CHAPITRE IL
DES CONVULSIONS SYPllI LITIQUES.
La syphilis détermine de plusieurs façons des mouvements convulsifs cloniques.
Un de nos malades, dont l’observation se trouve relatée à la fin de ce chapitre (Observation XLIX), fut atteint de convulsions, au début de la diathèse. Elles ont annoncé, en quelque sorte, le premier exanthème, et ont persisté après son apparition. Commençant toujours la nuit, elles semblaient être déterminées par les douleurs violentes que le malade éprouvait en ces moments-là. Elles résistèrent au chloroforme, et furent rapidement guéries par les mercuriaux.
Nos malades hystériques offraient aussi quelques mouvements convulsifs qui seront décrits à propos de cette névrose. Il en sera de même des convulsions épileptiques ou épileptiformes : nous en parlerons à propos du mal caduc.
Les convulsions ont été rarement observées chez nos paraplégiques. L’absence de ce symptôme contribua maintes fois à éloigner de notre pensée le soupçon d'une compression.
L’observation XL'S III nous offre un exemple remarquable de mouvements convulsifs, occupant la moitié du corps. Ces convulsions n’étaient pas accompagnées de
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; perle de connaissance. Elles survenaient à la suile du I moindre mouvement de rotation de la tête. La nuque 1 était en même temps le siège d’pne douleur excessive- I ment violente. Ce malade avait un ozène syphilitique, j dont il guérit, ainsi que de tous les autres accidents, par I les spécifiques.
Dans plusieurs affections cérébrales, des mouvements spasmodiques se déclarent en même temps que d’autres I phénomènes morbides. On les observe surtout lorsqu’il ' y a inflammation de la matière cérébrale, autour d’une tumeur gommeuse, par exemple (Observation XXVI).
Enfin, dans notre chapitre sur les paralysies sans lé- I sion, on verra un cas de trismus et de contracture, c’est- ! à-dire de convulsions toniques dont aucune altération matérielle n’a expliqué le mécanisme.
Chez les enfants qui succombent à la cachexie syphilitique, les convulsions viennent fréquemment abréger l’existence. M. Mayr, médecin d’un hôpital d’enfants à Vienne, a décrit avec soin les accidents cérébraux que présentent les enfants atteints de syphilis héréditaire. Chez six enfants ainsi affectés, il vit survenir, quelques jours avant la mort, de la stupeur avec fixité du regard ! et contraction convulsive des muscles de la main, du pied f, et du visage, absolument, dit-il, comme dans l’anémie I du cerveau, suite de grandes pertes de sang, ce que I Marshall Hall appelle hydrocéphale secondaire.
Enfin, M. le docteur Goupil, médecin des hôpitaux de ' Paris, nous a dit avoir vu un cas de tétanos mortel se déclarer chez une femme admise à Lourcine, et à la suile d’une cautérisation fort douloureuse de plaques muqueuses anales et vaginales, avec le nitrate acide de mercure. Deux heures environ après, le tétanos débuta par du trismus; puis survinrent l’emproslhotonos et l’opis-
thotonos. La malade succomba dans l’espace de huit heures, malgré les opiacés employés à haute dose.
Mais, peut-on attribuer une part quelconque à la syphilis, dans le développement de cette affection nerveuse, h qui semble avoir été déterminée uniquement par les vives ü souffrances qu’éprouva la malade?
Peut-être est-ce de la même manière, c’est-à-dire par l’intensité de la douleur, que l’ouverture d’un bubon syphilitique a pu déterminer le tétanos chez le malade cité par Stoll (1).
Quoi qu’il en soit, les observations qui suivent sont des exemples de convulsions dues à la syphilis. On trouvera, après l’exposition de chaque fait, les remarques que nous avons cru devoir y faire.
Observation XLYIII. — Accidents nerveux multiples, paraissant dépendre d'une tumeur syphilitique siégeant au niveau des ' deux premières vertèbres cervicales — Accès convulsifs des membres droits. — Affaiblissement de lu mémoire. — Ozène syphilitique. — Guérison complète p>ar les spécifiques.
M. X..., âgé de 34 ans, d’un tempérament lymphalico-sanguin, d’une taille élevée, bien développé, contracta, à l’âge de dix-huit ans (en 1838), un chancre infectant qu’il dut soigner avec mystère. Il fut soumis à un traitement mercuriel de trois mois et fut parfaitement guéri, du moins en apparence. De- ')( puis cette époque, aucun accident nouveau n’avait fixé l’at- ic' tention du malade, lorsqu’en mai 1855, dix-sept ans après sai^ maladie vénérienne, il éprouva, pour la première fois, des l Ol douleurs ostéocopes nocturnes dans tous les membres, dou- |tr leurs qui furent prises pour des rhumatismes; plus tard il eut ■ des douleurs vagues à la tète et par moment, des verliges que l’on attribua â la migraine et que Ton essaya de combattre par le paullinia; enfin il consulta un autre médecin, qui considéra
(1) llatio medemli, vol. 1", p. 297.
OBSERVATIONS
i ces accidents comme étant sous la dépendance de l’anémie et [ soumit le malade à un traitement ferrugineux, dont il éjH’ouva 1 de bons effets. Dans le but d’achever sa guérison, X... partit 1 pour les eaux ferrugineuses de Spa. Après un court séjour à [ cette source, il vit son état s aggraver; les céphalées augmen-
I lèrent d intensité ; une douleur fixe très-intense se déclara dans le voisinage de la base du crâne. Elle paraissait siéger profon- . dément à la nuque. Chaque mouvement de la tète l’exaspérait,
! au point de faire tomber le malade presque en syncope. On le I ramena de suite à Paris.
Voici dans quel état se trouvait X... au moment de son ret tour: douleur fixe et profonde à la région cervicale postél rieure, s’exaspérant par le plus léger mouvement de rotation I de la tète. Le malade, craignant une mort subite, maintenait sa tète dans un état d’immobilité absolue et se retournait tout d’une pièce, lorsqu’il voulait regarder les objets placés à côté de lui. Les parties molles de la nuque n’offraient rien à l’exploration, et la colonne cervicale ne paraissait ni tuméfiée, ni déviée. Il existait une céphalée continue avec de très-courtes rémissions. Sans pouvoir préciser au juste le point de départ de la douleur, X... accusait une souffrance intérieure dans les profondeurs de l’encéphale. A cette époque, il n’éprouvait plus de douleurs dans les membres; l’examen le plus attentif ne fit découvrir aucune exostose, sur les différentes régions du squelette se prêtant à l’exploration. Plusieurs fois dans la journée, M. X... éprouve des vertiges, surtout lorsqu’il fixe un objet qui se déplace, comme une voiture qui marche. Il se lève cependant et se promène assez facilement; mais il lui arrive souvent, en marchant, d’éprouver des vertiges. Il s’appuie aussitôt sur un meuble pour ne pas tomber. Ooelcjuefois enfin il lui arrive de perdre entièrement connaissance et de rouler par 1 terre.
Outre ces vertiges, plusieurs fois répétés dans la môme jour- I née, tous les quatre ou cinq jours il éprouve des attaques : au ! milieu d’une conversation, X... se jette tout à coup dans un ' fauteuil et pousse des cris sourds et continus, pendant que les membres thoracique et pelvien droits sont le siège de convulsions cloniques très-fortes. La figure s’injecte et devient pourpre; mais le malade ne grimace pas; sa bouche n’écume
Zamuaco.
306 DES CONVULSIONS SYPIIILITIQUES.
pas, son regard n’est pas fixe ; il ne perd pas connaissance dans .1 ces niomenls-là. Ces mouvements convulsifs, avec cris plaintifs, .il ne durent que deux minutes environ; mais les membres du. . côté droit restent après engourdis. Les facultés intellectuelles 1 demeurent après l’attaque ce qu’elles étaient avant. Cependant, a depuis qu’il est dans cet état, la mémoire s’est beaucoup affai- J blie. En outre, X... est dominé parla crainte d’expirer, pen- % dant une de ses attaques convulsives. )
. Il n’existe aucun embarras dans la parole. Les traits de la é face ne sont pas déviés. Pas de contracture; mais diminution >| de la force musculaire et de la sensibilité, à droite.
La vue est trouble; il n’existe aucune lésion appréciable aux tt yeux; si ce n’est que les pupilles sont très-dilatées; le malade >il voit des mouches volantes ; avant cette maladie il voyait de très- §| loin, mais actuellement il est obligé d’employer des lunettes -.À de myope. >
Au mois de septembre 1855, une consultation eut lieu entre' JH MM. Rota, Ricord et Tardieu. Les consultants, guidés par une n odeur fétide (d’ozène), exhalée par le malade, examinèrent les (i fosses nasales, où ils découvrirent de grandes ulcérations, sié-‘4 géant sur la cloison médiane. Une exploration faite à l’aide du ■: stylet permit de reconnaître une carie du vomer. Le malade'* interrogé répondit que depuis longtemps il avait mal au nez, et B c[ue parfois, en se mouchant, il rendait des corpuscules durs; m les os du nez étaient tuméfiés et cet organe déformé; la peau et les muqueuses ne présentaient aucun autre symptôme. ]
L’embonpoint du malade est médiocre ; mais c’est là son: 4 état habituel. X... n’est pas anémique; cependant il se plaint it d’un léger tremblement et d’une faiblesse dans tout le corps, q-i Une tumeur d'origine syphilitique, siégeant probablement au ni- v veau de l’atlas ou de l’axis, fut soupçonnée.
On voulut immobiliser la tôle par un appareil, pour éviter i les douleurs atroces qui résultaient du plus léger mouvement • de rotation. Le malade fut soumis à l’iodure de potassium, dont la dose fut portée progressivement jusqu’à G grammes par jour. Aucun changement ne s’opérant dans son état, on y renonça momentanément, et le mercure fut administré à l’intérieur, à la dose de 5 et 10 centigrammes par jour (protoiodure), en même temps qu’on faisait des pansements hydrar-
ÜBSKRVATiONS.
gyriques sur des vésicatoires placés à la nuque. Au bout d’un mois, ou ajouta, aux préparations mercurielles, l’iodure de potassium, dont la dose fut élevée de d à 4? grammes par jour.
L’amélioration fut rapide, et le malade était complètement guéri en a\iil 18o6, cest-à-dire après un traitement spécifique de quatre mois. Cette guérison ne s’est pas démentie depuis. M. X... occupe aujourd’hui, avec une intelligence trèsdistinguée, une position très-élevée dans la société.
Réflexions. — Nous ferons d’abord remarquer que, chez ce malade, l’état latent de la syphilis constitutionnelle paraît avoir duré pendant dix-sept ans. Trois mois de traitement mercuriel avaient sufü pour retarder ainsi l’explosion des accidents diathésiques. Il faut néanmoins noter que, de l’aveu même de M. X..., bien avant le diagnostic porté par les derniers consultants, il avait une 1 rhinite, avec expulsion de fragments osseux. Peut-être 1 aussi, des phénomènes moins graves, ayant précédé de , quelques années les accidents nerveux, passèrent-ils ' inaperçus.
Les céphalées et les vertiges sont les premiers symptômes physiologiques qui ont paru chez ce malade. Puis i survinrent ces accès convulsifs des membres droits, avec des douleurs intenses à la nuque, et une diminution de la sensibilité cutanée.
Les facultés intellectuelles sont restées intactes. Cependant il faut remarquer que le malade perdait souvent ^ connaissance, et que la mémoire s’est considérablement affaiblie. Les vertiges et les céphalées, si violentes, ne nous autoiiscnt pas à met Ire le cerveau tout à fait hors de cause. Néanmoins, nul doute qu’une lésion n’ait existé au niveau des deux premières vertèbres cervicales. La douleur intense qui siégeait dans cette région d’une ma-
nière constante, son exaspération, au point d’occasionner i des pertes de connaissance, après le moindre mouvement ' » de rotation et l’apparition subite des spasmes, après ce même mouvement, sont des preuves suffisantes en fa- ,1 veur de cette opinion.
Les accidents développés du côté des fosses nasales »l. sont les seuls qui aient permis de diagnostiquer la syphilis ■ li constitutionnelle et d’arracher le malade à une mort im- o minente.
Nous devons aussi faire remarquer, à propos du trai- c tement, que l’iodure de potassium seul n’a pu produire u aucune amélioration, tandis que le mercure, corroboré u plus tard par l’usage des préparations iodées, rétablit 1( complètement la santé de M. X
Nous croyons que les accidents convulsifs, éprouvés par 5( les membres droits, dès que le malade exécutait le plus il! léger mouvement de tête, doivent nous faire admettre une a compression instantanée et passagère de la moelle épi- -ik nière, ou bien un tiraillement de cet organe par des adhé- k rences qu’il aurait contractées avec les parties voisines. î9 Quoi qu’il en soit, ce qu'il importe de noter avant tout, c’est que les spécifiques ont radicalement dissipé toutes ^ d les manifestations morbides, qui mettaient en danger, à i , chaque instant, la vie de ce malade.
Observation XLIX. — Syphilis constitutionnelle. — Convulsions ■
nocturnes. — Traitement antisyphilitique. — Guérison.
Le nommé Nau (Alphonse), âgé de 23 ans, coiffeur, lymphatique et d’une constitution délicate, entre à l’hôpital du Midi, dans le service de M. Ricord, salle première, lit n® 16, le 15 juin 1852. Jamais il n’a éprouvé de troubles du côté du système nerveux ; aucune affection nerveuse du côté de sa famille.
A l’âge de 16 ans, il eut une blennorrhagie qui fut traitée
OBSERVATIONS. . 309
par le copahu et le cubèbe, et qui dura un mois ; il n’a pas eu d’accidents, consécutivement à cette maladie.
Il y a quatre mois, ayant eu des relations avec une ouvrière atteinte d’un chancre, constaté par son médecin, N... contracta une ulcération sur le fourreau 5 celte femme éprouvait des douleurs dans les membres ; elle avait des accidents du côté de la gorge et était soumise, en ce moment-là, à un traitement mercuriel.
Deux mois après le début du chancre. Nau éprouvait des ;i douleurs intenses dans toute la longueur des membres, sur- 1 tout dans les jambes. Ces douleurs n’augmentaient pas par la ) pression. Quoique continues, elles étaient bien plus fortes ; pendant la nuit. Une dizaine de jours après leur début, elles ont • atteint une telle intensité que le malade criait toute la nuit et I qu’il était en proie à des convulsions cloniques. Pendant ces » moments, les bras, les avant-bras, les jambes et les cuisses ; étaient agités de mouvements spasmodiques de flexion et ) d’extension, qui faisaient sauter le malade dans son lit. Souvent, après les spasmes, les membres restaient roides dans L l’extension; mais bientôt après, ils étaient de nouveau le siège ! de ces mouvements excessivement forts, que le malade ne poulA vait maîtriser. Ces convulsions ont précédé de dix jours l’é- ; ruption de l’exanthème; elles étaient accompagnées de palpi- : tâtions et d’étouffements ; elles commençaient vers minuit et duraient jusqu’à quatre heures du matin.
Au mois de mai, il entra à l’Hôtel-Dieu, pour ses douleurs et ses convulsions. Le chef du service, dans lequel fut placé Nau, aidé des antécédents et de la présence d’une syphilide papuleuse confluente, que le malade portait en ce moment, diagnostiqua une affection syphilitique et prescrivit 1 gramme d’iodure de potassium par jour. Mais les douleurs nocturnes et les convulsions concomitantes torturaient tellement le malade toutes les nuits, qu’il a fallu avoir recours au chlorofoi'me pour les calmer. Ces inhalations n’étaient poussées que jusqu’à l’assoupissement; elles dissipaient les mouvements convulsifs, et le malade pouvait se livrer au sommeil jusqu’au malin. Quelquesjours après son entrée à l’hôpital, à l’iodure de potassium, déjà prescrit, on ajoute les préparations mercurielles. Sous l’influence de ce traitement et des inhalations du chloroforme.
^ « répétées pendant sept jours, les douleurs diminuent, puis elles tj '
disparaissent, ainsi que les convulsions. . ■
Lors de l’admission du malade à l’hôpital du Midi, lechan- njk! cre était cicatrisé. Il présentait une adénopathie bi-inguinale s) très-légère, un ganglion cervical postérieur peu marqué, de l’a- H lopécie, une syphilidc papuleuse, à la période de desquam- 4 mation, et un léger érythème guttural. Il n’éprouvait plus de * douleurs, si ce n’est de bien faibles dans l’épaule droite. Il « n’avait plus de convulsions ; en un mot, les manifestations syphilitiques se trouvaient en pleine décroissance. — Sublimé 1. corrosif, un demi-centigramme, en deux pilules. Le 25 juil- ■ let, iLn’y a plus de trace de syphilide ; les ganglions lyrapha- ■ tiques sont revenus à leur état normal. Mais le 12 août, le malade est pris de douleurs céphaliques nocturnes, accom- • pagnées de bourdonnements d’oreilles, et quatre jours après, il se manifeste une éruption de syphilides pustuleuses, varie- liformes. 5 centigrammes de sublimé en deux pilules. Le: 20 août, les symptômes signalés persistent, malgré l’augmen-tation du bicblorure de mercure, que l’on remplace par le proto-iodure, à la dose de 5, puis de 10 et de 15 centigrammes S par jour. Ce traitement fut continué régulièrement. 11 influen--! çait heureusement l’affection, lorsque le 10 septembre une sto- -t matité mercurielle obligea de le suspendre. Cette storaatitei, céda aux purgatifs, à la limonade citrique et aux gargarismes, ' préparés avec de l’acide chlorhydrique. Le 18 septembre, le: malade reprend son proto-iodure, à la dose de 10 centi--: grammes par jour. Le 8 novembre il sort sur sa demande, après disparition de toutes les manifestations syphilitiques. 11 i lui est conseillé de continuer son traitement.
Réflexions. — Les convulsions survenues pour la pre--H mière fois chez ce malade, sous l’influence de la syphilis -H constitutionnelle, ont précédé de quelques jours, ainsi i qu’on l’a vu, l’apparition de l’exanthème. Étaient-elles- i déterminées par les douleurs ou bien, de même que ; celles-ci, reconnaissaient-elles pour cause une manière d’être du système nerveux? S'il est vrai qu’on rencontre des sujets en proie à des douleurs excessivement violentes,
OBSERVATIONS
J sans que pour cela ils soient agités par des convulsions,
J on sait néanmoins que l’individualité et l’aptitude du mai lade jouent un grand rôle à propos des accidents nerveux : en général, et des mouvements spasmodiques en parli- :culier. C’est ainsi que nous avons vu, l’été dernier, une 1 véritable attaque d’hystérie, avec larmes, cris et sanglots, développée pour la première fois chez un homme, immé- : dialement après une douche froide d’une minute de du- I rée; douche qu’il avait reçue sur l’épine vertébrale pour 1 une paraplégie commençante.
En effet, la plus légère circonstance peut donner nais- ! sance a une explosion de phénomènes nerveux chez certaines personnes, et surtout chez des femmes ou chez des hommes d’une grande impressionnabilité nerveuse.
Cette observation se rapproche de celle du docteur Tizzoni, laquelle nous paraît beaucoup trop remarquable pour que nous négligions d’en relater ici un résumé succinct.
Observation L. — Contractions spasmodiques des membres. —
Diminution de la motilité. — Douleurs nocturnes. — Syphilis
constitutionnelle. — lodure de potassium. — Guérison (1).
Un jeune homme de 27 ans, né de parents sains, et qui avait toujours joui d’une santé parfaite, fut atteint d’une blennorrhagie opiniâtre, qu’il traita par le copabu. L’écoulement durait depuis deux mois, lorsqu’il s’aperçut qu’il existait, à l’intérieur de l’urèthre, un point douloureux d’où sortait du s pus mélangé de sang.
S’étant alors adressé à un médecin, celui-ci diagnostiqua un |i chancre de l’urèthre, qu’il cautérisa à plusieurs reprises avec du nitrate d’argent. Quatre mois plus tard, des ulcérations se !' développèrent au palais et sur les amygdales, en môme temps
(1) Annales de la peau et de la syphilis, année 1852, par M. A. Cazenave.
312 Dics CONVULSIONS SYPHILITIQUES.
qu’une éruption pustuleuse très-abondante se manifesta sur toute la surface du corps. Un traitement mercuriel, continué pendant deux mois, fit justice de tous ces accidents. Mais quelque temps après, le malade fut pris d’un malaise général, accompagné d’une torpeur dans les mouvements de l’avant-bras et de la main. Des fourmillements avec douleurs sourdes s’étaient manifestés en môme temps, aux deux membres supérieurs. Ces symptômes ayant augmenté d’intensité, le malade fut pris de douleurs nocturnes intenses, avec des contractions • spasmodiques de tous les fléchisseurs de l’avant-bras. Peu de ■ temps après, semblables accidents se produisent aux membres inférieurs. Les médecins consultés à cette époque ne furent nullement d’accord sur le diagnostic, ni sur le traitement à suivre : pour les uns, il s’agissait d’une lésion inflammatoire de la moelle, et le malade fut en conséquence soumis à un traitement antiphlogistique; pour les autres, l’affection était de nature purement rhumatismale ; ils eurent recours à l’opium, à la morphine et au sulfate de quinine. Ces divers moyens ayant échoué, un autre médecin prescrivit les raercuriaux dont l’usage fut suivi de bons effets. Mais il fallut les discontinuer au bout de seize jours, une salivation abondante étant survenue.
Un mois plus tard, le malade se trouvait dans un état de mélancolie profonde; les poils de la barbe tombaient, ainsi que les cheveux; les fléchissures de l’avant-bras et de la jambe, des deux côtés, étaient le siège de contractions spasmodiques, accompagnées de douleurs très-vives, qui s’exaspéraient le soir, de manière à priver le malade de tout sommeil. Vers le matin ces accidents disparaissaient, pour céder la place.à un engourdissement prononcé. Malgré son affaiblissement, le malade sortait de son lit et pouvait se promener dans sa chambre.
Ayant diagnostiqué une affection syphilitique, Tizzoni prescrivit l’iodure de potassium, successivement, à la dose de 50 et de 75 centigrammes, pour arriver plus tard à U'', 50 par jour.
Sous l’influence de ce traitement, l’amélioration fut rapide; elle commença dès le huitième jour de son institution, et quinze jours après, les contractions avaient cédé, les douleurs diminuèrent promptement, le sommeil revint, la marche devint plus facile, la gaieté même du malade reparut
bi
OBSERVATIONS. 313
Encouragé par ces résultats, le médecin porta la dose de l’iodure à 2 grammes par jour. La guérison fut complète au bout d’un mois. Le malade continua, pendant quelque temps encoie, à prendre de 1 iodure de potassium, par précaution. Six mois après la cessation de tous les symptômes, une lettre du malade infoi mait son médecin que la guérison ne s’était pas démentie.
Réflexions. Celle observation , très— intéressante d’ailleurs, manque malheureusement de délails. On ne sait, en effet, si la colonne vertébrale était le siège de quelque douleur; si la sensibilité tactile était conservée; si le malade percevait l’impression du calorique; de quelle manière s’accomplissait la progression ; enfin, bien que le silence de l’auteur soit, iusqu’à un certain point, la preuve de la non-existence de ces accidents, l’esprit du lecteur eût été bien plus satisfait, si l’absence de toute autre manifestation syphilitique (exostose, adénopathie, etc.) avait été indiquée.
Malgré ces lacunes, il est évident qu’il s’agissait ici d’une lésion troublant les fonctions de la moelle épinière. Il est permis de penser que la lésion anatomique, s’il en existait une, était située au-dessus de l’origine du plexus brachial, ainsi que les contractions spasmodiques, les douleurs, l’engourdissement, dont les membres thoraciques étaient le siège, tendent à le faire admettre.