CHAPITRE V
DES CONDITIONS d’oRDRB ETIOLOGIQUE QUI FAVORISENT LE RETENTISSEMENT SUR LE CERVEAU DES LÉSIONS DU ROCHER ET DÉ l’appareil AUDITIF.
I. Conditions générales prédisposantes. — Questions du terrain, de l’âge, du sexe. — II. Conditions occasionnelles. — Rétention et stagnation du pus. Mise en activité des troubles fonctionnels. — Résumé.
Nous savons que les mécanismes certains ou probables de la transmission peuvent se réduire à quatre :
1° La carie du rocher, élément prépondérant mais non exclusif de la propagation.
2° L’augmentation de pression dans la caisse et dans le labyrinthe.
3" La propagation directe du processus inflammatoire de l’oreille au rocher.
4“ L’excitation des plexus nerveux tympaniques et des nerfs de la dure-mère.
Or les conditions qui peuvent mettre en jeu ces divers mécanismes sont d’ordre général ou local.
Les conditions générales ou prédisposantes sont avant tout une question de terrain. C’est de ce terrain que dépendent à la fois et l’otite chronique originelle et la lésion osseuse, cet intermédiaire si puissant des affections cérébrales.
En effet, quels sont les sujets chez lesquels se développe le plus souvent l’otorrhée? Ce sont les scrofuleux et les tuberculeux {!).
fl) Sur 40 cas ofi !a constitution a été notée, on a trouvé :
Tuberculeuse jQ
Scrofulo-tuberculeuse
Lymphatique ou faible 4
Syphilitique 3
Robuste Y
En outre, l’alcoolisme était signalé dans 4 des cas précédents.
Quels sont ceux chez lesquels l’otorrhée est tenace et la carie du rocher plus fréquente? Encore les tuberculeux. Enfin quels sont les malades qui, deux fois sur trois, meurent d’accidents cérébraux dans le cours d’affections de l’oreille? Toujours les tuberculeux (1).
Et pourtant, dans le relevé des causes de l’otorrhée, on trouve le froid, les fièvres éruptives, les traumatismes, la coqueluche! Mais, qu’on cherche quel était l’état général des individus soumis à ces causes ? 80 fois sur 100, c’étaient des lymphatiques, des scrofuleux, des tuberculeux, des alcooliques et souvent aussi des syphilitiques^ en un mot des organisations en état de misère.
Voilà une otite moyenne constituée chronique de par le terrain ; mais là ne s’arrête pas l’influence de celui-ci. Eu effet, chez un individu normal, une otite, même chronique, n’attaque le rocher que dans des cas relativement rares; si elle l’atteint , si même l’inflammation va plus haut toucher la dure-mère, le processus tendra, du côté de l’os et de la méninge, à une organisation presque défensive ; si, au contraire, le malade est scrofuleux ou tuberculeux, l’otite devient facilement ulcéreuse etnécrosique ; s’il est syphilitique, ou sait la prédilection que la syphilis affecte pour le système osseux.
Bref, à ce second stade des lésions, on trouve encore T'influence de l’état général. On pourrait même aller plus loin et la soupçonner quelquefois dans la mise en train des accidents terminaux, dans les cas où Totite et la carie du rocher, agissant à titre de lésion locale, paraissent avoir été l’occasion d’une poussée tuberculeuse dans les méninges (2). Il reste donc permis de conclure que l’influence de l’état
(1) Sur 55 autopsies où des altérations dans d’autres organes ont été no -
tées :
Tubercules 40
Lésions syphilitiques 3
Abcès du poumon ou pleurésie sans ^
indication de la nature tubercu- i 12
leuse. Pas de tuberculose )
(2) On trouve en faveur de cette évolution un certain nombre d’observations probantes. Exemple: Toynbee. Loc. cit., p. 272. Céphalalgie et accidents épileptiformes. Mort en quarante-six jours. Tubercules dans le cerveau immédiatement au-dessus du rocher. — Queuu. Soc. anat., 18/7, p. 414. « On peut supposer que la carie osseuse a déterminé la localisation d’une poussée tuberculeuse sur les méninges. » — Th. Barr. Glasg. méd.
général domine ici toute l’étiologie, par son action sur la persistance de l’otorrhée et par la prédisposition qu’il crée aux altérations osseuses.
Quelques éléments étiologiques d’ordre général méritent encore d’être relevés. D’abord Vâge : Il est incontestable que, malgré la plus grande fréquence de l’otorrhée, les accidents cérébraux sont plus rares chez l’enfant que chez l’adulte (1). C’est de 21 à 30 ans qu’ils ont été le plus souvent observés ; puis viennent les âges de 11 à 20 et de 31 à 40; en somme, le maximum est de 15 à 40 ans. Quant au rapport de l’âge avec la nature des lésions, les méningites et les abcès du cerveau sont plus fréquents de 11 à 20, les affections veineuses et les abcès du cervelet de 21 à 30 (2).
Chose singulière, sauf deux cas, le ramollissement a toujours été vu de 11 à 40 ans. La statistique montre encore que les affections isolées
J., 1880, XIV. — Steinbrügp:e. Ein Fall von Trépanation des Warzenfortsatzes. Tod durch Miliartuberculose. Zeitschr, f. Ohrenh., 1881, X, p. 33. Garçon de 5 ans. Otorrhée, polypes, carie mastoïdienne. Mort avec phénomènes cérébraux. Méningite tuberculeuse de la base. Tuberculose miliaire des poumons. Pas de propagation de la maladie pétreuse au cerveau.
(1) Statistique de l’âge sur 165 cas:
De 0 à 2 ans
cas.