X..., avoué, eul en 1843 des accidents primitifs
En 1847 le docteur Lediberder le soigna pour des périostoses syphilitiques et le soumit h un traitement mercuriel dont • nous ne pouvons savoir la durée.
Sous l’influence de ce traitement l’état de M. X... s’améliora notablement, bien qu’il l’ait interrompu sans consulter son médecin.
Au commencement de 1831, il éprouva des douleurs générales, mais siégeant surtout dans la jambe droite; elles ont disparu après quinze jours de durée, laissant dans la partie affectée une faiblesse considérable. Il fut soumis à un traitement sulfureux (bains de Baréges), sans aucune amélioration.
Au mois de septembre la faiblesse du membre pelvien droit augmente en même temps que sa sensibilité diminue; en efl’et le malade ne sent presque plus les aspérités du sol, il ne s’aperçoit même pas lorsque son pied touche parterre. Roideur des articulations, grande difficulté pour se baisser et se relever. Miction paresseuse. Pendant le mois d’octobre et de décembre, il prit de la strychnine, on lui posa des cautères, puis des moxas sans aucune amélioration. Plus lard il prit des pilules de Déhaut à profusion.
En avril 1852, aux symptômes précédents vint s’ajouter la sensation fréquente d’un froid parcourant le membre pelvien droit, en même temps qu’une constriclion du bassin et de l’aine droite. Quelque temps après, l’épaule, ainsi que le bras droit, fut envahie par une douleur vive, incommode surtout pendant le sommeil. Le malade fut mis à la teinture de colchique sans aucune amélioration. Plus lard toute la moitié gauche du corps devint faible et peu sensible.
Il entre le 8 juin 1832 à la Maison de santé de la rue de Lourcine, portant encore les traces de périostoses à la région mastoïdienne gauche.
M. Ricord diagnostiqua des accidents tertiaires de la base du crâne, déterminés par l’affcclion syphilitique contractée en
202 PARALYSIE DU MOUVEMENT
1843. L’iodiire de potassium fut prescrit d’abord à la dose del, ^ puis de 2 et 3 grammes par jour, conjointement avec les bains sulfureux et les douches sur la colonne vertébrale; enfin un emplâtre de Vigo cum mercurio fut appliqué sur le rachis.
Ce traitement suivi pendant cinq semaines amena une amélioration notable dans le mouvement et le sentiment. Le malade quitta l’établissement pour rentrer dans sa famille le •15 juillet 1852.
Quoique son traitement fût continué, dit-il, il n’a pu recouvrer la souplesse de ses mouvements ; sa parole devenait souvent difficile et sa mémoire s'affaiblissait. Son intelligence devint incapable de fixité., et un découragement très-prononcé s’empara de lui, en môme temps qu’une tristesse profonde.
Le 21 septembre 1856, il retourne à la Maison de santé et voici dans quel état: intelligence nette et assez prompte; mémoire en partie rétablie. L’hémiplégie n’a laissé qu’un peu de faiblesse à gauche; il y a une différence peu appréciable entre les deux côtés; mais les membres droits et gauches sont plus faibles et moins agiles qu’à l’état normal. La marche est assez bonne; les pieds sentent parfaitement le contact du sol; les mouvements s’exécutent avec assez de facilité; cependant la , jambe gauche est plus paresseuse que ladroite; sa température aussi paraît être plus basse. La constipation est habituelle chez le malade; elle est parfois interrompue par la diarrhée. Dans ce cas il ne peut, malgré ses efforts, retenir les matières fécales.
La miction est paresseuse.
Prescription. — lodure de potassium et douches sur la colonne vertébrale. Sous l’influence de ce traitement, il s’améliora de nouveau très-sensiblement et quitta la maison le 1" décembre.
M. X... continua régulièrement son traitement chez lui pendant près de cinq mois; sa santé fut entièrement rétablie. Sa guérison ne se démentit pasjusqu’en août 1857 ; nous ignorons ce qui s’est passé à partir de cette époque.
Remarques. — L’impuissance des diverses médica- i lions employées, la coexistence de périostoses el de l’hémiplégie, et le succès du traitement spécifique, autorisent i à rattacher à la syphilis constitutionnelle les troubles du ^
OnSERVATlONS.
système nerveux observes chez ce malade. Quant à la localisation de la lésion, il est rationnel de la placer dans le crâne, vu les désordres intellectuels qui ont coïncidé avec la paralysie du mouvement. Vouloir préciser davantage le siège de la lésion, ce serait se lancer dans des conjectures qu’aucune raison probante ne pourrait justifier.
Observation XXIX. — Syphilis constitutionnelle. — Pertes de connaissance. — Accès maniaques suivis d' hémiplégie. — Intelligence nulle. — Traitement antisyphilitique, guérison presque complète. — Rechute. — Mort.
Y..., étudiant, âgé de 24 ans, d’un tempérament sanguin, d’une bonne santé habituelle, avait commis des excès de femmes pendant plusieurs mois jusqu’en décembre 1857. A cette époque il eut une blennorrhagie et une balanoposthite dont il fut guéri vers le 21 janvier. Il avait pris du copahu et avait fait entre le gland et le prépuce des injections d’abord émollientes, puis caustiques.
Le 28 janvier 1858 il contracte un chancre qui s’indure. En février le malade entre à rbôpital du Midi, dans les salles payantes, présentant des plaques muqueuses et des syphilides. Il y fait un séjour de deux mois. M. Ricord lui prescrit une pilule de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure, puis deux et trois par jour. Après avoir quitté l’hôpital il continua son traitement, mais d’une manière très-irrégulière.
Le -4 mai 1858, le malade, pris d’un violent mal de tête, consulta M. Ricord qui lit suspendre le traitement mercuriel. Jamais avant cette époque il n’avait souffert de la tête. Personne dans sa famille n’a présenté d’affection cérébrale.
Le 6, les maux de tête continuent et Y — en descendant l’escalier de son hôtel tombe sans connaissance. Revenu à luimême, le malade n’offrait aucun symptôme morbide du côté de la motilité, ou de la sensibilité. On lui ordonna un vomitif et il partit pour Sens le 12 du mois, pour rentrer dans sa famille. Les douleurs continues de la tête ont persisté avec la môme intensité; elles ont résisté aux applications de sangsues et de vésicatoires. «
PARALYSIE DU MOUVEMENT
Le 1®^ juin U est pris de délire, il s'agite^ il crie, il tient des propos sans suite. Sous l’influence d’un vomitif il paraît se calmer pendant quelques heures; mais bientôt les maux de tôte reviennent avec la môme violence.
Le 7 juin il est soumis à l’iodure de potassium dont il a pris de 1 à 2 grammes 1/2 par jour. Mais peu de temps après l’institution de ce traitement, il survient des troubles gastriques qui obligent de le suspendre. Le malade continue à avoir le délire tous lesquatreou cinq jours, précédé ou suivi d’hébétement.
Le 1“^ juillet, à la suite d’un accès de délire, il survient une paralysie de toute la moitié du corps. Le malade est remis à l’iodure de potassium, à la dose de 50 centigrammes par jour.
Quelques jours après il paraît une syphilide palmaire trèsprononcée, aux deux mains. Son état reste le môme; rien n’est changé dans le traitement jusqu’au commencement d’août 1858, époque à laquelle on le transporte à la Maison de santé de la rue de Lourcine.
La moitié gaucdie du corps est entièrement paralysée; les membres sont dans une résolution complète et les traits de la face déviés à droite ; les paupières fermés; le sourcil immobile; l’œil n’est pas dévié; la pupille est un peu dilatée; la vue est bien conservée ; la tôte est penchée vers l’épaule droite qui est plus élevée que la gauche; la sensibilité est tout à fait normale. Mouvements réflexes pendant le chatouillement. La langue est déviée à gauche ; la parole est lente et difficile ; l’intelligence nulle. L’urine et les matières fécales sont rendues involontairement; le malade ne s’en aperçoit môme pas. La face n’est pas congestionnée. Il n’y a pas de fièvre. Le malade accuse des douleurs vives et continues du côté droit de la tôte. Il présente des syphilides palmaires bien caractérisées dont plusieurs sont brunes et d’une teinte cuivrée très-prononcée.
Traitement . — Un vésicatoire est appliqué sur le cuir chevelu. On le panse tous les jours avec 4 grammes d’onguent mercuriel; frictions sur la colonne vertébrale avec 3 grammes d’onguent mercuriel par jour. La dose en est progressivement portée jusqu’à 6 grammes. L’iodure de potassium est prescrit à dose progressivement croissante. On commence par 50 centigrammes pour atteindre la dose de 3 grammes par jour, dans l’espace d’une semaine.
OBSERVATIONS
Douze jours après son entrée à la Maison de santé, les maux de tête ont complètement cessé; le malade commence à l'emuer faiblement la jambe ; rintelligence s’éclaircit; la parole est un peu plus facile; il n y a pas de mouvements convulsifs ; mais la main gauche est un peu contracturée. X.... est tourmenté par des érections nocturnes. Depuis cette époque l’améi lioration a toujours marché à grands pas. Un mois et demi apres son admission à la Maison de santé, les mouvements sont revenus à la jambe; le malade marche sans bâton; quand la plante du pied gauche va quitter le sol, il relève le pied, du talon vers la pointe ; mais celle-ci traîne un peu pendant la propulsion du pied en avant. La parole est libre; mais l’intelligence toujours un peu lente et confuse ; il faut l’interroger pour le faire parler. La mémoire est intacte.
Il urine sans difficulté; il en est de môme pour la défécation; cependant il ne peut pas retenir longtemps les matières fécales. La langue se porte également des deux côtés, les taches de la peau ont disparu; quelques légers mouvements convulsifs ont lieu de temps à autre dans les membres du côté malade; ils sont rares, et se présentent plus souvent au bras qu’à la jambe; la sensibilité est exagérée du côté paralysé; les douleurs de tête ne sont plus revenues. Trois mois après son entrée (30 octobre), le malade quitte la Maison de santé dans l’état suivant : Lesplis du front sont réguliers ; lespaupièress’ouvrent et se ferment des deux côtés normalement; la joue gauche est un peu pendante; la commissure est encore un peu déviée à droite; la main gauche est plus faible que la droite; le mero- : bre thoracique reste dans la demi-flexion, ainsi que les doigts; mais le malade peut les redresser en contractant ses extenseurs. Il continuera chez lui l’usage de l’iodure de potassium I à la dose de 3 grammes par jour.
De retour à Sens, et voyant que son état s’améliorait de plus ' en plus, il met bientôt de côté son traitement; c’était au commencement de janvier. Peu après, les accidents paralytiques commencent à s’aggraver; les mouvements du côté gauche du corps deviennent de plus en plus difficiles, et peu précis; la parole s’embarrasse; déjà, quelques jours avant, il éprouvait des douleurs très-vives dans la tôle; peu de temps après, un écoulement purulent très-abondant a lieu par l’oreille droite.
rAHALYSIE DU MOUVKMEiNÏ.
Tous ces symptômes acquièrent leur maximum d’intensité vers le commencement de février, époque à laquelle ses parents le font revenir à Paris, et le placent à la maison municipale de santé, où il est admis le ù février. Il est atteint d’une hémiplégie gauche complète avec contracture; l’oreille droite laisse couler un pus abondant; la parole est difficile; très-souvent le malade ne répond pas aux questions; il rit ou il pleure sans raison. L’intelligence est gravement atteinte. X... refuse par moments de se laisser examiner; de temps en temps il a un peu de strabisme; le sommeil est très-interrompu. Une consultation a lieu entre MM. Rostan, Ricord etVigla. D’après M. Ricord, il y aurait un foyer hémorrhagique, suivi de ramollissement; accidents qui pourraient reconnaître pour première cause une ostéite syphilitique. Pour M. Rostan, une maladie osseuse, dépendant de la syphilis, a déterminé le ramollissement.
Le nez est d’une couleur livide; le malade éprouve des douleurs vives quand on y touche; l’organe est tuméfié et un peu déformé ; ces signes font présumer une affection de sa charpente. Les jours suivants, l’état du malade s’est empiré; l’écoulement par le nez a continué; il survint bientôt de la surexcitation cérébrale se traduisant par de l’agitation , de la carphologie et des cris. A ces accidents succède un coma profond qui se termine par la mort. L’autopsie n’a pu être faite.
Réflexions. — Nous voyons chez ce malade ce que l’on renconfre malheureusement beaucoup trop souvent; la diathèse syphilitique conserve son intensité, malgré le traitement spécifique qu’on lui a opposé de très-bonne heure, et fait explosion d’une manière subite lorsqu’on s’y attendait le moins. Les accidents nerveux ont consisté chez ce malade d’abord en des céphalées intenses, suivies bientôt de perte de connaissance et d’accès de manie qui se répétaient tous les deux ou trois jours, sans aucune perversion dans le mouvement. La syphilide palmaire vint ensuite nous donner une nouvelle preuve de l’existence de la diathèse dans toute sa force.
OBSEIWATlOiNS.
Ces accès de manie, coïncidant avec les céphalées violentes et avec d’autres manifestations syphilitiques, chez
un homme qui n’a jamais rien eu de semblable et sans prédisposition héréditaire, doivent certainement être rattachés à la syphilis constitutionnelle.
Existait-il chez ce malade une tumeur qui, surexcitant l’encéphale, produisait le délire? Cette manière de voir paraît réunir en sa faveur les plus grandes probabilités. En admettant l’existence d’une tumeur, on comprend qu’elle ait déterminé l’hémiplégie lorsqu’elle a atteint un certain volume. Enfin tous les symptômes cérébraux et cutanés ont disparu par l’emploi de l’iodure de potassium que le malade n’a pu supporter. A peine quelque temps s’est-il écoulé, depuis la suspension de ce traitement, que des symptômes fort alarmants éclatent de nouveau. La manière dont ces divers phénomènes se sont succédé, les alternatives d’amélioration et de récidive, coïncidant toujours avec la reprise ou la suspension des spécifiques, ainsi qu’on a pu le voir dans l’observation, ces raisons éloignent l’idée d’une hémorrhagie cérébrale
dont on ne retrouve pas d’ailleurs, dans le cas qui précède,
1 la marche habituelle. L’écoulement purulent par l’oreille et les symptômes que ce malade a présentés avant sa mort ont fait diagnostiquer un ramollissement, consécutif à une lésion osseuse déterminée par la syphilis.
Observation XXX. — Syphilis congéniale. — Accidents cérébraux. — Accès consistant en perte de connaissance, sans mouvements convulsifs, sans cris , sans morsure de la langue. — Trouble de la. vue, paraplégie, jjerte de la mémoù'e. — Douleu7's frontales et dorsales. — Père syphilitique, sœur également atteinte de syphilis héréditaire.
Le nommé J..., âgé de 26 ans, chapelier, n’a jamais eu ni chancre, ni chaudepisse. II mène une vie Irôs-réguliôre et tranquille. Bon ouvrier, il ne commet jamais d’excès.
PAHALYSIIS DU MOUVEMENT.
Son père eut, à plusieurs reprises, des manifestations syphilitiques; une fois, entre autres, il resta pendant six mois au lit pour des chancres et des boutons. Quoique marié, il menait la vie la plus désordonnée. Sa femme n’aurait eu aucun accident syphilitique. Elle eut trois fausses couches, et des treize enfants dont elle accoucha, il n’existe que deux, qui sont J... et sa sœur; tous les autres succombèrent peu de temps après ‘ leur naissance, ou bien à quinze, seize ou dix-huit mois. Sa sœur eut, à plusieurs reprises, des accidents du côté de la gorge, de la peau et des fosses nasales; accidents pour lesquels elle entra plusieurs fois à Saint-Louis, dans le service de M. Gibert, qui déclara que ces manifestations étaient consécutives à la syphilis héréditaire, et soumit la malade à l’iodure de potassium.
A l’âge de douze ans, J... eut une ulcération du voile du palais. Il ne put nous donner des renseignements précis sur sa première enfance; cependant il se rappelle avoir eu des bou- ; tons, et sa mère lui répétait souvent qu’il en avait dès son plus jeune âge. Le médecin qui le soignait prétendait qu’zV avait , eu trois fois la rougeole, et ti'ois fois la vai'iole. Chaque fois, les I boutons et les taches persistaient pendant trois mois et plus. A ! l’âge de onze ans, dit-il, il eut la fièvre typhoïde.
En décembre 1857, il entra chez M. Nelaton, à la Clinique, pour subir l’opération de la stapbylorhapbie. Une grande perte de substance du voile du palais empêchait la déglutition de s’opérer physiologiquement, et rendait la parole difficile et j parfois inintelligible. M. Nélaton considéra la lésion comme ! étant d’origine syphilitique.
En septembre 1858, J. perdit connaissance pendant cinq m minutes; une demi-heure avant, il avait des étourdissements jj et des bourdonnements d’oreilles; il n’a pas eu de mouvements convulsifs; il est revenu à lui-même avec l’intelligence al intacte et la parole facile; mais les membres inférieurs étaient n si faibles qu’il ne pouvait marcher, tandis que les bras con- n servaient toute leur force (il maniait facilement le fer pour repasser le bord de ses chapeaux). Depuis cette époque, les jambes sont restées un peu afiaiblies, la gauche plus que la I : droite; c’était surtout après ses pertes de connaissance qu’il 'n chancelait et risquait de tomber s’il ne s’asseyait pas.
OBSERVATIONS
Depuis le mois de septembre, il eut une quinzaine d’attaques revenant entre dix et onze heures du matin. Pour les prévenir, il se mettait à marcher pendant longtemps dans lame; mais, si la faiblesse de ses jambes le forçait de s’asseoir, il perdait de suite connaissance, pendant deux ou trois minutes. Ce qui I lui faisait pressentir l’accès, c’était la sensation devant les yeux d’un nuage ou d une épaisse poussière apportée par le vent, t Aux divers renseignements qui précèdent, nous dôvons ajouter que très-fréquemment il était tourmenté par des douleurs de I tête violentes et par des soulfrances dans les membres.
Le 22 novembre -1858, il entre à la Charité, salle Saint- Félix. Embonpoint médiocre ; peau rosée; maux de tête fréi quents soit pendant le jour, soit pendant la nuit. On ne voit sur le corps aucun signe syphilitique. Le voile du palais présente une grande perte de substance que la stapbylorrhaphie ne parvint pas à combler. Les membres inférieurs conservent leur sensibilité; mais la marche est incertaine et vacillante ; les genoux fléchissent fréquemment et le malade risque de tomber. Quelquefois les deux jambes chevauchent; le malade y éprouve souvent des fourmillements et sent comme des épingles que l’on y enfoncerait. Il n’est pas rare non plus que des mouvements convulsifs parcourent les membres inférieurs et môme les bras.
Pas de bruit de souffle au cœur ni dans les vaisseaux; pas de palpitations. Appétit bien conservé. Toutes les nuits, il éprouve de violents maux de tête qui commencent vers dix ou onze heures du soir. La douleur siège au front et souvent revêt I la forme lancinante et percussive. En même temps il éprouve une douleur à l’extrémité inférieure de la région dorsale, avec : sentiment de constriction du ventre. Pour dissiper ces dou- : leurs, il se dépouille de ses vêtements et s’expose ainsi au froid.
Traitement. — Douches froides.
Le malade reste dans le môme état.
En décembre 1858, il eut une attaque en tout pareille à celles qui ont été décrites précédemment; quand il prévoit que son accès doit venir, il quitte son lit, se lève et marche jusqu’à ce qu’il ait éprouvé un frisson parcourant tout le corps; alors il remonte etse recouche. J... prétend prévenir ainsi ses accès. S’il fixe un objet pendant quelque temps, sa vue se trouble, ou bien il voit double. Dans ces conditions, les objets sont Zambaco.
210 PARALYSIE DU MOUVEMENT
souvent colorés en violet, en rouge ou en bleu. L’examen des . yeux ne fait rien constater ; il n’y a pas de strabisme. Résistance moindre au travail intellectuel, à la, lecture par exemple. La mémoire des faits antécédents est conservée ; mais aujourd’hui, après avoir lu une page, il ne se rappelle que fort peu de chose et quelquefois rien de ce qu’elle contient; il avait autrefois une mémoire excellente.
Janvier 1859. Nous avons revu plusieurs fois le malade, il est dans le même état. Il suit toujours le même traitement (fer, préparations amères, hydrothérapie); il n’a pas été soumis à une médication spécifique.
Réflexions. — La syphilis liéréditaire existait dans la famille de ce malade, ainsi qu’on l’a vu dans son obser- . vation. Lui-même eut de nombreuses éruptions cutanées, , qualifiées toujours de rougeole et de variole, puis une destruction du voile du palais, des douleurs dans la tête et les membres. Plus tard il a présenté les phénomènes i cérébraux dont nous avons parlé. Il devient évident, d’a- ■ près ce qui précède, que le malade se trouve encore sous ; l’influence de la diathèse qui, d’ailleurs, n’a jamais été ! combattue chez lui. Les accès avec perte de connaissance i que ce malade éprouve doivent-ils être considérés comme déterminés par l’anémie, ou bien appartiennent-ils à ’ quelque lésion de l'encéphale d’origine syphilitique? Nous répéterons que le malade peut prévenir ces accès : en se mettant en mouvement. Aussitôt qu’il est arrêté dans sa marche, il perd connaissance et tombe. Nous avons dit qu’un nuage passant devant ses yeux l’avertit de ( l’approche de l’accès. Dans l’anémie très-prononcée les ! mouvements, loin de prévenir et de dissiper ces acci- • dents, les provoquent presque constamment. Enfin, ,■ malgré un traitement tonique et fortifiant continué peu- 4| dant quatre mois, ce malade se trouve toujours dans le M même état qu’au moment de son admission à l’hôpital, je
OUSEUVATIONS.
II nous sGuiblo donc fort rulionncl do dingnoslifjiier chez ce malade une aiïeclion encéphalique délemiinée par la syphilis héréditaire qui lui a imprimé un cachet à jamais indélébile, en détruisant une grande partie du voile du palais.
Quant à la lésion anatomique qui donnerait naissance à tous ces accidents, malgré nos présomptions en faveur d’une exostose, ce serait se hasarder que d’admettre le fait comme existant. Cette opinion serait d’autant plus hypothétique qu’aucune des parties du squelette, accessibles aux sens, ne nous a présenté une lésion analogue, néanmoins c’est une altération de ce genre qui peut nous rendre compte, le mieux, des divers phénomènes observés chez ce malade.
Observation XXXI. — Chancre induré en 1852, syphilide pustuleuse. — Traitement mercuriel irrégidi'erement suivi. — Néanmoins pas de nouvelles manifestations jusqu’en 1857. — Mariage en 1855. — Naissance de deux enfants sains. — En 1857 syphilide tuberculeuse guéi'ie par les mercuriaux. — En 1858 iritis et testicule syphilitique guéris par un traitement mixte. — En 1860 accidents cérébraux et hémiplégie.
Monsieur X... est âgé de 60 ans. En 1852 il eut un chancre induré. Quelques mois après avoir contracté cette ulcération, il eut une éruption cutanée pustuleuse assez abondante, prin- , cipalement sur les membres pelviens, où elle a laissé des taches foncées pendant longtemps. Ce fut ce symptôme qui, avec des douleurs rhumatoïdes vivesoccupantles membres, attiral’attention dumalade sur son alfeclion. Un traitement mercuriel fut prescrilparun confrère, consulté à cette époque ; rnaisce traitement futtrès-irrégulièrement suivietbienlôtmis complètement decôté. Néanmoins lesaccidents secondaires ont disparu entièreracntchezM.X... qui ne présenta plus aucun signe de maladie jusqu’en 1857. En 1855 il contracta mariage, après avoir pris l’avis de son médecin qui, ne constatant rien chez son client, lui déclara qu’il était en état de se marier. En 1856 et en 1857
212 l'AUALYSlIÎ DU MOUVE.MU.NT.
madame X... cul deux enfants. Le premier est un enfant mâle; le second est du sexe féminin. Tous les deux sont venus à terme, j sans présenter, ni au moment de leur naissance, ni après, des symptômes de syphilis héréditaire. Ils vivent très-bien portants et bien développés.
A la finde rannéel857, X... eut, àla face palmaire del’avantbras droit, une syphilide profonde, tuberculeuse, qui laissa des cicatrices très-dilformes de la peau, et des taches livides et plus tard brunâtres, pendant plusieurs mois. Cette syphilide a duré cinqmois. Elle céda à un traitement mercuriel et indique, inter- . venu cinq mois après son début et suivi pendant quatre mois.
En 1838, il fut atteint d’un iritis gauche, en même temps que la glande séminale droite offrait tous les caractères du testicule syphilitique. Après avoir suivi, en province, un traitement mercuriel pendant près de deux mois, M. X..., trouvant que les ! troubles de la vue ne cédaient pas assez rapidement, vint se faire i soigner à Paris ; c’était au mois d’avril de l’année 1838. C’est à ; cette époque que je fus consulté par le malade que je continuai i à soigner pendant un mois. Notre affectionné maître M. le doc- j teur Ricord fut appelé plusieurs fois en consultation. Voici en i peu de mots quel était l’état de M. X... (je transcris les notes que j’avais prises). A gauche il existe un iritis avec synéchies postérieures et avec de nombreuses saillies anguleuses dans la circonférence de la pupille (dépôts fibrineux). Différence de couleur entre les deux champs pupillaires. La pupille gauche est trouble et non d’un beau noir comme la droite. L’iris ma- e . lade se contracte à peine sous l’influence de la lumière. Cepen- i n dant la pupille se dilate d’une manière assez étendue par l’in- ■ i stillation dans l’œil de quelques gouttes de solution de sulfate ti d’atropine. Enfin la couleur de l’iris gauche ne ressemble plus • j , à celle de la droite. Elle a changé par l’effet de l’inllamma- ,ii tion. La vision est confuse de ce côté-Ià. Le malade voit les ■ .f objets comme voilés. L’examen à l’opbthalmoscope n’a pas : j eu lieu. Douleurs de tête violentes, tantôt diurnes tantôt noc- *■ turnes et siégeant surtout à gauche.
Testicules syphilitiques : le droit a éprouvé en grande partie j ^ la dégénérescence fibreuse. Il offre une surface inégale ru- : gueuse; en d’autres termes la membrane fibreuse du testicule > \ ^ est épaissie sur plusieurs points. 11 a diminué de volume. La
OItSEKVATIONS. 213
,i! sensibilité physiologique de la glande existe à peine sur une ' : petite étendue, voisine de la tête de l’épididyme.
A gauche la glande séminale est saine ; mais le corps d'Hygmore, gonllé, annonce la tendance de la maladie h envahir la glande. Cicatrices profondes sur l’avant-hras droit. Elles sont .1 constituéespar une série de dépressions irrégulières de la peau, J rangées en cercle dont la partie centrale est formée par do la B peau à l’état normal.
Traitement. — Pilules d’iodure de mercure, chacune de 5 centigrammes. X... en a pris une et plus tard trois par I jour. lodure de potassium, 3 grammes par jour. Frictions autour de l’orbite avec de l’onguent napolitain helladonné. Après avoir continué sa médication pendant quelque temps h Paris, le malade, en voie d’amélioration, notamment pour ce qui concerne ses douleurs de tète et son iritis, rentre chez lui pour compléter son traitement. En etfetnous avons su depuis que Monsieur X... continua pendant trois mois, après son départ de Paris, les médicaments ordonnés plus haut et qu’il les suspendit de l’avis de son médecin, lorsqu’il ne restait plus aucune manifestation révélant l’activité de la syphilis.
Au mois de mars 1860, au milieu d’une parfaite santé, M. X... fut pris d’un hoquet opiniâtre qui dura 13 jours. Les bains, les émissions sanguines, les ventouses et la glace ont peu soulagé le malade. Néanmoins le hoquet disparut plus tard pour reparaître de temps en temps d’une manière passagère. Vers la fin du môme mois, M. X... éprouvait une lourdeur de tête et des vertiges occasionnant souvent des vomissements.
Le 24 mars, à son lever du lit, il s’est senti chanceler. Les jours suivants, tous ces prodromes augmentèrent progressivement ; puis il lui est survenu une faiblesse croissante dans le bras et la jambe du côté gauche, avec paralysie faciale du même côté, et embarras de la parole. Cependant M. X... n’a jamais eu d’attaque, avec ou sans perte de connaissance ; l’intelligence s’est conservée dans toute sa netteté. Des sangsues furent appliquées à l’anus; des sinapismes furent promenés sur les membres inférieurs; des purgatifs furent souvent administrés; mais tous ces moyens n’ont produit aucun résultat favorable. M. X... devint de plus en plushémiplégique. Le 1" juin, on applique un séton â la nuque.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
Le 20 juin, M. X... revient à Paris. Je le trouve dans l’étal suivant ;Déviation destraitsde la face dont le côté gauche paraît épanoui. La face est plate, la commissure abaissée, la narine aflaissée; l’œil ne se ferme qu’avec quelque difficulté. La main gauche serre très-faiblement. Impossibilité de la porter activement sur sa tête. Pas de contracture ; le pied traîne pendant la marche ; c’est par des mouvements pelviens que le malade opère la propulsion de sa 'jambe gauche. Celle-ci est roide, comme une jambe artificielle. Le malade éprouve fréquemment des fourmillements, soit dans le membre thoracique, soit dans le membre pelvien ducôté gauche; lasensibilité au contact et àla température est conservée. Jamais de mouvements convulsifs; la parole est embarrassée; néanmoins, M. X... s’exprime d’une manière compréhensible; difficulté pour aller àla garde-robe; miction normale ; douleurs de tète intenses par moments, mais indistinctement le jour ou la nuit ; elles siègent à la région pariétale droite. L’examen leplus attentif ne fait découvrir aucune i manifestation syphilitique appréciable; facultés intellectuelles , normales. On trouve chez lui les cicatrices profondes de la i syphilide tuberculeuse, ainsi que les déformations de l’iris du côté gauche; le testicule droit est un peu atrophié. Madame X... n’a jamais présenté de signes d’infection. Nos maîtres, MM. Louis, Andral et Ricord sont appelés en consultation.
A raison des antécédents syphilitiques de M. X... et des nombreuses rechutes qu’il éprouva, rechutes parfois très-éloignées les unes des autres, à cause du début et de la marche insolite de cette hémiplégie, qui ne s’est développée ni comme les paralysies consécutives à une hémorrhagie cérébrale, ni comme celles qui dépendent d’un ramollissement du cerveau, une lésion syphilitique fut soupçonnée du côté de l’encéphale. Ce n’était là qu’une présomption, ayant en sa faveur de ( grandes probabilités. Il était impossible de penser à mieux pré- i ciser l’affection, pour savoir si c’était le cerveau lui-môme qui i était primitivement malade par le développement, dans son u épaisseur, de quelque produit plastique, ou bien si c’était une d lésion des os qui occasionnait les accidents paralytiques. Le JB pariétal gauche n’était pas déformé et, ainsi que nous l’avons iW déjà dit, sur aucune partie du squelette accessible aux sens, il n’y avait d’exostose.
OnSEUVATlONS.
M. X... fut soumis au Irailemcnl mixte. De larges onctions . d’onguent napolitain furent failes sur la colonne verlébrale tous
- les deux jours (chaque fois avec 4 grammes du médicament).
I A l’intérieur, Tioclure de potassium fut administré à dose suc-
- cessivement croissante, jusqu’à 3 grammes par jour. Enfin,
. M. X... prit des pilules de proto-iodure de mercure, de .5 ceng ligrammes chacune. L’état des gencives, Irès-irritahles à cause U du mauvais état des dents, ne permet pas qu’on en administre i| plus de deux par jour.
Sous l’influence de ce traitement, l’état de M. X... s’amé- I liora rapidement ; ce qui fut constaté à plusieurs reprises par I MM. Louis, Andral et Ricord.
(j Sept semaines après son arrivée à Paris, M. X... retournait
I chez lui dans un état très-satisfaisant. La marche était fixcile. Le malade pouvait tourner, en marchant, dans tous Tes sens ; ce qu’il lui était impossible de faire avant. A peine existait-il une différence entre les membres pelviens des deux côtés. Il en était de môme des membres thoraciques. La main gauche serrait presque tout aussi bien que la droite. La parole était nette ; les maux de tête avaient cessé. Il lui fut conj seillé de continuer régulièrement son traitement pendant plu- ! sieurs mois, et de nous donner de temps en temps de ses nou- I velles; mais il ne tint point sa promesse; de sorte que nous i ignorons la suite de son histoire.
Réflexions. — Ainsi depuis 1852 jusqu’à 1857, c’est-à- * clirepenclant une période de cinqans,M. X..., tout en couvant la diathèse, n’en présenta pas le moindre symptôme. C’est pendant cet état occulte de l’affection que M. X... engendra deux enfants sains, bien qu’il recélàt lui-même la syphilis en état de puissance, ainsi que le prouvent les explosions successives d’accidents secondaires et de manifestations tertiaires qu’il a eues depuis. Nous trouvons donc, dans l’ histoire de ce malade, un fait complètement opposé à l’observation nM. En effet, chez ce dernier malade, l’absence de tout symptôme dialhésique pendant plus de dix ans devait écarter de la pensée la présence
paralysie du mouvement.
de la syphilis chez lui. Néanmoins l’existence delà diathèse fut mise hors de doute par la naissance, après de nombreux avortements, d’un enfant manifestement syphilitique. Chez notre dernier malade, au contraire, malgré la persistance évidente de la syphilis chez le père, les enfants n’ont pas hérité de l’affection dont était atteint leur progéniteur à l’époque de leur procréation.
De ces cas et de quelques autres qui sont à notre connaissance nous devons inférer que, dans la pratique, le médecin ne saurait mettre assez de réserve dans son pronostic lorsqu’il est questionné sur le sort des enfants d’un homme, qui a eu préalablement des symptômes certains de la syphilis. Ainsi des pères, offrant des signes certains de la maladie lors de leur mariage, peuvent avoir le privilège de voir leurs enfants échapper au triste héritage imposé par la paternité; et, vice versa, des hommes qui paraissent devoir engendrer des enfants bien portants, peuvent leur transmettre le germe d’une affection dont ils paraissaient être débarrassés depuis nombre d’années.
Il est aussi à remarquer que la dame de notre premier * malade paraît avoir présenté pendant sa première grossesse quelques phénomènes qui font penser qu’elle fut infectée; tandis que la compagne de notre dernier malade n’a jamais offert le moindre phénomène qui permît de concevoir le plus léger soupçon sur son état, bien qu’elle cohabitât avec un mari évidemment vérolé.
La syphilis, après être restée inactive pendant six ans chez M. X..., détermina des accidents nombreux chez lui, dans l’espace de quatre ans, quoique l’intervention des mercuriaux, et plus tard de l’iodure de potassium eût fait présager, tout au moins, des rémissions beaucoup plus longues, entre les diverses explosions de la diathèse.
OBSERVATIONS
Ce sont ces nombreuses récidives et la persistance invincible de la maladie chez ce malade, malgré les traitements employés, qui firent concevoir la possibilité d'une syphilis encéphalique. Les gommes que ce malade présenta sur l’avant -bras, en 1857, pour tout phénomène syphilitique, auraient pu tout aussi bien se développer d’emblée dans l’encéphale. Si cela s’était passé ainsi, les nombreuses manifestations syphilitiques, qui ont aidé à poser le diagnostic de syphilis cérébrale, auraient fait défaut, et très-vraisemblablement on n’aurait pas songé à la vérole. Mais les accidents cérébraux arrivant à la suite de plusieurs récidives de la syphilis, ce serait fermer les yeux à un rayon de lumière que de ne pas soupçonner la vérole, dont le pouvoir de déterminer des accidents paralytiques est aujourd’hui reconnu et prouvé par des faits évidents. Il faut en conclure qu’on ne doit jamais omettre, dans des cas pareils, d'interroger avec soin les antécédents du malade, qui seuls peuvent autoriser le médecin à soupçonner la nature syphilitique des accidents cérébraux qu’il sera appelé à combattre. L’amélioration éprouvée par ce malade, peu de temps après l’institution du traitement mixte, donne raison au diagnostic rationnel posé par nous et accepté par nos maîtres, bien entendu avec toutes les réserves que les circonstances réclamaient.
Observation XXXII. — En 1853, chancre et adénopathie. — Quarante jours après, roséole et plaques muqueuses ; 150 pilules mercurielles. — En 1858, céphalée mastoïdienne sous forme de crise ; iodure de potassium. — En mai 1859, attaque, sans perte de connaissance, avec embarras de la parole et hémiplégie gauche. Ces accidents disparaissent et reparaissent trois fois, puis ils i persistent. Purgatifs, et, deux mois après, iodure de potassium à dose insuffisante. — En janvier 1800, frictions mercurielles et iodure de potassium ; amélioration remarquable en six se-
218 PARALYSIE DU MOUVEMENT
maines. Suspension du traitement, de suite après. — En mai 1800, strabisme (juéri par L’iodure; peu après , céphalées à (jauche; accidents nerveux des membres droits. — Traitement i mixte; dejAus, toniques et révulsifs. — Amélioration très-notable; néanmoins persistance , à un léger degré, de la paralysie, et retours fréquents des céphalées, malgré la continuation d’un | traitement varié pendant sept mois. i
X... esl Agé de 27 ans. Santé antérieuçe excellente. Rien à noter du côté de la famille.
En août 1855, il contracta un chancre qui ne fut point soigné ;f pendant un mois. Le malade ne peut se rappeler si le chancre était induré. Il n’a pas eu de huhon; mais les ganglions de l’aine gauche se développèrent quelque temps après sous forme de chapelet.
Quarante jours après avoir remarqué l’ulcération, X... eut une roséole syphilitique très-marquée, et des plaques mu- i queuses gutturales. Il fut soumis au mercure, administré sous i forme pilulaire. Il prit, dans l’espace de deux mois, 150 pi- i
Iules dont il ignore la composition exacte. Sous l’influence de i
ce traitement, les accidents secondaires se sont dissipés. X... a se porta à merveille jusqu’à la fin de 1858. A cette époque, il commença à éprouver des douleurs de tète, siégeant surtout à ' ] la région mastoïdienne droite. D’une manière continue, il y ! éprouvait une sorte de pression, aussi forte le jour que la nuit, li Outre cette sensation de constriction, il lui survenait, dans le 1 môme endroit, des souffrances violentes, sous forme de crises >; durant de une à plusieurs heures. Il n’y avait rien de constant i quant à l’apparition de ces céphalées qui pouvaient éclater ^ à tout moment. Dès que ces douleurs commencèrent à se ma- * nifester, X... fut soumis par son médecin à Tiodure de potas- ' sium, dont la dose n’a jamais dépassé l gramme par jour. Les ■. douleurs ont cédé, au commencement, à l’usage de l’iodure; ' mais, quelque temps après, elles sont revenues, et continuèrent ainsi à tourmenter le malade.
Le 5 mai 1859, six mois après le début des céphalées, X... eut une attaque. Tout d’un coup, vers les trois heures de l’après-midi, le malade s’affaissa sur lui-môme sans perdre con- > naissance; la parole devint difficile, et toute la moitié gauche : du corps fut frappée de paralysie.
OBSERVATlüxNS.
j Dans l’espace d’une heure, X... eut trois accès, de dix k I quinze minutes de durée chacun. Quelques engourdissements I des doigts gauches précédaient l’accès de quelques minutes, j Celui-ci consistait dans l’impossibilité absolue d’exécuter le moindre mouvement avec le membre thoracique et pelvien du côté gauche ; la bouche était fortement déviée à droite; l’intelligence était conservée; les sens demeuraient dans l’état physiologique. Il n’y avait pas de mouvements convulsifs; pas même de strabisme. Le malade restait dans l’état décrit plus haut pendant un quart d’heure environ; pais tous les phénomènes morbides se dissipaient entièrement; X... recouvrait le pouvoir de contracter tous ses muscles; la bouche revenait aussi à sa position physiologique, etc. Le troisième accès, plus long que les premiers, détermina une hémiplégie qui a persisté.
Huit jours après l’événement, la bouche est revenue à la position normale; le membre thoracique était entièrement soustrait à l’empire de la volonté; quant au membre pelvien, le malade pouvait lui imprimer quelques légers mouvements. La miction resta normale; la défécation devint un peu difficile. Aucun accident syphilitique apparent n’existait alors chez le malade^ qui fut soumis aux purgatifs souvent répétés. Ce n’est que deux mois après le début de l’bémiplégie qu’on lui prescrivit 1 gramme d’iodure de potassium par jour. Ce traitement fut continué pendant six mois. L’amélioration était progressive k la jambe; quant au membre thoracique, le malade pouvait à peine le remuer. Il est à noter qu’à partir du jour de l’attaque,
I la céphalée a entièrement disparu.
! En janvier 1860, le malade consulte M. Ricord, qui ordonne I des frictions mercurielles sur la colonne vertébrale, répétées I deux fois dans l’espace de vingt-quatre heures, et 4 grammes I d’iodure de potassium par jour. L’amélioration fut si rapide, consécutivement à cette médication, que six semaines après que celle-ci fut instituée, le malade rentrait chez lui, en province, ayant recouvré en grande partie la faculté de marcher, et celle de se servir de sa main gauche. Le traitement spécifique fut suspendu aussitôt que X... quitta la capitale, bien que la paralysie n’eût pas entièrement disparu.
Au mois de mai de la môme année 1860, et tout d’un coup,
220 PARALYSIE DU MOUVEMENT. I
sans aucun phénomène anlérieuc ou concomitant, X... fut i atteint de strabisme convci'gent à droite, accompagné de di- ;
plopie. Cet accident fut tout à fait local ; il n’y avait aucun i
phénomène encéphalique. Il n’est rien survenu du côté des membres; et le côté, autrefois paralysé, ne ressentit aucun , retentissement de cette nouvelle manifestation diathésique.
On a prescrit de nouveau l’iodure de potassium, et l’on appliqua des vésicatoires ammoniacaux. Le strabisme dura pendant i cinq mois. Le malade continua pendant tout ce laps de temps son iodure de potassium, à la dose de I gramme par jour.
Au mois de septembre, il vint à Paris pour rentrer à la Maison de santé de la rue de Lourcine, pour se mettre de nouveau sous la direction de notre maître, M. Ricord. Un mois i avant de se faire admettre à la Maison de santé où nous avons -i observé le malade, les céphalées étaient revenues, mais à la c! région mastoïdienne gauche; les membres du côté droit étaient li le siège de fourmillements et d’engourdissements très-pro- -( noncés, en même temps qu’ils étaient faibles et parcourus par n des douleurs et par des spasmes. Démarche très-difficile; le :-| pied traîne, les doigts de la main ont perdu de leur force et de d leur agilité. X..'. n’a pas eu d’attaques cette fois-ci, ni les phé- \ nomènes qu’il présenta autrefois. La vue est affaiblie, le ma- ‘-ij lade aperçoit souvent de petits corpuscules voltigeant dans -.i l’air; parfois aussi, il voit des taches noires imaginaires, lors- -a qu’il porte, par exemple, les yeux sur un fond blanc. Des >9 douleurs encéphaliques, au niveau de la région mastoïdienne, .0 se font sentir tous les jours vers six heures du matin.
Le 21 janvier 1861, X... fut soumis de nouveau à l’iodure de )t potassium, à la dose de 2 grammes par jour; il lui fut ordonné, ô en outre, trois verres de macéré de quinquina par jour, et 0 A pilules de Blancard, à chaque repas, deux fois par jour. On .( lui appliqua un vésicatoire volant à la nuque (1).
Le 23 janvier, on ajoute aux moyens précédents les fric- >: lions, avec 4 grammes d’onguent mercuriel tous les deux jours, alternativement sous chaque aisselle. Sous l’influence ' de ce traitement, il est survenu une amélioration notable; 'I
(1) La suite de l’observation nous a été communiquée par notre i confrère le IV P. Durnotel, médecin de la maison.
OnSERVATIONS. 221
I néanmoins, bien que le malade marche mieux qu’au mo- I ment de son admission, il traîne un peu la jambe, et éprouve : toujours son mal de tôle. Il est également sujet à une consti- I palion opiniâtre.
I Le 12 mars, la douleur de tôte a augmenté d’intensité. Le malade voit avec inquiétude approcher le mois de mai, anniversaire de sa première attaque. Application d’un séton à la nuque. Le 18 mars, on interrompt toute médication. Le séton supj pure, la céphalalgie continue; c’est, avec de la douleur, une ^ espèce de fourmillement interne. Pai'fois, dit-il, /e sens une " sorte d’araignée se promener dans mon cerveau.
Le 17 avril, X... reprend de l’iodure de potassium, à la dose de 2 grammes par jour.
Le 28 mai, on lui prescrit, pour combattre sa grande irrila- I hilité nerveuse, de la tisane de valériane, des pilules de Vallet, et des bains de tilleul.
Le 2 juin, il se manifeste quelques douleurs articulaires qui
Isont attribuées au rhumatisme. 2 grammes de teinture de colchique.
I 28 juin, amélioration; plus de douleurs articulaires; mais la céphalalgie revient tous les soies. Somnolence habituelle, engourdissements des doigts droits et mouches devant les yeux, comme autrefois.
A partir de ce moment, amélioration progressive; les dou- ' leurs de tôte ne se font plus sentir. Le malade se croit guéri; il marche très-bien, et promène avec agilité ses doigts sur le clavier du piano. Mais, le 1" août, retour du mal de tôle avec plus d’intensité que jamais; 'deux cautères à la région sousoccipitale; il est remis à l’iodure de potassium, à la dose de 2 grammes par jour. Au mnlieu de toutes ces variations, l’état des membres reste toujours amélioré.
Le 7 septembre, on ajoute, au traitement précédent, les douches froides sur la tôle et le dos. Ces divers moyens, continués jusqu’au 18 septembre 1861, jour de départ du malade de la Maison de santé, améliorent progressivement son état. Aussi lui conseille-t-on de ne pas interrompre sa cure.
Le 2 octobre, nous apprenons le retour de la céphalalgie dans toute son intensité. Néanmoins les mertibres thoracique et pelvien sont toujours dans un état satisfaisant.
PAHALYSIE DU MOUVEMENT.
Réflexions. — Ce malade éprouva des céphalées, pour la première fois, trois ans et demi après avoir contracté un chancre induré. Ces douleurs de tête, avec exacerbations violentes sous forme de crises, paraissant indistinctement le jour ou la nuit, cèdent pendant quelque temps à l’iodure de potassium. Mais, bientôt après, elles reviennent avec intensité et sont suivies d’une hémiplégie gauche. Le malade ne perd pas connaissance ; mais avant que l’hémiplégie ne devienne permanente, elle paraît d’une manière passagère et se dissipe peu après, à deux différentes reprises. Comment s’expliquer cette fugacité des symptômes paralytiques, sinon par un travail congestif dans les parties de l’encéphale qui, plus tard, devaient être troublées d’une manière permanente dans l’exercice de leurs fonctions.
Lors de l’explosion de ces divers phénomènes, le malade ne portait aucun indice de l’activité de la diathèse syphilitique. De ce que, quelques années auparavant, il avait eu la syphilis constitutionnelle, il ne s’ensuit pas que tout accident, survenant à une époque plus ou moins éloignée, dépende nécessairement de cette diathèse. Nous sommes donc naturellement amené à nous demander si les accidents d’hémiplégie de ce malade étaient occasionnés par la vérole. Nous n’avons aucune preuve palpable de l’origine syphilitique de ces accidents. 11 est de fait qu’après avoir persisté pendant plusieurs mois, la paralysie céda si rapidement à la médication mixte, instituée par notre savant maître, qu’il est rationnel de conclure à la nature spécifique de la maladie, par le résultat de la médication. Néanmoins les esprits sceptiques peuvent objecter que cette amélioration ne fut obtenue que neuf mois après l’événement ; et que dans les hémorrhagies cérébrales abandonnées à elles-mêmes il est près-
que constant tic voir de ces améliorations survenant plusieurs mois après l’extravasation du sang. Ce qui plaide en faveur de la nature spécifique de l’iiémiplégie de 1859, c’est sa disparition complète, bien que la guérison radicale et spontanée s’observe également dans quelques cas exceptionnels d’hémorrhagie cérébrale. Enfin, l’apparition, quelque temps après, d’un strabisme isolé, c’est-àdire sans aucun phénomène encéphalique, est une nouvelle preuve de la présence de la diathèse.
Nous savons combien il est fréquent d’observer la paralysie de la sixième ou de la troisième paire, consécutivement à la syphilis, accompagnée ou non d’autres phénomènes dialhésiques. Ces paralysies des nerfs moteurs (lu globe oculaire peuvent bien exister en dehors de la syphilis, mais, dans le cas présent, ce serait admettre une série de faits exceptionnels que de récuser la vérole. Tandis qu’en admettant au contraire cette maladie constitutionnelle, on se rend compte rationnellement des divers accidents observés chez ce malade ; accidents que nous avons vu tant de fois être indubitablement occasionnés par cette diathèse.
Quelque temps après, le strabisme lui-même disparaît, mais des céphalées surviennent à la région mastoïdienne gauche, et sont bientôt suivies de troubles nerveux dans les membres droits. Il y a en même temps troubles de la vision de deux côtés. Nous regrettons de n’avoir pasexaminélesyeiixdeM.X... à l’oplilhalmoscope; nous aurions trouvé dans cette exploration un moyen précieux pour arriver au diagnostic. Cependant, en lisant l’observation, il est aisé de reconnaître que, selon toutes les apparences, il y avait chez ce malade une choroïdite avec épanchement sous-rétinien ; lésions que nous verrons (dans l’article sur l’amaurose) être très-communes à la
PAÜALYSlIi: DU JNIOUVICMKNT.
période tardive de la syphilis. Nous trouvons donc, dans i les phénomènes amblyopiques présentés par le malade, un nouvel appui en faveur de l’activité de la diathèse syphilitique.
Mais en admettant la syphilis comme le point de départ de ces phénomènes morbides multiples, ce qui sa- ; tisfait bien mieux l’esprit que la recherche d’une foule 1 de causes accidentelles qui détermineraient des troubles ) variés, quelle serait la lésion anatomique de l’encéphale i qui a déterminé l’hémiplégie? Comment cette hémiplégie, . après avoir disparu à gauche, se serait-elle reproduite à droite ; et finalement pourquoi les accidents hémiplégi- i ques du côté droit n’ont-ils pas cédé entièrement à l’éner- : gique médication conduite avec tant d’habileté par le ! célèbre syphilologue ? Il est impossible de savoir, d’une : manière certaine, par quelle lésion la syphilis produisit ^ la paralysie. Si des exostoses ou des tumeurs gommeuses : siégeaient sur des parties du corps accessibles aux sens, ' ! on serait conduit à admettre, par analogie, des altérations identiques du côté de la tête. Mais dans le cas , présent rien ne nous vient en aide pour présumer i telle lésion plutôt que telle autre. En tenant compte de la violence de la céphalalgie et de sa longue durée on serait en droit, jusqu’à un certain point, de soupçonner une exostose. Quant à la persistance des phénomènes paralytiques, malgré l’emploi des spécifiques, nous avons déjà exposé notre manière de voir à cet égard. Nous avons en effet admis, conduit par l’anatomie pathologique et par l’observation , que parfois les tumeurs syphilitiques produi- -i sent, probablement par la pression qu’elles exercent sur la substance nerveuse ou par les altérations secondaires n qu’ elles y occasionnent, des lésions qui persistent après la i| disparition même de ces tumeurs syphilitiques qui ont été
OBSEHVATIONS.
la première cause des accidents nerveux. Or de cc que des phénomènes paralytiques ne disparaissent pas complètement sous rinfliience des spécifiques, il ne faut pas en inférer qu’ils ne sont [las' occasionnés par la syphilis ; notamment lorsque des preuves certaines établissent leur nature spécifique.
Observation XXXII bis. — Fn mn?'s 1855, chancre induré, adénite inguinale. — Un mois et demi après, roséole et accidents de la gorge; mercure pendant un mois. — En février 1856, plaques muqueuses et impétigo; iodure de jjotassium, suspendu dès la disparition des accidents. — En septembre 1861, attaque de paralysie {de la face, de la langue et du membre thoracique droit). — Z,e 2 octobre, iodure de potassium. — Ze 2 novembre, tous les accidents sont presque entièrement dissipés.
\ X..., âgé de 27 ans, d’nne bonne conslitulion, d’un tempé-
rament lymphatique, n’ayant éprouvé aucune maladie sérieuse dans l’enfance, eut plusieurs cliaudepisses de 19 à 26 ans; en mars 1855, il contracte un chancre induré, accompagné d’une adénite inguinale double. Le chancre ne dura que huit jours. Les adénites n’ont pas suppuré. Un mois et demi après l’apparition du chancre, ulcérations de la gorge et roséole. Le malade prit, dès le début, du sirop de Cuisinier et des pilules de proto-iodure de mercure (4 par jour, etpen- ! dant un mois). En février 1856, c’est-à-dire un an plus tard , ) il eut de nombreuses plaques muqueuses aux lèvres et aux amygdales, et des croûtes de l’impétigo sparsa syphilitique au bras et à la jambe du côté droit, où l’on en voit encore les ci- ■ catrices; rien à gauche. M. Ricord, consulté à cette époque, prescrivit 2 grammes d’iodure de potassium par jour. Le malade suivit ce traitement avec irrégularité, et le mit de côté, de suite après la disparition des symptômes. Néanmoins sa santé fut excellente jusqu’en septembre 1861. Le 17 de ce mois il eut une attaque subite de paralysie, qui, par conséquent, ne fut pas précédée de prodromes ; vers les six heures du soir le malade mangea son potage, puis il avait de la difficulté à couper son bœuf qu’il faisait sauter, malgré lui, hors de Zambaco. fS
PARALYSIE DU MOUVEMENT
son assielle. Bientôt après sa langue s’embarrassa ; X..*. ne i pouvait ni dire ni écrire ce qu’il avait; la commissure droite I des lèvres pendait; la salive s’écoulait de ce môme côté. Ce- : pendant la jambe droite avait conservé encore sa force; le ' malade ne la traînait pas lorsqu’il se leva pour se mettre au lit; il l’oreille et l’œil droits restèrent à l’état normal. Le 19 sep- j tembre le malade reprit son genre de vie habituel; mais il j conservait de la roideur dans le bras droit : la main de ce i côté serrait deux fois moins que la gauche; la commissure u pendait encore; la langue était embarrassée; il disait parfois iè un mot pour un autre; mais, bientôt après, le malade rectifiait is son lapsus linguœ. Regard hébété ; pas de paralysie des mem- ,in bres inférieurs, ni de l’intestin. Une seule fois le malade urina malgré lui; le reste du temps il avait des envies fré- iÿj quentes d’uriner. C’est dans cet état que X... entra, te 2 oc- tqi tobre 1861, à la Maison de santé de la rue de Lourcine, dont litr M. le docteur Dumotel est le médecin. C’est donc à cetexcel- ils lent confrère que nous devons encore l’observation de ce ma- Isi lade. X... est soumis au traitement suivant : 2 grammes d’io- loi dure de potassium par jour, tisane de douce-amère avec sirop joi de gentiane. Le 7 octobre, vésicatoire à la nuque et 30 gram- "irai mes de sulfate de soude. Le traitement par i’iodure fut con- nu linué régulièrement ; il fut suivi d’une amélioration progrès- -y sive, de sorte que te 2 novembre il ne reste plus aucune ni déviation de la bouche ; le bras droit se meut très-facilement, et les doigts ont recouvré l’indépendance de leur action : te if '; malade exécute au piano des airs qu’il ne pouvait jouer il y a i| y quelques jours. La parole est nette et facile; cependant il l| ; serre encore faiblement avec la main droite.
Réllexions. — Chez ce malade, à part une récidive > qui eut lieu un an après l’infection, la syphilis ne donnai] : plus naissance à aucun phénomène appréciable jusqu’à 1861. La paralysie qui est survenue à celte époque était-elle consécutive à la vérole? Les arguments en fa-veur de la nature syphilitique des divers troubles nervcu.x ' survenus chezX... sont les suivants : ce malade a eu la
syphilis constitutionnelle qui fut très-imparfaitement traitée soit à son début, soit lors de sa récidive ; il n’avait ni l’àge auquel les congestions ou les hémorrhagies cérébrales sont fréquentes, ni les attributs d’une constitution qui est considérée comme prédisposante à ces sortes d’accidents. Les phénomènes paralytiques se sont manifestés sans perte de connaissance, ce que l’on rencontre assez souvent dans les paralysies encéphaliques d’origine syphilitique. Enfin la paralysie a rapidement cédé à l’usage de l’iodure de potassium.
Observation XXXTI ter. — Chancre induré en 1845, accompagné bientôt d’accidents secondaires. Traitement mercuriel. — En 1859, étourdissements, hémiplégie droite incomplète, dissipée plus tard', mais, en 1860, retour des accidents hémiplégiques avec ecthyma groupé. — En 1861 on reconnaît la syphilis. Traitement mixte. Amélioration rapide, puis disparition de l’éruption ; mais persistance des symptômes congestifs de T encéphale.
X..., d’une constitution robuste et pléthorique, est âgé de 35 ans; son père est mort d’apoplexie à 44 ans.
En 1845, il eut un chancre induré de la rainure glandoprépuliale à gauche, une adénite inguinale double, des gan- ! glions sous-occipitaux et un érythème maculeux sur l’abdomen. M. le docteur P. Dumotel soumit le malade à un ! traitement mercuriel dont il n’a pu suivre la marche. Le I malade ne peut préciser la durée de ce traitement. Quoi r qu’il en soit, la santé de X... fut parfaite jusqu’en 1859. . Dans cet intervalle, X... prit beaucoup d’embonpoint; il a éprouvé à diverses reprises quelques étourdissements très- ' fugaces.
Au mois de juillet 1859, étourdissement précédé d’une sensation d’oppression; le malade essayant de se lever estsurle point de tomber. Les membres du côté droit n’obéissent plus à la volonté : saignée, purgatifs, sangsues aux apophyses mastoïdes. Après quinze jours de soins, tous les accidents ont été nota-
PARALYSIE DU MOUVEMENT
blenient amendés. Le, malade est soumis à un régime hygiénique approprié; il conserve de la lourdeur dans les membres droits, où il éprouve de temps à autredesfourmillemenlspendant les neuf premiers mois de l’année 1860. La santé paraît Être redevenue parfaite; mais au commencement de l’hiver les fourmillements reparaissent avec une sensation de pesanteur très-marquée dans la jambe et le bras droits. Ces accidents ! sont accompagnés de douleurs obtuses dans ces mômes membres. Le malade se plaint d’y ressentir du froid, principalement dans le membre abdominal, où les fourmillements paraissent être provoqués surtout par les contractions musculaires partielles : lorsque, par exemple, le malade veut redresser le gros orteil, ou relever la pointe du pied.
Peu de temps après le retour de ces accidents, une éruption d’eclhyma groupé se fait sur le front, à la naissance des cheveux, et quelques boutons croûteux se développent sur le cuir l. chevelu. Le malade était soumis à une médication antirhu- -i matismalep ar un confrère qui ignorait ses antécédents ; ce < traitement s’était prolongé sans résultat aucun pendant quel- -i ques mois, lorsque, le 15 janvier 1861, le docteur P. Duraotel I j rencontre par hasard le malade et remarque l’éruption carac- '-o téristique du front. Il diagnostique la nature de tous les acci- r dents éprouvés par le malade qu’il soumet à un traitement i.o mixte : onctions mercurielles, iodure de potassium et panse- -y ment des pustules ulcérées du front avec une solution iodée, .a Ces moyens sont rapidement suivis d’un résultat très-favorable: s
en trois semaines l’éruption est effacée, laissant après elle des o, cicatrices peu étendues, à peine déprimées; les membres re- y gagnent de leur puissance. La santé générale est très-bonne; y les fourmillements sont bien plus rares; mais la sensation d’a- i; baissement de température persiste, et le malade dit être très- î' sensible aux influences atmosphériques. Par un ciel nuageux i ou par de grandes transitions de température, le côté droit redevient pesant, les fourmillements se réveillent.
Le traitement est continué régulièrement, les frictions sont remplacées, au mois de mars, par les pilules de proto-iodure de mercure. L’amélioration persiste ; les cicatrices frontales ont blanchi; mais la face est souvent un peu congestionnée, ' le pouls plein. 11 y a propension au sommeil. M. Dumotel
OBSERVATIONS. 220
conseille une application de sangsues au siège, des purgatifs et la suspension du traitement.
Réflexions. — En lisant l’observation qui précède on doit se poser la question suivante : les accidents cérébraux et hémiplégiques, observés chez ce malade, étaientils liés à la présence de la diathèse syphilitique, ou bien ne dépendaient-ils que d’un état congestif des méninges qui s’est rencontré, par hasard, chez un vérolé? 11 est constant que ce sujet avait subi, quinze ans auparavant, une infection syphilitique ; ce qui ressort clairement de l’étude des symptômes diathésiques présentés à cette époque. La diathèse syphilitique était loin d’être éteinte en 1859, époque à laquelle se déclarèrent, pour la première fois, les étourdissements et la gêne dans les mouvements des membres du côté droit ; et la preuve, c’est qu’en 1861 le docteur Dumotel, profondément versé dans l’étude des maladies vénériennes, reconnut, dans l’éruption du front, les caractères d’une manifestation syphilitique et soumit le malade au traitement mixte. Il faut noter aussi que, bien que non dissipés d’une manière radicale sous l’influence de ce traitement, les phénomènes hémiplégiques, réfractaires aux médications précédentes,' se sont rapidement amendés, grâce aux médicaments spécifiques conseillés par notre ami, le docteur P. Dumotel. D’un autre côté, il ne faut pas omettre de signaler que le père du malade avait succombé à une apoplexie cérébrale; et que lui-même commença à éprouver, pour la première fois, des étourdissements, suivis bientôt de fourmillements et de lourdeur des membres droits, quelque temps après avoir acquis un embonpoint marqué. C’est lâ donc, comme on le voit, un exemple de ces cas obscurs dont l’étude même approfondie ne permet pas d’établir
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neltemcnl la causalité, même après la guérison ; cas com- i plexes dans lesquels l’affection principale résulte parfois de la synergie de plusieurs facteurs morbides.
Section IV. — lïc la paraplégie syphilitique.
L’observation suivante appartient à Houttet (1).
En 1732 ce médecin fut appelé pour voir un malade qui avait U entièrement perdu la puissance virile. Déjà en 1727 il avait h été affecté de divers accidents, entre autres de boutons qui n avaient creusé profondément. Il était survenu une rétention ic d’urine et des matières fécales; les membres inférieurs, parcourus souvent par des douleurs vives, étaient privés de senti- i; ment et incapables d’exécuter des mouvements. La cuisse )B gauche fut en môme temps rongée par un ulcère considérable »h et couverte de pustules de différentes couleurs ; il y avait en I8 outre chez ce malade des troubles notables de la vision.
Après avoir donné quelques toniques, Houttet le soumit à i l’usage des bains. Des ulcères se manifestèrent aux jambes, % aux cuisses et aux fesses. Le 6 février 1733 on fait une pre- 'ai mière friction avec deux gros d’onguent de mercure; panse- 9i ment des ulcères avec onguent styrax, et tous les trois jours v frictions mercurielles à la circonférence. Dès le 6 mars le malade est plus fort et peut rester debout pendant quelques 9 minutes. La vessie peut garder l’urine pendant trois ou quatre t heures; il y avait incontinence auparavant.
Le 15 mars (onzième friction) le malade peut marcher à l’aide b d’une canne et soutenu par un domestique ; ce qu’il n’avait pas » fait depuis six mois. Les douleurs diminuent et ne se font plus u sentir que par intervalles. On administre quelques purgatifs ii pour prévenir la salivation. Le 8 mai, la vessie a recouvré toute îi sa contractilité. Lemaladeva régulièrementà la selle. Le23 mai 'i il descend et monte l’escalier avec une grande facilité. La vue i est entièrement revenue à son état normal. En un mot 1a santé i du malade est parfaite.
(t) Mémoires de l’Académie royale de chirurgie, t. IV, p. 141 et suivantes.
DE LA PAnAPLÉGIi: SYPHILITIQUE. l
Voilà certainement un bel exemple de paraplégie syphilitique dont la cause primitive est mise en évidence, tant par tes antécédents du malade, incontestablement atteint de vérole constitutionnelle, que par la disparition rapide de la paralysie sous riniluence du mercure. Mais il s’en faut de beaucoup que dans les ouvrages des anciens on rencontre des faits prêtant aussi peu que celui-là à la controverse.
Presque tous les auteurs qui se sont occupés de la paraplégie ont reconnu à la syphilis le pouvoir de la faire naître. Joseph Frank, entre autres, considère la vérole comme une des causes les plus fréquentes de celte affection. Ceci étant dit à son éloge, nous devons redresser une erreur énoncée par ce médecin. Il s’écarte en effet de la réalité lorsqu’il affirme que dans la paraplégie syphilitique la douleur, siégeant aux régions dorsale et lombaire, augmente la nuit, qu’elle s’exaspère par le toucher, et qu’une tumeur précède la douleur au lieu affecté. Les observations relatées dans ce travail prouvent que la douleur du rachis existe fort rarement; quant à la tumeur, jamais nous n’en avons pu constater la présence sur aucun point de la colonne vertébrale. 11 attribue la paraplégie déterminée parla syphilis à des concrétions tophacées des vertèbres (1). C’est encore là une de ces suppositions gratuites que bat en brèche l’élude attentive des faits.
M. Landry (2) cite l’observation d’un malade qui eut des ulcères à la jambe, des exostoses et une paralysie des membres inférieurs. Tout a cédé à l’emploi de l’iodure de potassium. Voici un court résumé de ce fait intéressant :
(1) T. Il, p. 400.
(2) Mémoire sur les paralysies.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
Un homme de 38 ans, peintre en batiments, d’une charpente :■ ^ athlétique, ayant les apparences d’un tempérament lympha- Bj lique, est entré, le 15 janvier 1831, chez M. Robert pour un 3' ulcère de la jambe. Il avait eu une urélhrite, il y a 9 ans, avec ' ■ une orchite et des crêtes de coq. Il dit n’avoir jamais eu de chancre. I
Autour de son ulcère, dont l’aspect était fort mauvais, on ■ voyait nombre de petites ulcérations à fond grisûlre et sanieux. 3i On le cautérisa plusieurs fois, avec l’acide chlorhydrique, dans I l’espace de deux mois, et il allait sortir de l’hôpilal quand il ■ fut pris d’engourdissements aux pieds, puis aux mains, engour- ■ dissements qui gagnèrent rapidement la partie supérieure. ■ Affaiblissement et bientôt après perte complète des mouve- ; inents dans les quatre membres. Aucun signe du côté du centre nerveux : l’intelligence est intacte, la parole nette, les sens parfaitement conservés ; la mixtion et la défécation s’opèrent régulièrement. Il n’existe aucun trouble dans la santé générale.
Aprèsavoir quitté le service de M. Alph. Robert, il entre dans celui de M. Sandras le 15 avril 1851. On trouva chez lui une exostose tibiale considérable. Il n’offrait aucune trace d’intoxi- i cation saturnine. Point de symptômes généraux.
Traitement. — lodure de potassium 2 grammes par jour sans autre auxiliaire.
Amélioration rapide et progressive. Dès le 11 juin, le malade avait recouvré l’usage de ses membres et l’exostose avait considérablement diminué. Le 20 octobre la guérison I de la paralysie s’étant maintenue et l’exostose du tibia ayant |t presque complètement disparu, le malade quitta l’hôpital.
M. Landry intitule ce fait : paralysie chez un syphili- 1tique ; n’est-on pas en droit de modifier ce titre et de dire lüj paralysie syphilUique? En effet, la présence de l’exostose i'i( constatée par des médecins dont le diagnostic ne peut 'l être mis en doute, ne prouve-t-elle pas que ce malade était sous le coup de la diathèse, malgré qu’on ne pût en i découvrir la porte d’entrée, l’accident primitif? Cette lacune existe parfois dans l’histoire de quelques malades i
DE IA DAnAl'LÉGlE SATIIILITIQUE.
indiibilablement sypbilitiques. La guérison de cet homme par l’iodure de potassium ne nous fournit-elle pas un nouvel argument en faveur de l’origine syphilitique de la paralysie?
Chez ce malade, de môme que chez celui de Tizzoni, que nous verrons plus loin, les facultés intellectuelles restaient cà l’état physiologique. On peut donc en inférer I (|ue la lésion matérielle, s’il en existait une, était en dehors ' de l’encéphale.
Nous regrettons qu’on n’ait pas mentionné dans l’histoire de ce malade, s’il souffrait spontanément quelque ; part sur le trajet de la colonne vertébrale. J1 n’est ■ même pas dit si l’exostose tibiale était douloureuse elle- ; même.
I Nous savons que d’une manière générale les exostoses j syphilitiques sont le siège de douleurs spontanées, exas- I pérées surtout par la chaleur; ce qui peut être de quelque utilité pour en soupçonner la présence, dans les parties inaccessibles à l’exploration digitale. Quoi qu’il en soit,
1 l’amendement des symptômes paralytiques coïncidant ' avec la disparition de l’exostose, et l’absence de tout signe qui autorise d’attribuer la paralysie à une autre ' affection, permettent de penser qu’elle était de nature - syphilitique.
Selon Sandras, lorsqu’une exostose se développe dans le canal vertébral, la paralysie suit une marche lente et progressive. On doit noter comme signes précurseurs, des troubles d’abord rares et passagers de la motilité et de la sensibilité, troubles qui peu à peu deviennent plus fréquents et finissent par se reproduire avec permanence. Quant à la nature syphilitique du mal, on peut l’établir par l’exploration des autres organes. Il faut se hâter d’agir, ajoute-t-il, avant que la tumeur n’ait amené une
PAUALYSIlî DU MOUVICMIîNT.
affection ou une destruction, c’est-à-dire une lésion in- I curable de la moelle. Ce médecin a constaté, dans une I autopsie, un ramollissement produit par une exostose. ,|
Dans ce court exposé (1), Sandras avance deux faits I dont il n’a fourni les preuves nulle part. Il est avéré au contraire, pour quiconque s’est occupé de l’étude des j maladies syphilitiques, que la paraplégie peut souvent n exister seule, sans aucune autre manifestation syphilitique. 9 N’est-ce pas aussi beaucoup trop facilement ériger des 9 principes, lorsqu’on ne peut leur donner pour tout appui u qu’un fait isolé? En effet, la manière dont Sandras s’ex- /. prime fait présumer qu’il admettait qu’une tumeur était ii la cause habituelle de la paraplégie. Cependant il ne cite »1 qu’un seul cas de ce genre. ^
Vidai, de Cassis, relate (2) l’histoire remarquable d’un 11 paraplégique que nous avons eu l’occasion de voir nous- fit même et d’étudier, soit avant son admission à l’hôpital £, des vénériens, soit pendant son séjour dans le service de ‘ife ce chirurgien. Voici en peu de mots les traits les plus ifl saillants de l’affection de ce malade : |
A l’âge de 37 ans il fut reçu à l’hôpital du Midi, le 6 octobre 4 18S7. En 1847, il eut des chancres ; quelque temps après, uré- ÿ thrite, orchite, et affection des yeux dont l’un est perdu. Plus ui tard, on ne sait au juste à quelle époque, pustules plates à e l’anus.
En 1830, au mois de juin, ulcération profonde de la cuisse ir gauche, de la grandeur d’une pièce de cinq francs, taches d’un n’ rouge brun aux jambes, violents maux de tète. Dans la môme r année, premiers symptômes de paraplégie : sensation de froid (< et d’engourdissement dans les membres inférieurs; marche 1 traînante ; engorgement des testicules. En 1831, nous avons vu ce malade dans le service de M. Becquerel, suppléant M. Serres, r
(1) Gazette des hôpitaux, 7 juillet 1833.
(2) Traité des maladies vénériennes.
DE Lx\ PARAPLÉGIE SYPIIILPriQUE.
L’électricité, les cautères, la strychnine n’onl point enapéché la paralysie de progresser. Il sort de la Pitié et rentre peu après dans le service de Vidal (de Cassis) qui soupçonne une exostose du rachis, et lui prescrit l’iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour. Après un traitement de deux mois l’engorgement testiculaire avait diminué; X... se levait et marchait; il a acquis de l’embonpoint.
Les antécédents syphilitiques de cet homme, la persistance de la maladie, malgré les moyens les plus actifs mis en usage par des praticiensdistingués, et son amélioration rapide sous l’influence d’une médication spécifique, autorisent à admettre avec Vidal qu’il s’agissait dans ce cas d’une paraplégie syphilitique. Mais sur quoi cet auteur s’est-il basé pour soupçonner une exostose du rachis comprimant la moelle? La syphilis ne peut-elle pas déterminer la paralysie des membres pelviens autrement que par une exostose? Et si l’expérience personnelle de Vidal l’autorisait à porter un diagnostic de lésion, pourquoi ne nous indique-t-il pas les signes auxquels on peut la reconnaître? 11 n’est en effet question, chez ce malade, ni de déformation de la colonne vertébrale, ni de douleurs provoquées par l’exploration du rachis, ni de douleur profonde, spontanée, revêtissant les caractères des douleurs ostéocopes, ni d’exostose siégeant ailleurs. Rien donc ne permet, dans l’état actuel de la science, d’admettre la présence d’une exostose rachidienne dans des cas semblables. Ainsi que nous le verrons plus loin, d’autres lésions peuvent amener les mêmes troubles du côté de la motilité et de la sensibilité , troubles qui se produisent parfois en l’absence de toute altération anatomique.
L’étude de toutes les observations de paraplégie que nous possédons ne nous montre, quant aux symptômes, rien de particulier à la syphilis. Dans ces cas, rien de ca-
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ractérislique ne différencie la paraplégie syphilitique des 9 paraplégies occasionnées par d’autres causes, si ce n’est une amélioration rapide et souvent une guérison com- .-C plète par les spécifiques. Il est impossible, dans l’état pré- il sent de la science, de faire des généralités sur n’importe J quelle forme d’affection nerveuse syphilitique; les faits | bien observés sont trop peu nombreux pour suffire à i la synthèse d’un long article sur chaque variété mor- | bide. Ce serait se livrer à des hypothèses que de vouloir i entreprendre une telle œuvre. Aussi ferons-nous à propos j de la paraplégie ce que nous avons déjà fait à propos des I autres affections décrites : nous exposerons l’histoire dé- I taillée des malades étudiés, en faisant suivre chaque ob- 1 servation des réflexions qu’elle nous a suggérées. I
Nous n’avons donc pas la prétention d’avoir élucidé la question ; nous pouvons dire cependant, en peu de mots, I ce qui nous semble ressortir, de plein droit, de la médita- 1 tion des faits relatés dans cet ouvrage.
Ordinairement la paraplégie syphilitique paraît long- ; temps après l’accident primitif et lorsque déjà la diathèse : a fourni des preuves de son existence par des manifesta- i tiens multiples. Elle a une certaine tendance à récidiver ; car nous l’avons rencontrée plusieurs fois à sa seconde ou l à sa troisième apparition. ’
Dans ces circonstances, tantôt elle existe seule, sur d l’individu malade, tantôt en compagnie d’autres symp- <j tomes diathésiques. Il va sans dire que dans ce dernier à cas le diagnostic se trouve de beaucoup simplifié. Chez « plusieurs de nos malades, c’est cinq, huit et dix ans après b l’infection que les premiers symptômes de la paraplégie j; ont commencé à paraître.
C’est surtout lorsque des traitements antisyphilitiques, a incomplets et irrégulièrement suivis, n’ont combattu que q
siiperlicicllcment la diathèse, que les accidents de paralysie du côté des membres inférieurs ont de la tendance à se produire. Cependant il ne faut accorder qu’une importance très-médiocre au traitement le mieux dirigé et le plus religieusement suivi, comme préservatif de ma- : nifestations ultérieures. La nature de la diathèse syphili- ',i tique est telle que des explosions de symptômes graves ] peuvent éclater peu de temps après la médication la plus [; rationnelle, et lorsqu’on s’y attend le moins. C’est ce qui i est arrivé à quelques-uns de nos paraplégiques. II y a I enfin des cas, dont on trouvera des exemples dans le re- , cueil de nos observations, et dans lesquels l’étiologie de - la paralysie paraît complexe. La diathèse syphilitique a été doublée en quelque sorte par des maladies accideni telles, notamment par le rhumatisme. Ce sont les effets I obtenus par la médication qui permettent de résoudre I le problème et d’attribuer à chaque élément morbide la I part qui lui revient.
Cependant la marche naturelle de toutes les mani- ' festations syphilitiques est telle, que souvent sous l’in- I fluence des médications les plus diverses, et même d'une manière toute spontanée, il peut survenir des améliora- 1 lions de plus ou moins longue durée, améliorations suii vies bientôt de nouvelles rechutes. Cette tendance de la 1 paralysie syphilitique à s’arrêter parfois dans sa marche, î principalement à son début, induit souvent en erreur le ! praticien en l’éloignant de la médication spécifique, qui est la seule voie de salut. C’est ainsi que les vésicatoires, les sulfureux, l’électricité, les toniques peuvent influencer plus ou moins favorablement la paraplégie, ou coïncider avec une amélioration spontanée dans les symptômes de l’affection, amélioration qui se serait effectuée en dehors de l’intervention de tout traitement. Dans ces
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cas on altribue aux moyens médicamenteux bien plus i qu’ils n’ont produit, si tant est qu’ils soient pour quelque ; chose dans cet amendement éphémère; dans ces circon- , i stances on peut être détourné de la voie qui conduit au i diagnostic.
11 faut donc savoir que la marche de la paraplégie sy- q philitique offre souvent des oscillations en bien et en ,t mal, indépendantes quelquefois de tout traitement.
Il convient également de faire remarquer que le début li de la paraplégie syphilitique est très-insidieux, que les a progrès de cette affection s’opèrent d’une manière lente, de façon que parfois elle met plusieurs années pour arri- -i ver à son maximum d’intensité. Nous devons noter en Ri outre, sans avoir la prétention de poser des lois immua- < blés à cet égard, vu le petit nombre de faits en notre pos- ^ session, qu’aucun de nos malades n’a présenté une pa- ^ ralysie complète des membres inférieurs, La plupart h d’entre eux, au contraire, pouvaient exécuter des mou- H vements assez énergiques, mais mal assurés; quelquesuns ont conservé le pouvoii’ de se déplacer en se servant lü d’un appui. 1
Les spécifiques ont la plus grande prise sur la para- 4 lysie syphilitique, néanmoins il convient de faire ici deux kj remarques importantes à propos du traitement de cette )i affection : premièrement, si l’usage des antisyphilitiques ü n’est pas continué pendant un temps suffisant, ce que n nous établirons dans l’article du traitement en général, .1 l’affection peut persister ou bien récidiver; deuxième- é ment, si la maladie est de vieille date, elle résiste parfois i à la médication mixte la mieux instituée. On conçoit en ' effet qu’une altération aiiatomique, déterminée par la sy- / pbilis, ait modifié la structure de la moelle épinière de 1 manière que celle-ci ne puisse plus jamais recouvrer l’in- !