‹ Des affections blennorrhagiquesChapitre 6 sur 25 · ACCIDENTS · texte numérisé non relu

ACCIDENTS

Le coït est impossible ou du moins très douloureux.

Tous les symptômes, que nous venons de décrire séparément, marchent en même temps, et c’est en général vers le quinzième ou vingtième jour qu’ils sont arrivés à leur plus grande acuité. Ils restent quelques jours stationnaires, puis s’amendent : l’écoulement de verdâtre devient jaune, puis blanc et simplement muqueux. La douleur suit la même marche décroissante; les urines passent librement et ne causent plus qu’un peu de cuisson. Les érections sont moins douloureuses; enfin, au bout de quelque temps, il ne reste plus qu’un léger suintement, lequel lui-même finit par disparaître.

Accidents. — La blennorrhagie n’est pas toujours aussi bénigne, et quelquefois les symptômes sont si intenses qu’ils méritent le nom d 'accidents.

Ainsi, la difficulté d’uriner peut être tellement prononcée, qu’il en résulte une véritable strangurie et même une rétention d’urine, ou au moins un ténesme vésical insupportable qui donne à tout moment des envies de (lisser, et cela sans qu’il y ait rien au col de la vessie, mais seulement par sympathie.

L inflammation de l’urèthre souvent aussi est énorme. Elle lait perdre alors à ce conduit sa propriété d’expansion, et celui-ci ne pouvant plus suivre, pendant l’érection, le développement des corps caverneux, se recourbe

DK L,V ISLKNNORIUIAGIE CHEZ L HOMME.

en bas. C’est à celle inflexion morbide de la verge que l’on donne le nom de chaudepisse cordée.

L’uréthrorrhagie n’est presque jamais assez abondante pour être rangée dans les complications.

La lymphite existe même dans les chaudepisses bénignes ; mais c’est surtout lorsque les symptômes sont très aigus qu’elle se rencontre. On sent alors, sur le dos de la verge, un ou plusieurs petits cordons noueux, formés par les lymphatiques engorgés et se rendant aux ganglions de l’aine. Cette lymphite est accompagnée d’œdème, et si le malade ne prend pas soin de ramener son prépuce sur le gland, il en résulte souvent un paraphimosis. Dans mon opinion, elle est infiniment plus fréquente dans la blennorrhagie qu’avec le chancre. Aussi, quand vous voyez une lymphite coïncider avec un chancre, regardez bien attentivement, vous trouverez presque toujours une chaudepisse ou une balanoposthite.

Parfois les vaisseaux lymphatiques suppurent cl il en résulte des fistules ; nous en avons eu plusieurs exemples dans nos salles ; d’autres fois c’est seulement dans le tissu cellulaire qui les entoure que de petits abcès se produisent.

Cette inflammation des vaisseaux blancs est très souvent aussi la suite des injections abortives; c’est une des raisons qui m’ont fait renoncer à ce mode de traitement.

accidents.

Dans la période aiguë cle la blennorrhagie, on voit parfois des bubons se développer, mais ils sont toujours très passagers, et il est infiniment rare de les voir suppurer. 11 est bien entendu que je ne parle ici que des chaudepisses simples et non de celles qui sont compliquées de chancres uréthraux; car, dans ces cas, on comprend très bien qu’il puisse se développer un bubon.

Une autre variété beaucoup plus remarquable, c’esl celle qui se complique de l’inflammation du tissu réticulaire de l’urèthre, d’où épanchement plastique aigu dont la résorption ne se fait pas toujours. J’ai vu, dernièrement, un jeune homme qui avait eu une chaudepisse. Celle-ci était guérie depuis cinq mois ; mais, quand il entrait en éreclion, sa verge n’était plus droite, elle se courbait et on sentait dans l’épaisseur de l’urèthre ou dans le tissu cellulaire sous-cutané, une plaque dure d’épanchement plastique, analogue à ce que l’on rencontre dans les muscles sous l’influence de la syphilis. Les sangsues, l’onguent mercuriel, l’iodure de potassium avaient été employés sans succès. Tout disparut sous l’influence d’un vésicatoire et d’un pansement local avec la teinture d’iode.

J’ai observé plusieurs cas analogues, un entre autres, très curieux ; en arrière de la fosse naviculaire il se forma une bride qui empêchait le sang d’arriver jusqu’au gland, de sorte que, pendant l’érection, celui-ci restait complètement flasque. Cette bride ressemblait à

DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ r/HOMME.

celles que l’on voit quelquefois se former à la suite (1 une constriction arlificielle de la verge, aberration singulière de 1 esprit que 1 on rencontre encore assez souvent.

J’ai omis «à dessein les symptômes généraux. En effet, ils sont rares. Vous voyez bien en ville des malades accusant, dès le lendemain du coït des douleurs dans la verge, les testicules et le ventre, et qui prétendent même avoir eu de la fièvre, mais il faut s’en défier; la plupart du temps vous avez affaire à des gens nerveux et très susceptibles, que la peur seule fait parler ainsi ; leurs douleurs sont imaginaires.

Cependant il n’en est pas toujours ainsi, et on observe quelquefois véritablement des symptômes généraux, même chez les malades les moins craintifs de nos consultations gratuites. Ils concordent toujours avec une grande acuité des symptômes locaux, ne sont jamais bien intenses et se résument en un léger mouvement fébrile et un peu d’embarras gastrique.

Marche. — Jusqu’ici nous n’avons fait qu’énumérer les symptômes sans nous occuper de la marche de la maladie. Elle offre cependant une particularité assez curieuse, que l’on ne rencontre pas dans les autres inflammations et sur laquelle je veux appeler votre attention.

Le canal de l’urèthre peut être envahi presque d’emblée dans toute son étendue, en quatre jours par exemple.

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