‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 36 sur 61 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les trois observations qui suivent prouvent de la manière la plus incontestable que la diathèse syphilitique • peut atteindre les centres nerveux et produire des dés- •' ordres dynamiques profonds, sans qu’il nous soit donné ’ de rattacher ces désordres à une modification de struc- • ture, et cela, lors même qu’il y a paralysie complète du i mouvement et du sentiment.

Ces paralysies sine materiâ forment en quelque sorte le passage entre les affections précédemment décrites -: et les névroses, telles que l’hystérie, la chorée, etc.,., dont nous aurons à nous occuper dans les chapitres qui ■ suivent.

Nous l’avons déjà fait remarquer, si les autres empoi- c. sonneraents (miasmatique, saturnin, etc.), qui offrent une analogie frappante avec l’infection syphilitique, produisent des affections nerveuses sans altération de tissu, H' du moins appréciable, il était rationnel d’admettre à i priori que le vice vénérien partage avec eux cette puis- ■ sance de pervertir profondément les fonctions du système £■■

I cérébro-spinal, sans qu’aucune altération anatomique vienne nous rendre compte de cette perturbation. Mais, si la possibilité du fait a déjà été entrevue par quelques auteurs, aucun d’eux, à notre connaissance, n’a produit,

I jusqu’à présent, des observations de pàralysie syphiliti- ‘ J que dans lesquelles l’examen nécroscopique, foit avec > toute l’attention commandée par l’importance du sujet,

I n’avait donné que des résultats entièrement négatifs.

{ Aussi, bien que l’on pensât généralement que le fait < était probable, la plupart des médecins demandaient,

1 avant d’admettre définitivement cette manière de voir,

I qu’elle fût étayée sur des observations probantes.

Voilà ce que nous disions en 1858, époque à laquelle c ce travail fut adressé à l’Académie pour le concours des ( prix. Aujourd’hui nous ajouterons à ce qui précède que l’opinion que nous avons alors émise, a été défendue t depuis par des médecins éminents.

' Ainsi M. Gibert (1) a vu des exemples d’accidents cé- |t rébraux syphilitiques sans lésions matérielles. Voici \ comment s’exprime ce savant maître, à la page 436 du T volume de son ouvrage : « Mais, chose plus éton- ;i nante, il y a des exemples incontestables de vertiges, de T mouvements apoplectiformes, d’hémiplégie, etc. , qui pa- -> raissent sous la seule influence de la diathèse syphilitique J et sans qu’il y ait de lésion apparente des os du crâne,

1 ou même des membranes, ni de la substance cérébrale. » i Et plus loin : « La diathèse syphilitique peut amener des troubles fonctionnels ou nerveux, et des désordres organiques qui se rattachent par leurs symptômes aux

(I) Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis, pai G. M. Gibert de l’Académie de médecine, médecin à l’hôpital Saint- Louis. 1860.

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névroses et qui tantôt sont le produit de lésions ma- |

térielles, tandis que dans d’autres circonstances elles peu- >i vent se produire sans lésion appréciable des organes, et | sous l’influence de l’intoxication vénérienne générale. » M.Melchior Robert (1), après s’être demandés! la diathèse syphilitique peut donner lieu à des symptômes nerveux essentiels, c’est-à-dire sans l’existence nécessaire d’une lésion anatomique, ajoute que son expérience personnelle l’autorise à répondre par l’affirmative.

M. Follin admet aussi, dans un livre plein d’érudition et au-dessus de tout éloge (2), que parfois des troubles nerveux syphilitiques profonds existent chez des sujets chezlesquels l’autopsie ne révèle aucune altération. Notre cher maître eut l’occasion de voir un homme de 37 ans, qui, six mois après un chancre induré et diverses manifestations constitutionnelles, fut frappé d’hémiplégie et mourut au bout de quelques jours dans le coma. L’autopsie, faite avec le soin le plus minutieux, ne montra aucune lésion.

Observation LXXI. — Syphilis constitutionnelle. — Testicules syphilitiques. — Paraplégie. — Mort. — Autopsie. — Absence de lésion.

S... A..., âgé de 28 ans, domestique, a fait dans le service de M. le professeur Gosselin un premier séjour du 17 mai au I 20 juin 1856, pour un double sarcocèle, évidemment syphilitique, qui a cédé assez vite à l’administration de l’iodure de >: potassium dont la dose fut portée jusqu’à 3®', 50 par jour. Il I est sorti de l’hôpital ne conservant aux testicules que quelques noyaux d’induration.

(1) Traité des maladies vénériemies, 1861.

(2) Traité de pathologie externe, 1861.

OBSEUVATIONS.

Il a repris ses occupations au collège de Sainte-Barbe, où il était employé, et s est bien porté jusqu’au 24 juillet. Ce jourlà, en se couchant, il a senti, pour la première fois, des fourmillements dans les jambes. Le 25 du mois, après une bonne I nuit, il a senti encore toute la journée des fourmillements, et s’est trouvé plus faible sur ses jambes qu’à l’ordinaire. A onze heures du matin, impossibilité d’uriner. Cette dysurie persista jusqu’au soir. Le 26, il peut encore se lever, mais ses jambes sont pl-us faibles, et il urine involontairement. Le 27,

1 impossibilité de marcher; dans la soirée le mouvement des i jambes est tout à fait aboli. Il importe de noter que quinze i jours avant d’éprouver les symptômes mentionnés ci-dessus, i S... avait eu des douleurs vagues et modérées sur les parties 1 latérales du tronc.

Le 28 juillet, il entre à l’hôpital Cochin, dans le service de ! M. le professeur Gosselin, où l’on constate une diminution I prononcée de la sensibilité des membres inférieurs, avec perte \ à peu près complète de la myotilité et émission involontaire I des urines. Les facultés intellectuelles sont intactes. Dans la ! supposition d’une production syphilitique, siégeant sur le tra- ; jet de la moelle épinière dont les fonctions se trouvent ainsi I entravées, on ordonne l’iodure de potassium d’abord à la dose » de 30, puis de 40 et de 60 centigrammes. Les jours suivants 1 les symptômes énoncés persistent ; il survient en outre l’émis- ; sion involontaire des matières fécales. Le 7 août, on constate • deux petites escarres dont une sur chaque fesse. Le lendemain ' on trouve également une escarre à la région trochantérienne gauche. Le malade se couche sur le côté droit; vingt-quatre heures de ce décubitus suffisent pour produire une nouvelle escarre. Le II août, les escarres fessières et trochantériennes, plus larges que la main, commencent à se détacher. Le malade se met à plat ventre le plus souvent qu’il peut. Un mouvement fébrile prononcé fait craindre l’invasion d’un érysipèle, ou d’une pyohémie. II survient en môme temps une diarrhée abondante. Le 24 août , les symptômes d’infection purulente persistent; plusieurs frissons se sont manifestés dans ces derniers jours. Le malade est dans un état d’affaiblissement extrême. Il succombe dans la nuit du 26 août.

h’autopsie est faite trente-deux heures après la mort. Le

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canal rachidien est ouvert sur toute sa longueur. On n’y trouve aucune tumeur, aucune production nouvelle, soit à la surface interne du canal, soit ailleurs. Au niveau de la partie inférieure de la région dorsale, la dure-mère est légèrement endommagée par le ciseau. Cette membrane étant incisée sur toute sa longueur, la moelle est trouvée saine dans toute son étendue, hormis le point correspondant à la déchirure accidentelle de la dure-mère, où le cordon latéral droit est complètement divisé. A cinq heures, M. Gosselin examine la moelle. Au point déjà indiqué se trouve une rougeur de la piemère, et un ramollissement assez notable de la substance médullaire, ramollissement qui n’existait pas ce matin. Toutes les méninges sont devenues rouges ; ce qui doit être attribué à leur exposition à l’air. Il en est de même du ramollissement survenu au niveau de la déchirure de la moelle par les violences qu’a nécessitées son extraction du canal vertébral. Il ne fut rien trouvé qui ressemblât à un produit accidentel de la syphilis ou à un épanchement sanguin. Les poumons présentent plusieurs abcès métastatiques, d’un volume peu considérable. La majeure partie de ces abcès n’en a atteint que le premier degré (ecchymose parenchymateuse). Sur quatre points on trouve le deuxième degré, c’est-à-dire le ramollissement grisaucenlre. Le foie, la rate et les reins n’oifrent point d’ahcès métastatiques. Les testicules présentent tous deux des traces incontestables de l’affection syphilitique. A droite on trouve une production jaunâtre, d’apparence fibro-plastique, entièrement adhérente à la face profonde de la tunique vaginale, et une décoloration manifeste de la substance propre du testicule. Dans l’intérieur de cet organe, on trouve encore des noyaux très-petits et trèsdurs, qui peuvent être considérés comme les restes de productions plus considérables et de même nature que la précédente. A gauche dans l’intérieur de la substance propre de la glande, il y a un noyau volumineux pareil au premier. Les noyaux plastiques des testicules sont remarquables, par leur couleur jaune-citron, par leur coloration uniforme et sans mélange, par l’absence complète, à l’œil nu, de sang et de vaisseaux sanguins, par leur adhérence à la tunique albuginée du côté droit etàlasubstance tubuleuse ducôlégauche. M. Gosselin n’a trouvé de spermatozoïdes ni d’un côté ni de l’autre.

OBSlîUVATIONS.

Remarques. — Ce malade était évidemment sous i’ac- I tion de la diathèse syphilitique. L’examen des testicules pendant la vie, et leur dissection après la mort, con- 1 firment pleinement cette opinion.

De même que chez le sujet dont l’observation, en tout t analogue à celle-ci, se trouve relatée plus loin, la parais lysie a marché très-rapidement. Une affection intercur- •; rente ayant occasionné la mort dans l’espace de quelques li jours, il n’a pas été possible de juger de l’effet de la raé- I: dication antisyphilitique chez ce malade.

Il est à remarquer qu’aucune lésion matérielle n’existait chez cet individu ; car la déchirure de la moelle, ainsi que nous l’avons déjà dit, a été produite par les instruments qui ont servi à l’autopsie.

1i II n’y aurait pour toute lésion anatomique qu’une légère injection , dont l’existence ne suffirait pas pour rendre compte des troubles profonds des fonctions de la moelle épinière, observés pendant la vie. Du reste, cette coloration rouge n’était en grande partie que la conséquence du contact de l’air sur les méninges; car elle n’existait pas si prononcée, lors de l’ouverture du canal M rachidien.

I Observation LXXII. — Syphilis constitutionnelle . — Paraplégie. — Mort. — Autopsie. — Absence de lésions anatomiques.

î ‘ R... A..., âgé de 58'ans, journalier, est entré, le 2 juin 1857, à

!' l’hôpital Cochin, dans le service deM. Gosselin. Ce malade rar>i conte qu’il a toujours été bien portant jusqu’à ces derniers temps; qu’il n’a jamais fatigué outre mesure, ni soulTerl de pri- /' valions. Il fait remonter à quatorze mois, environ, le début de il la maladie syphilitique dont il offre aujourd’hui des manifesla- I lions secondaires incontestables. A celte époque, il a eu, au ' côté gauche du fourreau de la verge, une ulcération dont on voit ‘ encore la trace. Ce chancre a mis plus de trois mois à se cica-

426 PARALYSIES SYPHILITIQUES SINE MATEIilA.

Iriser. Au môme moment à peu près, il eut une autre ulcération au côté externe et postérieur de l’avant-bras droit, ulcé- . ration qui a laissé une large cicatrice analogue à celle d’une i brûlure au troisième degré. Elle ressemble, jusqu’à un certain j point, à celle des gommes, ou des ecthymas ulcérés. Les souvenirs du malade ne sont pas précis. Il dit avoir remarqué, , à peu près au môme moment, une éruption cutanée qui a j été rebelle, et qui n’était pas accompagnée de démangeaison.

R... ne s’est point occupé de ces accidents. Il n’a consulté personne et n’a fait aucun traitement. Néanmoins l’éruption cutanée disparut spontanément. Depuis le mois de février, l’é- j | ruption a reparu sous forme de boutons.très-abondants, sans aucune douleur, [ni démangeaison. R... ajoute que, depuis environ six semaines, il a eu de la difficulté à expulser ses urines, et qu’il y a deux semaines environ, il est resté trois jours . et trois nuits sans uriner. A partir de ce moment-là, il lui est survenu l’incontinence qui a toujours persisté depuis. 5 Cependant jusqu’à cette époque-là, il n’a rien remarqué du côté des membres inférieurs. C’est seulement le 24 mai 1857 J qu’il a commencé à sentir de l’engourdissement dans les » jambes. Le lendemain, malgré la persistance de ce symptôme R... a travaillé à couper du bois dans le parc de Cbevreuse, où^{| il a reçu une averse. Voulant se mettre à l’abri de la pluie, il j remarqua pour la première fois, dit-il, que ses jambes étaient faibles et qu’il ne pouvait pas marcher assez vite. Depuis cette • époque, l’engourdissement et la faiblesse des jambes ont augmenté à tel point que le malade n’a pu reprendre son ouvrage et qu’il ne marchait qu’en se traînant avec des béquilles.

Le 3 juin on constate, outre les cicatrices de la verge et de l’avant-bras, l’existence de petites papules abondantes dont la plupartjcuivrées, qui ont, en un mot, tous les caractères du lichen syphilitique. Il y a un peu d’induration du testicule droit, surtout au niveau de la queue de l’épididyme. Le malade dit n avoir jamais eu d’orchite de ce côté, tandis qu’il en a eu i une à gauche pendant une blennorrhagie qu’il a contractée à ! 1 âge de 33 ans. Des deux côtés cependant il y a une collection de liquide qui paraît occuper surtout la partie supérieure de la tunique vaginale. Les deux testicules sont légèrement indurés par places. Il n’y a rien de particulier du côté de la gorge;

ORSER VAX IONS.

point de céphalée, ni d’alopécie; mais un peu d’adénopathie cervicale postérieure. Aucune manifestation du côté de la charpente osseuse. Paraplégie incomplète, mais très-prononcée. Sensation d engourdissement et de froid jusqu’au pli de l’aine. Le malade sent encore les pincements et les piqûres. Il peut remuer tes orteils; mais il ne peut marcher sans soutien, ou bien il tomberait à tout moment. Soubresauts convulsifs fréquents dans la jambe droite, sans contracture. Un peu de constipation. Pas de selles involontaires. Liqueur de Van Swieten, 10 grammes par jour. — 5 juin. Incontinence des matières fécales depuis hier. Deux cautères allongés sont appliqués sur les côtés du rachis. — 1" juillet. Une large escarre s’est développée rapidement au niveau du sacrum. Un frisson survenu dans la journée du 15 juin ne s’était pas reproduit ; mais dans ces derniers temps, de nouveaux frissons sont survenus chaque jour; le pouls s’est affaibli; la peau s’est refroidie. Le malade est mort le 6 juillet à cinq heures et demie du matin, en conservant, jusqu’à la fin, la sensibilité des membres dont la, motilité était presque entièrement abolie.

Vautopsie est faite en présence de M. Gosselin , onze heures après la mort. L’ouverture du rachis fait constater qu’il n’y a point de tumeur dans ses parois. Les enveloppes de la moelle sont saines. La moelle elle-même ne présente aucune altération. A la partie supérieure de la région dorsale, on constate à la coupe, il est vrai, un léger piqueté et une consistance peut-être un peu moins considérable; mais ces caractères sont si peu accusés qu’il est impossible d’admettre l’existence d’une affection de la moelle.

Les autres organes sont également sains. Dans aucun d’eux, on ne trouve trace d’abcès métastatiques. Les reins et la vessie sont également en bon état.

Réflexions. — Il reste un peu de vague dans l’esprit du lecteur, relativement à la date de la diathèse chez ce malade. La cicatrice qu’il portait au membre thoracique était-elle consécutive réellement à une pustule d’ecthyma? Quoi qu’il en soit, la diathèse syphilitique était dans toute sa puissance chez cet individu. L’adénopathie

cervicale, le lichen et l’état des testicules ne permettent guère d’en douter.

Le malade éprouvait déjà de la faiblesse et de l’engourdissement dans les membres pelviens, avant d’être refroidi par la pluie abondante dont nous avons parlé. Peut-être cette cause occasionnelle a-t-elle contribué à aggraver son état ; mais le début de la paraplégie était bien antérieur à cette date : c’est ce qu’il importe d’établir.

Enfin l’autopsie pratiquée en présence de M. Gosselin n’a rien fait constater en fait d’altération de tissu ; M. Gosselin lui-rnême n’attribue pas ce léger piqueté que présentait la moelle, à la partie supérieure de la région dorsale, à un état pathologique, tant cet état était peu prononcé. Aussi considère- t-il cette autopsie comme entièrement négative; car d’aussi légères variétés dans la coloration et dans la consistance de la moelle se rencontrent fréquemment sans que les sujets aient offert, pendant la vie, des phénomènes morbides du côté de la moelle épinière.

Observation LXXIII. — Syphilis ‘■constitutionnelle. — Hémiplégie. — Contractures. — Coma. — Mort. — Autopsie. — Point de lésion du système nerveux, ni des parties protectrices.

Le nommé B..., artiste lyrique, entre à l’hôpital duMidi, salle 5°, lit n“ 5, service de M. Ricord, le 27 avril 1858.

Ce malade a un impétigo groupé des ailes du nez et du ^ sillon génio-nasal. Il souffre en outre d’une douleur opiniâtre ’ diurne et nocturne, vague, sans siège précis, quoique ressentie profondément dans l’encéphale. Il y a six mois, il eut un chancre manifestement induré, pour lequel il fut soumis à un traitement spécifique que le malade ne suivit que fort irrégulièrement. On lui prescrit 2 pilules de 5 centigrammes de proto-iodure de mercure chacune. L’éruption paraissait un peu se circonscrire, mais les céphalées persistaient toujours;

OBSERVATIONS

elles se sont exaspérées à partir du 15 mai. Cependant le malade attentivement examiné n’offre nulle part, ni contracture, ni paralysie. Il n’a pas non plus de mouvements convulsifs. En un mot il ne présente aucun autre symptôme. Cet étal dure avec augmentation des douleurs qui deviennent de plus en plus violentes, jusqu’au 27 mai. Ce jour-là, à la visite du matin, B... a la bouche déviée et la parole difficile. Il offre tous les signes d’une hémiplégie droite, incomplète. Quoique le bras soit sans force, il peut encore se mouvoir sous l’empire de la volonté et beaucoup mieux que la jambe. Ces deux membres sont le siège d’un engourdissement très-prononcé. La sensibilité est partout physiologique, l’intelligence est restée intacte. T’miVmeni'*!.* Sangsues et purgatifs, puis iodure de potassium, à la dose de 2, 3 et 4 grammes par jour. Ces moyens ont amené un peu d’amélioration : en effet la parole devint plus libre et les mouvements un peu plus faciles. Mais ce mieux fut bien fugace; car le 28 mai le membre supérieur est tout à fait inerte. Cependant le malade n’a pas perdu connaissance. Pas plus que la première fois, il n’eut aucune espèce d’attaque. Le membre pelvien estencoresoumis à la volonté; mais à peine le malade peut-il lui imprimer quelques faibles mouvements. La langue s’incline sensiblement à droite et la bouche semble toujours un peu déviée à gauche. La parole est pénible et traînante. La déglutition est facile, la sensibilité partout normale, et Tintelligence paraît nette. Le malade reste dans le môme état jusqu’au 10 juin.

Dans la nuit du 10 au 11, il s’opère une aggravation brusque dans les accidents. Sans que le malade ait perdu connaissance, sans accès convulsifs, sans aucun phénomène précurseur, le membre inférieur tombe dans la résolution complète. 11 en est de même du supérieur. Les sons ne peuvent être articulés. Cependant les facultés intellectuelles paraissent conservées; car le malade entend les encouragements affectueux du chef de service et témoigne sa reconnaissance par des pressions de main etpar des larmes. Dans la journée dull, il y a, et pour la première fois, des évacuations involontaires des fecès et d’urine, des contractures dans le bras droit, des soubresauts du membre inférieur gauche, du trismus intermittent. La langue est mordue et saigne. Tous ces phénomènes

ont lieu sans que X... perde connaissance. La sensibilité '( tactile est partout conservée. Les mouvements de la dégluti- ! tion s’effectuent librement, et le malade répond par des signes j aux questions qu’on lui adresse. Vers le soir il survient un hoquet très-opiniâtre, peu après il se manifeste des contractures très-violentes suivies d’un coma profond, auquel succède la ' mort.

Autopsie. — Il n’existe rien à la surface du crâne ; aucune lésion, aucune tumeur à la face interne de la boîte encéphalique. La dure-mère est saine, les méninges à l’état physiologique. La pie-mère est à peine injectée. Elle n’adhère nulle part, soit à la dure-mère, soit à la substance cérébrale. L’encéphale est enlevé avec précaution; sa surface est d’abord attentivement examinée; après quoi des tranches minces et successives font constater que toute la substance cérébrale est i rfans normaf. Il n’y a aucune tumeur à la base du crâne, au- | cune lésion, si ce n’est une tache rouge livide de la dure-mère, produite comme par imbibition. Cette tache est large de 7 millimètres environ et longue d’un centimètre. Elle siège à la face supérieure du rocher du temporal gauche et près de son sommet. La dure-mère conserve à cet endroit sa consistance normale. Il n’existe aucune tumeur au-dessous d’elle.

L’os n’est nullement altéré. Le canal vertébral, ainsi que la moelle, ne présente aucune lésion matérielle appréciable. Il en est de môme des viscères thoraciques et abdominaux.

Réflexions. — Ce malade était certainement atteint de syphilis constitutionnelle, dont il existait, ainsi que nous l’avons vu, des signes non équivoques.

Les douleurs de tête, faibles d’abord, augmentent progressivement d’intensité. Elles résident vaguement dans la tête , sans siège précis. Puis survient l’hémiplégie droite, sans signes précurseurs aucuns, et d’une manière subite.

Nous avons déjà dit qu’il était fréquent, dans les paralysies syphilitiques par cause encéphalique, de voir manquer complètement les symptômes prodromiques

qui annoncent habituellement dans l’hémorrhagie cérébrale, quelques jours ou quelques heures d’avance, un raptus ou un effort hémorrhagique, comme on l’a appelé, vers l’encéphale. La syphilis détermine l’hémiplégie, tantôt d’une manière lente et progressive, tantôt d’une manière brusque et soudaine. Mais ce qu’il importe de signaler ici, c’est que, dans ce dernier cas, il est fréquent de voir l’hémiplégie se développer sans que le malade ait perdu connaissance, sans qu’il ait offert le cortège des phénomènes qui constituent l’attaque apoplectique. La connaissance de cette particularité peut être parfois d’un grand secours pour le diagnostic différentiel.

Ce malade fut soumis de bonne heure à l’iodure de potassium, qui amena une amélioration peu sensible et tout à fait éphémère. En effet, quelque temps après, la paralysie devient complète, des convulsions agitent la moitié du corps privée de mouvement, et le malade, ayant conservé la sensibilité et l’exercice normal de ses facultés intellectuelles jusqu’au dernier jour, succombe dans le coma, après avoir présenté du trismus et de la contracture dans les membres paralysés.

En tenant compte des phénomènes présentés par ce malade, le diagnostic rationnel était celui d’une encéphalite, ou d’une tumeur cérébrale syphilitique. Néanmoins, l’examen le plus minutieux n’a rien révélé qui pût rendre compte des symptômes observés pendant la vie. Il y avait donc chez ce malade, évidemment syphilitique, de graves désordres nerveux qui ont occasionné la mort, et que l’examen cadavérique ne nous a pas permis de rattacher à des lésions matérielles de l’encéphale en rapport avec les phénomènes morbides.

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