‹ Des affections nerveuses syphilitiquesChapitre 6 sur 61 · CE QU’ON DOIT ENTENDRE PAU AFFECTIONS NERVEUSES SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

CE QU’ON DOIT ENTENDRE PAU AFFECTIONS NERVEUSES SYPHILITIQUES

On désigne communément sous le nom général d’affections nerveuses, une classe distincte de maladies plus ou moins dissemblables entre elles sous le rapport des phénomènes C]ui les constituent, mais ayant ceci de commun, que leurs symptômes dénotent un état morbide du système nerveux lésé,» soit comme appareil incitateur des mouvements, soit comme centre des perceptions, soit enfin comme organe engendrant l’intelligence. Dans l’immense majorité des cas il ne nous est pas donné de saisir la relation immédiate de cause à effet, les lésions anatomiques qui déterminent les perversions du système nerveux; de telle façon que ses affections paraissent souvent être occasionnées par une perturbation fonctionnelle, par un trouble dynamique plutôt que par une lésion matérielle appréciable par nos sens. C’est ainsi que dans les maladies purement nerveuses, telles que le tétanos, l’hystérie, la chorée, l’épilepsie, l’aliénation mentale, etc. , on ne peut trouver, malgré les recherches les plus minu- Zambaco. t

lieuses, aucune lésion anatomique spéciale, particulière à chacune de ces affections, comme on est heureux d’en rencontrer, d’une manière presque constante, dans les autres maladies du cadre nosologique.

Si, dans des cas rares et exceptionnels, on a trouvé une lésion des tubercules quadrijumeaux dans la chorée, une injection ou un ramollissement de la moelle dans le tétanos, quelque tumeur comprimant la masse cérébrale et donnant lieu à des attaques d’épilepsie, si même on a constaté des modifications anatomiques accompagnant les troubles de l’intellect, nous n’en savons pas moins aujourd’hui que la nécropsie ne nous fournit généralement, dans toutes ces affections, que des [signes, à peu près négatifs, ou bien quelques modifications de structure tellement légères, tellement minimes, qu’on les considère comme un effet de l’attaque plutôt que comme l’origine de la maladie.

Non-seulement ces affections ne sont pas toujours liées à une altération des tissus, mais encore les lésions qu’on a cru leur appartenir en propre se rencontrent sur le cadavre sans que l’on ait assisté, pendant la vie, aux troubles fonctionnels qu'elles sembleraient devoir occasionner.

Aussi la plupart des auteurs admettent-ils que dans les affections nerveuses il n’y a pas de lésion organique appréciable. Ce qui fait qu’ils les désignent souvent sous la dénomination d’affections sine materia, et que quelquesuns d’entre eux ne classent pas dans le même cadre nosologique les maladies qui, tout en ressemblant aux névroses par leurs manifestations symptomatiques, en diffèrent pourtant par la présence de lésions matérielles. Lorsque, par exemple, une tumeur de l’encéphale ou de ses enveloppes donne naissance à des attaques en tout pareilles à celles du haut mal, ils ne disent pas

qu’il y a épilepsie, mais des attaques épilepliformes.

Est-il rationnel de seinder ainsi les maladies et de séparer des faits (pii présentent entre eux d’aussi grandes analogies? L’observation clinique ne démontre-t-elle pas tous les jours que chez certains malades, offrant tous les symptômes classiques d’une véritable épilepsie, la cause des accès peut être une tumeur de l’encéphale, ainsi que nous en avons nous-même observé plusieurs exemples? Si d’ailleurs les épilepsies symptomatiques présentent quelques irrégularités dans l’enchaînement des phénomènes de l’accès, ne voit- on pas des irrégularités presque aussi frappantes se manifester dans V épilepsie idiopathique? Et depuis le simple vertige, jusqu’à cet ensemble effrayant de phénomènes qui constitue l’accès épileptique complet, ne voyons-nous pas une multitude d’états intermédiaires caractérisés chacun par quelques-uns des symptômes classiques du haut mal, sans qu’aucun cependant de ces états présente cette succession régulière de phénomènes qu’on voit se dérouler dans l’accès-type de l’épilepsie? N’est-ce pas là ce qui se produit dans la majorité des cas?

Grâce aux progrès incessants de l’anatomie pathologique, on voit tous les jours le cadre des affections dites essentielles se restreindre de plus en plus. Ne serait-il donc pas permis de penser que, si dans un petit nombre de maladies les lésions physiques nous échappent complètement, cela lient à l’imperfection de nos moyens d’investigation?

Il est incontestable que depuis la grande impulsion imprimée aux études médicales par l’immortel Morgagni, le nombre des maladies purement fonctionnelles a considérablement diminué, et que Laennec et ses disciples, dotant la science de nouveanx moyens d’exploration, ont eu la gloire de constater des lésions matérielles dans

plusieurs maladies du thorax considérées jusqu’alors comme dynamiques. Mais , quoique les anato-mopathologistes soient parvenus à nous révéler les altérations qui caractérisent un grand nombre d’affections au Irefois dites essentielles, il est évident que dans la majorité des maladies nerveuses rien n’est venu expliquer, quant à présent, les troubles fonctionnels observés pendant la vie.

Nous pouvons annoncer ici que les recherches nécessitées pour ce travail nous ont conduit à diminuer le nombre des affections essentielles ou purement nerveuses.

L’amaurose et l’amblyopie, que la syphilis détermine malheureusement trop souvent, sont considérées comme des affections purement nerveuses, toutes les fois qu’elles ne sont pas consécutives à la compression par une tumeur, soit du nerf optique, soit de la partie correspondante de l’encéphale. Or, il résulte de nos observations, contrôlées par les médecins dont nous citerons les noms en temps et lieu, que ces affections sont presque toujours liées à une lésion anatomique des parties constituantes de l’œil.

On le voit donc, à chaque instant les affections nerveuses essentielles tendent à se confondre avec celles qui résultent d’une altération organique.

Aussi nous semble-t-il que la question posée par V Académie comprend l’élude de toutes les affections dont le système nerveux peut être le siège sous l influence de la diathèse syphilitique; c’est dans cet esprit qu’a été conçu notre travail.

Les aliénistes les plus distingués, soit parmi les contemporains, soit parmi leurs devanciers, loin de repousser la corrélation qui existe parfois entre des lésions matérielles et des troubles cérébraux, accueillent avec empressement tous les faits de cette nature, et les recherchent même avec le plus vif intérêt.

Selon Bayle (1), le délire aigu et la folie se rattacheraient à l’inflammation de l’arachnoïde. Une opinion semblable est émise par Lallemand (2) et M. Calmeil (3).

Georget insiste sur les altérations de la substance grise chez les aliénés.

MM. Mitivié, Foville et Pinel-Grandchamp ont également dirigé leurs recherches dans ce sens.

Le docteur Davidson, médecin de l’asile de Lancaster, R rencontré sur plus de deux cents aliénés des lésions du cerveau et de ses organes (4).

M. Ellis (o) rapporte plusieurs cas de folie amenée par des causes traumatiques suivies de lésions matérielles de l’encéphale ou de ses enveloppes.

M. Félix Voisin (6) rattache la folie aux lésions cérébrales et méningiennes.

M. Delasiauve (7) admet trois variétés de cette grande névrose, qu’il divise en idiopathique, en sympathique et en symptomatique d’une lésion de l’encéphale.

Ferrus a professé que lorsqu’il existe des lésions anatomiques, elles suffisent pour expliquer l’aliénation mentale.

Les savants auteurs du Dictionnaire de médecine (8); donnent aux mots, affections nerveuses, la même signification que nous; d’après MM. Littré et Robin, on doit comprendre sous cette dénomination générale toutes les maladies qui peuvent atteindre le système nerveux.

(1) Maladies mentales, 1826.

(2) liecherches analomico-jnilholor/iques sur l’encéphale. Il® lettre.

(3) 'l ! ailé des maladies injlanunatoires du cerveau. Piwis, 1859.

(i) Parchappe, liecherches sur l’encéphale, 2“ Mémoire.

(5) Traité d aliénation mentale.

(6) Des causes morales et physùiues des maladies mentales.

(7) Traité de l'épilepsie. Pai is, 1854.

(8) Dictionnaire de médecine, 1 1® édition. Paris, 1858.

Eiilin, Joseph Frank s’exprime comme il suit (1) :Les "" inflammations, les lophiis, les exostoses, les caries osseuses de nature vénérienne, attaquant le cerveau, la moelle ou les nerfs, produisent fréquemment des maladies nerveuses.

On voit donc, par ce qui précède, que nous ne sommes pas le seul à soutenir une thèse semblable. J’espère, du reste, qu’il sera clairement démontré, dans le cours de ce travail, que la syphilis paraît rarement déterminer des accidents nerveux sans modifier les tissus de nos organes; ce^qui ne veut point dire que nous niions d’une manière absolue l’existence des maladies purement nerveuses. Bien loin de là, le lecteur trouvera même dans cet ouvrage des arguments puissants en faveur de l’opinion que je ne combats ici qu’autant que les faits m’y autorisent.

(1) Pathologie interne, l. II, p. 461.

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