MODE DE PRODUCTION DES NÉVRALGIES
de nos faits ne souffraient presque pas pendant la Jour- I née; mais aussitôt couchés ils étaient en proie à des I douleurs extrêmement violentes. Celui du n“ VI,
I entre autres, était obligé de rester levé ou de s’appliiquer, pendant toute la nuit, sur les parties doulou- ( reuses, des compresses imbibées d’eau froide.
Le traitement spécifique a si rapidement amélioré ^t;ces névralgies, qui toutes se sont définitivement dissi- |]péesau bout de quinze à vingt jours, qu’aucun cloute |i ne peut être élevé sur leur nature spécifique, surtout quand on voit à combien de médications elles avaient |ii précédemment résisté.
] Outre ces névralgies classic[ues siégeant dans une région déterminée, nous en avons observé d’autres qui, t mobiles cjuant à leur siège et d’une intensité violente, !| existaient en même temps que des troubles profonds de ! la motilité. De même que les premières, ces dernières ^ névralgies existaient chez des individus qui, d’une
f: manière évidente, étaient sous l’influence de la diathèse : syphilitique. L’observation n” 56 nous fournit un tel exemple.
I Chez ce sujet, les douleurs étaient précédées, à il l’endroit même où elles devaient se déclarer, d’un I frisson que le malade comparait à une secousse élec- 1 trique. Peu après il survenait des souffrances exces- I sivement aiguës qui, pendant plusieurs heures, lui T arrachaient des cris déchirants. Nous sommes à nous demander si l’on doit classer l’histoire de ce malade 1 parmi les névralgies générales.
I Observation VI. — Syphilis constitutionnelle. — Névralgie sciatique., exostose tibiale. — Guérison par l’iodure de potassium.
M. X..., âgé de 35 ans, d’un tempérament sanguin et d’ordi- Zambaco. 8
H4 des NÉVRALGIES SYPHILITIQUES.
naire d’un embonpoint marqué, originaire du Midi, eut en 1846 des crêtes de coq sansaucune autre manifestation, et fut soumis pendant plus de deux mois à un traitement mercuriel ; il ne présentait cependant aucun signe d’infection, et c’est à titre de prophylaxie que cette médication lui fut conseillée. Rien à noter jusqu’en novembre 1856. A cette époque, se trouvant en Afrique, il contracta un petit chancre siégeant au cul-de-sac du prépuce, à gauche. L’ulcération ne fut aperçue que trois jours après les relations sexuelles. M. X... fut cautérisé trois ou quatre fois au nitrate d’argent. Il n’a pas eu de bubon. Après la cicatrisation du chancre, il resta un noyau dur sur lequel le médecin faisait faire des applications d’onguent mercuriel, dans le but d’en obtenir la résolution. Pas de traitement interne. Quelques mois après, M. X... eut une éruption de taches très visibles au front; puis une éruption pustuleuse envahit tout le corps. Il n’éprouvait qu’un peu de lassitude sans aucune espèce de douleur. Il ne croyait pas à l’existence de la syphilis constitutionnelle lorsque ses affaires commerciales l’obligèrent de revenir en Europe. Débarqué à Marseille, il fut conduit par un de seS amis chez le docteur Melchior Robert, qui diagnostiqua la syphilis et prescrivit un traitement mercuriel. Un mois après environ, il vint à Paris et consulla deux médecins dont l’un était M. Ricord.
A cette époque, avril 1857, il y avait plus de cinq mois écoulés depuis l’apparition du chancre. Le malade était couvert de taches cuivrées et violacées, abondantes surtout aux membres inférieurs. Ses ganglions inguinaux et cervicaux étaient très développés; mais il ne présentait aucun autre symptôme, si ce n’est un état général de faiblesse et de maigreur très prononcées.
Pendant trois mois et demi, il fut soumis à l’usage de l’iodure de mercure dont il prit de 5 à 30 centigrammes par jour, et aux fumigations de cinabre ; puis pendant deux autres mois il prit de l’iodure de potassium, 2 et 3 grammes par jour; les ganglions lymphatiques sont revenus à leur volume normal ; le malade récupérant ses forces et son embonpoint suspendit tout traitement. Il faut noter cependant que l’on voyait encore quelques taches jaunâtres peu apparentes sur les membres inférieurs; il quitta la France et passa en Angleterre où il con-
OBSERVATIONS
E tinua à se bien porter jusqu’au mois d’août 1858. A cette époj que il commença à éprouver des douleurs dans les articula- < lions des genoux et dans les deux tibias ; ces douleurs
I commençaient à se faire sentir lorsqu’il se mettait au lit ; elles étaient d’autant plus fortes que le malade avait plus chaud.
II Quelques jours après, aux douleurs précédentes qui augmeni laient toujours d’intensité, vint s’ajouter une sciatique gauche li . qui le gênait par moments dans la marche et l’empêchait sou- I vent de dormir. Les médecins qu’il consulta à Londres consi- ! dérèrent tout cela comme rhumatismal, et lui conseillèrent de 1 prendre des douches froides et d’envelopper les parties ma- I lades dans des serviettes mouillées au moment de se mettre au j lit ; il trouva en effet beaucoup de soulagement dans l’emploi I de ce dernier moyen ; les douleurs se calmaient par l’eau I froide, mais d’une manière tout à fait momentanée ; aussi pour ( prolonger l’action du moyen thérapeutique, couchait-il avec ! les deux membres inférieurs entourés de linges humides, i Lorsqu’au milien de la nuit les compresses se réchaulfaient, il 1 fallait les retremper dans de l’eau froide, sous peine de resj sentir de nouveau les douleurs et de ne pouvoir fermer l’œil.
j Après avoir mis en usage ce moyen, ainsi que les douches
I froides pendant près de deux mois sans aucune amélioration permanente, il revint à Paris : c’était le 1" octobre 1858.
L’examen fait constater que sur les membres pelviens il existe encore quelques taches, à peine visibles, de l’éruption syphilitique dont nous avons parlé. Le malade nous apprend ^ qu’il éprouve des douleurs vives sur le trajet d’une ligne qui, ]| partant de la partie inférieure de la fesse gauche, se termine à i| l’espace poplité, montrant ainsi avec le doigt le trajet du tronc ij du nerf sciatique; quelquefois, ajoute-t-il, la douleur descend U jusqu’au voisinage du talon; lorsqu’il éprouve des élance- 0 ments, ceux-ci retentissent sur les parties latérales du genou et f même jusqu’à la plante du pied ; la sonlTrance qu’il ressent I alors est comparée par lui au passage d’une ligne de feu qui >' l’oblige, si elle survient pendant la marche, de fléchir fortet) ment la jambe sur le genou et de s’asseoir. Cette douleur atj teint rarement ce degré de violence pendant le jour ; c’est une 0 fois couché que M. X... souffre de sa sciatique au point de ne ’< pouvoir laisser sa jambe s’appuyer sur le lit ; la sonllVance de-
vient alors insupportable. Indépendamment de cette douleur, il en survient d’autres dans les deux tibias et les genoux. C’est principalement dans le tibia gauche et à sa partie supérieure qu’elles sont le plus violentes.
La pression sur le trajet du nerf sciatique gauche, depuis la partie inférieure de la fesse jusqu’à l’angle inférieur du creux dujarret, réveille une douleurvive. Nous trouvonsen outredebx points névralgiques sur les parties latérales de la région du genou, savoir : l’un au-dessous de la tête du péroné et l’autre à la partie postérieure du condyle interne du fémur. L’exploration la plus attentive ne fait découvrir aucune tumeur sur le trajet du sciatique. A la partie supérieure de la face interne du tibia, à quatre travers de doigt au-dessous de la tubérosité interne, nous constatons l’existence d’une petite tumeur du volume d’un gros pois ; elle est comme incrustée dans le tibia par sa partie profonde. La pression y détermine un peu de douleur, et le malade nous apprend que c’est là un des points les plus douloureux pendant la nuit. M. X..., attentivement examiné, n’offre aucun autre symptôme remarquable.
L’iodure de potassium fut prescrit d’abord à la dose de i gramme dans un julep dont la moitié était prise le matin, et l’autre moitié le soir. Au bout de quatre jours la dose fut doublée, puis triplée. Le malade ne put dormir les premières nuits sans avoir recours à l’application de com.presses froides; le quinzième jour du traitement ce moyen ne fut pas employé; néanmoins le sommeil fut assez bon. A partir de ce moment l’amélioration fut rapide. Vingt-cinq jours après l’institution de la médication iodée, la petite exostose tibiale avait complètement disparu, et quarante jours après son arrivée à Paris M. X... retournait à Londres débarrassé de toute espèce de douleurs. Conseil lui fut donné de continuer encore son traitement pendant deux mois. Ce qu’il a fait avec exactitude. La 'guérison de M. X... ne s’est pas démentie depuis.
Réflexions. La névralgie du membre inférieur était certainement syphilitique chez ce malade qui Il avait eu auparavant aucune affection analogue.
Cette sciatique coïncida a son début avec le dévelop-
OBSERVATIONS
peinent de douleurs ostéocopes et d’une exostose tibiale. Elle a rapidement cédé à l’iodure de potassium, en imême temps que les autres accidents ont disparu.
Mais peut-on soupçonner une lésion des tissus fibreux ou osseux en rapport avec le nerf sciatique dont les fonctions étaient ainsi mécaniquement troublées? La ;présence d’une exostose tibiale légitimerait cette hypothèse, qu’aucune preuve ne peut néanmoins convertir ■en certitude.
Quoi qu’il en soit, nous ferons remarquer que chez ce malade, malgré les longs traitements qu’il avait suivis, il existait encore sur les membres inférieurs un témoignage certain de la présence de la diathèse syphilitique dans toute sa vigueur. Nous voulons parler des taches jaunes cuivrées que nous avons mentionnées dans l’observation.
Aussi, d’après les nombreux faits que nous avons : recueillis , sommes-nous autorisé à penser que le [médecin ne doit pas supprimer le traitement spéci- I tique, tant qu’il reste sur une partie quelconque de la ipeau des taches cuivrées tant soit peu visibles. L’expéirience nous apprend que dans ces cas on se fierait à [ tort aux fausses apparences d’une guérison qui ne serait qu’éphémère.
' Observation Vit. — Névralgie intercostale syphilitique. — Guérison par les spécifiques.
G..., marchand d’habits, âgé de 32 ans, brun, d’une forte constitution, entre le 23 novembre 1858 à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Charles, lit n® 15 (service de M. Piorry). Quoiqu’il n’ait rien changé à sa manière de vivre et qu’il se nourrisse bien, il est pâle et maigre depuis plusieurs mois.
A l’âge de trente et un ans, il eut un chancre, pour lequel il se fit admettre à l’hôpital du Midi, dans le service de M. Puche,
cinq semaines après avoir remarqué qu’il avait une ulcération (juin 1857). M. Puche trouva que ce chancre était parcheminé, et il en découvrit un second nettement induré. C... avait en même temps une adénopathie inguinale double, des ganglions cervicaux et des plaques muqueuses à l’isthme du gosier. Il fut soumis à l’usage du proto-iodure de mercure. Nous ne savons à quelle dose ce médicament fut prescrit; mais à peine ce traitement fut-il suivi pendant une quinzaine de jours qu’on fut obligé de le suspendre et de soigner C... pour une maladie intercurrente qui nécessita une phlébotomie. Plus lard, C... sortit de l’hôpital et ne suivit plus de traitement spéciflque.
Dix-sepl jours après avoir quitté l’établissement nosocomial, il y entra de nouveau pour des accidents du côté de la gorge; ses ganglions cervicaux avaientaussi acquis un grand développement. M. Puche lui prescrivit de l’iodure de potassium ; mais à peine C... en avait-il pris pendant cinq semaines qu’il voulut partir à toute force ; la gorge ne l’incommodait plus; les ganglions cervicaux avaient à peine diminué de volume.
Deux semaines après, il rentre encore au Midi avec une éruption abondante d’ecthyma syphilitique. A part celte éruption et le développement de ses ganglions, il n’avait aucun autre symptôme diathésique; C... était fort, frais, et se portait à merveille.
M. Puche le soumit pendant cinq mois à l’iodhydrate ioduré. Dès le vingtième jour de la médication, les boulons commencèrent à s’effacer ; la disparition complète de l’éruption fut rapidement obtenue. En quittant l’hôpital, le malade n’avait plus trace de manifestations syphilitiques. C’était à peu près vers la fin de novembre 1857.
C... reprit son travail habituel qu’il continua sans rien éprouver de fâcheux jusqu’en septembre 1858. A celte époque, il commença à avoir de très-fortes douleurs de tête qui siégeaient au front et au sinciput, et qui se déclaraient toujouis lu nuit, V6)'s deux heures du mutin j\e\xv durée était de deux à trois heures. Quelques jours après, des douleurs excessivement violentes se manifestèrent à la nuque; elles se faisaient sentir en môme temps que celles de la tôle. C... ne suivit aucun traitement, il continua l’exercice de sa profession.
Une douleur violente du côté droit, qui l’empôche par mo-
OBSERVATIONS. 119
ments de respirer, et dont il souffre depuis quinze jours, Ta contraint de se faire admettre à l’hôpital.
Voici quel est l’état du malade au moment de son admission : il est pâle, maigre, faible; il porte des cicatrices d’ecthyma profond ; les unes sont blanches et ressemblent à des cicatrices de cautères ouverts par la pâte devienne; les autres sont violacées ou cuivrées. Il en a sur le front et sur le cuir chevelu ; mais les plus larges siègent sur les membres inférieurs. On voit, en outre, des pustules d’ecthyma de nouvelle poussée et en pleine suppuration ; elles sont disséminées par tout le corps. Cette éruption n’est le siège d’aucune démangeaison. Une grande cicatrice large comme une pièce de vingt sous, blanchâtre, indique l’endroit où a siégé le chancre parcheminé. Pas d’adénopathie inguinale; mais les ganglions du cou sont assez volumineux.
Tous les soirs, après minuit, il éprouve des douleurs de tète affreuses; douleurs violentes également dans la continuité des membres.
Depuis quinze jours environ il éprouve une douleur près du bord axillaire du scapulum droit, douleur qui rayonne vers la partie antérieure de la poitrine en contournant le côté. Les mouvements du bras correspondant exaspèrent cette douleur; quand le malade veut porter le membre vers la tète, par exemple. Il ne peut se coucher sur le côté droit, car la douleur devient alors insupportable. Il souffre d’une manière non interrompue le jour et la nuit; mais des élancements, comparés par le malade à des coups de canif, se produisent surtout pendant la nuit; en môme temps il éprouve des douleurs dans la tète et dans les jambes.
L’examen de G... nous fait constater qu’entre la troisième et la quatrième vertèbre dorsales, et sur une étendue large comme une pièce de deux francs, il existe une telle sensibilité que la moindre pression fait sauter le malade, en déterminant une douleur affreuse qui rayonne en avant vers le mamelon. A mesure qu’on se rapproche du bord axillaire de l’omoplate, la douleur à la pression diminue de plus en plus, et devient enfin nulle à ce dernier point; mais dès qu’on dépasse ce bord en avant, on la retrouve au niveau du troisième espace intercostal et tout aussi violente. Le point le plus sensible â la près-
sion siège à égale distance des deux côtes et au niveau de leur continuation avec les cartilages costaux. 11 y a une telle hypércsthésie en cet endroit que le contact môme le plus superficiel détermine une grande souffrance.
Lorsque le malade tousse, une vive douleur lancinante, se faisant sentir au point prévertébral, interrompt brusquement ses efforts. Toutes les autres parties du corps, minutieusement explorées, ne nous présentent rien de semblable. L’examen le plus attentif ne nous permet de découvrir aucune tuméfaction, rien d’appréciable sur le trajet de cette douleur. L’exploration de la poitrine par l’auscultation et la percussion ne nous révèle rien de notable.
Le malade est soumis à l’iodure de potassium à la dose de 1 et puis de 2 grammes par jour; il prend, en outre, une pilule de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure.
Quinze jours de traitement ont suffi pour faire disparaître les douleurs mentionnées. Le malade pouvait, à cette époque, exécuter tous les mouvements avec son bras droit, tousser et se coucher n’importe dans quelle position, sans éprouver aucune soulfrance ; mais la pression exercée avec une certaine force provoquait encore un peu de douleur. Les douleurs de la tête et des membres ont aussi considérablement diminué; par suite, le sommeil est bon et non interrompu. Les pustules d’ecthymase cicatrisent; on n’en voit pas de nouvelles se produire. Le malade a repris un peu de ses forces. Malgré les conseils qu’on lui donne, il veut absolument quitter l’hôpital.
Il rentre le 5 janvier 1859. Il avait suspendu son traitement dès sa sortie de la Charité. Sa douleur névralgique est revenue, mais avec moins d’intensité. Des douleurs de tête et des membres le tourmentent toutes tes nuits. Il porte une douzaine de pustules d ecthyma récemment développées. Il est de nouveau soumis au traitement indiqué ci-dessus.
Le 25 janvier, douleurs nulles; l’éruption cutanée est en train de disparaître. Cette fois-ci il a résolu de rester à l’hôpital jusqu’à parfaite guérison.
Le 10 février, les taches syphilitiques pTilissent progressivement ; les pustules d ecthyma se sont cicatrisées; les douleurs des membres se sont dissipées, ainsi que la céphalalgie ; il n’y
OBSERVATIONS. 121
a plus trace de névralgie intercostale. Toutes les autres fonc- 1 tions s’accomplissent normalement.
Réflexions. — Ce malade, atteint de syphilis constij tutionnelle, n’a jamais suivi im traitement régulier. —
. La névralgie intercostale, survenue en même temps I que des céphalées et des douleurs ostéocopes très vioi lentes, et dissipée à deux reprises différentes, par l’effet I d’un traitement anti-syphilitique, en même temps que ^ les autres manifestations diathésiques, doit être néces- ^ sairement attribuée à la syphilis. Mais quelle était laléj sion qui déterminait cette névralgie? En tenant compte i de la période à laquelle est arrivée la syphilis constitu- 3 tionnelle chez ce malade, il est permis de soupçonner i une altération des tissus ostéo-fibreux qui avoisinent le nerf intercostal malade; altération qui siégeait peu t- I, être au niveau du trou de conjugaison traversé par ce I nerf. Quoiqu’il en soit, cette névralgie s’est dissipée au li bout de quinze jours de traitement spécifique. Elle est I revenue en même temps que les céphalées et l’éruption I ecthymateuse, peu de temps après la suppression du I traitement. Enfin, elle a de nouveau disparu, après é vingt jours de traitement mixte par l’iodure de potas- S sium et le proto-iodure de mercure.
i Observation VIII. — Névralgie syphilitique de la cinquième paire et des branches cervicales du facial; perte du goût. Ecthyma. Mercure. Guérison. Récidive. Syphilides tuberculeuses. Sarcocèle syphilitique.
Michel G..., cocher, âgé de 40 .ans, eul, dans ces six derf nières années, et à plusieurs reprises, de l’herpès préputial, si l’on s’en rapporte à la description qu’il en donne; il eut aussi t des ulcérations qui ont promptement disparu. On ne peut (| parvenir à savoir avec précision quel a été le moment d’in- > fection chez lui. Il dit avoir eu â deux époques difiérentes des
chancres qui ont duré près de six mois chacun, l’un il y a i quatre ans et l’autre il y a deux ans. Il n’a jamais eu d’urétlirite. Entre la première et la deuxième ulcération, il n’a eu ; aucune manifestation diathésique, bien qu’il ne fût soumis à i aucun traitement. La dernière ulcération datait déjà de près de six mois, lorsqu’un jour le malade peu attentif se vit couvert de boutons; c’était en juin 1857. Il s’empressa d’entrer à l’hôpital Saint-Louis, salle Saint-Charles, n° 7, dans le service de M. Gibert qui diagnostiqua un rupia syphilitique. Ce qui avait surtout obligé G... d’entrer à l’hôpital, c’était une névralgie faciale du côté gauche. En effet, depuis trois semaines il éprouvait une douleur très-violente derrière le bord postérieure de la branche verticale du maxillaire et au-dessous de l’oreille, entre le conduit auditif externe et le col du condyle.
Puis les douleurs ont suivi notamment le trajet du nerf temporal superficiel, en se dirigeant vers la tempe gauche et jusqu’au sinciput. Quelques jours après elles ont envahi toute la l partie de la tète située au-devant d’une ligne verticale passant 'fc derrière le conduit auditif externe ; elles parcouraient la tempe suivant des lignes divergentes de bas en haut; en môme temps la moitié gauche de la face devient le siège de souffrances horribles qui rendent la mastication impossible; le contact môme des aliments à la face interne de la joue, sur les dents, et à la voûte palatine gauche, produit des douleurs intenses; les corps froids, comme l’eau à 20“, exaspèrent les douleurs.
La sensibilité du côté gauche de la face et de la partie indiquée de la tète était telle, que non-seulement le malade ne pouvait se coucher sur ce côté, mais qu’il lui était impossible d y toucher sans provoquer de vives souffrances; la région sous-oibitaire était surtout douloureuse; elle était le siège d’élancements très fréquents.
La sécrétion de la salive était tellement augmentée que le malade avait un véritable ptyalisme, quoiqu’il n’eût pas pris de mercure, la joue gauche était souvent mouillée par des larmes.
La sécrétion nasale devenait très-abondante du môme côté pendant les crises douloureuses. Les mouvements de la langue provoquaient des douleurs; aussi la parole était-elle pénible ' et embarrassée. Le goût enfin était tellement aboli à gauche que le malade n’y pouvait distinguer 1e sel d’avec le sucre.
OMSEllVATIONS.
Quelques jours après, les mômes douleurs se sont irradiées 1 inférieurement vers la région sus-hyoïdienne correspon- , dante; un élancement profond qui se produisait au-devant de l’oreille était le point de départ de la crise ; immédiatement li après, les douleurs se propageaient dans toutes les directions i mentionnées.
( Le malade portait vivement la main à la face profondément J altérée par de nombreuses grimaces. Après cinq ou six élan- 1 cemenls répétés, les douleurs se dissipaient, pourvu que G... i restât dans un repos absolu.
A cette époque, il avait en outre des ganglions cervicaux, I des ulcérations de l’isthme du gosier et du rupia. Un traitement I bydrargyrique fut prescrit immédiatement après son admission ' à l’hôpital. La névralgie disparut au bout de trois semaines.
I M. G... resta à Saint-Louis pendant cinq mois ; il en sortit le I" novembre imparfaitement guéri; car il avait encore des ( boutons de rupia. Depuis ce moment-là, il ne se soigna que ( d’une manière irrégulière.
En 1838, au mois de mai, il porte, outre ses cicatrices anciennes, des boutons de rupia profond en pleine suppuration, et des sypbilides tuberculeuses sur les membres inférieurs. La voix est enrouée, discordante et non soumise à la volonté du malade, quant à la force qu’il veut lui imprimer.
Sarcocèle syphilitique droit; la glande séminale n’a plus sa résistance physiologique, ni sa sensibilité normale à la pression; elle est petite, elle offre des irrégularités et une consistance fibreuse.
M. G... se soumet de nouveau au traitement spécifique ; mais il n’a jamais voulu suivre une médication complète. lodure de potassium 2 grammes, et bi-iodure bydrargyrique à la dose de 5 milligrammes par jour.
Au mois d’octobre sa voix s’est éclaircie; il n’y a plus de tubercules cutanés; mais de larges taches cuivrées et violacées existent par tout le corps. Le testicule est moins dur, mais il est atrophié; cependant une pression un peu forte détermine de la douleur physiologique sur certains points.
lUflcxions. — Celle observalion nous présenle un exemple de névralgie de la cinquième paire dont
j24 DES NÉVRALGIES SYPHILITIQUES.
plusieurs branches, surtout l’auriculaire et la sous- ^ orbitaire, étaient vivement affectées; mais ce qui peut : paraître insolite de prime abord, c’est la névralgie des i branches cervicales du facial qui est un nerf moteur. I Cependant, outre l’anastomose dans le conduit de Fallope, par le filet de Wrisberg, le nerf facial est rendu sensible par les filets que lui envoie le nerf temporal superficiel. Ses branches étant devenues mixtes, il n’y a rien d’étonnant qu’une névralgie du nerf trijumeau retentisse jusqu’aux branches du nerf facial, ou plutôt jusqu’à ses filets qui s’accolent aux rameaux du nerf facial pour se distribuer aux mêmes parties que lui.
L’abolition du goût chez ce malade, malgré les troubles du nerf facial, ne permettrait pas de conclure dans le même sens que notre observation < n° 24, c’est-à-dire en faveur de l’opinion de Baglivi qui fait jouer un grand rôle à la corde du tympan pour l’exécution des sensations gustatives. j
Enfin, chez ce malade, les douleurs existaient indis- ' tinctement le jour et la nuit, et troublaient toutes les j fonctions présidées par les branches de la cinquième j paire. Elles furent complètement dissipées à l’aide des i mercuriaux. I
Observation IX. — Céphalées et névralgie syphilitique de toute la face, guéries pur le mercure et l’iodure de potassium, à l'hôpital Saint-Lazare.
Violette (Julie), 35 ans, marchande des quatre saisons, demeurant place Maubert, native du département de la Marne; venue à Paris il y a quinze ans, elle s’est fait inscrire immédiatement. — Il y a quatre ans, elle a eu un chancre pour lequel elle a été traitée à la maison de Saint-Lazare dans le service de M. Boys de Loury pendant un mois. Trois semaines environ après son départ de l’inGrmerie, elle y est revenue pour des
OBSERVATIONS
accidents syphilitiques siégeant à la bouche. Soumise pendant Z six semaines h un traitement mercuriel, elle sortit guérie. ■; Deux ans après son départ de l’infirmerie, elle a eu une raaladie des yeux qui ne présentait extérieurement rien d’appa- ; rent ; elle était dans l’impossibilité de se conduire dans les L rues; elle conservait la faculté de voir les objets; mais elle t* n’avait pas conscience de leurs proportions ; elle n’aurait pas ►î reconnu une de ses amies qui se serait trouvée à ses côtés.
ILes personnes lui semblaient quatre fois de dimension ordinaire, et si elle fixait quelqu’un elle croyait apercevoir deux individus au lieu d’un; ils avaient tous les deux des propor- C lions colossales (diplopie). Cependant il n’y avait pas de 1 strabisme. Elle éprouvait en môme temps des douleurs de tête I épouvantables, douleurs qui se manifestaient le soir et siégeaient spécialement dans l’intérieur du crâne : elle y ressen- I taiù comme des coups de marteau. Elle ne pouvait pas se con- : duire elle-même. Elle se résignait îi garder sa chambre ; et si
J elle se permettait de sortir, elle se faisait guider. Cet état a i duré six semaines à peu près; sous l'influence d’un traitement spécifique et peu à peu, sa vue est revenue à son état normal, en môme temps que les douleurs de tête ont complètement disparu. Depuis ces accidents, elle n’avait ressenti que quelques faibles douleurs de tête, et de plus rares en plus rares, jusqu’au moment où elle est allée consulter à l’infirmerie, c’est-à-dire, jusqu’au 8 décembre 1838.
A cette époque, elle se plaint de douleurs de tête excessivement violentes ; ces douleurs se produisent la nuit seulement et dés que la malade se, trouve réchauffée. Rien n’apparaît pendant le jour. Elles siègent principalement dans l’intérieur du crâne et vers la partie centrale, à la région frontale et à l’occiput. Quelque temps après le début des douleurs de tôte et lorsqu’elles ont atteint leur summum d’intensité, la I malade éprouve des douleurs qui s’irradient à la face dans il toutes les directions et envahissent bientôt les régions nasales I et frontales, sus-orbitaires et auriculaires. Le maxillaire inférieur est le siège en môme temps d’élancements qui rayon- > nent vers les parties voisines. Ce pointillement si douloureux,
' qui siège à la face et qui ressemble aux souffrances qu’occasionnent des aiguilles profondément enfoncées, s’exaspère
126 DKS NÉVRALGIES SYPHILITIQUES.
bien davantage lorsque la malade se couche sur un des côtés de manière à appliquer une joue sur l’oreiller. Lorsqu’elle quitte son lit et se promène dans la salle, elles disparaissent entièrement.
Insomnie complète.
Traitement. — Une pilule de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure et 1 gramme d’iodure de potassium.
Le dS décembre, sous l’influence du traitement, les douleurs ont sensiblement diminué; mais elles existent encore. —
2 grammes d’iodure de potassium. — Les douleurs ont disparu le 16 décembre, mais elles se sont montrées de nouveau le 17. — Le 18, il y a eu encore absence de douleurs; mais elles se présentent encore pendant la nuit du 19. — lodure de potassium, 3 grammes.
3 janvier 1859. — La malade dit éprouver des douleurs insignifiantes; selon son expression, ce n’est plus souffrir.
— Elle dort bien. — Guérie, elle quitte l’infirmerie le 16 janvier 1859. ,
Observation X. — Névralgie intercostale du neuvième espace,
coexistant avec une exostose costale. Syphilisation sans succès.
— Gommes nombreuses. Sarcocèle syphilitique ; tubercule
ulcéré de la langue. — lodure de potassium. — Guérison.
M. X..., officier d’infanterie, âgé de 23 ans, blond, à système musculaire bien développé, n’eut aucune maladie sérieuse pendant son enfance; il n’a jamais présenté les attributs d’une disposition scrofuleuse.
En septembre 1848, il eut pour la première fois une affection vénérienne. C’était un chancre du cul-de-sac du prépuce, qui fut pansé avec de l’onguent mercuriel. Ce chancre s’élargit et s’endurcit; les glandes des deux aines se sont développées, , surtout celles du côté gauche ; et à la suite d’une marche pro- i longée il fut obligé, vu les grandes douleurs qu’il éprouvait i dans l’aine, d’entrer à l’hôpilal de Brest où il resta pendant deux mois. On employa les antiphlogistiques localement (cataplasmes, sangsues, etc.), puis le proto-iodure de mercure; cent quatre-vingts pilules dont la composition nous est inconnue, déterminèrent une salivation après 1a disparition de laquelle |
OnSERVATION.S.
X... quitta l’hôpital sans aucun autre symptôme qu’un petit 1 noyau dur au niveau de la cicatrice du chancre. X... continua à ne rien présenter jusqu’au mois d’août 1849; à cette époque, sans aucune cause connue, le testicule gauche prit un dévelop- > pement insolite. Il était lourd et douloureux au point d’empêcher le sommeil. Les cataplasmes et un suspensoir cal-
0 nièrent momentanément les accidents; mais deux mois après, J X... rentre à l’hôpital de Brest pour un abcès du scrotum à
1 gauche.
D’après une note du confrère qui l’y soigna, le testicule était volumineux, irrégulier, bosselé, le cordon tuméfié, le scrotum distendu et violacé, les ganglions inguinaux engorgés et douloureux. L'abcès s’ouvrit et il s’éleva dans la plaie des bourgeons de la forme d’un champignon. Ce malade resta pendant r trois mois et demi à l’hôpital ; il prit de l’iodure de potassium et fut cautérisé à plusieurs reprises avec le nitrate d’argent et le nitrate acide de mercure.
Pendant une année entière (de 18S0à 1851) il s’est très-bien porté et se croyait radicalement guéri.
En février 1851, des douleurs vives se manifestèrent au côté droit du thorax; douleurs qui furent soulagées momentanéi ment par un vésicatoire. Elles augmentèrent ensuite d’inteni sité et se faisaient sentir particulièrement pendant la nuit; elles i s’exaspéraient par la chaleur, et s’amoindrissaient par l’application d’un corps froid. En môme temps la santé générale du malade était altérée et les forces diminuées. X... était maigre et pâle; pas d’éruption, rien aux muqueuses. Il rentra à l’hôpital de Cherbourg le 15 mai 1851. Le chirurgien reconnut une exostose siégeant sur la face externe de la partie moyenne de la troisième côte droite.
1 L’iodure de potassium prescrit â l’intérieur et les frictions avec une pommade iodurée ont produit un soulagement rapide. L’exostose disparut et le malade quitta l’hôpital. Il se porta bien jusqu’au 8 octobre 1851, époque à laquelle il lui est survenu des douleurs vives au niveau du temporal gauche, ainsi que profondément dans la nuque, le long de la branche I et de la partie gauche du corps de la mâchoire, et dans l’orbite t: gauche sans aucun trouble de la vue. Amaigrissement, fai- I blesse, insomnie, puis ulcération de l’extrémité de la langue
128 DliS MÉVRALGIES SYPHILITIQUES.
s’agrandissant tous les jours et se creusant à tel point, qu’en , six jours il y avait une dépression qui logeait la pulpe du petit doigt. Il entra alors au Val-de-Grâce, dans le service de M. Marchai, de Calvi.
La langue était volumineuse, très-dure, les ganglions sousmaxillaires tuméfiés, la parole impossible. Le chef de service reconnut un ulcère syphilitique; il ordonna une pilule d’iodure de mercure et plus tard quatre (nous ignorons la dose du médicament de même que pour les traitements antérieurs).
Au bout de quelques jours, M. Marchai proposa au malade de lui faire des inoculations syphilitiques pour hâter sa guérison; il y consentit. Nous passons tous les détails de ces tentatives comme tout à fait étrangers au sujet que nous traitons
Après un séjour d’un mois et demi à l’hôpital, l’ulcère de la langue s’est cicatrisé; mais la santé générale était mauvaise; il éprouvait des. douleurs dans la tête et dans les jointures. On continua les inoculations sans aucun autre traitement. Les | douleurs augmentaient toujours, surtout celle du côté droit du thorax, qui rayonnait avec intensité vers la région sternale. Une pression môme légère exercée sur la partie latérale droite et inférieure du sternum occasionnait des douleurs très-vives.
En même temps il parut une petite tumeur dans la peau de la fesse droite et une autre au tibia; le 30 mars 1832, il se présente à la consultation de l’hôpital du Midi (de M. Ricord).
Le faciès est pâle, terreux ;X... est abattu, faible et manque d’énergie ; il est en proie à une grande insommie.
Alopécie depuis un mois seulement. Dysphonie légère. La voix n’a pas son timbre normal; dyspnée. Après la moindre marche X... se fatigue très-facilement. Douleurs nocturnes au i sommet de la tête. « Douleurs également nocturnes, mais se manifestant même dans le jour au niveau du neuvième espace intercostal droit avec point douloureux présternal et prévertébral ; toute la peau de cet espace est douloureuse h la pression. Les douleurs que le malade y éprouve sont lancinantes et traversent tout 1 espace intercostal. En outre, il y a d’une manièi e pei manente des douleurs continues que le mouvement et la respiration profonde exaspèrent. X... ne peut se coucher sur le côté droit, on ne trouve rien d’appréciable à la palpa- I
il tion, à la région du sacrum entre les deux épines sacrées, il i existe une tumeur grosse comme une noix, adhérente à l’os,
I fluctuante, sans battements, douloureuse à la pression; la peau 1 qui la recouvre conserve ses caractères normaux. Une tumeur de môme nature, mais plus petite, siège au niveau de la tubé- ^i rosité du tibia droit, et une troisième à 2 centimètres audessous de la précédente.
X... porte de nombreuses cicatrices de tentatives de syphi- ■£ lisation.
Traitement. — lodure de potassium \ gramme, huile iodée < 30 grammes par jour, tisane de saponaire, teinture d’iode pure ^ sur les tumeurs.
il Le 9 avril les douleurs sont nulles dans toutes les tumeurs i) qui ont manifestement diminué de volume; celles du neuvième i espace intercostal sont très-supportables. i{ L’amélioration a été progressive depuis cette époque et le i 20 avril la santé générale du malade est excellente. 11 n’existe plus aucune tumeur, si ce n’est un petit noyau à peine sensible au niveau de la tumeur sacrée ; le malade n’y éprouve aucune douleur soit à la pression, soit d’une manière spontanée ; plus i de trace de névralgie intercostale. Il continuera son traitement ' pendant deux mois encore.
Réflexions. — Cette observation est beaucoup trop
I explicite par elle-même pour que nous y fassions de longues remarques. Nous n’appellerons l’attention que sur l’existence simultanée d’une névralgie intercostale ' avec exostose d’une côte voisine. Serait-ce là la cause > de la douleur; et de ce cas pourrait-on conclure que les névralgies syphilitiques reconnaissent pour cause ' déterminante une tumeur qui trouble les fonctions du I nerf voisin? Nous avons vu des névralgies occasionnées ' évidemment par cette dernière cause. Chez ce malade ' la névralgie est revenue après la disparition de l’exostose. Cependant, comme il existait en même temps des tumeurs syphilitiques sur d’autres parties du corps, on serait en droit, jusqu’à un certain point, de soup- Zambaco. 9
130 des névralgies syphilitiques.
çonner la présence d’une tumeur de môme nature sur i le trajet du nerf douloureux. Les antécédents du malade, ' la coexistence de la névralgie avec d’autres signes dia- i tlîésiques de la syphilis, sa disparition rapide et complète à deux époques différentes par suite d’un traite- ' ment antisyphilitique, et en même temps que les autres manifestations de l’infection constitutionnelle se sont dissipées, nous confirment l’origine spécifique de cette , affection.
Observation XI. — Névralgie sus-orbitaire, frontale et tempo- i raie. — Jritis syphilitique. — Guérison par les mercuriaux.
L... Nicolas, tonnelier, âgé de 25 ans, entre le 30 jan--i vier 1852 à l’hôpital du Midi, salle 3, lit n“ 11, service de M. Ricord. Constitution robuste; ses parents vivent bien portants; jamais de blennorrhagie. . 1
Le 16 novembre 1851, quinze jours environ après le coït, il remarqua un chancre près du filet. Quelques jours après, deux., autres ulcérations se sont montrées au voisinage ; il y appliqua il de la cendre de pipe selon le conseil d’un ami. Les ulcérations . se sont cicatrisées peu à peu. Le malade peu intelligent et inat-tentif ne peut nous dire s’il y avait de l’induration.
Depuis quinze jours il épouve des douleurs préarticulaires > et il présente sur tout le corps une roséole syphilitique. A soni entrée les ganglions des aines sont très-volumineux; il a une; adénopathie cervicale et môme axillaire ; douleurs préarticu-laires qui s’exaspèrent pendant la nuit et qui sont soulagées^ par une pression forte ; syphilide papuleuse, lenticulée, confluente, un peu furfuracée dans certains points; alopécie;; pas de céphalée, aucune autre manifestation. 1
Traitement. — Bichromate de potasse, 30 milligrammes à prendre en deux fois avec 30 grammes de sirop de pavots. ' Après qu’il eut pris ce médicament pendant 15 jours sansN aucun effet curatif, la dose en fut portée à 40 milligrammes. Sous l’influence de ce sel, le pouls est descendu à 55 par minute; le malade devint abattu, prostré, sans énergie.
Les gencives se sont gonflées et ulcérées auniilieu de la
OBSERVATIONS
dernière molaire gauche. Le médicament est porté à SO, et 60 milligrammes par jour sans aucune modification de l’éruption syphilitique; le pouls s’abaisse à 40 et devient presque misérable.
Le 1" mars, il éprouve des coliques violentes. Son état général ne permet plus de continuer le bichromate.
Le 9 mars, il commence un traitement mercuriel ; 2 pilules, de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure chacune.
Le 20 mars, le malade voit trouble de son œil droit; la conjonctive est très-injectée; cercle vasculaire précornéen ; le champ pupillaire est trouble ; synéchie postérieure du bord interne de la pupille; photophobie légère, pas de photopsie; douleurs sus-orbitraires commençant près de la grosse extrémité du sourcil et rayonnant de bas en haut, selon la direction de plusieurs lignes, vers le front et le sommet de la tête. 3 pilules, vésicatoire de la grandeur d’une pièce d’un franc au-dessus du sourcil.
Les jours suivants, aggravation des. symptômes : la paupière s’œdématie; la partie inférieure de l’iris est irrégulière et offre une papule saillante.
Les douleurs névralgiques sont atroces. Elles incommodent le malade plus que le reste; elles siègent sur la moitié droite du front qu’elles sillonnent de bas en haut ainsi que la tempe correspondante. Elles sont lancinantes ; le malade les compare à l’effet violent du fluide électrique. Dans l’intérieur même de l’orbite, il ressent des élancements violents. Ces douleurs se répètent toutes les quinze ou vingt minutes et plusieurs fois successivement. Dans ces moments là, l’œil pleure incomparablement plus que dans les intervalles; enfin il arrive fréquemment que la douleur orbitaire rayonne d’un autre côté, vers la région sous-orbitaire.
La pression en effet détermine une douleur vive en cet endroit; il est impossible au malade de la supporter au front, tellement la sensibilité y est grande. Enfin exercée sur la tempe droite, la pression provoque des douleurs aiguës qui rappellent celles que le malade éprouve spontanément. Sangsues à la tempe; onctions matin et soir à la région sus-orbitaire avec de l’onguent mercuriel belladoné.
132 nES NÉVRALGIES SYPHILITIQUES.
Le 10 mars les douleurs névralgiques ont disparu; mais, dans la partie inférieure de la chambre antérieure de l’œil, il y a un épanchement trouble. La vision est presque nulle. La syphilide cutanée commence à pâlir; 5 pilules mercurielles. Le 21, 6 pilules. L’amélioration augmente progressivement.
Les jours suivants la vascularisation de la conjonctive et de l’iris disparaît; le liquide trouble de la chambre antérieure se résorbe; la pupille a repris sa forme naturelle, elle est cependant un peu allongée de haut en bas; les douleurs névralgiques ne sont plus revenues ; 1 éruption cutanée est éteinte.
Une stomatite mercurielle obligea de suspendre les pilules. L’hydrargyrisme vaincu par les purgatifs et par les acides employés sous forme de boissons et de gargarismes, le malade quitta l’hôpital. Il continua le traitement spécifique chez lui.
Réflexions. — L’iritis avait déterminé chez ce malade les névralgies frontale, temporale, sous-orbitaire; névralgies qui ont disparu, dès que l’inflammation du diaphragme de l’œil diminua d’intensité, sous l’influence du mercure.
Il est très-commun de voir ces diverses névralgies accompagner l’iritis ; aussi n’en multiplierons-nous pas les exemples, quoique nous en possédions un certain nombre. Mais lorsqu’on cherche à se rendre compte de la manière d’être, de la cause qui produit ces douleurs nerveuses, on trouve qu’elle est toute différente de la cause des névralgies syphilitiques siégeant sur les autres parties du corps.
L’iris en s’enflammant devient douloureux lui-même; les nerfs ciliaires émanent du ganglion ophthalmique dont la racine sensitive provient de la cinquième paire. On pourrait donc s’expliquer, jusqu’à un certain point, le développement des névralgies sur les autres branches du nerf trijumeau par une action réflexe dont le point d’irritation serait sur les nerfs ciliaires, dans la mem-
; OBSERVATIONS. 133
^ brane iris. C’est l’analogue de ce que l’on observe 1 lorsqu’une dent cariée détermine une névralgie de la a cinquième paire ou le tic douloureux delà face.
a Observation XII. — Syphilides tuberculeuses. — Tubercules ^ ulcérés de la langue. — Névralgie syphilitique du nerf sousa occipital. — Guérison par les spécifiques.
M..., typographe, âgé de 33 ans, habitant au n® 14 de la rue des Cordiers, eut un chancre en 1833 avec une adénite qui n’a pas suppuré. Il ne subit aucun traitement, et n’a remarqué d’autre accident qu’un peu de mal de gorge huit ou neuf mois plus tard. Ce n’est qu’un an après l’apparition du chancre qu’il I s’adressa à un médecin. Celui-ci aurait constaté des ulcérati lions du gosier, une éruption cutanée sèche, dont la nature I nous est inconnue, et une tumeur du volume d’une assez forte pomme qui siégeait à l’angle de la mâchoire, à gauche; tumeur qui n’a pas suppuré, qui rendait la mastication difficile, déterminait souvent de la dyspnée et de la suffocation ainsi que des ; douleurs au cou et à la face. Le médecin lui a prescrit des bains de sublimé, et de l’iodure de potassium. Deux mois de traitement régulier ont suffi pour tout faire disparaître ; le malade suspendit son traitement aussitôt après. Une éruption ulcéreuse profonde parut, il y a deux ans, à la partie supérieure et externe de la jambe gauche ; elle gagna de l’étendue progres- . sivement, et, quelque temps après, elle revêtit 1a forme qu’elle présente aujourd’hui ; car elle a toujours persisté depuis (syphilide tuberculeuse).
Le 23 septembre 1838, il se présente à la consultation de l’hôpital du Midi. Il se plaint d’avoir, depuis quinze mois, des douleurs très-fortes à la partie postérieure de la tète; ces douleurs sont continues, mais avec exacerbations nocturnes. Le malade place lui-môme le doigt sur le siège de la douleur ; c’est sur les parties latérales et supérieures de la nuque, en dehors de la saillie que forment les muscles trachéliens, en dedans et en arrière de l’apophyse mastoïde droite, dans la dépression située entre le trapèze et le sterno-cléido -mastoïdien. La pression en cet endroit, dirigée contre l’os occipital, détermine des douleurs que le malade ne peut sup-
porter (on sait que c’est là le siège du grand nerf occipital). Si, à partir de ce point, on monte en explorant vers le sinciput, on arrive sur une autre surface très-douloureuse, de la grandeur d’une pièce de quarante sous environ et qui est située sur le prolongement d’une ligne qui suivrait la direction de l’apophyse mastoïde, en haut et en arrière vers l’angle supérieur de l’occipital. La pression détermine sur cette surface une douleur moins vive que celle éprouvée au niveau de l’émergence du nerf de dessous les masses musculaires. Les douleurs spontanées que le malade y éprouve se répètent plusieurs fois dans l’espace de vingt-quatre heures. Par moment elles sont tellement violentes que le malade les désigne sous le nom de crises. Toute la partie supérieure de la tête, notamment la région occipitale droite, est alors le siège de douleurs lancinantes. Il y a des élancements violents, subits, et fréquemment une sensation qu’il compare à celle que produirait l’application rapide d’un fer rouge. Ces douleurs tout à fait superficielles sont quelquefois épouvantables la nuit. Le malade se promène alors et croit trouver ainsi du soulagement. Elles recommencent de plus belle dès qu’il a regagné son lit. Dans ces moments-là aucun contact ne peut être supporté à cette région, pas môme celui du bonnet de nuit. Le malade ne peut souffrir qu’on touehe aux cheveux de son occiput. Les mouvements de la tête sur la colonne vertébrale produisent toujours des douleurs violentes; aussi X... les évite-t-il soigneusement; cependant l’exploration ne permet d’y découvrir aucune tuméfaction.
Outre ces douleurs sous-eutanées que le malade lui-même place entre la peau et les os, il éprouve par moments des douleurs profondes, encéphaliques, déterminées comme par des coups de marteau; elles siègent tout à fait au sinciput. «Enfin lorsque ces douleurs profondes atteignent leur maximum d’intensité, ce qui arrive soit le jour, soit la nuit, le malade est pris d étourdissements, et il lui arrive de tomber, mais en eonservant toujours sa connaissance et en se rendant compte de ce qui 1 entoure. G est, dit-il, une espèce de vertige qui l’oblige de fermer les yeux et de s’affaiser.
Syphilides tuberculeuses de chaque eôté, à la région externe et supérieure de la jambe, sur une surface plus grande qu’une
OBSERVATIONS
pièce de cinq francs. On y voit des tubercules dont les uns, H ulcérés, présentent un fond gaufl'ré, jaunâtre, les autres sont couverts de croûtes épaisses; enfin il y en a qui ne sont pas encore envahis par le travail ulcératif.
Il existe sur la partie antérieure et moyenne de la langue i quatre tubercules ulcérés.
Traitement. — Tous les jours une pilule de 5 centigrammes I de proto-iodure de mercure.
Pendant deux mois ce traitement fut suivi avec toute la régularité possible. Consécutivement, les tubercules de la langue disparurent; ceux des jambes se sont presque tout à fait cicatrisés. Les douleurs de tête superficielles et profondes ont diminué progressivement. Le malade dort très-bien (25 novembre 1858). Depuis un mois, il n’a plus ces douleurs vives, qu’il appelait crises; plus d’étourdissements, ni de vertiges;
5 néanmoins la pression détermine encore une sensation douloureuse aux points sous-occipital et sus-mastoïdien, indiqués plus haut.
La santé générale est excellente. X... n’est plus dans cet état d’engourdissement et d’inertie physique et morale, dans lequel il se trouvait avant le traitement; il a de l’énergie, de l’entrain et des forces incomparablement supérieures à celles qu’il avait il y a deux mois. Il continuera son traitement.
Interrogé sur sa famille, le malade nous apprend qu’en 1852 sa femme eut un enfant qui vit encore et se porte très-bien; mais en 1854 (c’est en 1853 qu’il eut son chancre) sa femme avorta au quatrième mois de sa grossesse. Plus d’enfants depuis cette époque. Nous avons revu ce malade le 5 février 1859; il est définitivement guéri de toutes les manifestations syphilitiques.
Réflexions. — La marche et la forme de la névralgie sous-occipitale chez ce malade sont tout à fait identiques à celles des névralgies ordinaires. Les exacerbations nocturnes, sont souvent observées même dans les névralgies non spécifiques.
La chaleur accroît d’une manière générale ces
douleurs, quelle qu’en soit la cause. Peut-être aussi le malade, non distrait par les circonstances extérieures et concentré en lui-même pendant la nuit, réfléchit davantage à ses souffrances. Enfin la plupart des névralgies se calment par le froid appliqué localement ; de sorte que d’après ce que nous avons vu nous-même, nous n’accordons pas une confiance illimitée aux exacerbations nocturnes causées par la chaleur du lit, lorsqu’il s’agit de discerner les douleurs syphilitiques; mais des preuves incontestables nous démontrent que celles de ce malade étaient de nature spécifique. Aussi ont-elles disparu sous l’influence du traitement dirigé contre la vérole.
Quelle était la cause immédiate de cette névralgie? Si nous tenons compte de la période de la syphilis chez ce malade, nous sommes autorisé à soupçonner, avec toute la réserve qu’exige une telle présomption, qu’une lésion des tissus fibreux en rapport avec le tronc du nerf sous-occipital, en comprimant ce nerf, donnait naissance aux douleurs névralgiques.
Enfin nous devons insister sur les étourdissements que ce malade éprouvait, lorsque les douleurs encéphaliques et névralgiques avaient atteint leur maximum d intensité. Ces phénomènes cérébraux existent fréquemment lorsque les céphalées sont très-violentes, et peuvent trouver une explication satisfaisante dans la congestion cérébrale que celles-ci déterminent par leur prolongation et par leur acuité. Aussi voit-on, chez certains syphilitiques et dans ces moments d’atroces douleurs, une exaltation cérébrale qui peut aller jusqu’au délire.
Quoi qu il en soit, toutes les expressions symptomatiques de la syphilis se sont dissipées chez M..., grâce
OBSERVATIONS
au traitement antisyphilitique, et cela sans l’intervention des toniques ou des ferrugineux. Il ne serait donc, en aucune façon, rationnel d’attribuer la névralgie sous-occipitale de ce malade à. la diminution des éléments solides du sang; ou bien faudrait-il admettre une cbloro-anémie tout à fait spéciale qui, au lieu de s’aggraver par les diffluents, s’améliorerait et disparaîtrait en même temps que les autres accidents de la diathèse, par l’usage des antisypbilitiques.
Observation XIII. — Névralgie de la voûte palatine et des nerfs dentaires supérieurs du côté gauche; roséole syphilitique; plaques muqueuses des piliers et des amygdales; névralgie intercostale, céphalées.
X..., marchande des quatre saisons, veuve depuis un an, entre à ta Charité, dans le service de M. le professeur Piorry, le 15 novembre 1858,
Elle éprouve des douleurs dans tous les membres, depuis vingt jours environ et principalement la nuit; elle souffre également de maux de tôte assez intenses.
Elle se plaint surtout actuellement d’une douleur frontale très-violente. Elle présente partout le corps de grandes taches de roséole syphilitique, d’une coloration un peu bistre et sans démangeaison. Ces taches ont été d’abord rouges. Adénopathies cervicale, mastoïdienne et inguinale double. Éruption pustuleuse du cuir chevelu; alopécie, depuis dix jours environ; taches violacées assez abondantes sur le front, simulant la couronne de Vénus.
Depuis dix jours environ mal à la gorge. On voit sur les piliers antérieurs des plaques muqueuses s’étendant jusqu’aux piliers postérieurs. Émollients et sulfate de quinine.
Depuis dix jours, dit-elle, la voûte palatine est devenue sensible à un tel point que l’application de la langue y réveille une vive douleur en certains moments. Cette douleur est spontanée, mais c’est surtout pendant la mastication qu’elle devient i violente.
138 DES NÉVIULGIES SYPHILITIQUES,
La malade peut ouvrir la bouche. Elle n’a pas de dents cariées en haut et à gauche. Inférieurement il lui en manque trois du même côté. Il n’y a ni gonflement ni rougeur de la partie dont la malade se plaint.
Si on introduit l’index dans la bouche et qu’on explore la voûte palatine, la malade se retire et crie, dès qu’on touche à la partie gauche du palais ; elle dit que la douleur lui répond jusque dans l’oreille. On ne voit aucune tuméfaction , on ne sent aucune fluctuation sur la partie douloureuse. Le doigt n’y fait percevoir aucune augmentation sensible dans la température. La langue est indolente et le goût conservé.
Dès que les aliments sont introduits dans la bouche, la malade les avale en portant la langue à droite et en évitant autant que possible de les mettre en contact avec la partie douloureuse. Si leur température est un peu élevée, ou un peu basse, elle souffre beaucoup, lors môme que les aliments ne touchent qu’aux dents. Enfin l’eau à la température de la salle lui donne, lorsqu’elle est en contact avec le palais, une sensation de chaleur très-prononcée. Aussi depuis deux jours se condamne-t-elle à une abstinence presque absolue. Les douleurs spontanées de la voûte se manifestent indistinctement, le jour ou la nuit, et conjointement avec les céphalées. Enfin cette malade a une névralgie intercostale du quatrième espace droit avec deux points douloureux, le prévertébral et le présternal. Elle y éprouve des élancements plusieurs fois dans la journée, ne peut se coucher sur ce côté et souffre quand on y presse.
Elle ne sait pas si elle a jamais eu un chancre. Elle n’a subi aucun examen et ne s’y prête pas volontiers. Elle n’a jamais pris de mercure.
Avantson entrée à l’hôpital, on employa sans succèslesémollients et les narcotiques. Dès son admission elle est soumise au traitement mercuriel ; une pilule de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure par jour.
Malheureusement la malade ne resta que dix jours dans le service. Il est cependant à remarquer que le jour de sa sortie les douleurs étaient beaucoup moins fortes; la malade pouvait manger avec bien moins de souffrance et l’exploration par l’index déterminait peu de douleur.
ÜlîSICRVATlONS. 139
La névralgie intercostale, les douleurs de tête et celles des membres avaient aussi sensiblement diminué.
Réflexions. — Nous voyons chez cette malade, et ' conjointement avec des accidents syphilitiques secon- ; daires, une névralgie affectant quelques-unes des *1 branches du nerf trijumeau et coïncidant avec une I autre névralgie occupant un nerf intercostal.
La persistance de ces douleurs, malgré les moyens I employés avant la constatation de la diathèse syphilitique, et la prompte amélioration qu’ont amenée les I mercuriaux, nous autorisent à reconnaître la nature I syphilitique de ces maladies douloureuses.
Observation XIV. — Plaques muqueuses à la bouche et à l’anus.
— Névralgie intercostale. — Névralgie du petit nerf sciatique.
A l’hôpifal du Midi, salle n“ 1 , lit n“ 6, service de M. Ricord, est entré, le 9 novembre 1858, le nommé B..., maçon, âgé de 21 ans. Il y a dix-huit mois, ce malade a contracté plusieurs chancres qui ont duré quarante jours.
Immédiatement après leur apparition, on prescrivit la li- I queur de Van Swieten. Nous ignorons la dose à laquelle ce I médicament fut administré, ainsi que la durée du traitement.
Quatre mois plus tard, une éruption de boutons s’est mani- I Testée sur tout le corps; mais le malade ne peut fournir aucun I, renseignement ni sur le diagnostic du médecin, ni sur la na- ( lure du médicament qu’il a pris pour faire disparaître ces • accidents.
I II y a onze mois, il eut de nouveau un chancre pour lequel il n’a suivi aucun traitement. 11 n’a éprouvé aucun accident ( consécutivement.
Le 12 novembre, nous examinons B..., que nous trouvons I dans l’état suivant : il porte des plaques muqueuses à la bou- ^ che, aux lèvres, à la face interne des joues, ainsi qu’à l’anus où elles sont végétantes.
Il existe une névralgie intercostale du septième espace, à
140 DES ^'ÉVUALGIES SYPHILITIQUES.
gauche; on trouve à la pression un point douloureux situé en dehors de la colonne vertébrale. Il occupe une étendue d’environ 3 centimètres. Un autre point un peu moins considérable siège sur la ligne prolongée du mamelon.
Le malade se récrie vivement quand on y exerce une pression même assez faible. Il ne peut se coucher sur le côté, et de temps en temps il éprouve des élancements violents sur le trajet du nerf intercostal, élancements qui suspendentsa respiration, momentanément.
S’il élève fortement le bras gauche vers la tète, ce mouvement provoque des élancements dans l’espace intercostal malade.
La pression exercée sur le bras nous a fait constater un point douloureux à sa face interne, au point de réunion de son tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs. Ce point douloureux occupe une surface ayant 4 centimètres de longueur sur 3 de largeur. La pression y réveille une douleur intense qui s’accompagne aussitôt d’élancements semblables à ceux que le malade éprouve spontanément.
A la réunion de la première pièce du sacrum avec la seconde, la pression fait naître une douleur très-vive qui se développe spontanément quand le malade est couché sur le dos ou sur le côté gauche.
A la face externe de la fesse gauche on trouve deux endroits où la pression réveille de la douleur dans une étendue de deux centimètres environ. L’un de ces points est à 3 centimètres au-dessous de l’épine iliaque postérieure, l’autre siège au milieu de la face externe de la région fessière.
En pressant sur ce dernier point, on détermine une douleur dans le scrotum du côté gauche, qui est très-sensible môme à la pression directe. Enfin il existe un point douloureux dans une étendue de 3 centimètres, à la face postérieure de la jambe, vers sa partie moyenne.
La partie supérieure et postérieure de la cuisse est le siège d’une anesthésie cutanée presque absolue.
Pendant la nuit, des douleurs spontanées s’irradient du côté de 1 aine, du scrotum, vers la partie externe de la région fessière et la face postérieure de la cuisse.
Comme on le voit, ces douleurs suivent assez exactement le
OBSERVATIONS. 141
trajet du petit nerf sciatique. La marche a souvent pour effet ' de provoquer de semblables souffrances.
Traitement. — Une pilule de 5 centigrammes de protoiodure de mercure.
Le 20 novembre, il s’est manifesté une amélioration sensible dans l’état du malade; on porte la dose du médicament à 10 centigrammes.
Le 10 décembre, il ne reste plus aucune trace de douleur intercostale. Une exploration attentive nous permet de constater qu’il existe encore un point douloureux à la face externe de la fesse gauche. Tous les autres points douloureux précédemment décrits ont disparu. L’anesthésie cutanée ne s’est I pas encore complètement dissipée. Les mouvements, la mar- ! cbe, le décubitus latéral gauche, ont cessé de provoquer des j douleurs chez le malade. Les plaques muqueuses n’existent i plus. B... quitte l’hôpital à la fin du mois de décembre.
i Réflexions. — Nous voyons chez ce malade un ! exemple de névralgie siégeant sur le trajet du quatrième nerf intercostal gauche, et coïncidant avec une affection identique du petit nerf sciatique du même côté, ainsi que les nombreux points douloureux, attentivement décrits plus haut, nous en fournissent la certitude.
Ce malade était évidemment sous l’influence de la diathèse syphilitique. La présence des plaques muqueuses le prouve surabondamment. 11 n’a jamais éprouvé de douleurs névralgiques avant cette époque. Enfin celles-ci ont rapidement disparu par l’usage du mercure. Voilà donc trois preuves suffisantes pour reconnaître la nature syphilitique de ces névralgies. Nous ne croyons pas qu’on puisse admettre chez ce malade la compression des nerfs affectés par des tumeurs. Outre que cette supposition serait tout à fait gratuite et non fondée sur les résultats de l’exploration, la sy-
philis n’avait pas encore atteint la période à laquelle '/ se développent les tumeurs.
Enfin ce malade n’étant point chloro-anémique, nous pensons que chez lui la syphilis a agi directement sur le système nerveux, comme elle le fait si fréquemment en développant de très-bonne heure les céphalalgies, les douleurs dans les membres, etc.
Observation XV. — Névralgie des branches cervicales superficielles. — Tumeur gommeuse sternale. — Douleurs ostéocopes, etc. — Accouchement avant terme d'un enfant vêrolé. — Traitement mixte ; disparition presque complète de lanévralgie dans Vespace de six semaines ; diminution évidente des autres manifestations.
M..., lingère, non mariée, âgée de 23 ans, d’une constitution lymphatique, entre à la Pitié, salle Sainte-Geneviève, service de M. Becquerel, le 28 novembre 18S8. Elle est faible, pâle et un peu maigre. Cependant elle n’offre ni dans les vaisseaux du cou, ni à la région précordiale aucun bruit pathologique.
Elle n’a jamais eu aucune maladie grave. Ses parents vivent bien portants. Elle n’a jamais éprouvé aucune douleur névralgique ou autre.
11 y a deux ans, elle entra à Lourcine pour un écoulement vaginal. Elle n’y fut soumise à aucun traitement mercuriel. Elle resta à Chôpital jusqu’au mois d’août 1858 sans présenter aucune manifestation syphilitique. Depuis qu’elle est sortie de Lourcine, elle n’aurait rien présenté du côté des organes génitaux.
Il y a huit mois elle fut couverte de boutons, ses cheveux ont commencé à tomber pour la première fois, en môme temps qu’elle éprouvait des douleurs à la tète et dans les membres.
Il y a deux mois elle accoucha d’un enfant vivant, mais jaune, non développé et qui mourut trois semaines après; cet enfant était couvert de taches; l’accouchement eut lieu pendant le huitième mois de la grossesse, dans le service de M. Horteloup, à l’Hôtel-Dieu.
Lorsque la malade entra â la Pitié, elle portait des rhagades
entre les orteils, une tumeur du volume d’une noix à la fourchette du sternum, des taches livides d’ecthyma disséminées sur tout le corps, et des ganglions sterno-mastoïdiens et occipitaux très-développés.
Celte tumeur sternale offre tous les caractères des tumeurs gommeuses; elle n’est pas douloureuse à la pression, elle est évidemment fluctuante; la peau qui la recouvre conserve ses caractères normaux ; elle s’est développée d’une manière assez rapide.
La malade éprouve pendant la nuit des douleurs vives dans les os des membres, et des céphalées qui l’empêchent de dormir. Le membre supérieur gauche est très-faible ; la malade ne peut serrer qu’incomplétement avec la main de ce côté. Elle se plaint principalement de douleurs vives qui rayonnent vers le côté gauche du thorax et vers la partie supérieure de l’épaule correspondante, en môme temps qu’elles remontent vers la tête, en traversant la région mastoïdienne. Ces douleurs ont leur point de départ au cou d’où elles s’irradient dans les sens que nous avons indiqués. Elles sont accompagnées d’un sentiment de chaleur dans le cou et la moitié gauche de la tête. Telle est la sensibilité de ces parties pendant la nuit, que la malade ne peut se coucher que sur le côté droit.
En môme temps que ces douleurs se manifestent, l’oreille correspondante est le siège de sifflements, de bourdonnements et d’élancements parfois très-violents.
L’examen du cou nous fait constater à gauche un chapelet de ganglions, rangés le long du bord postérieur du sterno-mastoïdien; mais on en voit également du côté opposé où il ne siège aucune névralgie.
La contraction du slerno-mastoïdien gauche, lorsque par exemple la face est portée activement vers le côté droit, et la contraction simultanée des deux muscles semblables, pour approcher le menton de la colonne vertébrale, déterminent des douleurs vives à gauche. La malade ne peut accomplir ces mouvements que très-imparfaitement. Le muscle sterno-mastoïdien gauche est plus volumineux et tuméfié, surtout h sa partie postérieure. Y aurait-il un épanchement plastique comprimant ou englobant les nerfs, cervicaux superficiels, auriculaire, et mastoïdien? Ou bien des ganglions voiumineux
144 des névralgies syphilitiques.
siégeant au niveau de l’émergence de ces branches du plexus cervical détermineraient-ils par compression mécanique ces douleurs névralgiques? Tout le côté gauche du cou est tuméfié au point que l’exploration est elle-même difficile et douloureuse. Quoi qu’il eii soit, en comprimant, môme médiocrement, la partie moyenne du sterno-mastoïdien, on provoque ces douleurs qui d’un côté montent vers le sommet de la tôte et s’irradient vers l’oreille, tandis que d’autre part elles descendent vers l’épaule et la partie supérieure de la poitrine, en croisant la direction de la clavicule.
L’exploration de la moitié gauche de la tôte nous fait découvrir un point très-douloureux sur l’apophyse mastoïde. Cette surface douloureuse est de la largeur d’une pièce de cinquante centimes. Enfin en examinant la partie antérieure de la clavicule, on arrive sur une surface névralgique longue de 2 centimètres, surface sur laquelle la pression môme la plus légère produit une douleur qui rayonne vers la partie supérieure et antérieure du côté gauche de la poitrine. Il n’y a rien de semblable du côté opposé.
La malade est soumise au traitement mixte : une, puis deux pilules de prolo-iodure de mercure, chacune deO^’^,05. lodure de potassium, 1 gramme par jour. Ce traitement continué pendant six semaines a produit une amélioration remarquable dans toutes les manifestations syphilitiques; la tumeur du i sternum a diminué de moitié; les douleurs des membres, de la ' tête, et les douleurs névralgiques des branches superficielles ) du plexus cervical gauche existent à peine, et n’empôchent ^ plus le sommeil. Les mouvements du cou et de la tôte sont possibles sans douleur ; mais la malade souffre encore, si elle les exécute brusquement.
Les ganglions n’ont pas diminué de volume. Néanmoins la région sterno-cléido-mastoïdienne gauche n’est pas aussi tuméfiée, et la pression exercée sur les points précédemment décrits ne détermine plus qu’une douleur très-supportable.
La malade sort de la Pitié pour entrer dans un service spécial, à l’hôpital de Lourcine.
Nous voyons chez la malade qui fait le sujet de celte observation, une diathèse syphi-
OBSERVATIONS
1 liüque nettement établie par des exostoses, par des j syplnlides, par l’accouchement avant terme d’un en- I faut marqué du sceau de la vérole, produire des dou- ^ leurs névralgiques siégeant dans les branches du plexus ) cervical superficiel, branches qui se distribuent à la I tête ou à la partie supérieure de la poitrine. Ces dou-
I leurs n’avaient jamais existé antérieurement, et elles :j ont cédé à un traitement antisyphilitique.
Ces douleurs étaient bien réellement occasionnées
II par la syphilis; car la malade n’offrait aucun signe 1 tranché de chloro-anémie. Elles se sont d’ailleurs dis-
i sipées sans que cette femme ait été soumise à un trai- ; tement tonique.
Mais quel était le mode de production de ces névralgies? La tuméfaction du cléido-mastoïdien gauche, la 1 difficulté que la malade éprouvait dans la contraction î de ce muscle, la douleu.’ déterminée par la pression et ; par les mouvements actifs de la tête, tous ces signes j réunis nous portent à admettre l’existence d’un épan- : chement plastique dans le tissu musculaire, éjianche- I ment plastique qui englobait les branches nerveuses I affectées de névralgies.
Dans le numéro du 16 janvier 1858 de la Gazette des I hôpitaux se trouve un fait analogue tiré de la clinique l de M. Nélaton ; il s’agissait d’un épanchement plastique I déterminé par la syphilis et siégeant à la région sterno- ; cléido-mastoïdienne. Malheureusement la malade n’a ( pas été examinée au point de vue de la névralgie. 11 est 1 dit seulement dans l’observation que cette femme
tait des douleurs contiisives qui se manifestaient jpar crises à des heures indéterminées^ et indistinctement le jour ou la nuit. La pression provoquait aussi de semblables douleurs. Cependant il faut faire remarquerque ce n’est Zajibaco. 10
pas là une loi coiislante. Au conlraire , dans ces épanchements plastiques, il n’y a habituellement aucune irradiation douloureuse vers les nerfs voisins, comme on le voit dans les faits cités parMM. Bouisson, Vidal et li Ricord (1). 11 faut cependant avouer que, dans la plupart des cas, la névralgie n’a point été recherchée. ;
Observation n° XVI. — Névralgie faciale syphilitique détei'vninée !
par une exosto-périostose . ■ — Traitement spécifique. — Guérison i
rapide.
Le 3 février 1860, il est entré à l’hôpital de la Pitié, dans la salle Saint-Raphaël, service deM. Becquerel, le nommé Meu- i rice, porteur aux Halles, âgé de 26 ans.
Cet homme eut, en 18o4, une uréthrite et en même temps j trois petits chancres accompagnés d’une adénite inguinale qui t n’a pas suppuré. Un mois après avoir remarqué les ulcéra- i lions, le malade s’est fait admettre à l’hôpital du Midi, dans le service de M. Ricord.
Cependant M. Leclerc l’avait soigné avant qu’il ne fût reçu à i l’hôpital; il le soumit à un traitement mercuriel qui fut continué à l’hôpital, et même après que le malade avait obtenu son exeat, c’est-à-dire en tout pendant six mois.
Aucune manifestation constitutionnelle ne parut chez Meu- ■ rice, soit pendant son séjour dans le service de M. Ricord, soit avant ou après. L’induration du chancre et l’adénite inguinale avaient suffi pour établir le diagnostic de la diathèse.
Nous ne savons à quelle dose les mercuriaux furent prescrits par M. Leclerc. A l’hôpital du Midi, le malade prit deux pilules d’iodure de mercure par jour, et nous savons que les pilules distribuées dans ce service étaient de 5 centigrammes chacune.
Depuis qu’il a quitté l’hôpital du Midi jusqu’à il y a sept mois, le malade n’eut aucun symptôme dénotant chez lui la persistance delà maladie syphilitique; il n’a pas contracté non plus d’autres accidents vénériens, ni chancre, ni uréthrite.
Au mois de juillet 1859, il remarqua que la paupière infé- > rieure était comme gonflée, soulevée et poussée en avant.
(1) Gazette médicale de Paris de 1836.
OBSERVATIONS
Quelque temps après, il lui est survenu une névralgie dentaire supérieure gauche très-intense , non occasionnée par l’état des dents, puisque le malade n’en avait pas de cariées.
Peu de jours après, des douleurs violentes se firent sentir à la clavicule gauche. Plus tard, la névralgie, limitée d’abord à la joue et au.x dents, envahit tout le côté gauche de la face. Ainsi le malade était en proie à une névralgie faciale trèsviolente.
INI. souffrait continuellement et indistinctement le jour ou la nuit, avec exacerbations nombreuses dans l’espace de vingtquatre heures. Ces paroxysmes survenaient à coup sûr toutes les fois que le malade se trouvait dans un endroit chaud; ils étaient accompagnés de larmoiements et d’augmentation de la sécrétion salivaire. Deux médecins consultés par le patient diagnostiquèrent une névralgie rhumatismale de la face, sans attacher aucune importance à la déformation de la paupière, et ordonnèrent des bains de vapeur. Ce qui contribua à les induire en erreur, c’étaient des douleurs également intenses siégeant au niveau de la clavicule gauche et s’irradiant jusqu’à la partie antérieure de la poitrine et même jusqu’à l’épaule; peutêtre aussi la continuité des douleurs qui n’étaient pas spécialement nocturnes; caractère que la plupart des praticiens recherchent avant de prononcer le mot syphilis. Néanmoins la clavicule elle-même était déformée, de sorte qu’un examen local, même peu attentif, aurait mis sur la voie du diagnostic.
Au moment où Meurice est admis à la Pitié, il présente une exostose de la clavicule droite près de son extrémité interne. Le périoste paraît soulevé par un épanchement plastique. La tumeur que présente la clavicule est jusqu’à un certain point dépressible. Cet examen provoque des douleurs au malade.
Mais la lésion qui attire le plus l’attention, c’est une tumeur siégeant sur l’os malaire gauche, tumeur qui soulève la paupière inférieure et qui transforme en saillie le creux de la joue, que l’on voit très-accusé du côté droit. Ainsi, en comparant le côté droit au côté gauche de la face, on trouve que l’os malaire est gonflé, que la partie de la base de l’orbite qu’il constitue est poussée en avant. Enfin la partie voisine de l’os maxillaire est elle-même gonllée et saillante; de sorte qu’au lieu d’une dépression on rencontre une saillie à la région sous-orbitaire.
Nous croyons évaluer celte tuméfaction avec assez d’exactitude en disant qu’elle représente la moitié d’une grosse noix, : La pression pratiquée sur celte tuméfaction amène des douleurs que le malade ne peut supporter, surtout lorsqu’elle est exercée à la partie correspondante au nerf sous-orbitaire. Une exploration attentive de toute la face ne fait pas découvrir d’autres points névralgiques. Les douleurs, que le malade éprouve d’une manière non interrompue, ont actuellement pour point de départ le nerf sous-orbitaire et les grosses molaires supérieures; de là elles rayonnent vers la joue et l’oreille. Jamais elles n’ont occupé les dents inférieures, ni le nerf mentonnier, ni le front. Elles sont cruelles, lancinantes, et parfois comparées par le malade à des décharges de la bouteille de Leyde. Meurice n’offre aucune autre manifestation de la syphilis ; ainsi il n’éprouve pas de céphalée, il n’a pas de douleurs ostéocopes du côté des tibias, il ne présente finalement rien du côté de la peau ou des muqueuses.
Traitement. — Une cuillerée à café de liqueur de Yan Swieten matin et soir, \ gramme d’iodure de potassium. ,
Ce traitement amena une amélioration si rapide que, six r jours après l’admission de M... à la Pitié, les douleurs ont été ’ assez faibles pour lui permettre de dormir d’une manière non interrompue toute la nuit. La tumeur n’avait pas encore sensiblement diminué de volume que la névralgie avait disparu i complètement. Dix-huit jours de médication ont suffi pour débarrasser ce malade de toutes ses souffranees. La tumeur avait aussi diminué de près de moitié lorsque le malade réclama avec instance sa sortie. Il va sans dire que conseil lui fut donné de continuer avec régularité son traitement pendant deux bons mois encore.
Réflexions. — Il est inconcevable que les médecins i; consultés par ce malade n’aient pas reconnu la cause de cette névralgie. Il y avait, en effet, ici une lésion matérielle évidente qui attirait l’attention de prime abord, i La tuméfaction de 1 os malaire et du maxillaire supé- 1 rieur avait certainement agi mécaniquement sur les^ | branches nerveuses traversées ou en rapport avec ces . b
OBSERVATIONS
OS, et déterminé ces douleurs violentes qui ont rapide- I; ment cédé au mercure et à l’iodure de potassium. Nous ï devons aussi insister derechef sur l’existence des douii leurs, soit pendant le jour, soit durant la nuit. Enfin, •J notons en passant que le traitement mercuriel auquel J Meurice fut soumis en 1854 empêcha l’apparition des fl symptômes secondaires. Sept ans après l’apparence !i d’une guérison radicale, des phénomènes tertiaires viennent révéler de nouveau l’existence de la diathèse 1 endormie pendant ce laps de temps. La suite de l’histoire de ce malade justifia le diagnostic de syphilis obli- : gée, posé en 1854, bien que le malade n’ait offert à cette époque aucune manifestation constitutionnelle.
I Observation n“ XVII. — Tumeur gommeuse de Vaine. — Névralgie ( crurale. — lodure de potassium. — Guérison.
j Valois, âgé de 45 ans, maçon^ sanguin, de constitution bonne et robuste, entre le 12 octobre 1852 à l’hôpital du Midi, salle 4, n® 14, service de M. Ricord.
En 1831, étant soldat à la Martinique, il eut une uréthrite qui, après avoir duré très-longtemps, lui a laissé pendant douze ans une goutte militaire.
En 1847, chancre induré près de la couronne du gland, de deux mois de durée environ. Cinquante jours après, malaise, prostration et abattement tels que le malade fut obligé de cesser son travail. Quelques jours après, il remarqua que son corps était couvert de taches rouges, confluentes. Il eut une adénite inguinale gauche non suppurée.
En juillet 1847, il entra â l’hôpital du Midi, dans le service de M. Ricord, avec les symptômes précités. Il fut soumis au proto-iodure de mercure pendant soixante-dix jours, et arriva jusqu à la dose de 25 centigrammes par jour. Lorsqu’il quitta 1 hôpital (au 1" octobre), toutes les manifestations syphilitiques avaient disparu, depuis longtemps.
En 1849, testicule syphilitique à gauche, pour lequel il entre dans la salle 2, lit n®l. Il prit pendant deux mois de l’io-
150 DIÏS NÉVRALGIES SYPHILITIQUES.
dure de potassium jusqu’à 5 grammes par jour, et des amers.
Il sortit de l’hôpilal encore une fois guéri.
Ce n’est qn’en septembre. 1832 que le malade, peu observateur, s’aperçut qu’il avait une tumeur dans l’aine gauche, tumeur dure, indolente, et du volume d’un œuf de poule. La peau qui la recouvrait conservait ses caractères normaux. A la môme époque, il éprouvait des douleurs dans les os des jambes et à la face antérieure de la cuisse gauche. Ces dernières douleurs étaient fréquentes et superficielles, comme si elles résidaient dans la peau môme.
Pâleur, faiblesse générale, anorexie.
Trois semaines après, la tumeur s’est percée spontanément, ji en occasionnant quelques douleurs à l’endroit môme où elle g siégeait. !■
A son arrivée à l’hôpital , X... porte à la partie tout à fait * externe du pli de l’aine et au-dessous du ligament de Fallope, ? une tumeur gommeuse, ramollie et ulcérée. L’ouverture de la W peau, oblique en dedans et en bas, présente une largeur de îj ' 3 centimètres dans sa partie moyenne et se rétrécit à ses deux extrémités comme une boutonnière. La peau qui la cir- , conscrit est rouge violacé. Ses bords irréguliers sont taillés L en biseau aux dépens de leur côté interne. Les parties environ- f nantes sont dures et empâtées. La cavité consécutive à la destruclicn de la tumeur peut contenir une grosse noix; elle est j , plus ample que l’ouverture cutanée. Au fond de cette excavation on remarque un tissu blanc jaunâtre qui la remplit en partie. La superficie de ce tissu blanc est ramollie et tombe en S deliquium. Cette matière n’a pas d’odeur gangréneuse; elle est insensible, consistante, et crie un peu sous les ciseaux. Une partie ainsi enlevée a été examinée au microscope par IM. Lebert. Celte tumeur est entourée de bourgeons charnus; car, ainsi que nous l’avons déjà dit, elle n’occupe que le tiers de la cavité. Celte substance blanchâtre diminue tous les jours de * volume. Au dire môme du malade, elle remplissait d’abord la i totalité de 1 excavation. Les pièces de pansement sont imprégnées d un liquide séreux légèrement coloré en jaune ou en | > rouge. ' i
Le malade n accuse aucune douleur au siège de la tumeur; j mais il en éprouve d’assez fortes dans les os des jambes surtout
OnSKP.VATlOINS.
la nuit, et d’autres dans les parties molles de la cuisse gauche. Ces dernières sont superficielles; elles s’étendent de l’aine jusque près du genou. Toute la face externe et antérieure de la cuisse est sensible à la pression. Les mouvements de la jambe sur la cuisse et de celle-ci sur le tronc provoquent ces douleurs qui surviennent d’une manière spontanée pendant le Tepos et aussi bien le jour que la nuit. Le malade accuse en outre un sentiment de chaleur dans ce membre; mais l’examen comparatif des diverses parties du corps ne révèle aucune dilTérence de température.
Traitement. — lodure de potassium, 3 grammes, quassia amara, pansement de la tumeur avec une solution de 8/100 de teinture d’iode.
Le 28 octobre, la matière jaunâtre du fond de la plaie a complètement disparu. Les bourgeons charnus tendent, par leur développement, à combler l’excavation. Il y a une véritable suppuration. Les douleurs ostéocopes ont disparu; il en est de môme des douleurs superficielles qui occupaient la cuisse et entravaient la marche.
M. Lebert n’a pas trouvé les éléments des ganglions lymphatiques dans les parties qui lui ont été remises, mais uniquement ceux des tumeurs gommeuses, c’est-â-dire, des éléments fibro-plastiques. Il considère ce tissu comme propre à la syphilis. 11 nous a dit l’avoir souvent rencontré dans les poumons des nouveau-nés syphilitiques.
Le malade obtient son exeat le 23 novembre 1832. La solution de continuité de l’aine est complètement cicatrisée. 11 n’existe plus aucune douleur.
Réflexions. — D’une manière générale et avant leur période de ramollissement, les tumeurs gommeuses sont indolentes, excepté lorsqu’elles sont situées au voisinage de quelques branches nerveuses. Dans ces cas, elles peuvent provoquer des névralgies, ainsi que nous en avons déjà cité des exemples. Chez ce malade, la situation de la tumeur, tout à fait à la partie externe de la région de l’aine et au-dessous du bord réfléchi du
152 DES NÉVRALGIES SYPHILITIQUES. i
grand oblique, nous explique les douleurs névralgi- •. | ques s’irradiant vers la cuisse dont les nerfs cutanés antérieurs étaient justement placés derrière la tumeur.
Cependant nous avons vu des tumeurs gommeuses situées sur des organes très-sensibles n’occasionner aucune sensation douloureuse; et à ce propos nous citerons l’observation d’un malade qui se trouvait dans le service de M. Nélaton, à l’hôpital des Cliniques, en juin 1858; cet homme portait à la région tibio-tarsienne droite une gomme de 3 centimètres environ.
Une autre tumeur de même nature était accolée au cordon testiculaire droit, immédiatement à sa sortie du canal inguinal. Elle était ovoïde, de la grosseur d’une noisette, facile à isoler, mais se confondant avec le canal déférent, auquel M. Nélaton la rattacha. Par son extrémité supérieure, elle pénétrait dans le canal inguinal. De légères tractions exercées sur le cordon entraînaient constamment cette tumeur. Elleétaitdure, ferme, mobile, sans adhérence aux autres éléments du cordon, et tout à fait exempte de douleurs. lie palper n’y déterminait aucune sensation douloureuse. La sensibilité physiologique du conduit déférent avait tout à fait disparu. Le malade n’éprouvait aucune souffrance, ni dans le testicule, ni aux lombes. L’iodure de potassium, prescrit pendant deux mois, amena la disparition complète de ces deux tumeurs.
Observation XVIII. — Symptômes secondaires s'annonçant par de violentes douleurs de la langue.
Le sujet de l’observation est un médecin. Chancres à la base du gland observés le 27 août et prenant bientôt la forme de l’ulcus elevalum. Quinze jours après il remarqua une indu-
OBSERVATIONS. 153
ration de leur base, induration qui resta longtemps après la cicatrisation des chancres.
Rien jusqu’en novembre; à cette époque douleurs de la langue avec redoublement la nuit, au point d’empûcher le sommeil; sécheresse et douleurs à la gorge, la nuit seulement, ,\ucime manifestation visible sur ces parties.
A la fm de novembre, trois groupes de papules rouges et saillants apparaissent à la base de la langue, séparés par des espaces sains. Ils ne sont pas plus douloureux que le reste de l’organe.
Le 15 décembre taches au front et autour de la bouche ; ces taches se couvrent bientôt de squammes. Aussitôt après l’éruption, les douleurs de la langue et de la gorge diminuent, puis cessent. Les papilles disparaissent aussi.
A la fin du mois de décembre nouvelle éruption squammeuse, adénopathie cervicale, retour des douleurs de la langue; il en éprouve de plus dans l’épaule gauche.
A partir du H janvier deux pilules de sublimé par jour de 2 centigrammes et demi chacune.
Depuis cette époque récidive des éruptions et des douleurs dans les membres, mais plus de douleur de la langue.
Réflexions. — Ce fait est remarquable à cause de la sensation douloureuse de la langue. En effet, les douleurs dont cet organe était le siège ne peuvent nullement être attribuées à la température du lit; il y a donc dans la nature de l’affection syphilitique quelque chose de spécial qui détermine des exacerbations nocturnes. Enfin, à deux différentes reprises, ces douleurs ont coïncidé avec l’explosion d’autres manifestations syphilitiques, et elles ont cédé à un traitement hydrargyrique (1).
(I) Annales des maladies de la peau et de la syphilis de M. Cazenave,