DE LA BALAN0-P0STHITE
• Je ne terminerai pas l’histoire de la blennorrhagie sans vous entretenir d’une maladie qui , bien qu’infiniment moins grave, a cependant avec elle une certaine analogie, qui reconnaît souvent les mêmes causes, et qui peut, dans quelques circonstances, être confondue avec elle : je veux parler de l’inflammation du gland et de la surface interne du prépuce, affection à laquelle on a donné le nom de balanite , quand le gland seul est pris; de posthite, lorsque c’est la surface interne du prépuce, et de balano-posthite , quand les deux muqueuses sont enflammées, ce qui est le cas le plus ordinaire. On l’a aussi appelée blennorrhagie balano-préputiale , blennorrhagie externe , chauclepisse bâtarde,
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Elle est assez fréquente, et elle se fait voir en dehors de tout contact infectieux, de même qu’elle succède souvent à un coït impur. On l’observe à tous les âges , mais quand on la rencontre chez les tout jeunes enfants et dans la vieillesse, on peut tout de suite supposer qu’elle n’est pas le produit de la contagion. Dans ces deux extrêmes de la vie, c’est le plus souvent la disposition herpétique qui y donne naissance. Chez l’adulte, au contraire, c’est ordinairement le rapprochement des sexes.
On a dit, et avec juste raison, que le phimosis complet congénital ou que la conformation du prépuce dont l’ouverture est assez étroite pour permettre difficilement la sortie du gland , était la cause la plus fréquente de la balano-posthite : cela est incontestable, puisque, dans ces cas, l’urine, ne trouvant pas une issue facile, s’épanche sous le prépuce jusqu’à la couronne du gland, où elle se mélange avec le smegma, ce qui constitue alors un liquide qui devient irritant ; mais cette cause est loin d’être constante, car il n’est pas rare de rencontrer des individus dont le gland n’a jamais été découvert, et qui cependant n’ont jamais ressenti le moindre inconvénient, de même aussi qu’on voit des malades affectés de balano-posthite chez lesquels l’ouverture préputiale est très large. Il faut dire aussi que souvent on a pris l’effet pour la cause, et que quand on a vu le phimosis, soit chez des enfants, soit chez des vieillards sujets à l’inflammation balanopréputiale , on n’a pas fait attention que c’était cette
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inflammation souvent renouvelée qui avait amené une modification dans la structure normale de ce voile membraneux ; d’où la difficulté de ses mouvements, d’où le rétrécissement de son ouverture et souvent son atrésie incomplète.
La balano-posthite qui suit un coït impur est bien moins souvent déterminée par une vaginite ou une uréthro-vaginite, que par la sécrétion de la vulvite herpétique, par un écoulement leueorrhéique simple ou par le produit de sécrétion d’ulcérations tuberculeuses ou cancéreuses de l’utérus. Quand la balano-posthite est le résultat d’une véritable blennorrhagie de la femme, il est assez rare qu’elle existe seule; le plus ordinairement elle accompagne l’inflammation de l’urèthre. Dans ce cas, on conçoit que le phimosis congénital soit une cause prédisposante, parce que l’écoulement uréthral baigne sans cesse la muqueuse du gland et du prépuce, et cela est si vrai, que si l’on observe attentivement, il est facile de se convaincre que cette inflammation est secondaire, et qu’elle n’arrive que quelques jours après que les premiers symptômes se sont déclarés du côté de l’urèthre.
Quand la balano-posthite est la conséquence de la blennorrhagie , les symptômes en sont rapidement très aigus. Lorsqu’au contraire elle est produite par les autres causes que j’ai indiquées, elle est beaucoup plus lente à se développer et à atteindre son summum d’intensité. C’est d’abord un sentiment de prurit, de cuisson
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dans la région du gland. Si le malade examine sa verge, il s’aperçoit que le gland est rouge , que la surface interne du prépuce est plus scclie, et s’il veut découvrir, il a plus de peine et souvent une certaine douleur. Cet état peut durer ainsi pendant plusieurs jours, puis il s’aggrave, et une sécrétion muqueuse, muco-purulente, purulente même, ne tarde pas à se faire voir : c’est alors que s’il y a phimosis naturel ou rétrécissement de l’ouverture préputiale par l’inflammation elle-mcme , il est possible de ne pas bien distinguer si le pus jaune ou verdâtre que l’on voit suinter provient de l’urèthre ou de la surface du gland.
A cette période toute l’extrémité de la verge est gonflée, quelquefois œdémateuse; il y a quelquefois aussi sur l’organe des traînées rouges qui montent jusqu’à sa racine, et qui sont l’indice d’une lymphite, par suite de laquelle les ganglions inguinaux, légèrement gonflés, deviennent douloureux.
Localement la muqueuse balano-préputiale peut présenter trois états différents. Tantôt, en effet, il n’y a qu’une inflammation franchement catarrhale, sans la moindre solution de continuité. Ceci se voit surtout chez les enfants et dans la balano-posthite des vieillards , où la muqueuse est épaissie, comme le tégument l’est toujours dans les affections eczémateuses chroniques. Tantôt l’épithélium est enlevé, et la muqueuse est érodée, exulcerée par places et même dans la plus grande partie
de son étendue. Il n est pas rare fjue la muqueuse du prépuce participe a celte érosion, qui le plus souvent cependant est bornée au gland. Tantôt, enfin, la muqueuse n est plus seulement erodee, mais le siégé d’une véritable ulcération qui peut très bien être prise pour un chancre. C’est la violence de l’inflammation qui détermine l’ulcération. Celle-ci peut se compliquer de gangrène, et les destructions partielles du gland et du prépuce sphacélés n’ont souvent pas d’autre cause , alors qu’on est porté presque constamment à y voir des chancres gangréneux.
La terminaison de la balano-posthite par gangrène est assez rare ; le plus ordinairement c’est la résolution qui a lieu ; seulement elle se fait plus ou moins attendre , suivant que l’ouverture du prépuce est assez large pour permettre la sortie libre du gland, et par conséquent les applications topiques nécessaires.
Une conséquence de l’inflammation qui nous occupe, c’est l’adhérence partielle ou générale des deux feuillets de la muqueuse balano-préputiale. Elle se rencontre chez les sujets qui en ont été affectés à plusieurs reprises, et si l’on a à pratiquer l’opération du phimosis , il faut être prévenu que cette adhérence peut avoir lieu. Dans un cas tout récent, j’ai dû opérer un jeune homme affecté de phimosis congénital, qui, depuis son enfance, avait été en proie à un certain nombre d’atteintes de symptômes évidents de balano-posthite; j’eus beaucoup de peine à
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faire une disseclion convenable, et il me fallut pour ainsi dire reconstituer le prépuce avant de le réséquer, tant l’adhérence était complète dans tous les points. Quelquefois ce ne sont que des brides plus ou moins larges qu’on détruit facilement.
Le diagnostic de la balano-posthite est parfois assez embarrassant à établir, quand il y a phimosis. En effet, la verge peut être gonflée comme dans la blennorrhagie. Comme dans celle-ci le malade peut souffrir en pissant, mais alors la douleur n’a pas lieu sur le trajet du canal ni dans la fosse naviculaire, et avec un peu d’attention on s’assure que c’est le passage de l’urine sur le prépuce enflammé qui la détermine. Si le phimosis n’est pas complet et qu’il laisse apercevoir le méat, on peut toujours distinguer d’où vient l’écoulement, et il n’est pas rare alors de constater qu’il provient en même temps de la surface balano-préputiale et de l’intérieur du canal, de même aussi qu’on peut s’assurer que celui-ci est tout à fait étranger au mal.
Le diagnostic de la balano-posthite est plus facile lorsque le gland peut être mis à découvert, puisqu’on a la maladie sous les yeux et qu’on voit s’il n’y a qu’inflammation catarrhale, ou si ce sont des érosions et des ulcérations simples. Dans le premier cas, on pourra toujours affirmer que la maladie n’a rien de grave et qu’elle n’aura pas plus de conséquences ultérieures sur la constitution que la blennorrhagie uréthrale ; mais il faut
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plus d’attention et plus de réserve chaque fois que la muqueuse est entamée, car on peut avoir affaire à un chancre mou à forme insolite ou à un chancre parcheminé, c’est-à-dire à un chancre très superficiel avec une doublure indurée très peu marquée et qui en a souvent imposé pour des ulcérations simples. Dans ce cas, les antécédents du malade, l’état des ganglions inguinaux surtout, aideront puissamment au diagnostic. Rappelezvous, messieurs, ce que je vous ai dit de la blennorrhagie prétendue inoculable, et tenez pour certain que lorsqu’on a inoculé avec succès le muco-pus d’un balano-posthite, c’est qu’on opérait avec le produit d’un véritable chancre compliqué d’inflammation; et que lorsque l’on a vu des symptômes constitutionnels qui n’avaient pas d’autres antécédents, c’est qu’on avait laissé passer inaperçue cette circonstance si importante de la doublure parcheminée sur laquelle je ne saurais trop appeler votre attention, parce qu’elle n’est pas à beaucoup près aussi rare que vous pourriez le croire.
Dans labalano-posthite simple, catarrhale oifuleéreuse, il peut certainement y avoir un retentissement sympathique sur les ganglions inguinaux, mais en général il est peu prononcé, et il n’arrive jamais jusqu’à la suppuration comme dans le chancre mou, ou jusqu’à l’état indolent comme dans le chancre induré.
Outre les symptômes primitifs, c’est-à-dire les chan- . cres siégeant sur le gland et pouvant être confondus
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avec la balanite simple, on y rencontre quelquctois aussi îles rougeurs et des ulcérations qui sont 1 indice d une syphilis secondaire, et qui sont constituées par des papules qui coïncident avec uneéruption cutanée lichénoide, ou même seulement avec les taches les moins accentuées de la roséole. Je ne parle pas des plaques muqueuses du gland et du prépuce i]ue l’on peut observer à la même période d’une vérole constitutionnelle, car il n’est réellement plus possible de les prendre pour une balanoposthite simple.
Le traitement varie suivant l’espèce à laquelle on a affaire. Souvent dans la forme catarrhale et dans celle avec excoriations superficielles, les soins de propreté, les bains locaux dans une décoction émolliente, l’interposition entre le gland et le prépuce d’un linge fin, de la charpie, ou même seulement de la poudre de riz, d’amidon, sont des moyens suffisants; quelquefois il faut, y ajouter des attouchements soit avec le crayon de nitrate d’argent, soit avec une dissolution de ce sel à la dose de 10, de 20, de 30 centigrammes, d’un demi-gramme et même d’un gramme pour 100 grammes d’eau. Je préfère de beaucoup l’emploi du caustique solide, surtout dans la balano-posthite exulcéreuse et dans celle où il y a ulcération.
Lorsque l’inflammation balano-préputiale est très intense, c’est toujours par les antiphlogistiques locaux et généraux que le traitement doit commencer. Il est
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rare que l’on soit dans la nécessité de tirer du sang, et lorsqu’on doit le faire, c’est plutôt à des sangsues appliquées dans les aines qu’on a recours ; et ici il faut vous souvenir de ce que je vous ai dit des inconvénients de l’application des sangsues sur la verge même. [Viendront ensuite les boissons rafraîchissantes, les bains généraux, le soin de tenir le ventre libre. Localement on emploiera les bains émollients de guimauve, de morelle, de lin, de pavot, et l’on fera des injections intra-préputiales de même nature, s’il y a phimosis. Je ne suis pas partisan de l’application de cataplasmes, je crains leur chaleur humide qui peut entretenir la verge daîis un étatdedemiérection défavorable. Quand l’inflammation tombe, il faut arriver aux résolutifs, l’eau fraîche seule, le vin aromatique, une solution très légère d’alun, l’eau de chaux. Je ne conseille jamais l’extrait de Saturne que dans la forme catarrhale, et je le rejette toutes les fois qu’il y a la moindre solution de continuité, parce que loin de favoriser la cicatrisation, il la retarde par le dépôt du plomb qui se fait sur la surface ulcérée.
La balano-posthite avec phimosis peut, ai-je dit, se terminer par la gangrène ; on redoutera qu’il n’en soit ainsi, en raison de la violence de l’inflammation, et l’on en a la certitude par la nature de l’écoulement, qui devient iehoreux et qui exhale une odeur caractéristique. Dans ce cas, je n’hésite pas à. sacrifier le prépuce, soit par une incision simple, soit, ce qui est de beaucoup préfé-
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rable, par line circoncision complèlc. On peut ainsi éviter la perte d’une partie ou de la totalité du gland, comme j’en ai vu des exemples; et si c’est chez un malade sujet à des retours fréquents d’inflammation balano-préputiale, c’est toujours un service lui rendre que d’y mettre fin par cette opération.