DE L’ÉPILEPSIE SYPHILITIQUE
Nous avons déjà cité l’aphorisme 1884 de Boerhaave, dans lequel cet observateur sagace nous dit nettement qu’il a vu des épilepsies, consécutives à la syphilis invétérée ; mais il paraît vouloir toujours rattacher les lésions cérébrales à des altérations de tissu, qui commencent sur les parties protectrices de l’encéphale.
Lazerme (1) admet que des produits syphilitiques, développés dans la substance cérébrale, peuvent déterminer l’épilepsie.
Nous pensons, et c’est l’avis aussi des principaux auteurs cités dans notre article bibliographique, qu’une carie, qu’une nécrose syphilitique peuvent enflammer, par leur présence, les méninges et l’encéphale, mais j qu’il n’y a rien de spécifique dans celte inflammation,
^ rien de propre à la syphilis, comme l’admettent certains
médecins.
Thierry de Héry dit avoir observé des spasmes d’épilepsie consécutivement à la syphilis.
Astruc cite aussi l’épilepsie parmi les nombreuses affections dont la syphilis peut provoquer le développement.
Enfin, ainsi que le fait savamment remarquer M. Gi-
(I) Traclatus de morhis internis capitis. Amsterdam, 1748. Zambaco. 30
4GG D12 l’épilepsie syphilitique. :
bert (1), presque tous les sypbiliographes ont parlé : de la vérole-protée, pouvant engendrer tous les maux ■ connus; mais ce qui manque dans tous ces ouvrages, ce i sont les observations complètes et probantes.
Morgagni (2) cite l’observation suivante de Médiavia : |
« Une femme avait au front deux tumeurs gommeuses. Elle était sujette à des accès d’épilepsie. Une des tumeurs a disparu par l’effet du mercure. La malade a continué à avoir des attaques épileptiques, malgré le traitement mercuriel auquel on l’a soumise, puis elle est morte dans le coma, sans éprouver aucune paralysie. On a trouvé, à l’autopsie, les os du crâne détruits en plusieurs endroits, et les signes d’un ramollissement cérébral. »
Raïken (3) cite aussi quelques lambeaux d’observations qui ne peuvent nullement édifier le lecteur sur le rôle qu’on attribue à la vérole.
Zacchias (4) fait mention de cas semblables.
Joseph Frank traite, dans un chapitre spécial, de l’épilepsie syphilitique. Il est difficile de croire, dit-il, que la syphilis puisse produire l’épilepsie par une action directe sur le système nerveux. Elle ne le fait que d’une manière indirecte, en déterminant la carie, l’exostose et les productions tophacées qui, en plusieurs endroits, peuvent agir sur la pulpe nerveuse. Le diagnostic, ajoutet-il, se tire des antécédents et des symptômes actuels. Les épilepsies nocturnes sont, entre toutes, suspectes d’être syphilitiques.
Bien que cette dernière remarque paraisse être en
(1) Loc. cit.
(2) Epislolœ anatom. Lettre IX, n“ 25.
(3) Répertoire général d’anatomie.
Gt) Quœstioncs mcdico-legales. Lugduni, 1653, Consulte IX.
DH l’épilepsie syphilitique. 467
accord avec quelques-unes de nos observations, nous ne pouvons cependant l’admettre d’une manière générale; car il est fréquent de voir les accès épileptiques se raa- I nifester pendant la nuit, lors même que l’affection est ' indépendante de toute cause spécifique.
; Joseph Frank cite deux faits à l’appui de ses assertions. Le premier a trait à un Polonais, âgé de 40 ans environ, qui était affecté d’une épilepsie rebelle nocturne, accompagnée de céphalée. Le sublimé corrosif le débarrassa de l’une et de l’autre dans l’espace de six I semaines. Ce malade avait eu une affection vénérienne pendant sa jeunesse; mais en quoi a-t-elle consisté? comment a-t-elle été traitée? par quelles autres manifestations la syphilis a-t-elle fait acte de présence? com- 'ment étaient caractérisés les accès ? aucun renseignement ne nous est fourni sur tous ces points.
Le second exemple fourni par J. Frank est celui d’une servante chez laquelle, au moins, il nous signale des taches et des ulcères syphilitiques. Mais qu’entendil par les matières tophacées qui remplissaient l’orbite? Quoi qu’il en soit, un traitement anlisyphilitique rendit cette femme à la santé (1).
Pelargus (2), Bonnet (3), Kæmpf (4), Roeber (5), ont observé cette névrose produite par la syphilis, mais
(leurs observations manquent de détails, et plusieurs d’entre elles ne sauraient résister à une critique sévère, i II en est de même de celle de Ward (6), de Baillou (7),
(1) Traité de palholoyie interne, traduit par Bayle, t. III, p, 36.
(2) Med. Jah7'(/ànfje, 1. 11, p. 317.
(3) Sepulchr., 1. I, scct. 12, add. Obs, III.
(4) Acta Hafniæ, t. l, p. 132.
(5) Von e. Epilepsie, von vener. Knochenauswüchsen [Museunt der Heilkunde, t. IV, p. 290).
(6) Nouvelle Bibliothèque inédicale, t. VI, p. 368.
I (7) Opéra omnia, p. o2o.
468 de l’épilepsie syphilitique.
de Tissot, Sauvages, etc., et sans aller plus loin on peut dire, d’une manière générale, que la syphilis existe dans le cadre étiologique de tous les auteurs qui se sont occupés d’épilepsie ; mais lorsqu’on voit figurer sur le même rang, parmi les causes possibles de cette névrose, l’usage des lentilles et la déglutition du sang provenant de la section du filet, tout ce que les auteurs ont pu trouver enfin de plus absurde et de plus ridicule, quelle importance peut-on attacher à leurs allégations (1)?
Bonnet (2) cite l’observation de Botalus, dont nous avons parlé, puis celle de Rhodius dont voici un court résumé : « K la suite de mouvements épileptiques, des pustules parurent à la tête; il survint de la céphalalgie, et la peau devint pâle et livide, ce qui, d’après les meilleurs médecins, est un indice certain de la syphilis : tumeurs molles et blanchâtres aux cuisses et aux pieds , tous les mouvements et toutes les humeurs se portent à la tête , attaques d’épilepsie violentes , abolition de la mémoire. Le gaïac est administré avec succès; il fait disparaître les pustules et cicatrise les ulcères du gland ; mais le malade, s’étant exposé au vent pendant un orage, éprouve une rechute. Les taches au front reviennent, ainsi que la surdité et la cécité ; les membres sont pris de douleurs; les ulcères du gland reparaissent, puis les convulsions. Le malade tombe dans le coma et meurt. A l’autopsie on trouve une partie du cerveau comme gangrené, et, au milieu de cette désorganisation, l’on aperçoit trois petits corps verdâtres ayant l’aspect des tumeurs gommeuses. »
Cette observation, malgré tout ce qu’elle laisse àdé-
(1) Schenck, Observationum inedicarum liber 1, n® 21'J, Roseiistein, etc.
(2) L. 1, scct. 42, Obs. XCVII et C.
DI'] l’épilepsie syphilitique. 469
^ sirer, semble appartenir à la syphilis ; mais il ne nous ) est fourni aucun renseignement satisfaisant, soit sur la I l'orme des accès, soit sur la filiation des phénomènes I morbides; je dirai même qu’on serait presqu’en droit I de ne pas accepter sans réserve le diagnostic et les résul- I tats de la nécropsie, indiqués, et non décrits.
Arrivons enfin à des faits recueillis avec plus de I précision.
Benjamin Bell (1) cite, à la page 669 du tome II, l’observation d’un jeune homme qui, fort et bien portant jusqu’à l’âge de 14 ans, devint ensuite faible et délicat, eut des ulcères sur plusieurs parties du corps, et enfin des attaques d’épilepsie. Après qu’on eut essayé, sans succès, plusieurs médicaments, Bell reconnut la vérole; ce jeune homme avait vu une femme, à 14 ans; il contracta des chancres à la verge et eut une tumeur à l’aine. Bell, qui le vit à l’âge de 17 ans, lui ordonna des pilules bleues et des frictions mercurielles. Le ptyalisme survint trois semaines après. Les accès ne reparurent d’abord que beaucoup moins fréquemment, puis la névrose disparut tout à fait.
Plenck (2), J. G. F. Maisonneuve (3) nous donnent i aussi des exemples d’épilepsie due à la syphilis constitutionnelle.
Dans le Recueil périodique de la Société de médecine I de Paris (4) on trouve deux observations d’épilepsie, guérie par le mercure, observations que Michel Cullerier a lues â la Société.
(1) Traité de la gonorrhée et de la maladie vénérienne, tract, de Boscjuillon, 1802.
(3) Recherches et Observations sur l’épilepsie,'^. 126.
(4) T. XIV, p. 271-281.
470 UE l’épilepsie syphilitique.
Prost (1) nous fournil l’exemple suivant : Y..., tailleur, âgé de 44 ans, éprouva des symptômes vénériens, l’an 111 de la république ; il les fit traiter, et l’an IV il se maria. Peu de temps après, il lui vint beaucoup 'de boutons sur le corps, de la constipation , une expectoration abondante de matières épaisses, venant des fosses nasales et du pharynx, des étourdissements et des éblouissements. Le gosier fut affecté pendant six semaines ; puis on constata des ulcérations des fosses nasales, avec destruction de la cloison et d’une partie du nez. Les maux de tête augmentèrent aussi d’intensité, au point que quelquefois le malade paraissait fou furieux, ou imbécile. La vue était presque perdue. Le mal s’améliora un peu dans la suite, et le malade se croyait guéri, lorsque la céphalalgie revint avec des vertiges, des évanouissements et quelquefois des pertes de connaissance, pendant lesquelles il était agité de mouvements convulsifs. Tout à coup le bras gauche se paralysa ainsi que les muscles du visage du même côté; le malade fut atteint de bégayement, puis il tomba dans le coma et mourut. A l’autopsie, on trouva le cuir chevelu couvert de croûtes, et le nez presque totalement détruit. Vis-à-vis de l’union des nerfs optiques, vers la naissance des olfactifs, il y avait des duretés oblongues dont une était du volume d’un fort pois. Plus avant dans le cerveau il existait une substance semblable et de même consistance que les premières. Que de lacunes et que de desiderata dans l’histoire de ce malade !
Thomas Read (2) a publié quelques observations d'accidents cérébraux qui paraissent avoir été déterminés
(1) Medecine éclairée par V observation et l'ouverture des corps, t. II,
(2) T/ie Dublm quarterly Journal of medical science, p. 25.