OBSERVATION V
Rétrécissement des voies lacrymales. — Blépharospasme. — Blépharoconjonctivite.
S... (Eugène), treize ans, tonnelier.
Depuis longtemps épiphora ODG, photophobie et blépharospasme.
17 décembre 1890. — OD : larmoiement, rougeur conjonctivale.
OG : conjonctivite intense; le bord ciliaire un peu éversé est couvert de croûtes épaisses, sous lesquels on trouve des cils rares avec de petites ulcérations à leur naissance.
Par suite du renversement de la paupière, le point lacrymal est rejeté en dehors.
Traitement. — Cathétérisme OD. OG: incision du point lacrymal, cathétérisme, cataplasmes de fécule sur la paupière, et pommade au précipité jaune sur le bord ciliaire.
15 mars 1891.— Sous l'influence de ce traitement, le cours des larmes à été rapidement rétabli; la conjonctivite et la blépharite s'étant amendées, le blépharospasme et la photophobie ont disparu.
Les symptômes fonctionnels ne sont pas en rapport avec la gravité des lésions anatomiques. Les malades s’habituent à la cuisson des paupières, à la photophobie, et ne s'inquiètent nullement de leur affection. Dans d’autres cas, cependant, le blépharite constitue une véritable maladie, les empêchant de
vaquer à leurs occupations.
Le seul symptôme qui puisse distinguer la blépharite lacrymale de la blépharite inflammatoire ordinaire, c’est que la blépharite lacrymale est souvent monoculaire (voir obs. V). Ce caractère n'a d’ailleurs rien de constant, étant donné la fréquence des altérations doubles des voies lacrymales.
Le traitement de ces blépharites consistera, en premier lieu, dans le rétablissement du cours des larmes.
Localement, M. Truc fait appliquer des cataplasmes de fécule, et, quand les croûtes sont assez molles pour pouvoir être détachées, on nettoie le bord ciliaire et on le badigeonne avec une pommade à l’oxyde jaune de mercure. Enfin, le traitement s’adressera aussi à l’état général: liode, le tannin, le fer, les antistrumeux seront ordonnés en même temps que l'on tendra, par une hygiène appropriée, à modifier le tempérament du sujet.
Nous avons considéré jusqu'ici que l'affection lacrymale était primitive, et causait secondairement l’affection palpébrale. Nous croyons qu’il en est ainsi dans la majorité des cas. Cependant, chez les sujets lymphatiques, prédisposés aux affections oculaires, la blépharite peut être primitive, le cours des larmes étant normal. Ce n’est qu'après un temps plus ou moins long, après que les lésions de la blépharite auront gagné en profondeur, que s’établira la stagnation lacrymale, soit par éversion, soit par oblitération du point lacrymal.
Dans ce cas, on se trouvera en présence d'un cercle vicieux: la blépharite cause la stagnation, et la stagnation entretient la blépharite ; la première indication sera donc encore de rétablir le cours des larmes.