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CHAPITRE II

DE LA DIATnÉSE SYPHILITIQUE.

Le mot diathèse, pris dans sa plus grande acception, a été diversement envisagé par les auteurs. Les uns, tenant compte de son étymologie, Siaôecjiç, la considèrent comme une disposition particulière de l’économie à contracter telle ou telle maladie ; pour eux, diathèse serait synonyme d’aptitude; les autres, avec Galien, la font dériver de StaxeïaQat se trouver, se porter et la définissent : une manière d’être particulière pendant la santé et pendant la maladie. Il y aurait ainsi autant de diathèses, qu’il y a d’états morbides et de variétés individuelles dans l’état physiologique.

Fort heureusement cette interprétation si confuse du mot diathèse est complètement tombée en désuétude.

Il s’en faut de beaucoup cependant que, de nos jours même, les médecins soient unanimes sur ce qu’on doit entendre par le mot diathèse; neanmoins, tous^’accordent pour le réserver aux maladies générales qui fournissent, simultanément ou successivement, des signes de leur existence sur difïérentes parties de l’économie; signes en tout semblables entre eux ou de même nature, et dépendant d’une seule et même cause.

Il faut donc nécessairement que l’économie tout entière ait subi une influence morbide et que ses parties

constituantes se trouvent dans une disposition telle que, sous l’action d’une cause tout à fait secondaire et souvent en l’absence de toute espèce d’occasion sensible, elles manifestent leur manière d’être et présentent des phénomènes en rapport avec la modification éprouvée par l’organisation dans son ensemble.

Parmi les nombreuses diathèses acceptées par les médecins, les unes sont innées, les autres sont acquises, et quelques-unes peuvent même reconnaître l’une et l’autre origine. C’est ce qui se voit dans la syphilis que certains individus reçoivent de leurs parents, que d’autres contractent par contagion.

Il y a donc dans la diathèse syphilitique, dont nous nous occuperons exclusivement, deux points principaux que l’on doit toujours chercher à mettre en lumière, ce sont : l’origine, le point de départ de l’infection ; puis et surtout, la présence d’un état constitutionnel dù à l’absorption, à la généralisation du virus; état constitutionnel dont l’existence est prouvée par la présence de manifestations multiples qui éclatent sur différents points du corps. A ce propos, il nous est impossible de passer sous silence l’opinion d’un médecin célèbre, de Cliomel, qui exclut la syphilis du nombre des maladies diathésiques (1).

M. le professeur Grisolle (2) paraît admettre cette manière de voir. Il objecte aux partisans d’un avis contraire, que la syphilis, locale à son début, ne se généralise que par l’infection consécutive de l’économie; ce qui n’a jamais lieu pour les véritables diathèses qui semblent être dès leur naissance des alTections générales. Cet

(1) Pathologie' générale.

(*2) Des diathèses, Ihèsc de concours.

auteur définit la diathèse : la répétition ou la dissémination de lésions, souvent diverses en apparence,^ mais identiques quant à leur nature, ejfectuée en vertu d'une force intérieure.

L’Académie de médecine acceptant avec nous la diathèse syphilitique, nous n’avons pas à insister davantage sur ce point; mais qu’il nous soit permis de dire en terminant que la syphilis constitutionnelle offre tous les attributs des maladies dialhésiques : manifestations diverses en apparence, mais identiques quant à leur nature; possibilité, je dirai même fréquence, de récidives spontanées par l’effet toujours persistant d’une cause première, et enfin transmissibilité par voie d’hérédité.

Découvrir le point de départ, la porte d’entrée de la syphilis n’est pas toujours chose facile; et sans aller trèsloin , on verra en lisant nos observations que, chez quelques-uns de nos malades, présentant une succession de symptômes qui trahissaient de la manière la plus manifeste l’existence de la diathèse syphilitique, il nous a été impossible d’arriver à la source de la maladie, malgré l’interrogatoire le plus scrupuleux, malgré la bonne foi, du moins apparente, des malades qui semblaient douter eux-mêmes de la réalité de leur infection.

Ces faits, heureusement rares, eu égard au nombre considérable de malades affectés de la vérole , mais assez fréquents encore pour embarrasser quelquefois le médecin, ne peuvent être interprétés que de deux façons.

Les malades peu attentifs ont laissé passer inaperçu un léger accident primitif, ainsi que ses premières conséquences; ou bien la syphilis est héréditaire, inhérente au germe fécondant ou contractée dans le sein maternel. Des faits de ce genre se trouvent consignés dans notre mémoire.

10 DlATIlfeSE SYPHILITIQUE.

Sans nous écarter de notre sujet, nous nous résumerons en disant que la connaissance de l’accident primitif est certainement du plus grand secours pour arriver à la constatation de la diathèse; néanmoins, cet accident passe parfois inaperçu; ce qui ne doit nullement empêcher le médecin de déclarer que le malade soumis à son observation est en proie à la diathèse syphilitique, à la syphilis constitutionnelle, s’il a déjà eu des manifestations antérieures, ou bien s’il présente, au moment même de l’examen, des signes évidents de la vérole.

L’existence de la diathèse sera recherchée et établie à propos de chacun des faits qui serviront de base à ce travail. Ce n’est qu’à cette condition que nos observations pourront être utiles et probantes; car, de ce qu’un homme a eu un accident primitif vénérien, il ne s'ensuit pas qu’il sera fatalement atteint de syphilis constitutionnelle. Pour qu’il y ait diathèse, il faut nécessairement que l’économie soit sous l’influence d’une affection générale qui , latente quelquefois et n’attendant pour se manifester qu’une occasion favorable, engendre souvent et sans provocation sensible, des troubles, des lésions ou des productions morbides de nature identique.

Dans l’importante appréciation de la diathèse, on doit constamment tenir compte du tempérament du malade, de sa constitution et même de son individualité. Tous ces renseignements sont indispensables pour expliquer les variétés si nombreuses d’intensité de cette alîection, sa persistance désespérante dans un grand nombre de cas, et enfin le choix de ses victimes ; car, ainsi qu’on l’a si bien dit, n'a pas la vérole ({ui veut.

A. Ucs principaux sij^iies de la diathèse sypliilititiuc.

La diathèse syphilitique consistant en une modification de l’organisriie annonce ordinairement son existence par des phénomènes généraux : ainsi, trois mois environ après l’accident primitif, le malade éprouve des symptômes qui indiquent que, d’affection locale qu’elle était d’abord, la syphilis a envahi toute la constitution et qu’elle a infecté la masse du sang.

En évaluant à trois mois la période d’incubation de la diathèse syphilitique, nous exprimons ce qui se passe chez l’immense majorité des individus; mais nous avons vu cette incubation n’être que de cinq semaines, ou bien se prolonger considérablement dans certains cas exceptionnels. Pour bien apprécier sa durée, il faut rechercher, si c’est possible, l’époque du coït infectant.

Les symptômes qui se présentent les premiers dans la syphilis constitutionnelle sont : un état général de faiblesse et de lassitude, des douleurs erratiques de plus en plus intenses et siégeant surtout à la tête, aux membres, et quelquefois aux lombes; de légers troubles des fonctions digestives ; parfois un mouvement fébrile peu prononcé, et d’autres troubles analogues sur lesquels il est inutile d’insister ici.

Une chose très-importante à signaler, c’est l’énorme diversité qui existe chez les différents malades quant à l’intensité et à la combinaison de ces symptômes : certains individus sont forcés de garder le lit et se croient sous l’influence d’une fièvre éruptive ou d’une autre maladie grave; d’autres laissent passer sans inquiétude un ensemble de phénomènes dont la bénignité les a à peine impressionnés. Ce n’est que lorsque le médecin attire leur

attention sur ce point qu’ils lui font part de ce qu’ils éprouvent, ou bien de ce qu’ils ont éprouvé.

Bientôt après les accidents généraux, ou même conjointement avec eux, des manifestations diathésiques s’observent du côté de la peau et des muqueuses. Ce sont des exanthèmes (roséole, papules, etc.) ordinairement sans démangeaison, qui disparaissent spontanément après une durée plus ou moins longue de dix, quinze jours, quelquefois plus, quelquefois moins, pour faire place à des éruptions un peu plus profondes, de nature pustuleuse. D’ailleurs cette succession de symptômes pourrait bien n’être qu’une transformation in süu.

Mais avant que la peau ne présente ces indices de la diathèse syphilitique, le système lymphatique a déjà témoigné de sa participation à ce trouble général de l’économie, et fourni la preuve la plus manifeste de la généralisation du mal. Les ganglions situés dans la sphère d’action de l’accident primilifontcommencé hientôtàsedéveloppermorbidement; car ils ont ressenti les premiers l’action délétère du poison. On dirait qu’ils ont voulu par leur engorgement opposer un obstacle à la circulation lymphatique etpar conséquent à la propagation du mal, à l’absorption du virus.

Mais bientôt le sang, charriant pour ainsi dire le principe virulent, modifie la plupart des organes.

Les ganglions lymphatiques des diverses régions, ceux du cou principalement, nous fournissent par leur engorgement, et souvent en V absence de toute éruplion voisine, un symptôme de première importance pour le diagnostic de la syphilis constitutionnelle, nous voulons dire de la diathèse syphilitique.

Les muqueuses offrent aussi leur contingent séméiologique ; leur injection capillaire et les plaques muqueuses situées sur divers points de leur étendue, souvent au voi-

sillage de leur continuité avec le tégument externe, viennent ajouter aux preuves de l’institution de la diathèse.

Des douleurs rhumatoïdes préarticulaires , souvent à exacerbations nocturnes, des céphalées plus ou moins intenses, des névralgies siégeant sur le trajet de divers troncs nerveux se font sentir en même temps. Enfin les cheveux peuvent tomber avec plus ou moins d’abondance.

Voilà, en quelques mots, les caractères auxquels la diathèse syphilitique peut être reconnue à son début et lorsque la maladie n'a pas été influencée par un traitement hydrargyrique plus ou moins prolongé, plus ou moins complet.

Il y a donc une distinction capitale à établir entre les malades qui sont vierges de tout traitement ou qui ont été soumis à une dose de médicaments insignifiante pour leur individualité, et ceux qui, ayant suivi une médication régulière, ont vu sous son influence diminuer, puis disparaître, pendant un certain temps, les divers symptômes diathésiques dont nous venons de parler. Nous étudierons séparément ces deux catégories :

r Marche de la maladie non influencée parles spécifiques. — Lorsque la diathèse n'a subi l'aetion d'aucune médieation spéeifique, soit que le malade n'ait point été soumis aux mercuriaux, soit que la dose des médicaments ait été insuffisante pour influencer la marche de l'affection, deux cas peuvent se présenter :

A. Après un laps de temps variable, les manifestations secondaires disparaissent spontanément pour revenir quelques semaines, quelques mois plus tard, avec la môme bénignité ou avec une intensité et une ténacité plus grandes. Le malade peut n’avoir conservé dans cet intervalle que quelques douleurs de tête plus ou moins fortes,

qu’un peu de faiblesse générale. Il peut même n’avoir oflert aucune espèce de symptômes dialhésiques ;

B. Ou bien, et c’est là le cas le plus fréquent, les manifestations syphilitiques deviennent de plus en plus graves : la peau se couvre de pustules de plus en plus nombreuses et profondes; l’ecthyma, le rupia, les syphilides tuberculeuses se succèdent; des tumeurs gommeuses apparaissent sur divers points de l’économie ; le périoste et les os deviennent le siège de douleurs plus ou moins intenses; des exostoses s’organisent; des céphalées intenses tourmentent le malade qui est devenu maigre et jaune; ses digestions sont pénibles; son appétit, presque nul. En un mot, toute l’organisation est profondément ébranlée et le moral éprouve de la manière la plus évidente l’influence que le physique exerce toujours sur lui.

Dans la première période de la diathèse syphilitique on observe déjà quelques accidents nerveux; ce sont des névralgies, des douleurs vagues, de la céphalalgie et d’autres affections que nous décrirons plus lard.

Mais hâtons-nous de faire une restriction des plus importantes. Tous les malades ne sont pas ainsi influencés par la diathèse. Bon nombre d’entre eux conservent leur embonpoint, et tous les caractères de la meilleure santé sans présenter aucun des phénomènes que nous venons d’énumérer.

C’est souvent à la troisième période de la diathèse, lorsque la charpente de l’organisme est envahie par la syphilis, lorsque le virus a déposé ses produits plastiques jusque dans l’épaisseur des viscères, c’est alors surtout que l’on peut observer la présence des affections du système nerveux développées primitivement par une lésion propre à ce système, ou consécutivement, par l’extension d’une altération voisine.

Les affections cérébrales, telles que tumeurs gommeuses du cerveau, épanchement gommeux de la substance cérébrale, les paralysies diverses, etc,, s’observent à cette troisième période de la diathèse.

C’est dans cette même période que les yeux sont souvent pris; je ne parle pas de l’iritis, mais des affections désignées.sousyes noms d’amblyopie et d’amaurose, et que nous verrons, dans toutes nos observations, être consécutives à une lésion de la rétine, de la choroïde ou du corps vitré ; lésion très-distincte à la vue et que nous avons pu même dessiner à l’aide de l’ophthalmoscope.

2" Marche de la maladie influencée par les spécifiques. — Les spécifiques déjà employés ont dissipé pendant un certain temps les symptômes de la syphilis constitutionnelle.

Il est rare de nos jours de rencontrer un malade of-, frant des accidents secondaires tardifs ou tertiaires sans qu’il ait déjà été soumis à un traitement mercuriel ; et telle est l’influence des spécifiques sur la marche de la syphilis, qu’un traitement de quelques jours seulement et le plus irrégulièrement suivi pourrait suffire, dans certains cas, rares il est vrai, pour dissiper les manifestations syphilitiques et pour rendre la diathèse latente pendant des années. C’est ainsi que vingt jours de traitement, chez un de nos malades, auraient retardé de six ans 1 explosion des accidents syphilitiques et que dans l’observation publiée dans l'Union médicale du 20 janvier i 859, la diathèse serait restée dans l’état d’inaction complète pendant quarante-deux ans environ. M. Ricord nous donne aussi (1) des exemples de perturbation

(1) Clinique iconogmphifjue. Pài-is, 1851.

et de retard dans l’évolution des accidents syphilitiques, perturbation causée par un traitement mercuriel de courte durée.

Dans certains cas malheureusement trop fréquents, le traitement spécifique ne produit pour tout résultat que l’éloignement de la réapparition des accidents syphilitiques, bien que la maladie ait été combattue de la manière la plus méthodique par l’administration des mercuriaux pendant trois, quatre et même six mois, et bien qu’on n’ait cessé la médication que longtemps après la disparition complète de tous les accidents diathésiques. Dans ces cas, malgré la puissance du traitement prolongé dans un but prophylactique, la diathèse reste à l’état latent, prête à faire explosion avec des phénomènes d’autant plus compliqués et insidieux qu’elle sera plus ancienne et qu’elle aura récidivé un plus petit nombre de fois.

Chez quelques malades, sujets à ces récidives désespérantes, on est parfois témoin d’un fait très-remarquable et que nous devons mentionner; c’est toujours sur la même partie de leur corps que les symptômes morbides se reproduisent de préférence ; c’est là que la maladie se porte plutôt qu’ailleurs. Il serait à désirer que cette tendance de la diathèse à frapper sur un point unique se rencontrât chez tous les syphilitiques. Dans ces cas heureux, dès le premier instant de leur rechute, les malades expérimentés peuvent reconnaître eux-mêmes la nature syphilitique du mal.

Mais, chez la plupart des malades, l’expression diathésique n’affecte aucune régularité quant au choix de son siège ; parfois même les manifestations de la syphilis finissent par devenir tellement obscures et insidieuses qu’elles sont facilement méconnaissables et assez

souvent méconnues par la généralité des médecins.

C’est dans ce dernier cas que le diagnostic est extrêmement difficile et quelquefois impossible, si l’on n’a pas une connaissance approfondie des antécédents du malade. On est déjà en droit de soupçonner chez lui l’existence de la diathèse lorsqu’en passant en revue son état de santé antérieur, on y trouve des explosions répétées d’accidents syphilitiques, combattues chaque fois avec succès et néanmoins chaque fois reproduites. La question se trouve ainsi simplifiée et le problème pourra bientôt se résoudre par l’étude attentive du malade, par l’examen des symptômes offerts au moment même de l’interrogation, et enfin par les résultats obtenus parla médication spécifique. C’est ainsi que des symptômes concomitants incontestablement syphilitiques viennent parfois éclairer le médecin lorsque, par exemple, il se trouve en face d’un accident grave qui doit tout d’abord attirer son attention pour arracher le malade à une mort imminente.

Ainsi chez la jeune fille hémiplégique, la nature de l’affectionne fut reconnue que grâce à la présence d’une syphilide tuberculeuse et d’une syphilide maculeuse du cou, symptômes qui ont de loin éveillé l’attention (l).Ghez un malade affecté d’un tic douloureux de la face, l’existence simultanée de tubercules de la langue et d’une tumeur gommeuse à la main fut d’un immense secours pour reconnaître sans retard l’origine et la nature de cette terrible névralgie. Nous croyons inutile de multiplier ici ces exemples, que l’on trouvera d’ailleurs en grand nombre dans le courant de cet ouvrage.

Il résulte de ce qui précède, que lorsque chez un

(1) Voyez Observation XXVII.

Za.miïaco.

malade affecté d’un accident nerveux quelconque , on rencontre en même temps, soit du côté de la peau, soit dans une autre partie du corps, des symptômes facilement appréciables et portant l’empreinte de la vérole, on a de puissantes raisons pour soupçonner l’action de la diathèse. Néanmoins on n’est pas autorisé à conclure de ce fait seul, que l’accident nerveux découle certainement de la syphilis. 11 est très concevable qu’un homme puisse avoir tout à la fois une exostose du tibia et un foyer apoplectique occasionnant une hémiplégie, indépendamment de la diathèse syphilitique.

Cependant, si le malade était jeune, comme les sujets de plusieurs de nos observations, si ses antécédents héréditaires ne le prédisposaient pas aux affections encéphaliques, etc., si en un mot aucune cause probante, en dehors de la syphilis, ne pouvait être invoquée pour expliquer la production delà maladie ; si, d’ailleurs, il éprouvait des douleurs nocturnes limitées à une partie de la tête et coïncidant avec des douleurs ostéocopes des membres, on aurait les plus grandes probabilités en faveur de la nature syphilitique de la maladie encéphalique. Ces probabilités seront puissamment corroborées par la rareté de l’hémorrhagie cérébrale avant la trentième année et par la fréquence relative de l’hémiplégie chez les jeunes individus qui se trouvent sous le coup de la diathèse syphilitique.

Mais pour réduire à leur juste valeur les divers arguments qui précèdent, et pour montrer clairement combien sont grandes les difficultés que l’on rencontre lorsqu’il s’agit d’asseoir un diagnostic au lit du malade, on doit se rappeler d’une part que l’hémorrhagie cérébrale éclate souvent sans prodromes et sous l’infiuence de causes qui nous échappent, et d’autre part que les paralysies encé-

plialiqiies de la syphilis n’étant pas habituellement consécutives à des exostoses, leur invasion n’est pas escortée parles phénomènes qui accompagnent ces lésions. Aussi y a-t-il parfois une telle uniformité, une telle similitude entre la paralysie encéphalique indépendante de la syphilis et celle déterminée par cette affection, qu’il est du devoir du clinicien de différer et d’attendre pour se prononcer. Ces importantes restrictions étant faites, le médecin qui se trouve en face d’un cas de ce genre, doit rechercher un terme de comparaison dans l’étude des faits analogues. Il y a en effet dans la science, et l’on trouvera consignées dans cet ouvrage, des observations fort remarquables de paralysies encéphaliques, avec lésions syphilitiques évidentes, constatées à l’autopsie; nous possédons en outre, fort heureusement, des exemples de paralysies syphilitiques entièrement dissipées, grâce aux antidotes habilement maniés.

Les rapports symptomatiques qui existent entre les faits éclairés par les nécropsies et ceux dans lesquels la guérison a été obtenue par les spécifiques, doivent donc nous permettre de poser un diagnostic aussi approximatif que possible dans des cas semblables et d’une aussi grande difficulté.

Et pourtant ce n’est pas encore dans ces cas qu’il est le plus difficile de prouver la participation active de la diathèse syphilitique. Parfois les preuves matérielles manquant absolument, les renseignements seuls nous autorisent à diagnostiquer la nature syphilitique de l’affection, sans que l’on puisse démontrer par l’étal présent du malade que la diathèse existe.

G est dans ces circonstances graves et délicates (pie I expérience personnelle et le tact médical suppléent à 1 imperfection de nos investigations et à l’absence de tout

signe caractéristique. L’indication la plus minime, un renseignement muet pour bien d’autres suffit souvent pour éclairer le praticien dont l’intuition se trouve corroborée par l’expérience.

Nous aurons l’occasion de citer des faits dans lesquels les heureux résultats de la médication spécifique sont venus donner raison à un diagnostic fort hasardé au premier abord.

Jl n’existait pas, à la vérité, chez ces malades, de preuves visibles de l’activité de la syphilis ; mais à diverses époques antérieures ils en avaient éprouvé des manifestations que n’avaient pu prévenir les traitements prolongés et complets en apparence, auxquels ils avaient été soumis. On peut donc en conclure que chez eux la diathèse non anéantie restait toujours à l’état latent, pour manifester sa présence aussitôt que le traitement spécifique avait cessé d’influencer l’organisme. Tous ces soupçons d’ailleurs et ces probabilités peuvent se convertir en certitudes, ainsi que nous l’avons dit, lorsqu’on compare ces malades, qui offrent des lésions de nature obscure et incertaine, à d’autres qui en présentent de semblables, déterminées certainement par la syphilis dont ils portent les empreintes profondes. Mais, la plus grande probabilité en faveur du diagnostic dont nous parlons, c’est la rapidité avec laquelle le traitement spécifique a amené chez nos malades d’abord une amélioration remarquable, puis une guérison complète.

Nous arrivons maintenant à une nouvelle et dernière pierre de touche qui nous aide à établir, a jjosteriori, l’existence de la diathèse syphilitique.

Quel est le degré d’importance que l’on doit accorder aux effets du traitement dans le genre d’affections qui nous occupe, lorsque l’on veut appliquer le célèbre

aphorisme : Naliiram morboriim oslendunt curationes ?

Pour essayer de répondre à cette proposition, on doit préalablement élucider deux questions offrant le plus haut intérêt, lorsqu’il s’agit d’admettre ou de rejeter la présence de la diathèse syphilitique.

a. Le traitement spéci/îqne giiérit-il toujours la syphilis, ou du moins en fait-il constamment disparaître les manifestations?

b. La médication spécifique {iodée et mercurielle) ne guérit-elle pas ou n influence-t-elle pas heureusement d'autres maladies que la syphilis constitutionnelle?

11 suffit de s’être livré pendant un certain temps à des études spéciales sur la vérole pour acquérir la conviction que les symptômes diathésiques de la syphilis offrent une bénignité ou une violence et une ténacité très-variables selon les individus; rien cependant ne peut nous faire présumer les raisons de cette diversité incontestable des expressions de la diathèse.

Il est généralement vrai que les malades d’un tempérament lymphatique et d’une santé détériorée opposent une faible résistance aux ravages de la syphilis, quelquefois galopante chez eux, en dépit du meilleur traitement institué de très-bonne heure.

Onvoitnéanmoins des individus sanguins et d’uneexcellente constitution être en proie aux plus graves manifestations syphilitiques qui envahissent de plusen plus l’organisme, malgré les doses considérables de médicaments spécifiques, auxquelles on est arrivé successivement, pour arrêter les progrès rapides de l’afièction. C’est ainsi que 1 été dernier un de nos malades fut soumis à une médication hydrargyriquc pendant quatre mois entiers, sans

que celle-ci ait pu arrêter la marche des ulcérations profondes siégeant sur les deux amygdales. Le prolo-iodure de mercure a été d’abord employé jusqu’à la dose de 30cenligramm.es par jour. Plus lard, la liqueur de Van Swieten fut prescrite et portée successivement jusqu’à la dose de 80 grammes par jour, en môme temps que le malade était soumis à deux fumigations cinabrées par semaine. Malgré ce traitement si énergique, continué pendant quatre mois, nous n’avons pu parvenir à arrêter le moins du monde la destruction progressive des amygdales. Il s’agissait d’un jeune homme de 27 ans, sanguin, frais et robuste, jouissant d’une excellente santé et ne présentant d’ailleurs aucun des attributs du tempérament lymphatique. Les toniques et les amers, ajoutés au traitement spécifique, bien qu’il n’y eût pas indication, n’amenèrent non plus aucun résultat favorable.

Enfin , 8 grammes d’onguent napolitain employés chaque jour en onctions sur la peau produisirent, dans V espace d'une semaine, un léger ptyalisme. L'amélioration des ulcères de la gorge fut constatée à dater de ce jour.

Chez ce jeune homme, que nous avons soigné sous la direction de notre bien-aimé maître, M. Ricord, le traitement a enfin triomphé de la maladie ; mais il y a des malades chez lesquels rien n’empêche la marche prôgressive de l'affection. C'est ce qu'on voit surtout, quand la diathèse a atteint son maximum de développement et qu'il y a cachexie syphilitique. Cette remarque est également applicable à la syphilis galopante. A ce propos, nous citerons l’iiisloire d’un jeune malade de l’hôpital du Midi (service de M. Ricord), dont voici le résumé succinct :

Agé de 26 ans, lymphatique, mais d’une excellente santé anlérieure, il n’avait jamais eu aucune affection sérieuse, lorsqu’i/i/ a six mois il contracta un chancre du

prépuce. Dès le vingtième jour de l’apparition de l’ulcération, le malade fut soumis au proto-iodure de mercure dont la dose fut d’abord de dix, puis de quinze centigrammes par jour. X pâlit, maigrit et s’affaiblit

progressivement. Malgré les toniques employés conjointement avec les spécifiques, les manifestations de la syphilis devenaient de plus en plus graves et profondes ; des syphilides pustuleuses ont couvert la peau dans presque toute son étendue, et persistèrent en s'aggravant malgré le traitement ; de sorte que, en janvier 1859, six mois seulement après le début du chancre, le malade était dans un état effrayant, qui inspirait les plus vives inquiétudes. En effet, il avait toute la surface du corps envahie par des lücères p^'ofonds couverts de croûtes brunes, larges par places, et de la forme du rupia en d’autres endroits. Les mercuriaux, Viodure de potassium, la liqueur de Fowler, les toniques, les iodés, rien napu améliorer son état, ni empêcher les idcérations de s'étendre en surface et en profondeur. Il a fallu plus tard instituer un traitement exclusivement tonique de plus de trois mois, pour fortifier la constitution si rapidement délabrée par l’influence de la vérole chez ce malade. Ce n’est qu’après cet espace de temps que le mercure fut repris avec succès, et qu’il finit par se rendre maître de l’affection, après deux mois de traitement. C’est surtout lorsque des productions plastiques , des gommes par ■exemple, siègent dans la substance cérébrale même, que le traitement spécifique peut facilement échouer; aussi arrive-t-il dans ces cas qu’on ne puisse nullement atténuer la violence des phénomènes encéphaliques, et que les spécifiques restent impuissants contre des accidents incontestablement sy[)hili tiques.

jNous verrons que chez l’un de nos malades le traite-

ment mixte fit bien disparaître la syphilide tuberculeuse de la peau, mais qu’il n’amena aucune amélioration quant à la paralysie. Ce n’est pas là une raison suffisante pour conclure que l’affection cérébrale n’était pas de nature syphilitique ; et l’autopsie nous a bien prouvé l’identité d’origine de tous ces accidents, en nous montrant une véritable gomme du cerveau, au milieu d’un ramollissement de la substance cérébrale. On comprend, en effet, qu’une tumeur gommeuse puisse produire, par son séjour au milieu de la substance de l’encéphale, un ramollissement qui, n’étant nullement influencé par le traitement spécifique, finisse par conduire le malade au tombeau, lors même que toutes les manifestations externes de la syphilis auront disparu, grâce à la médication.

Il résulte de ce qui précède, et des exemples analogues que nous n’aurions pu multiplier ici sans dépasser les limites que nous nous sommes assignées dans cet article déjà trop long, que des manifestations morbides, dépendant incontestablement de la syphilis ou déterminées par ses produits, peuvent résister au traitement spécifique, sans qu’on soit en droit d’en inférer que la diathèse est étrangère à l’affection du système nerveux, par cela seul que les (roubles de ce système ont persisté malgré la médication antisyphilitique.

La médication anlisyphilitique 71' influence-t-elle jms heureusement d’autres maladies que la syphilis constitutio7i7ielle ?

Le mercure guérit certainement d’autres maladies que la vérole. 11 suffisait aux anciens et surtout à Baillou, qu’un accident quelconque fût guéri ou amélioré jiar le mercure pour qu’ils proclamassent sa nature syphilitique. On est quelquefois d’autant plus étonné des résultats heureux dont cet auteur se félicite, qu’il le voyait réussir

contre des accidents que le mercure aggrave de nos jours bien loin de les améliorer; telles sont les ostéites et les exostoses suppurées.

Quoi qu’il en soit, le mercure peut être employé avec succès dans une foule de maladies ; et sans parler de la péritonite et du phlegmon diffus, n’y a-t-on pas recours d’une manière générale toutes les fois qu’on désire combattre des accidents phlegmasiques, ou qu’on se propose d’obtenir la résolution d’un engorgement quelconque?

Enfin, dans les affections de l’encéphale même n’administre-t-on pas les divers sels de mercure, soit comme altérants, soit pour déterminer une dérivation sur le tube digestif?

Il ne serait donc pas rationnel ^ absolument parlant, de conclure à V existence de la diathèse syphilitique par cela seul quun accident aura disparu sous V influence de la médication hydrargyrique. Mais, si des antécédents certains plaident en faveur de la présence de l’état diathésique, si l’affection qu’on a à combattre présente les symptômes, la marche, le caractère des manifestations de la vérole, si la syphilis soupçonnée recule en même temps devant l’emploi des médicaments spécifiques, on peut tirer parti de ce résultat de la médication pour multiplier le nombre des probabilités en faveur de la présence de la diathèse; probabilités dont la somme conduit alors à la certitude.

Lorsque chez un malade ayant déjà présenté des signes certains delà vérole constitutionnelle, il se développe plus tard quelques accidents nerveux, analogues à ceux qui ont éclaté chez d’autres individus par l’effet certain de la syphilis, lorsque enfin le traitement spécifique parvient à dissiper ces accidents nerveux soupçonnés syphililiques, on est en droit de penser, ayant pour soi les plus grandes

apparences de raison , que la diathèse n'avait trahi sa présence que par une seule manifestation, ce qui arrive principalement quand la syphilis est d'ancienne date.

On voit, d’après ce qui précède, que lorsque dans une affection nerveuse il s’agit de déclarer que la cause déterminante est la diathèse syphilitique,' on doit s' enquérir surtout du passé du malade, examiner son état présent, afin de reehereher les manifestations syphilitiques concomitantes, comparer ce malade à d’autres évidemment syphilitiques, et enfin interroger le traitement qui peut confirmer en dernier lieu le diagnostic probable. On conçoit que, dans certains cas, la tâche du médecin soit ren- , due extrêmement difficile; en effet, lorsqu’il ne veut pas s’appuyer sur des apparences peu concluantes, il est à se demander, après la radiation même de l’affection nerveuse, si elle était réellement déterminée par la syphilis.

B. De la <liatliè§e syphilitique héréditaire.

La diathèse héréditaire se révèle à l’observateur par un ensemble de symptômes qui, dans l’immense majorité des cas, la font reconnaître dès la naissance; mais il n’en est pas toujours ainsi; l’enfant peut naître avec le germe de la vérole, et, chose remarquable, celle-ci reste parfois à l’état latent jusqu’à l’âge de deux, de trois, de douze i mois et même davantage, ainsi que nous en avons vu des exemples.

Voici cependant les signes ordinaires auxquels on reconnaît la diathèse syphilitique héréditaire : l’enfant vient au monde couvert de taches et d’ulcérations, affecté d’une rhinite spécifique, souvent privé de cils et de sourcils; la peau est luisante, le derme épaissi et endurci par

places; des plaques muqueuses, des taches ou plutôt une coloration bistre recouvre une grande partie de la peau. Les ongles sont mous et en partie détruits; la voûte et le voile du palais plus ou moins compromis, etc.; le corps est grêle et peu développé, enfin Tenfant naît le plus généralement avant terme. On sait en effet que l’accouchement prématuré est souvent la conséquence de l’existence de la diathèse syphilitique chez les parents. Aussi voit-on des femmes avoir une série de fausses couches jusqu’à ce que le parent vérolé (habituellement le père) ait été soumis à un traitement antisyphilitique, quoiqu’il n’ait offert depuis nombre d’années aucun signe apparent de la diathèse. Voici un exemple curieux de la ténacité de la diathèse chez le progéniteur, sans qu’aucun symptôme appréciable en ait fait pressentir la puissance.

Observation I. — Père ayant contracté la syphilis en 1849; un traitement mercuriel de trois mois dissipe les accidents constitutionnels. Aucune manifestation n’est survenue depuis cette époque. En 18oS il se marie; la femme avorte une première fois à six mois; elle présenta des signes d'infection pendant cette grossesse. Deuxième avortement à sept mois ; troisième fausse couche au commencement du neuvième mois. Enfin accouchement à terme d’un enfant qui trois jours après sa naissance offre des manifestations syphilitiques auxquelles il succombe au quarantième jour.

Monsieur X... est âgé de 40 ans; d’une bonne santé habituelle, il n’a jamais eu aucune maladie sérieuse qui mît sa vie en danger; il n’offre aucun des attributs du tempérament lymphatique.

En 1840, 1845 et 1846, il eut des urétrites qui ont été guéries par les balsamiques et par des injections astringentes. Ces blennorrhagies n’ont été accompagnées ni suivies d’aucun sym])tôme dénotant chez M. X... une modification constitutionnelle.

En 1847, il eut un chancre sur la partie gauche du gland,

accompagné d’une adénite inguinale du môme côté; le bubon fut ouvert par le bistouri. Le chancre dura pendant trois mois environ ; le malade se trouve dans l’impossibilité de nous dire s’il était induré; un traitement hydragyrique de deux mois fut ordonné par un médecin et scrupuleusement suivi par M. X... Le malade ne peut nous renseigner, ni sur la dose du médicament, ni sur la préparation employée ; quoi qu’il en soit, aucun signe diathésique ne se manifesta à la suite de cette ulcération vénérienne.

En 1849, X... contracte, 'un nouveau chancre siégeant sur le prépuce ; ce chancre dure un mois environ, n’est pas accompagné d’adénite suppurée et se cicatrise sans que le malade ait constaté une induration persistante. Pendant la durée du chancre, X... est soumis à un traitement mercuriel ; trentecinq jours après que cette médication fut suspendue, il survient chez le malade des phénomènes annonçant l’infection de l’économie, douleurs préarticulaires, éruption boutonneuse du cuir chevelu, roséole syphilitique, plaques muqueuses de la gorge, etc.

,M. X... est remis au mercure pendant trois mois. Toutes les manifestations diathésiques disparaissent avec rapidité, et malade et médecin croient avoir frappé le mal dans sa racine, et l’avoir éteint à tout jamais; le fait est qu’aucun symptôme apparent n’est venu depuis démentir leurs prévisions ; M. X... est un homme très-attentif, et il affirme n’avoir jamais remarqué chez lui aucun signe physique de l’infection ; il n’a éprouvé non plus aucun symptôme physiologique pouvant être rattaché à la syphilis; aussi contracte-t-il mariage en 1855, après avoir de nouveau consulté des médecins pour l’acquit de sa conscience. Sa dame, charmante personne de 18 ans, bien constituée, bien conformée et d’une santé parfaite, esttrès-bien réglée depuis l’âge de 15 ans. A peine mariée, elle devient enceinte. Sa santé continue â être excellente pendant la grossesse; mais au sixième mois, sans aucun accident préalable, sans aucune cause connue, elle avorte d’un enfant dont l’e.xamen n’a pas été fait. Déjà quelque temps avant la fausse couche on avait remarqué chez madame X... une éru])lion siégeant à la paume de la main de chaque côté. Cette éruption, qui a duré plusieurs mois, était accompagnée de desquamation de

l’épulerme et laissait à sa suite de larges plaques livides et plus lard cuivrées. A la môme époque des rougeurs plus ou moins étendues, sans sensation douloureuse, siégeaient au palais et à l’arrière- gorge ; ce sont là les seuls renseignements que nous ayons pu recueillir en interrogeant très-attentivement les époux X.... aucune importance ne fut attachée à ces éruptions. Depuis celte époque aucun autre syiTiptôme ne [fut constaté chez Madame X... qui ne fut soumise à aucune médication.

M. X... exaiuiné à plusieurs reprises par des hommes de l’art a toujours été trouvé sain et sauf de tout signe syphilitique. Deux mois après l’avortement seconde conception; madame conserve son embonpoint et son excellente santé ; mais arrivée à la fin du septième mois de sa grossesse, elle est prise des douleurs de l’enfantement et avorte de nouveau sans qu’elle puisse attribuer l’événement à quoi que ce soit; l’enfant était déjà mort plusieurs jours avant son expulsion ; il n’a point été examiné, pas plus que le délivre. C’était en février 1837.

En août 1838, nouvelle grossesse qui marche normalement jusqu’à la fin du neuvième mois. A cette époque, et tout à coup, madame ne sent plus les mouvements du fœtus ; l’enfant est mort et expulsé quatre jours après ; pas plus que les précédents, il n’attira l’attention des assistants et ne fut soumis . à aucun examen. Les suites de couche se passent normalement, et cinq mois après l’accouchement, madame devient de nouveau enceinte et pour la quatrième fois. La grossesse s’écoule dans les meilleures circonstances et atteint cette foisci son terme physiologique; madame accouche d’un magnitique garçon bien développé et paraissant réunir toutes les conditions de santé et de vie. Mais à peine arrivé au troisième jour de son existence, il est pris d’un coryza intense ; la paume des mains et les plantes des pieds se desquamment après le soulèvement de leur épiderme sous forme de phlyctènes; la poitrine se couvre également de taches livides et d ampoules de pemphigus; les médecins constatent des ulcérations sur les muqueuses nasale et buccale; l’enfant jaunit, maigrit, dépérit, refuse enfin le sein de sa nourrice qui, soit dit en passant, ne parait avoir rien contracté, et succombe au quarantième jour. Les médecins avaient diagnostiqué lasyphilis héréditaiie, et néanmoins ils n’avaient pas jugé à jiropos d’in-

slituer une médication spécifique dont ils craignaient les fâcheux résultats chez un enfant en si has âge.

C’est alors pour la première fois que les soupçons deM. X... furent éveillés sur la véritable cause de ces avortements successifs; aussi vient-il nous consulter avec sa dame. L’examen le plus attentif et le plus complet ne fait constater chez lui aucun symptôme diathésique, physique ou rationnel; du reste, ainsi que nous l’avons déjà dit, il n'en a présenté aucun depuis 1849. Toutes les fonctions s’accomplissent normalement chez lui. Il en est de môme de madame qui conserve toute sa fraîcheur et toute sa beauté.

Cependant, malgré l’absence de tout symptôme diathésique chez les époux X,.., bien que M. X... n’en ait présenté aucun depuis onze ans, ses antécédents syphilitiques, cette suite de fausses couches dont la cause ne pouvait être rattachée à aucune circonstance appréciable, les accidents que madame a offerts pendant la première grossesse, et en dernier lieu les stigmates franchement syphilitiques constatés chez le dernier enfant, toutes ces données réunies nous ont autorisé à admettre que la cause occulte de la mort des enfants devrait être recherchée dans un empoisonnement du germe par la diathèse syphilitique persistante chez le géniteur à l’état de puissance.*

Nos maîtres MM. Paul Dubois et Ricord, appelés'en consultation, ont confirmé de toute leur autorité ce diagnostic rationnel; en conséquence, les époux X... furent soumis à un traitement mixte pendant six mois entiers (mercure et iodure de potassium).

Cette observation renferme une foule de précieux renseignemenls dont je ne veux examiner que les plus remarquables. La diathèse syphilitique peut donc rester inactive pendant nombre d’années chez le père et se transmettre à ses produits sans faire de nouveau explosion chez lui. — Quelque temps après la première conception madame X... a présenté des symptômes qui paraissent devoir être attribués à une transmission de l’affection syphilitique. Cependant M. X ne portait

DIATHÈSE SYPHILITIQUE HÉRÉDITAIHE.

aucune trace d’atTection syphilitique, ni sur les organes génitaux, ni ailleurs; la grave et importante question qui se présente ici est la suivante ; Quel a été le mode de transmission de la maladie du mari à la femme? seraitce par l’intermédiaire du produit de la conception ? — A mesure que les grossesses se répétaient, la diathèse, perdant en quelque sorte de sa forme par ces transmissions successives aux germes fécondés, permettait à ceux-ci de se développer de plus en plus; de telle manière que le dernier enfant naquit à terme et vivant, tandis que ses aînés avaient succombé à une époque de plus en plus voisine de la conception.

En effet les autres enfants ont été tués avant que les manifestations diathésiques n’aient eu le temps de se produire ; tandis que le poison affaibli par ses transmissions répétées, s’il est permis de s’exprimer ainsi, n’a déterminé la mort chez le dernier enfant que beaucoup plus tard; la vie a pu se prolonger jusques après la naissance. Les symptômes de la syphilis héréditaire se sont manifestés quelques jours après l’accouchement, ain^i que cela a lieu dans la grande majorité des cas.

Cette observation nous prouve de la manière la plus évidente que le médecin ne doit jamais affirmer qu’un homme est à l’avenir à l’abri de nouvelles manifestations syphilitiquesetqu il procréera des enfants sains, lors même queplusieursannées se seraient écoulées depuis ladisparition des accidents constitutionnels et que l’individu n’offrirait àl examen le plus attentif aucun indice de l’actitivité de la diathèse. Quelque décourageante que puisse être cette assertion, nous devons l’êmetlre comme l’expression de la vérité; et pour mon compte je possède trois autres observations qui m’autorisent à conclure dans le même sens que la précédente.

DhS.THÈSE SYPHILITIQUE.

Aussi, lorsqu’un médecin est consulté pour des avortements répétés, que de circonspection et que de prudence ne doit-il pas déployer dans ses réponses ! Aos connaissances sont bien incomplètes relativement aux lois qui régissent la syphilis héréditaire. L’expérience pourtant nous enseigne que c’est là une des causes fréquentes d’avortement.

En effet, si dans l’observation qui précède, le dernier enfant ne venait révéler par des preuves physiques incontestables, l’existence de la diathèse syphilitique, comment serait-on arrivé à soupçonner la véritable cause de la mort prématurée de ses aînés? Sur quelles probabilités se serait-on fondé pour incriminer la syphilis à laquelle le nom de larvée est si applicable dans ces • circonstances ? Comment débrouiller, dans l’obscure étiologie de l’avortement, la véritable cause qui l’a déterminé, lorsque plusieurs femmes, en dehors de tout antécédent syphilitique, sont fatalement condamnées, et sous l’influence de circonstances qui nous échappent, à ne jamais mener à terme le produit de la conception ; tandis que d’un autre côté l’existence de la diathèse syphilitique chez les géniteurs n’est pas toujours, tant s’en faut, une cause de mort du fœtus dans le sein maternel ?

Pour compléter cette observation, nous devons ajouter que madame X... est redevenue enceinte après avoir suivi régulièrement son traitement, ainsi que M. X..., pendant six mois. La grossesse s’est très-bien terminée par l’accouchement à terme d’un enfant du sexe masculin, bien développé, vivant, et qui n’a présenté jusqu'à présent (17 septembre 1801), aucun signe qui fasse soupçonner chez lui l’existence de la syphilis, quoiqu’il ait aujourd’hui deux mois passés.

M. Paul Dubois a vu des femmes enceintes, offi-ant des '

signes cerlaiiis de syphilis coiistiUilionnelle, ne pas la transmettre à leurs enfants. Cela prouverait-il que dans l’hérédité le père joue un rôle bien plus important que la mère? des travaux très-remarquables tendent à établir le contraire (1).

Des pères syphilitiques peuvent procréer des enfants sains. Cne observation recueillie par nous et relatée dans le chapitre de cet ouvrage consacré à l’hémiplégie, nous enoffre un exemple des plus remarquables.

Le père contracte un chancre infectant suivi bientôt d’accidents constitutionnels, en 1852. Tous les symptômes cèdent rapidement à une médication spécifique ; il se marie en 1855, et devient père de deux enfants sains, en 1850 et en 1 857. A la fin de 1857, la diathèse syphilitique se révèle chez lui par le développement d’une syphilide tuberculeuse. Un traitement mixte de quatre mois dissipe encore ces accidents et paraît avoir annihilé la diathèse. Mais en 1858 il est atteint d’une iritis gauche qu’on guérit également par les mercuriaux. En 1860, il est pris d’accidents encéphaliques simulant unehémorrhagie cérébrale. Cependant ses deux enfants sont bien développés et jouissent d’une excellente santé. Sont-ils fatalement condamnés à payer plus tard la dette contractée par leur progéniteur? Quoi qu’il en soit, les en fants peuvent présenter au moment de leur naissance des signes flagrants de la diathèse syphilitique : des éruptions, du coryza, un développement tellement peu en rapport avec leur âge qu’ils ont 1 air de petits êtres décrépits selon la juste et spirituelle expiession de M. le professeur Ti'ousseau; ou bien ils naissent frais, roses, bien développés, mais avec le gcime inné de la vérole qui ne fera cxjilosion que quel-

(I) Mémoire de M. le docteur Cullerier.

Zambaco. o

ques jours, quelques semaines et parfois même, rarement il est vrai, longtemps après la naissance. Dans ce cas, ils se couvrent de phlyctènes, de pemphigus, ainsi que l’a signalé M.P. Dubois; ils sont pâles, bouffis, criards, tettent difficilement à cause de leur embarras nasal, et olfrent sur diverses parties du corps des taches brunes plus ou moins grandes qui se voient plus fréquemment à la région des sourcils et au voisinage de la bouche, que partout ailleurs. Leur lèvre supérieure est toujours souillée d’un liquide purulent sécrété par le nez, etc.

Mais la maladie peut rester latente pendant des mois et même pendant des années. L’expérience nous apprend que la syphilis héréditaire détermine des conséquences d’autant plus funestes que ses manifestations éclatent à une époque plus rapprochée de la naissance.

Avant de finir ce chapitre qui n’est qu’une esquisse très incomplète des phénomènes les plus fréquents de la syphilis héréditaire, nous rappellerons que la cachexie n’est, comme nous l’avons déjà indiqué, que le plus haut degré de la diathèse.

H est d’ordinaire difficile de la méconnaître ; car elle est généralement accompagnée de phénomènes extérieurs, tels que : exostoses, ulcérations, éruptions profondes, etc. ; mais il n’en est pas toujours ainsi, et le malade d’une de nos observations nous fournit la preuve du contraire.

Les malades arrivés à la période ultime de la vérole présentent des phénomènes qui traduisent une perturbation de toutes les fonctions organiques : l’appétit devient nul ; la digestion, pénible et laborieuse ; épuisés par une diarrhée colliquative, ils sont maigres, bouffis, œdématiés, jaunes, terreux, et présentent ainsi les signes d’une anémie extrêmement prononcée; les médicaments ne

produisent chez eux aucun effet salutaire ; arrivés à ce déféré de la diathèse, ils sont voués à une mort certaine. Parmi les diverses médications, Fanaleptique seule peut prolonger leur existence; les antisyphilitiques ne sont d’aucune utilité ; bien loin de là, ils déterminent des résultats nuisibles; car d’une manière générale les cachectiques ne peuvent pas les supporter. Chez les enfants, la diarrhée et les convulsions amènent souvent une mort rapide.

Ainsi qu’on le voit, tous ces phénomènes n’appartiennent pas exclusivement à la syphilis. Ils sont, au contraire, communs à foutes les diathèses, ou plutôt à toutes les affections chroniques qui pervertissent les fonctions •essentielles et réduisent au marasme.

Ce serait ici le lieu d’agiter une question pathogénique delà plus haute importance, à savoir si la diathèse syphilitique, une fois établie, peut être éteinte radicalement; il nous semble que nous ne pourrions entrer dans des détails et des discussions à ce sujet, sans nous éloigner de notre but principal. Nous nous contenterons de faire remarquer qu’il ressort clairement de la lecture de plusieurs de nos observations, que chez certains malades le traitement le plus méthodique et le plus complet, institué même dès le début de l’affection, n’amène d’autre résultat que la disparition des manifestations syphilitiques. Prévenir donc pendant un certain temps les récidives, les éloigner de plus en plus, tel paraît être, dans un grand nombre de cas, leseul effet qu’on doive attendre de l’emploi des spécifiques.

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