I DE LA PARAPLÉGIE SYPHILITIQUE
légn'lé de ses fonctions. C’est là, croyons-nous, l’explication de la taiblesse persistante des membres pelviens, malgré les bons effets des remèdes spécifiques, dans la I paraplégie syphilitique d’ancienne date. Userait donc ir- I rationnel de bannir la syphilis de l’étiologie d’une para- I plégiequi paraît manifestement se rattacher à la vérole,
I par cela seul que les antisyphilitiques ne sont pas parve- 1 nus à dissiper radicalement les troubles de la motilité et ' delà sensibilité des membres inférieurs.
Cette remarque est surtout applicable lorsqu’on n’a eu ; recours à la médication spécifique que longtemps après I le début de la paraplégie. Par conséquent la paraplégie I syphilitique guérit surtout lorsqu’elle est de date récente.
I En analysant nos observations nous trouvons que la sen- 1 sibilité est conservée chez les uns et au contraire perdue 1 chez les autres. M. Hardy nous a parlé d’un malade at- I teint de paralysie syphilitique et chez lequel il existait 1 une telle exaltation de la sensibilité que la plante des j pieds ne pouvait supporter le moindre contact.
Chez nos malades nous avons rarement vu se produire ■ des mouvements convulsifs intenses. Tous avaient eu an- ’ térieurement, et souvent à plusieurs reprises, diverses I manifestations syphilitiques. Quelques-uns en présen- I talent encore au moment même où leurs membres I inférieurs étaient frappés de paralysie ; c’est ce dont ' on voit des exemples dans les observations qui suivent.
Enfin on doit remarquer que nous avons rarement I observé une douleur spontanée ou provoquée par l’explo- I ration, dans un point quelconque de la colonne verté- I braie. On voit par ce qui précède qu’il ne nous est pas Ij permis d’admettre les différentes opinions des auteurs à : propos de la paraplégie syphilitique. Du reste l’examen i des observations qui suivent éclairera le lecteur sur la
l'ARALYSIE DU MOUVEMENT.
justesse des restriclioiis que nous nous sommes cru | obligé de faire.
N’ayant pas eu, heureusement, l’occasion de faire Taulopsie de la plupart des malades, nous ne pouvons savoir \ à quelle lésion était consécutive, chez eux, la paralysie des membres inférieurs. Mais aucun symptôme, aucune déformation, aucune douleur ostéocope nocturne, ou diurne, ne nous a autorisé à soupçonner une exostose. D’ailleurs d’autres lésions que des exostoses peuvent déterminer la paraplégie; et ainsi que nous le dirons plus loin, elle peut même exister sans aucune lésion matérielle appréciable. Quant à la coïncidence de la paraplégie avec ! d’autres symptômes syphilitiques, on a vu que plusieurs | de nos malades n’en offraient pas de trace dans le mo- j ment même de l’exploration ; mais ils en avaient présenté d’une manière évidente, à des époques antérieures.
Chez notre malade de l’observation LVI nous avons vu la paraplégie se manifester brusquement et se dissiper 1 avec une grande facilité. Les mouvements convulsifs étaient parfois excessivement violents, lorsque, par exemple, les jambes étaient dans une position verticale. Le malade était en même temps affecté d’un défaut de coordination des mouvements et d’une perte complète du sens \ de l’activité musculaire, c’est-à-dire que lorsqu’on pla- i çait ses membres dans une position déterminée la vue ii seule pouvait lui rendre compte de leur situation. |
L’examen de la colonne vertébrale ne nous a jamais :É permis de constater l’existence d’une déformation quel- $ conque. Il est vrai que chez un malade nous avons trouvé ?i des tumeurs gommeuses sur le trajet de la colonne ver- T tébrale. Mais ces tumeurs étaient indépendantes de la ( tige osseuse sur laquelle on pouvait leur imprimer des >I mouvements variés. Du reste l’autopsie a fait constater d
DlC LA PARAPLÉGIE SYPHILITIQUE.
la cause réelle de la paralysie : une matière plastique épanchée dans le canal rachidien comprimait la moelle et anéantissait les mouvements des membres.
Ainsi quoique tous les auteurs répètent que la paralysie . des membres inférieurs est produite par des exostoses de I la colonne vertébrale, nous ne pouvons admettre ces !i assertions, qni ne sont pas fondées sur les recherches J nécroscopiques.
M. Allain (1) a publié une observation, à laquelle il donne I ce titre : Compression de la moelle épinière par une ou j! plusieurs exostoses syphilitiques ; paralysie progressive de 1 la sensibilité et de la locomotion. Nous reproduisons un i extrait de cette observation intéressante.
M. X..., âgé de 36 ans et d’une bonne constitution, eut, en I janvier 1857, un chancre induré, compliqué d’adénopathie in- I guinale. Six semaines après, engorgement des ganglions post- I cervicaux, impétigo du cuir chevelu, roséole syphilitique,
I plaques muqueuses. Traitement spécifique. Une salivation I mercurielle se déclare trois semaines après et force le malade 1 de suspendre la médication. Plus tard on prescrit l’iodure I de potassium pendant quarante jours. Cependant d’autres i manifestations secondaires continuaient à paraître (plaques muqueuses au pourtour de l’anus et syphilide pustuleuse).
Au mois de mai 1857, M. Ricord, consulté, prescrivit le protoiodure de mercure. Ce traitement est suivi pendant quatre mois ; puis le malade est mis pendant deux autres mois à l’iodure de potassium.
En janvier 1838 le tibia gauche devint le siège d’une périostite. Le malade est remis à l’iodure de potassium à la dose de 1 à 3 grammes par jour; ce traitement fut continué pendant cinq mois.
Vers le 15 juin 1858 apparaissent, sur le trajet de la colonne vertébrale, des douleurs continues, exaspérées parles mouve-
(I) Moniteur des hôpitaux. Octobre 1858. Z,\MDACO.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
raenls de flexion et d’extension. A la partie postérieure de la tête, douleurs Intermittentes, nocturnes ou diurnes, lancinantes, ayant leur point de départ au niveau des premières vertèbres cervicales, et s’irradiant le long de l’occiput. Les mouvements de flexion de la tête sont impossibles; points J douloureux à l’angle inférieur de l’omoplate gaucbe et au mamelon du même côté. Bientôt après, faiblesse dans les membres inférieurs ; le membre pelvien droit est le siège d’un engourdissement qui, suivant une marche ascendante et progressive, s’étend du pied à la jambe, à la cuisse, aux parties génitales, à la fesse et à l’hypochondre. Du côté gauche, l’engourdissement n’occupa pendant assez longtemps que les orteils. La marche est incertaine, vacillante; le pied droit se 5 relève difficilement, l’incertitude dans la marche existe surtout J le matin, au réveil ; parfois des crampes se manifestent dans les i jamhes; les membres supérieurs sont affectés d’un tremblement continuel. Plus tard la paralysie s’étend à la vessie et au i rectum; la sensibilité s’éteint complètement dans les membres inférieurs jusqu’à l’ombilic; la contractilité musculaire • est abolie dans les mômes régions ; l’intelligence est saine; ; les digestions sont bonnes; pas de fièvre. On diagnostique une , £ compression progressive de la moelle épinière par une ou plusieurs exostoses syphilitiques. Application de quinze sangsues 2 sur le trajet de la moelle épinière ; frictions mercurielles sur la i colonne vertébrale; iodure de potassium à la dose de 3, puis i de 6 grammes par jour. Après quinze jours de traitement, la i
sensibilité est en partie revenue; le malade peut exécuter i
quelques mouvements dans son lit; crampes très-douloureuses dans le membre pelvien droit ; engourdissement, fourmillements, sensation de froid. La vessie et le rectum sont I toujours complètement paralysés. L’amélioration fait des progrès jusqu’au 10 août. A la suite d’un effort que fil le malade pour garder un lavement (la canule étant dans le rectum), il ! ressentit une douleur violente, qui se propagea à tout l’abdomen.
La fièvre s’alluma, des nausées et des vomissements se déclarèrent ; le ventre devint tendu et très-douloureux. En pratiquant le toucher par le rectum, on trouva une déchirure d’un centimètre environ, très-douloureuse au toucher. Celte déchi- i mre avait été produite par la canule en ivoire dont s’était servi
le malade. Le 17 août, il reprit son traitement par l’iodnre de potassium. L’amélioration dans les symptômes de la maladie devint chaque jour plus grande, et 1e 30 septembre la sensibilité est revenue dans les deux membres; le malade marche appuyé sur l’épaule de son domestique ; la paralysie de la vessie et du rectum a disparu en grande partie; le besoin d’uriner se fait sentir deux ou trois fois par jour, et M. X.. peut conserver ses urines. La santé générale est excellente.
Réflexions. — Rien dans les symptômes décrits chez ce malade ne permet de soupçonner une exostose de la colonne vertébrale. Il s’agit certainement d’une paraplégie syphilitique; mais la syphilis peut produire de plusieurs autres manières la paralysie des membres inférieurs.
L’ouverture des cadavres ayant prouvé d’une manière incontestable que la paraplégie syphilitique à son summum d’intensité peut exister sans lésions appréciables^ nous nous sommes demandé si ce n'est pas là le cas le plus ordinaire. Car on conçoit bien plus facilement que les membres puissent reprendre leurs fonctions lorsque la moelle n’a été troublée que dynamiquement, qu’après la disparition d’une altération de tissu. En effet, ainsi que nous l’avons déjà dit, une compression prolongée détermine une altération de structure qui, une fois produite, doit rester d’une manière permanente.
Observation XXXIII. — Chancre en 185b, syphilides ^ plaques muqueuses, mercure. Syphilides palmaires, à diverses reprises ; plus tard testicules syphilitiques et paraplégie. Mercure, iodure de potassium, cautérisations au fer rouge, douches sulfureuses, guérison presque complète.
M. X... est âgé de 38 ans. II ne présente rien à noter du côté de sa famille. Bien constitué, il a toujours joui d’une bonne santé. Il eut plusieurs blennorrhagies qui ont toujours cédé, avec facilité, aux balsamiques.
PARALYSll-: DU MOUVEMENT.
En 185f),il contracta un chancre dont il ne s’aperçut que huit it jours après le coït. Ce chancre fut cautérisé à plusieurs repri- ises avec un liquide qui paraît avoir été le nitrate acide de Ij mercure. L’ulcération ne se cicatrisa qu’un mois environ après ' ^ qu’elle fut remarquée. Il n’y a pas eu d’adénite inguinale; du moins ni le malade, ni le médecin n’en ont constaté l’existence. 4 Dès que le médecin de M. X... fut consulté, il ])rescrivit, le h jour même de la première cautérisation, des pilules mercu- § riellesdont la composition nous est inconnue. Ce traitement a Ë été suivi pendant plus de cinq semaines. |
Quelque temps après sa suspension, M. X... fut pris d’un n malaise, d’une lassitude très-prononcée, accompagnée d’ano- « rexie. A la suite de ces symptômes il vit apparaître une éruption H générale de taches rouges non saillantes, disparaissant sous S la pression du doigt et siégeant principalement sur le tronc, i Cet exanthème fut qualifié de syphilitique par le médecin de ■ M. X...; quelques jours après son apparition, il survint despla- 1 ques muqueuses gutturales qui, avec la roséole, ont constitué i les seulesmanifestations diathésiquesohservées à cette époque. S Un traitement mercuriel fut de nouveau ordonné à M. X... qui ■ le suivit pendant six semaines environ. Pendant ce laps de <■ temps les phénomènes cutanés et muqueux se sont entièrement dissipés. Dans le hut de prévenir le retour d’autres accidents syphilitiques, M. X... fut soumis, pendant plusieurs mois, à la médication iodée, qu’il suspendait par intervalles.
A la fin de 1856, il consulta M. Ricord. Il n’avait à cette époque aucun symptôme syphilitique; mais, de passage à Paris, . M. X... voulut, par acquit de conscience et pour sa tranquillité w d’esprit, demander l’avis du célèbre syphilographe. Notre sa- 2 vant maître, après avoir très-attentivement examiné le malade, ^ n’ayant rencontré aucun indice de la persistance de la maladie, éi l’engagea à ne point s’en inquiéter, pour le moment. '
X... continua à se bien porter jusqu’en novembre 1859. A V cette époque le testicule gauche se gonfla ; il devint un peu plus u. dur et occasionna, paraît-il, par son volume et par son poids, d des douleurs lombaires assez prononcées. Un traitement par ;< Uiodure de potassium fît revenir l’organe à ses dimensions nor- o males ; il fut suspendu aussitôt après.
A la fin de 1860, M.X... commença à éprouver des douleurs in
OBSERVATIONS
le long du rachis, notamment à la région lombaire. Ces souffrances existaient aussi bien le jour que la nuit; elles n’ont jamais été violentes et ne se sont jamais propagées dans les membres. A la môme époque le testicule gauche se gonfla de nouveau, en môme temps qu’il est survenu des troubles du I i côté de la miction. Le malade était souvent obligé d’attendre, pendant quelques secondes, l’écoulement de l’urine. Il lui arrivait aussi de laisser involontairement échapper de ce liquide,
I aussitôt après la miction et lorsqu’il pensait avoir expulsé tout ce qui était contenu dans la vessie. Les membres pelviens n’avaient encore éprouvé aucun trouble dans l’exercice de leurs fonctions, et le malade, grand marcheur d’habitude, se livrait journellement à de longues excursions.
En janvier 1861 , X... s’aperçut d’une légère diminution dans
i la force de ses jambes; il se fatiguait facilement ; il éprouvait
II de la faiblesse dans les genoux, lorsqu’un jour, voulant hâter il le pas pour traverser une rue, lors du passage d’une voiture, il
s’affaissa tout à coup sous lui, ses genoux ayant fléchi subite-
ii ment. C’est à partir de ce jour que les phénomènes de la pa- I raplégie augmentèrent avec rapidité ; la marche devint incer- I taine et vacillante. Les chutes se répétaient fréquemment;
M. X... marchait en zigzag, etc.
Un médecin anglais prescrivit un traitement par l’iodure ' de potassium, mais à dose minime : le médicament ne fut pas administré au delà de 50 centigrammes par jour et cela pendant trois mois. La paraplégie faisait néanmoins des progrès; les troubles de la miction et de la défécation accusaient aussi une aggravation de la maladie.
M. H. Gueneau de Mussy fut consulté à ce moment-là. Il constata l’existence du testicule syphilitique, examina scrupuleusement les antécédents du malade et n’hésita pas à reconnaître toutes les probabilités qui existaient en faveur d’une paralysie d’origine syphilitique. Aussi ordonna-t-il l’iodure de potassium à haute dose.
Au mois de juin de la môme année, nous voyons le malade avec nos affectionnés maîtres MM. Louis et llicord. L’examen le plus attentif ne fait découvrir, en fait d’accidents syphilitiques, qu’un sarcocèle vénérien. La glande séminale gauche est gonflée, rugueuse; sa consistance est altérée; elle a perdu sa
PARALYSIE DU MOUVEMENT
rénitence et son élasticité, ainsi que sa sensibilité physiologique. Le testicule droit a lui-même subi en partie les altérations décrites; néanmoins l’organe conserve, en grande partie, son élasticité ; la tunique albuginée n’est épaissie que dans le voisinage du corps d'Hygmore. Rien du côté de la peau ou des muqueuses ; en un mot il n’existe chez le malade aucune autre manifestation syphilitique appréciable; pas d’exostoses, pas de douleurs ostéocopes. Interrogé avec insistance sur ses antécédents, il nous informe qu’à différentes reprises, depuis 18oG, il constata, aux paumes des mains, des taches d’un rouge foncé, de la grandeur parfois d’une pièce de 50 centimes. Ces taches, après avoir persisté pendant plusieurs semaines, en passant par diverses couleurs, étaient suivies de desquammation de l’épiderme, et s’effaçaient ainsi, pour revenir quelques semaines ou quelques mois plus tard (syphilides palmaires).
X... ne peut se tenir sur un seul pied. Le membre pelvien droit est sensiblement plus faible que le gauche. La station môme sur les deux pieds est vacillante. La marche est très-irrégulière. X... ne peut maîtriser les mouvements de ses jambes, qui tantôt dépassent les ordres de la volonté, tantôt n’exécutent qu^incomplétement ce qu’il se propose défaire. Aussi voit-on que, malgré ses efforts, il ne peut aller en ligne droite; ses pas sont comme saccadées; ils manquent d’uniformité : ils sont lantôtgrands, tantôtpetits; parfois les genoux manquentderigidité. Le malade se déplace plutôt avec les muscles de la cuisse, qu’avec ceux de la jambe : ainsi le pied est détaché du sol brusquement et par les efforts de la cuisse, sans se relever sur sa pointe par la contraction des extenseurs (les gastrocnémiens). Il est également posé à terre en bloc et par toute la plante.
La sensibilité à la température et au contact est conservée. Le contact du sol est apprécié; le chatouillement perçu. X... se rend compte delà position de ses membres, lorsqu’on l’interroge après les avoir déplacés passivement et pendant que ses yeux restent fermés. La conscience musculaire est par conséquent conservée. Mouvements convulsifs légers, fourmillements, engourdissements. Inertie complète des organes génitaux; l’expulsion des urines se fait attendre; le jet s’interrompt souvent, et le malade est obligé de faire des efforts avec les muscles larges de l’abdomen pour le rétablir. Il lui arrive sou-
OBSEIWATIONS.
vent, lorsqu’il croit avoir rejeté tout le liquide contenu dans le réservoir urinaire, de pisser dans sa culotle. L’urine elle-même ne présente rien à noter. Constipation opiniûlre : impossibilité d’aller à la garde-robe sans avoir recours aux lavements. Pas de sentiment de constriction, de ceinture abdominale. L’exploration la plus attentive ne fait découvrir aucune déformation , du rachis. La percussion le long de la colonne ne détermine de Il douleurs nulle part. D’ailleurs, il n’y a pas non plus de soufil frances spontanées sur une partie limitée de la colonne verté- (' braie ; X... n’éproqve que quelques douleurs peu intenses qui surviennent tantôt le jour, tantôt la nuit, et qui parcourent tout le rachis. Pas de céphalée, rien du côté de l’encéphale. 1 Embonpoint médiocre et normal chez M. X...; appétit excel- 1 lent. Jamais d’accidents rhumatismaux.
En présence d’une syphilis constitutionnelle, qui depuis 1855 5 a donné maintes fois des preuves de son existence, d'abord par I l’apparition d’un exanthème syphilitique et de plaques mu- I queuses, plus lard par des syphilides palmaires et par un sari cocèle vénérien, le diagnostic rationnel était évidemment le i suivant : paraplégie syphilitique coïncidant avec une alhuginite double.
Le traitement prescrit fut le suivant : pilules d’iodure de mercure (chacune de 5 centigrammes), de une à trois par jour, onctions sur le vertex, tous les deux jours, avec 8 grammes d’onguent napolitain, bains sulfureux. Ce malade fut soumis à notre observation pendant quatre mois. MM. Ricord et Louis voyaient M. X... tous les quinze jours, régulièrement.
L’amélioration s’est fait attendre pendant six semaines. L’état du malade ne s’aggrava pas pendant ce laps de temps, mais il resta le môme. 11 lui arriva parfois de ne pouvoir conserver ses urines qui lui échappaient soit le jour, soit la nuit pendant le sommeil, et lorsque la vessie n’en contenait qu’une petite quantité. De légers boutons de feu furent plus tard appliqués tous les trois jours sur la colonne vertébrale, pendant six autres semaines, en môme temps que M.X... prenait, tous les deux jours intercalaires, des douches sulfureuses, suivies de massage.
L’iodure de potassium fut également prescrit; M. X... en prit jusqu’à 6 grammes par jour.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
Sous l’influence de ce traitement, la paraplégie céda progressivement. Les membres devinrent fermes, la démarche régulière et en ligne droite. M. X... put recouvrer assez de force et de précision dans les mouvements, pour se retourner en marchant. La miction et la défécation sont devenues physiologiques; aussi, après trois mois de traitement spécifique couronné de succès, les moyens mentionnés furent mis de côté, et le malade fut soumis aux toniques (amers et ferrugineux), . aux bains salés et à l’électro-magnétisme appliqué d’abord L, tous les deux jours, et plus tard journellement, dans le but de bL rendre aux muscles leur volume et leur pouvoir contractile phy- ■ , siologique.
Réflexions. — Le traitement spécifique, auquel X... fut soumis après avoir contracté son chancre, fut de trop courte durée pour éloigner , même pendant quelque o: temps, les manifestations diathésiques ; aussi fut-il cou- -i vert d’un exanthème général, peu de jours après sa sus- pension. Malgré cet avertissement très-instructif donné r; par l’affection au malade et au médecin, le traitement ‘b fut interrompu de nouveau, six semaines après qu’il fut > commencé, X... éprouvait, de temps à autre, des acci- •dents qui auraient pu faire présager le triste avenir qui n lui était réservé. Néanmoins ces accidents furent telle- ment bénins et parfois tellement espacés entre eux que X... n’y attachait aucune importance.
Malgré l’insuffisance du traitement qui avait à peine pallié la diathèse, il a fallu un espace de plusieurs années pour que la maladie occasionnât des accidents graves. Effectivement, c’est en 1861, c’est-à-dire six ans après le début de la maladie, que parurent les symptômes de la paraplégie.
Les phénomènes morbides qui ont ouvert la scène ont consisté en des douleurs vagues s’étendant sur • out le trajet du rachis; douleurs qui se faisaient sentir
OBSERVATIONS
indistinctement le jour et la nuit. Ce n’est qu’après l’apparition d’une clysurie assez prononcée que les membres pelviens ont commencé à perdre de leur force.
L’absence de toute déformation appréciable du rachis, ainsi que de douleurs, que l’on puisse qualifier d’ostéocopes, éloignent l’idée d’une exostose qui, en comprimant la moelle, aurait déterminé les troubles profonds observés chez X...
Y aurait-il eu chez lui quelque épanchement gommeux entravant les fonctions de la moelle? C’est ce qu’il serait impossible de prouver. On verra d’ailleurs que des malades atteints d’une paraplégie complète développée, sous l’influence de la syphilis, n’ont présenté à l’autopsie aucune lésion qui expliquât les perversions fonctionnelles observées pendant la vie (1).
Malgré l’absence de toute preuve irrécusable établissant la nature spécifique de la paraplégie, vu les antécédents évidemment syphilitiques du malade, la succession de nombreuses manifestations péremptoirement véroliques et enfin la coexistence de testicules syphilitiques à l’époque à laquelle fit invasion la paralysie, il était rationnel de reconnaître la même origine à tous ces accidents et de chercher à les combattre par les antidotes souverains. En effet les espérances conçues ne furent point démenties; l’avenir donna raison au diagnostic posé, et les résultats obtenus par la médication ont offert leur contingent de probabilités, en faveur de la nature syphilitique de la maladie.
(1) Voir plus loin l’aiTicle sur les paralysies syphilitiques lésions.
sans
PARALYSIE DU MOUVEMENT
Observation XXXIV. — Paraplégie. — Sciatique. — Paralysie j du nerf mentonnier. — Nombreuses tumeurs syphilitiques. — Cachexie. — Mort, malgré la médication spécifique. — Au- '■ ; topsie.
Au mois d’avril 18oo, X..., âgé deSo ans, entra dansleser- % vice de M. Rostan, à l’Hôlel-Dieu, salle Sainte-Jeanne, n® 2. C’est un homme de taille moyenne, aux formes grêles, presque il chauve, d’un faciès terreux et terne, ayant les muqueuses • pâles et décolorées, présentant en un mot tous les signes d’une Jt anémie excessivement prononcée. ■;
En 1850, il eut un chancre induré du frein, qui dura fort 6’ longtemps (?). Il fut soumis, à celle époque, à un traitement mercuriel pendant deux mois; mais il ne connaît ni la dose ^ ni la préparation hydrargyrique employée.
A la suite de celte ulcération, il n’y eut aucun accident du | côté de la peau ou des muqueuses ; mais en 1854, il fut pris 'il d’une série de symptômes excessivement graves ; c’étaient des>j| signes généraux d’un trouble profond de l’organisme : fai- f blesse, prostration, maigreur, palpitations, étouffements pacÿ suite du moindre effort, etc. En môme temps, deux exostoses commencèrent à poindre, l’une à la partie antérieure du ster- a num, l’autre à la partie horizontale du maxillaire inférieur. 11 I entra dans le service de M. Hérard, à Saint-Antoine, qui le i soumit, sans aucun succès, à l’iodure de potassium. f
Lorsqu’il entra à l’Hôtel-Dieu, il offrait une maigreur de sque- ^ lette, et les attributs de la cachexie la plus avancée : bruit deoi souffle anémique très-prononcé dans les vaisseaux et au cœur; a la partie inférieure du tronc ne présente qu’une sensibilité très- ê". obtuse au contact. Les pincements, ainsi que les piqûres '8 d’épingles, n’y déterminent que fort peu de souffrance; les'l membres inférieurs refusent de porter le corps, et le malade; c ne peut les déplacer qu’à peine et avec les plus grandes diffi- li cultés. Réprouve des douleursosléocopes très-violentes dans les « membres inférieurs ; mais il souffre surtout incessamment d’une sciatique gauche.
Au tiers supérieur du sternum, il existe une périostose avec altération de la peau qui est rouge, violacée. La tumeur, ayant /
OBSEIWATIONS. 251
un diamètre de 25 centimètres environ, présente une grande ressemblance avec un abcès froid.
Une tumeur siège au sein droit; elle est ulcérée, rouge et jaunâtre par places ; elle fut d’abord prise pour un cancer; mais le microscope y découvrit les éléments des tumeurs gommeuses, et trancha ainsi la question en l’attribuant « la syphilis. (On a vu, dans le chapitre consacré à l’anatomie pathologique, quels sont les caractères que les micrographes les plus distingués assignent à la plasticité syphilitique.)
Sur la partie horizontale du maxillaire inférieur, à gauche, et à un centimètre de la symphyse, il existe une autre tumeur formée en partie par l’augmentation du volume de l’os, en partie parune périostose, avec dépôt plastique. Elle est un peu plus petite que la tumeur sternale. La peau qui la recouvre est rouge, et la pression y détermine des douleurs vives. Les mouvements exigés pour la mastication et même pour l’acte de la parole sont très-douloureux; aussi le malade ne les exécute-t-il que très-incomplétement.
Le nerf mentonnier, probablement comprimé ou altéré par l’affection osseuse, cesse d’animer la lèvre inférieure, à sa moitié gauche ; aussi peut-on piquer et pincer cette lèvre sans que le malade éprouve aucune douleur. La sensation est abolie à tel point, que lorsqu’il boit, il a l’impression du verre cassé, dont le morceau manque dircôté paralysé.
La moitié gauche de la langue a complètement perdu sa sensibilité tactile. Six tumeurs gommeuses sont disséminées le long du rachis ; elles ont chacune le volume d’un gros pois environ. Les pilules mercurielles, les fumigations de cinabre et l’iodure de potassium n’ont produit aucune amélioration; bien loin de là, la cachexie, avançant rapidement, emporta le malade, en le réduisant au marasme.
\Jautopsie lit découvrir dans le canal vertébral, autour de la moitié inférieure de la région dorsale déjà moelle et dans toute l’étendue de la région lombaire, un épanchement gélatineux d’une consistance gommeuse, qui comprimait la moelle épinière.
Dans la fesse gauche, au-dessous des couches musculaires, il existait une tumeur du volume d’une noix, comprimant le nerf sciatique. D’après l’examen microscopique, toutes les tu-
PARALYSIE DU MOUVEMENT
meurs étaient constituées, ainsi que l’épanchement intra-ra- a chidien, par le tissu propre des gommes que nous avons déjà ;j. décrit. Cet examen a été hiit par M. Charles Robin.
Réflexions. — Celte observalion nous offre plusieurs i points d’étude, dignes de fixer notre attention.
D’abord elle prouve, de la manière la plus évidente, l’impuissance de tout traitement, lorsque la diathèse syphilitique a atteint son plushauldegré de développement et qu’elle a profondément altéré l’organisme.
La cachexie syphilitique existait chez ce malade avec de nombreuses manifestations de la syphilis; ce qui ne s’observe pas très-fréquemment, à la dernière période de la diathèse. La névralgie sciatique trouve , son explication dans la présence de la tumeur que ; nous avons' signalée, tumeur qui comprimait le tronc du nerf.
La paralysie du nerf menlonnier était également con- . sécutive à une compression du tronc du nerf dentaire inférieur, déterminée par les altérations syphilitiques i dont le maxillaire inférieur était le siège.
L’erreur de diagnostic, relative à la nature de la tu- : meur du sein, erreur rectifiée par l’examen microscopique, n’est pas moins instructive.
Enfin l’autopsie de cet individu a fait trouver, outre les nombreuses lésions et les produits multiples de la syphilis, constatés pendant la vie, un épanchement gommeux dans une grande étendue du canal vertébral, épanche- i ment dans lequel le.microscope a reconnu les éléments I fibro-plastiques. Cet épanchement si abondant nous rend ^ compte des troubles profonds, dont la moelle épinière a k été le siège, c’est-à-dire de la paraplégie complète dont ro fut atteint ce malade.
OBSERVATIONS
Observation XXXV. — Chancre induré en 18o(î. — Traitement mercuriel. — Quatre mois après, accidents gutturaux ; mercure pendant deux mois. — Fn 1858, plaques muqueuses guéries par un traitement mercuriel de deux mois; elles reviennent trois mois après, disparaissent de nouveau, et ainsi de suite plusieurs fois. — A la fin de J 858, paraplégie avec troubles de la miction et de la défécation ; psoriasis des muqueuses. — Mercure pendant trois mois. — Guérison des accidents labiaux et de la paraplégie; iodure de potassium pendant six semaines; persistance de la faiblesse des jambes et de l'impuissance. — En avril 1860^ épanchement sous-rétinien ; symptômes d’ambiyopie, mercure; guérison.
X... est âgé de 36 ans. D’une constitution assez forte et d’une H bonne santé habituelle, il n’a jamais eu de maladie sérieuse. Il jusque dans ces derniers temps. Aucun membre de sa famille 'i n’eut de paralysie ou une maladie nerveuse quelconque.
En 1852, de passage à Paris, il contracta une urélhrite grave, I, accompagnée d’accidents inflammatoires intenses, et compli- <\ quée de cystite. Nous devons signaler que, depuis ce momenti! là, il lui est arrivé, plusieurs fois, une incontinence d’urine,
' c’est-à-dire que le liquide s’échappait contre la volonté du :i malade.
En 1856, il eut un chancre du prépuce. Dès qu’il fut con- I slaté, le malade fut soumis à trente jours de traitement par la liqueur de Van Swieten, dont nous ignorons la dose. Aussitôt que l’ulcération se cicatrisa, on interrompit le traitement. Une induration très-prononcée persista après la disparition de l’ulcération. Vingt jours après la cicatrisation du chancre, l’ulcération fut le siège d’un travail ulcératif; et, à cette occasion, X... fut remis au traitement hydrargyrique, pendant quarante jours. Au bout de ce temps, l’induration aurait complètement disparu. Mais, quatre mois après, il survint des accidents du côté de la gorge; la voix elle-même fut altérée. On reprend de nouveau le traitement mercuriel, que l’on continue pendant deux mois environ. Cette fois-ci, on eut recours à l’iodure de mercure, dont la dose fut portée jusqu'à 15 centigrammes par jour.
En 1858, il aurait eu des plaques muqueuses des lèvres. A
l’AUALYSlE DU MOUVEMENT.
l’occasion de cette nouvelle récidive, il fit un traitement mer- i; curiel de deux mois. Les accidents des lèvres disparaissent, ii mais ils reviennent trois mois après. Ils se dissipent de nou- ;i veau, sous l’influence d’un traitement mercuriel de quarante . fl jours. Ces plaques exulcérées , larges comme une pièce d’un o franc, à bords ondulés, siégeant chaque fois à la commissure gauche, sont ainsi revenues quatre fois; elles ont été com- H battues chaque fois avec efficacité par les mercuriaux, dont m l’usage fut toujours interrompu, aussitôt après leur disparition. ^
A la fin de 1858, il remarqua une faiblesse croissante des membres inférieurs, avec paresse intestinale et difficulté de garder les urines.
En 1859, le malade vient à Paris pour se soumettre à un il traitement régulier. A la face muqueuse de la lèvre inférieure, isr près de la commissure gauche, il existe une large plaque, a granulée en certains endroits, grisâtre en d’autres points, cir- -i conscrite par un bord irrégulier et comme saillant. Cette pla- i-cl que, large d’un centimètre et demi environ, et haute d’un ajj centimètre, dans sa partie la plus étendue, est qualifiée de/)/aque psoriasique par M. Ricord, qui vit le malade plusieurs fois, lai
Il existe en outre chez M. X... une paraplégie évidente, jal La marche est difficile ; le malade ne peut se promener pen- l-fl dant plus d’un quart d’heure, sans être obligé de s’asseoir; les |!9! genoux fléchissent souvent, sous le poids du corps; fréquem- in ment aussi, pendant la marche, les jambes refusent d’exé- iSt cuter les ordres de la volonté. Aussi M. X... a-t-il failli plu- l-o sieurs fois se faire écraser, s’arrêtant tout d’un coup au milieu i9 de la chaussée, malgré les efforts qu’il faisait pour hâter le fd pas. Les pieds traînent pendant la progression, notamment le Id gauche, qui paraît aussi plus lourd, au malade. Grande diffi- liT cul té à descendre les escaliers; les jambes se croisent fré- ir quemment dans ce mouvement; impossibilité de rester sur u un seul pied. La sensibilité au contact et l’appréciation de la température sont conservées, ainsi que la notion de la position des membres. Légers mouvements spasmodiques par moments; pas de douteurs, ni dans les masses musculaires, ni dans les os des jambes, ni sur le trajet de la colonne vertébrale. Pas de sensation de ceinture abdominale.
D’une manière générale, constipation opiniâtre et impossi-
OBSEIWATIONS.
bilité d’aller à la garde-robe , sans purgatif ou sans lavement. Mais il arrive à X... d’ôlre pris de diarrhée; il ne peut alors garder les matières; aussi lui est-il arrivé plusieurs fois de faire dans ses pantalons.
Troubles également profonds de la miction. Le malade est obligé d’attendre parfois pendant plus d’une minute, avant que le jet de l'urine ne commence, et cela, malgré les con- I tractions énergiques des muscles abdominaux. Le jet s’inter- ( rompt à plusieurs reprises. D’autres fois, l’urine sort goutte à I goutte d’abord, et ce n’est que plus tard qu’elle est expulsée ; sous forme de jet. De temps en temps, et sans qu’on sache la raison de ces variations, il y a des envies fréquentes d’uriner,
. lors môme qu’il n’y a que peu de liquide dans la vessie. Dans ; d’autres moments, l’urine s’échappe involontairement, dès que le besoin d’uriner s’est fait sentir, malgré les efforts du malade - pour empêcher cet accident, qui n’arrive que rarement. Pari fois, X... urine dans son lit pendant la nuit, bien qu’il ait la précaution de vider sa vessie avant de se coucher. L’urine est parfois troublée par des mucosités.
Le cathétérisme uréthral, pratiqué par M. Ricord, ne fait constater aucun obstacle, aucun rétrécissement du canal;
: mais la vessie se vide incomplètement ; aussi contient-elle encore de l’urine, lorsque le malade vient de rendre tout ce I qu’il pouvait expulser. Le toucher rectal ne fait rien constater,
I du côté de l’intestin ou de la prostate. Depuis plusieurs mois, absence complète d’érections; pas de pollutions ni de sperma- 1 torrhée. La colonne vertébrale, attentivement explorée, ne présente rien à noter; pas de déformation, pas de douleur spontanée ou consécutive à la pression ou à la percussion. Malgré l’examen le plus minutieux, nous ne trouvons chez M. X... aucune autre manifestation syphilitique. Maigreur assez prononcée, anorexie, anémie, se traduisant par de la pâleur et par un bruit de souffle, au premier temps et à la base du cœur.
X... fut soumis à un traitement mercuriel de trois mois de durée. Il prit 10 et 20 centigrammes de proto-iodure de mercure par jour; de plus, tous les deux jours, onctions, sur la colonne vertébrale, avec 6 grammes d’onguent mercuriel double; fer réduit aux repas, vin de quinquina, bains sulfureux.
2o() PAnALYSlK DU MOUVEMENT.
Quarante jours après le commencement du traitement, la plaque psoriasique des lèvres disparut complètement; la para- i plégie commença aussi à s’améliorer. La marche devint plus • 1 facile. X... était bien plus solide sur ses jambes; il pouvait ; marcher pendant une demi-heure et môme une heure, sans ■ éprouver les accidents qu’il avait aytrefois. La miction devint ' li aussi plus régulière. Il n’y avait plus émission involontaire, ni a seules sont ni des matières fécales. Les fonctions génitales des urines restées dans le même état d’inertie. Le malade nous 1 dit qu’il n’éprouve aucun besoin, aucune sensation de ce côté; 1 c’est comme s’il était privé de ces organes. I
Après trois mois de traitement mercuriel, corroboré par les • À amers et les ferrugineux, X... fut soumis pendant six semaines ■ ■ à l’iodure de potassium dont la dose fut portée jusqu’à:» 5 grammes par jour. Les médicaments toniques n’ont pas été suspendus. La santé générale du malade s’améliorait progressivement ; les membres pelviens se fortifiaient de plus en plus.
Après le traitement iodé, on laissa reposer le malade pendant ti quelque temps. Puis une nouvelle consultation eut lieu avec MM. Bouillaud et Ricord : il fut décidé que la diathèse syphili- -i tique était suffisamment combattue. Si les membres pelviensn’ont pas recouvré leur énergie normale, c’est qu’il e.xiste cbez .'' le malade un étal anémique très-prononcé. Aussi X... fut-il : soumis aux douches froides. L’état du malade ne s’améliora >; pas. Les jambes restaient toujours faibles, un peu chance--; lantes, la miction un peu difficile. Il survint de nouveau quel- i ques émissions involontaires d’urine. Pas de selles, sans qu’el- • les fussent provoquées par des lavements. Parfois môme un et ; deux lavements ne produisent aucun effet. Enfin ce qui tour-mente le malade avant tout, c’est toujours l’état d’inertie des^ organes génitaux. Le traitement hydrothérapique fut suivi pendant six semaines sans amener aucun résultat. Plus tard X... . fut remis aux amers et aux ferrugineux. I
En avril 1860, tout à coup la vue commence à se troubler; é les objets sont couverts d’un brouillard de plus en plus épais; ;i les symptômes d’amblyopie s’aggravent progressivement; les l lettres paraissent vacillantes; des mots manquent dans la ligne t| que X... veut lire, etc. Ces symptômes existent du côté droit. 4 La pupille est paresseuse. 1
OnSEUV AXIONS.
L’ophlhalmoscope nous fait constater d’aborci une choroïdite, et, quelques jours après, un épanchement sous-rétinien, situé autour de la papille du nerf optique. Cet épanchement dépasse surtout la papille, du côté interne ; il a dans ce dernier sens, le tiers environ du diamètre de la papille. 11 est d’un blanc sale, à bords irréguliers, oydulés. Cet épanchement est considéré comme étant consécutif à la syphilis, ainsi que de nombreuses observations nous l’ont appris. (Voir l’article sur l’vimau7'ose.)
M. Desmarres examine le malade quelques jours après. 11 constate les mômes lésions et conseille un traitement mixte : iodure de mercure à la dose de 10 centigrammes par jour, iodure de potassium de 1 à 3 grammes par jour.
X... désolé et à bout de patience réclame tous les jours de nouvelles consultations. Il est vu plusieurs fois par MM. Andral, Bouillaud, Desmarres, Gibert, Ricord. L’iodure de mercure, i n’agissant pas avec assez de rapidité, fut remplacé par l’iodure I ioduré d’hydrargyre, que le malade continua pendant deux : mois. Après quoi il prit de nouveau de l’iodure de potassium,
! pendant six semaines. Sous l’influence de l’iodure ioduré, tous I les accidents de la vue se sont dissipés dans l’espace de cinq semaines. La vision est redevenue nette et précise comme elle ! l’était avant) et l’ophthalmoscope nous montra quel’épanche- I ment et la choroïdite avaient entièrement disparu. Mais les I fonctions génitales, la miction, la défécation et les membres I pelviens étaient dans le môme état, c’est-à-dire que X... n’é- ’ prouvait aucun désir vénérien; absence complète d’érections.
; Constipation habituelle, qui exige l’usage continuel de lave- I ments. 11 urine bien, mais parfois il lui arrive de perdre de ses urines, le jour ou la nuit. Néanmoins la vessie se vide com- 1 plétement, et le jetcommence aussitôt que le malade veut uriner. Enfin il marche bien, en ligne droite; les jambes ne ■ trébuchent pas ; les genoux ne fléchissent pas; les pieds ne traînent pas. Le malade se fatigue facilement. Cependant il va presque tous les jours à pied depuis le rond-point des Champs- Elysées jusqu’au boulevard des Italiens et rentre chez lui également à pied. Quelque temps après, le malade fut mis de nouveau aux toniques. Une nouvelle consultation l’engagea à se rendre à Ludion, pour y faire une cure complète; c’était en Zamdaco.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
août 1860. X... n’avait plus aucun signe appréciable de la per- ; sislance de la diathèse syphilitique.
Hé/lexions. — Que de fois ce malade fut soumis au i traitement mercuriel , et que de fois des symptômes nouveaux sont venus témoigner cLe la nécessité de revenir encore aux spécifiques! Et sans parler des médications ; irrégulières qu’il suivit pendant la première année de l’infection, ne l’avons-nous pas vu nous-même, avec nos savants maîtres, offrir de nouveau des accidents diathésiques, lorsqu’il venait à peine de terminer une cure spécifique de près de cinq mois? Ainsi l’amblyopie, liée à l’existence d’un épanchement sous-rétinien, est survenue, à la surprise de tous, lorsque le malade avait le droit de se croire, au moins pour quelque temps, à l’abri des récidives.
La paraplégie arriva chez ce malade plus de deux ans après l’infection. Il est incontestable qu’elle était consécutive à la syphilis. Outre qu’elle coïncidait avec l’éruption psoriasique des lèvres, elle a guéri par les spécifiques. Mais quelle est la lésion anatomique qui l’aurait déterminée? Ce ne peut être une exostose; car, outre qu’il n’existait nulle part chez le malade une lésion pareille, il y avait absence complète de douleur à la région de la colonne vertébrale, et nous savons qu’un caractère ■ essentiel de ce genre de lésions, c’est d’occasionner des ■ souffrances, parfois très-intenses. Serait-ce une tumeur' gommeuse développée dans l’épaisseur de la moelle ou i bien un épanchement gommeux situé dans le canal ver- ' tébral comme chez le malade de M. le professeur Roslan i| (Observ. XXXIY)? Nous verrons plus loin (dans l’art. Pa- ■' rahjsie sinematena) que la paralysie, manifeslement sy- i philitique, peut exister en l’absence de toute altération .m anatomique appréciable. f
OnSERVATIONS.
Les troubles de la niietion el de la défécation étaient très-prolonds chez ce malade. Us se sont dissipés presque entièrement par le traitement. Néanmoins la vessie et le rectum n’avaient pas recouvré l’intégrité de leurs fonctions, et les jambes ne sont pas tout à fait revenues à l’état normal. Y aurait-il chez ce malade une altération des fibres delà moelle, par la compression qu’aurait exercée • sur elle une tumeur syphilitique? Ce n’est que de cette manière qu’on peut se rendre compte de la persistance des phénomènes paralytiques, liés évidemment à la syphilis, bien que celle-ci fût heureusement combattue par r ses neutralisants. La cause première de la paralysie a disparu, mais la modification éprouvée par la substance nerveuse, consécutivement à la tumeur'syphilitique, peut être permanente. Dans ces cas il y a amélioration trèsconsidérable des phénomènes paralytiques, comme chez I ce malade, mais non guérison complète.
L’absence d’érections esta noter dans ce cas. Peut-on I- supposer que la lésion matérielle, si lésion matérielle il y avait, siégeait à la région de la moelle, où l’on a placé le centre génital, dans ces derniers temps?
I Observation XXXVI. — Chancres en 1838. — En 1842, gommes, » eclhyma^ paraplégie, guérison par les spécifiques. — Rechute, nouvelle guérison par le même traitement.
\ M. V..., âgé de 33 ans, d’une constitution primitivement J robuste, mais depuis plusieurs années déjà altérée par des ') excès de tout genre, contracta, en 1838, des chancres de la verge, qui durèrent trois semaines, et pour lesquels il subit un traitement mercuriel de quarante jours. Plus tard, il fit un long voyage pendant lequel il éprouva une constipation opiniâtre et de l’engourdissement dans les lombes, puis des : douleurs et de la pesanteur de tête. A la suite de ces symptô- " mes, se manifesta une paralysie facialc.du côté droit, qui aug-
rAHALYSIE DU MOUVEMENT.
menla insensiblement. La parole était devenue assez difficile; les facultés intellectuelles restèrent intactes.
Après quarante bains de Wiesbaden, la paralysie dispa- aj rut progressivement, et la parole revint tout à fait. Mais l’en- .« gourdissement de la région lombaire augmenta et s’étendit à i la région hypogastrique du côté droit, puis à gauche, en i même temps qu’il envahissait les jambes et les pieds. Cet en- i gourdissement des membres inférieurs était accompagné de i douleurs vives que le malade comparait à celles des brûlures. |
A la môme époque, il est survenu une constipation opiniâtre : avec rétention, et, bientôt après, avec incontinence d’urine.
La progression devint difficile, les mouvements des membres i abdominaux déterminaient une souffrance très-vive des ré- j gions lombaires et hypogastriques; les membres malades étaient quelquefois agités de mouvements involontaires et de tremblements; émissions sanguines locales, cathétérisme. Tous ces symptômes ont suivi une marche extrêmement lente ; le malade éprouvait parfois une amélioration progressive, ài laquelle succédait bientôt une nouvelle recrudescence dans la. maladie. Après de nombreuses oscillations en pis et enmieux, les phénomènes morbides se sont presque dissipés, en laissant, M. X... dans un élat voisin de la santé.
Au mois d’/août 1842, récidive des accidents syphilitiques, et en môme temps de la paraplégie. A cette époque, M. le docteur Dumotel, observa le malade, qu’il trouva dans l’état t suivant : constitution générale détériorée, maigreur, faiblesse très-prononcée; tubercules ulcérés de la face, des poignets,,! du voile du palais et de la luette, pustules d’ecthyma auxi deux jambes; facultés intellectuelles intactes; pouls lent etf faible : cinquante-quatre à cinquante-six pulsations par mi--( nute; respiration normale, inappétence, constipation opinià- l tre, impuissance des organes génitaux, sensibilité douloureuse i dans les lombes et à l’hyiiogastre, mouvements involontaires -■ des membres inférieurs, progression très-difficile : le malade ii ne peut exécuter les mouvements de flexion et d’extension Jl sans éprouver des tiraillements douloureux dans les masses •)« musculaires; la marche s’exécute par des mouvements laté- w raux alternatifs du tronc, pendant que les pieds décrivent dans le môme sens des arcs de cercle, sans quitter le sol. Roideur de '•‘J
OBSERVATIONS
la région lombaire; sensibilité tactile affaiblie, et abaissement (le la température, appréciable à la main de l’oi)servaLenr, dans les membres malades, qui sont de temps à autre le siège de fourmillements spontanés douloureux.
Un traitement mixte fut institué (mercure et iodure de potassium). Après trois mois de durée, il amena une amélioration ) notable dans la paraplégie et dans toutes les autres manifestaj tions diathésiques concomitantes. MaisTanuée suivanteX... eut I une seconde rechute, caractérisée par les mômes phénomènes i paralytiques du côté des membres inférieurs. Le môme Iraii tement fut ordonné et amena le môme résultat. En effet, après ' avoir été soumis, pendant quatre mois, à l’usage de l’iodure J de potassium et des préparations mercurielles, M. X... fut tellement amélioré, qu’il pouvait marcher en s’aidant d’une canne, tandis qu’auparavant il était condamné à une immobilité complète. L’excrétion urinaire se faisait assez bien, quoique lentement et avec un faible jet; il n’y avait plus de constipation, plus de douleurs aiguës; mais, dans la station droite, il y avait encore un peu de tremblement des genoux; la plante des pieds éprouvait encore une sensation d’épaisseur insolite k lorsqu’elle touchait le sol, et parfois le malade éprouvait un sen- I timent de constriclion abdominale, au niveau des dernières côtes.
Réflexions. — Les antécédents de ce malade, les manifestations incontestablement syphilitiques, coïncidant I avec la paraplégie, l’amélioration notable de celte der- I nière, sous l’influence du traitement antisyphililique, en I même temps que les symptômes apparents de la diathèse avaient complètement disparu, sont autant de preuves I plausibles en faveur d’un diagnostic rationnel qui rati tache la paraplégie à la syphilis constitutionnelle. La re- I production des mêmes accidents, quelques mois après la cessation du traitement, et leur amélioration de nouveau, grâce à l’intervention des mêmes moyens médicamenteux, corroborent encore cette opinion. Peut-on supposer, d après certains phénomènes signalés dans cette observation
262 PARALYSIE DU MOUVEMENT
(douleurs aiguës des lombes, de l’abdomen et des mem- . q bres inferieurs, avec mouvements ataxiques, involon--K taires de ces derniers) que les méninges rachidiennes >i£i étaient, chez ce malade, plus spécialement affectées? i
Quoi c[u’il en soit, et malgré la tendance de la syphilis ■ à atteindre le système fibreux de l’économie, aucune au-topsie n’a révélé, jusqu’à présent, une lésion semblable : des méninges rachidiennes, sous l’influence de la vérole.. Virchow cite un exemple d’exostoses vertébrales accompagnées d’épaississement de la dure-mère spinale.., Cependant, ainsi que le fait remarquer l’auteur, ce i cas paraît complexe et le rôle de la syphilis n’y est pasnettement établi (1).
Faudrait-il soupçonner, par analogie, chez ce ma-lade, que des dépôts plastiques, pareils aux gommes de* la peau et du voile du palais, effectués sur le trajet de lai moelle épinière, en avaient entravé les fonctions et. donné naissance à 1a paraplégie?
Quant à l’argument spécieux que l’on pourrait tirer de! la guérison incomplète de M. X... contre l’avis que nousémettons ici, que la paraplégie était sous la dépendance; de la syphilis; nous avons déjà dit, dans nos généralités, qu’une lésion matérielle, entravant les fonctions du sys- -l tème nerveux, paraît, dans certains cas, modifier la struc- i ture de la moelle de manière que, môme après la gué- -l rison de tous les accidents syphilitiques, la moelle épinière i' ne puisse recouvrer l’intégrité de son pouvoir sensitif i ou moteur, dans la partie située au-dessous de la lésion fl présumée. I
Observation XXXVII. — Paraplégie. — Céphalées nocturnes 'i
intenses. — Assoupissement invincible. — Troubles de l Intel- i
(1) La Syphilis conslitutionnelle, Irad. du docteur Picard, p. 131. t
ODSEnVATIONS.
ligence, chez un malade atteint de diathèse syphilitique.— Guérison par l'iodiire de potassium.
M. X... âgé de 50 ans, d’une bonne constitution et d’une excellente santé antérieui-e, ne présentant, du côté de sa famille, rien qui ait de la relation avec son état actuel, entre à la Maison de santé de la rue deLourcine, en octobre 18-48.
Au mois de juillet, il eut, sur le prépuce, un chancre qui s’est propagé h la partie correspondante de la couronne du gland.
X... s’adressa à un charlatan qui lui fit prendre du vin de «alscpareille , et qui pansa l’ulcération avec une poudre rouge anercurielle, au dire du malade (deutoxyde de mercure?).
Ce traitement fut suivi pendant vingt jours, après quoi, le chancre se cicatrisa. Environ trois semaines après, il survint de la rougeur et de la douleur à l’isthme du gosier, des plaques muqueuses à la bouche, des ulcérations à la verge, et, quelques jours plus tard, il se développa une éruption cutanée, siégeant surtout sur les bras et les épaules; c’étaient des boutons qui se ■couvraient de croûtes adhérentes à la peau. Le traitement ci- •dcssus indiqué fut repris et continué pendant deux semaines. Les accidents mentionnés se sont dissipés, mais pour revenir un mois plus lard. A celle époque et d’après les conseils d’un •de ses amis, qui a souffert de la vérole, X... commença à prendre une pilule de 5 centigrammes de prolo-iodure de mercure, puis deux par jour. Dans la journée il prenait toujours deux cuillerées à bouche de vin de salsepareille. Dans l’espace de deux semaines les plaques muqueuses de la gorge ont disparu, ainsi que les maux de tête nocturnes, dont le malade était tourmenté ; il suspendit alors son traitement.
Trois semaines après, et sans qu’aucun autre symptôme l’ait informé de l’imminence de la maladie, X... est pris, d’une manière brusque, d’wn assoupissement invincible, sans maux de tôle préalables; mais au bout de quelques jours, il survint des douleurs de tôle nocturnes, intenses, avec insomnie presque complète. X... n’a eu ni perle de connaissance, ni paralysie, ni convulsions.
Voici dans quel étal il se trouve au moment de son entrée à l’établissement de la rue de Lourcine. Il y a six semaines que le malade est en proie à des douleurs céphalalgiques nocturnes,
PARALYSIE DU MOUVEMENT
et six mois depuis l’apparition de son chancre. X... a été i saigné et purgé. On lui a appliqué des sangsues au front. Tous O0 ces moyens n’ont amené aucune espèce de soulagement. On 4 voit une cicatrice diQ'orme à l’endroit où siégeait le chancre; :»4 X... porte, sur le tronc et sur les membres, un grand nombre i de taches brunes, cuivrées, semblables à celles que laisse l’ecthyma syphilitique; l’examen ne fait constater, chez lui, aucun autre symptôme physique ; il accuse toujours ses douleurs fron- | taies, nocturnes, qui produisent une insomnie opiniâtre. La vue ! est un peu troublée, le travail intellectuel difticile; cependant: la mémoire ne paraît pas altérée; en outre, le malade éprouve un affaiblissement notable dans la motilité des membres pel- -i viens; la jambe gauche surtout est traînante, et le malade i marche avec difficulté. La sensibilité est partout conservée, la . colonne vertébrale n’offre rien d’appréciable à l’exploration; l’appétit est conservé ; [d’une manière générale le malade est affaibli. X.., fut soumis à l’usage de l’iodure de potassium, à la dose de 2 et successivement, de 3 et 4 grammes par jour. L’amélioration de son état ne se fît pas longtemps attendre, et deux mois et demi après son admission à l’établissement, il en sortit complètement guéri. ,
Réflexions. — Ce qui nous frappe tout d’abord chez ce malade, c’est la rapidité avec laquelle se sont développés les phénomènes paralytiques : en effet, six mois à peine étaient écoulés, depuis l’apparition du chancre, lorsque M. X... entra à la Maison de Lourcine et néanmoins la paralysie était déjà assez prononcée. C’est là une exception que nous devons faire remarquer. Car, i ainsi que je l’ai déjà dit, la paraplégie est ordinairement i un accident tardif de la syphilis. Ce qu’il importe aussi i de noter c’est qu’un traitement mercuriel, fort incomplet d’ailleurs, n’a pu entraver la marche rapide des mani- i festations syphilitiques, du côté du système nerveux. Quelle diversité dans les résultats de la médication hy- î drargyrique! Chez tel malade un traitement spécifique j
OnSERVATIONS.
de quelques jours suffit pour éloigner, pendant plusieurs années, les expressions dialhésiques de la syphilis; chez tel autre il y a, malgré le mercure, succession, enchaînement rapide de manifestations de plus en plus graves, ) de manière que, dans l’espace de quelques mois, la ma- I ladie atteint les organes profonds, qu’elle respectera à [ tout jamais chez un troisième. Vu les symptômes céré-
I braux constatés chez ce malade (céphalées intenses, trou-
[ blés du côté de la vue, incapacité au travail intellec- I tuel, etc.), il est rationnel de soupçonner que la paralysie des membres pelviens tenait plutôt à une lésion encéphalique qu’à une afléction spinale. Quoi qu’il en soit, l’iodure de potassium s’est bien rapidement rendu maître de tous les phénomènes morbides. '
Observation XXXVIII. — Paraplégie syphilitique avec lichen. — lodure de potassium et mercure. — Guérison.
M. X. . . est âgé de 35 ans. Il y a huit ans, il eut un chancre qui ne fut pas suivi d’accidents consécutifs.
Il y a cinq ans, nouveau chancre, et, un mois après, mal à la gorge. Ces accidents ont été traités par des préparations mercurielles.
Il y a quatre ans, urélhrite qui ne fut suivie ni d’épididymite, ni d’arthrite hlennorrhagique; pas de douleurs dans le rachis à cette époque.
Il y a deux ans et demi que la paraplégie actuelle a débuté. Les jambes ont commencé d’abord àmollir; les extrémités antérieures des pieds rencontraient les saillies des marches d’escalier, dans l’ascension; à la descente, les jambes s’entre-croisaient à la manière des deux branches d’un X. Peu après, sensation de ceinture abdominale rigide ; puis ralentissement et difQculté de la miction, remplacés bientôt par de l’incontinence. La constipation devint habituelle chezM. X... Ces accidents ont été croissants pendant les six premiers mois. Une saison d’Aix parut les amender un peu, mais d’une manière passagère.
2G6 PARALYSIE DU MOUVEMENT
Seconde saison d’Aix et consécutivement amélioration sen- ^ sible, mais très-éphémère.
Au moment de son entrée à la Maison de santé de la rue de Lourcine (avril -1850), il était dans l’état suivant: paralysie '>h presque complète du membre abdominal droit ; les adducteurs 4 fémoraux et les fléchisseurs des orteils conservent seuls un i peu d’action. Au membre correspondant gauche, le mouvement est seulement un peu affaibli; ce membre paraît plus lourd qu’à l’état normal. La sensibilité au contact est conservée des deux côtés ; elle est môme un peu exaltée à droite. Le malade 1 prétend avoir presque perdu de ce côté, il y a huit mois, la ! sensibilité de température; des deux côtés la température paraît égale lorsqu’on explore ces parties comparativement, j Mictions toujours fréquentes, l’urine ne pouvant être retenue que fort peu de temps. Elle est catarrhale. Le malade a de la constipation. La pression exercée sur toute l’étendue du rachis ne détermine aucune douleur. Le malade présente en môme temps une éruption pustuleuse (acné à base furonculeuse) et du lichen. Il éprouve souvent des secousses dans les membres pelviens.
Traitement inslitué Y>av M. Ricord. — 2 grammes d’iodure ' de potassium par jour; frictions mercurielles le long du rachis, avec 6 grammes d’onguent napolitain, tous les deux jours.
L’amélioration a commencé au bout d’un mois; la dose de l’iodure fut portée jusqu’à 4 grammes par jour. Après trois mois de séjour dans l’établissement, pendant lesquels le traitement fut continué avec la plus grande régularité, le malade en sortit complètement guéri.
Réflexions. — Ce malade eut deux fois des chancres, | dans un intervalle de trois ans; néanmoins il nous sem- i ble presque certain que c’est la seconde ulcération qui a infecté l’économie. En effet le premier chancre ne fut i point traité par les mercuriaux qui, comme l'on sait, ont ff pour résultat d’éloigner l’explosion des accidents consti- ■ tulionnels. Or, la maladie étant ainsi abandonnée à elle- 9 même, les manifestations dialhôsiques n’auraient pas m tardé à paraître, et l’expérience nous enseigne que la P
ORSERVATIONS.
I durée habituelle de rincubalion de la diathèse est, en moyenne, de deux à trois mois. A l’apparition du second ^ chancre, au contraire, le malade fut soumis à une médicaj tion mercurielle qui a entravé la succession normale des phénomènes de la diathèse; et telle fut l’innuence de ce traitement, dont la durée exacte nous est inconnue, que ce n’est que deux ans après, que les symptômes de syphilis constitutionnelle se sont déclarés chez ce malade. Le mal de gorge, qu’il a éprouvé, un mois environ après l’apparition du chancre, est beaucoup trop vaguement indiqué pour que Ton soit autorisé à l’attribuer, d’une manière certaine, à la syphilis. Nous ferons en outre remarquer que le début de la paraplégie eut lieu deux ans et demi après l’accident primitif, que sa marche a été bien lente et que, malgré la non-intervention de la médication spécifique, une amélioration assez notable s’est effectuée, sous l’influence des sulfureux. Ce sont là, il nous semble , des phénomènes habituels de la paraplégie syphilitique, savoir : de survenir longtemps après l’infection, d’avoir une marche excessivement lente, avec des oscillations d’amendement et d’aggravation, et enfin de ne devenir complète que fort rarement. Chez ce ’ma- I lade, éruptions syphilitiques et phénomènes de paralysie, tout a parfaitement cédé aux spécifiques.
Observation XXXIX. — Gommes. — Rupia. — Paraplégie. — Mort.
Une femme, âgé de 5G ans, d’une puissante complexion et qui avait mené, pendant sa jeunesse, une existence peu régulière, se maria pour la seconde fois à l’âge de 49 ans. A partir de ce moment elle présenta quelques-uns des signes qui annoncent l’âge critique; puis, quelque temps après, elle devint sujette à une éruption de petües tumeurs sous-cutanées, indolentes, qui se montrèrent d’abord à la hanche, aux fesses, sur la partie postérieure des cuisses, interne et externe des
PARALYSIE DU MOUVEMENT
jambes, quelques-uns môme aux bras, dans la région delloïdienne. Ces petites tumeurs, d’abord incolores et mobiles sous la peau, lui ont adhéré plus tard; elles se sont ramollies; elles ont bruni et suppuré, en môme temps que la peau s’ulcérait d’une manière assez régulièrement circulaire et dans une étendue assez constante de 2 à 3 centimètres de diamètre. C’était bien là la marche des tumeurs gommeuses, ou des tubercules syphilitiques; mais il était impossible d’obtenir de la malade des renseignements assez sincères ou assez exacts pour avoir à cet égard une certitude et pour rattacher ces accidents à une-évolution régulière de la syphilis. Des éruptions du (iiôme genre se reproduisirent, à diverses reprises, dans une période de huit ans. Les ulcérations, se montrant de moins en moins nombreuses, entamaient une étendue de tissus de plus en plus large et profonde et se recouvraient parfois de croûtes épaisses (rupia), sous lesquelles l’ulcération couvait encore, croûtes dont la chute était suivie de nouvelles stratifications. D’autres fois ces ulcérations finissaient par se cicatriser; mais elles laissaient après elles du tissu inodulaire avec dépression des cicatrices; caractères qui sont bien ceux des accidents tardifs de la syphilis. A l’âge de 56, ans cette femme commença à éprouver des fourmillements douloureux dans les cuisses et les jambes, puis un affaiblissement des mouvements, en môme temps qu’une diminution de la sensibilité tactile. Enfin il survint une paraplégie complète, avec rétention des matières fécales et impossibilité de retenir l’urine, dès que le besoin de la miction se faisait sentir. Quelquefois même un accès de toux, un mouvement du tronc, suffisaient pour déterminer la sortie involontaire de l’urine. Pendant les six dernières années de sa vie, la malade ne quitta pas, la moitié du temps, son fauteuil. Affectée vers les derniers temps d’une incontinence absolue d’urine, elle succomba, âgée de 62 ans, aux progrès d’une escarre gangréneuse du sacrum, La fréquence du pouls chez la malade fut constamment au-dessous de la moyenne, il était régulier et lent; 58 h 60 pulsations par minute.
Cette observation, fort incomplète d’ailleurs, m’a paru très-intéressante et digne d’être rapportée ici, pour faire
OBSERVATIONS
voir combien il est difficile, nolammcnt chez les femmes, de remonter à l’origine de l’infection syphilitique; et non-seulement à l’accident primitif, mais au début de la : diathèse elle-même. Aussi n’est-il pas de toute nécessité d’arriver à la découverte des premiers symptômes et à 3 leur succession progressive, lorsque les phénomènes présentés par les malades offrent le cachet spécial de la syphilis, comme chez la femme en question. Tout fait présumer ici que la paralysie de la moitié inférieure du ! corps a dû être déterminée par la syphilis constitutionnelle; cependant il est à regretter que le traitement spé- I cifique n’ait été expérimenté, et que la nécropsie n’ait I pas permis de rechercher le mécanisme et la cause im- 1 médiate de la paraplégie. 11 est donc impossible de ! s’arrêter avec certitude à un diagnostic positif. Tout au ' plus, par voie d’analogie, peut-on concevoir des soupi çons fondés sur la nature syphilitique de cette paraplégie.
Observation XL. — Syphilis constitutionnelle. — Hémiplégie, puis jMruplégie. — Mercure et iodure de potassium. — Guérison.
M. G..., âgé de 30 ans, d’une bonne constitution, est issu d’une mère bien portante et d’un père qui est mort hémiplé- I gique, à l’âge de 58 ans, à la suite d’une seconde altaque d’apoi plexie. Il y a dix-huit mois, M. G... a contracté un chancre sié- ! géant à la verge. Ce chancre s’est induré, au dire du malade ;
I deux mois après environ, il a eu des macules (roséole syphili- I tique) accompagnées d’alopécie et d’engorgement des gan- 1 glions cervicaux postérieurs. Ces accidents, sauf l’engorgement des ganglions, ont disparu sous l’influence d’un traitement mercuriel, que le malade n’a pu continuer régulièrement, à cause de sa position sociale et de ses affaires. Quatorze mois après l’accident initial et à la suite de travaux de cabinet assidus, il a été pris d’une paralysie de la septième paire du côté droit, sans prodromes de céphalalgie, d’étourdissements
PAHALYS1I2 DU MOUVEMENT.
OU de perle <!e connaissance. Une hémipiégie complète du côté droit a fait suite à l’hémiplégie faciale, qui était alors un peu amendée, mais qui n'avait pas complètement disparu. Enfin, quelques semaines après, le membre abdominal gauche devint lourd, en même temps qu’il perdait de sa sensibilité. Le rectum était paresseux. Les phénomènes de paralysie devinrent prédominants : le malade pouvait à peine se tenir debout avec l’appui d’une canne ; il éprouvait, à la plante des pieds, surtout du côté droit, la sensation d’un corps épais, placé entre elle et le sol, puis un sentiment de constriction abdominale, au niveau des dernières côtes et dans leur direction (paralysie des derniers nerfs intercostaux). Il avait à cette époque de nouveaux accidents syphilitiques (psoriasis plantaire et palmaire) ; l’engorgement des ganglions cervicaux persistait, quoique moins prononcé qu’au début. La constipation était très-opiniâtre ; la température des membres inférieurs semblait au malade très-abaissée, quoique l’observation ne permît pas d’apprécier ce fait. Les fonctions de la vessie étaient presque intactes ; la miction seulement devint plus difficile que d’habitude. Le malade, peu adonné aux femmes, ne pouvait faire de différence entre son état actuel et son état précédent, quant à la fréquence des érections, à leur durée et à leur force.
Dix semaines d’un traitement mixte, par l’iodure de potassium et le prolo-iodure de mercure, qu’ordonna le docteur Dumotel, avec l’aide de quelques cautères volants sur les lombes , et de quelques frictions stimulantes sur les membres inférieurs, ont suffi pour amener une amélioration si considérable que le malade, presque guéri, a désiré quitter Paris et retourner dans son pays; où il a repris ses affaires, tout en continuant son traitement. La constipation fut combattue efficacement par des préparations aloéliques.
Réflexions. — Quelque valeur qu’on veuille accorder aux antécédents héréditaires de ce malade, la manière dont se produisirent les phénomènes paralytiques et leur coïncidence avec une infection syphilitique non douteuse, ne permettent guère d’hésiter sur la nature de cette paraplégie. Pour appuyer d’ailleurs cette manière
OliSEUVATIONS.
■ de voir, on trouve, dans celte observation, une donnée I qui, d ailleurs, n a pas toujours une valeur absolue ^ je I- veux parler de l’influence si rapidement favorable du trai- V. tement mixte (iodure de potassium et prolo-iodure de t mercure). C’est bien évidemment à ces agents médica- I menteux qu’il faut rapporter la guérison; car la paralysie n’a pas été moins promptement guérie que les diverses manifcslations syphilitiques cutanées, dont nous avons
I parlé.
Observation XLI. — Syphilis constitutionnelle^ — Paraplégie.
M. X..., âgé de 38 ans et d’une constitution robuste, est ; issu de parents sains. Il y a cinq ou six ans, il eut une arthrite ' rhumatismale, goutteuse, des doigts (?).
En 1847, il contracta un chancre induré de la verge, pour I lequel il fut soumis à un traitement mercuriel, mais d’une I manière très-irrégulière et incomplète. Huit mois après, il ap- I parut une syphilide exanthématique. Nouveau traitement mer- ! curiel. En 1848, diplopie qui disparaît spontanément en peu de temps. Au mois de novembre de la même année, premiers ; symptômes de paralysie : érections difficiles, rares, et plus ï tard impossibles; dysurie, faiblesse des jambes. Une saison à !: Baréges amena, dans l’état de M. X,.., une amélioration pror noncée, mais de courte durée. Le malade, peu continent, revint bientôt à d’anciennes habitudes dont nous parlerons plus bas, et cela malgré la difficulté qu’il éprouvait encore à marcher. En 1850, il entre à la Maison de santé de la rue de Lourcine dans l’état suivant : paraplégie incomplète, qui affectait plus particulièrement la jambe droite; la progression était pénible sur les plans inclinés de haut en has, et à plus forte raison X... éprouvait-il delà difficulté, lorsqu’il voulait descendre les escaliers. Le malade pouvait accomplir ces exercices seulement en prenant un point d’appui sur les rampes ou sur une canne. Par moments, dans la station, les jambes fléchissent subitement; pendant la progression elles se rencontrent en X. Le pouls est sensiblement abaissé : il oscille entre 52 et 56. La sensibilité cutanée est à peu prés normale des deux côtés.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
ainsi que la température. Le malade ressent de temps en i: temps des fourmillements et des picotements douloureux, j surtout dans la jambe gauebe. La sensation de constriction i abdominale est très-prononcée chez lui. H est affecté d’incon- j tinence d’urine : à peine est-il averti du besoin de la miction. Aussi lui arrive-l-il souvent d’uriner dans le lit ou dans ses pantalons. Le sphincter anal est aussi frappé d’inertie : quelquefois les garde-robes s’échappent sans l’intervention de la volonté; le plus souvent il y a constipation. Point d’érections.
Réflexions. — Depuis la fin de 1848, ce malade n’a présenté aucun symptôme évident de syphilis, constitutionnelle. Cependant, si l’on tient compte de la filiation des accidents syphilitiques, de leur date et de l’époque à à laquelle ont apparu les premiers signes de paralysie chez lui, il est rationnel de considérer celle-ci comme la conséquence de la vérole; la manière dont se sont développés les accidents de paralysie et l’absence de douleurs ostéocopes permettraient de supposer qu’un point de l’axe cérébro-spinal est comprimé plutôt par > une tumeur gommeuse que par une lésion du tissu osseux; si tant est qu’il existait chez ce malade une lésion anatomique. Toutefois ce diagnostic ne saurait êtrejabsolu, puisque l’élément rhumatismal, qui a été constaté, peut aussi être invoqué comme ayant contribué au développement de l’affection paralytique. Il est d’ailleurs une autre circonstance à laquelle il a été fait allusion plus haut, et qui est ici d’un grand poids.
M. X... eut, de son propre aveu, depuis plusieurs années | des rapports sexuels répétés jusqu’à fois par semaine. I
11 met, du reste, dans ses plaisirs, une sorte de régularité méthodique : après chaque semaine ainsi employée, il en passe I une autre consacrée exclusivementàla chasse, dans les bois ou | dans les marais. |
Traitement. — Trois verres de tisane de bourrache par jour; ;
, on nieüra dans chacun une cuillerée à bouche du sirop sui- ( vaut : sirop des 5 racines, SOOgram., iodure de potassium,
) 30 gram., teinture de colchique, 13 gram. Tous les huit jours,
I au matin, 4 pilules écossaises; tous les deux Jours, onctions,
) sur la colonne vertébrale, avec 4 grammes d’onguent mercuriel double; les trois Jours intermédiaires, un emplâtre de Vigo cum mercurio, étendu des Jambes au sacrum. Ce traitement i fut suivi pendant un mois, pendant lequel on a appliqué aussi trois fois des ventouses scariliées sur la colonne vertébrale, j Plus tai d, on a prescritdes fumigations cinabrées (avec 8 gram.
I de cinabre chaque fois) et des bains de Baréges. Ce traitement •i fut continué du 14 avril au 12 août. 11 a produit la cessation de l’incontinence d’urine, la disparition des fourmillements douloureux, l’affermissement des jambes à un tel point, que le malade, chasseur passionné, quitta la Maison de santé pour rentrer chez lui et aller chasser. Cinq semaines après sa sortie, l’amélioration, qu’il présentait à son départ, se maintenait.
M. Hillairet, médecin à l’hôpital Saint-Louis, a communiqué à la Société médicale des hôpitaux, le 27 juin 1860, le fait suivant :
Résumé. — Un homme, qui eut la syphilis à 22 ans, et qui fulsoigné parM. Ricord pendant huit mois, paraissait en être guéri. A 23 ans, il se maria et eut un enfant chétif, qui mourut peu après la naissance. A 32 ans, il eul des étourdissements, 6 des névralgies occipitales, et plus tard des vertiges et des vo- I missements. Puis un Jour il survint un tremblement dans les 1 membres inférieurs ; après quoi X... s’affaissa subitement et !' resta pendant trois quarts d’heure sans connaissance. Yeux [' égarés, convulsés. Pas de paralysie.
I Quinze Jours après, il se leva du lit. Les Jambes étaient ! faibles; fourmillements généraux. Huit mois environ avant la communication de M. Hillairet, et après une longue course, il éprouva une grande faiblesse dans les membres inférieurs et de l’embarras dans la parole. Persistance des phénomènes,
’ avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation; et, six mois après, vomissements incoercibles. Lorsqu’il entra dans Zamdaco.
PARALYSIE DU MOUVEMENT
le service de M. Hillairet, à Saint-Louis, il avait des douleurs i de tête passagères, sans siège précis; déviation des traits k droite, chute de la paupière supérieure gauche, pupille de ce ; côté un peu dilatée, diplopie. Vue physiologique. Parfois la :l parole est embarrassée. Celle-ci est plus libre pendant les ; deux heures qui suivent le repas. Intelligence conservée; mémoire un peu affaiblie ; sensibilité cutanée conservée partout. Station difficile et vacillante; le malade tomberait s’il n’était i soutenu. Pendant la marche, les mouvements ne sont pas coor- i donnés; X... marche comme un homme ivre, et en zigzag. | Lorsqu’il marche, soutenu sous les bras, il se porte le plus ; habituellement à gauche. Constipation. S’il ferme les yeux, i étant debout, il perd immédiatement l’équilibre et s’affaisse.
A cause de la station difficile, de la conservation de la motilité des membres inférieurs, coïncidant avec un défaut de coordination, avec des vomissements et de la céphalalgie occipitale, M. le docteur Hillairet pensa à une affection du cervelet. A cause de la surdité gauche, de la paralysie faciale, et plus tard de celle de la paupière supérieure, il diagnostiqua une tumeur à développement progressif qui, après avoir comprimé le cervelet, parvint à comprimer également les nerfs de , la septième et de la huitième paire; finalement, à cause des antécédents du malade, il soupçonna l’existence d’une tumeur syphilitique. Le malade fut soumis, parce praticien distingué, au traitement mercuriel. 11 commença par le calomel à dose fractionnée. Ce médicament convient, selon M. le docteur Hillairet, aux lésions syphilitiques du système nerveux, accompagnées ordinairement d’un peu de congestion. Il agit comme révulsif et comme spécifique. Au bout de quelques jours de médication, amélioration sensible : la bouche est moins déviée, la paupière supérieure plus mobile, les membres inférieurs plus forts, la démarche plus facile, quoique toujours chancelante ; les pilules de Sédillot furent ordonnées f plus tard. Un mois après l’institution de ce dernier traitement, w le malade, présenté à la Société médicale des hôpitaux, se te- 4 nait très-bien debout; il marchait d’une manière régulière; 4 l’ouïe était revenue à l’état normal; la paralysie faciale était dissipée. Malgré cette amélioration si grande, M. Hillairet fit encore continuer le traitement mercuriel, auquel il ajouta l’io- >r
OBSERVATIONS
dure de potassium, pendant plusieurs mois, pour prévenir le retour de nouveaux accidents.
Dans une note, que cet excellent maître a bien voulu nous , communiquer, et qui fut prise le 1®^ juillet I8G1, il est dit que ■ depuis la sortie du malade de l’hôpital, le mieux s’est toujours maintenu. X... vit de la vie commune^ il a repris ses occupa- : lions commerciales; il marche d’une manière très-assurée et i comme s’il n’avait jamais rien eu du côté des membres infé- I rieurs. Plus de céphalalgie, ni de fourmillements, ni de stra- I bisme convergent; plus de trace de paralysie faciale. M. le docteur Hillairet lui conseilla de continuer à prendre, pendant plusieurs années et de temps en temps, durant six semaines, des pilules de Sédillot et de l’iodure de potassium ; puis de I suspendre ce traitement pendant deux ou trois mois, le reprendre plus lard et ainsi de suite.
I Section V. — De quelques troubles de la sensibilité et de la motilité, bornés à uii seul membre et consécutifs à la compression des troncs nerveux, par des tumeurs syphilitiques.
Nous avons réuni, dans ce chapitre, six observations,
. dont les sujets offrent des exemples de diminution de la i motilité ou de la sensibilité et quelquefois de l’une et de l’autre en même temps, dans un seul membre, voire même dans une partie plus limitée du corps. Chez trois de nos malades, des tumeurs gommeuses d’un fort volume comprimaient le nerf cubital ou le radial et déterminaient ainsi, des troubles nerveux plus ou moins prononcés, dans les parties où ces nerfs vont se distribuer. Chez la femme Collard, il y avait, en outre, des douleurs névralgiques nocturnes, très-violentes, aussitôt que le I membre était réchauffé. Enfin quelquefois les doigts et I même le membre tout entier, étaient agités de mouvements spasmodiques répétés. L’activité musculaire était ' parfois tellement affaiblie, que le malade pouvait à peine se servir de sa main.
27G TuounLES de la sensibilité et du mouvement. I
Chez l’un des malades, un épancliemenf plastique du :• biceps, englobant les nerfs du membre thoracique et ^ surtout le cubital, avait déterminé une rétraction et un » engourdissement du membre, en même temps qu’une paralysie incomplète des deux derniers doigts.
Chez un autre malade, nous voyons le membre pelvien gauche seul, incomplètement paralysé. Chez ce sujet ; aucun phénomène ne permettait de penser à une lésion de la moelle épinière. Y aurait-il existé une tumeur i comprimant le nerf sciatique dans une partie de son \ trajet? Dans ce cas le malade aurait éprouvé, proba-blement , des douleurs névralgiques dans le membre? affecté. Le nerf sciatique étant un nerf mixte, sa compres- sion, dans une partie de son étendue, par une tumeur, quelconque, provoque habituellement des douleurs, ainsi i que nous l’avons observé chez le malade dont l’obser-vation p’orte le n" XXXIV.
Chez le malade de M. Debout, il n’y avait pas nom plus de tumeur appréciable à l’exploration. On ne pou- h vait que soupçonner une telle lésion, par l’existence de? la paralysie d’un seul membre, lorsque la moelle épinière? n’offrait aucun signede maladie. La guérison, rapidement l obtenue par l’emploi de l’iodure de potassium, sanc-tionna ce diagnostic rationnel. '
Observation XLII. — Plusieurs maladies vénériennes antérieu- ■ res. — Tumeurs gommeuses guéries en 1847. — En 1858, tu- \ meurs gommeuses du bras et du coude; compression du nerf ' cubital; douleurs et engourdissement sur le trajet de ce nerf,' jusqu'aux deux derniei'S doigts, qui sont plus faibles que ceux . du côté opposé. — Guérison par l’iodure de potassium.
Le nommé Gatoiix, ûgé de 60 ans, journalier, de bonne conslilulion , entre à l’hôpital du Midi, dans le service de M. lUcord, salle 1", lit n» 19, le 15 avril 1858.
En 1822, il eut un chancre avec adénite suppuréc, à droite. En 1824, le malade, étant militaire, eut de nouveaux chancres. Il entra a 1 hôpital du Gros-Caillou, où il fut traité par des frictions mercurielles; on ne sait, ni à cpielle dose fut employé le mercure, ni pendant combien de temps. En 1827, il I rentra de nouveau au Gros-Caillou, pour un chancre du four- , reau, pour lequel il ne fit que des pansements simples. En ; 1835, il eut une blennorrhagie cordée et des chancres mul- : tiples de la couronne du gland. Traitement par lesmercuriaux. r En 1838, il eut une éruption générale sur tout le corps, sans 1-! démangeaison, avec des croûtes dans les cheveux, qui tombaient abondamment; il ne subit aucun traitement. En 1847,
> il entra dans le service de Vidal, de Cassis, à l’hôpilal du Midi, x! où l’on diagnostiqua des tumeurs gommeuses suppurées de . la région sus-épineuse de l’épaule droite, et de la partie anté- X rieure du quatrième espace intercostal. G... fut soumis, penà dant trois mois entiers, à l’iodure de potassium. Il sortit de 1 l’hôpital après la disparition complète des manifestations sy- 1 philitiques. Au mois de janvier 1858, sans aucune douleur Ji préalable, il s’aperçut, fortuitement, d’une tumeur complétet ment indolente, siégeant au bord interne de l’avant-bras droit. 1 Un mois après, il remarqua une autre tumeur , également I indolente, située sur le bras droit, près du bord interne du i biceps. Quelque temps après avoir remarqué ces tumeurs, il éprouva, et d’une manière constante , un engourdissement >; très-prononcé dans l’avant-bras, s’étendant jusqu’au doigt auriculaire. Au moment de son entrée à l’hôpital du Midi (15 avril 1858), il porte la cicatrice du chancre du fourreau; les cica- ' trices des tumeurs gommeuses, qui ont existé à l’épaule et à i la poitrine, de nombreuses macules cuivrés au dos. Au côté ' interne du coude droit, on trouve une tumeur adhérente à la ' peau , qui conserve ses caractères normaux. Cette tumeur ' s’étend supérieurement jusqu’à 2 centimètres environ audessus de l’épitrochlée, qu’elle dépasse inférieurement de 1 centimètre. Elle n’est pas complètement mobile sur les parties profondes; elle s’attache, au contraire, à la charpente du membre. Elle est renitente, indolente au toucher, quand on la presse transversalement ; mais, si on y détermine une pression, en l’appuyant sur le bord interne de l’humérus, on
278 THOUIILES DE LA SENSmiLlTÉ ET DU MOUVEMENT. l»
provoque des douleurs et des engourdissements, qui s’iri-adient i* '' vers l’avant-bras, à son côté interne et jusqu’aux deux derniers doigts (auriculaire et annulaire), en suivant ainsi ma- i.i nifestement le trajet du nerf cubital. La force de ces deux •i;: doigts a beaucoup diminué; le malade peut à peine s’en j . servir. Quelquefois des douleurs, semblables à celles causées i: par la pression, se manifestent spontanément. L’engourdisse- 4' ment, quoique à un moindre degré, existe d’une manière i permanente depuis longtemps, ainsi que nous l’avons déjà |ie noté. Au tiers supérieur du bras droit, en dedans du bord interne du biceps, il existe une autre tumeur, mobile sous la peau et sur les parties profondes, dure, du volume d’un , gros œuf de pigeon, et indolente, soit à la pression, soit spon- I tanément.
Enfin ce malade n’éprouve ni céphalalgie, ni douleurs ostéocopes. Il ne présente aucun autre symptôme morbide, pouvant être rattaché à la syphilis ou à une autre affection.
M. Ricord diagnostique la présence de tumeurs gommeuses, et prescrit 2 grammes d’iodure de potassium par jour, ainsi que l’application locale de la teinture d’iode pure, deux fois par jour. Dix jours après l’admission du malade à l’hôpital, ■ les accidents nerveux ont complètement disparu ; les tumeurs ont diminué de plus du tiers de leur volume.
Deux mois et demi de traitement ont suffi pour faire entièrement résorber les tumeurs; néanmoins il fut conseillé au malade de continuer l’iodure de potassium pendant deux autres mois.
Réflexions. — Nous devons d'abord faire remarquer, à propos de cette observation, la localisation de la diathèse syphilitique (s’il est permis de s’exprimer ainsi), qui ne donna la preuve de son existence que par une manifestation unique. C’est là un caractère fréquent de la a diathèse syphilitique, lorsqu’elle est d’ancienne date. Ces 3| tumeurs étaient accessibles aux sens ; aussi a-t-on pu les ^ reconnaître facilement. Mais qu’on suppose, pour un i instant, qu’elles se fussent développées dans l'encéphale, i
OBSERVATIONS
et l’on verra de quelles difficultés, presque insurmontables, en serait entouré le diagnostic.
Les accidents nerveux, dont l’avant-bras et surtout les deux derniers doigts étaient le siège, s’expliquent très- - aisément par la compression exercée sur les nerfs de ces parties par les gommes. La disparition de ces phénor| mènes, en même temps que les tumeurs se sont résorbées, nous fournit une preuve convaincante de cette 5j relation de cause à effet. Enfin, sans parler de la médi- 5j cation spécifique, instituée à l’hôpital militaire, et dont les lj| détails nous manquent, ce malade subit, dix ans plus tard, un traitement complet dans le service de Vidal.
[Malgré ce nouveau traitement, 11 ans après, il y eut réapparition de tumeurs gommeuses, qui ont de nouveau t disparu par la médication iodée. Voilà donc deux réci- D dives, après une longue période de guérison apparente; D cependant la diathèse persistait à l’état de puissance, I prête à éclater à la première occasion. Rien donc ne permet d’espérer que ce malade sera, à l’avenir, à l’abri de nouveaux accidents.
Observation XLIII. — Tumeurs gommeuses de l'avant-bras et du bras gauche. Epanchement plastique dans le deltoïde; compression de plusieurs cordons nerveux ; diminution de la motilité du membre; conservation de la sensibilité ; douleurs nocturnes très-intenses sur le trajet des nerfs médian, cubital et circonflexe ; perte du sens de l'activité musculaire. — Amélioration très-notable, après quelques jours de traitement par Viodure de potassium.
I.a nommée Collard, repasseuse, âgée de 28 ans, non mariée, entre à la Pitié, salle Sainte-Geneviève, n® 35, service de M. Becquerel, le 24 décembre 1858. La menstruation, établie chez elle à 14 ans, a toujours été régulière. La malade jouit habituellement d’une bonne santé. Il y a deux ans et demi, elle
fit une fausse couche, au cinquième mois de la grossesse. L’avortement ne fut précédé, ni d’hémorrhagie, ni de douleurs, en un mot, d’aucune cause appréciable. La mère se portait très-bien à cette époque; l’enfant était mort plusieurs jours avant son expulsion et se trouvait dans un étal de putréfaction assez avancée. Collard nous assure n’avoir jamais eu d’accident vénérien ; elle n’aurait jamais eu ni chancre, ni écoulement, ni douleurs arlhralgiques ou autres pouvant se rattacher à la syphilis ; pas d’alopécie, pas de mal de gorge. Elle n’aurait jamais remarqué sur elle une éruption cutanée, pas plus que l’engorgement des ganglions lymphatiques d’une région quelconque. Quelquefois elle a eu des céphalalgies violentes, sur lesquelles elle ne donne que des renseignements incomplets. Enfin son amant n’aurait jamais eu d’affection vénérienne. Il y a trois mois qu’elle éprouva une douleur vive dans la direction du nerf sciatique droit, douleur qui céda à l’application de quelques vésicatoires.
Quelques jours plus tard, elle s’aperçut, par hasard, qu’elle portail une petite tumeur de la grandeur d’un pois, à la face antérieure et à la partie inférieure du radius gauche, à l’endroit où l’on explore le pouls. Cette tumeur, qui existe encore, était alors complètement indolente, immobile, non fluctuante et attachée à l’os, pour nous servir de son expression. La peau n’offrait aucune altération et n’adhérait nullement à la tumeur. Dans l’espace de quelques semaines, le volume de cette grosseur avait beaucoup augmenté. La malade éprouvait des engourdissements et une telle diminution dans la force de la main qu’elle ne pouvait soulever son fer à repasser. Un peu plus tard, elle eut des douleurs nocturnes, dans les os de l’avant-bras et dans l’épaule; lorsque ces douleurs étaient vives, elles se propageaient dans toute la longueur du membre, jusqu’à l’extrémité des doigts. Ces douleurs devinrent, au bout de quelque temps, tellement violentes, pendant la nuit, qu’elles l’empôchaienl de dormir. C... quittait son lit et se promenait pendant plusieurs heures. Elle fil également la remarque que, pendant le jour, lorsqu’elle était exposée à la chaleur de son fourneau, elle éprouvait les mêmes souffrances et tout aussi violentes. On lui conseilla de s’envelopper le membre avec de la laine; mais elle soufl'rait telle-
ment par la chaleur, qu’il lui lut impossible de suivre longtemps ce conseil. Au contraire, l’expérience lui avait appris de calmer ses souffrances, en exposant à l’air son bras complètement nu.
Un mois environ après qu’elle eût remarqué la première i tumeur, C... s’aperçut d’une autre, située au-dessus de l’épilro- 1 chiée du môme côté (gauche) ; elle était immobile, adhérente ; à l’os et du volume d’une noisette. Elle grossit progressive- ! ment et acquit, en quinze jours, le volume qu’elle présente au- ]jourd’hui. Depuis quitizc jours également, elle y ressent des I élancements, dont la tumeur du radius n’a jamais été le siège.
État actuel (27 décembre 1858). A l’extrémité inférieure de l’avant-bras gauche, en dehors du tendon du grand palmaire, à l’endroit où l’on explore le pouls, on trouve une tumeur I ovalaire, appliquée sur l’os par sa face plane, tandis que par sa : face convexe elle fait saillie sous la peau, non adhérente à la tumeur. Les dimensions de la tumeur sont de deux centimètres . et demi de longueur, sur deux de largeur. Elle commence ; à un demi-centimètre au-dessus de l’articulation du poignet et se prolonge obliquement, jusqu’au bord externe du radius.
Située en dehors du tendon du grand palmaire, ainsi que nous l’avons dit, la tumeur semble en être séparée par une rainure assez profonde. Il y a lieu cependant de croire qu’elle passe au-dessous de ce tendon en lui adhérant. En effet, lorsque la malade veut fléchir fortement la main sur l’avant-bras, ce à quoi elle ne parvient qu’incomplétement, la tumeur est soulevée et portée manifestement en avant. En môme temps une douleur assez vive se fait sentir dans son voisinage. Les battements de l’artère radiale sont perçus au-dessus de la tumeur; ils sont semblables ù ceux du côté opposé. Enfin cette tumeur est rénitente, immobile, adhérente au radius. Elle présente, à cause de sa rénitence, une fausse mobilité ; elle n’est pas douloureuse spontanément ; mais une pression, môme médiocre, y développe une douleur qui remonte jusqu’à l’épaule et qui s’étend d’autre part jusqu’à la face antérieure des trois premiers doigts, y comprise la moitié externe I de l’annulaire. Ainsi en décrivant le trajet de ses douleurs, la I malade nous indique avec la main la distribution finale du nerf i radial, dont le tronc passe (comme on le sait) à l’endroit môme
OÙ siège la tumeur. Fréquemment dans la nuit, parfois môme dans la journée, la malade éprouve des douleurs d’irradiation, pareilles à celles que nous venons de déterminer, la tumeur elle-même restant indolente. Une seconde tumeur siège au côté interne et inférieur du bras du môme côté, à un centimètre environ au-dessus de l’épitrochlée ; elle est grosse comme un œuf de poule et ovoïde suivant le bord interne de l’humérus; par conséquent elle est située en dedans de l’artère humérale, dont elle est distante d’un centimètre et demi environ. Elle est parfaitement distincte du biceps; il est facile de lui imprimer des mouvements d’avant en arrière ; mais si l’on embrasse la tumeur entre trois doigts, appliqués en dedans et en arrière (le long du bord interne de l’humérus), et le pouce posé à sa partie antérieure, on y sent un large pédicule, qui en mesure toute la hauteur. On acquiert alors la notion que cette tumeur, développée sur l’humérus ou sur son. périoste, s’est réfléchie en avant, à mesure qu’elle augmentait de volume, mais qu’elle reste toujours adhérente à la charpentedu bras. Enfin, cette tumeur estfranchement fluctuante, depuis quinze jours ; elle était dure et rénitente auparavant. La pression y détermine des douteurs très-vives qui remontent, le long de la face interne du bras, jusqu’à l’aisselle et t’épaule, et descendent, en suivant le côté interne de l’avant-bras, jusqu’aux deux derniers doigts. A la face antéro-externe du deltoïde, on sent une augmentation de consistance et de volume du muscle ; la déformation est plus visible à distance si l’on compare les deux épaules. Il y a certainement un épanchement dans la substance du muscle. Quand on presse en dedans du deltoïde (là où se trouvent réunis tous les nerfs du membre thoracique), la malade éprouve des douleurs, qui retentissent dans le bras, l’avant-bras, la main et tous les doigts. Mais des douleurs bien plus intenses et que la malade accuse d’elleméme siègent au-dessous de la gouttière bicipitale de l’humérus, au niveau du col chirurgical de l’os ; à peine touchet-on à cet endroit que G. .. ressent une douleur très-violente qui lui arrache des cris et qui contourne l’épaule en suivant le trajet du nerf circonflexe. La malade peut à peine serrer avec la main gauche; la faiblesse de cette main est telle qu’elle ne s’en sert point. Impossibilité d’élever le bras vers la tôle (par
observations.
défaut de contraction du deltoïde). On ne peut même pas lui imprimer ce mouvement , sans occasionner de vives souffrances, Il Ini est également impossible de porter le bras en arrière; mais elle peut le diriger, non sans difliculté, vers la partie antérieure de la poitrine. Les doigts sont très-mobiles et n’occasionnent aucune souffrance par leurs mouvements. Si l’on procède lentement, l’avant-bras peut être fléchi ; mais j aussitôt qu’il a formé un angle aigu avec le bras, des douleurs :i vives s’opposent à ce que la flexion soit continuée. La seni sibilité est conservée sur toute l’étendue du membre. Le i: membre thoracique droit est dans l’état normal. Nous fermons ( les yeux de la malade, puis nous mettons à plusieurs reprises , le membre thoracique gauche dans diverses positions; jamais elle n’a conscience de la situation du membre. Si l’on répète l’expérience avec le membre du côté droit, elle nous dit de suite dans quelle attitude il se trouve.
Une ou deux fois dans la journée. G... éprouve un tel sentiment de lourdeur dans le membre affecté, qu’elle n’ose le i remuer ; c’est là le prélule d’un accès de souffrance. Dans ces j moments, elle prend son bras avec sa main droite et le place ! à côté du tronc, comme s’il était paralysé. Peu après, les doui leurs commencent au niveau de la tumeur brachiale; elles ; contournent le coude, divergent vers la face interne du bras,
I aux faces antérieure et postérieure de l’avant-bras, de la main i et des doigts ; enfin l’épaule elle-même n’en est point exempte ; I au contraire, c’est dans cette région que G... dit souffrir avec le plus d’intensité, A ces douleurs, que la malade qualifie de crises, succèdent des engourdissements, parcourant tout le I membre. La durée de ces crises est d’un quart d’heure, ou i' d’une demi-heure environ; elles sont plus fréquentes dans I la nuit, époque à laquelle elles atteignent aussi leur maximum de violence. Elles se font sentir peu de temps après que I la malade est dans son lit, et dès que le membre est un peu réchauffé ; elles sont en tout pareilles à celles que nous avons I déterminées par la pression des tumeurs. Les douleurs surviennent avec une intensité telle qu’elles arrachent des cris et des larmes à la malade; aussi reste-t-elle levée et se promène-t-elle dans sa chambre presque toutes les nuits, jusqu à l’aube du jour, époque à laquelle elle peut prendre un peu de
repos. Depuis son enlrée h l’hôpital, elle souffre un peu moins, grâce h l’administration de 5 centigrammes d’extrait thébaïque, qu’on lui fait prendre le soir; mais, malgré le narcotique, son sommeil est interrompu par ces accès de douleurs, survenant une dixaine de fois par nuit. Lorsqu’elle est réveillée, par un accès de douleur, elle cherche le membre thoracique avec la main droite, pour se rendre compte de sa position. Pendant que nous prenions cette observation, nous avons remarqué quatre fois des spasmes des doigts et de la main. Ce sont de légers mouvements de flexion, rapidement répétés, puis disparaissant; les trois premiers doigts en sont plus fréquemment le siège. Au dire de la malade, ces spasmes surviennent assez souvent; quelquefois la main, le membre thoracique môme tout entier est agité par des mouvements convulsifs.
Traitement. — lodure de potassium, 1 gramme par jour. La dose du médicament fut portée successivement jusqu’à. 2 et 3 grammes.
9 janvier. — Amélioration très-remarquable : les douleurs ont considérablement diminué; G... peut mouvoir son bras gaucbe, dans tous les sens, sans souffrir; les tumeurs de l’avant-bras et du bras se sont considérablement réduites.
11. — La malade quitte l’hôpital. La tumeur de l’avantbras- ne conserve que le quart du volume qu’elle offrait avant le traitement. Celle du bras n’est plus fluctuante et présente le volume d!une grosse noix. La pression n’y détermine que fort peu de douleurs. La malade n’a plus d’accès. Depuis deux jours, elle dort tranquillement. Elle peut exécuter sans peine tous les mouvements des doigts, de la main, et de l’avant-bras; il lui est cependant encore difficile de porterie bras vers la tôle. La main gauche peut serrer les objets incomparablement mieux qu’elle ne pouvait le faire, au moment de l’admission de la malade à l’hôpital, en un mot, il existe une amélioration très-notable. C... se croit presque guérie, et refuse de prolonger son séjour dans les salles; elle suivra son traitement chez elle.
Réflexions. — Pour apprécier toute l’importance de cette observation, il faut en étudier attentivement tous
OnSKRVATIONS.
les détails. Nous ne ferons qu’insister rapidement sur les points les plus intéressants.
Il arrive très-souvent, notamment chez les femmes, qu’on ne puisse remonter jusqu’à l’origiile de l’infection . syphilitique. Fréquemment, soit par défaut d’attention,
I soit par mauvaise foi, les malades ne savent ou ne veu- ' lent dire, s’ils ont éprouvé des manifestations syphilitiques antérieures. Dans ces circonstances, l’accident, que ! le médecin constate, est parfois tellement éloquent et déj cisif par lui-même, qu’il rend nuisions les renseigne- I ments fournis par le malade. L’observation qui précède îj se trouve dans ce cas ; ces tumeurs avaient tellement les ij caractères des tumeurs gommeuses, que le diagnostic s’y I' trouvait inscrit en caractères bien visibles. Du reste qu’on i compare cette observation à celle qui précède et on sera !| frappé de la ressemblance, de la similitude parfaite de i| ces deux faits.
L’iodure de potassium, agissant avec tant de rapidité, a I confirmé le diagnostic, en admettant que cette confir- I mation fût nécessaire.
Les accidents nerveux, que cette femme éprouvait, i étaient tout simplement consécutifs à la compression des nerfs du membre thoracique, par les tumeurs. Mais, sans l’épanchement plastique qui existait dans le deltoïde,
' dont il dépassait le bord antérieur, on n’aurait pu se rendre compte de l’impossibilité dans laquelle se trouvait la malade de porter le bras vers la tête et en arrière; on ne s’expliquerait pas plus facilement cette douleur spontanée ou provoquée par la pression, qui suivait si exactement la direction du nerf circonflexe.
La grande faiblesse des doigts, les mouvements spasmodiques, dont ils étaient le siège, les douleurs vives sous forme d’accès atroces, ayant lieu aussitôt que la
28G troubles de la sensibilité et du mouvement.
malade couvrait et récliauffait son membre, sont autant | de points curieux de cette observation. '
Avant de finir, nous devons insister sur le défaut d’appréciation de la position qu’occupait le membre affecté; trouble nerveux bien remarquable et rare. La malade avait si peu conscience de la place, et de la direction dans lesquelles il se trouvait, que pendant ses crises nocturnes, elle le cherchait dans l’obscurité avec la main droite. Elle aurait certainement pu le mouvoir, pour juger de sa position, mais elle était arrêtée par la crainte d’exaspérer ses souffrances.
En un mol, c’est là un des curieux exemples des plié- < nomènes nerveux, que les tumeurs syphilitiques peuvent j déterminer, en comprimant les cordons nerveux qui les j avoisinent. •
Observation XLIV. — Rétraction musculaire syphilitique, avec paralysie incomplète de la sensibilité et du mouvement.
F..., âgé de 42 ans, tailleur de pierres, entre le 22 janvier 18S0, à l’hôpilal Saint-Louis, salle Napoléon, service de M. Cazenave. Cet homme jouit habituellement d’une trèsbonne santé; il n’a jamais eu de maladie assez sérieuse pour ' l’obligera garder le lit, en dehors des accidents syphilitiques dont il a été la victime. Jamais il n’a eu de douleurs rhuma- i lismales, soit dans les articulations, soit ailleurs. Il n’a jamais eu de blennorrhagie. En 1833, il contracta des chancres, pour . la première fois. Ils furent pansés avec une pommade blanche.
Il prit une tisane dont il ignore la composition. Pas de pilules.
Au bout de deux mois, ses chancres étaient guéris. Il n’a éprouvé à la suite, aucun accident consécutif.
En 1836, étant à la Martinique, il contracta de nouveaux chancres; il se fit soigner par une mulâtresse qui lui donna certains breuvages dont il ignore la composition. Il les prit d’une manière très-irrégulière. Ses chancres guérirent au bout de deux ou trois mois. Pas d’accidents consécutifs.
OBSERVATIONS
En 18-il, nouveaux chancres. Il fut alors obligé d’aller à pied de Loiienl à Nantes. Les ganglions de l’aine droite s’enflammèrent, et, un mois après le début des chancres, il dut entrer à l’hôpital de Nantes avec un bubon qui fut ouvert. Les chancres ont été pansés avec de la charpie. F... prit une tisane I dont il ignore le nom; mais pas de pilules. 11 quitta l’hôpital ) au bout de cinquante-sept jours. La guérison a donc eu lieu I trois mois après le début du chancre. Après sa sortie de l’hôi pilai, il était resté un peu d’induration au niveau des cicai trices des chancres ; mais il ne peut dire pendant combien I de temps cette induration a persisté. Pendant les années qui il suivirent ces accidents, la santé du malade fut très-bonne; il i n’eut ni maux de gorge, ni douleurs ostéocopes, ni alopécie.
IEn 1845, au milieu de la plus parfaite santé et sans cause appréciable, une éruption de taches rouges, sans prurit, se déclare sur la figure et sur les cuisses. En môme temps, F... éprouve des douleurs limitées au bras droit, revenant de préférence la nuit et l’empêchant de dormir; puis le bras augmente graduellement de volume. Le malade n’avait ni piqûre ni plaie à la main. Quinze jours après le début de l’éruption et huit jours après le gonflement du bras, il fut admis à l’hôpital d’Alençon; son bras était alors enflé depuis l’épaule jusqu’au bout des doigts ; il avait environ le double de son volume normal. Il présentait à sa surface de grandes places de psoriasis dont on voit encore les traces. Le membre était pour ainsi dire paralysé; pour lui imprimer un mouvement quel- |l conque, le malade était obligé de le saisir avec la main gauche. 1 On lui pratiqua plusieurs saignées ; on lui fit faire sur le < bras, des frictions stimulantes, et plus tard des frictions avec ^ l’onguent napolitain sur les cuisses, jusqu’à amener la salivai tion. Il prit en môme temps du sirop de Larrey. Au bout de I trois mois, il quittait l’hôpital d’Alençon. Les plaques de son ; psoriasis étaient dans le môme état; mais il n’avait plus de ' douleurs nocturnes dans le bras, qui était désenflé. Il n’avait aucune force dans les doigts de la main; mais il pouvait bien élever le bras et plier le coude. Il y avait donc une grande amélioration sous ce rapport. 11 vint alors à Paris, c’était vers la fin de 1845; il resta trois ou quatre mois dans le service de M. Cazenave, qui lui fit prendre des pilules de proto-iodure
de mercure el des bains de vapeur. A celte époque, le petit doigt et l’annulaire de la main droite demeuraient fléchis dans le creux de la main; mais avec la main gauche le malade pouvait facilement les redresser sans douleur; lorsqu’il cessait . de les maintenir étendus, ils se fléchissaient de nouveau. En môme temps, la sensibilité commençait à devenir très-obtuse, à la partie interne de l’avanl-bras et au petit doigt. Obligé de quitter le service de M. Cazenave, pour cause de réparation de salles, il rentra chez M. Devergie, qui lui fit prendre des pilules de calomel el plusieurs autres espèces de pilules (dont il ignore la composition), ainsi que des bains de sublimé et des fumigations de cinabre.
Au bout de cinq ou six mois, il sort de chez M. Devergie dans : l’état suivant : les plaques de psoriasis avaient complètement i disparu; elles ne laissaient que des traces peu marquées; i l’état général était très-bon. Il n’y avait plus de douleurs noc-lûmes dans le bras; mais le petit doigt et l’annulaire de la)| main droite étaient complètement fléchis dans la paume de lai main, elle malade ne pouvait plus les redresser; en outre, lesmuscles situés entre le premier et le second métacarpien s’étaient atrophiés insensiblement. Depuis celte époque, il a toujours été bien portant et a pu reprendre son travail de tailleur de pierres. Il y a trois mois, étant à Cherbourg (em- iï prisonné dans les forts, depuis juin 1848 et exposé à l’humi- i î dilé), les plaques de psoriasis ont reparu. En môme temps, desdouleurs, plus vives la nuit que le jour et empêchant le som-meil, sont revenues dans l’épaule, le coude et le poignet droit.
Au bout d’un mois, il fut gracié, revint à Paris et rentra à l’hô- ■ pilai. Depuis son entrée, on ne lui a fait subir aucun traitement. Les douleurs nocturnes ont quitté l’épaule et le coude; mais ■ elles ont persisté au poignet et se sont manifestées aux malléoles et aux talons. Étal du malade, le 28 mars : sujet de taille moyenne et bien constitué; muscles bien développés; pas de cicatrices de scrofules; il n’a jamais eu d’angines prolongées. Depuis quatre ans, il perd ses cheveux; mais principalement depuis quelques mois. Le front et le sinciput en sont dépourvus. Sur les parties latérales du cou, il y a des ganglions cervicaux plats, roulant sous les doigts. Sur les parties latérales de la base du gland, on aperçoit quelques traces de cicatrices.
OBSEIIVATIONS. 289
qui ne présentent pas la moindre induration. Dans l’aine droite ( existe la cicatrice du bubon qu’il a eu en 1841. Pas d’exostoses i ni de tumeurs gommeuses sur les bras, ni sur les jambes. Il : porte de larges plaques de psoriasis, de grandeur et de forme j variables. Quelques-unes sont grandes comme trois ou quatre fois la main; elles présentent une très-légère saillie au-dessus du niveau de la peau; leur surface, d’un rouge obscur, cuivré, offre une légère desquammation furfuracée. ’
La circonférence des grandes plaques offre une teinte plus foncée que le reste; le centre, au contraire, est plus pâle, et, dans quelques-unes, la peau est revenue à sa couleur naturelle. Sur le tronc, il y a aussi quelques plaques de psoriasis; mais elles sont beaucoup plus petites. Enfin il en existe à la face, principalement sur le front. Dans ce dernier point elles offrent une grande saillie et sont dépourvues de petites squammes, que l’on observe sur les autres. Ces plaques ne sont le siège d’aucun prurit. Le malade est droitier; ses deux avant-bras comparés ensemble sont égaux en volume et ne présentent pas de différence appréciable. A droite l’annulaire elle petit doigt sont complètement fléchis dans le creux de la main. Si l’on cherche à les étendre, on peut ramener le petit doigt dans une position telle, que la seconde et la troisième phalange fassent un angle droit avec la première; pour l’annulaire on arrive au même résultat, seulement l’angle est plus ouvert; il peut avoir 110®. Dans ce mouvement, on tend parfaitement les tendons fléchisseurs de ses deux doigts, et on leur fait faire une légère saillie dans le creux de la main. Les articulations du petit doigt et de l’annulaire ne sont nullement ankylosées. Dès que l’on cesse de maintenir ces doigts dans l’extension, ils retombent de suite dans leur état de flexion complète. Cette extension forcée ne cause aucune douleur au malade. Le doigt médius commence à se fléchir un peu; si l’on cherche à l’étendre, on voit saillir son tendon dans le creux de la main et on cause un peu de douleur sur le trajet de -ce dernier, au-dessus du
3 poignet. La pression sur le trajet des muscles fléchisseurs n’est nullement douloureuse, aux parties latérales de la seconde phalange. Les deux autres doigts jouissent de tous leurs mou- II vements, et lorsqu’on dit au malade de les étendre, on sent y, tous les extenseurs se contracter; leurs tendons font saillie à Zambaco. Cl
290 TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DU MOUVEMENT. f
la face dorsale de la main. Les faisceaux musculaires qui ré- ^ pondent aux tendons- extenseurs et fléchisseurs de l’annulaire .i »ît du petit doigt ne paraissent pas atrophiés; du moins on ne n peut constater aucune dépression, aucune perte de substance .■ ) dans le point qu’ils occupent k l’avant-bras.
Avec les trois premiers doigts il serre la main avec la même >c énergie que du côté opposé. Les mouvements du poignet et du bras sont parfaitement libres. En considérant la face dor- 4 sale de la main, on remarque une dépression très-notable entre M les deux métacarpiens. Cette dépression est produite par l’a-' ^ Irophie des muscles de cette région. L’éminence thénar, com- ^ parée à celle de la main gauche, ne présente qu’un léger I6 aplatissement; de telle sorte que toute la perle de substance y. a lieu aux dépens de la face dorsale de l’espace interosseux. 9 Dans les mouvements d’adduction, on ne sent aucun muscle |l se contracter dans le premier espace interosseux. Cependant î le pouce peut-être complètement ramené contre l’index. Ce mouvement paraît dû à la contraction du court adducteur et du long fléchisseur; car en môme temps la première phalange est un peu fléchie. La sensibilité des deux tiers inférieurs du bras, de tout l’avanl-bras et de la main est obtuse. Cependant une piqûre d’épingle y détermine de la douleur. Dans la moitié interne de l’avanl-bras, sur toute l’étendue du petit doigt et sur le côté interne de l’annulaire, il y a une insensibilité complète à la piqûre. Dans tout le reste du corps, la sensibilité est 1 parfaitement normale. Quelques jours après, ce malade sortit = de l’hôpital, sur sa demande (1).
Réflexions. — Un point qui doit attirer de prime abord notre attention, c’est la multiplicité des accidents vénériens primitifs, à des époques variées, et la difficulté m dans laquelle on se trouve pour découvrir celui qui a fi infecté l’économie. Quoi qu’il en soit, la’diatlièse syphi- -* litique est prouvée par les éruptions cutanées et par *1 l’épanchement plastique musculaire. Le traitement spécifique fit disparaître les douleurs et dégonfler le membre. 9
(1) Archives de la Société médicale d’observation.
OBSERVATIONS
Le malade pouvait imprimer des mouvements à son bras et à son avant-brasj mais les mouvements variés et délicats des doigts n étaient guère possibles. En présence d’une diminution si notable de la myotilité, il est impossible de ne pas penser h la compression des nerfs du membre supérieur, par répanchement plastirpie. Peutêtre les troncs nerveux ont-ils été compris et englobés I dans cette abondante exsudation, qui augmenta le volume du membre thoracique à un point tel qu’à l’hôpital d’Alençon on traita d’abord le malade comme affecté ; d’un phlegmon diffus.
Après un traitement spécifique de trois mois, les doigts I ont recouvré leur usage, excepté l’auriculaire et l’annuiilaire. Cette paralysie limitée, jointe à l’insensibilité de i; l’auriculaire, du côté interne de l’annulaire et de la face r interne de l’avant-bras, dénote certainement une lésion î du nerf cubital.
j L’inaction prolongée de ces doigts finit par atrophier îles muscles correspondants. Quant à la flexion forcée, l’ qu’on ne pouvait à la fin surmonter qu’incomplétement I et en développant une force considérable, peut-être était- I elle consécutive à l’inertie et à la rétraction des tendons ’ fléchisseurs, les filets nerveux qui les animent (filets du cubital) étant entravés dans la transmission du principe I du mouvement. Peut-être c’était là l’effet de la rétraction I syphilitique, qui a duré si longtemps ; mais pour se 1 rendre compte de la diminution de la sensibilité du bras, de l’avant-bras et de la main, il faut nécessairement admettre une lésion de presque tous les nerfs du membre thoracique, lésion moins prononcée que celle du cubital.
292 THOUBLËS DE LA SENSIBILITÉ ET DU MOUVEMENT. ^î:
Observation XLV. — Tummr gommeuse de Vaisselle déterminant 4'
des phénomènes de compression des nerfs du membre thoracique.
— Douleurs névralgiques et diminution de la motilité.
Le 10 décembre 1856, entre à la Clinique, service de i, M. Nélaton, salle des hommes n° 7, le nommé A.,, âgé de ■* 67 ans, sacristain au lycée Napoléon.
Son frère est mort subitement. Sa mère succomba, à l’âge | de 72 ans, à une maladie inconnue.
A... s’est toujours bien porté. Il nie avec obstination tout antécédent vénérien. Quinze jours avant sa réception dans le | service, il se présente à la consultation. Il dit être tombé, il y a. quelques jours, sur l’épaule droite et depuis cette époque  souffrir à la partie supérieure du bras correspondant. On ne ï constate aucune ecchymose; M. Nélaton examine l’aisselle et. y découvre une tumeur. C’est alors, pour la première fois, quer X..., avoue éprouver depuis longtemps des douleurs en cet : endroit. Le malade se représente à la consultation, au bout, de deux semaines. Il dit ne pouvoir plus se servir de son bras-: et réclame un lit dans le service. C’est un homme vigoureux, .! n’ayant rien sur la surface du corps, ni sur les muqueuses, i accessibles à l’exploration. Il est vivement préoccupé de son état. Dans l’aisselle droite, il existe une tumeur du volume d’une, grosse noix, allongée, fusiforme, offrant une longueur de- 5 centimètres à peu près, accolée à la face profonde de la partie rétrécie du grand pectoral et au bord interne du biceps; cette ' tumeur occupe le creux axillaire. Elle fait saillie dans la posi-tion élevée du bras; elle est à peine visible dans l’attitude, ordinaire du membre, lorsqu’il tombe verticalement. L’artère axillaire est située au-dessus de cette tumeur. Aussi cette dernière est-elle le siège de forts battements. L’auscultation y fait découvrir un bruit de souffle intermittent. Un frémissement, également intermittent, est senti par le palper.
Le malade accuse une douleur vive autour du col chirurgical de l’humérus, douleur qui rayonne vers l’épaule et que la pression fait naître immédiatement. Souvent, le jour ou la nuit, des douleurs vives parcourent tout le membre, jusqu’à . l’extrémité des doigts. 11 y a en outre un sentiment d’engour- : dissement, depuis l’épaule jusqu’à l’extrémité du membre; '
OBSERVATIONS
I parfois aussi tout le membre est le siège de fourmillements.
I Tout travail manuel est rendu impossible, du côté droit. Le I système veineux du bras est développé. Enfin la compression I de l’artère sous-clavière fait cesser toute espèce de battement ) et de bruit dans la tumeur, qui est élastique et un peu résis- (i tante, sans être molle, ni fluctuante. La peau qui la recouvre IJ conserve ses caractères normaux.
fM. Nélaton diagnostique une tumeur de nature syphilitique, développée postérieurement à l’artère axillaire, dans laquelle Il elle détermine des bruits anormaux par la compression qu’elle P y exerce. Il ordonne en conséquence un gramme d’iodure de ; potassium par jour. Au bout de buit jours le malade n’éprouve l'i plus aucune espèce de douleur. Il veut sortir absolument le 20, r promettant de continuer son traitement et de venir à la consul- (I tation. En effet, il s’y présente le 29 décembre, la tumeur a di- I minué de plus de moitié; il n’éprouve plus aucune douleur (I).
i Réflexions. — On ne peut ajouter grande confiance j, aux dénégations opposées par le malade, questionné sur l’existence d’une affection vénérienne antérieure. Le subterfuge dont il s’est servi, en accusant une chute sur l’épaule , chute qui est incapable de produire une telle tumeur, et lorsqu’il n’y avait aucune trace de violence extérieure, atteste au contraire sa mauvaise foi. Quoi * qu’il en soit, cette tumeur nous semble avoir été syphi- I litique; nous nous fondons pour lui reconnaître une telle I nature, sur ses caractères physiques, sa rapide diminui lion, et sur la disparition des douleurs, qu’elle provoquait,
I dix jours après l’institution du traitement ioduré ; du ' reste, nous devons rappeler que c’est là aussi le diagnostic ! porté par un de nos professeurs, dont l’opinion fait autorité en matière de diagnostic. Nous ferons néanmoins remarquer que le siège de cette tumeur gommeuse est
(l)Nous devons cette observation à l’obligeance de notre collègue le Aug. Voisin.
294 TROUBLES DE LA. SENSIBILITÉ ET DU MOUVEMENT. )l
bien insolite; cependant nous en avons vu se développer jusque sur le cordon testiculaire. • ;
Quant aux'troublcs nerveux, éprouvés par ce malade, b du côté de la sensibilité et de la motilité, ils s’expliquent 19 facilement par la situation de la tumeur à l’endroit où i siègent, juxtaposés, presque tous les nerfs du membre f thoracique. En cela, cette observation se rapproche de celle du n° XLIV.
Observation XLVL — Paralysie des extenseurs des orteils et des fléchisseurs du pied gauche sur la jambe. — Pied dans l’extension. — Orteils demeurant convulsivement fléchis. — Progi'es- 1 sion tres-difflcile. — Constipation. — Dysurie. — Sensibilité i conservée. — Adénopathie cervicale. — Taches et cicatricesd’ecthyma et de rupia.
X... Normand, commissionnaire, âgé de 26 ans, est entré dans le service de M. Ricord, salle R®, lit n® 34, le 30 no- , vembre 1858. 11 y a six ans, il eut une blennorrhagie. Deux, ans après, nouvelle uréthrile. 11 y a un an, il contraeta uii: ehanere sur le rebord du gland et à sa partie supérieure;: l’ulcération dura un mois environ. Au dire du malade, il ne', resta point d’induration. X... n’a pas eu d’adénite; il n’a subi: aucun traitement mercuriel. Quelques mois après, il eut une éruption de gros boutons. Le malade, peu observateur, ne peut 1 ni les décrire, ni nous indiquer si, à une époque antérieure, il ' n’a pas eu d’autres éruptions plus légères. Il n’a éprouvé niij céphalalgie, ni malaise avant l’éruption. 11 n’a jamais éprouvé ! non plus de douleurs dans la continuité des membres, ni au il niveau des articulations. D’après ce qui précède, on voit qu’il . est impossible de savoir, soit le moment précis de l’infection .1 de l’économie, chez ce malade, soit l’époque à laquelle ont débuté les symptômes constitutionnels. X... n’a jamais remarqué que ses ganglions fussent volumineux; mais il se 3 rappelle avoir eu quelques croûtes dans les cheveux. Cette t éruption de gros boutons dura pendant trois mois environ, 1 sans être accompagnée d’aucune démangeaison. Elle disparut ) d’une manière spontanée. X... ne consulta aucun médecin et '
OBSERVATIONS
ne fut soumis à aucun traitement. Deux ou trois mois après, il eut une nouvelle éruption déformé différente, plus profonde, et précédée par de petites tumeurs indolentes, situées dans l’épaisseur de la peau. Jamais de mal à la gorge, jamais i d’accidents du côté de l’anus.
Au mois de juin 1858, il s’aperçut que la jambe gauche ; était un pen faible de temps en temps, et cela plusieurs fois dans la journée. Pendant la marche, lorsque le poids du corps I était transmis par le membre gauche (le membre droit étant détaché du sol), le pied gauche cédait, au lieu de se mainle- I nir rigide. Il y avait alors flexion involontaire de la jambe sur 1 le pied et le malade risquait de tomber. Cet accident ne suri venait d’abord que rarement dans la journée; mais, plus tard, il reparaissait dix ou douze fois. Néanmoins, un ou deuxjours pouvaient se passer sans que cela lui arrivât. D’ailleurs le maladen’éprouvait ni douleurs, ni fourmillements. La jambe droite est toujours restée à l’état normal. Le malade fît la remarque qu’à la môme époque il a commencé à avoir de la constipation, et que l’émission de l’urine devint aussi plus difficile. Pendant trois mois entiers, aucun changement ne s’opéra en lui, ni en bien ni en mal, si ce n’est qu’il n’avait point d’érections; ce qui le préoccupait vivement. Jamais de coït dans la I station debout; jamais de spermatorrhée.
\ Au mois de septembre, le malade remarqua que le genou lui-même* faiblissait et que pendant la marche il traînait la ; pointe du pied. Néanmoins, il pouvait encore, par moments,
: marcher pendant cinq minutes, sans traîner la pointe du pied i gauche; ce qui lui arrivait tantôt le matin, lorsqu’il se levait ' du lit, tantôt dans la journée, après qu’il avait marché pendant
■ quelque temps. Depuis le mois de septembre également, il
■ éprouve des mouvements spasmodiques dans le membre** pelvien gauche ; ces spasmes faibles et rares surviennent surtout
1 dans la nuit et jamais pendant la marche. Sur ces entrefaites il continuait toujours à avoir ses boulons d’eclhyma, disséminés sur tout le corps. Au mois d’octobre il consulta un médecin qui lui ordonna du proto-iodure de mercure et de 1 lodure de potassium.
J’examine le malade le 5 décembre 1858 : son état général est satisfaisant, son teint normal. 11 n’existe aucun souffle
anémique; l’appétit est excellent; constipation tellement opiniâtre que les purgatifs demeurent sans action. Il présente des ganglions cervicaux latéraux et un ganglion occipital.
Il porte de grandes taches d’ecthyma profond et de rupia. L’une d’elles, de la grandeur d’une pièce de 5 centimes, siège sur l’avant-bras droit. Il en existe quatre sur le membre thoracique gauche et une dizaine sur le tronc. De ces taches, les unes sont violacées, les autres cuivrées; on voit enfin des cicatrices irrégulières, blanchâtres, comme étoilées, ressemblant à celles des cautères. Sur les membres inférieurs, nombreuses taches variant, pour la grandeur, depuis celle d’une pièce de 50 centimes jusqu’à celle d’une pièce de 5 francs. Il y en a des violacées , des cuivrées et des cicatrices blanches, comme celles décrites plus haut. En un mot on voit sur ce malade les traces de plusieurs éruptions successives. L’examen des organes génitaux n’y fait rien constater. Les ganglions inguinaux sont engorgés, notamment ceux du côté droit. Le contact et le pincement sont aussi bien sentis à droite qu’à gauche. La plante du pied gauche supporte facilement le chatouillement; à droite, au contraire, il lui est très-désagréable. Aussi le malade retire-t-il immédiatement le pied. La sensibilité à la température et à la pression est conservée des deux côtés. Il en est de môme de la sensation de l’activité musculaire ; il apprécie parfaitement la résistance du sol. Le malade ayant les yeux fermés porte les membres à volonté dans tous les sens et mesure parfaitement l’étendue de ses mouvements; il a aussi conscience de leur position et de leur attitude, quand on les déplace passivement. Les mouvements spasmodiques n’ont lieu que dans le membre pelvien gauche. Nous ne trouvons aucune différence dans la température des deux membres; néanmoins le malade sent le pied gauche plus froid. Lorsqu’il s’appuie uniquement sur le pied droit, il peut y rester pendant longtemps et comme dans l’état normal; mais il ne peut en faire autant avec le pied gauche. Au bout d’une ou deux secondes, il est menacé de tomber. La jambe fléchit alors sur le pied et la cuisse sur la jambe, de manière que le malade est obligé de chercher un appui sur le membre droit qu’il met à terre. Lorsqu’il marche, il traîne le pied gauche; de façon que le pied, étant
OBSERVATIONS
i dans la demi-extension, les orteils, convulsivement fléchis sur le pied, touchent toujours le sol. La jambe est égalei ment fléchie sur la cuisse; mais une fois le membre gaui che pl^acé au-devant du droit, dans l’acte de la progression,
■ le malade lui transmet le poids du corps en boitant et le pied devient horizontal. Cependant il faut qu’il place aussitôt le membre droit au-devant, ou à côté du gauche, sans quoi X... est menace de tomber. Pour faire comprendre, autant que possible, les troubles de la motilité chez ce malade, il faut faire observer que, lorsqu’il marche lentement I et que le pied gauche doit, en se redressant sur sa pointe, se détacher progressivement du sol, ce pied gauche fléchit sur la jambe, par défaut d’action sufflsante des extenseurs du pied i sur la jambe; le malade fait alors un faux pas et risque de ' tomber.
Quand le 'malade est dans le décubitus horizontal, les or- I teils sont toujours fortement fléchis sur le pied. Avec quel- ; ques efforts on parvient à les étendre un peu; mais il est imj possible de les rendre rectilignes. Le pied ne peut être fléchi ! sur la jambe. Aussi reste-t-il dans une position voisine de 1 celle du pied équin. . Les muscles du mollet paraissent s’op- I poser, par' leur contracture, à la flexion du pied. Du côté droit,
I le malade exécute librement tous les mouvements. Enfin il I fléchit, étend, relève librement les cuisses.
La percussion et la pression sur la colonne vertébrale ne I font constater aucun point douloureux. Il n’existe nulle part I de douleurs spontanées, ni de déformation; pas de zone de I constriction abdominale. Constipation très-opiniâtre. La ves- ! sie est très-paresseuse; le malade est obligé d’attendre pen- I dant une minute environ, pour que le jet de l’urine s’étabüsse, bien qu’il éprouve le besoin pressant d’uriner.
Les membres supérieurs conservent leur motilité et leur I sensibilité normales, ainsi que tout le reste du corps ; pas de : céphalalgie, point d’accident cérébraux. Le malade ne s’est
jamais exposé à l’intoxication saturnine.
Traitement. — Un gramme d’iodure de potassium par jour, dans 100 grammes de julep, dont la moitié sera prise le matin ' et l’autre moitié le soir. La dose du médicament est portée successivement â 4 grammes par jour.
298 TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DU MOUVEMENT. f/
Le 15 décembre, nous constatons que les orteils ne sont K plus aussi spasmodiquement fléchis sur le pied et qu’ils se ' a laissent étendre passivement; mais aussitôt qu’on les abandonne, ils retombent dans la flexion. X... ne peut ni les^éten- L' dre volontairement, ni fléchir le pied sur la jambe. Quand il i cherche à obtenir cet effet, si l’on embrasse avec la main la ii face antérieure de la jambe gauche, on ne sent pas les mus- |i des de cette région se contracter énergiquement.
Le 29 décembre, il peut étendre les orteils sur le pied et i fléchir légèrement celui-ci sur la jambe; le pied n’est plus I dans l’extension forcée pendant le repos. Le malade marche | un peu mieux. Vésicatoire sur la partie postérieure de la cuisse.
Le 27 janvier, nous revoyons le malade. Depuis au moins quinze jours, nous dit-t-il, il peut bien fléchir et étendre le pied. C’est ce qu’il fait avec facilité devant nous; il marche assez bien; le pied ne traîne plus autant par terre; mais la jambe gauche est toujours plus faible, comme engourdie, et parfois le genou fléchit involontairement pendant la marche.
Les taches syphilitiques existent toujours, mais elles sont ' plus claires. Celles qui étaient violacées sont bistres. La miction est physiologique; il y a toujours de la constipation. A partir de cette époque nous avons perdu le malade de vue.
Réflexions. — La syphilis constilulionnelle existait chez ce malade depuis un an. Elle a produit des symptômes physiologiques tellement peu prononcés, qu’il n’a pas même reconnu en être atteint; aussi resta-t-il sans aucun traitement, jusqu’à l’époque à laquelle est survenue la paralysie de la jambe gauche. i
S’il n’existait pas chez ce malade des phénomènes morbides du côté de la vessie et du rectum, on serait en I droit d’attribuer l’affection du membre pelvien à une lésion locale des nerfs, peut-être à une compression exercée sur le sciatique. Mais, outre que cette compression 1 aurait déterminé des douleurs névralgiques, à en juger i du moins par les faits qui nous sont connus, elle n’aurait pu troubler, ni les fonctions de la vessie, ni celles du
OBSERVATIONS
rectum. Il faut donc remonter plus haut, et jusqu’à la moelle épinière, pour chercher le siège de la maladie. Mais on doit admettre nécessairement que la partie delà moelle d où émanent les nerfs du membre droit n’a subi aucune altération.
L’aflection du membre serait-elle indépendante de la syphilis? N’y aurait-il qu’une coexistence pure et simple, et s’agirait-il, par exemple, d’une affection rhumatismale des muscles? Il est à regretter que nous n’ayons pu suivre, jusqu’à la fin, les effets de la médication, chez ce malade. Mais, outre que les antécédents et la filiation des diverses manifestations diatliésiques plaident en faveur du diagnostic que nous sommes porté à admettre, les symptômes du côté de la vessie et du rectum éloignent l’idée d’un rhumastime des muscles du membre pelvien. Chez ce malade, il n’existait ni douleur ostéocope, ni déformation de la colonne vertébrale, en un mot, aucun signe qui permît de supposer l’existence d’une exostose du rachis.
Observation XLVII. — Paralysie du membre supérieur droit, due Cl la compression de certains filets des plexus cervical et brachial par une exostose syphiliticiue (1).
Un homme d’environ 34 ans est admis dans le service de M. Nélaton, à l’hôpital des Cliniques, pour y être traité d’une paralysie du membre supérieur droit. Cet homme d’une constitution assez bonne, avait, comme soldat de la marine, habité pendant quelque temps une de nos colonies. Jamais il n’avait subi d’atteinte de cette colique sèche que l’on observe quelquefois chez les marins. Il nous raconte que quelques jours avant son entrée à l’hôpital, il s’est réveillé un matin complètement paralysé du membre supérieur droit, sans douleur aucune, alors même que l’on imprimait des mouvements à son bras. Il n’éprouva d’abord que du fourmillenient et de 1 engour-
(1) Mémoires de la Société de chirurgie, année 1852, par M. Debout.
dissement dans les doigts et une sensation de froid dans tout le membre. Trois ou quatre jours après le début de la paralysie, il commença h sentir une douleur lancinante, limitée à la région de la clavicule droite. Cette douleur se montra d’une manière intermittente et peu intense. La paralysie, qui d’abord avait atteint tous les muscles du membre, s’était ensuite localisée dans les muscles qui meuvent le bras sur l’épaule. Dans un premier examen, on crut à une paralysie du deltoïde. L’exploration par l’électricité révéla qu’une partie du trapèze du grand dentelé, du deltoïde et du grand pectoral ne se contractait pas sous son influence. Comme conséquence, on éloigna l’idée d’une lésion cérébrale et l’on soupçonna une lésion de la moelle ou des nerfs qui animent ces divers muscles. A un examen plus minutieux, on constata dans la région cervicale droite et au niveau de l’émergence des nerfs qui constituent le plexus cervical et brachial, l’existence d’un point très-sensible à la pression qui y déterminait une douleur s’irradiant dans tout le membre supérieur. C’était aussi dans ce point de la colonne vertébrale que le malade rapportait les douleurs lancinantes qui lui revenaient irrégulièrement et spontanément.
Traiter l’alTection locale, cause de la paralysie était la première indication à remplir; M. le professeur Jarjavay, remplaçant M. le professeur Nélaton, fit appliquer un vésicatoire sur la région postérieure du cou et pensa que l’électrisation des muscles paralysés pourrait jusqu’à un certain point entretenir leur vie locale ou diminuer le dépérissement inévitable des muscles qui ne recevaient plus librement l’influx nerveux. Mais ni le [vésicatoire, ni l’électrisation, ne purent'arrêter la marche de l’atrophie musculaire ; les douleurs primitivement intermittentes et limitées à la région cervicale, devinrent continues et s’irradièrent dans tout le membre en s’exaspérant la nuit. Un mois environ après l’entrée du malade à l’hôpital, monsieur le professeur Nélaton reprit son service. En cherchant la nature de l’affection, il trouva dans l’histoire du malade une infection syphilitique, et pensa alors qu’une exostose, exerçant une compression sur les racines des plexus cervical et brachial, pouvait bien être la cause de la paralysie; l’apparition d’une roséole syphilitique vint confirmer le diagnostic. Un traitement
OBSERVATIONS
spécifique fut institué. En peu do jours les douleurs disparurent, puis la paralysie diminua progressivement, dans les muscles qui n avaient pas ou qui avaient peu perdu de leur contractilité électrique.
Réflexions. — Cette observation , très-intéressante d’ailleurs, manque de détails, surtout relativement à la maladie syphilitique qui a infecté l’économie. Quoique la suite de l’histoire du malade donna raison au diagnostic posé par le savant maître, guidé par sa vaste expérience, l’observation ne nous dit pas sur quoi ce diagnostic a été basé. Nous devons en outre indiquer une grande anomalie, relativement à l’évolution des symptômes de la syphilis; nous voulons parler de la roséole qui serait venue confirmer l’existence d’une exostose. En un mot, la guérison du malade par la médication spécififique, et notamment le talent de l’auteur du mémoire, dont tout le monde reconnaît les rares qualités d’esprit et d’observation, font moins regretter l’absence de quelques détails qui compléteraient la narration du fait qui précède.