‹ Des affections blennorrhagiquesChapitre 7 sur 25 · MARCHE · texte numérisé non relu

MARCHE

C’est vrai ; mais ce sont des cas exceptionnels. Communément la marche est différente. L’inflammation, avonsnous dit, commence par la fosse naviculaire, qu’elle dépasse quelquefois d’un travers de doigt, puis elle gagne le milieu et enfin la région prostatique. Si tout devait se borner là , il n’y aurait rien de bien remarquable, mais voici le point intéressant : l’envahissement de chacune de ces sections du canal est marqué par une recrudescence de la maladie. Chaque recrudescence dure six à sept jours et est suivie d’un peu de rémission. Vérifiez vous-mêmes le fait auprès des malades. Ils rendent parfaitement compte de celte marche saccadée, et l’histoire de beaucoup d’entre eux se résume ainsi : ils sont pris de chaudepisse et se soignent pendant une quinzaine de jours. Voyant qu’ils vont mieux, ils cessent le traitement; alors l’inflammation à peine réprimée reparaît, mais cette fois dans la partie moyenne, ce que les malades apprécient et par le siège de la douleur et par l’endroit où il faut presser pour faire sortir le pus. Ils reprennent donc le traitement; malheureusement ils l’interrompent encore au bout d’une semaine à peu près, et l’écoulement recommence, car la partie postérieure du canal est envahie, ainsi que le démontre 1 apparition des orchites à celte époque (quatrième semaine.)

î\e vous semble -t-il pas, messieurs, que dans cette marche de la maladie, chaque section du canal enflam-

2/l DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ L’HOMME.

me se soit guérie dans sa partie antérieure, tandis que la postérieure, plus récemment prise, n’a eu que le temps de s’améliorer; et que, par suite de l’interruption du traitement, elle reprend sa première intensité et fait tache d’huile, pour ainsi dire, sur une section plus profonde de l’urèthre? Je vous montrerai, à propos des injections abortives, un mécanisme analogue. Vous verrez que si ces injections ne réussissent pas, c’est qu’elles laissent intacte une partie de l’inflammation primitive qui s’étend ensuite plus loin.

Mais ce qui démontre encore plus clairement que c’est bien la marche naturelle de la maladie, c’est qu’en abandonnant la chaudepisse à elle-même, sans faire le moindre traitement, on observe des phénomènes tout à fait semblables. Nous ne pouvons pas en chercher une meilleure preuve que dans l’expérience que Swédiaur tenta sur lui-même, dans le but de constater l’effet des irritants sur la muqueuse uréthrale, et de voir si tous pouvaient donner lieu à un écoulement blennorrhagique. Voici cette expérience de Swédiaur, elle est assez curieuse pour que je vous la fasse connaître dans toute sa teneur :

« Dans cette vue, dit-il, je pris 6 onces d’eau et j’y ajoutai autant d’ammoniaque qu’il en fallait pour donner à ce mélange une saveur très piquante et comme brûlante. Je fis cette injection à huit heures du matin, en comprimant l’urèthre d’une main au-dessous du frein, pour empêcher la liqueur de pénétrer au delà, et pour qu’elle

Page 1