DES TROUBLES DE L’AUDITION DÉTERMINÉS PAR LA SYPHILIS
Cophosc syphilitique.
Plusieurs auteurs ont déjà remarqué que la syphilis ( peut déterminer une cophose, tantôt bénigne et passa- 1 gère, tantôt complète et permanente. Fort heureuse- I ment, ce dernier cas est bien rare.
Dans un passage de. Boerbaave, que nous avons déjà : cité, cet auteur parle de la surdité qui fut occasionnée d eu même temps que la cécité, par la diathèse syphiliij tique.
Astruc (1) dit que les oreilles ont aussi leurs affections C| particulières consécutivement à la vérole. 11 a observé le fi sifflement, le tintement, la difficulté de l’ouïe et même la fj surdité. Mais, ainsi qu’on le voit, tout cela est vaguement •I énoncé et manque de preuves.
La surdité, l’amaurose, et bien d’autres névroses, peu- ' vent être occasionnées par la syphilis (2).
Selorr Joseph Frank, la surdité et les douleurs d’o- I refiles peuvent être dépendantes de la syphilis (3).
Swédiaur, Cooper et Saissy parlent de l’oblitération de la trompe par la cicatrisation des ulcères vénériens de la gorge. 11 va sans dire que l’audition en fut consécutivement troublée.
(1) Loc. cil., p. 12.
(2) Lagneau, loc. cil., t. II, p. 326.
(3) T. II, p. 12.
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Si nous jetons un coup d’œil général sur les diverses variétés et les diverses phases de la surdité chez les •. syphilitiques, nous remarquons tout d’abord qu’au début de l’infection il est très-commun de l’observer à un faible degré, chez les malades affectés de maux de tôle et d’autres accidents céphaliques.
Chez les individus devenus chlorotiques, sous l’influence de la syphilis constitutionnelle, on rencontre souvent des bourdonnements, des sifflements et d’autres troubles de l’ouïe qui ne doivent pas nous occuper d’une manière spéciale ici. On en trouvera, du reste, des exemples dans les observations de névralgies syphilili- ! ques et de névropathie dialhésique. 11 arrive fréquern- ^ ment que ces troubles auditifs, apparus en même temps , que les symptômes nerveux généraux, se dissipent aussi -i après la manifestation du premier exanthème. ] |
Chez les malades qui éprouvent de violentes céphalées ^ on constate parfois une cophose très-prononcée. Seraitelle consécutive à un état congestif des méninges, produit i par les violentes douleurs de tête? Plusieurs de nos ma- i lades ont été atteints de surdité dans de telles conditions.
11 est des cas où l’inflammation de l’oreille externe, • ou la suppuration de la caisse du tympan détermine des troubles de l’audition. Il en est de même des encéphalopathies syphilitiques qui compromettent l’intégrité du nerf de la huitième paire.
Le nerf de la septième et celui de la huitième paire, vu leurs connexions anatomiques, sont parfois atteints simultanément. Aussi arrive-t-il, dans certains cas de paralysie faciale, que l’ouïe soit plus ou moins perturbée dans son exercice du côté où siègent les troubles de la motilité. On trouvera un tel exemple dans l’une de nos observations de paralysie de la septième paire.
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Ainsi que nous 1 avons déjà inenlionné, ces accidenis ! si fréquents que détermine la syphilis du côté de l’isthme il du gosier (ulcères, tumeurs gommeuses, inflammation de 1 arrière-gorge, etc.) peuvent entraver les fonctions de la trompe d Eustache et occasionner la surdité. M. Tou- 11 zelin a vu un cas semblable dans le service de M. Hardy. J Le malade souffrait en même temps, et depuis six mois, de douleurs ostéocopes, et présentait tous les signes d’un coryza syphilitique (1)..
ltai'd(2) pai'le d’une cophose syphilitique déterminée par des ulcères de la gorge et guérie en même temps que d’autres accidents diathésiques (exostoses tibiales, douleurs ostéocopes, etc.). Il donne, à la page 283, l’observation d’un homme chez lequel une carie syphilitique du temporal détermina une surdité complète et incurable, malgré la disparition des accidents de la diathèse.
Enfin l’on voit un exemple de surdité presque complète chez un de nos paralytiques généraux (3); la cophose disparut, en même temps que tous les autres symptômes de lasyphilis constitutionnelle, par l’usage des spécifiques.
Le nerf auditif peut -il être essentiellement affecté?
1 c’est-à-dire ses fonctions peuvent-elles être profondément lésées en dehors de toute altération anatomique et par i le seul fait d’une perturbation fonctionnelle? Nous le
! croyons. L’observation Ll, ci-dessus mentionnée, vient à l’appui de cette manière de voir.
Nous avons vu d’ailleurs d’autres individus syphilitip ques atteints de cophose, sans qu’ils eussent présenté j; aucun phénomène qui permît de rattacher leur surdité
(i) Parmentier, Des tumeurs du voile du palais. Gazelle médicale de t8o6.
(2) Traité des maladies de l’oreille, t. II, p. 339.
(3) Observation Ll.
/jQQ UES TROUBLES DE l’aüDITION.
à une des lésions signalées précédemment. L’exploration ' la plus attentive n’a (ait découvrir, dans aucun de ces cas, (î I le plus léger signe d’une affection de la gorge, de l’appa- i reil auditif, ou de l’encéphale. Force donc nous a été Jtli d’admettre, jusqu’à plus ample informé, que la cophose >r syphilitique peut exister parfois sans qu’aucun phéno- -i ' mène traduise à l’observateur la présence d’une lésionrwÉv® matérielle appréciable.
Observation LXVII, — Surdité syphilitique. UIf
An
L... âgé de 31 ans, menuisier, d’un embonpoint médiocre,; pâle, d’une bonne santé habituelle, entre le 31 juillet 1848 à l’hôpital du Midi, salle 3, lit n“ 31. Ce malade a été vacciné; il n’a jamais eu la variole. Il a eu, dit-il, la rougeole. A 28 ans, il eut une hémoptysie peu abondante, et depuis cette époque il a conservé une toux légère. En 1837, il eut un phimosis accompagné d’un écoulement purulent dont la source se trouvait entre le gland et le prépuce, et d’une blennorrhagie peu intense qui a duré deux mois ; consécutivement il a conservé une goutte militaire pendant quatre ans. Peu de temps après le début de l’écoulement, il s’est manifesté un gonflement des ganglions inguinaux sans douleur; ce symptôme a persisté pendant plusieurs mois. Le malade n’a subi aucun traitement. Quelques mois après l’apparition de ces accidents, il survint de l’alopécie, des douleurs pré-articulaires et une névralgie sus-orbitaire. Un pharmacien lui fit prendre, pendant deux mois, des pilules dont la composition nous est inconnue; tous les symptômes mentionnés disparurent pendant l’administration de ces pilules. En janvier 1845 (sept ans après les premières manifestations), douleurs de gorge, difficulté dans la déglutition, enrouement léger de la voix; développement des ganglions sous-maxillaires et mastoïdiens; un peu de gêne dans les mouvements de rotation du cou. Audition un peu difficile, quelquefois bourdonnement dans les oreilles. Pas de céphalalgie. Croûtes sèches dans les cheveux et au niveau des ailes du nez, sans démangeaison. Plus lard sur la tempe gauche, éruption lichénoïde.
■Il
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Persistance de ces accidents pendant six mois, traitement uniquement émollient. Ce ne fut qu’après ce laps de temps qu’un médecin lui ordonna des pilules de proto-iodurede mercure et de la tisane de salsepareille (7 juillet 1845). Un mois après 1 administration de ces médicaments, on suspendit le mercure pour de egers accidents du côté de la bouche ; néanmoins, sous 1 intluence de ce traitement si bref, tous les symptôme mentionnés ont rapidement disparu. En octobre 1845 nouvelle blennorrhagie bénigne; puis petite excoriation médiocrement dure, à la lèvre inférieure. Cette ulcération disparut rapidement par la cautérisation. Le malade assure ne pas s’ôtre exposé directement à la contagion. Traitement par le cubèbe Au commencement de 1846, de nouvelles ulcérations sê développent à la langue et an gosier ; en môme temps tumeur dure, indolente, isolée, de la grosseur d’un sou, sans fluctuation, à la partie supérieure de la nuque. Bains de vapeurs et salsepareille jusqu’au mois de septembre, sans aucune amélioration. Peu de temps après, d’autres petites tumeurs dures se sont manifestées au voisinage de la première; elles se sont ulcérées, et bientôt elles se sont recouvertes de croûtes.
En février 1847, il entra à Saint-Louis dans le service de
M. Cazenave qui lui ordonna des pilules, dont le malade ignore la composition, et de la tisane de salsepareille. Il n’y est resté que cinq semaines, pendant lesquelles son état s’est amélioré notablement ; les ulcérations du cou se sont presque complètement cicatrisées. En juillet 1847, il éprouva de nouveau de » la gône dans la déglutition, avec un engorgement ganglionnaire I du côté gauche du cou et une surdité marquée, du môme côté. [ Un médecin lui cautérisa la gorge, on ne sait pour quelle I lésion, et le soumit à Piodure de potassium jusqu’au mois de I novembre. Ce traitement a dissipé tous les accidents. En fépj vrier 1848, il entra chez M. Ricord qui diagnostiqua une tumeur V gommeuse de la partie latérale gauche du voile du palais ; celle ’ tumeur fut considérée comme la cause de la surdité du malade. Il sortit de l’hôpital après un mois de traitement, consistant en iodure de potassium à la dose de 2 grammes par jour. La tumeur gommeuse paraissait résorbée, mais la surdité persistait toujours. Peu de jours après avoir quitté l’hôpital, il contracte une nouvelle blennorrhagie. A la môme époque douleurs noc-
Zamdaco.
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fumes clans la continuité des os, surtout le long du tibia; pas de céphalées, surdité constante à gauche, sans aucun écoulement par le conduit auditif. Vers la fin du mois de juin, nouvelle recrudescence de la surdité, qui siégeait de deux côtés; cependant elle était plus prononcée à gauche qu’à droite. Le 31 juillet 1848, il rentre au Midi. Il n’existe du côté du cou aucun symptôme appréciable. Le voile du palais est repoussé en avant par une tumeur du volume d’une noix, rouge, molle, élastique, n’offrant aucune ulcération, ne présentant aucun battement; les parties voisines ne sont pas tuméfiées; rien sur les amygdales. La voix est nasonnée. Pas de dyspnée. La surdité , qui existe des deux côtés , est cependant complète à gauche. En elfet, l’oreille droite étant bouchée, le malade n’entend rien, lors môme qu’on lui parle à haute voix. M. Ricord plonge un bistouri dans la tumeur; il en sort un flot d’un liquide jaunâtre. On prescrit 3 grammes d’iodure de potassium par jour. Après avoir progressivement diminué, la tumeur finit par disparaître entièrement, et le 20 août le malade quitte l’hôpital complètement guéri; à peine existait-il un peu de faiblesse de rouie du côté gauche.
Réflexions. — La diathèse syphilitique produisait, chez ce malade, des accidents variés, à de longs intervalles. Si c’est là ce qu’on rencontre assez souvent à la suite d’un traitement mercuriel incomplet , l’expérience ne nous enseigne-t-elle pas, ainsi qu’on le voit dans plusieurs de nos observations, que jamais on ne peut être sûr d’avoiiradicalement éteint la diathèse, quelque méthodique cl quelque prolongée qu’ait été la médication.
Ou voit encore, par l’histoire de notre malade, que plus la diathèse syphilitique est éloignée de son origine, plus elle a de tendance à produire des manifestations isolées. Une seule tumeur, une seule exostose, voilà souvent ce que présente le malade, plusieurs années après I infection de la constitution par l’accident primitif. Nous voyons enfin, chez le sujet de cette observation, un exem-
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pie de cophose syphilitique, due très-probablement à l’action toute mécanique exercée sur la trompe d’Eustacbe par la présence de la gomme gutturale.
Mais comment expliquer l’existence d’une surdité qui a persisté la première fois, malgré la résorption de la tumeur gommeuse? Faut-il admettre une lésion cérébrale, ou une compression du nerf auditif? Rien, dans les symptômes observés chez ce malade, ne justifie une pareille supposition. Peut-être la trompe d’Eustache, du I côté droit, se trouvait-elle comprimée par une autre tu- I meurqui, à cause de son siège, n’a pu être constalée. Il I nous semble cependant que la tumeur observée en arrière du voile du palais, aurait suffi, à la rigueur, pour donner naissance à une surdité même très-prononcée. Nous ignorons en effet quelle était sa limite supérieure. Il est permis de penser que, par sa présence, cette gomme interrompait la communication physiologique de l’oreille moyenne avec l’arrière-gorge, condition indispensable, comme on le sait, pour l’exercice normal du sens de l’ouïe.