HISTORIQUE
« Vers. 2. — Vir qui patitur fluxum seminis immundus » crit.
» Vers. 3. — Et lune judicabitur huic vitio subjacere, » cum per singula momenta adhæserit carni ejus, atque « concreverit fœdus humor.
«Vers. 7. — Qui tetigerit carnem. ejus, lavabit ves- » timenta sua : et ipse lotus aquâ, immundus erit usque » ad vesperum.
» Vers. 10. — Et quidquid sub eo fuerit qui fluxum » seminis patitur, pollutum erit usque ad vesperum. Qui » portaverit horum aliquid, lavabit vestimenta sua; et » ipse lotus aquâ, immundus erit usque ad vesperum.
« Vers. 11 . — Omnis, quem tetigerit qui talis est, non » lotis ante manibus, lavabit vestimenta sua : et lotus » aquâ, immundus erit usque ad vesperum.
» Vers. 12. — Vas fiçtile quod tetigerit, confringetur : « vas autem ligneum lavabitur aquâ. »
Moïse recommandait également les ablutions aux femmes qui avaient leurs règles et qui venaient d’accoucher; ces femmes étaient pour lui impures, et tout commerce avec elles était dangereux.
doutes ces précautions hygiéniques dont le sage législateur, appréciant bien la portée, avait fait des lois politiques, ne sont-elles pas suffisantes pour prouver que la blennorrhagie existait à cette époque? Le texte d’ailleurs paraît de la plus grande clarté.
DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMME.
Si maintenant nous passons aux auleurs classiques, nous voyons Hippocrate (De naturâ muliebri ) parler longuement de la gonorrhée; il cite au nombre des causes de cette maladie, l’herpès, la lèpre, et même l’ardeur trop grande entre personnes parfaitement saines.
Celse (De la médecine , livr. IV, chap. xxi) la décrit avec le phimosis, et Galien (Des endroits affectés , livr. IV, chap. vi, et Des causes des symptômes , livr. III), sous le nom de dysurie et d ’ischurie.
Avicenne l’attribue au passage trop fréquent du sperme.
Jean Harden, au xiv® siècle, donne, sous le nom d’arsure, une description exacte de la blennorrhagie. Il distingue celle qui occupe le gland et le prépuce et celle de l’urèthre, et il conseille, comme traitement, des injections et des bains de lait.
Dans tous les auteurs que nous venons de citer, on reconnaît bien la-description de la gonorrhée. Mais nous arrivons au xve siècle. Ici la confusion commence. Une maladie, alors inconnue, la vérole, ravage l’Europe. Beaucoup s’épuisent en arguments pour prouver qu’elle n’existait pas auparavant; et comme pour la plupart la blennorrhagie est syphilitique, l’origine ancienne de celle-ci est niée.
Cependant on discute, on écrit; quelques auteurs,
ÉTIOLOGIE.
moins exclusifs, admettent deux chaudepisses, 1 une simple, remontant à la plus haute antiquité; 1 autre syphilitique, datant du xve siècle. C est déjà un pas vers la distinction complète de la vérole et de la gonorrhée; et c’est à peu près l’opinion de tous les auteurs qui suivirent la fameuse épidémie de 1694, et parmi lesquels nous citerons : Alexandre Benedetto, de Vérone (1497), Jacques Romer (1498), Jacques de Betheneourt, Musa-Brassavole, Botal , Paracelse qui l’appelle gonorrhœa francigena; Jacques Mariana qui l’a décrite sous le nom d’ardeur d'urine; Arcolani, auteur italien, qui a dit, le premier, que les ulcérations du canal produisaient la blennorrhagie , et que l’on reconnaissait ces ulcérations au pus sanieux et mêlé de sang qui sortait par l’urèthre, ce qui est encore vrai aujourd’hui.
La liste serait trop nombreuse si nous citions les noms de tous ceux qui ont écrit sur la blennorrhagie. Contentons-nous de dire que c’est après Astruc que les deux maladies, vérole et gonorrhée, furent mieux étudiées, cependant encore avec des alternatives d’interprétation.
Etiologie. — Contagion. — C’est la cause principale et, sans contredit, la plus fréquente. Cette contagion est presque toujours directe , c’est-à-dire que , quand un homme vient vous consulter avec une chaudepisse bien
DK LA BLENN0RRIIAC1K CHEZ i/hOMME.
franche, il y a cent à parier contre un qu’elle résulte d’un coït impur. Nous ne voulons pas dire pour cela que la contagion ne puisse être quelquefois médiate, comme le pense Swédiaur, quand il écrit (tome Ier, p. 61) : « Je ne doute point qu’en allant aux commodités, après un homme affecté de celte maladie, on ne s’expose à la gagner par le simple attouchement ou frottement du bout de la verge contre les parois, sur un endroit où il y aurait du mucus imprégné de ce virus. » — Et, comme le croyait Moïse , quand il regardait comme impur tout ce qui avait touché l’homme atteint de gonorrhée (1).
On prend bien une ophlhalmie en portant à l’œil une main souillée, pourquoi n’en serait-il pas de même, si un homme, après un attouchement impur, porte la main à sa verge ? Nous pensons seulement que ces cas doivent être excessivement rares.
Parlerons-nous, enfin, de ces prétendues blennor-
(1) Lévilique, toc. cit.
a Vers. 4. Omne stratum in quo dormierit, immundum erit, et » ubicumque sederit.
» Vers. 5. Si quis hominum tetigerit leclum ejus, lavabit vesti- » menta sua : etipse lotus aquâ.
» Vers. 6. Si sederit ubi ille sederal, et ipso lavabit vestimenta » sua : et lotus aquâ, immundus erit usquo ad vesperum. »
ÉTIOLOGIE.
rhagies gagnées par ingestion de pus blennorrhagique dans le tube digestif? Je vous crois trop au courant de la saine physiologie pour admettre semblable cause.
Irritants. — Ils sont nombreux : sous ce nom, nous comprenons tous les agents ayant une action directe et locale sur le canal de l’urèthre. C’est la masturbation, il yen a des exemples certains; Yabus du coït entre personnes parfaitement saines du reste; c’était déjà vrai au temps d’Hippocrate ; la malpropreté , entretenue parun limbe trop étroit; le cathétérisme, les sondes à demeure ; les injections irritantes dans un urèthre sain, comme Swédiaur l’a expérimenté sur lui-même avec de l’alcali volatil; tous les écoulements des femmes, tels que les flueurs blanches, ressource assez commode pour les femmes qui veulent se disculper ; le liquide sanieux qui sort d’un utérus cancéreux : ce fait est hors de doute, et nous avons vu des hommes prendre une chaudepisse toutes les fois qu’ils avaient des rapports avec leur femme atteinte de cancer de la matrice ; les lochies; les règles; et, à ce propos, je dois vous dire que ce n’est pas pendant les règles que la blennorrhagie est à craindre, mais un ou deux jours avant leur apparition ou vingt-quatre à quarante- huit heures après qu elles ont disparu. Dans le temps qui précède ou qui suit les menstrues, il y a toujours, en effet, un peu d’acrimonie du mucus vaginal. Cette âcreté des liquides, <pie les femmes apprécient quelquefois, cesse quand les
DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMME.
règles se sont établies. Enfin, le pus d’un chancre peut parfaitement agir seulement comme irritant et ne donner qu’une blennorrhagie.
Aliments. — Les irritants locaux ne sont pas les seules causes de la blennorrhagie. Quelques auteurs ont prétendu que certains aliments pouvaient la déterminer et ils ont accusé surtout l’usage prolongé des asperges. Nous ne partageons pas cette croyance. Les asperges n’aggravent pas les écoulements blennorrhagiques, et, à plus forte raison, ne les produisent pas. C’est une vue spéculative qui a fait dire le contraire; malgré l’odeur qu’elles transmettent à l’urine, elles n’en augmentent pas l’âcreté.
Boissons. — Certaines boissons ont en revanche une action réelle. Nous plaçons au premier rang la bière. Celle-ci agit surtout chez les personnes qui n’y sont pas habituées; c’est ainsi que vous voyez les étrangers, qui voyagent dans les Pays-Bas et l’Allemagne, où il se fait une si énorme consommation de bière , être pris de véritables blennorrhagies; il n’y a rien là de bien surprenant, puisque tous les jours cette boisson augmente la blennorrhagie acquise. Le thé agit dans le même sens, mais moins fréquemment.
Médicaments. — Les médicaments qui ont le plus de retentissement sur les organes génitaux, ce sont les cantharides. Prises à l’intérieur, elles déterminent quelquefois des inflammations épouvantables de ces organes,
ÉTIOLOGIE.
qui peuvent même se terminer par gangrène. D aussi fâcheux résultats ont été surtout observés sur des individus qui, dans le but de rappeler leur force génitale perdue ou affaiblie, en ingéraient une certaine quantité ; mais ordinairement ces accidents sont moins graves et ne consistent qu’en un très douloureux écoulement uréthral .
Les cantharides agissent également quand on les fait pénétrer dans l’organisme par la méthode endermique. Ainsi, nous avons vu un jeune homme n’ayant jamais eu de chaudepisse, et à qui l’on avait appliqué un vésicatoire pour une pleurésie, être pris de cystite et huit jours plus tard de blennorrhagie, avec écoulement jaunâtre et douleur très vive en urinant.
11 y a seulement une différence à noter entre cette blennorrhagie ainsi gagnée par l’usage des cantharides, c’est qu’elle suit une marche différente de celle de la blennorrhagie ordinaire, et qu’elle commence par les parties profondes du canal.
Causes inlernes. — Outre les causes précédemment étudiées, il en est d’autres qui, pour être moins fréquentes, n’en sont pas moins réelles : nous voulons parler des causes internes. Rejetée par quelques auteurs, leur existence pour nous n’est pas douteuse, et elle se manifeste chez l’enfant comme chez l’adulte.
Ainsi, a l’époque de. l’évolution dentaire, on voit, chez les jeunes garçons et les petites tilles, un écoulement,
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en tout semblable à celui de la blennorrhagie, se faire par la vulve ou l’urèthre ; c’est qu’en effet, à cette époque, les jeunes enfants sont en proie à une excitation générale qui réagit sur toutes les muqueuses, et celles des organes génitaux n’y font pas exception. Ce fait, bien réel, doit être toujours présent à la pensée du médecin-légiste, sous peine d’accuser injustement une nourrice, ou toute autre personne appelée à soigner un enfant alors sous l’influence de cette évolution naturelle.
Les vers sont quelquefois, dans le bas âge, la cause indirecte d’écoulements, en ce qu’ils amènent des démangeaisons qui forcent les enfants à se gratter et à irriter leurs organes génitaux.
Parmi les causes internes, nous trouvons chez les adultes certaines dispositions diathésiques :
1° Prédisposition darlreuse. — Hippocrate, comme je vous l’ai déjà dit, avait remarqué cette coïncidence, et il regardait la lèpre et l’herpès comme pouvant produire la blennorrhagie. C’est un fait bien avéré de nos jours qu’une dartre peut suppléer une gonorrhée, et réciproquement, que celle-ci reparaisse quand l’affection cutanée est dissipée. Ce phénomène de substitution se rencontre surtout dans les altérations aiguës de la peau; ainsi, on a vu quelquefois un eczéma aigu remplacer un écoulement uréthral.
2° Disposition furonculeuse. — Au premier abord,
ÉTIOLOGIE.
cela peut paraître extraordinaire, mais j en ai des exemples irrécusables.
Il y a deux ans, je fus consulté par un confrère pour une éruption de cincj à six clous. Je le traitai tout simplement par des bains et des boissons émollientes. Les furoncles disparurent peu à peu, et le malade se croyait guéri quand il fut pris tout à coup d’une blennorrhagie (il n’en avait jamais eu auparavant). 11 revint me voir, accusant sa maîtresse. J’examinai cette femme avec le plus grand soin et je trouvai les organes génitaux dans un état d’intégrité parfaite. La chaudepisse suivit sa marche habituelle et fut accompagnée de douleurs très vives. Le dix-septième jour de sa durée, un nouveau clou apparut avec une fièvre assez forte, et l’écoulement, encore très intense, s’arrêta net le lendemain. Pendant les dix-huit jours qu’il dura, j’examinai trois fois la femme et ne pus rien découvrir. Le surlendemain de sa disparition, ce médecin eut des rapports avec sa maîtresse, sans qu’il en résultât le moindre accident ni pour lui, ni pour elle.
Cette observation me paraît très concluante, et je pourrais citer d’autres faits analogues à l’appui de cette prédisposition furonculeuse, sans toutefois avoir la prétention d’en expliquer le mécanisme.
3° Tempéraments. — Enfin, nous devons dire, en terminant, qu’il y a des individus qui, sans qu’une disposition particulière de leurs organes génitaux en rende
la DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ L*HOMME.
compte, contractent moins facilement la blennorrhagie que d’autres.
Siège. — Le siège de la blennorrhagie chez l’homme est le canal de l’urèthre. Mais quelle partie de ce canal occupe-t-elle ? Les uns veulent que ce soit exclusivement la fosse naviculaire, d’autres la région la plus postérieure. Astruc en met le siège dans les glandes et les réservoirs.
« Dans la gonorrhée des hommes, dit-il, il coule de l’urèthre... une humeur séminale, non - seulement chaude , âcre , mordicante , mais encore en grande quantité. 11 faut donc que les réservoirs qui contiennent la semence ou les humeurs séminales, et d’où elles sortent pour se répandre dans l’urèthre... soient mal affectés, ou tous, ou plusieurs, ou du moins quelques-uns d’entre eux, puisque c’est un axiome très certain que le siège de la maladie est à l’endroit d'où coule une humeur viciée.
» Or, ces réservoirs sont, dans les hommes, de quatre sortes : 1° les deux vésicules séminales; 2° la prostate; 3° les glandes de Cooper; /i° enfin, les cellules répandues en grand nombre dans la face intérieure de l’urèthre (glandes de Littré). »
Astruc en fait ainsi quatre gonorrhées différentes, suivant le siège.
Les deux premières variétés sont trop exclusives et