CHAPITRE II
DE L’IlYSTÉllIE SYPIII UTIQÜE.
Aucun auteur, à notre connaissance, n’a mentionné la ; syphilis parmi les causes possibles de l’hystérie, et le titre même de cet article aurait trouvé des contradicteurs i et des incrédules, si des faits authentiques ne venaient à ' son appui.
■ Néanmoins Joseph Frank (1), en parlant des spasmes 1 en général, consacre quelques lignes aux spasmes syphii litiques. Voici ce qu’il dit à ce sujet : « Comme il s’est pré- ^ senté à notre observation des spasmes qui avaient com- I mencé avec la syphilis, et qui n’ont pu guérir que lorsque I celle-ci a été détruite, nous sommes obligés d’admettre I des spasmes dus à la diathèse vénérienne; mais nous i n’osons décider si les spasmes de cette espèce sont ex- :: cités directement, par Faction du principe vénérien sur 3 le système nerveux, ou indirectement, par les exostoses, 3 les concrétions tophacées ou les ulcères. » Puis il ajoute i| qu’il ne faut pas les confondre avec ceux excités par le :: mercure.
Étaient-celà des mouvements convulsifs, ou bien des spasmes hystériques? c’est ce qu’il est impossible de savoir, car J. Frank décrit l’hystérie dans le même chapitre que les affections spasmodiques vagues, comme il les appelle.
(1) Pathologie interne, t. III, p. 441.
452 diî: l’iiystéuie syphilitique. <
Quoi qu’il en soit, cet auteur ne nous donne aucune < observation à l’appui de l’opinion qu’il a émise. Les ■ spasmes de caractère syphilitique, dit-il plus bas, disparaissent avec la syphilis, ou deviennent nerveux primitifs (1).
Nous avons déjà vu, dans l’observation de chorée syphilitique, relatée plus haut, que lorsque, deux mois après la disparition de cette affection, de nouveaux symptômes ■ annoncèrent la recrudescence de la syphilis, la malade | commença à éprouver des accès franchement hystériques. Ainsi, elle était prise d’oppression thoracique, d’anxiété, de constriction précordiale très-intense; l’estomac se distendait par des gaz; il semblait à la malade qu’une boule remontant de l’épigastre jusqu’à la gorge menaçait de l’étouffer; les membres, en proie à des mouvements répétés et involontaires, se tendaient en se contournant en dehors, etc.
L’observation qui suit nous offre un pareil exemple d’hystérie déterminée par la syphilis à son début; cette affection nerveuse a précédé l’éruption exanthématique ; elle a complètement cédé à l’emploi du mercure.
Un fait qui mérite de fixer notre attention, c’est que, chez toutes nos malades, les phénomènes hystériques se manifestaient pendant la nuit. Jamais chez aucune des trois hystériques qu’il nous a été donné d’observer, ils ! ne se sont manifestés durant le jour. 11 existait chez | toutes les trois des symptômes incontestables de la dia- A thèse syphilitique. Mais il ne suffit pas que la syphilis ■ il existe conjointement avec l’hystérie, il faut encore se ^ demander si l’on doit rallier les accidents nerveux àla : ' présence de cette diathèse. Oi', nous trouvons, chez les • J
(l) Page 443 , loc. cit.
DE l’hystérie SYPHfLITIQUE.
trois femmes mentionnées, absence de tout phénomène hystérique antérieurement à l’infection de l’organisme par la vérole. Chez notre choréique les accès hystériformes, je pourrais dire hystériques, succèdent à la danse de saint Guy, et sont remplacés plus tard par des accès épileptiques. Chez Babette, les accès précèdent l’apparition de l’exanthème et diminuent sensiblement de violence, aussitôt après que l’éruption eut lieu. Cependant quelques jours après, ils reprennent leur première intensité, puis ils cèdent détînilivement à l’usage du bichlorure de mercure. Enfin les douleurs violentes siégeant dans la tête et dans les membres de la femme Bergeron paraissent avoir tout au moins contribué à l’explosion des accidents hystériques chez elle. Ces accès étaient également nocturnes, et ils sont survenus pour la première fois pendant qu’elle éprouvait la funeste influence de la diathèse syphilitique; ils ne furent définitivement dissipés qu’après l’administration des préparations mercurielles.
Mais nous prévoyons une objection spécieuse qu’on peut nous adresser relativement à la nature syphilitique de ces accès. L’hystérie, nous objecterait-on, ne seraitelle pas déterminée par la chlorose que la syphilis aurait occasionnée chez ces malades? Un seul argument clinique suffira pour repousser victorieusement cette interprétation hypothétique. Si la chlorose était réellement, chez ces trois malades, la cause essentielle du développement de l’hystérie, les phénomènes de cette névrose devraient augmenter de violence sous l’influence des mercuriaux. Il est en effet démontré pratiquement que l’usage prolongé des préparations hydrargyriques appauvrit le sang en diminuant la proportion de ses éléments solides, et détermine ainsi l’anémie. Or, nos malades n’ont pas
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élé soumises aux préparations ferrugineuses; et le mercure au lieu d’aggraver les accidents nerveux, en liquéfiant le liquide sanguin, a tout au contraire enrayé les phénomènes hystériques. Nous devons donc en déduire que ces pliénomènes se sont manifestés par faction directe de la syphilis qui a favorisé leur développement et leur reproduction jusqu’au momentoù elle recula devant les spécifiques. En effet, les accidents hystériques se sont rapidement dissipés, dès que la syphilis fut combattue avec efficacité par le mercure employé à dose suffisante, et sans le secours des toniques. D’ailleurs, ainsi que nous l’avons signalé dans les observations, ces malades ne présentaient aucun signe appréciable de chlorose.
Observation LXXVIU. — Accidents hystériques, éclatant pour la première fois quelques jours avant l'apparition d'une roséole syphilitique , p)ersistant après elle et revenant toujours la nuit. — Guérison par l'emploi du mercure.
Babette, âgée de 20 ans, domestique, entre, le 21 août 1858, à fhôpital des Israélites, rue Picpus. Depuis trois jours, elle a de la fièvre avec exacerbation le soir. Il existe chez elle un abattement général très-prononcé. Elle éprouve des douleurs dans tous les membres, se plaint de souffrir à la gorge, et d’avoir des envies fréquentes de vomir. Le pouls est fort, vibrant (95 pulsations). Il y a de la céphalalgie et des étourdissements, quand elle veut se lever. Perte complète de l’appétit. La peau est à l’état normal; l’examen de la gorge ne fait constater qu’un peu de rougeur. On pense à une fièvre éruptive, et l’on se borne à observer la malade. Il y a déjà plusieurs jours que le sommeil est interrompu, tous les soirs, par des frissons qui parcourent tous les membres, par des douleurs siégeant dans les masses musculaires, par une pesanteur et une gène épigastriques excessives, et de temps en temps par une dyspnée très-prononcée ; parfois la malade est obligée de s’asseoir pour respirer librement. Ces étouffements sont précédés d’une grande inquiétude nerveuse; souvent dans ces
OGSERVATIONS,
J moments, la télé est penchée en arrière et le tronc se soulève ) en forme d’arc, en oscillant. Enfin il survient une constriction ) cardiaque, et lorsqu’elle a atteint son maximum d’intensité, I la malade fond en larmes ; après quoi tous les symptômes
» cités disparaissent, pour faire place à une grande prostra-
( tion. Il lui arrive aussi de sentir une boule qui monte de l’épi- I gastre vers le cou, en la suffoquant. Ces différents phénomènes répétés presque tous les soirs, môme après l’admission delà malade à l’hôpital, durent environ trois quarts d’heure ; j puis après, la malade peut s’endormir avec calme, mais pour ^ se réveiller de la môme manière et parfois à cinq ou six différentes reprises dans la nuit. L’examen le plus atten tif ne fait constater chez elle aucun symptôme évident de chlorose. Le 25 août, on remarque pour la première fois de petites taches rosées sur le tronc et les membres. Immédiatement après l’apparition de cet exanthème, les symptômes généraux, tels que fièvre, abattement, etc., cessèrent, et les attaques hystériformes diminuèrent de durée et d’intensité pendant huit jours. Quatre jours après la manifestation de la roséole, les petites taches ont commencé à se transformer en papules de plus en plus saillantes. Traitement : i pilule contenant 1 centigramme de bichlorure de mercure; tisane de salsepareille. A partir du A septembre les accès hystériques nocturnes reprennent leur première intensité ; on les voit môme augmenter defréquence. Au milieu du sommeil B... est prise d’une grande • agitation; elle porte ses bras tantôt à droite, tantôt à gaucbe, sans pouvoir les maintenir en place; il en est de môme des membres pelviens. Parfois les uns et les autres sont parcourus par des douleurs intenses. B... a des palpitations ; elle étouffe; il y a de la constriction de la gorge; les membres sont dans l’extension forcée, ainsi que la tôte. L’accès se termine toujours par des pleurs.
Le 10 octobre, les accès hystériques sont plus faibles et moins fréquents; mais la dose du médicament ne suffit pas pour influencer heureusementla maladie vénérienne; en effet, les papules de la peau persistent toujours et deviennent môme de plus en plus volumineuses, en môme temps qu’elles se multiplient. Le 15 novembre, les papules sont très-nombreuses et très-saillantes; leur coloration est d’un rouge foncé; elles
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sont le siège d’une desquamation prononcée. L’éruption ressemble, à s’y méprendre, à une varioloïde à son déclin, lorsqu’il n’y a pas eu formation de pus et que l’éruption a été uniquement vésiculeuse. Syphilides palmaires et plantaires. Éruption pustuleuse du cuir chevelu, alopécie; le front présente une grande couronne de papules très-saillantes dont chacune dépasse la grosseur d’une lentille. Adénopathie cervicale, occipitale et sterno-mastoïdienne ; plusieurs ganglions des aines ont acquis le volume d’un œuf de pigeon. La malade éprouve une amélioration évidente pour ce qui concerne les phénomènes généraux, quoique les symptômes que je viens de décrire plus haut démontrent clairement que les doses médicamenteuses ne parviennent pas à arrêter la marche de la syphilis. B... n’a plus que des douleurs faibles soit à la tête, soit dans les membres ; comme par le passé ces douleurs ne se font sentir que durant la nuit. Depuis huit jours environ, les accès hystériformes n’ont lieu que deux ou trois fois dans la nuit; ils sont d’ailleurs ti’èsfaibles et de courte durée.
Le 1®'' décembre, l’éruption a disparu ; il ne reste plus sur la peau que des taches cuivrées qui s’éclaircissent dans certains points. Depuis le 25 du mois passé, le sommeil est physiologique; il n’a plus été interrompu par des accidents nerveux hystériformes ; les adénites ont sensiblement diminué. Le 5 janvier 1859. les taches syphilitiques ont disparu, la malade n’a plus eu d’accès hystériques ; elle continue son traitement.
Réflexions. — Les phénomènes nerveux se développant pour la première fois chez cette malade, au début de la syphilis constitutionnelle, et en même temps que se sont manifestés les prodromes de l’exanthème syphilitique, persistant après l’apparilion de la roséole et cédant au mercure, doivent évidemment être attribués à la vérole.
La description détaillée des divers symptômes qu’éprouvait cette femme ne peut laisser aucun doute, nous
OBSERVATIONS
. semble-t-il, dans l’esprit du lecteur, relativement à leur r: similitude avec les accès hystériques.
Nous devons aussi faire remarquer que c’est toujours J pendant la nuit que ces accidents nerveux se reproduiî saient. Étaient-ils déterminés par les douleurs nocturnes î auxquelles la malade était en proie, ou bien, de même ) que celles-ci, étaient-ils l’expression de la perturbation I générale, de la souffrance du système nerveux ?
Si l’appareil cérébro-spinal est assez perverti dans ses ^ fonctions, par la présence même de la syphilis, pour être le siège de douleurs multiples se faisant sentir dans plusieurs parties de son étendue, ne pourrait-il pas également, par les modifications qu’il a éprouvées dans sa manière d’être, donner naissance à des phénomènes nerveux d’un autre genre, hystériques, choréiques, etc.?
Observation LXXIX. — Syphilis constitutionnelle. — Aecidents hystériformes nocturnes. — Iritis. — Choroïdite. — Guérison par le mercure. — Rechute. — Amaurose. — Corpuseules flottants dans le corps hyaloïde. — Epanchement sous-rétinien.
La nommée B..,, âgé e de 30 ans, est mariée depuis onze ans. i Elle n’a jamais eu de grossesse. Blonde, aux yeux bleus, elle est myope ; d’un embonpoint peu marqué, elle offre tous les caractères d’un tempérament lympliatico-nerveux. En novembre 1837, elle remarque que son mari est couvert d’une éruption pustuleuse très-abondante. Six semaines après (en janvier 1838), elle porte elle-même une éruption de taches par tout le corps, éruption précédée et accompagnée de douleurs vives dans la tête et dans les membres. Quelques semaines plus tard, elle a une éruption générale de pustules. Tous les soirs, quelque temps après s’ôlre couchée, lorsque les douleurs mentionnées ont acquis toute leur intensité, B... est en proie à une agitation extrême; elle découvre ses membres, les tend et se roidit en soulevant fréquemment son tronc arqué, en même temps que sa tête est fortement portée
458 BE l’hystérie syphilitique.
en arrière. Ce sont les douleurs, siégeant surtout au voisinage des grandes articulations, qui déterminent, dit-elle, ces accidents en môme temps qu’elles lui arrachent des cris et des larmes. La malade désigne ces phénomènes sous le nom de crispations de nerfs. Dans la journée elle est impatiente, irascible et d’un caractère tel, qu’elle se met en colère ou verse des pleurs à propos de choses presque insignifiantes; jamais avant cette époque elle n’avait eu rien de semblable. Pendant trois mois elle ne put dormir tranquillement que le matin, à partir de six heures; car pendant toutes les nuits son sommeil était interrompu par les douleurs et par les accidents nerveux décrits. Engorgement des ganglions lymphatiques, inguinaux, cervicaux et céphaliques. Alopécie, maigreur, faiblesse générale ; la marche la plus modérée détermine des palpitations et de la fatigue ; appétit nul, digestions laborieuses. Dans plusieurs parties du corps, les boutons, ayant disparu spontanément, ont été remplacés par des taches foncées. Un médecin consulté, quatre mois à peu près après le début de tous ces symptômes, ordonna, on ne sait trop pourquoi, des bains au sulfate de soude.
Au mois d’avril l’éruption cutanée s’éteint, sans l’intervention d’aucun traitement spécifique ; mais les yeux commencent à devenir malades. Il y avait de la rougeur des conjonctives, des douleurs vives et de la photophobie tellement prononcée que B... était obligée de tenir ses paupières constamment fermées. Le 6 mai I8S8, elle s’adresse à M. Desmarres, qui, ayant constaté un iritis et une choroïdite dépendant de la diathèse syphilitique, prescrivit des pilules de 3 centigrammes de proto-iodure de mercure; B... en prit d’abord 1, puis 2 et 3 par jour; en môme temps onctions belladonées autour de l’orbite. Après un mois de traitement, les maux de tôle ont cessé, ainsi que les douleurs des membres et les accidents nerveux précités. Les yeux sont revenus à leur état normal ; la malade suspend aussitôt son traitement, sans avoir pris un avis médical. Au mois de juillet, elle eut une recrudescence des symptômes syphilitiques ; il survint des douleurs névralgiques à la tôle et une insomnie que les calmants ne parvenaient à vaincre. Mais les phénomènes hystériques ne sont plus revenus.
OBSERVATIONS
L’œil gauche rencontrait sur tous les objets qu’il regardait une tache noire de la grandeur d’une lentille. La malade était surtout frappée de cette illusion visuelle, lorsqu’elle jetait les regards sur un fond blanc. C’était notamment lorsque la pupille était dirigée en haut, et que la malade eherehait à voir les objets situés au-dessus d’elle, que cette tache paraissait très-étendue; elle diminuait de plus en plus de grandeur à mesure que B... baissait les yeux, et disparaissait complètement lorsqu’elle regardait directement en bas. A la même époque, une éruption pustuleuse abondante parut au cuir chevelu. La malade fut soumise de nouveau à un traitement mer-' curiel : tous les jours d’abord 1, puis 2 pilules de 0^’,0o de proto-iodure de mercure .chacune ; mais à peine a-t-elle pris de ces pilules pendant vingt jours, que des troubles des organes digestifs ont obligé de les suspendre pour un mois.
Les premiers jours de septembre, l’œil droit fut lui-méme atteint; la malade voyait constamment un fil noir vertical et '* de petits corpuscules d’un blanc grisâtre, animés toujours de mouvements. Tous ces symptômes n’existaient que quand la malade avait les yeux ouverts. La vue s’est ainsi troublée de plus en plus, au point qu’à la fin du mois la malade ne voyait môme pas assez pour se conduire. Nous avons dit que les accidents gastriques et intestinaux avaient exigé l’interruption du traitement mercuriel, pendant tout le mois d’août ; aussitôt après leur disparition. B... recommença ses pilules (tO septembre). Une amélioration rapide s’opéra dans la vue de cette malade, amélioration que l’on peut aisément se figurer, en apprenant que tandis que B... ne voyait pas assez pour se conduire avant de se soumettre à la médication hydrargirique, elle est parvenue à lire les journaux vers le 15 du mois de décembre.
1" janvier 1859. — Elle n’éprouve de douleurs, ni dans latôte, ni dans les membres ; il n’y a ni éruption cutanée, ni adénopathie. La papille droite est assez mobile, mais la gauche se contracte faiblement sous l’influence de la lumière. Elle est oblongue de haut en bas. La sclérotique et les conjonctives sont normales; l’iris présente quelques taches jaunâtres. L’œil droit étant fermé, la malade ne peut se conduire avec le gauche. Tout lui apparaît entouré d’un brouillard très-épais;
4G0 DE l’hystérie syphilitique.
elle ne peut distinguer que les gros meubles ; cependant si un j objet, réfléchissant beaucoup de rayons lumineux, est mis soit 1 à ses pieds, soit à son côté gauche, elle l’aperçoit quelque i petit qu’il soit. Mais elle ne le distingue pas, s’il est en face d’elle. De cet œil gauche elle ne voit plus ni mouches, ni corpuscules. Du côté droit, elle voit constamment un fd noir vertical qui suit tous les mouvements de l’œil. Si elle fixe les yeux sur un fond blanc (papier, assiette), elle se trompe constamment, croyant à l’existence d’une tache noire; en outre, cinq ou six petits corpuscules, qu’elle compare à des flocons de neige, occupent toujours le champ visuel. Ils sont animés, dit-elle, d’un mouvement transversal; il y en a un parmi eux qui est ovale, de la grosseur d’une lentille et légèrement jaunâtre. Néanmoins elle voit assez bien, distingue les objets les plus petits, elle peut même lire, mais en élevant le livre audessus du front. A l’œil nu, les deux champs pupillaires sont noirs comme à l’état normal.
Examen à l’ophthalraoscope, œil gauche : A la lumière réfléchie on voit, à la circonférence interne de l’iris, des dépôts ■ pigmentaires de forme irrégulièrement étoilée. Autour de la papille du nerf optique il existe un épanchement à contours irréguliers; il siège au-dessous de la rétine, car les vaisseaux situés sur cette membrane sont parfaitement visibles sans interruption. Cet épanchement présente une étendue transversale d’un centimètre, le diamètre de la papille étant évalué à 7 millimètres. 11 dépasse donc la papille dans tous les sens, mais principalement en dehors. Cette dernière a perdu son aspect resplendissant; les vaisseaux qui émergent de son centre sont plus injectés et plus nombreux qu’à l’état normal. Développement considérable des vaisseaux de la choroïde, ce qui donne au fond de l’œil une couleur rouge foncé. A droite, la papille est nettement visible, quoique couverte également par beaucoup de vaisseaux gorgés de sang; la choroïde, d’un rouge très-vif, est sillonnée par un grand nombre de vaisseaux dont la plupart d’un aspect variqueux. On voit dans le corps hyaloïde un grand nombre de corpuscules flottants, mobiles et dont quelques-uns offrent à l’ophthalmoscope le volume de la tête d’un camion.
29 janvier 1859. — La malade voit bien mieux ; elle lit plus
OBSERVATIONS
facilement et peut môme coudre. L’ophlhalmoscope nous fait voir une diminution de répanchemenl sous-rétinien; mais c’est l’œil droit qui est surtout amélioré; l’injection des vaisseaux choroïdiens a diminué d’une manière notable, mais les corpuscules du corps vitré persistent toujours.
Réflexions. — Cette femme a présenté des accès hystériformes qui se sont développés, pour la première fois, au début de la diathèse syphilitique ; ces phénomènes nerveux paraissent avoir été provoqués par les douleurs intenses que la malade éprouvait. Il est impossible de ne pas reconnaître, dans la description de ces phénomènes, les symptômes et la marche des accèshystériques. La diathèse syphilitique peut donc provoquer, chez certaines femmes nerveuses, l’explosion d’accidents hystériques, tantôt par la secousse générale qu’elle imprime à l’économie, en tant que maladie infectieuse, tantôt par les douleurs qu’elle détermine et qui paraissent être le point de départ, la cause occasionnelle de ces accès nerveux. Du reste entre les divers phénomènes que nous avons décrits sous le nom d’accidents diathésiques et les accès hystériques il n’y a qu’un pas, que la susceptibilité nerveuse de quelques individus peut franchir aisément. Quoi qu’il en soit, ces accès étaient nocturnes chez cette malade ainsi que les douleurs, et ils ont cessé grâce aux mercuriaux.
Ainsi qu’on l’a vu dans l’observation, la syphilis a été abandonnée à elle-même pendant plus de sept mois chez cette femme. Aussi les affections des yeux ont-elles revêtu une forme grave ; et d’ahord, il y a eu iritis avec choroïdite. En effet, on comprend facilement l’extension ou le développement simultané de l’inflammation dans deux parties de l’œil qui ont entre elles de grandes connexions fonctionnelles, et qui offrent une struc-
402 DIÎ l’hystérie syphilitique. I
ture presque identique, ainsi que les anatomistes et les I micrographes nous l’ont appris. L’iris n’est en effet que i la partie antérieure de la choroïde, doublée de quelques I nouveaux éléments , d’un tissu spécial, contractile ou I
érectile. I
L’épanchement sous-rétinien, existant autour de la I papille du nerf optique, appartient à l’inflammation de I la choroïde, membrane sous-jacente à la rétine; mais en H outre il y avait, dans ce cas, rétinite, ainsi que le dévelop- ^ pement des vaisseaux de la papille et leur injection sur I une grande partie de la rétine nous l’ont fait constater. I Un symptôme, présenté par cette malade, nous paraît I être presque pathognomonique du décollement de la ré- I tine autour de la papille, toutes les fois que les milieux de l’œil conservent leur transparence physiologique. C’est cette tache noire que les malades rencontrent constam- J ment sur tous les objets qu’ils regardent. Mais si l’épanchement est étendu, alors la tache noire peut être assez grande pour occuper tout le champ visuel, et pour déterminer le scotoma des Allemands. Dans la choroïdite in- ' tense, principalement lorsqu’il y a des dépôts plastiques ' multiples dans le fond de l’œil, il y a vision de corpuscules : ‘ lumineux ou de nombreuses mouches, ainsi qu’on l’a vu i}. dans quelques- unes de nos observations. La malade qui fait le sujet de l’observation précédente, offrait, en outre, des corps flottants dans le corps hyaloïde; elle voyait elle- | * même ces corpuscules très-mobiles et assez volumineux.
La syphilis a déposé ses produits plastiques dans plusieurs parties de l’œil chez celte femme. En effet, nous en avons vu sur la membrane iris, entre la choroïde et la rétine, sous forme d’épanchement entourant la papille du nerf optique, et même dans le corps vitré.
Le traitement anlisyphililique avait guéri celte ma-
OBSERVATIONS
Jade, une première fois, d’une choroïdite dont elle a été aftéctée au mois de juin; mais les médicaments ayant été suspendus beaucoup trop tôt, il y a eu récidive avec des accidents bien plus graves. Le mercure a de nouveau sensiblement amélioré l’état de la vue chez celte malade; dont l’observation n’a pu être suivie par nous juscpi’à la fin.
Observation LXXX. — Syphilis simulant un grand nombre de
névroses.
M..., ouvrière, âgée de 14 ans, très-bien portante antérieurement, très-bien réglée, séduite par un jeune homme ayant une maladie vénérienne, s’aperçut, huit jours après le coït, d’ulcères ronds douloureux à l’entrée du vagin, et bientôt de pustules, grosses comme des pois, en dehors des grandes lèvres. Elle dissimula son état et continua son travail, sans subir aucun traitement, quoiqu’un médecin, consulté par elle, lui eût dit que c’étaient des chancres. Deux mois après, les ulcères se sont guéris; mais les règles se sont dérangées, les jambes se sont enflées; M... a perdu sa fraîcheur et son appétit ; les règles se sont enfin supprimées totalement. Elle consulta un autre médecin qui la saigna et ordonna des bains. Ces moyens amenèrent un soulagement, et elle se remit à son travail. Quelque temps après, il survint des palpitations, de l’oppression et de la toux, à la suite d’un temps froid et humide; sangsues aux cuisses pour appeler les règles, qui sont revenues, mais qui n’ont coulé que pendant deux jours au lieu de quatre, ce qui était leur durée habituelle chez la malade. Plus tard, une émotion vive est considérée comme ayant amené une céphalalgie; les cheveux sont tombés; pendant les chaleurs de l’été, elle se trouvait bien ; mais h la suite d’une indigestion, elle eut de violents maux d’estomac, une leucorrhée abondante, et, tous les trois ou quatre jours, des crises nerveuses, pendant lesquelles elle était en proie à des mouvements convulsifs qui lui agitaient les bras pendant quelques minutes.
C’est alors que M. Baumès fut appelé. Pendant une année tout entière, il fit subir à la malade plusieurs médications sans en obtenir aucun résultat; plus tard, consulté pour une
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