CHAPITRE I
Les nerfs conducteurs des impressions peuvent subir, outre les névralgies, que nous avons déjà décrites, des troubles dans leurs fonctions de transmissibilité, troubles consécutifs à une lésion syphilitique, qui intercepte ainsi la libre communication entre une partie de l’organisme et le sensorium commun.
De mêrpe que, dans les espèces, morbides qui précèdent, il est rare de trouver des malades ne présentant qu’un seul symptôme nerveux pour toute manifestation diathésique; de même nous n’avons jamais vu qu’un syphilitique soit affecté d’une paralysie, limitée uniquement au sentiment.
C’est ainsi que plusieurs de nos malades ont offert, en même temps que d’autres symptômes prédominants, qui ont servi à les classer ailleurs, soit une paralysie du sens du tact, soit une perte de l’impressionnabilité à la température, etc. D'autres, atteints d’une paralysie du mouvement, avaient en même temps la sensibilité plus ou moins obtuse. On a vu que plusieurs de nos hémiplégiques et quelques-uns de nos paraplégiques avaient les Zambaco.
mômes parties de l’organisme également affectées, sous le rapport de la motilité et de la sensibilité tactile.
L’élude du sentiment, dont nous allons principalement nous occuper ici, comprend celle du toucher, de l’appréciation de la température, de la coordination des mouvements et de la conscience musculaire ; celte dernière consiste dans la propriété qui nous rend compte de la position occupée par nos membres.
11 résulte de la lecture de plusieurs des observations précédentes que les malades peuvent perdre, en même temps que leur impressionnabilité au contact, quelquesunes de leurs autres facultés sensitives.
A propos de la perte du sens du toucher, nous rappellerons l’observation XXXIV ; chez ce malade il existait, outre la paraplégie, une paralysie du nerf rnentonnier; il éprouvait, en effet, quand il buvait, la sensation du verre cassé, si bien décrite par Bérard.
L’observation LVII nous fournit un exemple de paralysie du nerf trijumeau, et par conséquent d’insensibilité au contact de toutes les parties qui en sonl^animées, même de la conjonctive oculaire.
Le malade de l’observation LVI avait la peau des membres et du tronc tout entier dans un état d’anesthésie complète; les téguments n’avaient conservé leur sensibi- ’lité normale qu’à la tête.
Dans les observations XLII et XLIV, des tumeurs gommeuses, comprimant le nerf cubital, déterminaient des fourmillements, une diminution de la motilité, des douleurs névralgiques, et de l’insensibilité de la peau de la face interne de l’avant-bras et des deux derniers doigts.
Chez la malade de l’observation XLIII, nous avons eu à insister sur la perte fort remarquable de la conscience musculaire.
OBSERVATIONS. 33Q
Enfin, un curieux exemple d’analgésie nous est ofTert par le malade de I observation LYI. Chez lui, l’application de la pâte de Vienne n a déterminé aucune sensation douloureuse ou tactile. Cependant la sensibilité à la température était conservée. Tous ces points intéressants sont mis en relief, dans l’iiistoire détaillée de chacun de nos malades. La lecture de nos observations offrira donc beaucoup plus d’intérêt que les généralités que nous pourrions présenter ici, sur ces divers phénomènes.
Observation LVI. — P lusiew's affections vénériennes antérieures. En 1847, éruption, coryza, strabisme syphilitiques; douleurs des membres pelviens sous forme d’accès; iodure de potassium ; guérison. En 1856, récidive des douleurs; anesthésie cutanée et analgésie envahissant tout le corps, excepté la tête; paraplégie, pas de traitement spécifique ; état de plus en plus grave en 1 858, iodure de potassium; amélioration ; suspension de traitement ; rechute; reprise du traitement ; améliorationtrès-notable ; perte de la conscience musculaire, conservation de l’impressionnabilité à la température.
M. X..., âgé de 49 ans, employé de bureau, nous donne, sur ses antécédents, les renseignements suivants. Sa mère était sujette à des migraines fréquentes; son père, qui vit encore, jouit d’une bonne santé ; en un mot il n’y a rien à noter du côté de sa famille. Sujet lui-même à la migraine, il n’a jamais eu de maladie sérieuse, en dehors de celle qui existe en ce moment, et n’a jamais commis aucun genre d’excès. A l’âge de 27 et de 28 ans, il eut plusieurs uréthrites sans aucun accident consécutif. En 1-842, il eut un chancre qui se cicatrisa au bout d’un mois. Il consulta Cullerier, l’oncle, qui lui prescrivit des frictions, avec l’onguent mercuriel, sur les deux cuisses; ce qu’il continua pendant un mois. Depuis 1842 jusqu’en 1847, il n’éprouva aucun accident; mais à cette époque, une éruplion sèche avec desquammation se montra à la face interne de la cuisse droite, au-dessus de sa partie moyenne. Elle était formée par des taches ellipliques, de la grandeur d’une pièce de cinq francs, d’ab: rd violacées, puis brunâtres et
n’occasionnant aucune démangeaison; le centre de ces taches i était constitué par de la peau conservant son état normal. Les ' i deux cuisses étaient, à des intervalles irréguliers, le siège de fourmillements douloureux, sans engourdissement; il semblait au malade qu’on y plongeait une multitude d’aiguilles; néan- i moins il n’existait aucun atfaiblissement des membres. Un ' mois plus tard, il commença à éprouver des douleurs vagues, revenant d’abord tous les quinze jours environ, mais qui sont a devenues de plus en plus fréquentes. La durée de l’accès était t de trois à quatre heures; pendant cet espace de temps la dou- ii leur ne changeait pas de place, quitte à se reproduire sur un t autre point à la prochaine attaque. Vers la môme époque, il lui survint un coryza qui persista plusieurs mois, et un stra- ir bisme interne de l’œil droit. Un médecin consulté soumit le 1 malade à l’iodure de potassium, à la dose de S grammes par & jour; au bout de quelques mois de traitement, l’éruption et 3 le coryza disparurent, ainsi que les douleurs des membres y pelviens, mais le strabisme persista quoique à un très-léger % degré. Après avoir joui, pendant plusieurs années, d’une «'O bonne santé, le malade fut pris d’une insomnie opiniâtre. Il 1 survint en même temps de la toux, avec altération du timibre k de la voix, qui s’éteignit presque complètement plus tard. Ir Cette aphonie dura pendant plus d’un mois et céda égale- ai ment à l’iodure de potassium.
En 1835, au mois de janvier, il éprouva une douleur, limitée V au petit doigt gauche et qui a débuté par une sensation que .( le malade compara à la secousse électrique. Des douleurs in- h termittentes revenaient toutes les secondes environ; elles s’é- i' tendaient du petit doigt jusqu’au poignet. La crise, pour h nous servir de l’expression du malade, fut de douze heures; consécutivement à ses douleurs, ou à cette crise, il resta une perte de sensibilité, limitée d’abord au petit doigt et au côté • interne de la main, jusqu^à l’articulation radio-carpienne, mais qui gagna ensuite tout le membre, progressivement. La motilité était cependant conservée. Ces crises doulourebses revenaient tous les quinze ou vingt jours et d’une manière trèsvariable, quant à l’heure.
En mars 1856, il perdit la sensibilité de la plante du pied gauche; il n’a pas remarqué que cet accident ait coïncidé
avec vin accès de douleur; lorsqu’il posait le pied à terre, il lui semblait que le parquet s’enfonçait; il croyait marcher sur un matelas. Depuis le mois de mars, l’insensibilité s’est étendue de bas en haut et elle finit par envahir la totalité du membre pelvien. Les douleurs se faisaient sentir tantôt dans le membre thoracique, tantôt dans le membre pelvien, en changeant de siège chaque fois. Avant l’accès, il n’éprouvait rien du côté des sens. Jamais il ne perdit connaissance. Pendant l’été de 1856, il était faible et apathique. La tête était fatiguée, comme engourdie; il avait de la tendance à garder toujours le lit. Ses accès douloureux se répétaient plus fréquemment, tous les huit ou dix jours. Il commença en même temps à boiter, le membre pelvien gauche étant incomparablement plus faible que le droit. Depuis cette rechute il ne s’était adressé à aucun médecin, malgré les progrès effrayants de la maladie ; ce n’est qu’en septembre, qu’il se décida à prendre un avis médical ; il lui fut uniquement conseillé de prendre des douches froides; ce qui produisit une légère amélioration. En octobre, et dans l’espace de quarante-huit heures, les membres pelviens et thoraciques furent complètement paralysés du sentiment, mais non du mouvement. La miction et la défécation sont restées normales. C’est à la fin de ce môme mois qu’une consultation eut lieu entre MM. Rostan et Cusco, qui ordonnèrent des fumigations cinabrées. Quelque temps après, il entra à l’hôpital Saint-Louis dans le service de M. Hardy, où il prit des fumigations aromatiques, des bains sulfureux, et à l’intérieur, de la noix vomique et plus tard de la belladone. Il en sortit en juillet 1857, après y être resté pendant huit mois. Peu de temps après avoir quitté l’hôpital Saint-Louis, il eut le sentiment de ceinture diaphragmatique; « les parois abdominales l’empêchaient de respirer, « en le serrant comme une sangle, » suivant ses propres expressions. D’après le conseil d’un médecin, il alla à Plombières, où il resta deux mois, allant de plus en plus mal. Revenu à Paris, il se fit électriser par M. Duchenne. L’électrisation lui fit du bien ; immédiatement après chaque séance, il pouvait marcher, en s’aidant d’une canne; mais s’il négligeait un seul jour de se faire électriser, la marche redevenait très-pénible, de sorte que les bons effets de ,ce traitement n’étaient qii ÎRi
médiats et éi)hémères. En somme après trois mois d’électrisation, il n’avait rien gagné ; si ce n’est que le globe oculaire, auparavant tout à fait immobile avait recouvré très-incomplé- < i tement le mouvement. Après l’électrisation il essaya, pendant É quatre autres mois une médication révulsive, par les vésica- 1 toires et les cautères. Enfin en mars 1838, M. Ricord voit le i malade, se prononce pour la nature syphilitique de tous ces accidents nerveux et prescrit l’iodure de potassium, à la dose de 4 grammes par jour, et des vésicatoires promenés sur la colonne vertébrale.
M. X... alla dans une maison de santé à Champigny, pour y suivre son traitement. Mais le médecin de l’établissement, trouvant que la dose de 4 grammes d’iodure était beaucoup trop forte, ne lui en fit prendre que 24 grammes dans l’espace de deux mois, c’est-à-dire moins de SO centigrammes : par jour. Pendant son séjour à Champigny, les douleurs redoublèrent d’intensité; le malade eut, pour la première fois, , des convulsions dans tous les membres, les traits du visage | demeurant immobiles ; l’accès doidoureux se prolongea pen- \ dant trente-six heures. I
. Le2.3 mai 1858,il lui survient subitement une paralysie com- i plète du mouvement, dans la moitié inférieure du corps. Les | sphincters anal et vésical conservent leur tonicité. Les mem- | bres inférieurs soulevés retombent comme des masses inertes, j
Le 27 mai, il entre à l’hôpital du Midi, au n® 7 des salles i payantes. Il est blond, d’une constitution délicate et faible. i
L’œil droit, à l’état de repos, est dévié en dedans ; mais, si I l’attention du malade est éveillée, il peut lui imprimer tous les i mouvements voulus. Aussi suit-il, parallèlement avec son con- i génère, un doigt que l’on promène de droite à gauche, de î haut en bas et réciproquement; il y a diplopie lorsque l’objet 1 j est en face de l’œil, et vue simple quand il est en haut ou en i | bas. La pupille droite est très-dilatée et peu mobile. L’inlelli- ■ • gence est normale, ainsi que la mémoire, la parole nette î et facile. Les membres inférieurs sont dans la résolution f complète. Le malade étant assis au bord du lit et laissant J pendre ses membres pelviens, si l’on vient à les relever, il se s produit des mouvements convulsifs d’une violence telle qu’on i ne peut les maîtriser. La sensibilité tactile est abolie partout,
OBSERVATIONS. 343
excepté à la face et au cm?' chevelu. On peut appliquer la nictin à n’iniporle quel endroit, enfoncer une épingle profondément dans les tissus, et pincer la peau sans que le malade s’aperçoive de ce qu on fait’ 1 insensibilité et l’analgésie sont portées h un tel point que 1 ajiplication d’un cautère à la nuque n’a pas été sentie par le malade. La sensibilité à la température est conservée. Il existe un sentiment de constriction circulaire de l’abdomen, comme si un vaste bandage en comprimait toute l’étendue. Les accès se reproduisent tous les huit jours. Voici en quoi ils consistent ; sur une partie limitée du corps (un doigt, un orteil, un point de la surface des membres), X... éprouve quelques légers mouvements convulsifs ; une demiheure environ après, il commence à y sentir une douleur, faible d’abord, mais qui augmente rapidement d’intensité, au point d’arracher au malade des cris aigus; il la compare à la décharge d’une bouteille de Leyde. Cette douleur est trèssouvent limitée à une partie circonscrite, de la grandeur d’une pièce d’un franc. Elle ne se déplace pas pendant toute la durée de l’accès, qui est habituellement de douze heures; mais à l’attaque suivante, elle occupera une autre partie du corps. Plusieurs heures avant l’explosion de l’accès, le malade éprouve une sensation de chaleur et de malaise, le long de l’épine dorsale. Chose singiflière, presque toutes les parties privées de sensibilité peuvent être successivement atteintes par les accès douloureux. La tète et le cou ont toujours été respectés. Ces accès n’ont envabi le tronc que quatre fois. Le plus souvent ils occupent le talon, le bord externe du pied, un ou deux doigts, un ou deux orteils. Le malade n’a pas de céphalées. La percussion pratiquée sur la colonne vertébrale n’y révèle aucune sensibilité morbide. Traitement : lodure de potassium, 3 grammes, G pilules de belladone par jour, dont 3 le matin et 3 le soir, chacune de ces pilules contient 1 centigramme d’extrait. Dix jours après son admission à l’hôpital, la commissure gauche s’est rétractée, en môme temps qa il survint un embarras de la j)arole, qui dura cinq jours. Un mois après, les membres inférieurs ont recouvré assez de force pour permettre au malade de marcher en s’appuyant sui le bras du domestique. Quant aux crises douloureuses, elles ont a peine diminué d’intensité. Le 27 juin, on lui appliqua un
vésicatoire. Le lendemain, il survient une rétention d’urine qui exige le cathétérisme, pendant douze jours. Au mois de juillet, il peut se tenir debout et marcher sans aucun soutien. Néanmoins l’engourdissement et l’anesthésie persistent. L’appétit est nul, les digestions pénibles. Il devient nécessaire de suspendre l’iodure de potassium, à cause des accidents qu’il a déterminés. En eûét, indépendamment des troubles gastriques, le malade présente un état d’anémie très-prononcée; il éprouve des étourdissements fréquents et intenses; il a un coryza violent et une éruption d’acné très-abondante. On continue la belladone. Le 15 août, un mois après la suspension de l’iodure, dont le malade ne prit que pendant cinquante jours, X... était assis dans le jardin, où il était descendu tout seul, lorsque tout d’un coup il fut frappé d’une paraplégie complète, qui n’a été précédée ni de douleurs ni de convulsions. La belladone fut suspendue. Ventouses sèches sur le dos; tartrate de fer et de potasse à la dose de 4 grammes par jour.
Le 30 août, X... eut un accès affreux ; quatre points douloureux existaient simultanément. Les secousses convulsives étaient épouvantables et les douleurs atroces; aussi eut-on recours, pour calmer le malade, aux inhalations de chloroforme, qu’on ne prolongea pas jusqu’à produire l’assoupissement. Les douleurs ont cédé, mais les convulsions ont persisté.
Au commencement de décembre, les douleurs sont ti'ès-fréquentes ; elles surviennent toutes les douze heures environ et sont accompagnées de convulsions. Les mouvements volontaires des membres inférieurs sont excessivement faibles. Les symptômes anémiques ont disparu. L’état général est satisfaisant; l’iodure de potassium est alors de nouveau prescrit, à la dose de 2 grammes par jour.
Deux semaines après l’institution de ce traitement (27 décembre), les douleurs ont considérablement diminué d’intensité, sans rien perdre de leur fréquence. La sensibilité n’a pas encore reparu. Il y a toujours de Vanalgêsie. X... sent le contact lorsqu’on s appuie avec force sur les membres. Cependant le doigt auriculaire et le côté interne de la main gauche peuvent être fortement serrés, sans que le malade s’en aperçoive. Za démarche est chancelante, et la résistance du sol 7i’est pas appi'éciée. Les membres inférieurs exécutent avec force tous les mouve-
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ni6iils, mais X... ne peut en aucune manière lus coordonner. Les yeux étant feimés, il n a pas conscience de la position dans laquelle on place ses membres pelviens. Quant aux membres supérieurs, il se rend compte de leur position, excepté |)our la main et les doigts; ainsi il ne peut nous dire si nous les tenons ouverts ou fermés. Il serre bien mieux avec la main droite qu avec la main gauche. Lorsqu il tient un objet à la main, il ne s’en aperçoit que par la vue ou par l’ouïe. A cet effet, il le percute avec les doigts qu’il peut remuer à volonté, ou bien il le frappe : contre le mur, pour s'assurer s’il le tient. C’est à ces divers , moyens qu’il a recours, lorsqu’il veut prendre un objet quel- [ conque dans l’obscurité. La main droite seule peut saisir les ! petits objets; mais comme le malade n’en sent pas le contact, il les laisse tomber sans s’en apercevoir. Les traits ne sont pas ! déviés; il y a une très-légère chute de la paupière supérieure I gauche. Le strabisme interne persiste toujours à droite. La I vue est dans le même état; il y a diplopie, excepté lorsque les I objets sont placés au-dessus ou au-dessous de l’œil. La dis- I; tance qui sépare les deux images est d’environ 50 centimè- I très. Lorsqu’il veut lire, il ferme l’œil gauche. Il se sert, au contraire, de cet œil pour voir les objets éloignés. La mic- : tion et la défécation sont revenues à l’état normal; l’appétit ‘ est excellent. On ne peut bien faire comprendre toute l’amé- : lioration qui s’est opérée chez ce malade qu’en répétant ses propres paroles : « Je serais très-heureux, dit-il, de rester ainsi I tou te ma vie. »
-16 février. — La dose d’iodure de potassium a été successivement augmentée; le malade prend neuf grammes par jour, depuis le 4 du mois. L’amélioration est toujours progressive. Depuis le 2 janvier, il n’a pas eu de crise douloureuse; mais le 25 du môme mois quelques légères convulsions ont parcouru r les membres pendant dix heures environ. L’anesthésie delà peau est toujours dans le môme état. Les membres inférieurs ont gagné un peu de force. Aussi le malade marche-t-il avec moins de difricullé. L’état général est excellent; X... mange et digère très-bien; son moral est bien remonté par 1 amélioration, si inattendue, qu’il a vu se produire.
Réflexions. — Trente jours de frictions mercurielles mIi ont suffi, chez ce malade, pour retarder de cinq années les manifestations syphilitiques. L’éruption cutanée de » 1847, le coryza et le strabisme mettent hors de doute u l’existence de la diathèse. Tous ces symptômes étaient de :> nature syphilitique: aussi ont-ils promptement disparu ti sous l’influence de l’iodure de potassium. Déjà, à cette t époque, X... éprouvait des douleurs excessivement vives, , de plusieurs heures de durée, siégeant dans les membres inférieurs, ainsi que des fourmillements et des souffrances, semblables à celles que feraient ressentir des ai-guilles enfoncées dans les chairs. Ces accidents nerveuxv ont également cédé à l’iodure de potassium, qui dissipai] ainsi tous les symptômes énumérés. Cependant la per-sistance du strabisme nous porte à croire que le traite-ment a été interrompu beaucoup trop tôt, et avant que^ la lésion syphilitique ne fût suffisamment combattue. , Quelque temps après, il survint une extinction de lai voix, qui guérit également par l’iodure.
Cette guérison apparente s’est maintenue jusqu’eir 1856; mais, à celte époque, les accidents nerveux dé-critsdans l’observation font explosion, crises atrocement t douloureuses., parahjsies, etc.; ces divers phénomènescommencent à la périphérie et gagnent successivement t le tronc. De nombreux traitements^ essayés tour à tour, sont impuissants, pour arrêter les progrès de l’alTection. Les crises, de plus en plus fréquentes, avaient atteint une violence extrême, lorsqu’en mai 1 858, et sous l’influence de l’iodure de potassium, il survint une amélioration I fort remarquable, mais de courte durée ; car des troubles -ij gastriques et des symptômes anémiques ont obligé de V suspendre 1 usage du médicament souverain, après cin- ti quan le jours d’emploi.
des troubles de la sensibilité générale. o47
Quelque temps après, le malade retombe : les accès se répètent de plus en plus fréquemment, à tel point qu’en décembre, ils ont lien tontes les douze heures. Les fonctions digestives rétablies, l’iodure est prescrit de 1 nouveau à haute dose. Consécutivement, tous les sympj tomes s’amendent de plus en plus, de telle sorte qu’outre j l’amélioration remarquable de la motilité, un mois entier j se passe sans que le malade eût éprouvé de crise: ce qui ne lui était jamais arrivé depuis 1856.
Il est donc évident que tous les accidents nerveux dont fut atteint ce malade, étaient de nature syphilitique. La fii liation des divers phénomènes, présentés par X. . ., et leur modification rapide, sous l’influence de l’iodure de potas- : sium, lorsque tant d’autres moyens énergiques ont com- , plétement échoué, sont de puissants arguments en faveur ■ de cette manière de voir.
Comme phénomènes nerveux, nous ferons remarquer,
I chez ce malade, le défaut de coordination des mouve- I menfs, l’absence de la conscience musculaire, l’analgé- ; sie, l’anesthésie, et surtout ces accès douloureux, qui I inspiraient au malade des idées de suicide.
Quelle est la lésion qu’on pourrait soupçonner chez ce 1 malade? Si l’on tient compte de quelques-uns des symp- : tomes que nous avons mentionnés, notamment du défaut de coordination des membres, ne peut-on pas présumer l’existence d’une tumeur syphilitique, siégeant au voisinage du cervelet? Ce malade a présenté en effet quel- I ques-uns des phénomènes considérés par MM, Flourens etHillairct comme étant liés à la présence d une lésion ‘ cérébelleuse.
Nous pensons qu’il ne faut pas rejeter la nature sy- I philitique des accidents éprouvés par ce malade, dans le I cas où on n’obtiendrait pas une disparition complète de
tous les phénomènes morbides. Qu’on réfléchisse, en i effet, que c’est à une époque antérieure à l’année 1847, • j qu’il est rationnel de faire remonter le commencement r de la maladie encéphalique, le début d’une tumeur, selon itoutes les apparences. Or celle tumeur, yu l’irrégularité >J et l’insuffisance des traitements employés, a pu exister et te croître pendant plus de onze années; elle a donc pris ai droit de domicile, elle s’est organisée. 11 est, en effet, très-rationnel de penser qu’il s’agit ici d’une exostose m ou d’une tumeur plastique de l’encéphale. Il n’est pas a facile, il est peut-être même impossible d’obtenir la il résolution complète d’une tumeur organisée depuis tant | d’années. Ce qu’on a le droit- d’espérer dans des cas pa- I reils, c’est la résorption des parties récem.ment déposées i. autour du noyau ancien et déjà organisé; en un mot, en I luttant contre la diathèse, on ne peut compter que sur I une amélioration plus ou moins grande des accidents ‘j offerts par ce malade, et l’on peut espérer de prévenir, j| jusqu’à un certain point, le retour des symptômes ter- i; ribles qu’il eut à supporter. L’amélioration si évidente I qu’on a obtenue chez ce malade, toutes les fois que les i spécifiques ont été employés à dose suffisante, justifie les 9 espérances que nous fondons sur eux. n
Observation LVII. — Chancre induré. Tumeur gommeuse. Né- îî vralgie et plus tard paralysie de la cinquième paire des nerfs \* crâniens. Hémiplégie. Amélioration remarquable par Viodure «, de potassium.
Le nommé F..., âgé de 40 ans, charretier, entre à l’hô- »r pilai du Midi, te 20 juillet 1853, salle 2®, lit n® 4, service de > M. Hicord, Du côté de la famille, aucun antécédent qui puisse t. venir en^aide au diagnostic de l’affeclion actuelle. Vacciné u dans son enfance, il n’a eu aucune maladie grave, si ce n’est • une morsure de vipère vers l’âge de 10 ans. Jusqu’à 20 ans il -
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resta dans les 1 yidnées-Orientales, son pays natal; j)uis il partit coinnie soldat en Afrique, où il a bien supporté le climat. De retour en France, deux ans après, en 1835, il contracta un chancre à la verge qui, au dire du malade, donna lieu à un bubon indolent de l’aine droite; le chancre resta dur, longtemps après sa guérison. F... ne prit que trois pilules mercurielles, car il se déclara chez lui une fièvre intermil lente sur laquelle s’est portée toute l’attention des chirurgiens militaires. En attendant, les accidents vénériens guérirent d’euxmémes et sans qu’on s’en occupât. Un an après le chancre, il eut, à l’anus, des boutons avec écoulement; ils se sont dissipés par l’usage des bains froids. A 28 ans, après avoir quitté le service, il eut un rhumatisme articulaire aigu. A 34 ans, en 1847, il eut un second rhumatisme. A 35 ans, il parut une tumeur indolente à la région poplitée gauche, où l’on voit aujourd’hui une cicatrice de 44 centimètres environ de largeur sur 43 de hauteur. Cette tumeur devint douloureuse, six mois après son début. Le docteur Puel, consulté à celte époque, diagnostiqua une affection vénérienne. Un traitement mercuriel fut continué pendant quinze mois environ; le malade n’a jamais eu d’autres symptômes syphilitiques. Sa santé continua d’être parfaite, jusqu’il y a deux ans. Marié, en 1841, à une veuve déjà mère, il n’eut jamais d’enfants.
Au commencement de. 1851, il eut des douleurs névralgiques, avec des exacerbations nocturnes et irra-
diation dans les dents supérieures du même côté. Le malade s’en fit môme arracher, pour calmer ses souffrances. Un traitement de quinze jours, par le sulfate de quinine, fit disparaître ces douleurs. Mais pendant un an, il éprouvait des bruissements continus dans Poreille gauche ; puis les douleurs névralgiques sont revenues à la môme place, avec des exacerbations nocturnes moins caractérisées; à la môme époque le malade eut des troubles du côté de la vision ; la vue avec les deux yeux était confuse; elle devenait nette, si l’un d’eux était fermé. M. Gueneau deMussy, consulté, a prescrit un traitement qui a tout fait disparaître, excepté le bruissement de l’oreille ; la nature de ce traitement nous est inconnue.
En juillet 1852, le malade rentra chez M. G. deMussy, qui l’a soumis à l’iodure de potassium, à la salsepareille, au sullale
3oO DES TKOUIîLES de la SKiNSIHILlTÉ GÉNÉHALE.
de qnitiine et peut-être au mercure. Vers le mois d’août, les phénomènes névralgiques persistent et s’accompagnent môme üie paralysie du sentiment^ dans les points douloureux. Le malade vit apparaître, sans cause appréciable, une kératite ulcéreuse à gauche; il donne de vagues renseignements sur ce qui s’est passé alors du côté de l’œil ; cependant il parle d’un strabisme interne qu’il aurait eu. Pendant le mois de septembre, étourdissements fréquents et céphalées très-vives. En octobre, convulsions épileptiques avec hoquet et vomiturition. Ces accidents se répètent trois fois à huit jours d’intervalle et sans perte de connaissance. Quoique le malade n’ait pu s’observer attentivement pendant ses attaques, il semble que c’est le côté droit du corps qui fut surtout convulsé. Ces phénomènes cérébraux se terminèrent par une hémiplégie complète du mouvement dans toute la moitié du corps. Un médecin de la ville a prescrit des purgatifs, des antispâsraodiques et en dernier lieu la noix vomique. Les spasmes n’ont pas reparu; mais l’hémiplégie persista, et le malade entra le 12 novembre à Saint-Antoine, dans le service de M. Hérard, qui le soumit à l’iodure de potassium et à l’électricité. Ce traitement a amélioré son état, le malade pouvait marcher, six mois après son admission. Il sortit de Saint-Antoine et rentra à Necker, où l’on continua l’iodure de potassium, en ajoutant un séton à la nuque. Le bras paralysé recouvra pn partie sa force; peu de temps après, X... quitta l’hôpilal Necker, pour entrer à l’hôpital du Midi. Au moment de son admission, il présente une hémi])légie droite incomplète, mais très-apparente. La jambe est traînante ; elle lléchit incomplètement dans la marche; le bras ne peut être complètement élevé. Les doigts et les orteils sont presque immobiles ; les premiers sont fléchis en crochet dans la paume de la main. La face présente une déviation trèssensible. La paupière supérieure cependant se meut et recouvre bien le globe oculaire. La sensibilité est conservée. Quant à la vision, le malade voit encore avec un certain trouble et bien plus nettement avec un seul œil qu’avec les deux ensemble; la cornée droite offre, à son côté externe, une tache qui empiète sur le champ pupillaire. Strabisme interne trèsapparent. La paralysie de la cinquième paire persiste au côté gauche de la face; elle se limite avec une merveilleuse netteté
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ODSlilUVATIONS.
sur la ligne médiane. Quoique généralisée, elle est plus marquée aux points d’émergence des nerfs frontaux et du sousorbitaire. Toute la conjonctive est insensible au contact de la pointe d’une épingle. Les paupières restent ouvertes, pendant cette expérience, bien qu'elles conservent leurs mouvements. Il y a clignement, lorsqu’on porte la pulpe de l’index sur la conjonctive. Les organes génitaux n’ofl'rent rien d’anormal. Aucun autre symptôme. Traitement : lodure de potassium dont la dose est portée graduellement jusqu’à 6 grammes par jour. Pendant son séjour à l’hôpital, le malade, est tourmenté par des douleurs névralgiques très-violentes, siégeant au côté gauche de la face. Vers la fin d’août, il survint une otite gauche intense avec gonflement et rougeur du conduit auditif externe. Sangsues et nombreux vésicatoires derrière l’oreille. Ces moyens ont produit un grand soulagement.
Le 10 septembre, un écoulement puriforme peu abondant,
; mais durant plusieursjours, a lieu par le conduit auditif.
I Le 20 septembre, apparaissent des douleurs névralgiques du 1 côté droit de la face. Elles sont combattues par des vésicatoi- I res, sans interruption de l’iodure de potassium. A la fin du mois,
1 quelques légers troubles digestifs exigent la suspension du trai- 3 tement. Le 31 octobre, le malade sort sur sa demande. Voici t l’amélioration que l’on constate chez lui : l’hémiplégie est bien i peu marquée. Lorsqu’il est arrivé à l’hôpital du Midi, il traînait i lajarnhe en marchant. Aujourd’hui la progression s’accomplit I si bien qu’une personne non prévenue ne s’apercevrait pas de l’infirmité du malade. Le bras droit n’a pas entièrement repris t ses fonctions ; il est encore roide, et se fléchit difficilement,
I ainsi que les doigts. Le strabisme persiste. L’anesthésie faciale J a beaucoup diminué d’étendue et se trouve limitée aux envi- I rons de l’orbite. La conjonctive est toujours insensible. Les D douleurs névralgiques sont bien calmées ; mais elles existent < des deux côtés et sont môme plus intenses à droite. Le malade I continuera la môme médication chez lui (1).
I (1) Celte observation, ainsi que deux autres, nous a été commu- !i niquée par notre regretté confrère et ami le docteur Dufour, qui nous !'■ a succédé comme intei nc, dans le service de iM. fticord.
352 DIîS TROUnLES DE LA SENSIBILITÉ GÉNÉRALE.
Réflexions. — Avant d’aborder toute autre question, nous pouvons nous demander s’il s’agit, chez ce malade,^ d’accidents nerveux déterminés par la syphilis. L’indu-ration, persistant longtemps après la cicatrisation dai chancre, et la tumeur gommeuse de la région poplitée, nous font admettre l’existence de la diathèse syphilitique. Quant aux boutons qui ont paru à l’anus, un am après l’ulcération de la verge, bien que la chose nous; paraisse probable, nous n’avons aucune donnée qui permette de les rattacher à la syphilis avec certitude. J’enr dirai autant du strabisme, qu’on pourrait, à la rigueur,faire dépendre de la présence de cette grande tache sié-geant sur le côté externe de la cornée, et empiétant sun [, le champ de la pupille. Cette tache rendant la visionti nulle, du côté externe de l’œil, cet organe s’est dévié, ! pour présenter aux objets une partie de la cornée, que les rayons lumineux pouvaient facilement traverser. ^
On peut donc douter de la nature syphilitique du stra-.t bisme et des troubles de la vue, qui n’ont été, selon toute i probabilité, que la conséquence du défaut de parallélisme ^ entre les deux axes visuels. ^
Quant à la kératite, on peut admettre qu’elle était leij j. résultat de la perturbation fonctionnelle du trijumeau. ^ Cette explication de la kératite, qui la rattacherait à unes perturbation survenue dans la nutrition de la cornée, s consécutivement à rinaction du trijumeau, est conforme< aux résultats obtenus par des expériences pratiquées sur; les animaux.
En tenant compte des antécédents incontestablement! syphilitiques du malade et de l’amélioration notable qu’il i a éprouvée par la médication spécifique, nous croyons, pouvoir admettre la nature syphilitique des troubles ner-i veux qii il a présentés. C’est là, du reste, le diagnostic dei
, MM. Ricord,GiiciieaiicleMussy,nérard, et du médecin ) de Necker, dans le service duquel fut placé le malade, ij Ainsi que nous 1 avons déjà dit, pendant son séjour dans i cet hôpital, X... fut également soumis au traitement an— tisyphilitique.
Quelle est la lésion anatomique qu’on peut soupçonner chez ce malade? 11 est probable qu’il existait, dans ce cas, une tumeur syphilitique comprimant le nerf maxillaire supérieur et l’ophthalmique de Willis; d’où les douleurs névralgiques des nerfs frontaux, du sous-orbitaire, et la paralysie de la sensibilité du côté gauche de la face.
La paralysie des membres thoracique et pelvien du côté gauche doit faire admettre une compression sur une partie de l’encéphale lui-même. Le bruissement continu
■ éprouvé dans l’oreille, du même côté, fait supposer que la tumeur troublait, tant soit peu, les fonctions du nerf acoustique, ou bien qu’elle comprimait l’artère carotide
■ qui était le siège d’un bruit anormal.
Ainsi on peut soupçonner chez ce malade la présence
■ d’une tumeur, peut-être d’une exostose de la base du
■ crâne, qui, comprimant d’abord légèrement la cinquième 1 paire, n’a déterminé que des douleurs névralgiques. A l ime époque ultérieure, augmentant toujours de volume,
I cette tumeur compromit gravement les deux branches
■ supérieures du nerf trijumeau. Le traitement spécifique :a presque entièrement dissipé, chez ce malade, la paralysie des membres, tandis qu’il ne produisit aucune amé-
ilioration quant à la paralysie de la cinquième paire.
Zamdaco.