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DE LA D L KNÎS OTi R H A G I E CHEZ l.’HOMME.
molles, ceux-là précisément qui sont plus prédisposés que d’autres à prendre des arthrites blennorrhagiques.
Je n’insisterai pas plus longtemps sur ees genres de médications. Le traitement vraiment rationnel est celui du rhumatisme ordinaire.
Ainsi vous pouvez pratiquer une saignée du bras, quand l’état sera très aigu; mais, en général, elle sera moins nécessaire ici que dans le rhumatisme vulgaire, car il y a ordinairement moins d’intensité dans l’inflammation, comme on peut s’en convaincre par le peu d’épaisseur de la couenne du sang.
Quand l’inflammation n’est pas assez forte pour comporter la saignée générale, contentez-vous de sangsues autour de l’articulation et de cataplasmes émollients.
A l’intérieur, on a conseillé les boissons diurétiques, auxquelles on ajoute 6 à 15 grammes de nitrate de potasse, ou bien la teinture de colchique à la dose de 3 à 6 grammes. Je n’en ai jamais retiré de grands avantages, aussi habituellement je laisse les malades boire à volonté la tisane rafraîchissante qui est le plus de leur goût.
Le sulfate de quinine, essayé dans plusieurs cas, a donné des résultats trop incertains pour qu’on puisse s’y fier.
Le remède véritablement héroïque, quand les symptômes inflammatoires sont un peu dissipés et qu’il n’y a plus que de l’épanchement, est le vésicatoire volant,
OPJITHALMIE BLENNORRHAGIQUE.
que j’applique partout, quel que soit le siège de la maladie, gaines, bourses ou articulations ; on le répétera plusieurs fois, si c’est nécessaire, mais je rejette complètement les vésicatoires à demeure.
L’onguent mercuriel et toutes les pommades résolutives viendront ensuite compléter l’action du vésicatoire.
En même temps que vous ferez toutes ces applications locales, vous aurez soin de maintenir le membre malade dans l’immobilité.
Si ces moyens sont insuffisants, administrez l’iodure de potassium et tentez la compression préconisée par M. Velpeau. Mais, avant toutes choses, rappelez-vous que la cause première de tous ces accidents, est la blennorrhagie, et qu’en bonne logique c’est elle qu’il faut d’abord attaquer. C’est donc un conseil tout opposé à celui des partisans de la métastase, pour qui la précaution la plus urgente est de ramener l’écoulement à sa primitive intensité.
OPHTHALMIE BLENNORRHAGIQUE.
Il y a deux espèces d’ophlhalmie blennorrhagique tout à fait différentes :
1° L’ophthalmie blennorrhagique ordinaire, qui est un calanhe aigu de 1 œil, une véritable conjonctivite purulente ;
2 El 1 inflammation de la membrane de Dcscemct,
162 DE LA BLENNOnniIAGIE CHEZ L’HOMME.
qui se présente avec des symptômes beaucoup moins intenses.
La première, la plus redoutable, a été décrite la première fois par un oculiste fort distingué, Charles de Saint-Yves, en 1702, dans son Traité des maladies des yeux (1). C’est d’après lui qu’Astruc en parle. Elle a échappé complètement à limiter, qui n’en dit pas un mot dans son ouvrage, et il y a même lieu d’être surpris qu’un observateur aussi sévère ne l’ait pas remarquée ; depuis, tous les auteurs qui ont écrit sur la blennorrhagie y ont consacré des chapitres plus ou moins étendus.
L’ophthalmie blennorrhagique est rare, surtout si on la compare au nombre des chaudepissesque l’on observe. Swediaur pense qu’elle n’a jamais été signalée chez la femme, et pendant plusieurs années passées à Lourcine, MM. Denonvilliers et Gosselin n’ont pu la rencontrer. 11 est cependant indubitable qu’elle existe dans les deux sexes; car j’en ai vu deux cas bien tranchés, seulement il reste démontré qu’elle est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme.
Celte particularité n’a échappé à aucun de ceux qui admettent l’ophthalmic blennorrhagique dans les deuxsexes, etl’on a voulu l’expliquer en disant que les femmes avaient moins l’occasion de porter la main à leurs organes génitaux; peut-être est-ce une raison, mais je
(1) Paris, 1702, in-8, liv. II, chap. iv, art. 4 0.
OPHTHALMIE BLENNORRHAGIQUE.
crois que la principale cause est tout autre. Dans mon opinion, une condition indispensable au développement de l’ophthalmie blennorrhagique, c’est l’existence d’une uréthrite; or, vous savez que, relativement à la vaginite, celle-ci n’est pas commune chez la femme, tandis qu’elle est toute la lésion chez l’homme : là réside véritablement la question. Cette manière d’interpréter les choses me satisfait d’autant plus, qu’elle rapproche entièrement l’ophthalmie gonorrhéique de l’homme et celle de la femme, de sorte que, si l’on en ignore la nature intime, on les rattache au moins de cette façon au même point de départ, l’inflammation du canal urinaire.
Causes. — Comme pour l’arthrite, les avis sont très partagés relativement à l’étiologie de l’ophthalmie blennorrhagique. Mais deux opinions dominent : dans l’une, l’inoculation du pus blennorrhagique sur la muqueuse oculaire est nécessaire; dans l’autre, tout s’explique sans elle.
La première s’appuie sur des faits très bien observés, et dans lesquels les malades avouent s’être frotté les yeux avec leurs doigts souillés de pus. Je ne vous rappellerai pas ici la théorie de M. Thiry (de Bruxelles), qui veut que ce soit seulement le pus de l’uréthrile granuleuse, la seule véritablement blennorrhagique pour lui, qui, mis en contact avec l’oeil, produise l’ophthalmic spéciale. Je ne m’arrête pas à réfuter de nouveau cette
lOft DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’|IOMME.
théorie, à laquelle je ne crois pas pour les raisons que je vous ai déjà développées.
Les exemples de contagion sont nombreux : un oculiste distingué, M. Florent Cunier, a publié dans les Annales d'oculistique (t. XVI), 8k cas d’ophthalmies blennorrhagiques, dans lesquels /i5 (38 hommes et 7 femmes) étaient dus à l’inoculation. Astruc (1) cite l’observation d’un jeune homme, qui, «pour se fortifier la vue, était depuis longtemps dans l’habitude de se laver, tous les matins, les yeux avec son urine encore chaude », et qui, dans ces conditions, ayant malheureusement gagné une « gonorrhée virulente », fut bientôt pris d’ophthalmie vénérienne.
Swediaur, qui croit avec beaucoup de praticiens que « celle ophthalmie tire son origine d’une gonorrhée virulente, répercutée et déposée dans les yeux par voie de métastase, » cite cependant une observation semblable à celle d’Astruc (2).
Enfin, ce qui démontre bien que la maladie se développe parfois par contagion, c’est l’exemple d’individus, vierges de chaudepisse, ayant gagné une ophthalmie blennorrhagique pour s’être servis de linge appartenant à des personnes infectées. L’observation suivante est aussi curieuse que concluante sous ce rapport. Un malade, qui a séjourné longtemps dans mes salles, entra pour une
(1) Astruc, Malad. vdndr., t. III, p. 166.
(2) Swediaur, t. 1 , p. 194 et suiv.
0PHTI1ALMIE BLENNOlUlllAGlQUE.
blennorrhagie; il avait un œil d’émail : un de ses yeux, en effet, avait été perdu dans son tout jeune âge, je ne sais par suite de quelle affection ; il ôtait cet œil artificiel chaque soir et le mettait dans un verre d’eau, qui lui servait à laver sa verge. Tout à coup il est pris d’une inflammation très intense du moignon de son œil et de toute la membrane qui tapissait l’orbite, avec écoulement jaune verdâtre et douleurs affreuses. On en cherchait la cause, quand il nous donna les renseignements précédents. Ce fiât m’ayant frappé, j’en parlai à M. Ricord, qui me dit en avoir observé un semblable.
Ainsi donc, messieurs, on ne peut, au moins dans certains cas, se refuser à admettre le développement de l’ophthalmie blennorrhagique par transport direct sur la conjonctive du pus provenant de l’urèthre.
Mais il y a des preuves non moins certaines que l’ophthalmie peut se déclarer en l’absence de toute inoculation. On en a vu, en effet, frapper des individus qui, instruits du danger de toucher leurs yeux, après avoir porté la main à leurs organes génitaux, prenaient toutes les précautions nécessaires pour éviter ce contact, et n’en ont pas moins été atteints. Asti. Cooper et M. Fl. Cunier ont cité des observations de malades ayant eu déjà chaudepisse et ophthalmie, et qui furent pris de nouveau d’ophlhalmie à l’occasion d’une seconde blennorrhagie, malgré tous les soins qu’ils avaient mis a se préserver d’un accident dont; ils connaissaient par
166 DE L.V DLENN0HR1IAG1B GHM l/nOMME.
expérience le danger. Enfin, on voit souvent l’ophthalmic coïncider ou alterner avec une arthrite blcnnorrhagique, et il est très naturel de rattacher la première à la cause qui a produit la seconde ; or, vous comprenez bien que pour expliquer le développement de l’arthrite, il n’y a pas d’inoculation possible à invoquer. Brand a cité des cas de ce genre, et M. Rollet aussi.
On a bien encore dit à l’appui de la non-eontagion : Si le contact du pus blennorrhagique sur la conjonctive s’effectuait réellement et s’il était véritablement la cause de l’ophthalmie, on ne concevrait pas comment une inoculation analogue ne se rencontrerait pas sur des individus porteurs de chancres à la verge ou affectés de balano-posthite. Malheureusement, pour ceux qui pensent détruire ainsi la théorie de la contagion , la science possède des exemples de chancres palpébraux, développés à la suite d’inoculation de chancres de la verge. Quant à la balano-posthite, jamais elle ne se complique d’ophthalmic pas plus que d’arthrite, car elle manque de ce quelque chose qui fait de la blennorrhagie une inflammation spéciale. Il ne faut donc pas tenir compte de ces dernières preuves ; mais malgré leur insuffisance, l’ophthalmie, par cause interne, a assez d’autres faits qui plaident en sa faveur pour qu’elle doive être admise sans conteste.
C’est pour expliquer cette variété d’ophthalmie, c’està-dire cette ophlhalmic développée en dehors de toute
OPIITHALMIE BLENNORRHAGIQUE.
contagion, que l’on a invoque la métastase. Saint-Yves n’en cherche pas d’autre raison. Vidal, qui ne nie pas complètement la contagion, est cependant très porte à croire que ce n’est pas le mode de développement le plus fréquent, et il donne des arguments assez sérieux pour défendre la métastase. Je vous répète que celle-ci ne pourrait être acceptable que si l’écoulement cessait; or, c’est l’exception quand il s’arrête.
La sympathie entre les muqueuses uréthrale et oculaire, admise par Scarpa et Samson, et en vertu de laquelle l’une s’enflammant, l’autre s’enflammerait, ne me satisfait pas davantage.
Quant aux prétendues émanations miasmatiques du virus blennorrhagique, qui viendraient irriter la conjonctive, c’est une pure conception de l’esprit. Il est bien plus naturel de dire que l’ophthalmie blennorrhagique se déclare quelquefois à la suite de l’inoculation dans l’œil du pus blennorrhagique, et que dans d’autres cas, au moins aussi communs, elle est due à une autre cause qui nous échappe.
Quoi qu’il en soit, la condition indispensable est donc la présence d’une blennorrhagie, et les causes occasionnelles ne pourraient rien sans elle. Parmi celles-ci, se trouvent le froid, les courants d’air, une lumière, une réverbération très vive. Swediaur ne doute pas que, dans les trois cas qu’il a vus, le froid excessif n’ait été la cause déterminante, et, contrairement à nous, il le
L)h LA BLENNORRHAGIE CHEZ LI10MME.
ci oit mémo necessaire. Je ji y attache pus tant d’importance, sans cependant en nier complètement l’efficacité. Lne lumière très vive peut certainement favoriser le développement de l’ophthalmic; j’ai observé un fait où elle me paraît en avoir été le point de départ. Le voici. Un jeune homme à qui je donnais des soins pour une chaudepisse intense se mit un jour à sa fenêtre pour voir passer un régiment de cuirassiers ; un rayon de la lumière réfléchie par les cuirasses lui frappa les yeux, et il en reçut une impression instantanée très pénible. Quand je vis le malade le lendemain, une ophthalmie intense s’était déclarée. Voilà le fait brut. Maintenant y avait-il eu inoculation , la lumière réfléchie était-elle véritablement coupable, ou y avait-il eu tout simplement coïncidence? Ces suppositions sont possibles, mais les choses se sont tellement succédé, qu’il n’est pas non plus irrationnel d’y voir un certain rapport de causalité.
Symptômes. — Les symptômes de l’ophlhalmie blennorrhagique sont très variables, et il est excessivement rare d’en voir le début; la maladie marche ordinairement tellement rapidement, que les paupières sont déjà très tuméfiées quand les malades réclament des soins.
Si vous avez pu assister au commencement, vous avez vu la muqueuse oculaire d’un rouge très vif, écarlate ; bientôt le tissu sous-conjonctival s’infiltre d’un liquide séreux, qui cause très vite un chémosis considé-
OI'HTHALMIE BLENN0RIUIAG1QUE.
rable. La peau est sombre, brunâtre, et en même temps un gonflement particulier, et qui est presque caractéristique, s’empare des paupières : la paupière supérieure, énormément distendue, est béante et imbriquée sur l’inférieure, qu’elle cache presque en totalité. Cette disposition, signalée par beaucoup d’auteurs, a été attribuée à la tuméfaction du cul-de-sac supérieur qui paraît plus
spécialement atteint.
Quelquefois un spasme très énergique étreint les paupières, et si elles ne chevauchent pas complètement l’une sur l’autre, on voit le chémosis faire hernie entre elles et être étranglé absolument comme un bourrelet hémorrhoïdal par le sphincter anal .
L’écoulement, d’abord séreux, devient séro-sanguinolent, puis jaune et vert. Il ressemble tellement à celui qui s’écoule de l’urèthre, qu’il tache le linge identiquement comme lui, et qu’on ne saurait, en aucune manière, en faire la différence. Ce liquide est très âcre et ulcère souvent la joue, quand il coule en abondance.
En même temps, des douleurs gravatives se développent dans l’orbite, et tout autour, aux tempes, au front, et dans certains moments la tête tout entière est traversée par des élancements épouvantables qui arrachent souvent des cris aux plus courageux.
Aces symptômes s’ajoute parfois la photophobie; mais il ne faut pas la confondre avec le spasme du sphincter, et croire que la contraction de celui-ci n’a d’autre but
170 RK LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’üOMME.
que de soustraire les yeux à la lumière. Quand il y a véritablement photophobie, ce que l’on observe souvent chez les enfants scrofuleux dont la cornée est ulcérée, l’œil, fuyant les rayons lumineux, va se cacher sous la paupière supérieure, quand on veut l’examiner; dans le spasme de l’orbiculaire, au contraire, ce sont les paupières qui, contractées pathologiquement, viennent audevant de la cornée restée saine. Ce spasme, du reste, n’existe qu’au début de la maladie, et alors quelacornée ne présente pas encore les lésions nécessaires à la production de la photophobie. A cette époque, en effet, la cornée est parfaitement transparente et seulement enchatonnée par le chémosis ; mais son intégrité ne dure pas longtemps; bientôt la cornée se prend, comme toutes les autres parties de l’œil, et au spasme précédemment indiqué vient se joindre la véritable photophobie.
La cornée peut être envahie de deux façons. 1° Quelquefois elle devient presque instantanément grisâtre dans toute son étendue et se détache entièrement ; c’est une espèce de sphacèle général d’emblée. 2° D’autres fois une ulcération, semblable à un coup d’ongle, commence à la circonférence, puis peu à peu fait le tour, et finit aussi par amener un sphacèle et un ramollissement de toute la cornée. Dans les deux cas, c’est un sphacèle par étranglement inflammatoire. La seconde forme , moins grave, peut s’arrêter en chemin, et laisser intacte une
0PIITIIALM1E liLENKORRIIAGIQUE.
partie do la cornée; mais, comme la première, clic peut également entraîner la perte de l’œil, et cela très rapidement, en deux ou trois jours ou même en quelques heures. De quelque façon donc que la cornée soit envahie, sitôt qu’elle l’est, le pronostic est des plus fâcheux.
Voilà pour les symptômes locaux.
L’état général est assez sérieux; il y a de la fièvre, de l’agitation, de l’insomnie et même de la stupeur; mais un caractère sur lequel je veux insister, c’est une grande préoccupation des malades, un pressentiment do ce qui va leur arriver : ils sentent, pour ainsi dire, qu’ils vont perdre l’œil. Il est des cas cependant où il n’y a pas de réaction.
Mais qu’il existe des symptômes généraux ou non, les symptômes locaux sont toujours aussi alarmants et la marche est la même, c’est-à-dire très rapide. En quelques heures on a vu l’œil perdu, bien que l’ophthalmie suivît toutes ses phases. D’autres fois la marche est plus lente, mais c’est exceptionnel, et il faut vous en défier, car la maladie, restant bornée pendant quelques jours à la conjonctive et, paraissant assez bénigne, acquiert souvent tout à coup une extrême acuité, et l’œil peut se vider avant que vous ayez le temps d’agir. Soyez donc toujours sur vos gardes quand vous avez devant vous une ophthalmie chez un individu atteint de blennorrhagie , et rappelez-vous aussi qu’il y a de ces conjonctivites insi-
172 DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’iIOMME.
dieuses que vous croirez guéries, et qui, à l’occasion d’une recrudescence dans l’écoulement uréthral, reviendront subitement à leur plus haut degré d’intcnsilc.
L’ophthalmieblennorrhagique est donc excessivement grave et pour deux raisons. D’abord, parce que l’œil est très souvent compromis ; cl ensuite parce que, la maladie eût-elle une issue plus heureuse, la résolution est rarement entière : il subsiste presque toujours des ulcérations, des taches sur la cornée, qui gênent la vision pour le reste de la vie, et puis dans ces cas redoutables, où toutes les membranes et tous les milieux, choroïde, rétine, cristallin, humeur vitrée, ont été pris, l’œil peut bien ne pas se vider, mais la vision n’est pas moins perdue par le développement consécutif de cataractes et d’amauroses. Ainsi donc, de quelque côté qu’on se tourne, danger imminent. Swediaur le savait bien, les trois cas d’ophthalmie blennorrhagique qu’il signale ont été suivis de cécité ; aussi est-ce du devoir du médecin, quand pareille maladie se présente à lui, de prévenir la famille de la probabilité d’une issue fatale.
Je ne vous parlerai qu’en passant d’une terminaison assez singulière signalée par Aidai, et qui consisterait dans la formation sur la conjonctive et les parties voisines de végétations en tout semblables à celles que l’on voit sur le gland et le prépuce. Je n’ai jamais rien vud analogue.
Diagnostic. — Bien qu’il n’y ait pas de signes objec-
0PI1TIIALMIE RLENNOURIIAGIQUE.
tifs pathognomoniques, et bien que les lésions ressemblent beaucoup à celles de toutes les ophthalmies purulentes, le diagnostic n’est cependant pas, en général, difficile ; celles-ci, en effet, ont une marche ordinairement plus lente, se développent pendant le cours d’une épidémie et ne coïncident pas avec un écoulement uréthral. Cette dernière circonstance est importante sans doute, mais elle ne satisfait pas complètement, et l’on a cherché à découvrir des signes plus précis.
On a dit, par exemple, qu’un des caractères qui serviraient à établir le diagnostic de l’ophthalmie blcnnorrhagique, c’est que celle-ci commence par envahir la muqueuse palpébrale; mais, en admettant que ce soit vrai, il est très difficile de le vérifier, puisque nous n’assistons presque jamais au début.
Lawrence soutient qu’elle n’attaque qu’un seul œil à la fois; c’est exact assez souvent, mais non pas toujours.
M. Hairion avance qu’elle se distingue des autres ophthalmies rpar le gonflement des ganglions préauriculaires. Je ne vois encore rien là de bien caractéristique, puisque les ophthalmies blcnnorrhagïques ne le présentent pas toujours, et que, d’un autre côté, nous voyons tous les jours l’inflammation la plus simple retentir vers les ganglions voisins.
Tous ces caractères n’ont donc pas une grande portée, et je crois que c’est seulement par la rapidité de
a /U DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ L’HOMME.
la marche et la présence de la chaudepisse qu’on peut établir le diagnostic.
Quant au diagnostic différentiel de l’ophthalmie par contagion et de l’ophthalmie dite métastatique, on a pensé le préciser par les caractères suivants. La première se déclarerait au début de la blennorrhagie, période pendant laquelle le virus a le plus d’activité, tandis que 1 autre ne se montrerait qu’au déclin, comme l’arthrite; l’ophthalmie par contagion serait plus aiguë, plus grave, moins facilement attaquable par les agents thérapeutiques, et l’autre offrirait moins d’acuité et aurait plus de chance de guérir. Je livre à votre appréciation ces différentes opinions, que, pour mon compte, je considère comme de nulle valeur.
Traitement. — Les partisans de la métastase veulent que Ton rappelle l’écoulement le plus tôt possible. « J’ai toujours, dit Swediaur (1), conseillé l’inoculation de la blennorrhagie comme le moyen le plus sûr et le plus expéditif de guérir la psorophthalmie, et j’ai eu la satisfaction de les voir guérir pour la plupart, même sans aucune application externe. »
Ne vous arrêtez pas, messieurs, à une pareille pratique; le temps est précieux, ne le perdez pas à raviver l’écoulement uréthral, adressez-vous directement aux antiphlogistiques et usez-en largement. Une, deux, trois .
(1) Swediaur, loc. cil.
OPHTHALMIE BLENNORRHAGIQUE.
saignées générales, s’il le faut 5 puis des sangsues aux tempes en grande abondance, que vous répéterez aussi, s’il est nécessaire. En même temps, agissez sur le tube intestinal, soit par des purgatifs énergiques, ainsi que je le préfère , soit par l’émétique à haute dose, comme le conseille M. Rognetla. Mais agissez rapidement, c’est le point essentiel.
Ce n’est pas tout : sitôt que le chémosis commence, cautérisez avec le crayon de nitrate d’argent, si c’est possible, ou avec une solution très concentrée de ce sel (10 parties pour 20 ou 30 d’eau), s’il y a du spasme des paupières.
Si, malgré cela, le chémosis augmente, excisez-en une partie, et cautérisez le reste ou même enlcvez-le complètement. Samson insistait beaucoup sur cette excision, et il poussait si loin sa méthode, que, dans les cas où les paupières, trop gonflées, ne pouvaient être ouvertes, il donnait le conseil de fendre la commissure externe, et d’enlever ensuite avec une pince et des ciseaux le bourre! etœdémateux. Cette méthode, ainsi entendue, n’a pas trouvé beaucoup de partisans.
M. Tyrrel, pensant que lesphacèlede la cornée était dû à un étranglement causé par le chémosis, a proposé et pratiqué lui-même le débridement de ce chémosis. Cette opération, toujours très délicate, est souvent même impossible, surtout avec les règles que donne Tyrrel, et elle ne vaut pas, a mon sens, l’excision.
Peu importe, du reste, le procédé opératoire ; l’important est d’agir énergiquement et avec le plus de célérité possible. Ce sera meme souvent tellement urgent, qu’il vous faudra employer dans la même journée tous les moyens dont j’ai parlé, et peut-être les répéter plusieurs lois en vingt-quatre heures. Les jours suivants, si une amélioration s’est manifestée, vous pourrez suspendre les cautérisations et vous borner aux dérivatifs, vésicatoires et purgatifs ; ne négligez pas non plus de laver l’œil à grande eau plusieurs fois par jour, comme l’a conseillé M. Chassaignac dans l’ophthalmie des enfants. Ces irrigations sont excellentes : outre qu’elles nettoient la conjonctive et la cornée en enlevant toute la matière purulente qui les souille au fur et à mesure qu’elle se forme, par leur fraîcheur elles calment beaucoup les douleurs du malade, et font surtout sentir leurs bons effets quand on vient d’employer le caustique.
En même temps que vous agissez ainsi, administrez les narcotiques à l’intérieur à forte dose ; vous ne sauriez trop multiplier les moyens susceptibles de calmer votre malade, tant sont grandes ses tortures.
Enfin vous avez gagné du terrain, mais ne vous reposez pas encore : poursuivez le mal par les vésicatoires volants appliqués soit au front, soit aux tempes, soit à la nuque, et renouvelez -les aussitôt qu’ils sont secs; s’ils ne suffisent pas, n’hésitez pas k appliquer un séton. Vous ne vous arrêterez, en tous cas, que lorsque l’œil
OPHTHALMIE BLENNORRHAGIQUE.
sera complètement perdu ; car il faut que vous sachiez bien qu’il est des individus dont la cornée, entièrement ramollie , avait laissé déjà échapper toute l’humeur aqueuse, et ne permettait guère d’espérer la guérison, tant l’œil paraissait aplati, et qui n’en ont pas moins conservé la vue. Dans ces cas-là, en effet, comme j’ai pu l’observer moi-même, aussi bien dans l’ophthalmie purulente des enfants que dans l’ophthalmic blennorrhagique des adultes, l’humeur aqueuse se reproduit, et le malade en est quitte pour des taches sur la cornée.
La deuxième affection de l’œil, qui se manifeste sous l’influence de la blennorrhagie, s’éloigne beaucoup de celle que nous venons d’étudier, et par la gravité, et par les symptômes. Elle en diffère même tellement, qu’elle a dû et qu’elle doit encore nécessairement échapper à bon nombre de praticiens, et qu’elle n’est indiquée que par quelques auteurs.
C’est la troisième variété de Mackensie qui admet trois ophthalmies blennorrhagiques : 1° une ophthalmie contagieuse ; 2° une ophthalmie métastatique , et 5° une troisième espèce, qui est celle qu’il me reste à vous faire connaître, les deux premières se résumant dans celle que nous venons de terminer.
Liand en cite un cas. M. Ricord l’admet sous le nom d ophthalmie par cause interne; il la croit sympathique delà blennorrhagie et la considère comme une inflam-
1)E LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’iIOMME.
malion pure et simple. M. Rollet, comme Brand, la croit rhumatismale.
Cette affection, qui est constituée par l’inflammation de la membrane de Descemet, n’est ni rhumatismale, ni sympathique, elle est due à cette même cause inconnue qui tient sous sa dépendance toutes les manifestations de la blennorrhagie. J’ai eu occasion de la voir quelquefois, et, l’année dernière, vous avez tous pu l’observer sur un de nos malades atteint d’une arthrite blennorrhagique des deux genoux.
Les symptômes en sont légers; ils se résument souvent dans un peu de douleur dans un œil ou dans les deux yeux, avec ou sans embarras gastrique, et accompagnée au bout de quelques jours d’une gêne de la vision toujours peu considérable.
Dans un degré plus avancé, en examinant l’œil, on remarque une congestion modérée de la sclérotique ; la cornée est lisse, intacte, sans aucune ulcération, et s’il y a parfois de la photophobie, elle est toujours peu prononcée. La pupille, rétrécie, se dilate difficilement, mais elle n’est pas déformée et l’iris n’a pas changé de couleur. Si les milieux de l’œil sont altérés, c’est avec la même indolence, si je puis m’exprimer ainsi. Un simple nuage obscurcit la chambre antérieure, et tout peut se borner là. Mais bientôt, en général, toute l’humeur aqueuse devient trouble et de profil; on aperçoit comme un dépôt floconneux à la face postérieure de la cornée,
OPHTHALMIE BLENNORTIIIAGIQUE .
de sorte que l’œil est dur, tendu, et la cornée paraît bombée en avant. Dans quelques cas, à l’humeur aqueuse et aux flocons albumineux se joint un peu de sang épanché.
Tous ces symptômes qui pourraient vous faire croire à une kératite ou à une iritis, ne sont dus qu’à des lésions de voisinage; la vraie lésion siège dans la membrane de Descemet qui est enflammée; en un mot, c’est uneaquocapsulite, et le diagnostic n’est pas entouré d’autant de difficultés qu’on pourrait se l’imaginer. Ce ne peut être, en effet, une iritis simple et franche, puisqu’il n’y a pas de déformation dans la pupille, ni de changement de coloration de l’iris, ni d’épanchement plastique à sa surface (condylomes), ni de cercle radié sclérotical. La seule chose qui plaiderait un peu en faveur de l’iritis, c’est le petit dépôt floconneux que j’ai signalé dans la chambre antérieure ; mais vous savez qu’il n’existe qu’à la face interne de la cornée, et que l’iris n’en présente aucune trace. L’iritis doit donc être complètement éloignée ; quant à la kératite, elle offre encore moins de points de ressemblance avec l’affection qui nous occupe, car on n’observe aucune ulcération; la photophobie, au lieu d’être très forte, est à peine marquée, et la cornée, vue de profil, est transparente dans toute son épaisseur. Le diagnostic ne présente donc pas de doute ; c’est bien une inflammation de la membrane de Descemet, et comme celle-ci est une séreuse, on s’explique alors làci-
ïement comment elle coïncide avec l’arthrite blennorrhagique et comment elle peut alterner avec elle.
Dans tous les cas le pronostic est fort peu grave et la résolution s’effectue avec une assez grande rapidité. Par conséquent, le traitement sera très simple. Ce ne
serait que dans les cas où l’inflammation semblerait un
peu vive' qu’une petite saignée du bras pourra être pratiquée; quelques sangsues aux tempes, de légers purgatifs, des compresses résolutives sur les paupières, mais surtout un vésicatoire volant sur le front ou à la nuque, en feront facilement justice.