‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 38 sur 61 · DE LA CHORÉE SYPIIILITIODE · texte numérisé non relu

DE LA CHORÉE SYPIIILITIODE

La science ne possède qu’une seule observation de chorée syphilitique. Elle appartient à M, le docteur Costilhes, médecin à Saint-Lazare.

Nous avons été assez heureux pour étudier nousmême un cas semblable, nous dirons même mieux caractérisé et plus significatif. Voici ce fait :

Observation LXXVl. — Chorée syphilitique ayant précédé et accompagné une éruption de papjules et de plaques muqueuses. — Surdité intense . — Vitiligo du cou, — Adénopathies multiples, — Impuissance de plusieurs traitements , — Disparition de cette névt'ose et des autres manifestations syphilitiques., sous Vinfluence du mercure. — Plus tard retour des accidents syphilitiques {tubercule ulcéré du voile du palais). — Accidents hystéri formes, puis épileptiformes, survenant toujours dans la nuit.

La nommée G... âgée de!20ans, couturière, entre, le H octobre 1858, à l’hôpital de la Pitié, salle Sainte-Marthe, lit n“ 30, service de M. N. Gueneau de Mussy. Les règles se sont établies chez cette femme à l’âge de 17 ans. Elles se prolongent quelquefois pendant sept à huit jours ; le sang est souvent peu coloré. Souvent aussi dans les intervalles des règles, elle a une leucorrhée peu abondante. Cependant G... est une fille bien constituée, ayant de l’embonpoint et un teint frais et rose. Elle n’a aucun bruit vasculaire ni au cœur, ni aux gros vaisseaux. Elle n’offre, en un mot, aucun des caractères tranchés

444 de la chorée syphilitique. ïl f

de la chlorose. Elle n’a jamais rien eu de rhumatismal ; jamais | “ aucune affection nerveuse; pas de convulsions pendant son enfance ; aucun membre de sa famille n’a jamais présenté une ^ maladie du système nerveux. Au mois de mars de l’année 1838, “

elle entra à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. le , ['

professeur Piorry, pour une chorée générale. Les mouvements I n

étaient désordonnés et involontaires, ce qu’elle attribuait à i une frayeur. Pendant les trois mois qu’elle a passés dans cet i hôpital, elle a pris plusieurs médicaments, nous dit-elle, sans | b pouvoir nous renseigner suffisamment, quant à leur nature. ^ f Au mois de juillet, elle entra déjà une première fois chez ?

M. Gueneau de Mussy, à la Pitié, où elle fut observée par notre li

excellent confrère le docteur Féréol, alors interne du service. “ N f A cette époque les mouvements choréiques occupaient surtout I les épaules, les muscles du tronc et les membres supérieurs. .1 i C’étaient des soubresauts convulsifs, extrêmement forts et ‘I i presque continuels, avec élévation des épaules, torsion de la i face, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, et adduction subite 1 vers le creux épigastrique des avant-bras qui se choquaient ■ t souvent, ou qui venaient heurter le thorax. Les mouvements d’élévation des épaules se propageaient à tout le thorax. Il en résultait des inspirations bruyantes, comme les sanglots d’un enfant qui vient de pleurer. Pas de torsions des yeux; pas de grimaces de la face, du moins habituellement; il est probable cependant qu’elle en a eu quelquefois, car G... se plaint de se mordre la langue. Les jambes sont à peu près tranquilles, si ce n’est que dans la station debout la malade a un peu de dandinement. Agitation intellectuelle et corporelle; la malade ne reste pas souvent en place; ses allures ont quelque chose de brusque et d’un peu viril. Môme brusquerie de ton et de paroles. Mobilité d’impression. Habituellement gaie et prête à rire de tout, môme de sa maladie, l’instant d’après elle pleure et dit qu’il ne lui reste plus qu’à se jeter à la rivière. La parole est aussi souvent saccadée, précipitée et quelquefois tellement confuse qu’on ne peut rien comprendre. G... est très-calme pendant le sommeil. L’émétique, donné pendant deux jours à 0^%I5, puis à 0®'^,30, a causé de nombreux vomissements et une sédation générale telle qu’on n’a pas osé le continuer.

Les mouvements choréiques ont un peu diminué de fréquence

OBSERVATIONS. 445

et d’intensité; mais la malade, ne voulant suivre son traitement, exigea absolument sa sortie.

Le 11 octobre, elle rentre dans le service de M. Gueneau de Mussy. La chorée est générale. Lorsque la malade veut marcher, elle va en zigzag; puis elle s’arrête brusquement pour recommencer. La progression est donc précipitée et spasmodique. La parole est également embarrassée. G... éprouve des douleurs très-violentes dans les membres et à la tête. Ces dernières lui répondent dans les oreilles. C’est surtout pendant la nuit que ces douleurs la rendent presque folle, et lui font pousser des cris lamentables. Ces douleurs existaient déjà, nous dit G..., mais moins intenses, lors de son premier séjour dans cet hôpital. Elle avait également, à ce moment-là, une éruption de taches sur la peau du tronc et des membres. Depuis vingt jours, il y a chez elle \ine surdité qui va en augmentant. Au moment de son admission, elle est tellement sourde que pour se faire entendre il faut lui crier dans l’oreille, et encore ne réussit-on pas toujours à être compris. Éruption générale d’ecthyma furonculeux. Sur plusieurs parties du corps, on voit en outre des taches foncées et cuivrées. Vililigo syphilitique du cou; engorgement des ganglions cervicaux et occipitaux , sous-raaxillaires et sterno-mastoïdien droit. Plaques muqueuses sur lès amygdales. Pas de palpitations du cœur; pas de bruit vasculaire. Le 10 novembre, la diathèse syphilitique étant constatée, on prescrit une pilule de 2 centigrammes 1/2 de proto-iodure de mercure. Au bout de huit jours la dose est portée à 5 centigrammes par jour. Quinze jours après l’institution de ce traitement, les mouvements choréiques ont tellement diminué, que la malade marche presque comme dans l’état normal. Les mouvements désordonnés des membres supérieurs ne surviennent que de temps en temps. Le 2 décembre, il n’existe plus aucun mouvement choréique. La surdité a sensiblement diminué; plus de douleurs de tête ; mais il y en a encore dans les membres inférieurs. Il n’y a plus de pustules sur la peau; des taches cuivrées sont disséminées sur tout le corps; le collier syphilitique pcrsiste très-apparcnt, c'est-à-dire qu’il y a au cou, sur un fond bistre foncé, une infinité de taches blanchâtres, variant de dimension depuis une lentille jusqu’à une pièce de

440 de la chorée syphilitique.

quatre sous. II n’y a plus qu’un léger érythème guttural sur les piliers et sur le côté droit de la luette. Pas d’appétit; vomissements fréquents de suite après le repas; douleurs gastralgiques. Garde-robes diarrhéiques. En un mot amélioration incontestable dans les manifestations diathésiques. Le 2 janvier, la malade a toujours son érythème guttural. Les syphilides du corps ont complètement disparu, à part les macules du cou qui persistent toujours. Plus d’accidents choréiques; mais hier, à une heure du matin, elle a eu unh attaque à'hystérie; tout d’un coup et pendant qu’elle dormait^ dit-elle, elle fut prise de palpitations cardiaques, d’une constriclion précordiale, d’un sentiment d’oppression et de boule hystérique qu’elle essayait d’arracher continuellement avec les mains. Plus tard les membres ont été le siège de mouvements désordonnés; ils restaient fréquemment dans l’extension forcée; l’estomac était gonflé par des gaz. Cet accès a duré trois heures; les mômes phénomènes hystériques se sont répétés trois fois pendant le mois de janvier et toujours après minuit. Le 24 janvier il est survenu un accès différent des précédents : vers minuit et demi les malades couchées dans les lits voisins ont été réveillées par des cris sourds, plaintifs et profonds, semblables à ceux poussés par une personne qu’on chercherait à étrangler. G... insensible, ayant les yeux largement ouverts et fixes, sans strabisme, la bouche écumeuse, la figure rouge violacé, les membres parcourus par des convulsions très-fortes, se débat et menace de tomber du haut de son lit; de temps en temps, elle continue à pousser encore des cris de détresse. Cet accès dure pendant vingt-cinq minutes environ; après quoi la malade s’endort, et le lendemain, brisée et abattue, elle n’a aucun souvenir des accidents qu’elle avait éprouvés la veille. La syphilis a fait des progrès aussi, malgré la dose quotidienne de 15 centigrammes de proto-iodure de mercure, que la malade prend depuis vingt jours. Sur la partie postérieure et gauche de la voûte palatine, on voit^un petit tubercule syphilitique ulcéré, circonscrit par une injection très-vive. Il n’y a plus d’engorgement ganglionnaire ; le vitiligo syphilitique du cou persiste toujours. Depuis un mois environ G... éprouve de nouveau, et toutes les iiuils, des douleurs céphaliques profondes, très-violentes; il n’y a pas

OBSERVATIONS

(le névralgie chez elle. La surdité de l’oreille droite a aussi augmenté : la malade n’entend plus absolument rien de ce côté-là. Tous ces symptômes ont cédé progressivement à l’emploi simultané de l’iodure de potassium et de l’iodure mercuriel dont la dose fut portée pour le premier à 3 grammes et pour le second à par jour; de manière qu’on pouvait considérer la malade comme parfaitement guérie lorsqu’elle a quitté l’hôpital de la Pitié, cinq mois après son admission. Nous n’avons plus eu de ses nouvelles depuis cette époque.

Réflexions. — Il ressort de la lecture de cetle observation, et de la manière la plus évidente, que la cause qui a déterminé tous les accidents nerveux décrits plus liaut était bien la diathèse syphilitique.

Et d’abord, on ne peut invoquer, dans ce cas, ni l’bérédité, ni l’existence d’une maladie antérieure quelconque qui aurait favorisé la manifestation de la chorée. La malade n’a jamais eu de rhumatisme; elle n’a jamais souffert d’aucune affection nerveuse. Les mouvements choréiques se sont déclarés pour la première fois lorsque G... était sous l’influence de la syphilis constitutionnelle.

Maintenant , si l’on cherche a préciser davantage , quoiqu’il ne soit pas possible de savoir exactement à quel moment de l’infection du sang la chorée est survenue, il est probable , à en juger par les accidents nerveux qui éclatent parfois comme avant-coureurs de la première éruption cutanée, il est probable, disons-nous, que chez celte malade les phénomènes choréiques avaient fait explosion lors de l’apparition de la roséole syphilitique, qui a passé inaperçue, comme cela arrive dans nombre de cas. D’ailleurs, G... avait déjà une éruption cutanée légère lors de sa première admission à l’hôpital de la Charité pour une chorée. Elle était donc déjà sous l’influence de la diathèse dont l’âge peut être calculé ap-

Page 1