DE L AMAUROSE ET DE LAMBLYOPIE
1 dormir depuis plusieurs mois à cause des douleurs '• atroces qu il éprouvait au sinciput et aux tempes. Le t médecin voulut apporter quelque soulagement à la ma- ' ladie à l’aide du cautère actuel; le malade s’y refusa.
; Dienlôt la vue commença à se troubler; il apercevait des |i mouches volantes et des toiles d’araignées; par des proj.grès insensibles , la vue disparut complètement. Le mal lade succomba au bout de quarante jours. On trouva, sur I le point d’union des sutures sagittale et frontale, le crâne I sphacélé et putride dans un espace de la grandeur d’un I écu. Le crâne ayant été ouvert, un liquide abondant, : fétide et fortement coloré en jaune, s’écoula, autant psr le nez et les oreilles que par l’ouverture osseuse; les mé- I oinges étaient putréfiées au voisinage, et le moindre con- I tact suffisait pour les déchirer; le cerveau et les nerfs I optiques étaient également altérés; les autres viscères ' étaient sains. Jean Vigo cite également des cas pareils;
; mais on est en droit de se demander si le malade ( dont l’histoire précède avait réellement la syphilis consi‘ titutionnelle, dont il n’est donné aucun signe certain.
Nous avons déjà parlé de plusieurs faits d’exorbitisme ■idéterminé par une exostose présumée de l’orbite. «L’amaurose plus ou moins complète guérit radicalement ' par les spécifiques en même temps que l’œil est rentré dans sa cavité,» lit-on dans les Annales de lliérapeulique, aux endroits déjà cités,
Baillou (1) cite un cas de carie de l’ethmoïde accompagnée d’amaurose.
Boerhaave(2) parle de l’exostose du sphénoïde comme ayant produit la même affection.
(1) Paradigmata, n“ 7.
(2) De morbis oculorum, cap. m, § 3.
358 Dl£ l’amaurose et de L’AMnLYOPlE.
On lit dans Virchow (1) l’observation d’une femme i sipbylitique qui , sept ans après un traitement spéci- ‘ ■ fique, fut prise de douleurs vives du front et dans le globe oculaire gauche. Quelque temps après, elle eut une n amaurose de ce même côté; plus tard, l’œil droit devint ri lui-même amaurotique. L’examen à l’ophthalmoscope ne i fit constater aucune lésion appréciable. Les préparations ■ i mercurielles amenèrent une amélioration telle que le ; malade put lire la grosse écriture ; au bout de cinq n semaines de traitement, la vue revint à l’état normal, i Plusieurs mois après, cette femme succomba ayant pré- à senté les phénomènes suivants : ptosis des paupières, # cécité, perte de l’odorat. A l’autopsie, on trouva que les )’ méninges adhéraient au chiasma des nerfs optiques, î' A la selle turcique existait une substance dense, d’un 'è gris clair, transparente, gélatineuse, traversée parles-ioculo-moteurs, profondément altérés. Les olfactifs se perdaient également dans un tissu pathologique de nou- u velle formation. La tumeur s’étendait jusqu’au pont de l^^ Varole. Il y avait des néoplasies volumineuses (dépôts de L tissu plastique), à la périphérie de l’artère basilaire.
Un malade, antérieurement syphilitique et amaurotique, présenta à l’autopsie une tumeur du lobe t. moyen du cerveau, formée par un tissu brun rouge qui ' reposait sur une exostose de l’aile du sphénoïde (2).
Dans un cas de gommes cérébrales, Virchow a observé l’oblitération consécutive de la carotide primitive ; ce qui, selon ce savant auteur, aurait déterminé une cécité rapide. Gieldemeester et Hoyack ont observé des cas semblables. Virchow en conclut que les paralysies syphiliti-
(1) La Syphilis conslilutionmUc , Iraduction du docteur Picard.
(2) Friedriech cité par Virchow.
DE L AMAUROSE ET DE l’aMULYüPIE.
(jues peuvent résulter d une interruplion dans le cours du sang.
Il est inutile de multiplier ici de pareils exemples, qui ne facilitent nullement 1 étude de notre sujet. Nous nous résumerons en disant qu’une tumeur syphilitique quelconque, atteignant le nei f optique ou la portion de l’encéphale dévolue à la vision, peut déterminer l’amaurose. Plusieurs de nos observations prouvent, de la manière la plus incontestable, la réalité de ce fait.
Le nom à' amaurose nerveuse est employé par les mé- 1 decins, en général, toutes les fois qu’ils ne trouvent au- :: cune altération appréciable, qui puisse rendre compte du } mode de production de cette affection. Le diagnostic est !l alors basé sur des signes subjectifs : Les yeux, est-il dit i( dans tous les auteurs, sont en bon état; et cependant le
1 malade voit un nuage; il y a des mouches devant ses regards, et plus tard il devient tout à fait aveugle. Nos < observations établissent d’une manière évidente que dans I des amauroses qu’on dénommerait nerveuses, il existe \ une lésion anatomique facilement appréciable, et dont la I diminution, ou l’augmentation, exactement suivie par le i médecin, est presque toujours en parfait accord avec les ( modifications présentées par la vue.
! L’inflammation de la rétine, celle de la choroïde, l’é- I panchement situé au-dessous de la rétine, ou bien sié- I géant au-dessus de cette membrane, ou enfin dans l’in- I térieur du corps vitré, telles sont les lésions que nous : avons le plus souvent constatées chez les amaurotiques soumis à notre étude. MM. Cusco, Desmarres, Follin, Gosselin et Græfe, dont il suffit de citer les noms pour éloigner tout soupçon d’erreur, admettent également cette manière de voir. Depuis que ce travail a été déposé à l’Académie, des travaux importants ont paru sur les
3G0 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
altérations de la vue, appréciables à l’ophthalmoscope. Nous devons mentionner, particulièrement, les thèses inaugurales des docteurs Schullz et Metaxas.
Nous avons déjà décrit, avec détails, les diverses lésions anatomiques que l’on rencontre dans l’amaurose syphilitique, dans le chapitre consacré à l’anatomie pathologique. Nous ajouterons, en finissant, que chez tous nos malades, sans exception, l’amaurose dépendait d’une altération de la choroïde ou de la rétine. Nous croyons donc pouvoir en inférer que, de même que dans l’amaurose des albuminuriques, les troubles de la vue des syphilitiques sont ordinairement liés à une altération anatomique du fond de l’œil.
Voyons maintenant quels sont les symptômes par lesquels s’annonce ordinairement l’amaurose syphilitique. La lecture des observations placées à la fin de cet article donnera la certitude que tous les phénomènes morbides, énumérés par les auteurs, à propos de l’amaurose en général, se rencontrent dans celle qui est déterminée par la syphilis constitutionnelle. D’ailleurs la bénignité ou la gravité des phénomènes amaurotiques a toujours été, chez nos malades, en rapport exact avec l’étendue des lésions anatomiques que l’ophthalmoscope nous faisait constater.
Le brouillard, mentionné par les auteurs comme symptôme du début de toutes les amauroses, a toujours existé chez nos malades. Il a toujours été d’autant plus épais que les lésions anatomiques étaient elles-mêmes plus prononcées. Ainsi, par exemple, lorsqu’il n’y avait qu’un léger degré d’inflammation de la choroïde, un brouillard peu épais, entourant tous les objets, constituait le seul phénomène morbide. Lorsque, au contraire, les vaisseaux de la choroïde étaient très-développés et qu’ils offraient
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un aspect variqueux, il y avait vision de lignes, de taches, ou de coipuscules irisés. On peut chercher à s’expliquer ce phénomène, soit en invoquant la compression exercée par la congestion intense de la choroïde, ou par les dé- I pôts plastiques sur la membrane sensitive (la rétine), ; soit par une réfraction que subirait la lumière incidente : sur les vaisseaux de la choroïde ainsi dilatés. La diapha-
I néité de leur tunique, ne peut-elle pas permettre aux I rayons lumineux de se décomposer en traversant le sang I contenu dans leur intérieur? Dans certains cas, ce n’est I pas seulement lorsque les yeux sont ouverts que le ma- I lade perçoit ces' diverses images; il les voit, lors même que ceux-ci sont fermés ; ce qui vient à l’appui de la : première explication que nous avons proposée. (1)
' Un de nos malades, affecté d’un épanchement, situé i: autour de la papille du nerf optique, voyait toujours une 1; tache noire qui lui masquait une partie des objets. Lorsi que cet épanchement est étendu comme chez le malade de l’observation LIX, la vue est presque entièrement perdue.
Le malade, qui avait des corpuscules flottants dans le corps vitré, voyait constamment, les yeux étant ouverts, une infinité de points noirs et mobiles. Les lésions étant à peu près les mêmes, la vue sera plus ou moins compromise, selon leur siège. C’est ainsi que la malade n® 60 , chez laquelle il existait trois petits dépôts, d’apparence tout à fait gommeuse, à la partie supérieure et externe de la rétine, était affectée de troubles bien légers de la vision, tandis qu’un épanchement, à peu près du même volume, situé à la périphérie de la papille, avait profondément altéré la vue chez plusieurs de nos malades.
Toutes les fois que le traitement spécifique a été insti-
(i) Voir l'observation LXIl.
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tué de bonne heure , l’amélioration a été rapide. Dans ces cas , l’exploration des yeux nous rendait compte de -, l’amendement éprouvé par les malades, en nous faisant constater la diminution des lésions matérielles, qui occa-sionnaient les troubles de la vue. L’observation LVIII est une des plus remarquables, à cause de la guérison . complète du malade.
On ne peut concevoir le moindre doute quant à l’origine syphilitique de l’amaurose de nos malades. En lisant leurs observations, on voit que chez tous la syphilis avait déjà donné des signes incontestables de sa présence. Certains d’entre eux même présentaient, conjointement avec l’affection oculaire, d’autres manifestations diathésiques de la syphilis. Pour prouver définitivement l’exactitude du diagnostic posé, nous ferons remarquer qu’un seul et même traitement, composé de préparations mercurielles et iodées , a diminué les autres accidents syphilitiques, en même temps qu’il a complètement rétabli ou sensiblement amélioré la vue. Dans quelle maladie pourrait-on formuler un diagnostic basé sur de plus grandes probabilités?
Observation LVIII. — Amaurose syphilitique . — Épanchement sous-rétinien autour de la papille du nerf optique, et siégeant entre la choroïde et la rétine. — Syphilides, adénites. — Guérison par les spécifiques.
M..., âgé de 32 ans, commis dans un magasin, d’une assez bonne santé, entre à Necker, le 28 octobre 1838, salle Saint- Pierre, service de Lenoir, remplacé par M. Follin;
En 1849, il eut sur la verge des ulcérations, qui furent soignées par un pharmacien. Le malade ignore en quoi consista le traitement; mais il se rappelle qu’il a pris des pilules, pendant plusieurs semaines. Il dit n’avoir jamais rien eu, depuis cette époque, du côté des organes génitaux; ce dont on peut douter. Quoiqu’il en soit, s’étant marié, il eut deux enfants dont
OBSERVATIONS. 363
le premier mourut douze jours après sa naissance. Le second \it encore ; c est une fille de 2 ans. Depuis cinq à six mois, elle est couverte de boutons qui passent, reviennent et laissent sur la peau des taches qui, d’abord livides, deviennent cuivrées au bout d un certain temps. Il n’a jamais éprouvé de douleur nulle pai t, ni a la tête ni dans les membres ; il ne s’est aperçu non plus d’aucun accident syphilitique, soit du côté de la bouche, soit du côté de l’anus. Il porte, à son entrée à l’hôpital, des preuves irréfi agables de la vérole constitutionnelle. On voit, disséminés sur tout son corps, des boutons de pustules, ressemblant à ceux de la varioloïde; boutons discrets, mais alternant avec des papules de dates diverses, et qui varient de couleur, depuis le jaune sale et le bistre, jusqu’à la couleur cuivrée.
L’examen des organes génitaux ne fait constater aucune cicatrice, aucune trace d’une ulcération antérieure ; cependant les ganglions de l’aine droite sont bien plus volumineux que ceux de l’aine gauche ; ces derniers sont à peine développés.
Ganglions cervicaux nombreux; en outre, un ganglion sous-occipital est très-dur, et de la grosseur d’une petite noisette. Aucun autre symptôme n’est constaté chez le malade, malgré l’examen le plus attentif de toutes les parties qu’on peut explorer. Les yeux sont fixes, le regard immobile; les pupilles, énormément dilatées, se contractent très-faiblement sous l’impression de la lumière. Mouvements des yeux conservés dans tous les sens. Les milieux transparents ne laissent voir aucune lésion, soit à l’œil nu, soità la loupe. Voici ce qu’il nous raconte relativement à sa vue. Il ya trois mois, il s’aperçut qu’elle diminuait, des deux côtés à la fois. Il voyait comme au travers d’un brouillard, qui s’épaississait de plus en plus, à tel point qu’il ne distinguait plus les lettres d’un journal ; à leur place il ne voyait qu’une barre noire. En môme temps, les figures des assistants et les objets lui semblaient comme saupoudrés de farine ; il les voyait comme au travers d’une poussière épaisse ou d’un voile de mousseline. Pour distinguer de son mieux, il est obligé de regarder des deux yeux en môme temps; un seul ne suffirait pas pour l’instruire sur la lorme et le volume des objets. Il ne distingue que les gros caractères qui sont en tète des journaux, et encore avec de grandes diffi-
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cultés; néanmoins, il voit assez pour se conduire. Il n’a jamais vu double dans aucune position de la tôte. Il se plaint aussi d’une douleur de tête, avec pesanteur et serrement des tempes.
Le 30 octobre, l’examen ophthalmoscopique, fait d’abord par M. Follin, nous montre autour de la papille du nerf optique une exsudation blanchâtre mal limitée. La papille apparaît nette, et les vaisseaux qui en partent sont faciles à voir. Cette exsudation est sous la rétine; elle est située entre cette membrane et la choroïde, car elle ne masque pas les vaisseaux de la rétine à l’endroit où elle siège ; ce qui aurait eu lieu si l’exsudation était placée au-dessus de cette membrane. Le réseau chorio-capillaire peut se distinguer en certaines places. Il 5' a donc une choroïdite avec exsudation. Les lésions sont presque semblables à droite et à gauche.
Traitement. Proto-iodure de mercure, 5 centigrammes, et iodure de potassium, \ gramme par jour. Le 2.o novembre, la pupille est moins dilatée; la vue s’améliore; le brouillard, au travers duquel le malade voyait les objets, devient moins épais. L’éruption commence à se passer. Il n’y a plus de pustules de nouvelle formation. A l’ophthalmoscope, on reconnaît une notable diminution de l’exsudation, qui ne se présente plus que sous la forme d’un nuage. Deux pilules de proto-iodure de mercure, de 5 centigrammes chacune; iodure de potassium, 2 grammes par jour. Le Î5 décembre, le malade lit très-bien le journal, mais à une distance un peu plus grande que de coutume; il est un peu presbyte. L’accommodation des yeux est très-difficile, si l’on approche le livre à une distance de 20 centimètres. Le nuage qui enveloppait les objets est bien réduit. Les pupilles, encore dilatées, sont un peu paresseuses; mais elles se contractent manifestement et avec assez de force sous l’influence de la lumière. Les taches du cou s’effacent ; néanmoins elles sont encore distinctes. Les ganglions cervicaux ont très-sensiblement diminué. Le 15 janvier 1859, tous les accidents syphilitiques ont disparu. Le malade se conduit et lit très-bien. L’ophthalmoscope ne fait plus rien constater au fond des yeux. Le malade sort ; mais il lui est bien recommandé de continuer encore son traitement pendant deux mois.
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Jiéflcxions. L histoire de ce malade est tellement claire et précise qu elle ne peut donner lieu à la moindre contestation. Cet homme était évidemment atteint de syphilis constitutionnelle. L’amaurose, qu’il présentait, reconnaissait pour cause cette môme diathèse. Le traitement spécifique fit disparaître l’atTection des yeux, en même temps que l’éruption cutanée et les adénites. Il est donc impossible de concevoir le moindre doute sur la nature syphilitique de l’affection oculaire.
Avant la découverte de l’ophthalmoscope, on se serait borné à diagnostiquer, dans ce cas, une amaurose syphilitique. Comme aucun phénomène morbide ne faisait présumer, chez ce malade, une lésion, soit de l’encéphale, soit de l’orbite, on aurait admis une affection purement nerveuse, ou bien on aurait supposé gratuitement la présence d’une périostose ou d’une lésion quelconque au voisinage du nerf optique. L’examen du fond de l’oeil nous a fait constater de la manière la plus certaine la lésion de tissu, en rapport avec la perversion fonctionnelle. Grâce à lui, nous avons pu suivre la résorption de l’épanchement, résorption qui a coïncidé avec l’amélioration progressive de la vue. Ce fait est donc extrêmement remarquable. Il prouve que l’amaurose peut être déterminée, chez les personnes affectées de syphilis constitutionnelle, par une choroïdite avec épanchement sousrétinien.
S’il nous était permis de conclure d’après ce que nous avons vu, nous dirions que c’est là le mode le plus fiéquent de la production de la cécité sous 1 influence de la syphilis.
DE l’aMAüHOSE et DE l’aMBLYOPIE.
Observation LIX. — Amau7'ose syphilitique. — Choroïdite. —
Hypéi'hémie de la papille. — Uètinite. — Épanchement sous-
rétinien. — Flocons dans le corps vitré.
G..., 28 ans, forgeron. Chancre en 1853, pour lequel il prit des pilules de Sédillot, pendant vingt-deux jours; il ne s’aperçut de sa petite ulcération' que six jours après le coït. Celle-ci se ferma rapidement; mais une induration manifeste persista pendant un mois. Depuis cette époque, il dit n’avoir eu aucune manifestation, et il n’a fait aucun traitement. Cependant ses cheveux ont tombé depuis, et, quoiqu’il dise n’avoir jamais eu d’éruption cutanée, on trouve sur ses jambes de nombreuses taches cuivrées, rondes et de la grandeur d’une pièce de 20 centimes environ. En août 1836, sa vue commença à faiblir, en môme temps qu’il éprouvait des douleurs de tête, principalement nocturnes. En septembre 1836, il reçut une poignée de sable dans les yeux, et resta pendant vingtdeux jours sans pouvoir les ouvrir. Malgré la disparition des conséquences de cet accident, les douleurs de tôle devenaient de plus en plus fortes. On employa les purgatifs, les antiphlogistiques, etc., sans aucun succès; quelque temps après, la vue s’est tellement troublée que C... ne pouvait plus lire. Pas de traitement spécilique.
En octobre 1858, il s’adressa àM. Desmarres, qui a prescrit de l’iodure de potassium et du proto-iodure de mercure; voici quel était son état à cette époque. Taches cuivrées sur les jambes, cicatrice ulcérative avec dépi'ession osseuse sur le pariétal droit; il y aurait eu un clou, auquel il n’avait pas fait attention. Yeux bleus, pupilles dilatées. L’oeil gauche étant fermé, G... voit avec l’œil droit, qui est le meilleur, comme au travers d’un brouillard; la pupille est peu contractile; lorsqu’on met un doigt devant les yeux du malade et à une distance de 3 mètres, il le voit simple; mais si le doigt n’en est éloigné que d’un mètre, il l’aperçoit double et il louche un peu; il ne peut pas lire; il ne voit môme pas les lettres majuscules.
Que les yeux soient ouverts ou fermés, G... voit presque constamment deux flammes recourbées qui convergent vers
OliSKUVATIONS. ’ 367
le nez. En oulie, lorsque les iniupiôres sont écartées, il aperçoit une infinité de petits corpuscules noirs, de la grosseur d une tête de camion, arrondis et mobiles. L’oeil gauche ne distingue point un objet placé, soit en face, soit à son côté externe, mais il le voit assez bien lorsqu’il est en dedans; l’image est toujours simple, la pupille est bien moins mobile que celle du côté droit. Enfin l’œil droit est affecté d’un strabisme externe très-léger, lorsque les yeux sont en repos. On dirait qu il y a une disproportion de tonicité entre les muscles abducteur et adducteur; mais, sous l’empire de la volonté, ce léger défaut de parallélisme des axes visuels disparaît rapidement; aussi les yeux suivent-ils sans divergence apparente un objet que l’on dirige dans tous les sens. Lorsque les deux yeux sont ouverts, les gros objets ne produisent qu’une seule image; mais les petits, les doigts par exemple, sont vus tantôt simples, tantôt doubles. Ainsi, lorsque l’objet est sur la ligne médiane, par rapport au malade, il est vu double; mais, si on le fait progresser soit à gauche, soit à droite, il n’aperçoit qu’une seule image; la diplopie, lorsqu’elle existe, est latérale ; lorsque le malade incline la tête sur l’épaule droite ou gauche, il y a diplopie verticale. Il ne peut se conduire ni au grand jour, ni pendant la nuit; mais il voit assez bien lorsque le temps est couvert et au crépuscule. L’examen à l’ophthalmoscope fait constater, dans l’œil droit, une injection très-prononcée de la choroïde; la papille est couverte en grande partie par des vaisseaux trèscongestionnés; à son pourtour, on aperçoit un nuage blanc bleuâtre uniformément répandu, dépassant la circonférence I de la papille tantôt de 2 millimètres, tantôt de 3; par con- ! séquent il y a un épanchement à contours irréguliers, ondu- ' leux. Toute la surface de la rétine est rouge et sillonnée par ) des vaisseaux volumineux. Quand on regarde la papille d’a- / vant en arrière et à l’image renversée, on reconnaît qu’un ' trouble vague est répandu dans l’œil ; mais les milieux transparents reprennent leur netteté, si l’on examine l’organe sous un diamètre oblique. La choroïde est surtout injectée piès de Vora sera, la; les vaisseaux veineux de la papille sont ticsvisibles. Impossibilité de voir les artères, inênie^ à l’image droite : elles sont cachées par l’injection morbide. L’œil gauche
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est plus gravement afl'eclé; il y a exagération de tous les symptômes indiqués plus haut. Le nuage du fond de l’œil est plus épais; la papille peut encore être entrevue, mais elle apparaît comme le soleil dans une atmosphère chargée; ses vaisseaux artériels sont à peiné visibles. Enfin quelques corpuscules flottent dans le corps vitré des deux yeux; mais ils sont plus nombreux à gauche.
Traitement. Vtm, puis deux et trois pilules bleues par jour, en même temps qu’un gramme d’iodure de potassium. Après un mois de traitement, une gingivite mercurielle oblige de suspendre les médicaments. La vue est toujours dans le même état. Le 24 décembre, c’est-à-dire après cinq semaines d’interruption , G... reprend son traitement hydrargyrique. Le 29 janvier, amélioration très-remarquable : il n’y a plus de strabisme; dans aucune position, il ne voit les objets doubles. Le malade peut se conduire sans difficulté ; il lit les noms des rues dans lesquelles il se trouve, il peut même lire les lettres majuscules d’un journal, mais seulement‘à la lumière naturelle. Il n’y a plus ces images de flammes que le malade voyait auparavant lorsqu’il tenait les yeux fermés. A l’ophthalmoscope la papille apparaît très-distincte, surtout à droite. Elle reprend sa coloration d’un blanc jaunâtre et comme nacrée; le nuage qui entourait la papille est dissipé, l’injection de la choroïde a sensiblement diminué. L’œil gauche est dans un état moins satisfaisant, la papille est toujours entourée d’un nuage, mais plus clair que le 24 décembre; les vaisseaux qui la recouvrent sont moins nombreux. La rétine offre elle-même une rougeur bien moins violente. Enfin les flocons du corps vitré paraissent sensiblement diminués dans les deux yeux, nous avons pu en compter trois ou quatre. Le malade continue son traitement; la dose de l’iodure de potassium est portée à par jour.
Réflexions. — Ce malade, peu attentif, n’a pas remartjué les manifestations syphilitiques dont il portait des traces indélébiles, par exemple, la cicatrice du cuir chevelu, avec dépression osseuse, et l’éruption cutanée qui a laissé des stigmates évidenls. Les céphalées noc-
I ,015SEUVAT10NS. 3(3^
i tûmes et le strabisme, coïncidant avec les symptômes I d une amauiose commençante et progressive, rendent cei tain le diagnostic que nous avons posé en tête de I notre observation.
Enfin les bons effets obtenus par le traitement antisyphilitique doivent figurer parmi les documents qui nous autorisent à admettre la nature syphilitique de cette I alîection oculaire.
Remarquons qu’il y avait chez ce malade, outre la cboroïdite et l’épanchement sous-rétinien, une rétinite I et des corpuscules flottants dans le corps vitré. Nous doutons que ces flocons organisés puissent disparaître complètement. G est là aussi l’avis de M. Desmarres, dont l’obligeance nous a permis d’observer ce malade.
Autour de la papille du nerf optique, il y avait, comme nous l’avons dit dans fobservation, une espèce de nuage vague et diffus, paraissant être le premier degré de ces e.xsudations sous-rétiniennes qui décollent la rétine d’avec la choroïde sous-jacente. A gauche, l’exsudation était complète.
Cette amaurose, ne coïncidant avec aucun signe de tumeur comprimant soit l’encéphale, soit le nerf optique sur une partie de son trajet, aurait été classée parmi les amauroses nerveuses syphilitiques. Or l’ophthalmoscope nous a fait constater manifestement qu’il y avait chez ce malade des lésions matérielles dans les parties constituantes de l’œil; lésions dont la diminution, attentivement suivie, a toujoursété trouvée en rapport avec famé- ! lioralion de la vue. Le docteur Métaxas a relaté, dans sa I thèse inaugurale, une observation qui a beaucoup d’ana- I logieavec la précédente. II s’agit aussi d’un syphilitique I qui avait des flocons du corps vitré, s’agitant pendant les I mouvements du globe oculaire, et en meme temps un Zambaco. ^
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exsudât sous-rétinien ; car les vaisseaux de la rétine n’étaient pas masqués par ce dernier. 11 fait remarquer avec raison, à propos de ce cas, que les exsudais syphilitiques siègent tantôt dans le corps vitré, tantôt dans la rétine. Selon nos observations, leur siège de prédilection est bien plus fréquemment que ne le dit Graefe la portion de la choroïde qui entoure la papille. Selon cet auteur trois fois sur quatre l’épanchement siège aux environs de la papille optique.
Observation LX. — Amblyopie syphilitique de l’œil droit; trois dépôts organisés, de la forme de grains de millet, situés au côté externe et supérieur de la rétine. — Nombreuses manifestations diathésiques.
La nommée G..., gantière, fille, âgée de 33 ans, entra, en mars 1850, dans le service de M. Cullerier, à Lourcine. Elle avait une ulcération spécifique du vagin de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, en même temps qu’une éruption cutanée, abondante surtout au front et au cuir chevelu, de l’alopécie très-prononcée et des adénites. Elle n’éprouvait de douleurs ni à la, tête, ni ailleurs. M. Cullerier prescrivit deux pilules mercurielles par jour. G... suivit ce traitement pendant six semaines. Elle sortit de l’hôpital après disparition de toutes les manifestations. En 1832, éruption limitée sur la cuisse gauche. Celte éruption envahissait une surface de la grandeur d’une pièce de 5 francs; elle était violette d’ahord et plus tard elle devenait jaunâtre. Éruption semblable à la tempe droite, plaques muqueuses de l’anus et des grandes lèvres. G... consulta de nouveau M. Cullerier, qui lui ordonna de la liqueur de Van Swieten, qu’elle prit pendant un mois. Mais dès que les manifestations se furent dissipées, elle cessa tout traitement. En 1853 elle devint enceinte ; à celle époque elle eut à l’avant-hras droit une nouvelle éruption qu’elle qualifie de dartre. Cette éruption dura six semaines et céda aux bains sulfureux. Elle accoucha naturellement d’un enfant bien portant, qui aurait succombé à la petite vérole, dix-neuf jours après
OBSERVATIONS. 371
la ?ïaissance(?) De 1855 à 1856, G... se porta bien. Elle engraissa I et leclevint enceinte. Elle accoucha d’un enfant qui vit encore ‘ sans avoir jamais rien présenté de syphilitique, au dire de sa mere. Quelque temps après son accouchement, il se manifesta, chez elle, une éruption pustuleuse générale, profonde, qui dura cinq mois; pas de traitement. En avril 1857, elle eut une éruption lichenoïde, siégeant aux jambes et à plusieurs autres endroits, en même temps que des boutons à la tête et aux temj pes. Pas de traitement. En août 1857, elle entra dans le serj vice de M. Gosselin, à l’hôpital Cochin, où l’on reconnut la 1 nature de l’éruption et l’on soumit la malade aux spécifiques;
1 2 pilules mercurielles par jour et 1 gramme d’iodure de potasi sium. G... y resta pendant un mois; toutes les manifestations ; avaient disparu lorsqu’elle a quitté l’hôpital. Cependant trois I ou quatre jours avant de sortir de Cochin, elle avait la vue, du ( côté droit, un peu troublée ; elle voyait les objets comme au J travers d’un voile de mousseline. M. Gosselin admit l’existence |1 d’une amaui'ose spécifique commençante, et ordonna des vésicatoires, en môme temps que la continuation du proto-iodure de mercure et de l’iodure de potassium. La malade peu docile suspendit de nouveau son traitement peu de jours après sa sortie. Plus tard, un autre médecin lui prescrivit la liqueur de Van Swieten pendant un mois ; la vue était toujours trouble du côté droit et des douleurs vives siégeaient à la tête, d’une manière constante, mais avec exacerbations nocturnes. En mars -1858, elle consulta M. Sichel, qui ordonna des pilules
I mercurielles, pendant quinze jours environ ; puis il la soumit ^ au chlorure de barium, pendant trois mois environ, sans y aucune amélioration. Aucun traitement depuis.
P 20 décembre 1858. Elle souffre fréquemment de la tète,
II surtout le soir vers minuit et pendant deu.x ou trois heures; il'< elle éprouve en môme temps des douleurs dans les os des bras
:■ et des jambes. Elle se plaint en outre d’une névralgie intérêt costale du quatrième espace à droite, avec points douloureux 1. vertébral et sternal. Ce dernier existe près de l’union du ■i cartilage avec la côte. Au milieu de l’espace intercostal, la pression détermine une douleur vive, dans une surface grande c comme une pièce de 1 franc ; le point prévertébral est plus '• étendu. Entre les deux points indiqués, la pression ne détcr-
de l amaurose et de lamblyopie.
mine aucune douleur. Dans les grandes inspirations ou dans|i les grands mouvements du tronc, G... éprouve spontanément y*, au milieu de l’espace intercostal des élancements rapides. J9 La malade voit, de l’œil droit, comme au travers d’un voile, , il qui est bien plus épais quand l’objet est porté en dedans et en ' bas, que dans tous les autres sens. Elle n’aperçoit jamais niii i mouches, ni corps lumineux. Elle ne peut lire le texte d’uniU^^ journal ; à peine en voit-elle les lettres majuscules. Mais, quand lo' elle se sert de son œil gauche, elle voit et lit très-bien. Celui-ci est dans l’état normal ; la pupille de l’œil droit est plus dilatée, . il mais tout aussi mobile que celle du côté gauche.
L’examen à Vophthalmoscope nous fait constater, à la partiel supérieure et externe de la rétine du côté droit, trois petites^^ tumeurs de la grandeur de trois graines de millet (le diamètre
de la papille étant de 7 millimètres environ). A leur partie in-] férieure on voit une tache d’un rouge foncé, paraissant dé
pendre d’une injection plus forte des vaisseaux en cet endroit, j On distingue très-nettement les contours ronds de cespetites“ tumeurs organisées, qui sont saillantes et comme en relief suri la rétine. Elles sont d’un jaune rougeâtre et ne ressemblent en^. aucune façon aux tumeurs graisseuses des albuminuriques,] qui sont disséminées dans le fond de l’œil sous forme de^ foyers hémorrhagiques, de vésicules ou de corpuscules graisseux. Cette malade a été examinée par M. Desmarres, qui constata les mômes lésions que nous, et la soumit au traitement suivant : 2 pilules d’iodure de mercure par jour, de 3 centigrammes chacune.
20 janvier 1859. Les douleurs nocturnes de la tête et des^' membres ont disparu, il en est de même de la névralgie intercostale. La malade voit un peu plus distinctement de son œil al iDalade et l’ophthalmoscope fait constater que les limites des; tumeurs ont un peu reculé, mais d’une manière peu sensible. Néanmoins, il est évident que l’injection circonvoisine de la. rétine a presque disparu; une stomatite mercurielle oblige deti suspendre le traitement.
2 février. Nous revoyons la malade; elle est soumise ài l’iodure de potassium, à la dose de 1 grammme par jour. Sa vue est un peu améliorée ; le brouillard dont elle se plaignait est moins épais, dit-elle. Malheureusement elle est obligée de
OBSERVATIONS. 373
I coudre pour subvenir à ses besoins, ce qui fatigue beau- , coup la vue.
Réflexions. L existence de la syphilis constitutionnelle ne peut être mise en doute chez cette malade. Ses ^ nombreuses manifestations n’ont jamais etc combattues ^ par un traitement régulier. La malade a toujours mis de
[côté les médicaments après un mois ou six semaines d’administration.
L’amblyopie de cette femme avait commencé avant Il qu’elle ne quittât le service de M. le professeur Gosselin, Il qui en reconnut la nature syphilitique, et lui conseilla de se soumettre à un long traitement. Ce conseil n’a pas été suivi. L’ophthalmoscope nous a fait constater, dans ce cas, trois petites tumeurs organisées, qui ressemblaient tout à fait aux tumeurs gommeuses. Leur siège, à la partie périphérique de la rétine, nous explique le peu d’intensité des troubles qu’elles déterminaient, relativement à l’amaurose presque complète qu’elles auraient occasionnée, si elles s’étaient trouvées sur la papille même du nerf optique.
Sans le secours de l’ophthalmoscope, on se serait borné à diagnostiquer chez cette malade une amblyopic nerveuse ; car aucun symptôme n’aurait autorisé à soupçonner une tumeur du crâne ou de l’orbite.
I II est possible que ces tumeurs aient eu, à cause de J leur vieille date, le temps de s’organiser définitivement, I de manière que les médicaments spécifiques ne puissent ! plus les faire disparaître.
Nous avons revu cette malade plusieurs fois, depuis cette époque ; elle a continué son traitement anlisyphilitique avec la plus grande régularité, s il faut s en rapporter à son dire. Aucune nouvelle manifestation n’aurait paru chez elle. Examinée par nous à l’ophthalmoscope
374 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
pour la dernière fois, le 25 août, G... présentait encore K les trois tumeurs décrites plus haut, bien que leur volume fût très-sensiblement diminué depuis la première i exploration.
Observation LXI. — Syphilis constitutionnelle. — Nombreuses récidives. — Amaurose syphilitique. — Impuissance de plusieurs ■ Il ' traitements. — Amélioration rapidepar les spécifiques. |
X..., officier, âgé de 33 ans, d’un tempérament sanguin et [; d’une bonne constitution, entre à l’hôpital du Midi, le 30 octobre 1852, au n® 1 des salles payantes, service de M. Ricord, j: pendant que nous étions son interne. Il n’a eu aucune maladie h grave, jusqu’en 1840. A celte époque il contracta un chancre j; du prépuce, qui a duré pendant un mois, et dont il s’est | aperçu huit jours après le coït. Traitement émollient. Quinze . p jours après, il dit avoir vu, et pour la première fois, des végé-- i, tâtions à l’endroit où siégea le chancre, ainsi qu’au voisi- v nage; ces végétations furent excisées et cautérisées. En 1841, ‘ p il a eu une adénite suppurée du cou, sans aucune autre ma- ^ nifestation. En juillet 1844, X...eut à la bouche une ulcéra-' tion qu’il considéra comme syphilitique ; elle céda à l’emploi de quelques gargarismes et ne fut pas suivie d’autres accidents. ,, En août 1848, chancre du prépuce , avec engorgement des ganglions inguinaux ; le chancre a duré un mois, il a envahi presque tout le pourtour du gland. Application locale de ca- ||, lomel. Pas de traitement interne. Un mois après la disparition jj, du chancre, syphilides lenticulaires au front, alopécie, ganglions cervicaux dont quelques-uns ont suppuré , douleurs i intenses dans les membres et les articulations, plaques mu- l queuses à l’isthme du gosier. Au mois d’octobre de la môme année, il consulta M. Gruveilhier, qui le soumit à la liqueur i de Van Swieten, à la dose d’une cuillerée à bouche par jour, i dans du lait. Trois jours après, un érysipèle de la face obligea de suspendre ce traitement; plus lard, M. Marjolin ordonna 1 gramme d’iodure de potassium par jour et des pilules ' de 0*^05 d’iodure de mercure. Ce traitement fut continué • pendant six semaines environ. L’éruption cutanée, le mal de '
ÜHSlîRVATIONS.
I gorge, les ganglions cervicaux, les douleurs des membres ont sensiblement diminué sous son influence. Pendant qu’il était i soumis aux spécifiques, X... contracte une urétbrite qui oblige ^ de suspendre le traitement. Un mois après, il est remis à sa I médication antisypbilitique, qu’il a suivie très-irrégulièrement,
1 ne prenant ses médicaments que deux ou trois fois par semaine. 1,' En 1849, X... éprouve de nouveau de fortes douteurs dans i les membres. Aux tacbes cuivrées persistantes du front, il s’est j ajouté des pustules qui se sont montrées aussi au cuir chevelu; \ accidents du côté de la gorge; alopécie et déformation des on- I gles des doigts des deux mains : ils étaient épais en même ^ temps qu’ils se recourbaient comme des griffes. Ceux des pieds sont devenus cassants et jaunes ; le malade voulant un jour les couper, plusieurs d’entre eux se sont brisés au milieu de leur longueur. X... entre à cette époque au Val-de-Grâce. Il y prit une quarantaine de pilules mercurielles, dont nous ignorons la composition ; puis il obtint un congé de quatre mois, pendant lesquels il prit du rob Laffecteur et des pilules mercurielles. Voyant enfin que malgré ce traitement tous les accidents persistent et à bout de patience, il rentre dans son régiment et cesse toute médication. En 1850, hémoptysie, douleurs ostéocopes très-intenses, céphalées peu violentes. En janvier 1851, la vue se trouble d’une manière subite; il s’en aperçut en voulant lire son journal. Le lendemain, voulant recommencer sa lecture, il voyait constamment comme une toile d’araignée étendue au-devant des lettres; en outre, une î espèce de mouche noire se dirigeait partout où il jetait les
yeux. Le malade ne fit aucune attention à tous ces phénomènes. La vue s’est empirée de plus en plus, et au mois d’octobre il voyait à peine pour se conduire. Entré dans un hôpital militaire, on lui posa des vésicatoires et on lui fit prendre de la strychnine sans aucune amélioration. La maladie s’aggravant toujours, on lui appliqua un séton à la nuque; puis il prit de nouveau environ 120 pilules mercurielles. Les ongles offraient toujours les mômes altérations; la vue ne s est point améliorée, les douleurs ostéocopes persistaient. Plus laid, il prit de l’iodure de potassium, mais une toux avec expectoration abondante l’obligea de suspendre l’usage de ce mé dicament. Quelque temps après, il entra au Val-de-Giùce, ou
376 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
M. Larrey lui a ordonné de rechef de l’iodure de potassium, g à la dose I à 3 grammes par jour. L’œil gauche ne distinguait -li que la lumière des ténèbres ; quant à l’œil droit, il pou- « vait encore apercevoir les couleurs, mais avec beaucoup de ü difficulté; le malade était dans l’impossibilité de lire. A cette i époque, il survint à gauche un strabisme qui dura un mois ; ^ on ajouta au traitement antérieur la tisane de Fellz et des fric- j( tions autour des orbites, avec de la pommade mercurielle belladonée. Sous l’influence de ces médicaments, la vue s’améliora très-notablement, au point que le malade pouvait distinguer, avec les deux yeux, les personnes qui se trouvaient autour de lui ; mais la lecture était toujoursimpossible. Dès qu’il eut quitté le Val-de-Grâce, il cessa tout traitement. Deux mois après, douleurs dans les os des membres, lassitude, pros-— : Dation, fatigue, sans môme que le malade eût marché, diminu-» : tion de l’appétit. Il consulte M. Ricord le 15 octobre 1832; sou ordonnance est ainsi conçue : Antécédents syphilitiques, altération des ongles, amaurose. Traitement : décoction de douce amère, avec 3 cuillerées par jour du mélange suivant : sirop , de valériane, 500 grammes; iodure de potassium, 30 grammes; tous les soirs frictions sur la colonne vertébrale avec 6 grammes d’onguent napolitain; enfin frictions sur les tempes, avec une pommade à la vératrine.
Au moment de son entrée à l’hôpital du Midi, les ongles du pied et surtout des gros orteils sont jaunes et très-épais ; ilsont la forme des sabots des solipèdes; leurs bords libres sont irréguliers et cassants; le malade nousdit qu’ils ne croissent plus | depuis quelque temps; taches cuivrées sur le front; pas d’iritis, |pupilles contractiles, non déformées, fond pupillaire normal. j> Avec l’œil gauche le malade voit à peine les objets. Il ne distingue pas les yeux de l’observateur qui se trouve à un pas de ) distance de lui. Avec l’œil droit il distingue facilement môme > les petits objets ; cependant il n’aperçoit pas les lettres d’un livre. Les douleurs des membres persistent ; mais elles sont modérées depuis que X... reprend l’iodure de potassium. ' Les ongles des mains ont une épaisseur d’un demi-cenli- i mètre. Ils sont en forme de sabot, convexes d’arrière en avant, i Le malade lime leur face supérieure, sans quoi, dit-il, ils seraient encore bien plus épais. Les deux sommets des pou- •'
obsiîüvations.
tuons sont mats. A 1 auscultation, ils présentent des rùles muqueux à grosses bulles. Expectoration abondante et épaisse. M. X... est appelé à son régiment dans le courant du mois de novembre. Pendant un mois, il a continué très-régulièrement le traitement indiqué plus haut. Les douleurs des membres ont complètement disparu, les lâches cutanées se sont éclaircies ; la vue s est améliorée, au point qu’il lisait avec 1 œil droit les grosses lettres d’un journal. Le brouillard épais, qui enveloppait autrefois tous tes objets que le malade voyait, a beaucoup diminué. La toile d’araignée non mobile qu’il rencontrait sur toutes les images persiste toujours. A partir de ce moment nous n’avons plus eu de nouvelles de ce malade.
Réflexions. — A l’époque à laquelle nous avons recueilli cette observation, l’exploration des yeux n’étail pas complétée par l’examen ophthalmoscopique; nous ignorons par conséquent l’état du fond de l’œil chez ce malade; mais, en lisant attentivement son histoire, il est impossible d’attribuer l’amaurose à une tumeur comprimant, soit une partie de l’encéphale, soit simultanément les deux nerfs optiques. En outre, il n’y avait pas d’iritis; or, ce serait là un exemple d’amaurose syphilitique sans lésion appréciable.
Si l’on compare cette observation à celles des autres malades amaurotiques, insérées dans ce chapitre, on acquiert presque la conviction qu’il y avait une affection de la rétine ou de la choroïde que l’ophthalmoscope nous aurait révélée. Quoi qu’il en soit, l’amélioration de la n vue sous l’influence des anlisyphilitiques, après de nom- I breux traitements infructueux, est bien digne de remai - L que, et fait dissiper toute incertitude quant à la natuie 0 de l’affection oculaire.
378 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
Observation LXII. — Syphilis constitutionnelle. — Éruptions, céphalées, chute des ongles et des poils. — Fièvre intermittente quotidienne. — Névralgie faciale. — Amblyopie, vision de corpuscules lumineux, etc. — Iritis ;choroïdite. Nombreux dépôts disséminés dans le fond de l’œil. Résorption du pigmentum par places.
G..., âgé de 33 ans, eut une uréthrite en 1830, qui dura un mois et guérit avec des pilules de composition inconnue. Pas d’accidents consécutifs. En août 1836, chancre du filet, de 1 centimètre d’étendue environ. Induration après la cicatrisation. Adénite inguinale double, non suppurée. Pansement des chancres avec de l’onguent gris. En janvier 1837, il consulta un pharmacien qui lui donna des pilules de protoiodure de mercure (nous en ignorons la dose) ; il prit d’abord 2 de ces pilules, puis 3 et arriva progressivement jusqu’à 6 par jour. Ce traitement fut continué pendant deux mois. Il détermina de la diarrhée et un ptyalisme mercuriel violent. Malgré cette médication et pendant que le malade y était soumis, il parut sur le front et sur le cuir chevelu des pustules, et une éruption pityriasique dans la barbe et les moustaches ; c’était en février 1837. Quelques jours après et toujours pendant qu’il prenait 4 et môme 6 pilules par jour, il lui survint une éruption générale polymorphe, composée de plaques rouges et de pustules de dimensions variées.
Le 1®'' mars, il laissa le mercure et prit, pendant une semaine, de l’iodure de potassium, à la dose de 1 gramme par jour. Voyant que son état s’aggravait de plus en plus, que l’éruption devenait de jour en jour plus confluente et furonculeuse, il alla consulter un médecin. A ce moment-là. G... était couvert de gros boutons et de croûtes. Il avait des plaques muqueuses à la bouche, à l’anus et sur le scrotum. De plus, chute complète des cheveux, de la barbe, des sour'cils et des cils, ainsi que des poils du mont de Vénus. Syphilides palmaires et plantaires avec détachement de l’épiderme sous forme de larges plaques. Éruptions farineuses à la place des favoris et des moustaches. Adénopathie cervicale très-prononcée. Douleurs de tôte très-fortes et continuelles ; mais plus intenses à la chute du jour. X... devint pâle, très-faible, se fatiguait facilement et avait très-fréquemment des étourdissements, à
OBSERVATIONS. 379
un tel point qu’il craignait quelquefois de tomber par terre au milieu delà rue. En môme temps, sensation de battements très-douloureux dans la tète et élancements fréquents; bourdonnements et sifflements d’oreilles très-violents, aJ point quelouie en était troublée. Appétit conservé, digestions physiologiques. Les désirs vénériens avaient également persisté, .partir du 14 mars, tous les soirs, vers les quatre heures, il avait des frissons violents; puis il lui survenait une fièvre très-forte qui durait trois heures environ. Pendant le stade du froid, il n’éprouvait pas de douleurs; mais aussitôt la période de chaleur arrivée, des céphalées intenses se faisaient sentir. Le sommeil était très-agité et interrompu. Le moral était également très-affecté ; X... devint irritable, impatient, colère. Cet état s’aggravant de jour en jour, il fut obligé de cesser ses occupations d’employé et de se mettre au lit. Un médecin consulté à cette époque ordonna une pilule de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure par jour. Consécutivement à ce traitement, toutes les manifestations ont disparu avec rapidité. Tous les ongles des pieds et des mains, sans exception, étaient tombés, et de nouveaux commencèrent à repousser. Cependant le malade était toujours faible; il éprouvait souvent des vertiges, des étourdissements, des battements de cœur et des douleurs de tête très-fortes; à tel point que, malgré son amélioration notable, il garda le lit pendant tout le mois suivant. Le nombre des pilules fut porté progressivement à 4 et à 6 par jour. Ce traitement fut suivi pendant trois mois. A cette époque, les cheveux et les poils avaient repoussé, mais il survint une stomatite mercurielle qui obligea de suspendre le traitement pendant quinze jours; après quoi, X... prit en môme temps du mercure et de l’iodure de potassium pendant trois autres mois. Au mois de septembre, quinze jours après la suspension de son traitement, les yeux commencèrent à devenir malades. Cependant il ne restait plus aucun symptôme apparent de syphilis, si ce n’est quelques douleurs vives dans la tête, et surtout une sensation de coups de marteau au sinciput. X... voyait des deux yeux, et d’une manière constante, de nombreuses mouches qui étaient, la plupart du temps, luisantes et irisées; elles paraissaient plus nombreuses après la marche et la fatigue. Il les voyait constamment, que les yeux
380 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
fussent ouverts ou fermés. Pas de douleurs oculaires, seulement les yeux sont devenus très-larmoyants. Depuis cette époque la vue s’est troublée. Le 1" décembre 1838 il est dans l’état suivant : Ganglions inguinaux engorgés; pas de taches, ni de boulons ; rien aux testicules, à la gorge, ni aux os. La tôle est toujours lourde ; de temps en temps il a des étourdissements et des vertiges. Céphalées quotidiennes, commençant dans l’après-midi et durant six et môme huit heures. Elles siègent au sinciput et aux tempes. Ces douleurs sont de deux sortes ; il y en a d’encéphaliques, lancinantes et interrompues; mais en môme temps X... a des névralgies. Avant le début des douleurs, il éprouve des bouffées de chaleur vers la tôte et il rougit; la face se tuméfie un peu et les névralgies commencent. Nous lui trouvons, par la pression, des points trèsdouloureux, et des deux côtés, à* l’émergence du nerf sousorbitaire, au niveau de la réflexion du nerf frontal sur le bord de l’orbite, et sur le trajet des temporaux superficiels. Il y a encore d’autres points douloureux dont un près du sinciput; la pression y détermine des douleurs très-vives et fait pousser des cris au malade. Sa mémoire, excellente autrefois, est de beaucoup diminuée aujourd’hui. Il a aussi continuellement des idées tristes et mélancoliques. Ainsi, lorsqu’il se trouve avec ses amis, il a des moments de chagrin non motivé ; un jour, il voulait se jeter à la Seine, et sans aucune 7'aison^ dit-il (il n’élait pas pris de vin). Ses fonctions viriles sont trèsbonnes, ses digestions naturelles; X... est très-sobre; il ne commet jamais aucun excès, il a un embonpoint marqué ; il est frais, rose, grand et d’une très-bonne constitution. Yeux couleur lie de vin, pupilles dilatées, surtout la gauche. Il voit mieux de l’œil droit. Lorsqu’il jette les regards sur du papier blanc, il voit une vingtaine d’images composées chacune d’un point noir situé au milieu de cercles lumineux, irisés, de diverses couleurs, de plus en plus excentriques et de plus en plus pâles. En môme temps, les objets lui paraissent entourés d’un brouillard d’autant plus épais qu’il y a peu de lumière, mais il ne voit toujours que la partie de l’objet la plus éclairée ; ce qui est dans l’ombre lui échappe. Il lit bien, mais il est obligé de fixer mot par mot; ceux du voisinage ne sont pas saisis en môme temps. Il lui arrive souvent aussi
OBSEIWAÏIONS.
qu’un mot lui échappe et qu’il soit obligé de recommencer sa lecture pour le chercher; mais il le retrouve toujours. Néanmoins il lit assez bien les noms des rues qu’il traverse. Pupilles contractiles, la droite bien plus que la gauche. L’e.vamen à l’ophlhalmoscope fait constater que tout le fond de l’œil est le siège d une injection très-marquée ; les vaisseaux de la papille sont gorgés de sang et comme variqueux. Sur une grande partie de son étendue, le fond de l’œil est d’une coloration rouge foncé , comme violacé et sillonné par de nombreux vaisseaux, entre lesquels se trouvent des dépôts de pigmenlum séparés par des intervalles blanchâtres, où la matière pigmentaire faisant défaut laisse voir la membrane sous-jacente, la sclérotique; ce sont là les indices d’une inflammation chronique de la choroïde. En outre, il y a par place de petits dépôts plastiques, multiples, de la grosseur environ d’une tête d’épingle. 11 n’y a pas d’épanchement autour de la papille. Les deux yeux nous offrent les mômes lésions anatomiques.
Traitement. — Deux pilules, chacune de O^^Oo de proto-iodure de mercure, iodure de potassium 1 gramme par jour.
15 janvier. Les douteurs de tête ont tout à fait disparu, l’état général est toujours excellent. La vue s’est améliorée; il voit bien plus nettement que la dernière fois; les images constituées par des cercles irisés, dont nous avons parlé, sont moins nombreuses et les cercles moins lunnineux ; il lit mieux et ne perd pas le fil de sa lecture.
Uophthalmoscope nous fait constater que la congestion de la choroïde est moins marquée, il en est de même des vaisseaux qui recouvrent la papille du nerf optique. On voit toujours les petits dépôts plastiques dont nous avons parlé; de sorte que nous sommes à nous demander si, malgré cette amélioration éprouvée par le malade, son affection est curable. Il est à craindre que des lésions anatomiques si prononcées ne puissent pas disparaître par le traitement; cependant celui-ci aura toujours l’avantage d’améliorer la vue, comme il 1 a déjà fait, et de prévenir la production d’une amaurose complète.
16 février. Amélioration très-prononcée. Il ne voit qu’un petit nombre des images décrites, qui sont à peine colorées, il peut lire facilement; plus de douleurs de tête. L ophtlialraoscope nous fait constater une diminution remarquable de la
382 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
congestion de la choroïde qui cependant est encore parcourue par de nombreux vaisseaux dilatés. La plupart des corpuscules plastiques ont disparu.
Réflexions. — Les divers accidents constitutionnels mentionnés dans cette observation ont continué à s’aggraver chez G..., malgré le traitement mercuriel auquel il fut soumis. C’est que, selon toute apparence, bien que nous ignorions la quantité du médicament et la préparation hydrargyrique employées, il n’avait pas atteint la dose nécessaire, indispensable à son individualité pour combattre la syphilis. En effet, il n’y a pas de dose fixe pour le mercure; tel individu peut voir tous les accidents syphilitiques qu’il présente reculer devant 5 centigrammes de proto-iodure de mercure, pris journellement pendant quelques jours; tandis que chez tel autre malade, 20 et même 25 centigrammes du médicament sont loin d’entraver la marche de l’affection.
On a vu, en lisant son histoire, que ce malade a présenté de nombreux signes d’anémie profonde; signes qui se sont plus tard dissipés par le seul effet de la médication hydrargyrique-. Pendant que la diathèse sévissait chez ce malade, sans être influencée par les spécifiques, une fièvre intermittente, quotidienne, éclata, avec ses trois stades bien dessinées. Aussitôt la période de la chaleur arrivée. G... commençait à ressentir des douleurs de tête violentes.
11 y a, dans l’observation de ce malade, une autre particularité curieuse : la sécrétion des poils et des onglesfut tellement modifiée par la syphilis, qu’il perdit tous ses cheveux et tous ses poils jusqu’à ceux du pudendum, ainsi que les ongles des doigts et des orteils.
Telle fut l’intensité et la persistance de la maladie
observations.
chez ce sujet qu’après avoir suivi u
un Irailpmpni livrlpnr.^
dans le but de prévenir les récidives, quelques jours à peine venaient de s’écouler depuis la suspension de la médication spécifique, que la diathèse fit de nouveau acte de présence par des phénomènes amblyopiques. Le biouillard fut ici, comme chez tous les malades que nous avons observés, le premier phénomène morbide. Le champ visuel était rempli d’une infinité d’images composées d’un point central noir, entouré de cercles lumineux. L ophthalmoscope fit constater une rétinite, témoin l’injection et la multiplicité des vaisseaux de la papille, une choroïdite ancienne, qui avait déterminé, en certains endroits, la résorption de la matière pigmentaire, et enfin de petits dépôts disséminés dans le fond de l’œil, et que nous attribuerions volontiers à de la matière plastique que la syphilis dépose si souvent dans l’épaisseur de presque tous les organes.
Nous pensons que les troubles visuels présentés par ce malade peuvent être facilement expliqués par les lésions que l’ophthalmoscope a découvertes chez lui. En effet, l’injection prononcée de la papille nous rend compte du
géant sur la choroïde masquaient par leur présence une partie des objets, et déterminaient, fort probablement par la pression qu’ils exerçaient sur la membrane rétine, ces images lumineuses dont nous avons parlé, et que G... apercevait, lors même qu’il tenait les yeux fermés. Un traitement spécifique a dissipé les céphalées, en même temps que la vue s'améliorait progressivement.
brouillard qui enveloppait tous les corps. Les dépôts sié-
384 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
L’oplilhalmoscope nous a toujours permis, dans ce cas, de suivre de visu l’amélioration effectuée du côté des yeux.
M. le professeur Gosselin a eu l’extrême obligeance de nous faire voir une de ses clientes atteinte de mydriase. Voici, en peu de mots, l’histoire de celte malade :
Observation LXIII. — Syphilis constitutionnelle. — Mydriase.
— Amaurose syphilitique commençante. — Choroidite syphilitique.
Madame X..., âgée de 33 ans, d'une bonne constitution, n’ayant jamais souffert des yeux antérieurement, se présente chez M. Gosselin, au commencement de l’année 1858, se plai- . gnant d’un affaiblissement de la vue à droite. Les objets étaient vus comme enveloppés par un brouillard ; l’accommodation de l’œil aux distances était aussi très-difficile, surtout pour les objets placés près de la malade. Dans certains moments, les contours des meubles lui semblaient mal délimités et paraissaient osciller. Pas de diplopie; jamais rien d’inflammatoire, visible à l’œil nu du moins; pas d’iritis; pas de photophobie; la pupille droite est dilatée et ne se resserre pas, soit que la malade porte les yeux d’un objet éloigné à un objet situé près d’elle, soit sous l’influence de la lumière. M. Gosselin constata, à l’examen, une éruption cutanée papuleuse syphilitique et des plaques muqueuses. Grâce à un interrogatoire dirigé avec toute l’adresse exigée par les circonstances, il obtint l’aveu de relations illégitimes; l’examen du jeune homme, offrant lui- • même des aecidents de syphilis constitutionnelle, a permis de remonter jusqu’à la source de l’infection. Ainsi convaincu de la nature de cette mydriase , M. le professeur Gosselin i soumit cette dame aux préparations mercurielles. Sous l’influence de ce traitement, et en môme temps que les manifes- • tâtions syphilitiques disparaissaient, la vue devenait meilleure. . Madame X... interrompit de son chef le traitement, lorsque ; tous les symptômes eurent disparu; mais, peu de temps après, . de nouvelles manifestations cutanées et des ulcérations des •
ODSEIIVATIONS.
muqueuses annonçaient une nnnvnii^ i •
syphilitique. L’œil droit redevint le fliathèse
avait présentés autrefois. Madame X troubles qu’il
antisyphilitique qu’elle susnenrlii " ' ' ^ au traitement senlemen. de eol médecin ruti r:'" T Nouvelle rechute combaiinp i ^ ® se vit améliorée, amendement. E„’„rt ."Te “ ,7//"^ ''
nouvelle suspension prémalurée du trTemenf
blée. nolamment d,! 7té incle '™n-
Le 10 décembre 18SS, lorsque nous avons vu madame X avec M. Gosselin elle ne présenlail aucune éruplion culanée ■ Ile n avau r.en du côté des muqueuses, depuis une ving.a T de purs environ. Les yeux u’oITrenl aucun symptôme inflaT malo.re ,i e.xterieur; les conjoncliveS sont à l'état normal - il ny a pas d iritis. Les pupilles sont très-dilatées ; cependant celle du Côté droit l'est moins que la gauche qui’ne p"
de 0- noT ^ “‘“■■O"®. <I“’m>e distance
, 34 environ, entre ses deux circonférences. Lorsqu’on
tient un œil fermé, pendant que l’on ouvre et que l’on terme alternativement les paupières du côté opposé, la pupille se contracte très-lentement et très-faiblement; mais les mouvements contractiles sont plus appréciables, quand on erme et que l’on ouvre les deux yeux en môme temps. Dans tous les cas, l’iris de l’œil gauche est bien moins mobile que celui du côté opposé. En général madame X... voit mieux lorsqu’un de ses yeux est fermé. Ainsi qu’elle le dit elle-môme, les deux yeux se gôiient mutuellement, dans l’exécution de leurs fonctions. Pas de diplopie. Aune distance d’un mètre et demi, elle voit l’heure à la pendule; mais toujours comme au travers d’un brouillard; pn général les contours des objets sont mal circonscrits et diffus. A un mètre de l’œil environ,
, elle ne peut déjà plus lire le titre d’un journal; elle voit les j‘ lettres d’autant moins distinctement qu’elles sont plus rappro- I chées. Elle lit cependant le titre du journal, quand on le tient I au delà d’un mètre; dans aucune position, elle ne peut en lire le texte. Les petits objets, comme une aiguille fine, sont vus à ! distance; mais leur image s’embrouille d’autant plus qu’ils sont plus près d’elle; elle n’y voit pas assez pour coudre. Par Zamuaco. 25
DE l’amaurose et DE l’aMRLVOPIE.
V ophlhulmoscopc trouvons que la papille gauche est très- î
disliucle eldans l’étal normal; mais elle est recouverte par des ^
vaisseaux volumineux, dilatés, enlre lesquels on l’aperçoit, 'j Tout le fond de l’œil au pourtour de la papille est d’un rouge j; foncé presque brun cl parcouru par des vaisseaux veineux très- .g développés. On suit ces vaisseaux rétiniens bien loin du point ,t de leur émergence de la papille. A droite il y a les mômes slésions, seulement à un bien moindre degré qu’à gauche : il j n’y a qu’une injection et une rougeur bien plus prononcées i< qu’à l’élat normal ; mais on ne voit pas ces vaisseaux variqueux j et celle couleur rouge violacé qu’on observe à gauche; en un ï mot il y a eboroïdite très-prononcée à gauche et bien légère à j droiie. L’élat des vaisseaux de la papille nous révèle aussi que ) la rétine elle-même participe à la congestion. :
Rcflexions. — M. le professeur Gosselin nous a communiqué un autre fait semblable. Le frère d’un médecin, atTeclé de syphilis constitutionnelle, fut atteint d’amblyopie spécifique. M. Gosselin avait remarqué celte injection et cette coloration violacée du fond de l’œil. Un traitement spécifique habilement dirigé fit justice des troubles visuels, en même temps que le fond de l’œil revint à son état normal.
Dans l’observation de cette dame, la diathèse syphili- ^ tique ne peut être révoquée en doute. L’amélioration de la vue, à la suite de chaque traitement mercuriel, est une preuve en faveur de la nature spécifique de l’affection oculaire.
L’examen de l’intérieur dé l’œil nous a permis de constater qu’il y avait, chez celte malade, une intlammation de la choroïde; inflammation qu’on observe dans le plus grand nombre des amblyopies occasionnées par la syphilis. Le peu d’impressionnabilité de la rétine nous ■ explique la paresse des deux pupilles; et ce qui vient à l’appui de celte manière de voir, c’est le rapport direct
Ile
OBSERVATIONS. 387
qui existait enlre 1 intensité de rintlaminalion et le degré d'asystolie irisienne. En eiïet, c’est à gaiicl.c que l’in- ‘ llammation de la rétine était le plus prononcée, et c’est 1 iris gauche aussi qui se contractait le moins, sous l’iinpression de la lumière.
Observation LXIV. Diathk, syphilitique. - AmUmpio symptomatique d un décollement de la rétine à yauclte et d’une choruïdite à droite.
Le nommé D..., âgé de 28 ans, autrefois menuisier el maintenant homme de peine, dit n’avoir jamais eu de cliancre, ni aucune affection sérieuse des organes génitaux, si ce n’est un petit écoulement il y a deux ans. Il y a cinq ans, il eut des crûtes de coq, dit-il, et rien de plus; on les a coupées et brûlées, et à cette occasion on lui a fait subir un traitement dont il ignore la nature. Toujours est-il qu’il eut à différentes reprises, et depuis cette époque, des douleurs dans les articulations et plus tard dans la continuité des membres, dans les os des jambes notamment. 11 eut en outre diverses éruptions cutanées dont les premières, h son dire, ont consisté en de petits boutons pustuleux qui ont envahi surtout les membres inférieurs et qui ont laissé à leur suite des taches foncées pendant plusieurs mois. A la même époque il lui est survenu des plaques muqueuses sur les bourses. Plus tard les éruptions devinrent plus profondes; il eut un ectbyma dont il porte encore les traces, il y a deux ans environ, et une éruption profonde sur la partie supérieure et externe de la jambe gauebe qui, à en juger par deux cicatrices profondes qu’elle a laissées, doit être attribuée à des tubercules syphilitiques; les cheveux sont tombés aussi, enfin il eut plusieurs ganglions du cou très-développés. La vue a commencé à s’embrouiller chez ce. malade il y a quatre ans. A cette époque, il eut une inü.ammation de l’oeil gauebe; il avait des douleurs névralgiques au front et dans l’oreille gauche; il voyait trouble, surtout lorsqu’il reganlait en haut. Quelques jours plus tard, 1 oeil droit devint malade de la môme façon. L’inflammation disparut sous l’influence des purgatifs et des vésicatoires. Cepen-
388 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
clanl la vision resla un peu troublée, et la pupille déformée, j Quelque temps après, la vue commença à baisser de plus en plus. D... ne suivit aucun traitement anlisyphilitique. En mars 1838, il quitta la province qu’il habitait, pour venir à Paris. A celte époque l’œil gauche ne voyait plus que d’une j manière très-confuse; mais le droit était assez bon: le malade pouvait même s’en servir pour la lecture qui, néanmoins, était fort difficile.
Le 2 décembre 1858, il se présente à la consultation de M. Desmarres, où nous l’avons examiné, dans l’état suivant: |
taches d’eclhyma profond sur les membres inférieurs ; groupes de cicatrices livides de tubercules ulcérés sur la jambe droite ; douleurs intenses, surtout nocturnes, dans la tête et dans les membres. Avec l’œil droit, il ne peut lire que les grosses lettres d’un journal, le titre par exemple, qu’il voit I enveloppé d’un brouillard fort épais. 11 distingue bien tous les ' objets avec leur couleur, leur forme, leurs contours ; il décrit , , assez bien les traits d’une figure qu’on lui fait examiner à un j mètre de distance. Il ne voit ai mouches, ni taches, ni voile , mobile, comme certains de nos malades amblyopiques. L’iris ‘i . de ce côté est décoloré par places, et comme verdâtre. Laï|,j pupille est immobile, ovale de haut en bas et irrégulièrement , étoilée; on voit en effet sur la petite circonférence de ce dia- i phragme un grand nombre de prolongements, de rayons qui i convergent vers le centre ; mais ils ne sont visibles qu’à la lumière réfléchie par une lentille. Des lésions identiques, mais plus prononcées, existent à gauche ; lorsque le malade regarde de face, il voit comme à travers des nuages moutonnés • et ne peut apprécier ni la forme, ni la grandeur des objets.
Du côté externe, il voit mieux quand il ne fixe pas l’objet ; ^
par exemple, lorsque, la pupille étant dirigée en face, l’objet est mis vers l’angle externe de l’œil ; dans ces conditions, il voit le nombre des doigts qu’on lui montre, néanmoins avec difficulté et en cherchant. Le voile qui recouvre les objets dans cette position est peu épais. En examinant ce malade à l’oph- U thalmoscope avec M. le docteur Desmarres, nous trouvons à droite une inflammation manifeste de la choroïde ; les vais- j seaux de cette membrane sont nombreux et dilatés. Tout le
fond de l’œil a un aspect violacé, brun foncé, dépendant de
B observations. 389
y la congestion de la choroïde; la papille est nette, mais les fl vaisseaux qui la recouvrent sont nombreux et fortement g congestionnés ; on peut les suivre sur une grande partie de la rétine. A gauche, outre les lésions précédentes, on trouve au niveau de la papille du nerf optique, la rétine irrégulièrement décollée et portée en avant par un épanchement qui l’a détachée de la choioïde. La papille est peu distincte, elle a perdu son aspect nacré et brillant; néanmoins, on la reconnaît, ainsi que les vaisseaux centraux de la rétine. Cet épanchement est plus étendu en haut et en dehors; il offre une étendue transversale de 8 millimètres environ et une coloration grisâtre, ou plutôt d’un blanc sale. Les vaisseaux de la papille ne sont point masqués par l’épanchement qui siège par conséquent au-dessous d’eux. Traitement. 21 pilules de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure; iodure de potassium,! gramme par jour. Le 8 janvier 1839, le malade voit mieux de son œil droit; les dépôts pigmentaires restent toujours, bien entendu, dans le champ de la pupille, ainsi que les légères synéchies postérieures. L’épanchement sous-rétinien gauche paraît un peu diminué et comme affaissé; l’injection de la choroïde est aussi un peu moins prononcée. L’affection est d’une date beaucoup trop ancienne pour qu’on puisse espérer la disparition complète de l’épancbement, qui paraît être organisé.
Nous avons revu plusieurs fois ce malade et à diverses époques, depuis que cette observation a été prise. Il a continué son traitement pendant six mois et avec la plus grande régularité, sauf quelques interruptions nécessitées par une gingivite hydrargyrique. L’épanchement sous-rétinien s’est résorbé, la cboroïdite a disparu; mais à 1 œil gauche, où siégeait l’épanchement sous-rétinien, il est survenu la lésion définitive décrite sous le nom d atrophie de la papille; c’est-à-dire que la papille du nerf optique a diminué de grandeur en môme temps qu elle a perdu cet éclat nacré qu’on lui trouve daps l’état normal ; les vaisseaux centraux de la rétine, qui couvrent la papille ont
390 DE l’amaurose et de l’amblyopie.
perdu aussi de leur calibre, comme s’ils étaient étranglés par un obstacle qui empêcherait la libre arrivée du sang dans leur intérieur. La vue est restée très-dilTuse du côté gauche. Le malade pouvait se conduire dans la rue et se garer des voitures; mais il était dans l’impossibilité de distinguer avec précision les traits de la figure d’une personne, ^ quelque distance qu’elle fût. De l’œil droit, il pouvait lire le texte d’un journal, cependant avec difficulté et en suivant avec le doigt les mots qu’il regardait. Les couleurs et les plus petits objets étaient assez facilement appréciés. Bien que les troubles de la vision, chez ce malade, dépendissent incontestablement de la présence de lésions syphilitiques, nous ne sommes point étonné que les spécifiques n’aient pas rétabli la vue entièrement. L’affection oculaire datait en effet de plusieurs années dans ce cas ; de sorte que les résolutifs spéciaux ne pouvaient plus rien contre l’épanchement organisé, et qui altéra d’une manière définitive la texture de la rétine.
If
Observation LXV. — Syphilis constitutionnelle. Amaurose ;ré-
tinite syphiliticpue avec choroïdite.
S... âgé de 39 ans, fondeur d’acier. En l8o6, uréthrite avec petits chancres. L’écoulement dura pendant plusieurs mois. Huit semaines après l’apparition de ces accidents, il eut des plaques muqueuses h l’isthme du gosier et à l’anus, une éruption pustuleuse du cuir chevelu, et des douleurs de tête dans la région du front, douleurs qui augmentaient par la chaleur de son fourneau ; l’ouïe devint aussi un peu dure des deux côtés. Douleurs dans les membres et malaise général ; adénopathie cervicale et inguinale; la vue était normale. En avril 1857, il alla chez Ch. Albert, qui le soumità un traitement mercuriel pendant deux mois. Tous les symptômes précités ayant disparu, il cessa toute médication. Mais trois mois après (en août 1857) il retourna chez Gli. Albert pour une céphalalgie
OnSEUVATIONS. 301
I intense et poiii une nouvelle urcithrite. Il y avait déjà quelque temps qu il a\ait commencé à voir les objets enveloppés d’un , nuiige, suitout avec 1 œil gauche j de temps en temps il apercevait des mouches brillantes, et à la lumière artiliciellc, comme d€s pci Iss bleues, D autres fois il voyait une lumière < pèle et onduleuse, loutes ces images très-mobiles existaient, que les paupières fussent ouvertes ou fermées. Cependant le jour il pouvait lire avec l’œil droit; il continuait aussi son travail ; mais la nuit il ne pouvait ni lire, ni travailler. Il ne voyait môme pas assez pour se conduire. Je dois noter, que des douleurs de tête violentes avaient précédé les troubles de la vision et qu’elles continuaient toujours avec la même intensité. Il resta dans cet état pendant trois ou quatre mois, puis le nuage s’épaissit de plus en plus, et le malade finit par ne plus voir ni pour travailler, ni pour se conduire. En décembre 1857, il consulta M. Desraarres, qui ordonna des pilules mercurielles. Vingt jours après, son état s’est tellement amélioré qu’il a pu reprendre son travail. Il parvint même à lire au bout de quelque temps. Dès qu’il vit celte amélioration très-sensible, il mil de côté tout traitement, se croyant parfaitement guéri. Quelques mois après, il eut encore des éruptions cutanées et la vue se troubla de nouveau à un tel point qu’il ne pouvait se conduire. Il retourna encore chez M. Desmarres, où nous l’avons observé. En octobre 1858, il éprouvait des céphalées atroces, avec exacerbations nocturnes et portait des taches cuivrées sur les membres inférieurs; point d’autres symptômes. Les yeux, lie de vin, sont petits et enfoncés dans leur orbite. Les pupilles sont très-paresseuses et peu contractiles, surtout la gauche. Pas de diplopie; les mouvements des globes oculaires sont normaux. L’œil droit étant fermé, le gauche n’aperçoit un grand objet que lorsqu’il est à trois ou quatre mètres de distance; le doigtde l’observa- I leur n’est point vu, lorsqu’il n’est qu’à un mètre de distance I du malade. En aucune position il ne peut distinguer le nombre des doigis qu’on lui présente. Pour entrevoir un objet qui est en face de lui, X... porte la pupille dans le grand angle de l’œil. Il voit donc sans regarder et sans fixer. Un brouillard fort obscur lui masque toul ce qui l’entoure. Un grand nombie i de lignes noUes et en zigzag sont presque constamment per
DE l’amaurose et DE l’aMRLYOPIE.
çues par l’œil gauche. Avec l’œil droit, il voit mes yeux, mon nez, mais il ne peut distinguer la couleur de mes cheveux. Il ne peut lire que le titre d’un journal. Il voit mieux au grand jour; le soir il ne peut môme se conduire dans la rue; le brouillard qui enveloppe les images est très-léger pour l’œil droit, qui perçoit également les lignes onduleuses dont nous avons parlé à propos de l’œil gauche. Ces lignes sont grises, non irisées et à plus amples inflexions. De deux côtés ces zigzags sont constamment vus, que les paupières soient ouvertes ou fermées. De temps en temps, lorsque les yeux sont ouverts et surtout à la lumière artificielle, il voit une espèce d’étoile rouge qui se dirige lentement du grand au petit angle de l’œil. Cette espèce de flamme existe tantôt des deux côtés, tantôt dans un seul œil. A droite les phosphènes sont partout conservés avec éclat. A gauche ils sont pâles en haut et en dedans. Il n’y en a point ni en bas, ni en dehors. En examinant à l’ophthalmoscope nous trouvons que la papille du nerf optique n’est pas nettement visible à droite. Elle est couverte par un grand nombre de vaisseaux dilatés qui sont pour la plupart noirâtres et se prolongent sur la rétine, de la manière la plus manifeste, bien au delà de la papille. Tout le fond de l’œil est d’une coloration foncée et parcouru par des vaisseaux volumineux. A gauche, l’injection est encore plus prononcée et d’un rouge violacé ; la papille du nerf optique est presque complètement masquée par les vaisseaux qui la recouvrent. Pas d’épanchement sous-rétinien. Traitement. Matin et soir une pilule de Sédillot et plus tard deux chaque fois. Le 8 janvier 1859, le malade n’éprouve plus les douleurs nocturnes dont il se plaignait tant. La vue s’est un peu améliorée ; X... se conduit mieux et voit môme le soir. L’injection des vaisseaux de la papille a diminué; il en est de môme de celle de la choroïde. Le 15 janvier, la vue s’améliore de plus en plus; le malade se conduit môme la nuit; il lit assez bien; le brouillard qui enveloppait les objets est devenu plus clair; les lignes brisées et irisées ont presque disparu. L’amélioration est surtout sensible lorsqu’on compare l’état actuel du malade à ce qu’il était antérieurement au traitement. L’œil gauche distingue les doigts de la main, lors môme qu’ils sont placés en face de lui; il ne pouvait les apercevoir avant. L’étoile qui se dirigeait
it
OBSERVxVTIONS. 393
de dedans en dehors -a aussi disparu. L’opluhalmoscope lait constater une grande diminution dans l’injection et dans l’inflammation de là choroïde : les papilles sont couvertes par 1 bien moins de vaisseaux, qui se perdent à une petite distance d’elle. On voit par conséquent les papilles très-distinctement. Une stomatite mercurielle oblige de suspendre le traitement Le 20 février, nous revoyons le malade. La vue a commencé à s’obscurcir de nouveau ; un nuage dilfus recouvre encore tous les objets tant à droite qu’à gauche; l’injection de la choroïde a aussi augmenté depuis le dernier examen ; il en est de môme de celle des vaisseaux qu’on voit recouvrir les papilles optiques. L’état des gencives permet de remettre le malade au mercure : une pilule de Sédillot le matin et une le soir; iodure de potassium, 1 gramme par jour.
Réflexions. — La nature syphilitique de l’intlammation profonde de l’œil donnant naissance à tous les symptômes de l’amaurose nerveuse des auteurs est tellement certaine, que nous croyons inutile d’y insister.
Il s’agissait ici d’une choroïdite et d’une rétinite, car on voyait très-distinctement que les vaisseaux de la rétine, qui divergent du centre de la papille, étaient volu- 1 mineux, très-injectés, et bien plus nombreux qu’à l’état
I physiologique; ils masquaient en grande partie la papille, [ au delà de laquelle on pouvait les suivre jusqu’à une certaine distance.
Dans la choroïdite simple, sans rétinite, ce ne sont pas 3 les vaisseaux rétiniens qui sont affectés, mais ceux de la
II choroïde; et lorsque l’inflammation de la choroïde est fi intense, il y a résorption du pigmenturn, comme nous . l’avons vu.
Quant aux diverses photopsies que le malade avait ' presque continuellement, ne peut-on pas les explique! par la pression que les vaisseaux plus nombreux qu a l’état physiologique, et très-injectés, exerçaient sui la
394 DE l’amaueose et de l’amblyopie.
rétine , membrane si délicate , et dont la compression it< détermine facilement des illusions visuelles, comme, par 'u exemple, dans la recherche des phosphènes?
Si, dans ce dernier cas, il faut déployer une certaine 9 force pour produire des images plus ou moins lumineu- scs, c’est que la rétine ne peut être comprimée qu’à tra- vers de nombreux tissus et des membranes résistantes; ; mais l’injection des vaisseaux appuyés directement sur la c membrane sensitive paraît devoir produire facilement | cette compression, et d’autant mieux que les parties ré- | sistantes, situées en dehors de la rétine, fournissent f comme un point d’appui. La rétine peut, au contraire, ^ échapper, jusqu’à un certain point, à la compression t externe , par le déplacement et l’élasticité du corps vitré. Du reste, ce n’est là qu’une hypothèse à laquelle nous n’attachons pas une grande importance, mais qui , nous paraît assez logique et assez conforme aux notions physiologiques que nous avons aujourd’hui sur la rétine.
Observation LXVI. — Amaurose spécifique. — Diathèse syphilitique. — Atrophie de la papille des nerfs optiques, principalement de celle du côté droit.
G... est âgé de 38 ans. A 19 ans il eut des chancres qu’on traita avec du mercure pendant un mois (1839). Pas d’accidents consécutifs. En 1842, nouveaux chancres, de chaque côté du gland, dont on voit encore les traces; il n’y a pas remarqué d’induration. Traitement mercuriel à l’hôpital mili- < taire' pendant 2S jours. Plus lard, éruption cutanée pus- 4 tuleuse , douleurs de tête et des membres, alopécie. Ces if manifestations furent combattues par des préparations hy- -) drargyriques. En 18.36, uréthrite. Il y a plusieurs mois qu’il a R commencé à éprouver des douleurs névralgiques, frontales et temporales, s’irradiant jusqu’au spmmetde la tête s’e.xaspérant ’C la nuit et accompagnées de soulTrances dans les membres; i en môme temps la vue baissait à droite; le malade voyait i>
OTÎSERVATIONS.
I comme des toiles d’araignées et du brouillard. La vue conti- ;; nua à s’afiaiblir progressivement, surtout du côté 'droit; et un
an après le début de ces symptômes, G... ne pouvait plus se K. garer des voitures dans la rue. Enfin la vue devint de plus en il plus obscure, au point qu’il ne distinguait plus le jour de la
II nuit. L’œil gauche devint malade cinq mois environ après le ■'i droit; il a passé par les mômes périodes que ce dernier. Le
8 janvier 1858, G... se présente à la consultation de M. Desî< marres, qui a bien voulu nous le faire examiner. L’ophthalir moscope fait constater une atrophie des papilles des nerfs ç optiques, celle du côté droit surtout est excessivement petite ; li les vaisseaux qui s’y trouvent physiologiquement ne sont plus ij visibles, et la tache a perdu son éclat brillant et resplendis-
IU sant. Traitement. 1 pilule d’Anderson et 1 gramme d’iodure de potassium par jour. Après avoir continué le traitement anlisyphilitique mixte pendant trois mois, les manifestations syphilitiques ont disparu; mais le malade éprouva urte amélioration peu notable quant à la vue; cependant il voyait mieux et pouvait se conduire, bien que l’ophthalmoscope ne fit remarquer aucun changement anatomique appréciable. G... H continua encore son traitement jusqu’au mois de décembre,
8 mais la vue resta dans le même état. M. Desmarres lui fit à l’œil droit, et par excision, une pupille artificielle en dehors et en haut. Nous revoyons le malade quelque temps après; il ne s’est plus manifesté aucune douleur ni névralgique, ni autre. Le matin G... voit assez bien; mais dans la journée la vue se 'I trouble, et d’autant plus que la lumière est plus vive; il voit Il mieux, dit-il, de l’œil non opéré, qu’avant de commencer son fi traitement ; il ne voit ni taches ni corpuscules, ni mouches vo- 1! lantes. Un brouillard enveloppe tous les objets qu’il regarde.
I Jamais de diplopie. Il voit mieux quand son œil droit est fermé ; il distingue très-bien avec l’œil gauche les traits- du visage; il lit môme, quoique très-difficilement, et avec une lentille grossissante. De l’œil droit il distingue les doigts et peut se conduire, mais il ne peut pas lire. Il continue son mercure et son iodure de potassium.
Sous l’influence de ce traitement, la vue s’est tellement améliorée que X... a pu reprendre son état de peintre ; il lui est impossible de travailleravec l’œil droit, qui voit il’une manière
If