QUE LA SYPHILIS PEUT PRODUIRE
Nous avons déjà insisté sur les troubles intellectuels qui peuvent exister en même temps que cette forme de paralysie générale syphilitique, dont nous avons parlé dans un des précédents chapitres. Mais en outre, la syphilis semble pouvoir déterminer parfois des hallucinations, des accès de manie furieuse et 'd’hypocondrie. Il s’agit seulement de s’expliquer sur le mode de production de ces différents états. £a présence de la vérole peut, en affectant vivement l’imagination, par la triste perspective des accidents graves, auxquels elle expose ses victimes, occasionner une lypémanie profonde. Dans ce cas, l’inquiétude morale paraît être la cause principale de l’altération intellectuelle, et la maladie peut éclater sans qu’il y ait généralisation du virus, c’est-à-dire viciation du sang, en d’autres termes sans qu’il y ait diathèse syphilitique. Les troubles intellectuels sont parfois uniquement provoqués par la crainte d’être infecté ou bien par le désespoir de voir dévoilé un secret qui compromet, pour toujours, les relations sociales les plus chères et les plus intimes.
Un de nos savants aliénistes, M. Baillarger, nous a raconté l’histoire curieuse d’un homme appartenant à une classe élevée de la société. Marié à une jeune femme, et père de deux enfants, il contracta, dans un moment d’écart, un chancre du prépuce; le malade, ayant lui-même quelques connaissances médicales, se soigna avec du mercure, sans avoir recours à un médecin; malgré le traitement, le chancre s’indura. X... était constamment en proie à une vive et juste inquiétude, entretenue par la crainte d’infecter sa famille ou de voir son secret découvert. Sous l’influence de cette agitation morale soutenue , il éclata chez lui un accès de lypé-
manie des plus violentes et dont la guérison ne fut obtenue que très-difficilement.
Ainsi la syphilis constitutionnelle détermine, chez les individus d’une grande mobilité nerveuse, un état de tristesse qui peut aller jusqu’aux dernières limites de la mélancolie. Mornes et silencieux, ces malades refusent toute espèce de distraction et vivent dans la plus grande solitude ; "constamment occupés de leur état présent et de leur avenir, ils s’examinent sans cesse, dans la crainte de nouvelles manifestations. Pour la moindre rougeur, ou le plus petit bouton, ils courent demander avis sur la gravité de ce nouveau symptôme; et telle est parfois leur exaltation que si leur médecin cherche à les rassurer, ils vont jusqu’à douter de sa sincérité ou de l’exactitude de son diagnostic. C’est alors que la perversion de leur esprit les livre à mains et pieds liés à l’exploitation des charlatans. Souvent ils cherchent des conseils et une règle de conduite dans quelques livres que certains médecins consacrent aux gens du monde; grâce à ces lectures, ils finissent par découvrir, chez eux, chacun des symptômes dépeints dans ces funestes écrits. Malheur à eux surtout s’ils apprennent que les manifestations syphilitiques sont sujettes à récidive et que certains médecins, placés à la tête de la science, considèrent la syphilis comme incurable. La lypémanie peut se déclarer dans ces conditions, et une fois l’intelligence de ces malades profondément ébranlée , il n’est pas rare que cette perversion s écarte de son sujet primitif et qu’ils divaguent sur d’autres questions que la vérole. Cependant dans ces circonstances même, et lorsque la diathèse syphilitique existe, un traitement spécifique , en dissipant les signes apparents de la vérole, contribue à