DES TROUBLES DE 1, 'ODORAT OCCASIONKÉS PAR LA SYPHILIS
Anosmie syphilitique. |
L’olfaction peut être plus ou moins pervertie et même “ complètement abolie par des lésions matérielles que la syphilis détermine parfois dans le lobe olfactif de l’encé- ‘I phale, sur le trajet du nerf de l’odorat, ou enfin dans les ^ fosses nasales elles-mêmes ; car il est de rigueur, pour que la perception des odeurs puisse s’effectuer, que ces cavités conservent leur état physiologique. ^ P
D’une manière générale, toutes les fois qu’il y a rhi- i f nite, coryza ou ozène syphilitiques, le sens de l’odorat est plus ou moins compromis; mais ce n’est là qu’une diminution ou une abolition passagère de l’olfaction, t Aussi le malade recouvre- t-il la faculté de sentir les ü odeurs, aussitôt après la disparition des accidents na- n
saux.
Il n’en est pas de même lorsqu’une tumeur comprime ou détruit le nerf olfactif, comme nous en avons vu des exemples dans le courant de cet ouvrage.
Baillou (1) relate un cas d’anosmie par carie de l’ethmoïde.
Les exemples de perte de l’odorat consécutivement à des lésions encéphaliques ne sont pas rares; clicz plusieurs de nos malades, il a existé une abolition de
( I ) Dans ses Paradigmata, n° 7.
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1 olfaction, conjointement avec des phénomènes cérébraux. Mais 1 anosmie peut-elle exister comme affection } nerveuse pure et simple? Peut-elle se rencontrer, in- ) dépendamment de toute autre manifestation morbide, ^ comme expression isolée de la diathèse syphilitique? ï Notre malade n“ 24 présentait, en même temps qu’une |i paralysie faciale à droite, une perte de l’odorat du même côté. Ainsi qu’on l’a vu, ces divers troubles sont survenus au début de la diathèse syphilitique, deux mois environ après l’apparition du chancre, et la veille de la manifestation du premier exanthème, c’est-à-dire à une époque où la syphilis n’a pas encore la faculté de produire des lésions matérielles. D’ailleurs, tout ce cortège de phénomènes a rapidement cédé au mercure. La perte de l’odorat, chez ce malade, serait-elle consécutive à une perturbation du nerf de la cinquième paire, dont l’intégrité est indispensable pour l’exercice physiologique de tous les sens céphaliques?
Dans l’observation LXVIII, il y eut d’abord perversion, puis abolition complète et permanente de l’olfaction. La sensibilité tactile des fosses nasales était conservée. L’observation LXX nous offre simultanément une perte du goût et de l’odorat.
Observation LXVIII. — Plusieurs affections vénériennes. — Diathèse syphilitique. — Céphalées très-violentes. Exosto-périostoses du pariétalet du sternum. — Perversion, puis perte de l’odorat.
I M. X... littérateur, âgé de 56 ans, bien conservé, n’ayant li jamais eu aueune affection du système nerveux, n’olfrant rien 'I de remarquable du côté de l’hérédité, d’une bonne santé et
I d’une excellente constitution, est atteint d’une anosmie com-
I plète. Voici ses antécédents. En 1821, à l’age de 23 ans, il eut ■ une première urélhrite qui a duré un an. En 1826, il eut des chancres de la verge, sur lesquels nous ne pouvons avoir aucun
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renseignement; à celte époque il prit des pilules mercurielles, pendant deux mois environ. Un an après, il eut une éruption eclhymateuse générale qui a cédé à un traitement hydrargyrique de quatre mois. Un an et demi environ plus tard, il éprouva des douleurs profondes dans les membres , trèsviolentes pendant la nuit; ces douleurs ont disparu sous l’influence des frictions mercurielles longtemps continuées. En 1829, nouvelle uréthrile. En 1833, uréthrite et chancre du prépuce ; un traitement mercuriel fut ordonné dès l’apparition de ces maladies. Quelques jours après, engorgement inguinal) à gauche, combattu par un traitement antiphlogistique local.! En 1843, il commença à ressentir des douleurs dont l’inten-j sitéallaen augmentant. Elles siégeaient profondémentauxré-^^ gions frontales et occipitales ; elles survenaient fréquemment dans 1a journée, mais d’une manière constante toutes les nuits ; leur durée était de cinq à six heures. Elles déterminaient une telle prostration physique et morale que M. X.. ne pou-[ vait ni s’occuper intellectuellement, ni marcher comme auparavant. Pendant un an entier il a souffert de ces douleurs atroces, malgré les nombreux médicaments qu’il a pris; et c’est encore une médication hydrargyrique qui l’en a définitivement délivré. En 1843, il eut un tubercule du voile du palais, qui s’est ulcéré; nouveau traitement mercuriel pendant cinq mois (pilules bleues). En 1849, céphalées nocturnes excessivement intenses; en môme temps une tumeur, du volume d’une forte , noisette, parut à la partie supérieure et droite du front; dure et indolente d’abord, elle finit par se ramollir ; après plusieurs mois de durée elle disparut, en laissant une dépression con| sidérable, avec perte de substance de l’os. Celte dépression' a toujours existé depuis; elle peut contenir la pulpe de l’index.J En 1833, il eut un coryza léger ; mais il fut très-frappé de sentir constamment une odeur infecte, odeur de cadavre, qu’il' rencontrait partout, sans qu’elle existât réellement. Cependant' le liquide qui sortait par les narines, n’était ni purulent, nr sanguinolent; il n’a jamais charrié de détritus organique? (osseux ou autres). X... n’avait pas d’ostéite du nez ; il ne répandait aucune odeur, dit-il, appréciable par les assistants? Un médecin consulté lui dit que c’était une aberration sensol'iale. Il était dans le môme état depuis huit mois, lorsque les
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narines sont devennes le siège d’un état de sécheresse trèsprononcée et fort désagréable ; bientôt après, l’odorat fut complètement perdu. A la môme époque, il était en proie à des douleurs osseuses nocturnes, siégeant notamment dans les tibias et déterminant une insomnie que rien ne pouvait combattre avec efficacité ; tous les soirs X... désertait son lit et se promenait de une à quatre heures du matin , trouvant du soulagement dans cet exercice nocturne. A cette époque, M. X... n’avait pas de céphalées, et ne présentait d’ailleurs aucun autre accident diathésique. Un ou deux mois après, une nouvelle manifestation syphilitique éclaira les médecins sur la. nature de tous les accidents que M. X... éprouvait, depuis si longtemps; une tumeur, élastique d’abord, puis molle et liquide, se développa sur la seconde pièce du sternum. L’os lui-même fut atteint et détruit en partie, témoin une difformité, une grande dépression qui siège à cet endroit. La durée de cette tumeur fut de huit mois; elle avait résisté à plusieurs traitements, lorsqu’à la suite d’une consultation de plusieurs médecins, M.X.'.. fut soumis, d’un commun accord, àl’iodure de potassium et à la liqueur de Van Swieten. Ce traitement fut suivi pendant six mois environ. Les douleurs ostéocopes ont complètement disparu , ainsi que la tumeur sternale; mais l’abolition du sens de l’odorat a toujours persisté. En 1857 MM. Velpeau et liieord furent consultés séparément par M. X...; il avait alors des ulcérations irrégulières, serpigineuses, jaunes grisâtres, qui siégeaient à la langue et à la partie profonde des joues, une dépression osseuse, considérable, à la partie supérieure du front, une seconde dépression, également avec perte de substance du tissu osseux sur le sternum. Les fosses nasales étaient peu humides, et le malade y accusait un état de sécheresse désagréable. M. X... ne peut apprécier aucune odeur; le musc, l’eau de Cologne, la lavande, Tassa fœtida ne produisent aucune sorte d impression olfactive. Une allumette sulfureuse est enflammée à une petite distance du malade qui n’accuse aucune sensation. Mais si on approche des fosses nasales l’allumette en ignition, X... éteinue et tousse sans savoir cependant quelle est la cause qui a produit cette stimulation (les yeux du malade sont maintenus fermés pendant cette expérience). L’odorat est donc comp
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lement aboli des deux côtés; mais la sensibilité tactile des fosses nasales est conservée. Le malade sent physiologiquement le contact de la barbe d’une plume qu’on introduit dans les narines. L’exploration des fosses nasales et de l’arrièregorge ne fait constater aucune lésion; le malade respire ordinairement ayant la bouche fermée; pas de perforation de la cloison du nez. Ce dernier conserve d’ailleurs sa forme naturelle chez M. X... Le goût est conservé. X... distingue très-bien toutes les saveurs; mais il n’apprécie pas les saveurs odorantes ; comme par exemple le café, la liqueur de menthe, le punch, etc.; il en est de môme du bouquet des vins. Pas de céphalées; pas de douleurs dans les membres. Aucun autre symptôme. MM. Ricord et Velpeau ont donné chacun de son côté des ordonnances semblables. Ils ont prescrit l’un et l’autre l’iodure de potassium et le mercure. Après quatre mois d’un traitement régulièrement suivi, les accidents de la bouche ont disparu ; mais le sens de l’olfaction est toujours demeuré dans le même état, c’est-à-dire, qu’il n’est point revenu.
Nous voyons souvent M. X...; il n’a plus eu aucune manifestation syphilitique, depuis celle mentionnée plus haut. Il a cessé tout traitement; l’odorat est toujours complètement aboli.
Réflexions. — Cette observation est un remarquable exemple de la persistance de la diathèse, malgré les nombreux traitements subis par le malade à diverses reprises. Mais ce qui’lnous importe avant tout d’étudier ici, c’est la perturbation dont l’odorat fut atteint.
En 1853, X... sentait constamment une odeur de cadavre, en même temps qu’il était en proie à des douleurs céphaliques très-violentes. Cependant, autant qu’il est possible d’en juger par les symptômes qu51 offrait à ce moment-là du côté des narines, aucune altération organique ne pourrait rendre compte de cette sensation éprouvée par le malade. 11 n’y avait pas d'ozène ni d’ostéite; il n’y avait qu’un peu de coryza; mais le liquide qui sortait
Fi
OBSERVATIONS
des fosses nasales n’était ni sanguinolent, ni purulent. Faut-il admettre, avec le médecin cpii l’a vu en ce mo- I ment-là, une perversion de l’odorat ; ou bien convient-il mieux de soupçonner une lésion matérielle des fosses nasales, une carie ou une nécrose, produisant d’abord une odeur de décomposition organique, lésion matérielle qui aurait fini par altérer, soit la muqueuse de la voûte nasale, soit les branches terminales des nerfs de la première paire? Mais ne serait-il pas surprenant que des lésions identi- I ques se fussent développées simultanément des deux cô- ► tés, et qu’elles eussent aboli l’odorat, tant à droite qu’à gauche?
Peut-être serait-il plus rationnel d’admettre une altération quelconque des lobes olfactifs, ou de la portion intra-crânienne des nerfs de la première paire, altération déterminée par une tumeur syphilitique osseuse, ou autre, développée dans le voisinage. Peut-être cette tumeur, par une compression successive, a désorganisé le tronc olfactif de chaque côté. Quoi qu’il en soit de l’explication du mécanisme, le fait qui précède n’en est pas moins important. Il nous prouve, de la manière la plus i péremptoire, que la syphilis peut occasionner une aboi lition complète de l’odorat.