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en médecine, ceux que l’on consultera toujours avec fruit et qui restent comme des monuments érigés à l’abri du temps et des tempêtes doctrinales, sont précisément ceux qui se trouvent fondés sur l’analyse rigoureuse de l’histoire des malades.
La parole entraînante des maîtres les plus éloquents ne parvient à enrôler des prosélytes que lorsqu’elle proclame des principes déduits de l’observation clinique, principes que le disciple scrutateur cherche lui-même à vérifier. L’un des caractères essentiels de notre époque est de n’accepter qu’après contrôle, de ne se rendre qu’a- [U’cs réflexion. Les convictions de l’adepte ne peuvent devenir inébranlables qu’en s’appuyant sur l’examèn des circonstances qui ont formé l’opinion du maître; c’est-àdire lorsqu’elles sont basées sur l’étude attentive des faits.
Voilà pourquoi, de nos jours, il n’y a pas d’ouvrage dont les conclusions se fassent accepter sans le témoignage des faits; il n’y a pas d’opinions qui triomphent, sinon celles qui reposent sur des observations probantes.
Ces exigences du lecteur auront d’autant plus leur raison d’être, que le livre qu’il tiendra entre les mains proviendra d’une source plus obscure.
Ainsi, sans alléguer les travaux des maîtres qui ont fondé l’école de l’observation, dans les ouvrages sérieux qui paraissent de notre temps les idées théoriques sont constamment appuyées par la citation des faits qui ont servi à les établir. Cette manière de procéder est surtout indispensable lorsqu’il s’agit de combattre des doctrines depuis longtemps accréditées dans la science, ou d’attirer l’attention sur des points qui sont demeurés inaperçus jusqu’alors.
De crainte de lasser, bien des fois les auteurs n’ihsèrent dans leurs livres que des observations écourtées
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et incomplètes dont, en conséquence, on ne peut tirer aucun parti. Et pour en venir à la syphilis, nous dirons qu’en parcourant la plupart des ouvrages anciens et modernes qui ont trait d’une manière spéciale à ce sujet, le lecteur judicieux se pose, à chaque pas, deux questions de la plus haute importance, avec le regret de n’en pouvoir obtenir le plus souvent la solution :
r Le malade que Von considère comme étant en proie aux conséquences de la vérole, a-t-il jamais eu la syphilis constitutionnelle, la diathèse syphilitique?
2“ Vajfection du système nerveux quil présente dépend-elle de cette diathèse ?
Il ne serait nullement rationnel d’accuser la syphilis d’avoir produit des accidents nerveux, si l’organisme n’a pas été imprégné parle principe délétère, si l’économie tout entière n’a pas été infectée par la cause morbifique.
L’Académie impériale de médecine, en faisant figurer dans l’énonciation même du problème cet élément de rigueur, le mot diathèse, a indiqué l’écueil qu’il fallait éviter.
De plus, la syphilis n’affectant les centres nerveuv, dans l’immense majorité des cas, qu’à une époque plus ou moins éloignée de la contagion et déterminant, en outre, des accidents qui peuvent se manifester indépendamment de sa présence, on conçoit combien il est urgent, pour révéler l’existence réelle de la diathèse, de suivre dans l’observation l’enchaînement des phénomènes morbides.
Il nous reste à signaler une circonstance qui doit être prise en considération, si l’on veut que l’estimation des faits que l’on étudie soit aussi exacte que possible : un malade est atteint de syphilis constitutionnelle, qui a fait,
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chez lui, acte de présence à plusieurs reprises; il ne s’en suit pas que toute affection, survenant dans un organe quelconque, soit nécessairement l’expression de cette diathèse. La syphilis n’exclut pas le développement des affections vulgaires.
Or, lorsque chez un individu, qui a présenté des signes certains de la diathèse, il surgit une maladie du système nerveux, on doit, avant d’accuser la vérole, rechercher dans la filiation des diverses manifestations syphilitiques, s’il y a des preuves ou des probabilités qui autorisent un tel soupçon ; il faut examiner scrupuleusement et discuter longuement chaque symptôme; car c’est là un problème souvent fort difficile à résoudre ; en un mot, il faut savoir tenir compte des coïncidences et des complications qui ne sont pas sous la dépendance directe de la syphilis, mais qui peuvent éclater pendant la durée de cette affection.
Dans noire article sur la Diathèse sijphililique (1), nous exposerons in extenso quel a été le critérium qui a présidé dans le choix des observations relatées dans ce travail.
Il y a déjà longtemps que les médicaments mis en usage pourcombattre f infection vénérienne ont été accusés de produire parfois des accidents graves, en agissant sur le système encéphalo-rachidien : l’agent antisyphililique par excellence, le mercure, a été attaqué avec d’autant plus d’apparence de raison que son usage prolongé peut déterminer un état général ressemblant , jusqu'à un certain point, à la cachexie syphilitique. 11 est donc nécessaire, dans les cas complexes, de faire la juste part de la vérole sans exagérer ses fâcheuses conséquences, ni
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diminuer le nombre de sesviclimes par d’injustes calomnies contre le métal souverain. Une appréciation sévère est surtout indispensable à propos des faits relatés dans les auteurs anciens, et recueillis à une époque où le mercure était administré à profusion.
Le problème que nous avions à résoudre était donc entouré de nombreux écueils qu’il fallait éviter. A ceux déjà exposés, ajoutons la tendance parfois invincible qui pousse certains auteurs à s’écarter delà question principale, pour s’engager dans les voies tortueuses des détails inutiles. En outre, le désir de trouver partout l’application des idées qui les dominent constitue pour beaucoup d’entre eux une cause qui les incline à faire plier les faits dont ils ont été témoins à des opinions conçues d’avance.
L’Académie de médecine, en mettant au concours cette question : des affections nerveuses dues à la diathèse syphilitique, a certainement voulu imprimer une nouvelle impulsion à l’élude étiologique des maladies du système nerveux, sujet de discussion et de discorde depuis l’origine de la médecine jusqu’à nos jours. Rendre évidente la production des diverses affections nerveuses par la syphilis, à l’aide d’observations détaillées et précises, tel est le but que nous nous sommes proposé d’atteindre dans ce travail.
Ainsi qu’on le verra par la date de quelques-uns de nos faits, il y a plus de dix ans que notre attention a été fixée sur les maladies nerveuses que la syphilis peut occasionner; mais aujourd’hui encore, malgré le nombre imposant d’observations originales insérées dans ce travail, nombre grossi parcelles puisées dans les livres, bien des parties de notre sujet restent en litige, bien des points demeurent obscurs. I^a diversité des alïcclions
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nerveuses conséculivesà la vérole, la rareté des autopsies et la difficulté de rencontrer dans les auteurs des faits cpii résistent à une critique sévère et judicieuse, en constituent les raisons principales.
Pour donner dès le principe une idée nette et concise des conclusions auxquelles nous sommes arrivé . nous croyons devoir mentionner sommairement ici les résultats auxquels nos études nous ont conduit.
La syphilis peut déterminer toute espèce de troidiles fonctionnels du système nerveux. C’est là la conclusion qu’il faut tirer de l’étude des faits nouveaux et de l’examen de ceux qui ont été déjà publiés. Lorsqu’il nous a été donné de constater que la Chorée , l’Hystérie, l’Épilepsie, plusieurs formes d’ Aliénation mentale, la Paralysie du sentiment et du mouvement, les Névralgies, la Perturbation des sens spéciaux , ont été le résultat de l’infection vénérienne; nous croyons pouvoir admettre qu’elle a la faculté d’engendrer toutes les maladies nerveuses qui figurent dans le cadre nosologique, en influençant de mille et mille manières le système nerveux de la vie de relation.
La seconde question qui se présente, par ordre d’importance, dans le sujet dont nous nous occupons, est relative à l’étude des lésions anatomiques. En effet , l’Anatomie pathologique est incontestablement le rayon de lumière qui éclaire l’histoire de toutes les maladies. La médecine lui doit le rang qu’elle a pris définitivement parmi les sciences positives. L'examen scrupuleux des lésions que la maladie détermine dans la profondeur de nos organes a permis do réaliser d’immenses progrès à cet égard. On peut affirmer, d’une manière générale, que les affections, dont l’Anatomie pathologique nous a décelé les altérations, sont incomparablement mieux
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connues que celles dont nous ignorons encore les lésions matérielles.
La sypliilis agit-elle matériellement sur le système nerveux , ou bien ne trouble-t-elle que dynamiquement l’exercice régulier de ses diverses fonctions?
Les observations qui se trouvent en notre possession nous autorisent à admettre, de la manière la plus positive, que, dans certains cas, une perversion fonctionnelle peut exister sans être accompagnée d’aucune lésion organique évidente.
Néanmoins, ces faits sont exceptionnels. Dans l’immense majorité des cas, la Nécropsie a péremptoirement démontré que c’est le dépôt de la matière plastique dans la substance nerveuse, une inflammation de l’encéphale ou de ses membranes, consécutivement à une exostose, etc.; en un mot, que c’est une altération de tissu qui occasionne les troubles fonctionnels du système nerveux.
Enfin , nous devons simplement mentionner ici que nos recherches, secondées et dirigées par notre maître, M. Follin, ainsi que par les bons conseils de MM. Cusco et Desmarres , nous ont permis de restreindre le nombre des affections oculaires dites purement nerveuses et consécutives à la diathèse syphilitique. L’amaurose, par exemple, lorsqu’elle n’était pas escortée des signes d une compression de l’encéphale ou du nerf optique sur une partie de son trajet, était considérée comme le résultat d im trouble dijnamique purement fonctionnel de la région cérébrale dévolue à la vision , du nerf conducteur, ou du réceptacle des impressions, de la rétine. Or, 1 examen par l’ophtlialmoscope a définitivement tranché la question , en permettant de constater, dans le plus grand nombre des cas et de la manière la plus évi-
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dente, la présence d’une inflammation de la choroïde, ou d’épanchements siégeant dans les parties profondes de l’œil; lésions dont on peut suivre la disparition progressive sous l’influence du traitement spécifique.
11 importait enfin de chercher à éclairer tout ce qui se rapporte à la thérapeutique des affections nerveuses syphilitiques. Bien que la syphilis appartienne au petit nombre des maladies que la thérapeutique modifie le plus heureusement, les manifestations qui ont lieu du côté des centres nerveux, ainsi que du côté des yeux, peuvent, quoique exceptionnellement, résister au traitement spécifique le mieux dirigé. C’est ce qui arrive fréquemment lorsque, par exemple, un ancien épanchement sous-rétinien a altéré la texture subtile de la membrane ‘ nerveuse de l’œil , lorsqu’une tumeur de l’encéphale a déterminé une cérébrite, etc.
Supposons, en effet, qu’une tumeur syphilitique se développe dans la substance cérébrale ; il est rare qu’elle détermine , dès son début, des phénomènes qui révèlent sa présence. Le plus souvent, et cela s’applique à toutes les tumeurs en général quelle qu’en soit la nature, ce n’est que lorsqu’elle a acquis un certain volume que les phénomènes morbides en font soupçonner l’existence. Dans bien des cas les troubles fonctionnels que l’on observe sont plutôt consécutifs à la modification de structure, éprouvée par les parties voisines, qu’ils ne sont liés à la présence de la tumeur elle-même ; le ramollissement et l’inflammation de' l’encéphale sont parfois les premières et les seules lésions qui donnent naissance à des symptômes appréciables. On comprend aisément que le traitement spécifique ne soit d’aucun effet contre ces maladies consécutives et accidentelles. Dans ces circonstances, tes manifestations syphilitiques extérieures,
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concomitantes, diminuent et disparaissent sous l’influence de la médication , mais le ramollissement cérébral peut continuer sa marche et emporter le malade. Des cas de ce genre se trouvent relatés parmi les observations insérées dans ce travail (1).
Voici encore un autre exemple : Une tumeur syphilitique comprime la moelle et paralyse les membres pelviens ; un traitement spécifique parvient à résoudre la tumeur. 11 ne s’en suit pas que le mouvement doive toujours revenir complètement et comme si rien ne s’était produit de ce côté.
Le système nerveux doit conserver toute l’intégrité de sa texture, pour que ses fonctions puissent s’accomplir physiologiquement ; et il suffît d’une compression prolongée , d’un travail plilegmasique provoqué par la tumeur, pour que les tissus soient modifiés de manière que l’exercice normal des mouvements soit compromis à jamais, et pour que ces derniers restent incomplets, même après la disparition de la tumeur, première cause de tous ces désordres.
Dans les affections nerveuses dues à la diathèse syphilitique, bien que le traitement doive être spécifique, pour lutter contre la diathèse , le médecin est parfois obligé d’avoir recours, conjointement, ou d’une manière exclusive pendant un certain temps, aux moyens qui servent à combattre ces mêmes maladies , lorsqu’elles ne dépendent pas de la vérole. C’est ainsi que les révulsifs, les toniques, les antispasmodiques, les narcotiques, etc.,
sont fréquemment ajoutés au mercure ou à l’iodure de potassium.
l.orsque la syphilis a rencontré un terrain favorable,
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