‹ Des affections blennorrhagiquesChapitre 16 sur 25 · A II T MUTE 11LE1NN0KKII AG1QUE · texte numérisé non relu

A II T MUTE 11LE1NN0KKII AG1QUE

les auteurs qui ont vu des arthrites blennorrhagiques chez la femme n’aient pas songé à noter si le canal urinaire était enflammé en même temps que le vagin; car celte coïncidence du gonflement de l’articulation avec l’inflammation de l’urèthre, si l’observation démontrait qu’elle était nécessaire, assimilerait complètement l’arthrite dans les deux sexes.

Laissons à l’avenir le soin d’éclairer cette question, et bornons-nous, pour le moment, à constater l’existence bien réelle de l’arthrite blennorrhagique de la femme, chez qui sa rareté est peut-être seulement apparente, et pourrait trouver son explication dans cette circonstance .que la femme dissimule très souvent ce qu’elle éprouve du côté des organes génitaux, et que, si elle voit paraître un gonflement articulaire, elle s’empresse de le rattacher au rhumatisme, bien innocemment du reste ; car elle est loin de songer qu’il peut y avoir un rapport entre ce malheureux genou tuméfié et ce léger écoulement qu’elle espère bien guérir seule sans le secours du médecin.

Symptômes. — Les symptômes de l’arthrite blennorrhagique ressemblent beaucoup à ceux du rhumatisme vulgaire; comme dans celui-ci, en effet, on observe de la douleur et du gonflement dans les articulations, et c’est à grand peine qu’on a voulu chercher des caractères distinct ils. M. Velpeau et après lui M. Rollelont avancé

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qne la douleur était, beaucoup moins vive rjuc dans le rhumatisme, et que celte indolence devait servir à la reconnaître. C’est vrai jusqu’à un certain point, et l’on peut même dire dans la généralité des cas ; mais il ne faut cependant pas en faire un signe absolu, car on observe quelquefois des douleurs affreuses. Ces douleurs si vives n’arrivent pas ordinairement d’emblée; elles n’atteignent leur maximum que peu à peu, mais enfin, quelle que soit leur marche, elles n’en existent pas moins dans quelques cas, et, bien que M. Velpeau cite deux cas d’arthrites blennorrhagiques restées indolentes pendant tout leur cours, cette indolence ne doit pas être considérée comme un signe pathognomonique. Il y a en effet des rhumatismes qui débutent d’une façon aussi insidieuse, et d’autre part on voit des arthrites blennorrhagiques s’annoncer avec tout le cortège fébrile d’une inflammation franche. La douleur n’offre donc rien de particulier dans le gonocèle, pas plus au point de vue de sa marche qu’au point de vue de son intensité; tout ce qu’on pourrait dire, c’est, qu’à l’inverse du rhumatisme, elle persiste souvent longtemps après la disparition complète de la lésion locale articulaire et la cessation entière de l’écoulement uréthral. M. Foucart a cité un cas de ce genre où, malgré la guérison de l’arthrite, les douleurs se faisaient encore sentir.

Les caractères tirés de l’examen des téguments sont aussi incertains. Ainsi on a prétendu que dans l’arthrite

ARTHRITE I5LICNN01UU1 AGIQUE .

blennorrhagique la peau restait toujours saine autour de l’articulation et ne rougissait jamais; c’est, pourquoi Swediaur l’avait appelée, avec les Anglais, tumeur blanche. Mais c’est encore là une erreur ; en voulant à toute force distinguer les deux affections, on a force les choses et exagéré la vérité. 11 est vrai, en effet, que très fréquemment les téguments restent normaux autour de l’articulation, et malgré le gonflement dont celle-ci est le siège; mais ce n’est pas constant et il arrive que parfois la peau est très rouge et sillonnée de veines variqueuses. M. Velpeau a même signalé une inflammation vraiment érysipélateuse, inflammation qui, dans ces cas, pourrait opérer une révulsion sur l’écoulement et expliquer la disparition de celui-ci dans quelques circonstances que l’on a eu le tort de mal préciser.

Je dirai du début delà maladie ce que je viens de dire de l’état des téguments; sa lenteur, que l’on a invoquée comme élément diagnostique, n’a nulle valeur, attendu qu’elle n’est pas constante, et que, ainsi que je crois l’avoir déjà fait remarquer, l’arthrite blennorrhagique peut débuter aussi brusquement qu’un rhumatisme ordinaire.

J’ai préféré, messieurs, discuter l’un après l’autre chacun des signes donnés comme pathognomoniques de l’arthrite blennorrhagique, que de vous faire une description de tous les symptômes de cette maladie, symptômes dans lesquels vous auriez cherché en vain

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quelque chose de particulier; je n’aurais fait que vous îepetei ce qui se passe dans le rhumatisme. Vous voyez bien d’ici ce que doivent être les lésions locales : la fluctuation et le gonflement existent là comme ailleurs, et vous savez où les chercher suivant l’articulation prise; il va de soi aussi que la gêne du membre correspondant à l’articulation est en rapport avec l’intensité de la lésion. J’ajouterai seulement que l’élément inflammatoire peut se transporter d’une articulation à l’autre, en envahir de petites et de grandes à la fois, et même disparaître pour être remplacé par une ophthalmie, comme il nous a été donné de l’observer sur un malade qui est venu à plusieurs reprises dans le service.

Pendant ce temps, l’écoulement peut diminuer ou disparaître, ou ne pas se modifier du tout, comme on le voit généralement, de sorte qu’il n’y a encore là rien qui puisse servir au diagnostic.

Pour établir celui-ci, il n’y a véritablement d’utiles que les circonstances dans lesquelles s’est développée l’arthrite, c’est-à-dire l’existence d’un écoulement blennorrhagique , l’absence de tout accident rhumatismal antérieur chez le malade, et surtout la répétition du gonflement articulaire à chaque chaudepisse. Ce dernier point, le plus important, vous fera malheureusement défaut dans la grande majorité des cas, vos malades pouvant n’avoir eu qu’une seule gonorrhée, celle pour laquelle il vous consultent.

ARTHRITE BLENNORRHAGIQUE.

Quant à la marche de la maladie, je n’ai qu’à vous renvoyer aux deux observations rapportées plus haut, vous verrez que la durée la moins longue est encore de plusieurs semaines ; en général, il faut même quelquefois parler de plusieurs mois, et c’est avec surprise que j’entends M. Gibert dire que la marche en est rapide.

La durée est donc longue ordinairement, quelquefois même une véritable hydarthrose peut en résulter ; mais la terminaison de beaucoup la plus fréquente, c’est la résolution. Cependant la suppuration, niée par M. Rollet et d’autres auteurs, a été notée dans quelques observations. Vidal cite un cas qui me paraît hors de doute : a La malade, dit-il, n’avait commis aucune imprudence, elle gardait le repos, elle n’avait été soumise à aucun traitement perturbateur; elle n’en fut pas moins prise d’une inflammation du genou qui donna lieu à des abcès que je dus ouvrir. » Il en résulta une ankylosé. Pour mon compte, je n’ai jamais rien vu de semblable. M. Velpeau, dans un article du Dictionnaire de médecine , parle d’un cas d’arthrite suivie de suppuration, et M. Muffait en a consigné dans sa thèse inaugurale un autre qui entraîna la mort. Mais je dois faire remarquer que dans ces deux circonstances, les malades n’avaient pas d’écoulement blennorrhagique simple. Celui de M. Velpeau portait un rétrécissement, et on le sondait de temps en temps à l’époque où il fut pris d’arthrite ; le malade de M. Muffait était aussi soumis au cathétérisme : de

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sorle que dans ces deux faits il y avait eu traumatisme, et rien ne nous dit qu’il n’en était pas résulte une phlébite et consécutivement des épanchements purulents dans les articulations.

En éloignant ces observations, on voit que les cas de suppuration à la suite d’arthrite blennorrhagique sont rares, et je ne saurais partager l’opinion de M. le docteur Foucart, qui , dans son mémoire sur l’arthrite blennorrhagique publié en 1846, avance que cette forme d’arthrite se termine plus souvent par suppuration que celle qui dépend du rhumatisme vulgaire. Aussi n’est-ce pas la possibilité d’une pareille terminaison qui doit en rendre le pronostic grave ; c’est plutôt le passage à l’état chronique, c’est-à-dire sa conversion en hydarthrose. Cette dernière terminaison, en effet, est fâcheuse, en ce que la marche ou certains mouvements deviennent très gênés ou même tout à fait impossibles. Le jeune sculpteur, dont je vous ai lu l’observation, ne pouvait pas se livrer à son travail ; outre que ses doigts se refusaient à maintenir son ciseau ou son marteau, la station verticale était très pénible. Cette gravité du reste est relative et dépendra surtout des professions.

Après ce que je viens de vous dire de la suppuration, cette terminaison si exceptionnelle de l’arthrite blennorrhagique, vous concevez que les lésions anatomiques de cette affection doivent être peu notables. On a bien signalé toutes les altérations rencontrées dans le rhuma-

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tisrne ordinaire, on a bien noté le fongus des articulations, le ramollissement ou la destruction des ligaments, l’ankylose ou la tumeur blanche, comme chez la malade de Vidal, mais il faut ranger tout cela dans les exceptions les plus rares; il n’y a ordinairement qu’un peu de rougeur de la synoviale et un épanchement séreux dans sa cavité. Rappelez-vous seulement que les lésions ne siègent pas toujours exclusivement dans l’intérieur de l’articulation ; 'nous avons vu, à propos des symptômes, que les téguments devenaient quelquefois rouges et présentaient des dilatations variqueuses. Je viens d’être témoin tout dernièrement d’un fait de ce genre sur un jeune homme qui n’avait jamais eu de rhumatisme. Pendant le cours d’une chaudepisse il fut pris de douleur avec gonflement du coude. Les premiers jours tout parut se passer dans la synoviale, mais bientôt les tissus ambiants furent envahis, des symptômes de phlébite des veines superficielles se déclarèrent, la peau rougit et tout le membre supérieur fut pris d’un œdème considérable. Un étudiant en médecine de ses amis, interne distingué des hôpitaux, effrayé de ces progrès, et n’osant prendre sur lui la responsabilité du traitement, me fit appeler. En présence de symptômes aussi aigus, je fus un instant inquiet sur le résultat; tout heureusement céda aux antiphlogistiques, à l’emploi de pommades résolutives et au repos absolu du membre; la guérison lut complète, mais elle se fit attendre longtemps.

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Je n’ai rien à dire de bien particulier pour les gaines tendineuses et les bourses séreuses. La douleur sera d’autant plus vive qu’elle occupera une région plus exposée aux frottements de toute espèce-, la tuméfaction résultant du liquide épanché variera de forme, ainsi que vous en rend parfaitement compte l’anatomie, suivant la gaine ou la bourse qu’elle envahira. Quant à la fluctuation, elle se sent quelquefois aussi nettement qu’au genou. De plus on constate souvent une crépitation très manifeste par la pression des doigts ; crépitation du 'reste signalée dans les inflammations des gaines nullement consécutives à la blennorrhagie.

Le liquide renfermé dans ces coulisses ou bourses est ordinairement séreux, quelquefois cependant il est purulent, et l’année dernière je pouvais faire voir dans mes salles un exemple de suppuration de la bourse séreuse prérotulienne, survenue à la suite d’une chaudepisse, et dans lequel j’ai été obligé d’inciser la poche pour donner issu à un liquide séro-purulent, véritable abcès de la bourse séreuse. Le malade d’ailleurs a fort bien guéri.

Vous voyez, messieurs, qu’en somme les altérations anatomiques ne fournissent pas de caractères plus distinctifs que les symptômes, et qu’il faut toujours s’eu rapporter à la marche, à l’évolution de la maladie, pour en diagnostiquer la nature.

ARTHRITE HLENNORRHAGIQUE.

Traitement. — Vous comprenez, par conséquent aussi, que le traitement, dont il me reste à vous parler, ne devra pas non plus beaucoup s’éloigner de celui que l’on institue contre un épanchement simple de l’articulation. Les antiphlogistiques, les diurétiques et les révulsifs seront vos seules armes ; mais, avant de vous préciser l’application de ces différents moyens, je dois vous dire que le traitement de l’arthrite blennorrhagique a dû • nécessairement beaucoup varier avec l’idée que chacun s’en faisait, et qu’il a dû subir, à diverses époques, l’influence des doctrines prédominantes.

Ceux qui admettent la métastase pour expliquer le développement de l’arthrocèle blennorrhagique, recommandent de rappeler l’écoulement uréthral par tous les moyens possibles ; c’est, suivant eux, le moyen le plus sûr de dissiper le gonflement articulaire. M. Lagneau est partisan de cette méthode, sur laquelle nous avons déjà porté notre jugement, et qui ne serait rationnelle que dans le cas où l’écoulement aurait entièrement disparu, ce qui presque toujours est contraire à l’observation.

Les médecins, pour qui la blennorrhagie est syphilitique, ont donné le mercure contre sa complication, l’arthrite. Ce traitement est aussi inutile que le précédent ; le mercure, donne en vue d’agir sur la constitution, ne peut avoir qu’une influence fâcheuse sur l’état local, surtout chez les individus débilités, à chairs

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