‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 43 sur 61 · DE L EPILEPSIE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

DE L EPILEPSIE SYPHILITIQUE

I par la syphilis ; mais on ne trouve nulle part la justifica- I lion du titre de méningite syphilitique qu’il leur confère,

I puisqu’il n’a été fait aucune autopsie. On peut donc,

) en restant dans le domaine des faits, constater que

les accidents étaient liés à la syphilis, sans préciser à quelle altération ou lésion diathésique ils appartenaient. Quoi qu’il en soit, on trouve, dans l’article cité, une observation fort intéressante (1), intitulée : Méningite syphilitique, attaques d'épilepsie, névralgies crâniennes I intermittentes, dérangement intellectuel, pai'alysie des sphincters. Nous nous proposons de la transcrire à la fin de notre chapitre sur l’aliénation mentale, car les troubles des facultés intellectuelles sont plus importants, chez ce malade, qu’aucun autre symptôme.

Selon M. Trousseau, l’épilepsie est souvent provoquée par la syphilis, qui l’occasionne soit par des altérations matérielles, soit par deslésions inappréciables. Dans tous ces cas, l’épilepsie guérira, selon le célèbre profes- ■ seur(2).

M. Delasiauve (3) admet aussi l’épilepsie syphilitique; il dit (4) que la syphilis peut faire naître l’épilepsie, en agissant directement sur le cerveau en même temps que sur tout l’organisme, ou bien indirectement par les altérations crâniennes qu’elle produit, et qui compriment mécaniquement l’encéphale. Puis il ajoute à propos de la syphilis ; « Cette cause d’épilepsie a été de tout temps mentionnée, et est restée cependant problématique. »

Frichoffer (5) cite un cas très -intéressant d’épilepsie

(1) Observation n® III.

(2) Traité de matière médicale, t. I, p. 230.

(3) Traité sur l’épilepsie, ouvrage couronné par l’Académie.

(b) Correspondenz-Blatt, 189, cilc par Virchow.

/l72 DE LEPILEPSIE SYPHILITIQUE.

syphililique mortelle. A l’autopsie on trouva à la région de la selle lurcique des exostoses aiguës sous forme d’épines, de 2 à 3 lignes d’épaisseur.

Le docteur Yvaren a relaté, dans l’article sur l’épilepsie de son savant livre, tant de fois déjà cité, tout ce que les auteurs ont rapporté à la syphilis. Il nous donne en outre plusieurs faits remarquables, observés par luimême.

Le docteur Hildenbrand (1) admet aussi l’épilepsie syphilitique, dans l’intéressante thèse qu’il a soutenue à Strasbourg, en 1859. Nous reviendrons à ce travail à propos de l’aliénation mentale syphilitique.

La diathèse syphilitique étant, combattue par des médications qui modifient profondément toute l’économie, comment savoir avec certitude, même après la guérison, si le mal caduc était consécutif à la syphilis ou à toute autre circonstance indépendante de la vérole? Néanmoins la présomption devient presque une certitude lorsque aux antécédents syphilitiques du malade on peut ajouter la guérison par les médicaments spécifiques.

La syphilis peut-elle déterminer l’épilepsie, sans l’intermédiaire d’une altération matérielle? Bien que cela nous semble possible et même probable, les faits que nous connaissons ne nous autorisent pas à conclure dans ce sens.

Dans les observations qui suivent, on verra la syphilis mise en évidence, en tant que cause déterminante de cette névrose. Dans plusieurs cas, elle fut guérie par les spécifiques. Néanmoins, l’épilepsie est une affection si grave et parfois si tenace, qu’elle peut persister mal-

(i) De la syphilis dans ses rapports avec V aliénation mentale.

OBSERVATIONS

gré la disparition de sa première cause, lors meme qu’elle aurait été provoquée par une tumeur dont on a obtenu la résolution. Il suffit, en etîet, dans certaines circonstances, qu’un individu ait éprouvé un premier accès, pour que l’épilepsie prenne droit de domicile sur l’organisme.

C’est, du reste, ce que l’on voit ordinairement lorsque

le mal caduc a été déterminé d’une manière subite, par

l’effet immédiat d’une émotion morale vive.

Observation LXXXI. — Chano'es, céphalées, tubercules du voile du palais en 1842. — En 1849, épilepsie; iodure de potassium. — Guérison. — En 1851, récidive ; destruction du voile ; ostéite du nez. — Épilepsie. — Pas de traitement jusqu’en 1858. A cette époque, iodure de potassium. — Guérison.

Le nommé C..., berger, âgé de 36 ans, entra dans le service de M. Puche, à l’hôpital du Midi, le 15 décembre 1858. Personne, dans sa famille, n’a eu d’affections nerveuses; aucun de ses parents ne fut atteint d’épilepsie; le sujet lui-méme a joui d’une parfaite santé, jusqu’à l’âge de 22 ans. A cette époque (1842), il contracta un chancre, qui resta ouvert pendant six mois, et qui s’indura dans une étendue de la grandeur d’une pièce d’un franc. Les ganglions des aines se développèrent considérablement, mais ils ne s’abcédèrent pas. Il ne remarqua, dit-il, aucune espèce d’éruption cutanée, tant que le chancre était ouvert; mais dès qu’il fut cicatrisé, et pendant que l’induration persistait encore, il eut des accidents du côté de la gorge, des adénites cervicales et des maux de tète trèsviolents, ce qui l’obligea d’aller consulter un médecin qui prescrivit un traitement mercuriel de quatre mois. Le malade ' ignore la dose du médicament; mais il sait qu’il prit en tout ^ 200 pilules. Malgré ce traitement mercuriel, les douleurs de

' tète persistèrent; leur intensité allait môme toujours croisi sant; la gorge le faisait considérablement souffrir; des dou- I leurs nocturnes, siégeant surtout dans les membres, l’em- I péchaient de dormir; ses forces s’en allaient de jour en jour;

Dic l’éimlepsik syphilitique.

il maigrissait; il avait perdu l’appétit; et malgré tous ces symptômes, il continua jusqu’en 4849 à faire son métier de berger, sans prendre aucun soin de sa santé. A cette époque, ses violents maux de tôte étaient continus, avec exacerbations nocturnes. Insomnie opiniâtre; pas d’éruption cutanée, s’il faut en croire le malade.

En août 1849, il vint à Paris et se fit recevoir dans le service de M. Puehe. On constata la présence de tubercules ulcérés qui avaient détruit, en grande partie, le voile du palais : les boissons et les aliments revenaient par le nez, pendant la déglutition; la voix était nasonnée et désagréable; douleurs ostéocopes atroces, dans les tibias, sans exostoses apparentes; céphalées excessivement intenses; le malade était maigre, faible, pâle, cachectique. M. Puche le soumit immédiatement à l’iodure de potassium, dont la dose fut progressivement augmentée; il arriva rapidement à 125 grammes de sa solution par jour, ce qui représente 5 grammes d’iodure. Plus tard, le fer fut ajouté à ce traitement. Peu de temps après son entrée dans le service de M. Puche, et pour la première fois, selon l’assertion du malade, sans aucune émotion morale, sans aucune cause appréciable, C eut un accès épileptique. II

n’y eut point d’aura. Le malade était dans son lit, lorsque tout à coup un nuage lui obscurcit la vue, il eut un étourdissement et perdit connaissance pendant un quart d’heure environ. Des mouvements convulsifs parcouraient les diverses parties du corps; il se mordait la langue; il écornait; plus tard, les mouvements désordonnés cessèrent; C... fut plongé dans un assoupissement simulant le sommeil; après quoi, il se réveilla accablé de fatigue et sans avoir aucune conscience de ce qui venait de se passer. Depuis cette époque, pendant tout le temps de son séjour dans le service, il n’éprouva rien de semblable, ni vertiges, ni étourdissements. Tous les accidents s’améliorèrent progressivement, et six mois après son admission à l’hôpital, il ne lui l’estait plus aucune trace d’affection syphilitique, si ce n’est la destruction du voile du palais, et les accidents consécutifs qui se produisaient pendant l’acte de la déglutition. Bien que la guérison parût complète, par précaution, C... resta pendant trois mois encore à l’hôpital, en continuant toujours son traitement, dans un but prophylactique.

OnSlîRVATIONS.

Ilien ne révéla, pendant tout ce temps, l’existence de la syphilis. Il quitta rétablissement, après neuf mois de séjour, pour rentrer chez lui et reprendre ses occupations habituelles.

Pendant plus de dix mois il se porta très-bien, n’éprouvant aucune douleur, aucune manifestation syphilitique; mais au bout de ce laps de temps, les céphalalgies revinrent de plus en plus fortes; peu après, il lui survint un nouvel accès épileptique, sans autres signes précurseurs qu’une bouffée de chaleur qui lui monta rapidement à la tète, et qui fut suivie d’un sentiment de sueur. Ainsi qu’à sa première attaque, il n’y eut point d’aura épileptique. Aussitôt après cette bouffée de chaleur, il eut un étourdissement et tomba, sans connaissance, en proie à des convulsions tellement fortes que, malgré les efforts de deux de ses amis pour le maintenir, il se fit une large blessure au cuir chevelu. L’accès convulsif dura pendant vingt minutes environ ; il fut suivi d’un coma profond de trois heures, après quoi le malade se réveilla dans un tel état de prostration qu’il fut obligé de garderie lit pendantquinze jours. On le traita par les saignées et les purgatifs. Quelque temps après, il reprit de nouveau son travail. En décembre 1851, de nouveaux tubercules gommeux parurent à l’arrière-gorge ; néanmoins le malade ne fut soumis à aucun traitement antisyphilitique. Les accès épileptiques revenaient tous les trois ou quatre mois d’abord; peu à peu ils se rapprochèrent de plus en plus, de manière à se produire tous les mois. La violence de ces accès augmenta aussi progressivement; et quoique le malade ne nous donne tous ces renseignements qu’avec répugnance, en atténuant toujours l’intensité des accidents qu’il a éprouvés ou des phénomènes qu’il présente, ainsi qu’on le verra plus bas, il nous apprend qu’une fois, à la suite d’une attaque très-forte et très-prolongée , il resta trois jours sans avoir conscience de cc qui se passait autour de lui.

Les douleurs de tête continuaient toujours à le tourmenter; la gorge était toujours le siège d’un sentiment de brûlure et de gêne; les accès revenaient avec irrégularité, lorsqu’un 1855, il se déclara une tuméfaction et une suppuration des os du nez. 11 y a huit mois environ, qu’un séquestre osseux fut expulsé par les narines. Pressé enfin par ses parents, G... revint à Paris,

47G de l’épilepsie syphilitique.

et se fil recevoir de nouveau dans le service de M. Poche, salle 7, n® 12, le 15 décembre 1858. Voici l’état du malade au moment de son entrée : il est maigre, d’un jaune-paille, d’un aspect terreux, cachectique; à peine a-t-il marché un peu qu’il se sent fatigué et désire s’asseoir; l’appétit est complètement aboli; diarrhée fréquente; œdème léger des membres inférieurs; nulle part sur le corps, on ne voit de traces d’une éruption cutanée ancienne ou récente. Une cicatrice difforme, large comme la main, se voit à l’aine droite ; elle est consécutive à une brûlure, ainsi que la rétraction du petit doigt du môme côté, qui reste toujours demi-fléchi. Le nez est déformé, écrasé, aplati; on ne trouve rien autre à la surface du corps, aucune déformation, point d’exostoses. Rien aux testicules; alopécie très-prononcée, depuis seize mois. Il ne reste qu’un faible vestige de la luette, sous forme d’un tubercule médian. Toute la partie verticale du voile du palais est détruite; sur sa partie horizontale, et au voisinage de la dernière molaire droite, on trouve une ulcération transversale d’un centimètre d’étendue, irrégulière, jaunâtre. Sur la paroi postérieure du pharynx, on voit une quinzaine de tubercules ulcérés, dont les uns complètement vidés, à aspect gaufré; les autres remplis par la matière jaune, gommeuse, spéciale aux tubercules .syphilitiques; douleurs très-fortes au sommet de la tête, notamment à la, partie antérieure, au-dessus du front; elles sont continues, mais de plus, des élancements, des coups de marteau, viennent s’y ajouter de temps en temps. C’est surtout pendant la nuit que Chevilier souffre cruellement, et d’une manière non interrompue. Depuis seize mois, il est profondément sourd; pas d’écoulement par le conduit auditif. Le dernier accès épileptique s’est m.anifesté il y a cinq jours, nous dit-il.

Traitement. — lodure de potassium, solution de M. Puche, de 25 à 125 grammes; nous en avons vu plus haut la composition; c est le 1" janvier qu’il a atteint cette dernière dose.

Le 13 du môme mois, les douleurs de tête ont manifestement diminué, le malade a meilleure mine, il mange bien, se lève et se promène; mais, vers le soir, il commence à éprouver, et pour la première fois, une sorte de constriction dans les masséters, et d’embarras dans les mouvements de la mâ-

OBSERVATIONS

choire inférieure. Vers six heures du malin, il eut un accès épileptique. C... était tranquille dans son lit, lorsque tout à coup il perdit connaissance. C... nous dit que l’accès a été de courte durée; mais nous apprenons, par l’infirmier et par les voisins du malade, qu’outre l’attaque du malin qui dura près de vingt minutes, il en eut le môme jour cinq autres, depuis deux heures et demie de l’après-midi jusqu’à huit heures du soir. Aussitôt qu’il perd connaissance, il se met à crier sourdement et d’une manière continue, comme quelqu’un qu’on chercherait à étrangler. Ce cri , comparé parfois aux gémissements plaintifs d’un animal, ne dure que trois ou quatre minutes; en môme temps, tout le corps est le siège d’un tremblement général, ou bien de mouvements parfois assez violents pour précipiter le malade en bas du lit; ce qui lui arriva une fois. La commissure droite est contractée, les yeux ouverts et hagards; parfois il y a du strabisme, la face est pâle et couverte de sueur; l’accès dure pendant quinze ou vingt minutes; quelquefois le malade écume. A la suite de tous ces phénomènes, il survient un assoupissement et un sommeil calme qui dure une ou deux heures; après quoi le malade se réveille avec l’intelligence lourde et obtuse. Outre ces grandes attaques, le malade en a, pendant la nuit, de petites dont il ne s’aperçoit pas lui-même; ses voisins l’entendent de temps en temps se plaindre comme lorsqu’il a ses grands accès; souvent môme, ils le voient trembler légèrement pendant une ou deux minutes. Un soir, ils l’ont cru en proie à un rêve, et ils ont essayé de le réveiller, mais sans aucun succès. Ce n’est que quelques minutes après, qu’ils sont parvenus à se faire comprendre.

Le 22 janvier, les maux de tôle sont médiocres et supportables. Il dort bien la nuit; son état général s’améliore de plus en plus; il n’a pas eu de grands accès depuis le 15; les ulcérations du pharynx tendent vers la cicatrisation.

Le 16 février, il n’a pas eu de grands accès, depuis le 15 du mois précédent, et les petites attaques, si fréquentes auparavant, ne surviennent que tous les sept ou huit jours. La dernière a eu lieu il y a six jours ; elle a à peine duré quelques secondes, pendant lesquelles le malade était sans connaissance, et agité par de légers mouvements convulsifs; puis

de l’épilepsie syphilitique.

il est revenu à lui, sans coma, sans hébétude. Les maux de télé ont très-sensiblement diminué depuis notre dernier examen; cependant le malade s’en plaint encore. L’amélioration est également remarquable, quant aux lésions de l’arrièregorge : l’ulcère du palais est tout à fait cicatrisé; la plupart des ulcérations, consécutives aux tubercules de la paroi postérieure du pharynx, sont cicatrisées; celles qui restent sont bourgeonnantes et en train de se combler. L’état général du malade est excellent; il a acquis de l’embonpoint, des couleurs; il est gai et fort; en un mot, il y a une modification très-rapide et des plus remarquables sous l’influence du traitement ioduré.

A partir de cette époque, le malade n’a plus eu d’accès épileptique; en môme temps les lésions apparentes de la syphilis ont marché progressivement vers la guérison, qui paraissait être complète vers le mois de mai. Néanmoins il fut gardé encore à l’hôpital, et soumis au môme traitement, jusqu’aux premiers jours du mois d’août.

Réflexions. — Ce malade a déjà offert, une première fois, en 1849, des accès épileptiques en tout pareils à ceux que nous venons de décrire. Ils ont coexisté avec des accidents syphilitiques tertiaires et se sont rapidement dissipés, sous l’influence de l’iodure de potassium.

Peu de temps après la suspension du traitement, auquel le malade fut soumis pendant neuf mois à l’hôpital, et qu’il continua chez lui pendant trois autres mois, bien qu’il ne présentât depuis très-longtemps aucune manifestation diathésique, C...ade nouveau des accidents du côté de la gorge, des céphalées de plus en plus violentes, une ostéite du nez et des accès épileptiques, qui se rapprochent et s’aggravent à mesure que les autres accidents delà syphilis augmentent eux-mêmes d’intensité. Le malade est remis à l’iodure de potassium; les manifestations syphilitiques commencent à s’éteindre, les ulcéra-

DE l’épilepsir syphilitique.

(ions se cicatrisent, les céphalées diminuent d’intensité, et Tépilepsie elle-même éprouve successivement la même amélioration rapide que les autres accidents diathésiques.

I En effet, les grands accès disparaissent et les petits der viennent de plus en plus rares; puis ceux-ci mômes cest sent de se manifester, lorsque le pharynx est parlaite- I ment cicatrisé, et que les céphalées ne viennent plus I tourmenter le malade. Il est donc impossible de mécon- I naître la nature syphilitique de cette névrose. Ainsi Chevilier, grâce au traitement spécifique, paraît être encore une fois guéri de son épilepsie; mais peut-être aurat-il ultérieurement de nouvelles rechutes ; ce qui se voit ; malheureusement dans certains cas, lorsque la syphilis I s’enracine en quelque sorte, et que ses symptômes se perpétuent.

, C’est pour les faits de ce genre que nous nous som- ! mes surtout demandé si, après la guérison même de

Itous les phénomènes syphilitiques, il ne serait pas rationnel de continuer l’iodure de potassium pendant un temps plus ou moins long, et d’y revenir de temps à autre par intervalles. Car, ainsi qu’on l’a vu dans l’ohser- ^ vation du malade de M. Hérard (Observation XXI), i: une récidive peut avoir lieu lorsqu'on s’y attend le moins, It: et emporter rapidement le malade. Il faut donc bien se (J garder de se fier aux fausses apparences d’une guérison i| qui peut sembler radicale.

Il nous paraît très-probable qu’il s’est développé chez Chevilier une tumeur cérébrale qui a produit les céphalées d’abord, et plus tard les accès épileptiques. Les tumeurs syphilitiques ne commencent parfois à donner naissance à des accidents cérébraux que lorsqu’elles ont acquis un certain volume. Dès quel’iodure de potassium I a réduit leurs dimensions, les phénomènes nerveux peu-

480 rJK l’épilepsie sYPiin.TxrQUE.

vent diminuer et même disparaître; mais la tumeur i|

elle-même ne peut se résorber en totalité, d’une manière -n

aussi rapide. Aussi arrive-t-il dans ces cas quelessymp-

tômes cérébraux se reproduisent plus ou moins long-

temps après l’interruption du traitement; ce qu’on peut iç

s’expliquer en admettant que la tumeur n’a pas cessé

d’exister et qu’elle a de nouveau augmenté de volume a

sous l’influence de la diathèse persistante. j

Observation LXXXII. — Tumeurs syphilitiques gommeuses ié des méninges. — Épanchement gommeux dans la substance . cérébrale. — Nécrose des os; attaques épileptiformes. — liémi- ^ plégie incomplète. — Autopsie.

De Raoul (Émilie), 47 ans, sans profession, entre, le 8 no- i veinbre 1856, à l’hôpital Lariboisière, lit n“ 16, salle Sainte- | Mathilde, service de M. Hérard. Tempérament nerveux, irri- i table; maigreur assez prononcée; peau du visage déjà bien i ridée. Gencives pâles; pas de souffle carotidien. La menstrua- ‘( tion s’établit à 16 ans, et la ménopause a eu lieu à 30 ans, • sans cause connue. En 1849, son mari lui aurait donné la syphilis ; jusqu’alors elle avait joui d’une excellente santé. Ses ! parents, bien portants d’ailleurs, n’ont jamais eu d’affections syphilitiques. A cette époque, elle eut des chancres, aux a parties sexuelles, et, trois semaines après, un médecin cou- é sulté prescrivit un traitement interne; trois mois plus tard, t elle consulta M. Ricord. Elle eut des maux de gorge, mais I sans ulcération ; jamais de taches à la peau, ni douleurs, ni n alopécie. L’aflection du crâne commença en 1832, c’est-à- é dire trois ans après que la malade avait terminé son traitement spécifique, qu’elle suivit régulièrement, surveillée par g M. Ricord. Après huit mois de vives douleurs, il s’est formé f un abcès du cuir chevelu. Cet abcès s’est cicatrisé, il y a deux ans et demi, c’est-à-dire en 1834. A cette époque, elle suivit un traitement spécifique, sous la direction de M. Cruveilhier. Mais déjà en 18331a malade fut prise, pour la première fois, de ce qu’elle appela ses crises, dont elle cherche l’explication dans le chagrin que lui causait la mauvaise conduite de son

OBSERVATIONS

mari ; elle en a eu en tout une vingtaine. Ces onze derniers mois,

I ces accidents avaient disparu, et elle s’en croyait débarrassée ; mais ils ont recommencé à se manifester de nouveau depuis peu de temps; la dernière attaque a eu lieu trois jours avant l’admission de la malade à l’hôpital. Voici en quoi consistent

> les phénomènes qui constituent l’attaque ; la malade est avertie 1 de l’imminence de l’accès par un malaise général, et se couche, t Ordinairement elle perd connaissance ; cependant cela n’a pas ; eu lieu la dernière fois. Les yeux roulent dans leurs orbites ; la

► tête, le corps et les membres sont agités de mouvements spas- I modiques; la dernière fois pourtant, les convulsions ne se sont t manifestées que dans les yeux, la tête et le bras droit. Elle n’a I jamais eu d’écume à la bouche ; elle ne s’est jamais mordu I la langue; la durée de l’attaque est de cinq à dix minutes;

après quoi la malade ressent une fatigue, qui dure d’un quart d’heure à une demi-heure; mais, quelquefois, il reste des paralysies, qui persistent quelques jours ou un mois environ. C’est ainsi qu’elle a eu une paralysie incomplète de tout le I côté gauche, pendant quinze jours. Depuis trois mois, et à I la suite d’une attaque, le bras droit est resté semi-paralysé. A son entrée h l’hôpital, son état général est bon et sa santé ne paraît pas sérieusement compromise; expression de la face S un peu égarée, yeux hagards. La mémoire est conservée ;

J cependant il y a quelque chose de lésé du côté de l’intelli- 5 gence. Les yeux sont mobiles dans tous les sens; pupilles r petites et égales, mais peu contractiles. Face légèrement 1 déviée, commissure gauche un peu plus élevée que la droite;

’ la moitié droite de la face, un peu paralysée, paraît située sur 1 un plan inférieur. Bouche oblique de haut en bas et de gauche à droite; d’ailleurs tous les muscles de cette région peuvent se contracter, et la sensibilité y est intacte. La sensibilité tactile générale est égale dans les deux membres abdominaux, mais un peu obtuse dans le membre thoracique droit ; marche facile; mais la jambe droite est, au dire de la malade, un peu plus faible que la gauche. Le membre thoracique droit conserve ses mouvements, mais les doigts ne peuvent pas saisir un objet, ni le serrer; la main reste pendante et lléchie, comme dans la paralysie des extenseurs par cause saturnine. Sur le milieu de la voûte crânienne, mais beaucoup plus près de l’extrémité Zambaco. 31

/jg2 DE l’éi’ilepsie syphilitique.

occipitale que de la frontale, on trouve une solution de continuité des os, de la grandeur d’une pièce de 5 francs; les téguments du crâne sont, en cet endroit, amincis et adhérents aux os; il y a aussi absence de cheveux en partie. On n’y constate aucune espèce de mouvements isochrones au pouls ou à la respiration. Cette solution de continuité est couverte d’une croûte, et la malade dit que, quand on l’explore pendant longtemps, on lui détermine des crises. Les autres fonctions sont régulières : appétit bon, digestions faciles, un peu de constipation, enfin un. peu d’embarras dans la parole; pas d’adénites; crête médio-palatine peu saillante; pouls petit, régulier, à 68. On prescrit un julep, avec 1 gramme d’iodure de potassium, et de la salsepareille avec du sirop de Cuisinier.

Le 13 novembre, à onze heures du matin, elle est prise d’une attaque, avec perte de connaissance; la figure s’est horriblement contractée; pas d’écume à la bouche. Le soir, on trouve une paralysie complète du mouvement et du sentiment des membres thoracique et abdominal droits; la sensibilité est obtuse dans la moitié correspondante de la face. Le 17 au soir, on trouve la malade plongée dans un assoupissement profond. Le 20, impossibilité absolue de parler; elle remue la langue, mais elle ne peut la faire sortir de la boucbe; prostration profonde. Lavement purgatif, vésicatoire à la nuque. Le 21, môme état; mais les jours suivants, elle peut un peu parler; elle n’accuse aucune souffrance. Le 26, nouvelle attaque d’un quart d’heure, pendant laquelle R... a remué ses membres paralysés; pouls toujours à 72 environ. Le 28, coma profond, dont on ne peut la tirer. Le 30, môme état. Le 1®^ décembre, coma complet, un peu de contracture du bras droit, mais cédant aux mouvements qu’on lui imprime; légers spasmes erratiques; pupilles insensibles âla lumière; les paupières restent fermées; pouls à 130; carpbologie. Mort.

Autopsie. — La perte de substance des os du crâne s’étend à une petite profondeur; elle est remplie par une substance jaune, friable, ressemblant à de la sciure de bois; le tissu osseux du pourtour et du fond de cette solution de continuité i est éburné. A la face interne des os et à la partie correspondante à cette perte de substance, on trouve trois petites concrétions, osseuses, rugueuses et saillantes. La dure-mère a

I une teinte rougeâtre au niveau de la lésion osseuse : c’est comme s’il y avait, sous elle, un épanchement. Les méninges t adhèrent entre elles. Au niveau de la lésion osseuse se trou- V vent, de chaque côté, deux masses de la largeur d«’une pièce de f O centimes, formées par une substance jaune très-dure dépo- 8 sée à la surface interne de la dure-mère sur laquelle elles font 8 saillie. Elles dépriment les autres méninges vers la substance du î cerveau, où ces tumeurs se logent, sans pénétrer. La pie-mère i est congestionnée. L’hémisphère droit du cerveau ne présente aucune altération; mais, dans l’épaisseur des circonvolutions qui bordent la scissure de Sylvius, et au milieu de la longueur de cette dernière, on trouve une substance qui, à l’œil nu, parait être formée de pus concret, et qui ne dépasse pas les lûnites de la substance grise; cette matière s’étend sur plui sieurs circonvolutions voisines; elle est d’un gris verdâtre. Sa surface de section est lisse, sa consistance, supérieure à celle de la substance corticale environnante, qui est un peu molle et injectée. Vers le milieu du sinus longitudinal supérieur, le I toucher fait sentir un épaississement très-prononcé. On dirait que ce sinus est rempli par un caillot fibrineux dense; l’incision fait voir qu’il s’est déposé dans le sinus une matière en tout analogue à celle des tumeurs mentionnées plus haut; de sorte que ce sinus est complètement oblitéré dans une étendue de 2 centimètres. Le corps calleux, les couches optiques et les corps striés sont à l’état normal. Rien dans le bulbe, ni I dans la protubérance; rien de remarquable non plus dans les I autres organes. Au- microscope, nulle part il n’y a de pus,

I mais partout les éléments fibro-plastiques des tumeurs gom- I meusesj tels que les micrographes les décrivent (1). (Voir 1 l’anatomie pathologique.)

Réflexions. — Ce qu’il y a de remarquable chez celle malade, c’est la persistance de la diathèse syphilitique, malgré les longs traitements dirigés par les habiles maîtres auxquels cette femme s’est adressée. Il faut faire

(1) Observ. communiquée à la Société médicale d'observation, par le docteur Aviolat.

de l épilepsie syphilitique.

remarquer que dans ce cas la syphilis n’a pas été polymorphe; elle a toujours persisté dans ses manifestations cérébrales.

Trois années se sont écoulées, sans qu’aucun symptôme fît soupçonner la persistance de la maladie syphilitique, lorsque les os du crâne furent frappés de nécrose.

Le diagnostic d’une affection syphilitique posé pendant la vie a été confirmé par l’autopsie; mais on était porté à soupçonner la présence d’une exostose, à cause des attaques épileptiformes, auxquelles la malade était en proie. Comment, en effet, aurait-on pu diagnostiquer une tumeur ou plutôt un épanchement comme celui constaté à la nécropsie?

Chez cette malade, le traitement mercuriel de trois mois, ordonné par M. Ricord, a fait avorter l’explosion des symptômes secondaires.

Les accidents qui ont conduit la malade au tombeau ne furent nullement influencés par le traitement institué par le professeur Cruveilhier. Cette femme offre donc un exemple de ces cas réfractaires au mercure et à l’iodure de potassium; et il ne s’agit pas ici d’une malade qui soit arrivée à la période ultime de la vérole, à la ca-jl chexie syphilitique, avant d’être soumise au traitement spécifique. Bien loin de là, la maladie fut combattue avec vigueur, dès son début; la malade était d’une santé

générale excellente, et les médicaments ont été très-^

bien supportés; néanmoins ils sont restés sans action suij les manifestations de la syphilis.

Enfin, ainsi que nous l’avons déjà dit, dans le chapitre^ consacré à l’anatomie pathologique, celte observation nous offre un exemple fort remarquable de dépôt plastique de la syphilis dans l’encéphale , sous les deux for-

OBSERVATIONS. 485

! mes que nous avons mentionnées, savoir ; à l’état d’épanchement, d’infiltration, et a l’état de tumeurs.

M. Ch. Robin, si compétent en cette matière, a examiné ces divers produits au microscope; il a rencontré partout I les éléments tibro-plastiques, propres aux tumeurs gom- 1 meuses, et que nous avons décrits longuement à l’en- 1 droit de l’anatomie pathologique.

La manière dont les accès épileptiformes se reproduii saient chez cette femme, et les paralysies localisées qu’ils I laissaient à leur suite, affectant même les müscles de la I langue, sont autant de points intéressants de cette obser- [ vation. Quant aux paralysies fugaces qu’a présentées cette malade immédiatement après quelques attaques, I elles ne peuvent être expliquées que par l’admission i d’une congestion consécutive à l’accès lui-même, conges- I tion qui, se dissipant peu après, permettait à l’influx I nerveux d’animer de nouveau les membres, d’une ma- I nière physiologique.

) Observation LXXXIII. — Syphilis constitutionnelle. — Épilepsie. — Enfants véroles. — Mère infectée.

X..., âgé de 35 ans, marié, notaire en province, entre à ta '' Maison de santé de la rue de Lourcine, dont M. le docteur I P. Dumolel estle médecin, en juillet 1858. Sa femme donne sur lui les renseignements suivants : peu avant son mariage (1851), X... contracta la syphilis constitutionnelle ; elle ne sait, ni quel fut le traitement auquel on le soumit, ni pendant combien de temps il fut continué. Elle se rappelle seulement qu’il consistait en préparations mercurielles et que c’est M. Ricord qui l’ordonna. Quoi qu’il en soit, peu après le mariage, la syphilis fit acte de présence, non chez M. X... qui n’offrait aucune manifestation à cette époque, mais chez sa progéniture; madame X... eut un premier accouchement à terme, mais l’enfant était mort et couvert de nombreuses bulles de pemphigus. Uh second enfant fut, pendant les six semaines qui suivirent la

480 wiî: l’épilepsie syphilitique.

naissance, couvert d’ulcérations profondes, qui ont disparu u par les bains de sublimé. Il mourut au bout de deux ans. Un n

troisième enfant, qui vit encore aujourd’hui, est venu au n

monde avec des taches cuivrées ; sa nourrice fut soumise à un fi traitement spécifique. Cet enfant âgé de 3 ans et demi paraît J

bien portant aujourd’hui. Enfin un quatrième enfant, qui a e

trois mois, semble être sain. Dès sa première grossesse la | mère eut des accidents secondaires (syphilides, et plaques || muqueuses), phénomènes dont un traitement spécifique a fait f justice dans le moment. Aujourd’hui elle a une exostose de l’extrémité interne de la clavicule gauche. Avant ces trois dernières années, M. X... se soignait secrètement et sa femme ne peut donner des renseignements exacts que sur ce qu’il a éprouvé depuis cette époque. Tous les qilinze ou vingt jours, il était pris de céphalalgies intenses qui laissaient à leur suite une forte pesanteur de tête. Ces douleurs survenaient sous forme d’accès, de cinq à six heures de durée, tantôt le malin, tantôt dans la nuit. Elles étaient parfois si vives que le malade se frappait la tète contre le mur; trois de ces accès se produi- < sirent avec une telle violence que M. X... en perdit presque la raison, dans le moment. Il y a vingt mois, sans aucun prodrome, X... eut une perte de connaissance : son faciès était cadavérique, les yeux étaient agités par des mouvements convulsifs; le lendemain il ne conservait qu’un peu d’hébétude J dans le regard. Peu après, tous les phénomènes morbides se ^ sont dissipés. Depuis cette époque il n’a plus eu d’accès, mais ; il éprouvait souvent de violentes douleurs de tète ; son caractère ; devint irritable; il se mettait en colère sans motif. Anorexie, digestions difficiles.

Le 2 octobre 1858, à cinq heures du matin, X... est trouvé t dans son lit froid, immobile, inanimé; sa face est pâle, son : pouls petit et intermittent. Une demi-heure après, il revient â lui, mais il ne paraît pas avoir conscience de ce qui s’est passé; la parole est très-difficile, il laisse échapper des phrases incohérentes. Jamais avant celte époque le malade n’avait eu d’accès. Il n’avait éprouvé préalablement aucune émotion vive. Personne dans sa famille n’a présenté de phénomènes semblables. Le lendemain, à trois heures du matin, nouvel accès plus violent que le précédent, se présentant d’ailleurs avec des

OnSEUVATlONS.

caractères en tout identiques à ceux du précédent. Dans la soirée, réapparition des mômes accidents. On administre au malade du sulfate de quinine. Cet accès fut suivi, pendant une heure, de troubles dans les idées et de perte complète de la mémoire. Le jour suivant, à huit heures du matin, des phéno- ■ mènes analogues se reproduisent. Le surlendemain, nouvel ; accès, mais bien plus violent que les précédents ; il est accom-

I pagné d’un tremblement général. Pendant douze heures, le

f pouls est misérable et les battements du cœur, par instants, i difliciles à percevoir. Plus tard il survient une violente réact tion, marquée par du délire, de la fièvre et des sueurs abon- I dantes. Après une période de quelques jours, pendant laquelle i ces phénomènes diminuaient progressivement, il y eut une ; rémission complète de tous ces accidents, mais la mémoire resta profondément altérée. Deux mois après, il se manifesta, I sauf la violence , des phénomènes analogues à ceux déjà décrits. Après chaque crise la mémoire disparaissait, pour revenir plus ou moins complète au bout de dix à douze jours. Le médecin consulté, à cette époque, soupçonna l’existence de quelque lésion syphilitique et prescrivit l’iodure de potassium, à la dose de 50 centigrammes par jour.

Le 24 décembre 1858, tremblement dans le côté droit du corps, pâleur de la face, gône à la région précordiale, un peu de divagation. Le 25 janvier 1859, mômes phénomènes, qui se renouvellent plusieurs jours de suite et quelquefois à plusieurs reprisesdanslamôme journée. Le 26, après avoirprisl gramme de sulfate de quinine, M. X... a du délire; puis, il est pris d’un accès épileptiforme ; sa tôte est tournée à droite; son corps, violemment agité par des convulsions, se roidit par moments; sa figure est violacée, sa bouche écumeuse ; il y a parfois suspension des mouvements respiratoires; le pouls est plein. Lorsque M. X... revient à lui, la mémoire et l’intelligence sont très-alfaiblies; il se plaint d’une douleur à l’épaule gauche; il continue à éprouver de temps à autre des mouvements convulsifs erratiques. A cette époque M. Ilicord consulté ordonna l’iodure de potassium à la dose de 50 centigrammes à 4 grammes par jour, progressivement, dans une infusion de valériane.

Le 15 février 1859, nouvel accès épileptique; tout à coup

488 DE l’épilepsie syphilitique.

et en l’absence de toute cause occasionnelle, X... éprouve une e douleur violente à l’épaule et des spasmes dans le côté droit - J du corps ; puis il tombe sans connaissance ; ses membres se j

roidissent et sont alternativement agités de convulsions; la 'i.

face est vultueuse; il y a de l’écume à la bouche ; une suspen- js sion assez prolongée de la respiration, et paraissant dépendre ^ d’une constriclion de la glotte, fait craindre l’asphyxie. Cet ÿ état dure pendant deux minutes environ; il est suivi de réso- |

lution et de coma ; après quoi le malade semble se réveiller |

d’un profond sommeil; mais la mémoire est perdue et l’intelligence obtuse; il ne se souvient de rien absolument. Indépendamment de l’iodure de potassium, on prescrit des frictions quotidiennes, sur le rachis, avec 6 grammes d’onguent napolitain. Un mois plus tard, une amélioration visible, mais lente, commence à se manifester : les attaques s’éloignent de plus en plus et leur durée diminue d’intensité. Au mois de juin, il n’éprouvait plus que les prodromes des accès (les frémissements et la douleur dans l’épaule gauche). On ordonne, tout en continuant le traitement mentionné, dix sangsues , à l’anus.

Au 1" juillet, l’intelligence est un peu plus nette, et la mémoire paraît améliorée. M. X... n’a plus eu d’attaques épileptiques, ni de maux de tête, depuis le mois de mai. Il présente un peu d’œdème aux jambes. On ajoute au traitement mentionné 6 pilules de Blancard par jour. Le 4 du mois il |

a de nouveau un accès épileptique, moins intense que les pré- ;

cédents, mais annoncé comme ces derniers par des frémissements généraux, et par des douleurs à l’épaule. Consécutivement, l’intelligence reste troublée pendant dix jours; le 4 août, vertiges, puis pertes de connaissance. Le 16, nouvel accès ; roideur des membres, faciès cadavérique, mouvements convulsifs des yeux, contraction des masséters; le pouls est faible, mais régulier, la peau est froide. Cet accès dure cinq minutes, après quoi, le malade ouvre un instant les yeux, puis il s’endort d’un sommeil calme. A la suite de cet accès, la mémoire est restée faible pendant quinze jours environ. Vésicatoire à la nuque.

A partir du 4 août, l’état de M. X... s’améliore de plus en plus; il quitte la Maison de santé, à la fin de septembre, sans

OBSERVATIONS

avoir eu de nouvel accès, la mémoire et l’intelligence sont dans un état très-satisfaisant. Le malade se rend compte de tout; il lient une conversation avec suite et se rappelle même son état passé. Il n’éprouve plus rien dans l’épaule; point de frémissements parcourant tout le corps, plus de céphalalgie; en un mot, il n’offre aucun phénomène morhide appréciable. Il lui est conseillé de continuer son traitement chez lui.

Réflexions. — Celle observation semble nous fournir un exemple d’infection de la femme par le mari, bien qu’il ne présentât depuis longtemps d’accidents primitifs.

Les enfants de ce malade étaient, comme on l’a vu, affectés de syphilis héréditaire. Si l’on se rapporte aux renseignements qui ont été donnés par la mère à notre ami le docteur P. Dumotel, il paraîtrait que celle-ci fut infectée par l’intermédiaire du produit de la conception.

X..., n’ayant aucun membre de sa famille affecté du mal caduc, ni d’aucune maladie nerveuse, arrivé à sa trente-cinquième année, sans avoir jamais rien éprouvé du côté du système nerveux, devint épileptique, sans l’action d’aucune cause appréciable, morale ou autre, et à la suite de douleurs de tête, excessivement violentes.

X... a toujours eu des manifestations syphilitiques, depuis le moment de son mariage jusqu’au jour où l’épilepsie fit explosion. Car, ainsi que madame X... l’a dit, il se soignait toujours secrètement, sans tromper néanmoins la vigilance de sa femme. En quoi ont consisté les accidents syphilitiques qui réclamaient une médication, suivie en secret, et quels ont été les médicaments employés? c’est ce qu’il n’a pas été possible de savoir. Il paraît donc que chez ce malade la syphilis qui, à plusieurs reprises, a donné des signes de sa présence, au point de nécessiter une médication, a produit

490 iJE l’épilepsik syphilitique.

l’épilepsie, peul-être par le développement d’une tumeur

intracrânienne.

L’iodure de potassium est parvenu à éloigner les accès épileptiques, mais il n’a pu les enrayer complètement; peut-être ce résultat a-t-il été obtenu plus tard. Mais en admettant même la persistance des accès épileptiques, nous n’y trouverions pas un argument puissant pour exclure la syphilis de l’étiologie de cette épilepsie. Une tumeur organisée et datant de plusieurs années ne peut disparaître rapidement et à la suite de quelques mois de traitement; il se peut même qu’une fois organisée, elle ne puisse plus se résorber en entier; de ce que la médication spécifique n’a produit qu’un demi-succès dans ce cas, il ne s’ensuit pas que l’épilepsie n’était pas consécutive à la syphilis. Nous pensons que les accès épileptiques peuvent continuer à se répéter lors même que la lésion matérielle déterminée par la syphilis aurait disparu. L’organisme peut en effet contracter l’habitude morbide , qu’on nous passe l’expression , de les renouveler lors même que la cause première qui les a fait naître n’existe plus depuis longtemps.

C’est ce que l’on voit, lorsque cette névrose est la conséquence d’une émotion morale vive, d’une frayeur par exemple; les accès épileptiques continuent à se reproduire quoique l’action de la cause déterminante n’ait été qu’instantanée et fugace.

Observation LXXXIV. — Attaques épileptiques, amaurose et paralysie de tous les mouvements de Voeil gauche. — Hémiplégie. — Tumeurs gommeuses développées, Cune dans la couche optique, Vautre au-dessous de la protubérance . — Compression des nerfs moteurs de l’œil, à leur oi'igine. — Cicatrices de tubercules ulcérés à la poitrine et à la jambe.

Résumé, — B..., âgé de 42 ans, ouvrier en bijouterie, entre

OBSERVATIONS

à l’hôpital Sainl-Anloine, salle Saint-François, n“ 38, service de M. Hérard, le 13 novembre 1834. Constitution bonne; embonpoint médiocre, figure peu intelligente. Il répond mal aux questions qu’on lui adresse et fournit des renseignements trôsobscurs sur ses antécédents. Le père est mort on ne sait de quelle maladie. La mère vit bien portante ; B... a eu deux enfants, dont l’un est mort, peu après sa naissance. Il y a trois semaines qu’il a quitté son travail. Depuis quelque temps, il était lent et paresseux dans ses travaux. Cependant ce n’est pas la bonne volonté qui lui manquait, car il ne resta chez lui que quand sa main droite refusa de tenir les outils. Depuis ce moment il mangeait à peine, restait au lit des demijournées environ sans parler, et était devenu d’une apathie invincible. Quand il voulait marcher, il traînait la jambe droite, mais il ne se plaignait de souffrir nulle part; il n’aurait jamais eu la syphilis; il porte cependant, à la région sternale et sur la partie antérieure de la jambe gauche, cinq cicatrices cutanées, dont la forme arrondie, le fond déprimé,, la délimitation bien accusée, permettent de penser et d’admettre qu’elles résultent de la fonte de tumeurs gommeuses. Il porte une barbe longue et touffue, qui masque en partie les phénomènes de paralysie faciale, qui plus tard deviennent très-accusés. A son entrée, il marche seul ; mais il accuse de la faiblesse et des fourmillements dans tout le côté droit. Il est sans fièvre ; appétit bien conservé. Procidence de la paupière supérieure gauche; oeil fixe, immobile, amaurotique, plus saillant que le droit. Paralysie faciale droite, accusée par l’aplatissement et l’immobilité du visage du côté correspondant, la déviation à gauche de la commissure, et l’enfoncement plus accusé du sillon naso-labial gauche. Embarras, incertitude de la parole ; il comprend toutes les questions, mais les réponses se font attendre. On soupçonne l’existence d’une tumeur intracrânienne, située peut-être au fond de l’orbite, peut-être dans la paroi du sinus caverneux, et on ordonne un traitement spécifique mixte (mercure et iodure de potassium). Dans la nuit, attaque épileptique, pendant laquelle il était en proie à des mouvements désordonnés, siégeant surtout dans le côté droit; écume à la bouche et stertor. Le 18 novembre, l’engourdissement du côté droit a fait place

492 DK l’kpilepsie syphilitique.

à une hémiplégie ; l’œil gauche est recouvert complètement parla paupière supérieure ; le globe oculaire est dans une immobilité complète, qui ne peut s’expliquer que par une paralysie de tous les nerfs moteurs; pupille dilatée; cécité complète de ce côté, La sensibilité est conservée aux téguments de la face ; elle est un peu moindre sur la conjonctive gauche que sur la di’oite. La sécrétion des larmes persiste; le clignelïient existe aussi, quand on ouvre la paupière ; mais il est très-faible et s’effectue, probablement, par la seule action de l’orbiculaire. Le 2 décembre, nouvelle attaque épileptique, à la suite de laquelle l’hémiplégie droite est complète; les membres supérieurs et inférieurs tombent comme des masses inertes ; la sensibilité cutanée y est très-obtuse. Coma, carphologie, déglutition difficile. Deux ou trois fois par jour, agitation d’une heure de durée, puis coma; quelquefois, gémissements et plaintes inarticulées; œil droit en convulsion, en haut et en dehors. Le 12, faciès pâle, traits profondément altérés, aspect bizarre; l’œil droit n’est plus dans un état convulsif tonique; la tôle est invinciblement ramenée à gauche, ce qui paraît être l’effet d’une contracture des muscles cervicaux, et surtout du sterno-mastoïdien et trapèze gauches; en môme temps la respiration est presque nulle, à gauche. Il y a de l’aphonie. Le 14 décembre, le malade s’éteint, avec la figure vullueuse et les conjonctives injectées.

Autopsie. — Quatre cicatrices anciennes de la peau existent à la région sternale. Elles sont arrondies, déprimées, à contour irrégulier, d’une couleur sombre et cuivrée, résultant certainement d’une perte de substance avec ulcération. Deux autres cicatrices analogues se trouvent à la région jambière antérieure droite. Sous ces cicatrices, il se présente des noyaux durs, concrets, non enkystés, mais enveloppés immédiatement par du tissu graisseux. Ces tumeurs, dont le volume varie de celui d’un haricot à celui d’une petite noix, sont irrégulières, mamelonnées. Leur coupe offre une couleur jaune un peu cendrée, une surface un peu grenue; leur substance, malléable, s’écrase facilement et ressemble à de la graisse concrelée. Pas de traces de tubercules dans les poumons. Membranes de l’encéphale saines; injection prononcée

OnSERVATIONS.

des vaisseaux de la pie-mère. Une tumeur existe à la face inférieure de la prolubérance annulaire, dont elle occupe la moitié gauche. Elle dépasse la ligne médiane et empiète sur le côté droit. Sa surface est déprimée, inégale, grisâtre, comme ramollie, simulant une ulcération à bords renversés, inégaux, indurés, à fond d’un gris cendré un peu rougeâtre ; elle a le volume d’un œuf de pigeon. Sa face profonde n’atteint pas la paroi inférieure du quatrième ventricule. La substance cérébrale est hypérhémiée et ramollie â gauche. La tumeur a envahi le pédoncule cérébelleux moyen. Elle laisse intacte l’origine apparente du nerf facial gauche; mais elle comprime celles du pathétique, de l’auditif, du moteur oculaire externe et du trijumeau gauches; elle n’atteint pas le moteur oculaire commun. L’ablation du cerveau est faite très-attentivement, et pourtant l’origine apparente des nerfs, ci-dessus mentionnés, ne peut se retrouver au milieu des désordres ulcératifs et du ramollissement qui a envahi la face inférieure de la tumeur; mais on retrouve facilement celles du pneumo-gastrique, glosso-pharyngien et spinal, bien qu^ils aient été frappés de paralysie incomplète pendant la vie. Une seconde tumeur, moins volumineuse, plus arrondie, enveloppée, de toutes parts, par de la substance cérébrale restée saine, se trouve dans l’épaisseur de la coucheoptique gauche. Elle ne proémine dans aucun ventricule; mais elle intéresse la substance grise, ainsique la portion blanche de la couche optique.

Réflexions. — Ce qui est remarquable dans cette observation, c’est la multiplicité des lésions nerveuses. Ainsi, procidence de la paupière supérieure gauche, impossibilité de rotation de l’œil de ce même côté, en un mot, immobilité complète de l’œil.

L’exophthalmie de ce côté avait fait penser au chef de service à une tumeur du fond de l’orbite ou de la paroi du sinus caverneux, où se trouvent réunis tous les troncs nerveux dont les fonctions ne s’accomplissaient plus. Mais cette hypothèse n’expliquait ni la

494 DE l’épilepsie syphilitique.

paralysie faciale, ni l’hémiplégie droite commençante, coïncidence qui se trouvait d’ailleurs en contradiction avec les faits publiés, sous le rapport de la paralysie alterne. Les attaques épileptiformes firent plus tard placer la tumeur dans l’encéphale, nous dit M. Pillon. Ce n’est que le 18 novembre que l’hémiplégie est devenue complète. On est surpris que des lésions, qui ont dû mettre tant de temps à se produire, aient fourni des manifestations brusques, comme l’aurait fait une hémorrhagie instantanée, ouïe ramollissement aigu. Trois semaines plus tard, la fièvre, le coma, la contracture des membres paralysés, vinrent témoigner de l’existence d’une encéphalite; mais il y avait, en même temps, une aphonie, avec impossibilité de tousser, ce qui fit admettre une compression du pneurao-gastrique gauche, résultant d’une lésion siégeant près du trou déchiré postérieur. Puis, le 12 décembre, une rémission des phénomènes convulsifs se produit, la contracture du membre supérieur droit cède, mais les muscles cervicaux gauches se contracturent.

Quoique le malade eût nié l’origine syphilitique des cicatrices, il est impossible, pour quiconque a bien étudié les maladies vénériennes, de ne pas y reconnaître la forme des ulcérations tardives de la syphilis. Et sous ce rapport nous sommes heureux d’être du même avis que M. Hérard et M. Pillon. Il est vrai que l’iodure de potassium n’a pas produit d’amélioration , mais à cette période de la maladie, la plupart du temps, il n’y a rien à attendre de lui. Du reste quelle action peut-il avoir contre le ramollissement cérébral et la désorganisation de la substance encéphalique? Il est même trèsprobable que les accidents cérébraux n’ont éclaté qu’à partir du moment où ces complications sont surve-

OBSIÎUVATIONS.

nues ; car les tumeurs cérébrales n’ont pu se développer du jour au lendemain. Leur formation n’a donc pas été annoncée, dès son début, par des troubles cérébraux (1).

M. Robin, qui examina au microscope les tumeurs de ce sujet, n’a pas su à quelle classe de tissus les rapporter. Ce n’était, a-t-il dit, ni du cancer, ni du tubercule, ni de la cholestérine; elles étaient constituées comme les tumeurs gommeuses syphilitiques.

Observation LXXXV. — Syphilis constitutionnelle. — Accidents

épileptiformes. — Tournoiement de tête, avec sentiment d'être

emporté dans un tourbillon dirigé toujours en arrière.

Le 20 novembre 1850, est entré à la Maison de santé de la rue de Lourcine, X..., âgé de 35 ans, d’une constitution forte. 11 donna à notre excellent confrère et ami, le docteur Dumotel, les renseignements suivants. Il y a onze ans (en 1839), il eut deux chancres, avec induration longtemps persistante. Un traitement mercuriel, consistant en frictions d’onguent napolitain, fut suivi pendant un mois seulement, à cause d’une salivation intense qu’il avait déterminée. Deux mois après, apparition de roséole syphilitique , pour laquelle on a prescrit 2 pilules mercurielles par jour, dont le malade ne sait pas au juste la composition. Ce traitement, suivi pendant deux mois et demi, fut suspendu à cause d’une maladie intercurrente, caractérisée par de l’embarras gastrique et de l’ictère. Jusqu’en 1845, la santé de X... fut parfaite; mais à cette époque, et sans cause appréciable, il lui survint des bourdonnements d’oreilles et des éblouissements qui furent combattus, sans succès, par des sangsues appliquées à l’anus. Trois ans se sont écoulés dans l’état indiqué, lorsqu’on 1848, ces phénomènes ont augmenté considérablement d’intensité. On prescrivit de nouveau des moyens antiphlogistiques; mais le malade, s’en étant trouvé très-mal, fut soumis, quelque temps après, à l’io-

(Ij Communication du docteur Pillon à la Société médicale d’observation de Paris.

49G DE LÉriLEPSIE SYPHILITIQUE.

dure de polassiunL dont la dose fut successivement portée de à 5 grammes par jour. Ce traitement fut continué depuis le mois de janvier 1849 jusqu’au mois de juin. X... éprouva consécutivement une amélioration très-sensible, mais qui disparut quelque temps après la suspension de l’iodure de potassium. Aussi fut-il remis au môme traitement en janvier 1850.11 prit de nouveau4 grammes d’iodure parjour,étantsous la direction de M. Ricord, pendant trois mois entiers. Sous l’inlluence de cette médication, tous les accidents mentionnés ont rapidement disparu ; mais six semaines après avoir interrompu son traitement, il commença à éprouver, derechef, les mômes symptômes. Aussi, au mois de septembre 1851, il entra à la Maison de santé de la rue de Lourcine, dans l’état suivant. 11 se plaint d’éblouissements et de bourdonnements d’oreilles ; mais ce qui le tourmente surtout, et qui le préoccupe vivement, c’est ce qu’il appelle un tournoiement de tôte, dont il est pris de temps en temps; sensation qui ne dure que quelques instants, pendant lesquels il lui semble a qu’il est emporté, comme dans un tourbillon, toujours en arrière. » 11 ne peut, dans ces moments, fixer un objet sans éprouver une souffrance céphalique prononcée, et sans augmenter la durée de l’accès. Ces accidents s’accompagnent d’une appréhension de tomber, appréhension qui précède ces accès , et qui fait que le malade cherche de suite un point d’appui. Il doute aussi de la force de ses jambes, quand il veut sortir. Toutefois il n’a éprouvé ni engourdissements, ni fourmillements, ni faiblesse dans les membres; il n’éprouve aucune difficulté à saisir les corps les plus ténus; toutes les fonctions organiques s’accomplissent régulièrement. Le malade ne peut lire que quelques instants de suite; aussitôt les idées s’entre-choquent, la vue se trouble, et il est obligé de cesser.

Traitement. — Infusion de valériane miellée, avec 4 grammes d iodure de potassium par jour; application d’un vésicatoire à la nuque. — Dans l’espace de trois mois, tous les accidents cérébraux précités ont disparu; le malade n’avait plus ni ses tournoiements, ni cette faiblesse intellectuelle, qui le condamnait à l’inactivité; en un mot, il ne lui restait absolument rien. Il sortit de l’établissement, en mars 1851, dans un excellent état de santé.

OBSERVATIONS

Observation LXXXVI. — Tumeurs gommeuses du cuir chevelu. — Cane' du frontal avec destruction de l’os dans toute son épaisseur. — Accidents cérébraux. — Accès épileptiformes, puis comateux. — Guérison par Viodure de potassium .

Le 23 juin 1836, est entrée dans le service de M. Nélaton, à la Clinique, la nommée H..,, ûgée de 40 ans, couturière. Ses père et mère ont une excellente santé, et, au dire de la malade, ils n’ont jamais eu la syphilis ; jamais, à sa connaissance, elle n’a été atteinte par 1a vérole. Elle n’a jamais rien offert de scrofuleux. Il y a huit mois, sans aucune maladie préalable, il s’est montré une tumeur à la région sincipitale; quelques jours après, une deuxième à la région frontale, sur la ligne médiane ; puis d’autres assez nombreuses. Toutes étaient douloureuses, surtout pendant que la malade était couchée. Il y a deux mois, la malade a perdu connaissance, à deux différentes reprises, et à quelques jours de distance; elle tomba par terre, elle eut des mouvements convulsifs ; sa face violacée était parcourue par des spasmes, déterminant des grimaces; puis elle est revenue à elle-même, sans avoir aucune conscience de tout ce qui s’était passé. Un médecin, consulté, lui ordonna de l’iodure de potassium, à la dose de 50 centigrammes par jour.

A son entrée à la Clinique, elle est dans l’état suivant : teinte cachectique; constitution délabrée. Il existe sur le frontal une ulcération grisâtre; l’os y est perforé, et rugueux tout autour. Un stylet, introduit, pénètre profondément. Il ne rencontre pas la table interne de l’os, mais il s’appuie sur quelque chose de dépressible; il résulte de cette exploration que le frontal est détruit dans toute son épaisseur. Sur plusieurs autres parties du cuir chevelu, il y a des ulcérations jaunâtres, plus ou moins étendues, paraissant dépendre de 1a fonte des gommes; mais les os ne sont pas atteints. A la région pariétale droite, il existe une tumeur molle fluctuante. 'L’intelligence et la mémoire sont faibles et altérées; depuis quelques jours, la malade éprouve des douleurs encéphaliques, frontales, siégeant derrière la perforation de l’os. Ces douleurs produisent une exaltation précédée d’une bouffée de chaleur.

Pendant son séjour à l’hôpilal, elle eut une perte de connaissance qui dura cinq minutes; cette attaque n’était pas

Zambaco.

498 de l’épilepsie syphilitique.

accompagnée de convulsions. Pas de lièvre; l’appétit est bon.

M. Nélaton, se basant sur la marche et les caractères des , lésions osseuses et cutanées, diagnostique une affection syphi- ^ litique, et ordonne l’iodure de potassium à la dose de 50 centigrammes, et progressivement jusqu’à 2 grammes par jour.

Sous l’influence de ce traitement, la tumeur pariétale a disparu, les ulcérations du cuir chevelu se sont cicatrisées, l’ulcération frontale s’est rétrécie, en se couvrant de bourgeons charnus; les douleurs de tête nocturnes ont disparu; toute espèce d’accident cérébral s’est dissipé, et la malade quitta l’hôpital, dans un état très-satisfaisant, à la fin de juillet. Il lui fut conseillé de continuer son traitement pendant quatre mois encore.

Réflexioîis. — Chez cette malade, on ne saurait avoir le moindre doute pour ce qui concerne l’existence de la syphilis constitutionnelle. Mais, à quoi doivent être attribués les accidents cérébraux, ces attaques épileptiformes auxquelles, plus tard, ont succédé des accès co- ' mateux ?

11 est évident que la cause prochaine de ces accidents 1 nous échappe, et que nous ne pouvons nous livrer, à cet égard, qu’à des suppositions plus ou moins probables.

La destruction du frontal dans toute son épaisseur suffit pour nous expliquer la production des troubles cérébraux, soit par la présence d’un fragment osseux, irritant les méninges, soit par l’influence exercée sur les méninges et sur la matière cérébrale, par le voisinage de f l’altération osseuse. 11 n’est donc point nécessaire, pour é expliquer les phénomènes nerveux survenus chez cette 1 femme, d’admettre l’existence d’une lésion siégeant dans n l’intérieur du crâne.

La rapidité avec laquelle ces troubles encéphaliques se sont dissipés fournit un puissant appui à l’opinion t que nous émettons ici, en rejetant comme peu probable à

DE l’épilepsie syphilitique.

I la présence d’iine tumeur organisée dans le crâne et j agissant sur l’encéphale. D’ailleurs la malade n’ayant ^ présenté ni fièvre ni aucun signe persistant de phlegmasie, on ne peut admettre l’existence ni d’une encépha- I lite ni d’une méningite.

A propos de celte observation, nous citerons, quoique très-incoinplétement, le fait suivant, que nous devons à l’extrême obligeance de M. le docteur Lasègue.

Il y a quelques années, ce maître, aussi aimable qu’ér rudit, a été appelé auprès d’un malade d’une constitu-

i lion robuste , d’une excellente santé habituelle, qui a été >1 pris subitement, et à la suite de céphalées nocturnes vio-

ii lentes, de troubles du côté de la vision. Ce malade voyait, en effet, des mouches, puis des taches qui dispa-

I raissaient et revenaient en se modifiant de mille manières.

‘ Peu après, la vue se troublant de plus en plus, le ma- ^ lade devint complètement aveugle, en même temps qu’il k' fut plongé dans un état comateux profond. Cet ensemble il de phénomènes graves, développés d’une manière Irès-ra- V pide et ne ressemblant spécialement à aucune affection ! encéphalique franche, non accompagnée d’ailleurs de [! mouvement fébrile, ni précédée, au préalable, d’attaque ji apoplectiforme, inspira les plus grandes craintes sur l’aveii nir du malade, et obligea le praticien distingué de sus- ) pendre son diagnostic et de rester, jusqu’à nouvel ordre, ti dans l’incertitude, quant à la nature de 1 affection qu il avait à combattre. Quelques jours après, M. le professeur ' Trousseau fut appelé en consultation. En désespoir de cause, et frappés surtout de la marche bizarre de cette aflection qui ne présentait, ni les signes d’un ramollissement cérébral, ni ceux d une apoplexie, qui n offrait en un mot, aucune réunion de phénomènes révélant l’existence d’une maladie classique, tenant aussi comple

500 DE l’épilepsie syphilitique.

de la brusque explosion de ces troubles si graves, mm. Trousseau et Lasègue ont soupçonné la syphilis. Ce malade ne portait, à la vérité, dans ce moment-là, aucune manifestation syphilitique ; mais il avait eu des signes certains de la vérole quelques années auparavant. Ce qui a fait surtout penser à la syphilis, c’était l’altération rapide et profonde de la constitution de ce malade survenue dans l’espace de quelques jours seulement. En effet, X... perdit ses forces rapidement; il est devenu pâle, jaune, cachectique, en même temps qu’il éprouvait des céphalées nocturnes très-intenses. Le calomel fut administré pendant trois jours, à dose fractionnée. Dès que la salivation mercurielle est survenue, le malade fut mis à l’iodure de potassium. L’état de X. .. s’améliora comme par enchantement, et, chose presque incroyable ! huit jours après l’institution du traitement, le malade a recouvré sa connaissance qu’il a toujours conservée sans être en proie à des accès d’aucun genre. Les céphalées se sont dissipées, et plus tard les troubles visuels euxmêmès ont disparu. Deux mois de médication ont suffi pour rétablir complètement la santé de ce malade, au point de lui permettre de reprendre ses fonctions d’employé au chemin de fer d’Orléans.

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