CHAPITRE IV
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La plupart des syphilographes ont reconnu à la vérole la faculté dé pervertir les fonctions de l’appareil nerveux.
Pour les uns, les accidents nerveux ne se manifestent que lorsque les os et les parties protectrices de la masse encéphalo-rachidienne sont le siège de tumeurs ou de destructions syphilitiques; pour les autres, le virus peut agir, en outre, sur le système nerveux d’une manière directe et amener des désordres sans l’intermédiaire de lésions matérielles; ils admettent ainsi que le vice syphilitique, comme ils l’appellent, de même que le vice goutteux et rhumatismal, pervertit essentiellement l’accomplissement régulier des actes dont est chargée la fibre nerveuse. Cette manière de voir n’a pas été jusqu’à présent appuyée, que nous sachions, sur des recherches nécropsiques.
Pour ne pas étendre outre mesure les limites de ce mémoire, nous allons passer en revue, aussi rapidement que possible, les opinions de la plupart des médecins qui se sont occupés, incidemment ou d’une manière spéciale, des affections vénériennes ou des affections nerveuses en général. Mais qu’il nous soit permis de dire dès à présent, que bien des foison est autorisé à se demander si l’auleur a positivement vu ce qu’il décrit, ou s’il n’établitpas plutôt
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J une hypothèse sur ce qui pourrait se produire dans cerj taines cii’constances. A côté de ceux qui se sont bornés à J émettre des aphorismes sans les soutenir par les faits, il I en est d’autres qui ont tâché d’appuyer leur manière de r voir sur quelques observations; mais celles qu’ils four- I lussent sont tellement incomplètes et insignifiantes, qu’eu f vérité, dans l’immense majorité des cas, on ne peut en I tirer aucun profit pour la science exacte; néanmoins,
> quelques-unes d’entre elles peuvent, jusqu’à un certain [ point, servir à élucider la question qui nqus occupe.
Le résumé que nous allons présenter ici sera court et i succinct, parce que souvent dans le corps de notre ouvrage I nous rappellerons des faits et des opinions soutenus par I les divers syphilographes.
Nous devons citer le libellus de Nicolaus Leonicenus,
) dans lequel le professeur de Ferrare (1497) (1) a [ beaucoup insisté sur les douleurs violentes éprouvées par les malades atteints de l’épidémie; mais il faut faire observer que plusieurs médecins, parmi lesquels MM. Ricord et Beau, pensent que cette épidémie, loin d’appartenir à la syphilis, avait de l’analogie avec la morve.
On ne trouve que des notions bien vagues sur les acci- ) dents nerveux que la syphilis peut déterminer, soit dans [ l’ouvrage de Jean Vigo, chirurgien du pape Jules II (2), soit dans celui d’Ulrich de Hutten (o) dédié au cardinal archevêque par une victime de l’infection; soit dans J celui de Fracastor, écrit sous le pape Léon X, avant 1521 [ par conséquent, mais dont l’édition porte le millésime 1530. Dans ce dernier ouvrage il est surtout question
(1) Luisini Aphrodisiacus siue de Me venered. Venise, 2 volumes, 1360-1507.
(2) Rome, 1314.
(3) .Mayence, 1319.
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des douleurs siégeant à la tête et dans les membres.
C’est encore de ces douleurs que parle principalement Fernel, quoiqu’il signale aussi les accidents cérébraux dans les cas où la syphilis se porte à la tête.
Nous n’avons rien puisé dans Sydenham ( 1 ) , où l’on ne trouve que des expressions vagues et des opinions incertaines.
N’ayant point la prétention de faire un article bibliographique complet traitant de tous les syphilographes, arrivons aux auteurs qui ont le mieux indiqué les troubles causés dans le système nerveux par l’influence de la syphilis.
N. Massa (2) nous fournit un exemple de manie syphilitique : Un jeune homme de 25 ans avait contracté, à la suite d’un coït infectant, des ulcères profonds accompagnés de pustules disséminées sur tout le corps. Au coucher du soleil il éprouvait dans la tête des douleurs très-intenses dont la malignité, en atteignant les ventricules du cerveau, lui donnait des accès de manie aiguë. Massa le guérit de tous ces symptômes par quelques minoralifs, par les pilules indiennes, et autres remèdes analogues.
On lit dans Girardi Van Swieten (3) :
« Lues gallica, licet quasvis fere partes corporis occupet aliquando, frequentius tamen superiora... unde et inclusum his encephalum pessimè ^fficitur, et varii capitis morbi sequuntur. Sæpè observantur cerebri læsiones in lue venereâinveteratà, a levissimâ vertigine, ad lethalem apoplexiam usque.
« Pessimæ epilepsiæ, cæcitates, surdilates. Possunt
(1) opéra oninia. Epist. n. De luis vcnereœ curatione.
(2) De morho neapolitano, lib. H, c. vu.
(3) Commcniarii. Lugd. Bat., 1773, vol. V, p. 404.
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oriri tumores gunimosi, et exostoses in calvariæ osseæ parte interna, quæpremenclocerebrnm, omnesejus fiincliones turhant. »
Sauvages (1), en parlant des maladies qui peuvent être occasionnées par la syphilis, énumère toutes les affections nerveuses. Mais quelleimportanceattacherà ses assertions, quand cet auteur reconnaît la même origine au priapisme, à la goutte, à l’élêphanliasis, etc., etc.
Astruc (2) parle de la sciatique et la considère comme une douleur qui attaque les parties voisines de l’os ischion et tout l’extérieur de la cuisse. 11 parle également de la surdité produite par une affection des osselets de l’ouïe (page 87). Quant aux vertiges syphilitiques, c’est l’effet, dit-il, du trémoussement des fibres de la rétine par la grande quantité de sang qiéij apporte son artère centrale! Cependant il indique clairement que des tumeurs peuvent comprimer les nerfs et déterminer la paralysie ; mais à chaque pas, il confond les tumeurs syphilitiques avec le squirre. D’ailleurs il ne cite pas un seul fait à l’appui de ses assertions qui sont la reproduction des théories admises à cette époque ; ainsi il parle de la paralysie des nerfs par leur obstruction et de V obstacle consécutif à la circulation des esprits animaux.
Cirillo (3) indique l’épilepsie comme pouyant être déterminée par la syphilis. 11 cite l’ohservation d’un soldat atteint de cette atTeclion, et à ce propos il signale \e poids syphilitique, dans lequel V artère est petite, basse et rare (page 357)!
Je ne m’occupe en ce moment ni de Baillou ni de
(1) iVo5o/. méthocl, l. X, p. 5:;.
(2) Traité des maladies vénériennes. Paris, 1740, t. III.
(3) Iraiié complet et observations sur les maladies vénériennes. Paris, 1803, p. 333, observ. XXXII.
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Baglivi; j’aurai occasion d’en parler dans le courant de ce livre.
Benjamin Bell (1) nous donne, principalement sur l’épilepsie et sur la manie, des observations précises et détaillées.
On trouve deux observations d’épilepsie guérie par le mercure; elles sont de Cullerier (2). Houstet (3) publia l’observation d’un individu atteint de paralysie sous l’influence de la syphilis.
Le cerveau et les viscères ne me paraissent pas être altérés par le virus syphilitique, dit Astley Cooper, dans ses œuvres chirurgicales.
Hunter (4) reconnaît au contraire à la vérole le pouvoir d’agir sur ces divers organes; mais dans son Traité sur les maladies vénériennes (5) il dit n’avoir pas vu la syphilis atteindre le cerveau.
Joseph Frank fait une large part à la syphilis dans l’étiologie de toutes les affections ; il nous offre deux exemples d’épilepsie syphilitique.
M. Lagneau père (6) dit que la surdité, l’amaurose, et bien d’autres névroses peuvent être occasionnées par la syphilis; il en est de même de l’épilepsie, l’hypocondrie, la mélancolie, la manie, etc. Il cite aussi (7) les paralysies vénériennes comme étant le résultat d’une tu-
(1) Traité de la gonorrhée et de la maladie vénérienne, Irad. de Bosquillon, 1802.
(2) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. XIV, p. 271-282.
(3) Mémoires de l’Académie royale de chirurgie, i. IV, p. 141.
(4) Œuvres complètes, trad. Richelot, t. 111.
(b) Trad. Richelot, première édition. Paris, 1843, t. II, p. b3o.
(0) Traité des maladies vénériennes, 1828, t. 11, p. 320.
(7) T. II, p. 447.
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1 nieur ou de l’influence morbide d’une syphilis ancienne.
Lallemand (1) mentionne plusieurs cas d’épilepsies et d’accidents cérébraux déterminés par la syphilis.
Nous trouvonsdans Baumes (2) le passage suivant : « Le 1 « principe syphilitique, le virus vénérien une fois intro-
I « duit dans l’économie va porter une impression spéciale
) O sur certains tissus et généralement sur le système ner- . « veux de la vie végétative. » 11 énumère ensuite les
II accidents que les tumeurs syphilitiques peuvent pro- I duire du côté du cerveau.
M. Plicord et M. Cullerier ont montré tous les deux I à l’Académie de médecine des gommes du cerveau.
En outre, M. Ricord a publié une observation remar- ] quable d’accidents cérébraux déterminés par la syphilis et guéris par les spécifiques (3); quelque temps après, le / malade qui fait le sujet de cette observation ayant suc- : combé au choléra, l’autopsie ne révéla rien sur le siège
ou la nature de la lésion qui aurait pu exister.
Vidal, de Cassis (4), admet également que la syphilis peut occasionner des altérations profondes du côté de la sensibilité et de la motilité. Il parle des courbatures, de l’abattement, de l’affaiblissement des forces musculaires, et des modifications de la sensibilité que l’on a comparées aux névralgies et aux douleurs rhumatismales. Plus loin il cite l’observation d’une femme qui, à la suite d’une nécrose syphilitique des os du crâne, succomba à une inflammation des méninges. Reconnaissant néanmoins la confusion qui règne dans les auteurs au sujet des
(1) Rechercher sur l’encéphale.
(2) Précis théorique et pratique sur les maladies vénériennes. Lyon,
(3) Clinique iconographique. Paris, 1831.
(4) Traité des maladies vénériennes. Paris, 1838, 3' édit.
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affections nerveuses que la vérole peut déterminer, il avoue que la syphilis des viscères est à faire. Il parle d’un jeune homme de 30 ans qui, à la suite d’une syphilis constitutionnelle, oflrit les symptômes d’une atta-" que d'apoplexie. L’iodure de potassium rétablit, dans ce cas, les facultés intellectuelles profondément lésées. Il cite enfin l’observation d’une paralysie syphilitique dont nous parlerons en temps et lieu.
Il existe encore plusieurs faits de maladies nerveuses syphilitiques observés par MM. Rayer, Beau, Briquet et Guérard (1).
MjM. Trousseau et Pidoux (2) donnent des exemples de névroses syphilitiques périodiques et diurnes.
Nous avons aussi puisé dans divers journaux et recueils scientifiques plusieurs observations très-intéressantes, parmi lesquelles nous mentionnerons cinq cas de névroses syphilitiques publiés par M. Ébrard (3).
M. A. Cazenave (4) nous a fourni des faits non moins intéressants.
Le docteur Faurès a publié, in extenso, quatre exemples d’accidents cérébraux déterminés parla syphilis (3).
Sandras (6) dans ses leçons a appelé l’attention de ses auditeurs sur la paraplégie déterminée par une exostose du canal vertébral ; la paraplégie suit alors une marche lente et progressive ; mais il faut se hâter d’agir, ear l'exos-
(1) Annales de thérapeutique du docteur Rognelta.
(2) Traité de thérapeutique et de matière médicale. Paris, 18o8, t. I,
(3) Gazette médicale de Paris, 1843, p. 119 et suiv.
(4) Annales des maladies de lu peau et de la syphilis.
{^) Journal de médecine de Toulomc, sept. 1854; et Compte rendu des travaux de la Société impériale de médecine, chirurgie et pharmacie de Toulouse, année 18o8.
(6) Gazette des hôpitaux, 7 juillet 1832.
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tose peut produire une lésion incurable de la moelle. Ce médecin a vu mourir un malade paraplégique quelque temps après l’institution du traitement spécifique qui avait produit une amélioration sensible. A l’autopsie on constata une exostose et un ramollissement de la moelle.
L'ouvrage de M. Prosper Yvaren (1), répondant en quelque sorte d’avance àla question posée par l’Académie, offre un recueil d’observations puisées dans les auteurs et dans sa pratique personnelle. Notre tâche étant de rechercher avant tout l’existence de la diathèse syphilitique bien établie, nous n’avons pu accepter la plupart de ses observations, la nature syphilitique des divers accidents qui y sont consignés pouvant être fortement contestée.
Néanmoins, l’auteur a eu le grand mérite d’appeler l’attention sur ces cas insolites de syphilis méconnue par la généralité des médecins.
On verra cités, dans le courant de notre travail, plusieurs autres faits appartenant à divers auteurs et que nous avons recueillis dans les journaux français et étrangers ; il serait donc superflu de les énumérer ici.
Quoique nous ayons parcouru la plupart des syphilographes, nous avons cru inutile d’entasser ici les faits relatés dans ces auteurs et dont le plus grand nombre I laissent beaucoup à désirer, notamment à l’endroit de l’étiologie.
(1) Des métamorphoses de la syphilis. Recherches sur le diagnostic des malmlies que la syphilis peut simuler, etc. Paris, 1834.