‹ Des affections blennorrhagiquesChapitre 8 sur 25 · MARCHE · texte numérisé non relu

MARCHE

se portât exactement à l’endroit qui est communément le siège de la chaudepisse syphilitique.... »

Malgré la douleur atroce qu’il ressentit, Swédiaur eut le courage de se donner une seconde injection, puis il se coucha.

« Après avoir bien dormi la nuit, continue-t-il, je n’eus rien de plus pressé, le lendemain matin à mon réveil, que d’examiner la partie. Je trouvai une évacuation assez considérable de matière puriforme, de la même couleur jaune-verdâtre que celle des chaudepisses virulentes : la douleur que causait le passage des urines était alors beaucoup augmentée, et la nuit suivante mon sommeil fut interrompu par des érections involontaires et douloureuses. Le matin du jour suivant, l’évacuation était beaucoup plus abondante, „et à peu près de la même couleur, excepté qu’elle me paraissait un peu plus verdâtre; mais la douleur que j’éprouvai en urinant était si cuisante que je résolus de l’apaiser en injectant un peu d’huile d’amandes douces tiède, ce qui me soulagea sur le champ. L’écoulement continua pendant cinq jours et la douleur diminuait d’une manière remarquable pendant cet intervalle. Mais ce qui me donna beaucoup d’inquiétude, c’est que j’éprouvai les effets d’une autre inflammation qui s’établissait plus avant dans le canal de 1 urèthre, à un endroit où je n’avais rien ressenti auparavant, et jusqu où aucune goutte d’injection ne pouvait avoir pénétré. Celle nouvelle inflammation s’étendait, à

ce qu’il rne parut, depuis la place où la première s’était bornée, jusqu’à une certaine distance plus avant dans le canal. Elle fut suivie d’un écoulement abondant, accompagné des mêmes symptômes qu’auparavant, et dura six 'jours, après lesquels les symptômes furent extrêmement adoucis.

» Mais quel fut mon étonnement lorsqu’après ce temps je sentis très distinctement les symptômes d’une nouvelle inflammation qui paraissait s’étendre depuis les limites de la précédente, vers le verumontanum, jusqu’au col de la vessie, et qui fut accompagnée d’une ardeur d’urine et d’un écoulement aussi abondant que le précédent ! Pour le coup, je fus sérieusement alarmé, car je n’avais pas discontinué les injections avec l’huile d’amandes douces trois fois par jour. Je voyais que l’inflammation qu’avait excitée l’ammoniaque se communiquait très évidemment d’une partie à l’autre, ce qui me faisait craindre qu’il ne s’ensuivît enfin une inflammation de toute la surface interne de la vessie, qui pouvait avoir des conséquences dangereuses. Je demeurai dans eet état, entre l’espérance et la crainte, pendant sept à huit jours; mais j’éprouvai enfin, à ma grande satisfaction, que cette inflammation s’apaisait par degrés, de même que l’évacuation, sans s’étendre au delà de l’urèthre, et je fus entièrement délivré de tous les symptômes de ces trois chaudepisses, comme je puis les appeler avec raison, à la fin de la sixième semaine. »

NATURE DE LA BLENNORRHAGIE

Nous arrivons maintenant, messieurs, à une question théorique assez difficile; mais l’intérêt m’en paraît si grand que je réclame toute votre attention, je veux parler de la nature de la blennorrhagie.

Nature de la blennorrhagie. — La nalure de la blennorrhagie est la partie de son histoire la plus épineuse ; aussi a-t-elle été le sujet de nombreuses dissidences, dissidences encore vivantes aujourd’hui, et qui peut-être ne s’éteindront pas de longtemps.

Ce n’est pas que chacun ne reconnaisse des blennorrhagies simples, celles, par exemple, qui sont causées par le cathétérisme, les injections irritantes, 1 ’âcreté du liquide des menstrues et des fleurs blanches. Celles-là ne laissent pas de doute sur leur simplicité; tout le monde en convient.

Mais quand une blennorrhagie se déclare après un coït suspect, c’est-à-dire quand elle est bien manifestement due au contact direct d’un écoulement, lui-même blennorrhagique, alors les avis se partagent et l’unanimité cesse.

Deux opinions sont en présence :

1 Les uns admettent que la nature du chancre cl celle de la blennorrhagie sont semblables et que l’un et l’autre

peuvent donner lieu aux accidents constitutionnels de la vérole.

On les appelle idenlistes.

~° Les autres repoussent bien loin celle identité, et pour eux le chancre seul infecte l’économie.

Ce sont les non-identistes.

Suivons les uns et les autres dans leurs différentes argumentations, ce sera le moyen de vous faire apprécier vous-mêmes de quel côté se trouve la vérité.

Iclentistes. — Astruc est un des premiers qui aient fait de la gonorrhée un accident de la vérole, mais c’était plutôt chez lui une conviction qu’une certitude bien établie, et c’est Hunter qui, le premier, a soutenu l’identité de la syphilis et de la blennorrhagie avec quelque apparence de raison.

Hunter, dont la doctrine rapidement acceptée, compte aujourd’hui encore un grand nombre de partisans, parmi lesquels je pourrais citer beaucoup de vos maîtres, Hunier, dis-je, avait des raisons pour admettre cette identité. 11 avait vu, en effet, des individus présentant des accidents syphilitiques, n’accuser qu’une blennorrhagie pour tout antécédent, et il avait conclu de ces faits à la spécificité de celle-ci; mais ces faits, qui s’étaient offerts rarement à son observation, eussent été insuffisants pour un esprit aussi sévère que le sien, s’ils n’eussent été corroborés par l’expérimentation à laquelle il s’appliqua, et qui acheva de le convaincre. Il chargea une lancette de pus provenant d’une gonorrhée, fit deux inoculations, une sur le prépuce et une sur le gland ; toutes les deux furent positives, donnèrent lieu à des ulcérations, ayant,

NATURE DE LA BLENNORRHAGIE

dit Hunier, Ions les earaetères de chancres, et il s’ensuivit des éruptions syphilitiques.

Telle est la première expérience tentée dans le but de déterminer la nature de la blennorrhagie, et que le célèbre syphilographe eut le courage de faire sur luimême. Les identistes la regardèrent comme un puissant appui de leur doctrine; mais tout le monde ne l’admit pas et le camp opposé la discuta vivement. Babington, un des commentateurs de Hunter, avança qu’il avait pu prendre la vérole ailleurs, qu’il s’était trompé sur la nature des ulcérations ou qu’il s’était donné des chancres avec le caustique qui lui servit à réprimer les ulcérations. Ces arguments sont assez pauvres, le dernier surtout, car tous les jours nous employons à l’hôpital le même crayon de nitrate d’argent pour toucher différents malades et nous n’avons jamais vu l’inoculation s’ensuivre. L’objection vraiment sérieuse que l’on puisse faire à Hunter, c’est qu’il ne savait pas d’où venait le pus, ni quelle en était la nature, s’il était véritablement blennorrhagique ou chancreux.

Du reste, cette expérience n’est pas la seule que les partisans de l’identité aient produite; ils se sont même servis de faits qu’on aurait cru leur être le moins favorables. Les expériences faites au commencement de ce siècle, par Hernandez, par exemple; celui-ci, placé comme chirurgien au bagne de Toulon dans de très bonnes conditions pour observer, et après de nombreuses

SU DE LA BLENNORRHAGIE CHEZ l’hOMME.

inoculations, était arrivé à ce résultat que le chancre et la chaudepisse n’avaient pas la moindre analogie. Les idenlistes s’emparèrent cependant de ses faits, comme des arguments très forts en leur faveur. C’est qu’en effet, quelques-unes de ses inoculations avaient été suivies d’ulcérations et d’éruptions; et, bien que Hernandez affirmât qu’elles n’avaient aucun caractère spécifique, on conçoit que celte assertion ne suffit pas pour convaincre, et que ces expériences peuvent servir la cause de l’identité avec autant de raison que celle de ses adversaires.

De nos jours, d'autres expériences ont été faites dans le but d’appuyer la doctrine huntérienne.

M. de Castelnau, pendant son séjour à Lourcine, comme interne, s’appliqua à démontrer l’identité de la syphilis et de la blennorrhagie. Voici entre autres une de ses observations; je l’extrais de son mémoire comme la plus importante à vous faire connaître (1).

D...., vingt-trois ans, célibataire, 1 ingère , d’une bonne constitution, un peu sanguine, réglée à quatorze ans et depuis régulièrement toutes les trois semaine^, entre le 28 janvier 18/it), salle Saint-Alexis, n° 10.

Elle n’a jamais eu de maladie syphilitique ou autre; seulement il y a quatre ans, à la suite d’une couche, elle fut sujette à des flueurs blanches ; ayant consulté un médecin,

fl) H de Castelnau, Recherches sur l'inocula lion appliquée ù l’élude de la syphilis, 1841 (3° observation).

NATURE DE LA BLENNORRHAGIE. Ol

celui-ci lui trouva une ulcération du col ; mais, comme elle ne souffrait nullement, elle abandonna bientôt le traitement qui lui avait été prescrit, et se livra comme auparavant à ses

occupations ainsi qu’à ses plaisirs.

11 y a quinze jours, pendant des rapports habituels avec son amant, elle sentit deux boutons se développer à la grande lèvre, en même temps ses flueurs blanches devinrent plus abondantes et prirent une coloration jaunâtre. C’est pour ces symptômes qu’on lui conseilla d’entrer à l’hôpital de Lourcine.

29 janvier. — Sur le bord libre de la grande lèvre droite, deux saillies lenticulaires d’un rouge obscur à la circonférence (pustules muqueuses), dont une offre dans presque toute son étendue une ulcération très superficielle, rosée, fournissant une sécrétion très fluide et très rare. On pratique avec la matière de cette sécrétion deux inoculations à la cuisse droite. Le col utérin a 1 h à 15 lignes de diamètre antéro-postérieur, et présente dans toute sa surface une ulcération granulée et rosée sur tous les points; le vagin et surtout le col fournissent un écoulement muco-purulent jaune , assez abondant; ou n’obtient rien en pressant l’urèthre d’arrière en avant.

Inoculation par deux piqûres à la cuisse gauche du liquide utérin qui coule sur le col. Cautérisation de la cavité utérine en y introduisant, dansl’étendue d’un pouce et demi, le crayon de nitrate d’argent; nitrate acide de mercure sur l’ulcération du col; tamponnement avec la charpie sèche; tous les jours deux lois injections alumineuses, la malade n’éprouvant pas de douleurs.

1er février. — Sur chaque cuisse une des inoculations seulement offre la pustule chancreuse. On la rompt et on la cautérise avec du nitrate d’argent. On essuie parfaitement avec de la charpie sèche la surface du col ; ou va chercher dans la

cavité utérine, à l’aide d’un pinceau délié, de la matière blennorrrhagique, et l on pratique avec cette matière deux inoculations à la cuisse gauche, au-dessous des premières.

U. Une des deux dernières inoculations a fourni la pustule caractéristique; on la détruit avec le caustique; on cautérise également tous les jours les deux premières qui se sont néanmoins converties en chancres. On continue d’ailleurs les mêmes moyens, et l’on donne deux pilules de proto-iodure.

12. Les trois inoculations positives, malgré des cautérisa-' lions répétées et des pansements au vin aromatique, se sont étendues; elles constituent maintenant trois chancres indurés, un à droite, deux à gauche, d’environ 8 lignes de diamètre; à la place des deux tubercules de la grande lèvre, il ne reste plus que des taches rouges. L’écoulement est moins jaune et moins abondant; l’ulcération du col est à peu près au même état. On continue avec assiduité les mêmes moyens.

2 mars. — Depuis deux jours seulement les chancres d’inoculation sont en voie de cicatrisation à leur circonférence. L’écoulement est blanc et peu abondant; l’ulcération du colest toujours dans le même état; même traitement.

h . La cicatrisation du chancre de droite marche très promptement, elle s’étend aux deux tiers de sa surface; et à gauche elle marche bien aussi, quoique moins rapidement. On traite l’ulcération du col avec la solution de nitrate d’argent, au lieu de nitrate acide. L’écoulement utérin est presque complètement transparent.

12. Le chancre de droite est complètement cicatrisé; ceux de gauche le sont aux trois quarts. L’ulcération du col a un peu diminué d’étendue. A peine d’écoulement vaginal ; écoulement utérin transparent, médiocrement abondant.

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