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CHAPITRE III

D’DNE FORME SPÉCIALE DE PARALYSIE GÉNÉRALE SYPniLITIQÜE, NON DECRITE ENCORE ET RESSEMBLANT PARFOIS A LA PARALYSIE GÉNÉRALE DES ALIÉNÉS.

La syphilis constitutionnelle peut déterminer une paralysie générale du mouvement et de la sensibilité, avec aberration même de l’intelligence.

Cette paralysie ressemble ainsi, à s’y méprendre, à la folie paralytique ou à la paralysie générale des aliénés.

Aux trois observations que nous possédons et que nous insérons à la fin de ce chapitre, nous ajouterons le résumé de deux autres faits que M. Richet a bien voulu nous communiquer, et un sixième cas que nous devons à l’obligeance de M. Follin.

Nous donnerons une analyse très-rapide de tous ces faits. La lecture des observations qui suivent, et des réflexions qui les accompagnent, édifiera, nous l’espérons, le lecteur sur cette nouvelle allure que peut revêtir la syphilis, ce véritable Protée aux formes multiples et aux apparences variées.

Chez tous CCS malades, la diathèse syphilitique existait dans toute sa puissance, ainsi que plusieurs symptômes constitutionnels nous le prouvent de la manière la plus évidente.

En même temps que ces diverses manifestations se produisaient, il survint, du côté de la motilité, une faiblesse progressive qui atteignit tous les muscles, sans respecter ceux de la langue.

Les membres pelviens refusaienl de supporter le poids du corps. Les mains, tremblantes et incertaines, ne parvenaient à s’emparer de petits objets; le malade pouvait à peine serrer la main ou tenir un verre. Parfois le pharynx et le voile du palais, paralysés, rendaient la déglutition difficile. Aussi, chez l’un de ces malades, a-t-il fallu avoir recours à l’emploi de la sonde œsophagienne, pour prévenir la mort par inanition. La parole était lente et embarrassée.

Chez Guyon, l’intelligence est restée saine; mais chez les malades dont les observations portent les n““ LU, LUI et LIV, il y avait de la faiblesse intellectuelle et du délire; il en fut de même des malades de M. Richet.

Notre première malade a guéri sous l’influence des antisyphilitiques; l’artiste s’est rétabli aussi, et put reprendre son pinceau; mais il mourut quelque temps après, peut-être à cause des imprudences nouvelles qu’il avait commises et de l’interruption prématurée de son traitement.

L’autopsie a fait constater, chez certains de ces malades, une altération des méninges, "qui, devenues résistantes et blanchâtres, adhéraient à la substance grise ramollie, dont une légère couche s’enlevait avec la piemère.

La grande similitude qui existe entre les symptômes éprouvés par notre première malade, et les phénomènes présentés par les sujets des n°* LU et LUI, nous permet de considérer les accidents des deux derniers comme consécutifs à la syphilis constitutionnelle. L existence de la diathèse syphilitique était patente dans le premier cas, et l’ordre de succession de ses diverses manifestations nous oblige de rattacher à cette même diathèse les phénomènes nerveux éprouvés par cette femme; ces phénomènes, si

graves en apparence, ont cédé comme par enchantement, à l’emploi des spécifiques.

M. le docteur Richet a bien voulu nous faire part de deux cas analogues qu’il lui a été donné d’observer.

Un jeune homme, offrant des signes certains de syphilis constitutionnelle, fut pris d’accidents cérébraux, consistant en une aberration intellectuelle, avec incertitude dans les mouvements. Bientôt après, survint une paralysie générale, envahissant jusqu’aux muscles de la langue et des yeux, et déterminant ainsi un grand embarras de la parole et du strabisme. Une douleur continue, et sous forme de bandeau, siégeait à la région du front. La parole, pénible d’abord, devint tout à fait impossible à la fin. La langue restait souvent pendante, sans que le malade pût la rentrer dans la bouche, et les contractures des masséters la faisaient mordre et saigner.

MM. Velpeau, Bouillaud, Ricord, Trousseau et Richet, ont vu le malade. Ils ont soupçonné une tumeur syphilitique de l’encéphale , probablement une exostose, siégeant à la selle turcique, et occasionnant ainsi une paralysie uniforme de toutes les parties du corps, sans prédominance marquée dans une région déterminée.

L’iodure de potassium et l’onguent mercuriel (employé en onctions sur des vésicatoires appliqués au sinciput), n’ont produit aucune amélioration.

La paralysie générale, augmentant de plus en plus, aurait atteint les nerfs pneumogastriques, et amené l’asphyxie. Ce jeune homme succomba en faisant, jusqu’au dernier moment , de grands efforts pour expulser les mucosités qui remplissaient la trachée et les bronches; mucosités qu’il ne parvenait pas à expectorer.

A l’autopsie, M. Richet n’a rencontré aucune tumeur, aucune lésion des parties protectrices de l’encéphale ;

mais la pie-mère était d'une structure fibreuse. Elle était épaisse, et adhérât t à la substance grise de toute la surface de l'encéphale. Elle étranglait, en quelque sorte, les cordons nerveux en les comprimant, à l’endroit où ils émergent de 1 encéphale, entourés par un prolongement de cette membrane.

Selon M. Richet, la mort de ce malade serait consécutive : r à une paralysie générale, occasionnée par la compression que subissait le cerveau enveloppé d’une membrane résistante et de structure fibreuse ; 2° à une paralysie des nerfs crâniens, déterminée par cette même membrane qui les étranglait, à leur naissance, et empêj cbait ainsi la circulation du fluide nerveux. . En un mot,

I dans les cas de ce genre, la mort serait déterminée, selon M. Richet (si nous avons bien saisi sa pensée), par une inertie du cerveau, resserré par la pie-mère devenue fibreuse.

Quelque temps après, M. Richet rencontra, chez une femme admise dans son service, à l’hôpital de Lourcine, des phénomènes en tout pareils à ceux présentés par ce jeune homme. Cette femme était également affectée de syphilis constitutionnelle. •

Mis en éveil par son premier malade, ce chirurgien diagnostiqua des lésions semblables à celles qu’il avait constatées précédemment, par l’autopsie, chez le jeune homme dont nous venons de parler. Le traitement spécifique ne fut d’aucune utilité. La nécropsie donna raison au diagnostic posé par cet habile chirurgien.

Enfin, chez un troisième malade atteint également de syphilis constitutionnelle, et qui éprouvait les mêmes accidents cérébraux que les précédents, M. le docteur Richet eut le bonheur d’obtenir une guérison radicale, grâce à l’iodure de potassium.

Nous avons été Irès-heureux de voir, dans le remarquable ouvrage de M. le docteur Melchior Robert (1), publié plus de deux ans après que notre travail a été déposé à l’Académie, que ce syphilologue distingué admet aussi la démence paralytique ou la paralysie générale, consécutive à la syphilis. Notre confrère fut, de son côté, conduit à ce résultat par l’étude des malades, bien qu’il n’ait jamais eu l’occasion de confirmer son opinion par la nécropsie. Les observations n“® XXIX et XXX de son traité sont intéressantes, autant à cause de la persistance de la diathèse, que pour les nombreux accidents cérébraux, qui ont reculé progressivement devant les spécifiques. Nous regrettons qu’une omission importante ait été commise, dans l’histoire de ces malades. En effet, l’âge des sujets n’est point noté. Or, il nous semble que l’existence de la paralysie générale, de cause syphilitique, sera d’autant plus facilement prouvée et admise, que les sujets atteints seront plus jeunes; car, lorsque les malades sont arrivés à un certain âge, la paralysie générale peut se développer spontanément ou sous l’influence de causes qui nous échappent, et il n’est pas nécessaire d’avoir recours â la syphilis pour expliquer sa production.

Les observations qui suivent mettent en évidence la variété morbide que nous venons de décrire.

Obsêiivation LI. — Syphilis constitutionnelle. — Paralysie

générale avec embarras de lajMrole; dysphagie ; surdité, etc. —

Proto-iodure de mercure et iodu7'e de potassium. — Guérison.

La nommée L.., G..., domestique, âgée de 23 ans, entre à la Pitié, salle Sainte-Geneviève, n° 20, dans le service de Yalleix, le 26 décembre de l’année 1833, pendant que j’y étais attaché comme interne. Elle n’est pas mariée; elle n’a jamais

(1) Traité des maladies vénériennes. Paris, 1801.

OHSERVATIONS.

eu d’enfants; elle est d’une bonne santé habituelle; elle n’a jamais eu d’aüection nerveuse; pas môme de convulsions pendant son enfance. Rien à noter du côté de sa famille. Les règles sont venues à 18 ans; leur durée habituelle est de trois à quatre jours. Elles sont supprimées depuis quatre mois. Elle n’a jamais eu d’accès hystériques, ni hystériformes; pas de sentiment de boule hystérique, pas d’oppression thoracique, pas de gonflement de l’estomac par des gaz, pas d’impatiences nerveuses, etc.

A la fin d’août, il y a par conséquent quatre mois environ, elle a éprouvé des symptômes généraux, tels que de la courbature, du malaise, de la fièvre avec maux de tôte et douleurs contusives dans les membres. Ces symptômes duraient depuis quinze jours, lorsqu’il lui est survenu une éruption cutanée, boutonneuse sans démangeaison, ne siégeant que sur le tronc et les membres. Ces boutons se sont effacés, après avoir duré une vingtaine de jours, environ; mais une nouvelle poussée de pustules, plus volumineuses et plus abondantes, a bientôt envahi tout le corps ; la malade souffrait en môme temps de la tôte et ressentait des douleurs dans les os des membres, principalement la nuit. Elle eut quelques ganglions cervicaux engorgés, et un peu de mal de gorge; enfin il survint une surdité très-prononcée. G... ne fit aucune attention à tous ces accidents et ne consulta personne.

Pendant le mois d’octobre, de nouveaux phénomènes, plus graves que les précédents, ont effrayé la malade, qui se fit recevoir à l’hôpilal Reaujon. Elle ignore le nom du chef de service, aux soins duquel elle s’est confiée. Voici à peu près dans quel état elle se trouvait à cette époque. Elle avait de nombreuses taches brunes, sur différentes parties du corps; elle souffrait beaucoup de la tôte, toutes les nuits; elle était un peu sourde des deux côtés; sa vue était un peu affaiblie; G... voyait trouble des deux yeux et comme à travers un brouillard. La marche s’exécutait aussi péniblement, les deux jambes traînaient ; les membres inférieurs étaient souvent engourdis; la malade y éprouvait des fourmillements, ainsi qu’aux membres supérieurs; elle ne sentait pas bien le parquet, pendant la marche et parfois ses genoux fléchissaient. La peau explorée fut trouvée sensible partout. On nya

pas rencontré non plus de points douloureux, ou hypéres* thésiques. Le toucher et le goût étaient dans l’état normal. La parole était difficile, embarrassée, incompréhensible. Souvent, pendant la déglutition, les boissons lui revenaient par le nez ; néanmoins, il n’y avait aucune déviation des traits de la face ; les paupières se fermaient bien ; pas de faiblesse de la motilité plus prononcée dans une moitié du corps ou dans un seul membre, mais paralysie générale incomplète.

A Beaujonon diagnostiqua une affection syphilitique et on soumit la malade au proto-iodure de mercure et à l’iodure de potassium. Telle fut l’heureuse influence de ce traitement que, vingt jours après son institution, tous les symptômes ont notablement diminué ; les maux de tôle avaient presque disparu ; la parole et la vue étaient presque revenues à l’état normal, de sorte qu’on pouvait comprendre la malade quand elle parlait ; les jambes avaient recouvré en partie leur force. Après un mois de séjour à l’hôpital, elle en sortit à cause du choléra, qui y sévissait avec violence. Bien qu’on lui eût recommandé de continuer son traitement, elle a tout cessé immédiatement après sa sortie. Aussi, le 26 décembre 1833, son état s’étant aggravé de nouveau, là malade se fait recevoir à la Pitié. Elle est d’un embonpoint peu prononcé; elle a peu de couleurs; mais les muqueuses ne sont que peu décolorées. Tas de bruit de souffle vasculaire, pas de symptômes hystériques. Les membres inférieurs sont faibles ; elle peut à peine se tenir sur ses deux jambes; il lui est impossible de rester sur un seul pied. Elle ne peut marcher qu’en chancelant. En général, les mouvements des pieds et des mains sont mal assurés. Pour mettre ses pantoufles, qui lui sont trèslarges, elle les prend avec la paume de la main et n’y parvient qu’avec difficulté. Elle ne peut enlever avec une main son pot de tisane, à moitié plein. Elle étend très-bien les doigts et les fléchit de môme, mais elle serre très-faiblement la main. La sensibilité tactile existe partout; mais elle est émoussée aux deux membres pelviens, jusqu’aux fesses et aux aines. La sensation de la température et de la douleur est conservée. Il n’y a pas de paralysie bien plus marquée dans un membre que dans un autre. Pas de déviation de la face. Les quatre membres, notamment les jambes, sont le siège de fourmillements et de

en

OnSERVATlüJNS.

picoteiîienls. Les facullés inlellecluellcs sont normales] la parole un peu tremblante et embarrassée ; la vue est bonne, mais la malade est sourde des deux oreilles ; elle entend coni tinuellement des sifflements et des bourdonnements; elle avale I très-bien. Les digestions sont bonnes; la miction s’accomplit I bien, mais il y a toujours une grande constipation. Elle éprouve,

I tous les soirs, des douleurs céphaliques frontales, profondes, f très-violentes. Elle porte sur le corps des taches jaunes peu i foncées, dont la plupart se rencontrent sur les membres infé- • rieurs. Valleix prescrit les mêmes médicaments qu’on avait I ordonnés à la malade, pendant son séjour à l’hôpital Beaujon;

deux pilules de proto-iodure de mercure, chacune de 5 cen- ^ tigrammes et 2 grammes d’iodure de potassium par jour.

Le 13 janvier, elle a, pour la première fois, une attaque épi- I leptique (perte des facultés intellectuelles et mouvements con- I vulsifs pendant dix minutes environ). Après l’attaque, la mal lade est plongée dans un état de somnolence, qui dure plusieurs 1 heures. Le lendemain, elle est dans l’état suivant : elle éprouve des étourdissements, lorsqu’elle se met sur son séant ; douleurs intenses aux régions frontale et temporale droites ; les pupilles sont très-dilatées, môme à la grande lumière; elle a toujours des envies de dormir et se trouve dans une semisomnolence continuelle. Le pouls est à 100. Ventouses scarifiées à la nuque.

Le 20, la malade est un peu mieux ; elle n’a plus eu d’accès épileptiformes. Tous les symptômes ont progressivement diminué et d’une manière tellement rapide, que déjà le 10 février elle peut coudre. Cependant il lui arrive quelquefois de ; piquer à côté de l’endroit voulu; elle serre bien la main ; elle I peut se lever et marcher; les douleurs de tête et les engour- I dissements ont disparu. Une expression d’intelligence se fait remarquer sur la physionomie de la malade; les règles sont : revenues. On suspend le mercure, mais on continue l’iodure de

potassium. L’amélioration a été progressive depuis cette époque. Au commencement du mois de mars, G... se lève toute la journée et aide à l’infirmière du service. Elle resta pendant plusieurs mois comme convalescente dans la salle. Sa santé s’est raffermie de plus en plus. A la fin du mois de juin, toute niédication fut cessée.

Zambaco.

Réflexions. — Cette observation nous offre un exemple » de paralysie générale syphilitique, guérie par les spécifi- qûes, en même temps que les autres manifestations de la ; diathèse. On ne peut attribuer à l’hystérie les accidents présentés par cette femme, qui n’en a jamais éprouvé , aucun symptôme.

Celte paralysie générale, affectant tous les muscles, .i jusqu’à ceux de la langue, et accompagnée d’une surdité i très-prononcée, en même temps que de troubles de la a vision, nous embarrasse quant à la lésion qui l’occa- sionna. Sans rien affirmer, on peut se demander si la a syphilis constitutionnelle, agissant directement sur le j système nerveux, n’a pas déterminé une perturbation ri générale qui expliquerait mieux ces troubles multiples de l’innervation, qu’une tumeur encéphalique, sur le siège j; de laquelle on ne saurait se prononcer.

Une amélioration très-nolable se manifesta chez G — pendant son court séjour cà Beaujon, où elle fut soumise -j; à la médication antisyphilitique; mais, dès qu’elle a interrompu son traitement, la syphilis, prenant le dessus, ; fit une nouvelle explosion, plus violente que la première.

L’iodure de potassium, employé conjointement avec le •. mercure, amena un amendement rapide, et dissipa bien- ! tôt définitivement cet ensemble de phénomènes graves qui, n’était leur origine syphilitique, auraient suivi, pro- • bablement, une inaiche funeste.

Enfin la réapparition des règles, après la guérison des symptômes syphilitiques, et sous l’influence du traitement spécifique, nous confirme que l’aménorrhée qui existait chez cette malade, n’était pas occasionnée par la chlorose, mais qu’elle était sous la dépendance de la syphilis constitutionnelle.

M. Follin a bien voulu nous communiquer un cas

OBSERVATIONS. 323

de paralysie générale syphilitique^ en tout analogue au précédent, qu’il a observé chez un homme.

Observation LU. — Syphilis constitutionnelle. — Paralysie générale. — Amélioration rapide par les spécifiques. — Jlechute,

mort. Autopsie. Pamollissement de la substanee grise périphérique.

M..., Rgé de 5o ans, artiste peintre, d’une constitution éminemment nerveuse, mena une vie artistique, dans toute t’acceplion du mol. En septembre 18-45, au retour d’un voyage en Orient, il donna les signes d’une exaltation cérébrale, qui fut bientôt suivie d’une attaque de paralysie très-grave : relâchement inerte des muscles de la face ; sons inarticulés; la déglutition est très-difficile; la salive s’échappe incessamment des commissures; les membres inférieurs sont très-chancelants, les supérieurs conservent leurs mouvements; mais ils sont incertains et tremblants. En môme temps, M... est en proie à une agitation maniaque. La face est pâle; le pouls petit et fréquent. Un traitement révulsif amène une grande amélioration : retour des mouvements dans les membres, puis dans les muscles de la langue, c|ui cependant a toujours accusé les caractères de la paralysie générale (parole lente, traînante, avec bredouillement).

En février 1846, nouvelle attaque, plus grave que la première et à forme apoplectique bien dessinée : face vullueuse, élévation du pouls, sommeil comateux, respiration presque stertcreuse, voix articulée abolie. Traitement antiphlogistique : saignée, sangsues, purgatifs. Quelques jours après, une consultation a lieu entre MM. Leuret, Chomel et Ricord. Le résultat de cette réunion fut le suivant : la maladie offre la physionomie d’une paralysie générale à marche rapide. Néanmoins, la guérison du malade peut avoir lieu, eu admettant chez lui la possibilité d’accidents cérébraux syphilitiques. Ces soupçons, émis sur la nature de la maladie, étaient justifiés par les antécédents du malade, remontant à une époque peu éloignée. En elfet, M. Ricord avait donné des soins à M... pour une vérole constitutionnelle, peu après son voyage en Orient, par conséquent quelque temps avant la première atteinte de la maladie ac-

tuelle. Aussi, après délibération, on a prescrit, d’un commun ^ accord, un traitement mixte, consistant en onctions mercurielles avec l’onguent double, et en iodure de potassium à la ;! dose de A et 5 grammes par jour. A la fin d’avril, c’est-à-dire n en moins de deux mois de traitement, il y eut une améliora- -t tion telle, que le malade put reprendre ses pinceaux et exé- -è cuter un paysage, où les artistes reconnaissaient sa manière et ,'s son talent. ,

En 1847 au mois de janvier, à la suite d’un voyage pénible, il fut atteint d’accidents abdominaux avec diarrhée abondante; ;j puis il présenta des phénomènes nerveux, pareils à ceux déjà éj dissipés. Les spécifiques n’étant pas supportés, il survint une excitation cérébrale, et le malade succomba au milieu de tous at ces symptômes. I

Autopsie. — Ramollissement général de la substance grise ; lactescence de l’arachnoïde ; coloration normale des deux :i$ substances, excepté sur leurs limites respectives, où la tranche si est un peu jaune. Les origines des 7®, 9® et 10® paires crâniennés et leur trajet dans le crâne n’ont rien présenté qui soit digne d’être noté. Un peu de sérosité dans les ventricules ; œdème bÿ du corps et de là tige pituitaires. Ossification en lames de la Isl faux de la dure-mère, dans ses deux tiers antérieurs. Les faces ies internes des hémisphères sont ainsi séparées dans toute cette lat étendue par une vraie cloison osseuse. Rien autre à signaler, |.T malgré l’examen le plus attentif et le plus complet (1).

Réflexions. — Nous ne pouvons, qu’avec grande ré- -i serve, soupçonner la syphilis d’avoir déterminé les trou- i-u blés cérébraux chez ce malade.

Cependant M... a été atteint de syphilis constitution- i nelle, quelque temps avant la manifestation des accidents t )■ cérébraux. Ceux-ci, après avoir résisté aux autres moyens ' thérapeutiques, cèdent rapidement au mercure et à l’iodure de potassium. Enfin les phénomènes éprouvés par

(t) Cette observation nous a été communiquée, ainsi que plusieurs autres, par notre excellent confrère et ami le docteur Dumotel.

OBSERVATIONS

le malade ressemblent, jusqu’à un certain point, à ceux que nous ont offerts les malades dont les observations portent les n” LI, LUI et LIV. Voilà les raisons qui militent en faveur de la nature syphilitique de l’affection.

Mais, d’un autre côté, ne savons-nous pas que, dans la paralysie générale des aliénés, il y a des exacerbations et des améliorations, quelquefois subites et inattendues? C’est là même un des caractères propres de 1a maladie. L’autopsie a fait constater les lésions que l’on rencontre habituellement dans cette affection.

Quoi qu’il en soit, cette observation, rapprochée des deux précédentes , offre un ‘grand intérêt. Elle nous montre les difficultés parfois insurmontables auxquelles on est en butte, lorsqu’on veut faire la juste part de la syphilis et de ses diverses coïncidences.

Observation LUI. — Syphilis constitutionneMe en 1850. — Mariage en 1836. Enfant vérolé ; mère contaminée; nourrice infectée en 1857. — Pertes de connaissance et douleurs osléocopes, dissipées par les antisyphilitiques , — En 1858, signes de paralysie générale avec affaiblissement des facultés intellectuelles. — Traitement spécifique. — Guérison presque complète. — Suspension prématurée du traitement . Rechute.

M. Y..., âgé de 33 ans, contracte un chancre induré, en 1850. Quelques mois après, il survient des accidents secondaires du côté de la peau; bien que ces accidents ne fussent combattus par les mercuriaux que d’une manière très-irrégulière et très-incomplète, ils disparaissent néanmoins. La santé de M. Y... est excellente, depuis celle époque, et son médecin, après examen attentif, lui permet, en 1836, de se marier. Sa femme accouche d’un enfant qui, quelques jours après la naissance, se couvre de taches et de boutons cutanés, en même temps qu’il offre de nombreuses plaques muqueuses. Quoique M. Y... n’ait pas eu d’accident primitif depuis 1850, madame

Y... est elle-môme infeclée. Son enfant meurt après avoir communiqué la vérole à sa nourrice (?). M, Y... a présenté luiméme, il y a dix-huit mois (eu 185G), et en môme temps que des douleurs ostéocopes, des pertes de connaissance pareilles à des syncopes. Un traitement antisyphilitique fit tout disparaître; mais il fut bientôt suspendu, malgré les conseils du médecin.

En décembre i858, le malade va consulter M. le docteur Follin, à qui nous devons celte observation. A cette époque, il offrait de l’hésitation, de la lenteur dans la parole, et une perte de la mémoire des mots ; il lui était impossible de rassembler ses idées; grande irritabilité; grande faiblesse générale de tous les mouvements. Cependant, les membres du côté droit étaient bien plus faibles que ceux du côté opposé : à peine pouvait-il lever une pincette'avec la main droite. La jambe de ce côté traînait pendant la progression, aussi la marche étaitelle difficile et pénible. Pas d’hémiplégie faciale. Aucune trace de syphilis sur le corps; pas de céphalées; aucun autre symptôme. Un confrère consulté avait soupçonné une paralysie générale et ordonna de la strychnine. M. Follin, guidé surtout par les antécédents, soumet le malade au mercure et à l’iodure de potassium. Au bout de douze jours, la parole devient plus nette, les idées plus précises; les mouvements en général sont plus faciles; le malade peut marcher sans traîner la jambe. Les mains ont aussi recouvré une partie de leur force. L’amélioration continua depuis cette époque, et malgré des discussions de famille et des émotions morales vives, l’état du malade s’amendait progressivement. La guérison était presque complète, lorsqu’il partit pour la campagne et négligea de continuer son traitement spécifique, malgré les conseils qui lui avaient été donnés. Quinzé jours après l’interruption de la médication, les membres s’affaiblissent, la langue s’embarrasse, en un mot tous les symptômes précédemment décrits reviennent de nouveau. Le malade est encore remis, à la Tin de février 1859, au traitement mixte, qu’il a déjà employé avec tant de succès. Sous son influence il se produit une nouvelle amélioration, et bientôt disparaissent tous les phénomènes si- ' gnalés.

OnSERVATlONS.

Observation LIV. — Sf/phdis constitutionnelle. — Paralysie générale, ressemblant à celle des aliénés. — Mort. — Autopsie.

L...,ûgéde 2-i ans, ferblantier, entre, le 8 mars 1853, à l’hôpital (lu Midi, salle 1", lit n® 22, service de M. Ricord, pendant l’internai de notre regrettable collègue le docteur Dufour, cjui nous y a remplacé. — Première chaudepisse,.au mois d’août dernier ; elle a duré cinq mois. Depuis trois semaines environ, il s’est aperçu d’un écoulement, entre le gland et le prépuce. Il présente aujourd’hui une balanoposthite exulcéreuse intense, avec phimosis accidentel incomplet, des indurations, que l’on sent autour de la couronne du gland, une lymphangite dorsale et un engorgement ganglionnaire indolent, très-considérable, dans l’aine gauche. Pas d’exanthème à la peau ; pas de ganglions cervicaux. Le 9, deux pilules mercurielles (de 5 centigrammes de proto-iodure, chacune), amers, injections entre le gland et le prépuce, avec du nitrate d’argent en solution. Le 20, le malade pouvant découvrir le gland, on constate un chancre induré. On arrive progressivement jusqu’à 20 centigrammes de protoiodure que l’on continue pendant quinze jours. Le II avril, le malade sort sur sa demande, sans avoir présenté aucune manifestation secondaire ; l’induration du chancre persiste. Il revient à l’hôpital le 15 juillet, avec des marbrures équivoques sur le tronc, d’énormes ganglions cervicaux, une calvitie syphilitique, une éruption pustuleuse superficielle du cuir chevelu et du front, des plaques acnéiformes du menton, à teinte cuivrée, des céphalées intenses nocturnes, surtout périorbitaires et avec un peu d'embarras dans la vision, à droite. L’induration du chancre persiste encore, ainsi que l’adénopathie; on voit sur le prépuce deux petites ulcérations secondaires et des végétations naissantes. Papules granulées des ailes du nez. Depuis sa sortie, il n’a fait aucun traitement. 4 pilules mercurielles et 3 grammes de larlrate ferrico-potassique par jour. Il a continué ce traitement jusqu’au 12 août, époque à laquelle il sort, non guéri et sur sa demande. Le 16 août, il vient à la consultation de l’hôpital dans un état d’imbécillité remarquable, avec embarras dans la parole et affaiblissement général des fonctions musculaires ; il se lient

raide, et légèrement incliné sur le côté droit. Le bras droit est immobile et étendu le long du corps; l’attitude du malade est celle d’un homme affecté d’hémiplégie incomplète. Cependant, non-seulement il n’y a pas de résolution, mais le membre est un peu contracturé; le malade chancelant avait tout à fait l’aspect d’un homme ivre. Cependant il n’avait pas bu.

Lors de sa sortie, le i2 août, on n’avait remarqué aucun désordre de l’innervation, mais une intelligence paresseuse et peu développée. — 17 août. Le malade a toujours sommeillé, depuis le moment de son entrée ; il est dans l’hébétude et paraît éprouver de la crainte, à l’approche de la visite. Il répond à peine, d’une manière confuse, et mal, aux questions; on ne peut obtenir aucun renseignement sur les symptômes qu’il a éprouvés. Il y a une lenteur et une raideur générale dans tous les mouvements, sans différence notable entre les diverses parties du corps. Nulle part il n’y a paralysie complète. Pouls, respiration calmes. Traitement : saignée, sedlitz, diète. M. Ricord soupçonne des accidents syphilitiques, de la hase du crâne, avec retentissement encéphalique du voisinage. lodure de potassium, 3 grammes, onctions mercurielles, vésicatoire au sinciput, pansé avec onguent mercuriel et onguent épispaslique,ana parties égales. Le -19, le malade présente une contracture très-marquée du membre supérieur gauche, qui persiste en diminuant peu à peu, jusqu’au 21 au matin. Plus tard le membre offre un affaiblissement musculaire très-évident. Malgré le traitement, les jours suivants, l’état général ne s’améliore guère; la locomotion paraît'se rétablir un peu, mais l’intelligence est tout aussi affaiblie. Le 27 et le 28, un peu de courbature au bras droit, avec état cérébral plus grave ; perte incomplète de connaissance. Le malade est dans une sorte de coma. Le 1" septembre, il peut se lever et se promener seul; mais sa démarche est encore bien chancelante. Pendant quelque temps l’amélioration semble se soutenir, puis de nouveau le malade tombe à chaque pas et est obligé de reprendre le lit; il est absolument comme un paralytique général, pleurant ou riant quand on lui parle, ayant peur des personnes qui l’approchent. Son œil est fixe; sa parole lente et embarrassée.

observations: 329

Constipation. Pendant tout le mois de septembre, son état resta le môme, à part une faiblesse extrême et un peu d’a- ;i maigrissement, quoiqu il mangeât avec gloutonnerie. Depuis plusieurs jours il se plaignait d’insomnie, lorsque le 28 octobre, après le dîner, vers six heures du soir, il eut une 1 perle de connaissance. Quelques heures avant, il avait la ) bouche déviée à gauche. Le pouls est calme et la face peu 1 animée, pendant l’attaque. Lorsque celle-ci se dissipa, dans I la nuit, le malade fut pris d’une espèce de délire; il se leva B sans savoir oü il allait, ni ce qu’il voulait faire. On suspend ; l’iodure pour ne pas trop fatiguer l’estomac. Le 29, à la i visite, il est plongé dans un état de stupeur. Il pleure, si l’on I veut l’en tirer. Le côté droit est en demi-résolution; la seni sibilité est partout conservée; la bouche est tirée à gauche, i Sedlitz, vésicatoires aux mollets. Dans la journée, il refuse i de boire et avale de travers; pouls et respiration calmes ; i pas de rougeur de la face. Le 30. mômes symptômes, moins la résolution du côté droit et la déviation de la bouche ; pas de i selle; le malade urine. Gomme il refuse de boire, on le nourrit avec des bouillons, injectés à l’aide de la sonde œsophagienne.

. Le 1" novembre, môme état; mucosités spumeuses, rejetées en abondance par la bouche, stupeur, pas d’agitation. Malin et soir, on le nourrit à l’aide de la sonde. — 2 novembre. Il s’est beaucoup agité pendant le cathétérisme œsophagien, et une heure après, il est tombé dans le carus; comme le 28 octobre, la bouche est écumeuse, pas de convulsions, pupilles normales, respiration stertoreuse ; cet état dure toute la nuit; le matin, il survient des convulsions toniques, une rigidité des membres, avec pronation forcée des avant-bras, et enfin la mort.

Autopsie. — Aucune lésion des viscères ; le foie, la rate, les reins, les poumons, lecœur, la vessie, la trachéeet lesbronches sont vivement congestionnés. Rien à l’arrière-gorge, â l’entrée du larynx, ni à la paroi postérieure du pharynx. Le cerveau est en contact parfait avec la dure-mère; pas de liquide céphalorachidien sous l’arachnoïde viscérale. La pie-mère de la convexité de l’encéphale est vivement injectée, mais lisse et sans aucune exsudation; les circonvolutions sont légèrement aplaties. Le cerveau enlevé nous montre qu’il existe un ramol-

330 FORMB spéciat:.!!: df paralyshs générale.

lissement général assez marqué et surtout des parties blan- i elles centrales, de la voûte à trois piliers, du corps calleux, À des parois ventriculaires et de la moelle allongée, à sa partie a antérieure. Un peu de sérosité sanguinolente dans les ven- n tricules. Piqueté général et en particulier de la substance ; grise périphérique, qui est ramollie et se détache, en plu- i sieurs points, avec la pie-mère des circonvolutions. Nulle part i on ne voit la trace d’une tumeur. Les os sont à l’état nor- i mal. M. Personne a analysé la moitié du cerveau, sur la demande de M. Ricord. Il n’y a pas trouvé la moindre trace de mercure. '

Réflexions. — On trouve, chez le malade dont l’histoire précède, tous les symptômes d’une folie paralytique ou d’une paralysie générale des aliénés. En effet, troubles de la motilité, fugaces et variés, consistant tantôt en des paralysies, tantôt en des contractures passagères; marche chancelante; parole embarrassée; aspect

d’homme ivre; attaques épileptiformes; difficulté d’avaler, nécessitant l’intervention de la sonde, etc.; troubles de l’intelligence ; hébétude, imbécillité, rires et pleurs alternatifs et non motivés, etc. ; enfin il a présenté les signes cadavériques, je ne dis pas pathognomoniques, mais qu’on rencontre très-fréquemment chez les aliénés paralytiques, savoir : l’injection des méninges, l’injection et le ramollissement surtout de la substance grise périphérique, qui était adhérente à la pie-mère.

Mais cette affection était-elle bien le résultat de la vérole? Était-elle consécutive à l’infection syphilitique? Tout ce qu’on peut affirmer, c’est qu’elle existait en même temps que la diathèse syphilitique évidente et non combattue régulièrement.

Pour être autorisé à rattacher cette paralysie à la syphilis, il faudrait posséder de nombreuses observations pareilles, qui permettraient alors de conclure. Je ferai

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