibles, et principalement ceux de boissons, telles que l’alcool, le vin blanc et la bière, favoriseront également le développement de celte complication. Les tisanes diurétiques, prises trop abondamment, ont souvent le meme inconvénient; il est même certains individus chez qui GO à 75 centigrammes de nitre par jour suffisent pour enflammer le col.
Les balsamiques, administrés intempestivement, peuvent irriter aussi le col de la vessie; il est vrai de dire qu’ordinairement on les donne quand l’inflammation est déjà très avant dans le canal, et par conséquent pas bien loin de la vessie, et ce qu’on leur attribue n’est peut-être que la marche naturelle de l’élément phlegmasique. Cependant, dans les cas où le cubèbe et le copahu ont été pris trop tôt ou en quantité trop considérable, et alors qu’il n’y avait, pour ainsi dire, plus rien dans le canal, comme le font inutilement certains hypocondriaques, il en résulte assez souvent de la chaleur, de l’irritation au col de la vessie, et finalement une vraie cystite.
Une injection peut aussi donner naissance à une cystite, mais il faut qu’elle soit très violente. Je m’explique. Autrefois on conseillait de comprimer l’urèthre avec la main ou à l’aide d’un tampon fortement appliqué sur le périnée, toutes les fois qu’on faisait une injection; c’était dans le but, disait-on, de l’empêcher de pénétrer dans la vessie et de l’enflammer. Esl-ce vraiment là ce qui
CYSTITE.
se passe? Non. L’anatomie cl l'expérience nous ont montré (jiic cette précaution était inutile; le liquide, lancé avec une seringue à injection uréthrale, ne va jamais aussi loin, quelque force qu’on y mette. Par quel mécanisme produit-il alors la cystite? Tout simplement par sa trop grande causticité. Quand il est très violent, en effet, il détermine une inflammation tellement vive de la muqueuse uréthrale, qu’il en résulte un retentissement vers le réservoir urinaire, une progression du mal vers la vessie, ou, comme disent certains pathologistes, une rétrocession inflammatoire.
Quelle que soit la part que ces différentes causes prennent au développement de la maladie, celle-ci reste habituellement limitée à la muqueuse, et ce n’est qu’exceptionnellement qu’elle envahit les autres 'tuniques.
Symptômes. — Les symptômes ne se déclarent pas avec une grande violence; il n’y a jamais de signes précurseurs , on trouve rarement de la fièvre, et on ne constate pas en général l’état saburral, comme nous l’avons noté dans l’orchite.
C’est tout d’abord un symptôme purement local, une légère pesanteur au périnée avec besoin fréquent d’uriner ; la miction n’est pas encore pénible et l’on sent seu lement (pie la vessie se vide d’une manière imparfaite. Le malade qui a déjà eu une cystite saisit bien ce début; il sent très nettement que quelque- chose se prépare,
I)E LA. BLENNOUUHAGIE CHEZ l’hoMME.
Bientôt, en effet, la gcne du périnée se change en une véritable douleur qui, du col de la vessie, s’étend au méat urinaire, où elle se convertit en un prurit ou une cuisson qui pourrait faire croire au commencement d’une blennorrhagie. Cette douleur s’irradie quelquefois dans les testicules, comme si le malade était sous le coup d’une épididymite.
Le col vésical est le siège d’une ardeur, d’un ténesme insupportables; à chaque instant, le besoin d’uriner se renouvelle. Le patient rend, péniblement et après plusieurs efforts, une petite quantité d’urine ; à peine ces quelques gouttes d’urine sont-elles écoulées, que le col se contracte de nouveau, comme s’il ne pouvait pas rester une seconde dilaté, et c’est au moment de cette contraction que la douleur redevient plus aiguë; puis elle s’apaise pour reparaître bientôt après, et ainsi de suite.
L’urine rendue dans ces efforts est ordinairement foncée, rougeâtre, quelquefois sanguinolente, et même on peut voir, à la fin delà miction, des gouttes de sang pur. D’autres fois, malgré la tourmente d’un ténesme affreux, il ne s’échappe pas la moindre quantité d’urine. Dans ces moments d’angoisse, le patient use souvent d’un artifice pour calmer ses souffrances : vous le voyez d’une main comprimer, de toutes ses forces, son périnée dans le point correspondant au col vésical, et de l’autre serrer vigoureusement l’extrémité de sa verge. Ce qu’il fait instinctivement pourra quelquefois être conseillé avec
CYSTITE.
avantage. Cette compression m’a paru en cflet, dans beaucoup de circonstances, amener du soulagement.
Si la cystite est très aiguë et qu’elle dure déjà depuis quelque temps, aux symptômes purement locaux que nous venons d’énumérer, se joignent des symptômes généraux : une anxiété vive, un malaise général ; de l’inappétence ; une soif ardente, à laquelle le malade résiste dans la crainte d’augmenter ses urines ; des nausées, des vomissements et un véritable mouvement fébrile; mais, habituellement, ils ne sont pas très prononcés.
Quand le corps de la vessie est atteint, ce que nous avons dit être rare dans la blennorrhagie, l’hypogastre devient sensible à la pression, ce qui n’existait pas dans la cystite du col. La douleur est plus étendue, elle occupe quelquefois toute la partie inférieure du ventre et les aines. La vessie ne peut garder les urines, qui s’échappent à chaque -instant ; parfois, cependant, la rétention alterne avec l’incontinence, et l’on est obligé de sonder le malade pour évacuer l’urine.
Dans certains cas, il se développe une inflammation violente de la cloison vésico -rectale. En faisant alors pénétrer le doigt dans le rectum et en pressant sur la cloison, on provoque une douleur vive; l’introduction même de la canule, pour donner un lavement, est souvent très pénible. Cela s’observe surtout quand l’inflammation est bornée au bas-fond de la vessie; mais, dans ces cas,
!)!•: LA HLKNNOr.UHAGII': CIILZ l’iIOMJUÎ.
lin phénomène autrement grave peut se présenter : l’orifice des uretères rpii, comme on le sait, s’ouvrent très obliquement au niveau de ce bas-fond, se trouve oblitéré par le boursouflement de la muqueuse, et l’urine, s’accumulant dans les uretères et les reins, peut déterminer une fièvre urineuse et la mort.
Dans des cas très exceptionnels, l’inflammation dépasse même les orifices des uretères, elle envahit ces conduits et remonte jusqu’aux reins. Cette complication était connue de Morgagni; il cite l’observation d’un homme qui, ayant eu trois blennorrhagies, succomba à ces accidents. Cet homme était tourmenté par des mictions fréquentes, avec retentissement douloureux au méat; on croyait à une inflammation du col de la vessie. Des symptômes graves se déclarèrent, et il mourut. L’autopsie ne révéla aucune lésion dans le réservoir urinaire, mais on trouva un abcès dans un des reins.
Bell a vu aussi des néphrites consécutives à des blennorrhagies : il pense qu’elles peuvent arriver de deux façons, soit par simple retentissement nerveux, soit par continuité.
Enfin Yidal a eu, dans son service, un malade qui, entré pour une chaudepisse, fut pris de fous les symptômes de l’inflammation des reins et succomba; mais il n’y a pas eu de nécropsie, et ce fait perd toute sa valeur, les douleurs de reins pouvant exister sans néphrite, être purement nerveuses, ou se développer à
CYSTITE.
la suite de l’adniinistration du cubèbe ou ducopahu, dans les premiers jours de la prise de ces médicaments.
La cystite a une marche rapide; en deux ou trois jours elle est à son summum ; puis elle ne larde pas à diminuer. La miction devient plus facile, moins fréquente; la gêne du périnée disparaît, et les angoisses cessent, comme tous les autres symptômes.
La résolution ne se fait pas toujours; la cystite du col, comme celle du corps, peut passer à l’état chronique et amener un catarrhe qui durera plus ou moins longtemps, quoique cependant les catarrhes de la vessie aient généralement une autre cause. Mais cela n’est rien, comparativement à un autre mode de terminaison, rare à la vérité, mais qui s’observe encore de temps en temps. Je veux parler de la suppuration , non pas de celte suppuration légère qui accompagne le calarrhc et qui est fournie par la muqueuse de la vessie, mais de la suppuration des trois couches vésicales ; en un mot, d’un véritable foyer purulent. Le malade court alors un grand danger ; il a bien la chance que le pus se fasse une issue dans le réservoir urinaire , car c’est le cas le plus commun, ou encore à travers la cloison recto-vésicale, comme on l’a également observé; mais il y a aussi à craindre qu’il ne pénètre dans le bassin et amène la mort. Chopart, dans son Traité des maladies des voies urinaires , cite un cas qui a eu une terminaison semblable.
La gangrène est peut-être moins rare qu’on ne le suppose, mais en général elle est très superficielle; elle se révèle par une odeur caractéristique des urines qui même, chez certains individus, renferment des débris <1 eschare. J ai eu occasion de rencontrer plusieurs cas semblables; les malades ont tous guéri.
Le diagnostic de la cystite est des plus faciles. La seule affection avec laquelle on pourrait la confondre, en ce qu’elle présente aussi de la gêne au périnée et de la difficulté dans la miction, la prostatite, s’en distingue par l’absence de ténesme vésical. Je ne parle pas de la péritonite du petit bassin, qui s’en éloigne aussi par des caractères nombreux .
Le pronostic n’a de gravité qu’autant qu’il y a des complications.
Traitement. — Le traitement doit être antiphlogistique par excellence : émissions sanguines locales, sangsues, soit à Thypogastre, soit au périnée, suivant que le col ou le corps est atteint ; bains lièdes prolongés, cataplasmes laudanisés ou belladonés , tels sont les premiers moyens à employer. On devra ensuite entretenir le ventre libre, avec la précaution de ne pas employer l’aloès, qui retentit sur le gros intestin et pourrait augmenter le ténesme vésical ; en même temps, on prescrira les boissons rafraîchissantes, prises en moyenne quantité, et souvent on pourra tromper la soif du malade, qui craint
CYSTITIÏ.
d’uriner, par du jus d’orange, de citron ou un sirop acidulé quelconque. Quand il faut employer les préparations d’opium, c’est surtout aux lavements laudanises qu’on doit avoir recours, et il est presque toujours bon d’y ajouter du camphre.
Dans quelques cas, il faut pratiquer le cathétérisme, pour remédier à la rétention d’urine. Une question alors se présente : faut-il sonder de temps en temps le malade ou laisser la sonde à demeure? Je préfère répéter le cathétérisme que de laisser séjourner une sonde qui, faisant corps étranger, entretiendrait le ténesme déjà si fatigant.
Quand la maladie tend à passer à l’état chronique, les balsamiques, la térébenthine, les onctions stibiées ou avec l’huile de croton sur la région hypogastrique sont indiqués. En général, on doit éviter les vésicatoires, car les cantharides peuvent déterminer l'inflammation de la muqueuse vésicale. Cependant, dans certains cas de catarrhe passé à l’état chronique, une cystite cantharidienne peut agir comine substitutive, et il peut être rationnel d’essayer de la provoquer.
Enfin, aux moyens précédents joignez l’usagedes eaux de Vichy, de Contrexéville, de Balaruc, les bains alcalins ou sulfureux, et vous resterez presque toujours maîtres du terrain.
in; la BLKNNomuiAGiE cniiz l’homme.
PROSTATITE.
La prostatite n’a bien etc étudiée que dans ces derniers temps. On ne trouve en effet presque rien chez les anciens, qui ne paraissent pas avoir saisi sa relation avec la blennorrhagie et ne semblent guère ne la concevoir que chez les vieillards.
C’est du reste une complication peu commune.
L’inflammation de la prostate a la même cause que la cystite que nous venons d’étudier, c’est-à-dire l’existence préalable d’une inflammation de l’urèthre, et même une condition indispensable à son développement, c’est que la blennorrhagie soit arrivée à sa troisième période, ou, en d’autres termes, qu’elle occupe le voisinage du verumontanum. Ainsi c’est rejeter, encore une fois, la
doctrine de la métastase.
L’inflammation se propage donc de tissu à tissu, et par continuité ; mais cette propagation peut s’effectuer de deux manières différentes : tantôt l’inflammation traverse l’épaisseur de l’urèthre, et gagne, à travers les éléments qui le séparent de la prostate, le corps même de la glande; tantôt l’inflammation s’introduit dans les conduits prostatiques qui s’ouvrent autour du verumontanum, chemine jusque dans la granulation terminale de ces conduits, et enflamme consécutivement le tissu cellulo- fibreux qui forme la gangue de la prostate. Mais
PROSTATITE.
que la maladie commence d’une façon ou d’une autre, ce qu’il est toujours à peu près impossible de décider, les symptômes n’en sont pas modifies, et le résultat n’est pas différent non plus.
Les causes occasionnelles sont aussi puissantes ici que pour la cystite, et elles sont à peu près également les mêmes ; nous retrouvons encore les fatigues de toutes espèces, les injections irritantes, avec le mode d’action que nous leur assignons, les balsamiques mal administrés, etc.; mais la plus fréquente de toutes est la constipation. Celle-ci, en effet, provoque des efforts de défécation qui, en se répétant, amènent une congestion de tout Je système vasculaire du bassin, et aident ainsi beaucoup au développement de la phlegmasio. Aussi toutes les lésions de l’anus et de la fin du rectum, qui seront accompagnées de ténesme, agiront-elles dans le même sens, et, parmi elles, je citerai surtout la fissure et les hémorrhoïdes.
Symptômes. Diagnostic. — 11 est quelquefois difficile, au début principalement, d’établir le diagnostic ; le malade, en effet, éprouve, comme dans la cystite, delà pesanteur, delà douleur dans le périnée et une difficulté très grande a uriner. Cependant, en examinant plus attentivement, on voit que ces symptômes ne sont pas tout à fait les mêmes. Ainsi, dans la prostatite, il n’existe pas de véritable ténesme vésical, et les envies d’uriner ne se font
I)K LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMME.
guère sentir Que quand la rétention, purement mécanique et du reste facile à dissiper par le cathétérisme, dure depuis trop longtemps. La douleur aussi a des caractères différents; elle a moins de tendance à s’irradier jusqu’au méat que dans la cystite; elle paraît peser, si je puis m’exprimer de la sorte, davantage sur le fondement; elle est en outre gravative, pulsative.
Mais ees signes-là seraient bien insuffisants et bien trompeurs, s’ils étaient nos seuls éléments de diagnostic; ils peuvent tout au plus mettre sur la voie, mais ils ne donnent jamais la certitude. L’exploration de l’urèthre et du rectum est absolument nécessaire pour lever tous les doutes.
Si donc vous pratiquez le cathétérisme chez un individu affecté de prostatite, vous êtes bientôt arrêtés par un obstacle dû à la tuméfaction de la glande, obstacle que vous ne rencontrez pas dans la cystite. 11 est du reste facilement franchi ; la pression la plus légère sur la sonde suffit pour la faire pénétrer, le canal n’étant pas rétréci, mais seulement aplati mécaniquement. Une fois que vous aurez pénétré dans la vessie, une grande quantité d’urine s’échappera, ce que vous n’observeriez pas non plus avec une cystite, dans laquelle le ténesme ne permet pas à l’urine de s’accumuler et la force à sortir à chaque instant; les cas de cystite avec rétention sont en effet très rares. Enfin, par le cathétérisme uréthral ,
PROSTATITE.
vous pourrez quelquefois apprécier si un lobe de la prostate est plus tuméfie que l’autre.
Si, maintenant, vous explorez le rectum, vous sentirez, à quelques centimètres au-dessus de l’anus, une tumeur plus ou moins volumineuse faisant quelquefois dans l’intestin une saillie très considérable. Le diamètre transversal de cette tumeur peut seul, la plupart du temps, être apprécié; car la prostate, bridée en bas par l’aponévrose moyenne, au lieu de bomber vers le périnée, tend à se développer du côté du bassin, et elle remonte quelquefois si haut, qu’on ne peut atteindre sa dernière limite, quelle que soit la profondeur à laquelle on introduise le doigt.
Cette tumeur est chaude, très douloureuse, dure, ou fluctuante, quand la maladie s’est terminée par suppuration; elle peut être plus saillante à droite ou à gauche, suivant qu’un des lobes de la prostate est plus enflammé que l’autre. Cette tuméfaction de la glande, si facile à constater par le rectum, n’existe pas dans la cystite, et c’est un des meilleurs signes distinctifs des deux maladies. Dans la cystite, le toucher rectal détermine seulement de la douleur, lorsque l’inflammation s’est étendue à la cloison cysto-rectale, mais on ne sent pas de tumeur.
Les symptômes généraux nous révèlent encore quelque différence. Dans la prostatite, en effet, ils sont beaucoup plus accentués que dans la cystite : la fièvre est vive, la
DK LA BLKNNOIUUIACIK ClIKZ L’HOMME.
peau esl cluiude, il y a tic l'insomnie et une grande anxiété. Je sais bien qu’il y a des cystites où les symptômes généraux ont quelquefois une certaine acuité; mais, meme dans ces cas-la, ds diffèrent encore de ceux qu on observe dans la prostatite, en ce qu’ils sont moins persistants, s’ils sont aussi intenses.
La durée delà prostatite est, en général, plus longue que celle de la cystite, dans laquelle l’élément nerveux paraît dominer l’élément inflammatoire; tandis que la prostatite est une inflammation franche, à laquelle il faut le temps de parcourir toutes ses périodes.
La terminaison la plus commune est la résolution; mais on observe aussi la suppuration, et cela de deux façons différentes : tantôt c’est une simple suppuration catarrhale, prenant naissance à la face interne des conduits prostatiques; tantôt une suppuration faite aux dépens de tous les éléments constitutifs de la glande, et par conséquent se terminant par un véritable abcès. Dans le premier cas, il n’y a pas grand danger, l’écoulement catarrhal se tarit à la longue, et tout rentre dans l’ordre; mais, sitôt qu’une collection purulente s’est formée, le pronostic est très grave.
L’abcès peut, en effet, s’ouvrir dans la vessie, dans l’urèthre, par le périnée ou dans le rectum, ou même dans le rectum et l’urèthre à la fois, et toutes ces terminaisons sont redoutables. Il y en a cependant de moins fâcheuses les unes que les autres : le cas le plus heureux
PROSTATITE.
est celui où l’abcès s’ouvre dans le rectum, car le pus trouvant une issue facile, les voies urinaires conservent toute leur intégrité; il n’est pas même à craindre que les matières fécales viennent s’introduire dans le foyer et entretenir la suppuration, car en général l’orifice de communication est très petit : nous n’avons pas pu le découvrir chez un malade entré dans nos salles avec une semblable complication, bien qu’il s’écoulât du pus en assez grande abondance par le rectum. La cicatrisation du foyer peut donc être espérée dans ces conditions.
Si l’abcès s’ouvre par le périnée, on peut aussi avoir quelque espoir; mais il n’en est plus de même s’il se fraye une issue dans l’urèthre ou dans la vessie. En effet l’urine pénétrera facilement, dans le foyer, dont elle agrandira rapidement l’orifice uréthral ; son âcreté activera la suppuration, qui finira par emporter tout le parenchyme glandulaire, et il ne restera bientôt plus à la place de la prostate qu’une coque fibreuse, une vraie caverne urineuse, au fond de laquelle se feront toute espèce de dépôts qui entretiendront indéfiniment une irritation vers ces parties. Celte fonte de la prostate a été bien décrite par M. le professeur Yelpeau.
Enfin 1 abcès peut s’ouvrir à la fois dans l’urèthre et dans le rectum, et établir ainsi une fistule permanente entre ces deux conduits.
Traitement. — Pour prévenir de pareils accidents, il faudra donc ne pas hésiter, dès le début, à employer un traitement énergique. Ne reculez pas ici devant une saignée générale; appliquez ensuite des sangsues au périnée et en grand nombre; veillez à la constipation, une des causes les plus fréquentes de prostatite, et prévenez-la par des purgatifs légers et répétés souvent. Donnez en même temps de grands bains, des boissons délayantes, et couvrez les parties de cataplasmes. Ne négligez pas non plus les calmants de toutes sortes, opium, camphre, etc., mais insistez principalement sur les émissions sanguines et les bains au début et dès que vous pourrez soupçonner la maladie.
Cependant, quoi que vous fassiez, la suppuration peut s’établir; alors si vous supposez que l’abcès va s’ouvrir dans l’urèthre, employez la sonde pour le rompre le plus tôt possible, afin d’éviter les décollements ; si c’est par le rectum que la fluctuation vous semble bien manifeste, n’hésitez pas à introduire un bistouri par cette voie et à ponctionner l’abcès. Enfin quand le pus fusera vers le périnée, ouvrez aussi de bonne heure, pour éviter les fusées purulentes dans les diverses couches interaponévrotiques.
De cette façon vous aurez au moins fait tout ce qu’il était rationnel de faire pour prévenir ces suppurations intarissables, dont je vois en ce moment en ville un si pénible exemple. Il s’agit d’un cas où la prostate est
PROSTATITE.
réduite à sa coque fibreuse, espèce de cloaque qu’il me paraît impossible de combler.
Si cependant, malgré tous ces soins, la maladie avait une terminaison aussi fâcheuse, comme dernière ressource, vous serez en droit de tenter des injections d’iode dans le foyer, afin d’essayer de le tarir. J’ai eu un succès en agissant de cette façon; le malade a guéri de sa caverne urineuse, mais il a conservé un rétrécissement de l’urèthre auquel je ne fais rien, d’abord parce que l’émission de l’urine est encore assez facile, ensuite parce que je craindrais de voir se développer des poussées inflammatoires nouvelles dans une région malade depuis si longtemps et désorganisée à ce point.
Il n’est pas rare, après les prostatites les plus légères, celles que j’ai dit être de la forme catarrhale, de voir des malades sujets à éprouver de temps en temps un écoulement passager, limpide et transparent, filant entre les doigts et assez abondant pour tacher et gommer pour ainsi dire la chemise. Cet écoulement se produit à la moindre érection, au moindre désir, et plus fortement surtout pendant les efforts de la défécation, quand il y a de la constipation. C’est en définitive l’exagération de ce qui se produit normalement chez certains individus. Cet écoulement n est pas grave par lui-même, et je ne 1 ai jamais vu produire ce retentissement sur l’économie
et ces phénomènes d’épuisement signalés par quelques auteurs, mais c est un état qui préoccupé singulièrement les malades, qui leur fait croire à des pertes séminales et qui est un trouble réel dans leur existence. Aussi la thérapeutique doit-elle toujours commencer par calmer le moral, en cherchant à bien persuader au malade que cette affection n’a rien de grave, et surtout qu’elle ne peut pas avoir pour lui les conséquences qu’entraîneraient après elles les pertes séminales; ensuite on conseillerait avec avantage les toniques internes, tels que le fer, le quinquina, un bon régime, et à l’extérieur les bains froids de rivière, les bains de mer, l’hydrothérapie.
ARTHRITE BLENNORRHAGIQUE.
Tout d’abord une première question se présente : Y a-t-il véritablement une affection siégeant dans les articulations, que l’on puisse rattacher à la blennorrhagie? En d’autres termes, la qualification de blennorrhagiques peut-elle s’appliquer avec juste raison à certaines arthrites développées pendant le cours de la blennorrhagie ?
Après les exemples si nets que vous avez vus dans nos salles, et qui prouvent jusqu’à l’évidence l’existence bien réelle de cette variété d’arthrite, cette question vous paraît assurément bien oiseuse et vous ne comprenez pas qu’on puisse un instant hésiter.
ARTHRITE BLIiNN 0 R U II AG IQli E .
Tel n’est pas cependant l’avis de tous. Des auteurs d’un grand mérite ont mis en doute l’existence de cette entité morbide, et l’un d’eux, M. le professeur Thiry (de Bruxelles), a fait, il y a quelques années, un long mémoire pour prouver qu’elle ne devait pas être admise dans le cadre nosologique. Ce médecin et beaucoup d’autres ne veulent voir dans l’arthrite blennorrhagique qu’un rhumatisme articulaire ordinaire survenu dans le cours d’une blennorrhagie, et pour expliquer son apparition chez un individu atteint de chaudepisse, ils invoquent toutes les causes capables de réveiller le -vice rhumatismal et faire gonfler les articulations.
Ceux qui soutiennent cette thèse ont même été chercher des causes jusque dans la manière dont la blennorhagie a été contractée. Ainsi, par exemple, ils ont prétendu que les efforts nécessités par un coït exagéré suffisaient parfaitement pour développer une tuméfaction dans une articulation, et amener ce que nous appelons, nous, une arthrite blennorrhagique. C’est pousser véritablement trop loin le désir de soutenir sa doctrine, car cette explication n’a pas la moindre solidité. On voit en effet, tous les jours, une arthrite blennorrhagique se développer chez les sujets les plus tranquilles et qui évitent avec un soin minutieux toutes les causes susceptibles d’augmenter ou d’entretenir un écoulement qui les affecte déjà si profondément. Du reste, si les
efforts survenus dans le rapprochement sexuel étaient
I 3/| DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMME.
pour quelque chose dans l'apparition de l’accident qui nous occupe, et si la blennorrhagie n’y avait aucune part, pourquoi la même complication ne se développerait-elle pas chez un individu affecté de chancres et se livrant aux mêmes efforts? Le coït n’est pas différent, il me semble, dans les deux cas.
Enfin, pour en finir avec cette explication, si les efforts avaient véritablement une action, cette action devrait se manifester au début de la blennorrhagie, c’est-à-dire le plus près possible du coït infectant qui a nécessité ces efforts; or, ce n’est en général qu’à la fin d’un écoulement que l’arthrite se déclare. Il n’y a donc pas apparence de raison de vouloir expliquer ainsi le gonflement articulaire qui se manifeste dans le cours d’une blennorrhagie.
On a voulu encore en trouver la cause dans le traitement institué contre l’écoulement uréthral, les bains tièdes par exemple, que l’on recommande si souvent dans la période inflammatoire. En prenant ces bains, dit-on, les malades sont exposés inévitablement à des variations de température assez notables pour amener un rhumatisme ou au moins mettre en jeu le vice rhumatismal, et, une fois cet effet produit, les articulations se gonfleront tout naturellement avec la plus grande facilité, et sans qu’il soit besoin, pour expliquer leur apparition , d’en rapporter la cause à la gonorrhée.
A RTHR1TE BLEN NO R R H AGI QU E .
Il n'y g rien de plus faux que celte manière d interpréter les choses, et il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler que bien des individus atteints de chaudepisse sont tout à coup pris d’arthrocèle, sans qu ils aient fait le moins du monde usage de bains d’aucune nature.
Les balsamiques ne sont pas plus coupables que les bains, et je ne conçois même pas sur quoi on a pu se fonder pour prétendre qu’ils avaient quelque influence sur le développement de l’arthropathie blennorrhagie.
Ce n’est donc pas en dehors de la blennorrhagie qu’il faut chercher la cause de cette arthrite ; les deux maladies ont bien manifestement une relation intime, et la raison la plus forte que l’on puisse opposer à ceux qui nient ces rapports de causalité, c’est la répétition de l’arthrite à chaque nouvelle chaudepisse. Ainsi on a vu des gens qui n’avaient jamais eu de douleurs, et dont les parents n’étaient nullement rhumatisants, être pris tout à coup de gonflement dans une jointure à l’occasion d’une chaudepisse, puis, tous ces symptômes une fois disparus, le gonflement et la douleur articulaires revenir aussitôt qu’ils contractaient un nouvel écoulement. 11 y a donc bien dans ces cas-là une relation certaine entre ces deux états pathologiques. Ce n’est pas à dire pour cela qu’un rhumatisme ordinaire ne puisse marcher de front avec une chaudepisse ou se développer pendant son cours ;
DE L.Y BLENNOKKIIAOIE CHEZ L’HOMME
mais ce que nous voulons vous faire remarquer, c’est que, si une articulation devient malade, seulement à l’occasion d’un écoulement blennorrhagique, et si la maladie articulaire suit les oscillations de celui-ci, c’està-dire paraît et disparaît avec lui, on ne peut pas raisonnablement expliquer cela par une simple coïncidence. Voici, du reste, deux observations qui, s’il était besoin de vous convaincre, enlèveraient tout le doute de votre esprit.
Blennorrhagie uréthrale. — Arthrites multiples consécutives.
B... (.Iules), dix-neuf ans, sculpteur, entré le 3 janvier 1859 à l’hôpital du Midi, service de M. Cullerier, salle 10, n° 6.
Constitution molle; pas de rhumatisants dans sa famille; n’a jamais eu non plus de douleurs rhumatismales avant celles pour lesquelles il entre dans le service.
Il a eu deux chaudepisses.
La première remonte à un an. Elle dura deux mois et ne fut suivie d’aucune douleur dans les articulations.
La deuxième date de la fin d’octobre 1858. Quatre jours après son début, douleur, rougeur et gonflement de l’articulation métacarpo-phalangienne de l’annulaire gauche et des deux articulations phalangiennes du même doigt. En même temps, douleur au-dessous du talon gauche.
Il entre dans nos salles, le 3 janvier, avec ces mêmes douleurs; seulement elles sont un peu moins vives. L’écoulement, uréthral est peu abondant.
ANTIMITE BEENNORRHAGIQUE.
Huit jours après son entrée, douleur dans le genou gauclie, et presque en même temps dans le genou droit, mais d une façon moins prononcée; saillies de la synoviale, fluctuation manifeste, sans rougeur.
On applique successivement sur le genou gauche deux, vésicatoires volants qui diminuent beaucoup le gonflement sans le faire disparaître complètement. Pendant ce temps, le genou droit se tuméfie davantage. On y applique aussi un vésicatoire qui amène une amélioration rapide.
Tandis que les deux genoux se tuméfiaient, des douleurs se manifestaient presque simultanément ailleurs : ainsi une douleur se développe dans le coude gauche, à l’articulation radio-cubitale ; il en résulte de la gêne dans les mouvements, sans gonflement appréciable, ni rougeur; le malade se plaint aussi d'une douleur au niveau des vertèbres lombaires, et d’un gonflement dans la gaine des péroniers latéraux gauches.
Tous ces symptômes offrant peu d’acuité, on se contente de boissons diurétiques et de légers purgatifs. Ils s’amendent graduellement.
Le 27 janvier, le malade veut sortir. Il souffre encore dans les lombes quand il essaye de se baisser; la marche est difficile, il faut qu’il s’appuie sur une canne. La douleur du talon gauche persiste, et c’est elle surtout qui gêne la marche ; celle du coude a à peu près disparu. Les articulations phalangiennes ne sont pas non plus complètement dégagées; aucune douleur dans les deux genoux ; un peu d’épanchement encore dans le gauche; léger suintement par l’urèthre.
Le \U mars, le malade revient dans nos salles, et il nous raconte que trois jours après sa sortie, sans cause appréciable, sans coït, l’écoulement uréthral était revenu plus abondant,
UK LA BLBNNOltHHAGIK CHEZ LHOMME.
et huit jours plus tard, toutes les articulations primitivement affectées avaient été reprises.
Même traitement que précédemment; on y ajoute en plus l’iodure de potassium.
Le 13 avril, les autres articulations allaient un peu mieux, quand le troisième orteil du pied droit est pris de gonflement et de douleur.
Le 15, l’articulation de la deuxième phalange avec la troisième du médius de la main gauche se prend également.
Le 20, le malade est loin d 'être guéri, mais il veut cependant sortir. Voici son état : Encore un peu de liquide dans les deux genoux, surtout à droite; extension complète du pied gauche impossible à cause de la douleur qui se passe dans la gaine des péroniers latéraux; plus rien au coude. Le médius gauche est toujours gêné dans ses mouvements; la face dorsale de l’extrémité du pied droit est encore un peu douloureuse.
Encore un léger suintement par l’urèthre, qui n’a, du reste, jamais disparu.
Le 23 août 1859, il rentre pour la troisième fois dans notre service avec toutes ses mêmes articulations prises. 11 nous raconte les faits suivants :
En sortant du Midi le 20 avril, il va à la campagne; il y reste un mois, pendant lequel il se rétablit presque complètement; il n’avait plus guère qu’une légère douleur dans le talon gauche et h la plante du pied droit, et il marchait sans canne.
Dans les premiers jours d’août, il contracte une nouvelle blennorrhagie, peu douloureuse, mais accompagnée d’un écoulement abondant.
Huit jours après cette chaudepisse, toutes ses douleurs re-
A HTHR1TE liLlïNNORUHAGIUUE.
viennent, excepté dans le coude; mais en revanche, 1 articulation métatarso-phalangienne du gros orteil gauche, qui jusqu’à présent était restée intacte, est aussi tuméfiée.
A son entrée, les deux genoux sont énormes, et renferment beaucoup de liquide. On se contente seulement de donner du chiendent nitré. Repos ; peu à peu l’épanchement se résorbe, mais le malade nous quitte encore sans être radicalement guéri.
Arthrite blennorrhagique ; reprise des douleurs et du gonflement articulaires à Voccasion de chaque blennorrhagie.
M... (Olympe), âgé de trente ans, tisserand, demeurant rue de la Pépinière, entré le 30 juillet à l’hôpital du Midi, et couché au n° 3ù de la salle 11 de la troisième division.
D’une forte constitution et habituellement d’une bonne santé, n’a jamais fait de maladie grave; entre autres n’a jamais eu ni rhumatisme articulaire, ni douleurs rhumatismales. Il n’a point eu non plus la vérole. Ses parents sont également d’une bonne santé, et non rhumatisants.
11 a été soldat sept ans en Afrique, où il a eu deux accès de fièvre qui ont cédé en quelques jours aux éméto-cathartiques et au sulfate de quinine.
En juin 1857, étant dans la province de Constantine, il a contracté une première chaudepisse qui fut traitée par la potion de Chopart. Elle avait à peu près disparu, quand en juillet de la même année, il en contracta une seconde qui ne fut point traitée. Elle durait depuis environ cinq semaines, lorsqu’il lut pris de douleurs dans les lombes et la fesse droite, puis consécutivement dans le genou du même côté, avec gonflement de cette articulation et réaction fébrile. Forcé
l/lO Dis LA ULliNNOUHIlAüllî CH HZ l’üOMME.
tle s’arrêter, le malade entra à l’hôpital, où on lui appliqua un vésicatoire et des frictions mercurielles sur le genou. Le malade sortit de l’hôpital au bout d’un mois , mais il lui fallut ensuite, pour être complètement guéri, quatre mois de convalescence , après lesquels il quitta définitivement le service.
Depuis lors, il a habité Orléans, et est venu à Paris il y a quatre mois. Durant tout ce temps, il s’est bien porté, n’a eu ni accidents rhumatismaux, ni nouvelle cbaudepisse. Son état, d’ailleurs, l’a toujours mis à même d’avoir une nourriture et un logement convenables.
Au commencement de mai 1859, il contracta une troisième cbaudepisse plus intense que les deux premières, avec écoulement plus abondant et torsion inflammatoire de la verge. Quatre semaines après le début de cette blennorrhagie, il ressentit des douleurs dans les lombes et les deux fesses. Vers les premiers jours de juillet, la douleur s’étendit au genou gauche, et le malade fut obligé de s’aliter. 11 remarqua, le 20 juillet, un gonflement dans ce genou gauche. Huit jours après, le genou droit se tuméfia à son tour, mais sans douleur. Cette fois, comme lors de la première arthrite, «à mesure qu’apparurent les accidents articulaires, l’écoulement uréthral diminua progressivement.
Le malade ayant voulu marcher et s’étant fatigué, la douleur du genou gauche augmenta, et M... se décida à entrer à l’hôpital du Midi, le 30 juillet.
A la visite du lendemain, on constate une tuméfaction considérable du genou, gauche. Cette articulation est tendue et douloureuse. Les dépressions sus et sous-rotuliennes sont remplacées par des saillies, et à ce niveau on sent de la fluctuation; la jambe est dans l’extension sur la cuisse, c’est la
ARTHRITE RLENNORRHaGIQUE. 141
seule position qui puisse être gardée. Les mouvements de flexion sont impossibles ou du moins très douloureux.
Il y a également tuméfaction du genou droit, mais 1 épanchement est moins considérable ; la tension et le gonflement sont moins prononcés qu’à gauche, la douleur est nulle et les mouvements sont possibles.
Rien dans les autres jointures.
Rien au cœur.
Réaction fébrile légère.
Teinte pâle de la face, un peu d’anémie. Écoulement uréthral peu abondant. On prescrit des cataplasmes sur le genou gauche, 50 grammes sulfate de soude, le repos au lit, une portion.
Dès le lendemain, la fièvre a cessé, mais l’état local reste le même pendant quatre ou cinq jours. On fait alors mettre un vésicatoire sur le genou gauche, et après on fait, à la surface du derme dénudé, des frictions d’onguent mercuriel qui sont continuées les jours suivants. Le régime alimentaire est porté à deux portions, et plus tard, à trois et à quatre.
Sous l’influence de ce traitement, le genou gauche diminue rapidement de volume; l’articulation est moins tendue, et la douleur beaucoup moindre. Des mouvements de demi-flexion deviennent possibles. Il y a également diminution très prononcée dans le volume du genou droit. Celte amélioration commence à se faire sentir d’une manière notable dès le lendemain de l’application du vésicatoire, et elle va en croissant jusqu’au 16 août.
Le 17 août, le malade est pris de coliques vives, avec diarrhée, fièvre, douleur de reins. L’écoulement uréthral, qui s’était arrêté, reparaît plus fort que jamais. On cesse les frictions mercurielles, le malade est mis à la diète.
1A2 DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMME.
Le 19, la[diarrhée et les coliques avaient cessé, ainsi que la lièvre et les douleurs de reins. On applique alors sur le genou droit un vésicatoire suivi de frictions mercurielles sur le derme dénudé. Gomme la première fois, une amélioration considérable suivit immédiatement l’application du vésicatoire et se lit sentir sur les deux genoux à la fois.
Aujourd’hui, 25 août, le genou droit est revenu à son volume normal, les mouvements s’y passent sans aucune gène.
Le genou gauche est encore tuméfié et douloureux, mais le gonflement et la douleur diminuent tous les jours; les mouvements de flexion peuvent s’effectuer, la marche est devenue possible, et le malade se promène dans les salles.
Rien au cœur, pas de fièvre; l’écoulement uréthral est à peu près supprimé ; le malade est à quatre portions.
Ces deux observations sont trop concluantes pour que vous songiez à les réfuter, et vous devez maintenant bien comprendre qu’il y a une relation intime entre le gonocèle, comme l’appelle Swediaur, et l'écoulement uréthral. 11 faut seulement avouer que nous sommes dans l’ignorance la plus complète sur le mécanisme qui préside au développement de cette complication de la blennorrhagie. La métastase, que quelques auteurs invoquent, ne peut être admise ici, puisque l’écoulement n’est pas tari quand l’arthrite survient ; la sympathie n’explique rien; le virus blennorrhagique n’existe pas, selon moi, et quant au virus syphilitique, il est tout à fait hors de cause, comme je me suis attaché à vous le
ARTHRITE BLENNORR HAGIQUE.
démontrer à propos de la nature de la blennorrhagie, en établissant une ligne de démarcation très nette entre la vérole et la gonorrhée.
Nous ne connaissons donc véritablement pas la nature des rapports qui relient entre elles l’arthrite et la blennorrhagie; nous ne pouvons que constater la parenté de ces deux affections.
Mais avant d’aborder les symptômes et avant de discuter le diagnostic, voyons un peu à quelle époque on a commencé à saisir cette parenté. Il n’y a pas très longtemps. Les auteurs anciens, en effet, n’en parlent dans aucun de leurs écrits, et c’est seulement au commencement du siècle dernier qu’on paraît l’avoir entrevue. Le premier, Guillaume Musgrave (1723) a dit que dans les maladies vénériennes les articulations se tuméfiaient quelquefois; mais comme il n’entre dans aucun détail, on peut se demander s’il a véritablement observé l’arthrite blennorrhagique, si l’on songe surtout qu’à cette époque, sous le nom de maladies vénériennes, on comprenait et la vérole et les maladies non virulentes.
Après lui, il faut arriver jusqu’à Hunter pour entendre de nouveau parler de cet accident. Mais Hunter ne cite qu’un seul fait, c’est celui d’un individu qui était pris de rhumatisme général toutes les fois qu’il contractait une chaudepisse ; or, la manière vague dont il l’expose permet de douter encore qu’il ait bien réellement saisi la connexion des deux affections. Aussi Swediaur doit-il être
\lik DR LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMMK.
considéré comme le premier auteur qui ait décrit à part l’arthrite blennorrhagique. Il y consacre en effet quelques pages sous les noms de gonocèle, à' arthrocèle, ou de tumeur blennorrhagique du genou. Il signale même dans ce chapitre une douleur siégeant au talon et qu’il aurait rencontrée plusieurs fois chez des sujets affectés d’écoulement; mais il ne parle d’aucune autre articulation que celle du genou, et c’est ce qui lui a fait donner à la maladie le nom de gonocèle.
Depuis Swediaur, tous les auteurs ont pensé à la relation possible de la chaudepisse et de l’arthrite survenue pendant son cours, les uns l’admettant, les autres la rejetant. Parmi les premiers et en dehors des spécialistes, je citerai AI. Velpeau, qui s’en est occupé dans ses Leçons cliniques , et dont on trouve un article dans le Dictionnaire de médecine; Bonnet, qui en parle également dans son excellent ouvrage sur les maladies articulaires; le Dr Foucart, qui a publié un fort bon mémoire sur l’arthrite blennorrhagique, il y a une douzaine d’années; le Suédois Brand; enfin M. Bollet (de Lyon), dont nous avons eu, l’année dernière, un travail spécial sur la question. Tel est le résumé très succinct de l’historique de l’arthrite blennorrhagique.
Son étiologie se résume encore plus facilement. Je vous ai déjà parlé de la métastase, niée par beaucoup d’auteurs, invoquée par d’autres. Ni Hunter, ni Swediaur n’y font allusion; mais MM. Lagneau et Gibert
ARTHRITE RI.KNNOIUtll AGIQUF. .
n’hésitent pas à l’admettre. Eli bien, je vous répéterai ce que j’ai déjà dit : il ne peut y avoir métastase qu autant que l’écoulement est supprimé complètement; or, bien que ces auteurs aient en effet cité, à l’appui de leur opinion, des cas où l’écoulement s’était arrêté entière-
ment, il n’en est pas moins vrai que c’est l’exception et qu’habituellement il persiste malgré la complication articulaire. La métastase n’est donc pas suffisante pour expliquer tous les buts : aussi bornons-nous à constater que l’arthrite est sous la dépendance de la blennorrhagie, sans vouloir préjuger du mécanisme.
Les causes occasionnelles sont plus appréciables : il est manifeste, par exemple, qu’un coup reçu sur une articulation pendant le cours d’une blennorrhagie favorisera singulièrement le développement de l’arthrite; le refroidissement aussi aura la même efficacité, et il est hors de doute que les professions qui exposent à l’humidité doivent avoir une grande influence sur l’apparition de la maladie. Néanmoins, je me hâte de le dire, la plupart du temps ces causes occasionnelles elles-mêmes sont insaisissables et le médecin ne peut pas même les soup-
çonner.
Ne nous appesantissons donc pas davantage sur une question aussi difficile, et voyons quel est le siège de cette maladie dont les causes sont si obscures.
11 est reconnu aujourd’hui que l’arthrite blennorrhagique peut envahir indistinctement toutes les articula-
it)
DE LA liLENNOIllilI AGIE CHEZ L’HOMME.
lions ; mais ce n’était pas l’opinion des auteurs qui signalèrent pour la première t'ois cette complication de la gonorrhée. Swediaur pensait qu’elle ne se montrait que dans le genou, et il l’avait nommée par cette raison gonocèle. Suivant lui, elle ne se rencontrait pas ailleurs; il note seulement une douleur survenue à la région calcanéenne chez quelques malades ; mais il n’a pas l’air d’y attacher de l’importance et il ne cherche pas à s’en rendre compte. M. Gibert remarqua aussi cette dernière douleur, sans se prononcer sur sa nature. Cette persistance à désigner la région calcanéenne étonne singulièrement M. Foucart et Yidal, qui, tout en étant loin de limiter au genou la sphère d’action de l’arthrite blennorrhagique, ne comprennent pas qu’il puisse y avoir de la douleur où il n’existe pas d’articulation. Nous verrons tout à l’heure que Swediaur et M. Gibert avaient bien observé, et nous en donnerons l’explication.
Toutes les articulations, avons-nous dit, peuvent être envahies, mais il y en a de plus fréquemment atteintes les unes que les autres, et les relevés démontrent que c’est l’articulation tibio-fémorale qui a le privilège sous ce rapport. Viennent ensuite les articulations ti bio-tarsienne, huméro-cubitale, scapulo-humérale, sterno-claviculaire, enfin celles des doigts et des pieds ; ce qui prouve que, contrairement à ce qu’on avait soutenu, l’arthrite blennorrhagique n’attaque pas exclusivement les grandes articulations; seulement il faut noter que quand elle